Auteur/autrice : Rehve

  • La France face à sa triste situation

    La France face à sa triste situation

    L’Observatoire des inégalités est une association, fondée en 2003, en principe indépendante de toute organisation syndicale, politique, ou religieuse qui analyse la situation des « inégalités » en France. Il vient de publier son quatrième « Rapport sur les riches en France » qui crée un peu d’émotion car y est qualifié de « riche » celui qui touche plus de deux fois le revenu médian soit :

    • 4 300 euros mensuels pour une personne seule après impôts,
    • 6 400 euros pour un couple, et
    • 10 700 euros pour un couple avec deux enfants de plus de quatorze ans 

    Evidement les citoyens qui dépassent ce seuil, même raisonnablement et qui représentent 7,5% de la population, estiment que les riches ce ne sont pas eux, mais les autres (les « Bernard Arnault » pour faire simple). Les chiffres sont basés sur les statistiques de revenus de l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques) et révèlent par ailleurs que le salaire médian (celui ou 50% des Français gagnent moins et 50% plus) français est significativement inférieur à celui de nombre de pays européens.

    Une analyse similaire est menée sur les patrimoines.

    En ces temps de canicule la complainte des dépensiers de l’argent public reprend de plus belle : il n’y a pas assez de Canadair pour lutter contre les incendies, trop peu de climatiseurs dans les hôpitaux, il faut un grand plan « natation » pour éviter que les jeunes ne se noient dans les fleuves où ils plongent pour fuir la chaleur, pas assez d’investissement à la SNCF dont les rails se déforment sous le soleil, il faut instaurer un « congé climatique » à financer par les entreprises, etc.

    Si toute ces idées de dépenses sont plutôt entendables, le pays fait face à sa réalité économique et financière qui est moins bonne que celle de ses voisins. C’est l’éternelle histoire de la cigale et de la fourmi si bien versifiée par La Fontaine mais aujourd’hui ce n’est plus une fable, c’est la vraie vie d’un pays qui s’appauvrit et se rabougrit par rapport aux nations comparables. Le citoyen réalise cette triste réalité : le salaire médian est plus faible ici que là-bas et il manque des Canadair !

    La solution « il faut taxer Bernard Arnault » pour résoudre ces difficultés sera peut-être appliquée à l’issue des élections présidentielles de 2027. Il n’est pas sûr qu’elle réussisse. L’autre solution serait de baisser les dépenses publiques mais personne n’ose véritablement l’envisager. Seule une crise financière profonde aboutissant à l’impossibilité pour la France d’emprunter sur les marchés financiers pour financer ses déficits forcerait le pays à reprendre le contrôle de ses finances publiques, quelle que soit la solution adoptée, mais cela se ferait certainement dans la douleur.

    On attendant le pays vivote dans l’insatisfaction de beaucoup mais personne n’a encore parlé de remettre en cause la ligne de 400 millions d’euro prévue au budget 2026 pour les jeux olympiques « Alpes Françaises » dont le pays a eut l’imprudence d’accepter l’organisation…

  • ROBBE-GRILLET Alain, ‘Les gommes’.

    ROBBE-GRILLET Alain, ‘Les gommes’.

    Sortie : 1953, Chez : Union Générale d’Edition.

    Alain Robbe-Grillet (1922-2008) est souvent considéré comme l’un des chef de file du « Nouveau roman » avec Nathali Sarraute ou Claude Simon. Ce mouvement littéraire est apparu dans les années 1950 en opposition au roman du XIXe avec un début, une fin et une intrigue qui se déroule de façon logique et réaliste (Balzac, Zola, etc.)

    « Le Nouveau roman se veut un art plus conscient de lui-même, s’organisant à partir de principes formels. La position du narrateur y est notamment interrogée : quelle est sa place dans l’intrigue, pourquoi raconte-t-il ou écrit-il ? »

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Nouveau_roman

    Au-delà des arguments un peu intellectuels et « fumeux » de ses partisans, le Nouveau roman a concrétisé le désir d’écrire autrement d’un certain nombre d’écrivains et c’est très bien ainsi. Comme la Nouvelle vague au cinéma, le mouvement a marqué un besoin de changement, de révolution, aussi dans le domaine littéraire. Les autojustifications de ce mouvement et les polémiques qui l’ont accompagné ne sont pas grand-chose, le mieux est de lire le Nouveau roman.

    « Les gommes » est l’un des premiers du genre qui raconte une enquête menée par un policier des services secrets, Wallas, sur un assassinat, sans doute politique, qui s’est déroulé dans une petite ville de province. Hélas il n’y a pas de cadavre et des arrangements divers entre services de l’Etat semblent expliquer cette absence. Wallas ne sait pas tout et le lecteur, qui sait dès le départ que « l’assassiné » n’est pas mort, va découvrir les informations au fur et à mesure des deux jours sur lesquels se déroule l’intrigue.

    Le style est d’une froideur clinique, c’est la marque du genre semble-t-il, l’auteur est capable de décrire l’épluchage d’une tomate en deux pages ou de revenir à plusieurs reprises sur l’obsession de Wallas pour l’achat d’une gomme à dessin d’un type particulier. Les personnages ne semblent pas ressentir de sentiments ni d’émotions, ce n’est d’ailleurs pas l’objet du roman. Les narrateurs respectifs se contentent juste de dérouler minutieusement une enquête un peu emberlificotée dans des mystères dont certains se dévoilent, d’autres pas, laissant l’imagination du lecteur libre d’en rajouter.

    Les analystes plus perspicaces de ce nouveau roman (voir le prologue de l’édition de 1953 « Clefs pour les Gommes » par Bruce Morrissette) y voient des « références œdipiennes », un « cercle du temps » qui se referme sur Wallas… Le lecteur lambda (dont nous sommes) ne voit rien de tout ça bien entendu et s’agace un peu du côté cérébral qui entoure ce concept de Nouveau roman, très « BHL [Bernard-Henri Levy] » qui était d’ailleurs un ami proche de l’auteur. Sans doute Robbe-Grillet a mis dans son roman tout ce que les critiques germanopratins y ont vu mais on peut tout de même passer un bon moment de lecture sans les y remarquer.

  • « Chopin au Jardin – 2026 » au Parc Montsouris (Zuzanna Krystian-Browalska, piano)

    « Chopin au Jardin – 2026 » au Parc Montsouris (Zuzanna Krystian-Browalska, piano)

    Après l’annulation des concerts des deux derniers dimanches pour cause de canicule, « Chopin au Jardin » présente aujourd’hui son dernier concert de l’édition 2026 avec Zuzanna Krystian-Browalska, jeune pianiste polonaise de 17 ans, dans une belle programmation de Chopin.

    Aisance et agilité, impressionnante maîtrise de la pluie de notes chopiniennes, l’artiste éblouit les spectateurs. Pas plus gênée que ça par la chaleur étouffante qui écrase le Parc, habillée d’une robe crème que met en valeur le noir réfléchissant du piano à queue, elle est totalement concentrée sur son interprétation et absolument pas troublée par les cris des enfants et des corbeaux, pas plus que par un petit gamin que sa mère laisse gambader sur la scène en le rattrapant lorsqu’il se rapproche trop de l’instrument brillant. Seule concession climatique, elle s’est munie d’un petit chiffon avec lequel elle essuie ses mains et le clavier de temps à autres, et d’une bouteille d’eau à ses pieds à laquelle elle ne touchera pas du concert.

    En prologue de chaque pièce, elle passe de longues secondes, immobile face à ses touches d’ivoire, perdue dans des pensées que l’on aimerait bien deviner. Se remémore-t-elle la partition ou entre-t-elle en communication avec l’esprit de Chopin pour lui demander sa bienveillance alors qu’elle va se lancer à l’assaut de partitions si riches et sans doute complexes à jouer ? On ne sait, elle est en tout cas inspirée et virtuose. Bien entendu tous ces artistes jouent du Chopin 1h15 durant sans partition. Au-delà même de leur virtuosité, fruit d’années de travail et d’un talent certain, on se demande simplement comment ils arrivent à mémoriser de telles partitions… Et lorsque retentit la dernière note du morceau, Zuzanna se détend soudain en affichant un grand sourire avant de saluer le public qui la cerne des quatre côtés du kiosque.

    Des générations de pianistes géniaux nous ont enchantés en jouant les mélodies de Chopin (1810-1849), d’autres vont suivre. A seulement 17 ans, Zuzanna Krystian-Browalska amorce une nouvelle génération d’interprètes. Grâce à eux nous savons maintenant que le compositeur polonais (enterré au Père Lachaise à Paris) est éternel.

    Programme

    • Nocturne en do mineur, op. 48 n°1
    • Grande valse brillante en mi bémol majeur, op. 18
    • Valse en la bémol majeur, op. 34 n°1
    • Scherzo n°2 en si bémol mineur, op. 31
    • Scherzo n°3 en do dièse mineur, op. 39
    • Quatre mazurkas, op. 30
      • N°1 en do mineur
      • N°2 en si mineur
      • N°3 en ré bémol majeur
      • N°4 en do dièse mineur
    • Andate spianato et Grande polonaise brillante, op. 32
    • 1 « bis »
  • SCHMITT Eric-Emmanuel, ‘Juste après Dieu, il y a papa’.

    SCHMITT Eric-Emmanuel, ‘Juste après Dieu, il y a papa’.

    Sortie : 2026, Chez : Albin Michel.

    Eric-Emmanuel Schmitt illustre le lien père-fils en revenant sur la vie et les exploits de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), fils de Léopold, lui aussi compositeur et musicien. Les relations parents-enfants peuvent déjà être naturellement troublées, elles sont d’autant plus complexes quand la création artistique interfère.

    Le petit Mozart se révèle rapidement un incroyable génie dont la virtuosité au violon et au piano, puis la qualité de ses compositions, vont rapidement surpasser celles de son père. Celui-ci a un peu de mal à le laisser s’envoler vers la gloire. L’amour paternel sait mettre de côté la jalousie devant le talent du fils, mais pas complètement la frustration d’être un peu oublié par Wolfgang qui mène sa carrière, avec des hauts et des bas. Mozart aime toujours son père, bien sûr, mais les journées n’ont que 24 heures et, à l’époque, il n’est pas si facile d’écrire « La Flute enchantée » et de courir en même temps de Vienne à Salzburg pour prendre des nouvelles de sa famille… Mais l’amour filial est plus fort que tout, les Mozart restent unis malgré les épreuves, et réunis toujours par la musique.

    Schmitt raconte avec vivacité cette histoire d’amour et de musique. On retrouve le personnage d’Amadeus découvert dans le film éponyme de Milos Forman (1984), espiègle et déluré, mais surtout un immense compositeur dont la vie entière fut inspirée par la musique, jusque dans ses derniers instants où il composait encore son Requiem quil laissa inachevé. On peut être un géant, l’amour (ou l’absence) de ses parents dicte forcément une partie de ce qu’on devient. Mozart a perdu sa mère lors de leur séjour à Paris alors qu’il avait 22 ans. Son père est resté son seul guide, souvent contesté mais toujours adoré.

  • Le retour des taxeurs compulsifs

    Le retour des taxeurs compulsifs

    Avec la crise énergétique en cours, la pénurie de produits pétroliers fait augmenter les prix de ceux-ci sur les marchés mondiaux, et donc à la pompe où M. et Mme. Michu font le plein de leur automobile. Bien entendu, les compagnies pétrolières voient leurs profits augmenter en conséquence, leurs coûts de production étant plus ou moins stables et leurs prix de vente se trouvant à la hausse, au moins provisoirement.

    En France il existe une compagnie pétrolière quasiment unique, TotalEnergies qui a progressivement racheté tous ses concurrents nationaux et s’est constituée désormais en compagnie globale investie dans tous les domaines du pétrole : exploration, extraction, raffinage et distribution à travers le monde, et a même investi dans les énergies renouvelables et le gaz. C’est une multinationale assez classique qui semble plutôt bien gérée. En 2025 ses comptes consolidées affichent un chiffre d’affaires de 201 milliards d’USD (contre 237 en 2023) et un profit de 13 milliards, ce qui donne donc une marge nette sur les ventes de 6,5%.

    Voir > https://totalenergies.com/system/files/documents/totalenergies_universal-registration-document-2025_2026_en.pdf

    Evidemment les comptes 2025 ont été clôturés avant les effets favorables de la crise pétrolière déclenchée en février 2026 (guerre menée par la coalition américano-israélienne contre l’Iran). Les comptes 2026 seront probablement meilleurs, à moins d’une catastrophe d’ici la fin de l’année.

    Marx et Engels à Berlin (ex-zone Est)

    Pour une partie de la classe politique et des citoyens français, une compagnie pétrolière, qui plus est multinationale, même si le siège de sa holding est enregistré en France (à Paris-La Défense), affichant plus de 200 milliards de ventes et un profit qui se compte en dizaines de milliards est rapidement classée dans la catégorie honnie des exploiteurs du peuple qu’il convient de taxer largement pour redistribuer l’argent qu’elle a « volé » et qui revient au peuple. C’est près de deux siècles de philosophie marxiste qui a lentement infusé l’imaginaire français depuis que Karl Marx s’est installé à Paris où commence sa longue amitié avec Friedrich Engels qui produira une œuvre philosophico-économique qui marque encore certains pays, dont la France.

    En matière de fiscalité la compétence est nationale, l’imposition concerne les entités légales enregistrées sur le territoire de l’Etat qui impose. Les groupes ne sont pas une unité fiscale reconnue. L’impôt affiché dans les comptes consolidés du groupe n’est que l’agrégation des impôts payés dans les différents pays où le groupe exerce une activité. Pour TotalEnergies cette agrégation donne 9 milliards d’impôts en 2025 soit un taux de 40% de son profit brut. Mais cet impôt a surtout été réglé aux Etats où le groupe produit du pétrole (Gabon, Nigeria, Emirats Arabes Unis, etc.), très peu en France où les activités de raffinage sont déficitaires. Hélas on ne produit plus de pétrole en France. Pour mémoire le taux d’impôt sur les sociétés en France est de 25% au taux normal, 15% au taux réduit, contre 40% payé mondialement par TotalEnergies.

    Ainsi, le parlement français a instauré en 1992 une C3S (contribution sociale de solidarité), qui impose les entreprises réalisant plus de 19 millions d’EUR de ventes hors taxes à un taux de 0,16% sur le chiffre d’affaires (et non sur le bénéfice donc même une entreprise déficitaire paye cette contibution) afin de participer au « financement de l’assurance vieillesse ». Cette taxe sur la production est toujours en vigueur aujourd’hui.

    En 2025 la loi de Finance a créé une « Contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises » réalisant un chiffre d’affaires supérieur à 1 milliard d’euros. Cet impôt « exceptionnel » a été reconduit pour 2026 mais appliqué à partir d’un seuil élevé à 1,5 milliard de ventes. Les taux sont significatifs :

    • Taux de 20,60 % de la moyenne de l’impôt sur les sociétés des deux derniers exercices pour les chiffres d’affaires compris entre 1,5 milliard d’euros et 3 milliards d’euros,
    • Taux de 41,20 % de la moyenne de l’impôt sur les sociétés des deux derniers exercices pour les chiffres d’affaires supérieurs à 3 milliards d’euros.

    Au niveau des particuliers on ne cite plus la légendaire CRDS (Contribution au remboursement de la dette sociale) créée « provisoirement » par le gouvernement Juppé en 1996 pour financer la dette de sécurité sociale transférée à une CADES (Caisse d’amortissement de la dette sociale) crée elle aussi pour l’occasion. Cette CRDS a été reconduite depuis à chaque échéance périodique depuis 30 ans. Comme le déficit de la sécurité sociale est devenu récurrent, la CADES est régulièrement dotée avec la dette sociale qui y est transférée car les cotisations sociales seules ne permettent plus de l’apurer et qu’il faut bien rembourser, d’où la CRDS « provisoire ».

    Et ce ne sont que quelques exemples parmi bien d’autres du système fiscal d’un Etat qui a perdu le contrôle de ses dépenses publiques depuis deux ou trois décennies. Comme il faut bien financer celles-ci il faut lever l’impôt à hauteur des dépenses.

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    Si l’on osait résumer la philosophie marxiste en une phrase on pourrait dire que pour Marx, si une entreprise capitaliste fait un profit c’est qu’elle « vole » le travailleur (en le rémunérant insuffisamment) ou le client (en lui vendant trop cher), voire les deux. Les capitalistes s’approprieraient une part indue de la valeur ajoutée. Au XXIe siècle quelques intellectuels et économistes diffusent encore cette théorie qui est bien reçue en France. L’arme absolue fut un temps de nationaliser ces entreprises pour les « rendre au Peuple ». C’est ce qui a été pratiqué en 1981 après l’élection d’un pouvoir de gauche à Paris. Puis, devant les résultats peu probants de cette tactique, on a dénationalisé. Au XXIe siècle il n’y a plus grand monde pour prôner la nationalisation en revanche, la nouvelle arme fourbie par les « progressistes » est la taxe sur les « surprofits ».

    Le refrain sur la « taxe des surprofits » est de nouveau entonné ces dernières semaines. Pourquoi pas si une loi de finances intègre une telle taxe. La difficulté technique sera de définir ce qu’est un surprofit ? Faut-il définir le seuil à partir duquel un profit devient « surprofit » en volume (EUR) ou en pourcentage du chiffre d’affaires ? Définira-t-on alors un « sous-profit », seuil en deçà duquel l’impôt serait inférieur au taux « normal » ? Ce qu’envisagent les taxeurs compulsifs serait un impôt sur les sociétés « progressif » comme cela existe déjà pour les particuliers. C’est complexe à faire fonctionner. Dans le cas de TotalEnergies, est-ce la France envisagerait de taxer aussi les profits réalisés au Qatar, par exemple, en plus des impôts déjà payés à Doha par les filiales de TotalEnergies dans ce pays ?

    Les entrepreneurs, gros, moyens et petits, estiment qu’une telle proposition aurait des effets néfastes sur l’économie nationale. Les marxistes estiment que ce serait un impôt « de justice ». C’est un dialogue de sourds qu’il ne sert pas à grand-chose de mener tant le sujet est complexe et pollué par l’idéologie. Si les citoyens veulent diriger le pays vers un tel système il existe une offre politique en ce sens. Il suffit de la porter au pouvoir démocratiquement et les Français verront alors les conséquences de leurs votes. Il semble toutefois qu’il n’existe pas vraiment de majorité politique en ce sens pour le moment.

    Et si demain l’Etat français veut créer une compagnie pétrolière nationale qui ne ferait pas de profit pour avantager les consommateurs nationaux et les travailleurs, il suffit de le décider et de la financer dans le budget de la République, puis de la gérer pour atteindre ses objectifs fixés par l’Etat. Cela a été fait dans les années 1950/1960 avec la création de l’ERAP (Entreprise de recherches et d’activités pétrolières), compagnie d’Etat, qui explorait et exploitait le pétrole alors disponible en Aquitaine. Cette société est devenue ELF dans les années 1970 avant d’être rachetée en 2000 par… Total, devenu TotalEnergies dans la foulée et qui réaliserait aujourd’hui des « surprofits » à taxer !

  • RONDEAU Emmanuel, ‘Les Frères d’Astier de La Vigerie, Français libres’.

    RONDEAU Emmanuel, ‘Les Frères d’Astier de La Vigerie, Français libres’.

    Sortie : 2025, Chez : Tallandier

    Les d’Astier de La Vigerie, famille anoblie sous la monarchie de juillet, ont vu le Baron Raoul d’Astier de la Vigerie (1850-1922) épouser Jeanne de Motalivet issue d’une noblesse plus ancienne, dont un ancêtre servit Napoléon comme ministre de l’intérieur. Bref, du beau monde dont trois héritiers, François (1886-1970), Henri (1897-1952) et Emmanuel (1900-1969) firent preuve d’un comportement exemplaire durant les deux guerres mondiales du XXe siècle. Le récit d’Emmanuel Rondeau raconte cette épopée.

    François, l’aîné qui hérita du tire de baron, s’engagea dans la carrière militaire, combattit en 1914-1918 et rejoint de Gaule à Londres en 1940 dont il fut l’adjoint. Il portait 5 étoiles quand l’homme du 18 juin n’en affichait que 3. Henri mena des affaires peu brillantes en temps de paix, défendit l’Action française d’inspiration monarchiste et nationaliste, mais s’illustra durant les deux guerres, notamment en structurant les mouvements de résistance en Afrique du nord durant la seconde, qu’il termine à la tête des « commandos de France » qui précédèrent les troupes alliées progressant vers l’Alsace. Il fit partie du complot qui fomenta l’exécution de Darlan à Ager. Emmanuel, trop jeune pour avoir combattu lors de la première guerre mondiale se rattrapa dans la seconde durant laquelle il fédéra les courants de la résistance au Sud de la France avant d’être ministre de l’intérieur du Gouvernement provisoire dirigé par de Gaulle en 1944. Il mena ensuite une carrière d’écrivain en restant engagé dans la politique comme gaulliste « de gauche ». Compagnon de route du parti communiste français, son aveuglement pour Staline lui fut longtemps reproché.

    Outre le parcours de cette famille d’exception (la génération suivante fut également engagée dans les combats de la résistance) le récit plonge le lecteur dans l’effroi que constitua la défaite de la France face aux Allemands, encore une fois… C’était le chaos militaire matérialisé par l’armistice et la poignée de mains de Pétain à Hitler à Montoire en 1940, mais aussi idéologique tant la France était désemparée devant un tel désastre. Chacun réagit comme il le sentait, ceux qui ont rejoint Londres en 1940, d’autres un peu plus tard. Ceux qui ont ouvertement collaboré, ceux qui ont attendu de savoir dans quel sens tournait le vent. Les militaires qui obéissaient à Pétain, le « vainqueur de Verdun », par sens de la discipline ou par ambition, ceux qui ont joué du conflit apparent entre les Etats-Unis de Roosevelt et de Gaulle pour essayer de se placer. Et puis les résistants qui ont pris les armes, au début dans une totale désorganisation où les conflits de pouvoir et d’égos étaient prégnants, puis, progressivement en se réunissant jusqu’à la victoire. Beaucoup sont morts, souvent dans des conditions effroyables. Les trois frères étaient sous une bonne étoile. Ils ont survécu.

    Sans hésiter les D’Astier choisirent la résistance, sans même se consulter. Ils se sont d’ailleurs très peu croisés durant cette guerre, chacun œuvrant de son côté. Ils furent tous les trois nommés « Compagnons de la Libération » par le Général de Gaulle, au terme de ces évènements fondateurs de la France de la deuxième moitié du XXe siècle. Ce livre se dévore comme un roman policier tant les parcours différenciés, mais tournés vers le même but, la libération de la France du joug ennemi, animés de la même certitude, celle de la victoire, sont fascinants. Différence de taille pour les lecteurs sexa-septuagénaires : ce n’est pas un roman mais l’histoire que vécut la génération de nos grands-parents !

    Une petite rue parisienne rend hommage à cette fratrie dans le XIIIe.

  • Lever de lune au-dessus de la Manche

    Lever de lune au-dessus de la Manche

    On aperçoit la planète Vénus à droite de la Lune. Une conjonction de faits donne à voir ce spectacle ce soir 17 juin de l’étoile du berger très proche de la Lune : ciel dégagé et une histoire d’orbite incompréhensible pour les non spécialistes provoquent cette proximité céleste visible à l’œil nu.

    Voir aussi

    Photos Bretagne

  • France-Sénégal

    France-Sénégal

    A l’occasion d’un match de fouteballe entre les équipes nationales de la France et du Sénégal dans le cadre de la coupe du monde de ce sport de ballon qui se déroule en Amérique du Nord, le président du parlement sénégalais, Ousmane Sonko, déclare :

    Quel que soit le vainqueur, c’est l’Afrique qui aura battu l’Afrique.

    Il fait sans doute allusion aux origines africaines de nombre de joueurs français mais il est assez ironique que ce soit un dirigeant sénégalais qui souligne ce fait politiquement « incorrect » que l’on entend généralement plutôt dans la bouche des tenants français de la réduction des flux migratoires que de celles de dirigeants du continent africain.

    Ousmane Sonko était candidat à l’élection présidentielle de 2024 contre l’ancien président Macky Sall mais fut finalement empêché de se présenter après avoir été déclaré inéligible. C’est l’un de ses poulains, M. Bassirou Diomaye Faye, qui fut élu président et qui nomma premier ministre… M. Sonko. Sorti par la porte ce dernier est revenu par la fenêtre avant de se fâcher avec M. Faye, de démissionner puis de se faire élire président du parlement, place depuis laquelle il a commis cette sortie fouteballistique qui va sans doute rester dans les annales sportives et politiques.

    Le match France-Sénégal de ce jour a été gagné 3-1 par l’équipe française.

  • « Chopin au Jardin – 2026 » au Parc Montsouris (Diana Cooper, piano)

    « Chopin au Jardin – 2026 » au Parc Montsouris (Diana Cooper, piano)

    Deuxième round du festival Chopin au Jardin avec Diana Cooper au clavier. Née d’un père britannique et d’une mère franco-espagnole, elle a grandi à Tarbes en France. Ses nom et prénom contiennent moins de consones que ceux de ses collègues polonais habitués du festival …

    Il fait chaud sur Paris ce dimanche. Les spectateurs habituellement assis sur la pente de la petite colline au-dessus du kiosque, en plein soleil, ont migré vers l’ombre des platanes situés au pied de celle-ci. Comme chaque dimanche, une ambulance de la sécurité civile et son équipage veillent au grain…

    A presque 30 ans, Diana est multirécompensée par différents concours internationaux, dont un premier prix au « Samson François International Piano Competition » en 2025, l’hommage de la jeune interprète à son grand ancien ! Elle a étudié notamment à Ecole Normale de Musique Alfred Cortot à Paris ainsi qu’au Royal College of Music à Londres.

    Elle ne semble pas perturbée par la chaleur parisienne, ses doigts courent sur le clavier et délivre avec bonheur l’enchantement de la musique de Chopin pour piano seul. Scherzos et Barcarolle nous plongent dans l’émotion intense inspirée par de ce compositeur de génie, hélas mort de la tuberculose, à Paris, à seulement 39 ans.

    D’une santé fragile et sujet à la dépression tout au long de sa courte vie, ces maladies n’ont pas entamé sa créativité même si elles ont certainement influencé les couleurs de sa musique. Il fut un prince du romantisme et les jeunes interprètes virtuoses qui défilent au jardin en sont les troubadours inspirés.

    Programme

    • Scherzo n°1 en si mineur, op. 20
    • Scherzo n°2 en si bémol mineur, op. 31
    • Scherzo n°3 en do dièse mineur, op. 39
    • Scherzo n°4 en mi majeur, op. 54
    • Trois mazurkas, op. 59
      • N°1 en la mineur
      • N°2 en la bémol majeur
      • N°3 en fa dièse mineur
    • Barcarolle en fa dièse majeur, op. 60
    • Polonaise-fantaisie en la bémol majeur, op. 61
    • 3 « bis »
  • « Messe en si mineur » de Bach par les chœurs Agape et La Lyriade à l’église Saint-Pierre de Chaillot (Patis XVIe)

    « Messe en si mineur » de Bach par les chœurs Agape et La Lyriade à l’église Saint-Pierre de Chaillot (Patis XVIe)

    La Messe en si mineur de Bach (1685-1750) est une œuvre gigantesque qui a demandé 20 années d’écriture au Maître qui ne l’a d’ailleurs jamais entendue dans son intégralité. Ce ne sont pas moins de deux chœurs, Agape et La Lyriade, qui sont réunis ce soir sous la direction d’Olivier Cangelosi pour interpréter cette messe majestueuse, accompagnés d’un orchestre et d’un orgue installé à côté des musiciens, sorte de grosse armoire normande avec un côté ouvert par lequel les tuyaux de l’instrument diffusent leurs sons.

    Cette messe célèbre le culte catholique alors que Bach était un luthérien convaincu, c’est l’un des mystères qui l’entourent. Elle dure deux heures et nécessite un orchestre complet ce qui la rend plutôt impropre à la célébration d’un office. Après la mort de son père, le fils de Bach, Carl Philippe Emmanuel, coordonna la consolidation des différents éléments composant la partition finale. Elle ne fut créée dans son intégralité qu’en 1834, plus de 80 ans après la mort de son auteur.

    L’œuvre interprétée avec talent ce soir est majestueuse, un peu emphatique mais elle a été écrite ainsi. De Bach on préfère la simplicité rigoureuse, parfois mathématique, des pièces pour piano seul (clavecin en fait, mais jouées aujourd’hui sur des pianos modernes), ou pour violoncelle, aux œuvres liturgiques. Les suites pour violoncelle, les variations Goldberg, les partitas, les suites françaises pour piano sont un miracle de perfection dans la pureté. L’émotion vient de l’extrême dépouillement de ces compositions que l’on ne retrouve bien sûr pas dans la Messe en si, écrite pour manifester avec éclat la dévotion des hommes envers leur créateur.

    Saint-Pierre de Chaillot

    Ce soir, au terme de cette messe un peu interminable, le spectateur reste subjugué par la diversité et la créativité de Bach qui a consacré une vie entière à la composition d’œuvres exceptionnelles et reste le Maître incontesté de la musique classique occidentale.

    L’église Saint-Pierre de Chaillot, en plein cœur du XVIe arrondissement parisien, entre l’Etoile et le Trocadéro, construite en XVIIe siècle, renforcée au XVIIIe, agrandie au XIXe, intégralement reconstruite et inaugurée en 1938, offre le cadre grandiose qui s’accorde à cette messe de Bach. L’acoustique de ses volumes importants ne semble pas très satisfaisante pour les choristes. Qu’importe, les spectateurs, manifestement voisins de XVIe, ne comptent pas leurs applaudissements lorsque résonnent les derniers échos du Dona nobis pacem [Donne nous la paix].

    Les interprètes

    Julia Marcelli KnechtSoprano
    Claire BournezMezzo-Soprano
    Florian LaconiTénor
    Pierre BessièreBasse
    Nicolas JortieOrgue
    Frédéric DaverioAccordéon
    Olivier CangelosiDirection
  • Le grand remplacement sémantique

    Le grand remplacement sémantique

    On observe que les trois mots « effectivement », « et cetera » et « voilà » occupent désormais 50% des phrases prononcées sur les différents médias par les journalistes comme leurs invités. Les dîners en ville suivent la même régression, en route vers l’appauvrissement de la langue française.

    Cette dégénérescence linguistique est déjà lancée depuis de nombreuses années. Elle accompagne la décadence française constatée dans bien d’autres domaines : incapacité du pays à s’entendre sur un futur commun, appauvrissement du discours politique, lamentation perpétuelle des citoyens, violence à tous les étages de la société, perte de contrôle de la gestion des finances publiques, dégradation du niveau scientifique, stagnation économique, abrutissement des masses plus intéressées par des influenceuses à forte poitrine et les interviews de joueurs de fouteballe que par les choses de l’esprit, etc.

    Comment les plateaux médiatiques pourraient encore se préoccuper de la langue française ?

    Les plus anciens pensent quand même qu’ils pourraient faire un effort, avant de renoncer à leurs illusions devant l’évidence de cette décadence…

  • Une politique extérieure américaine plutôt singulière

    Une politique extérieure américaine plutôt singulière

    L’avènement du président américain Trump pour son deuxième mandat depuis janvier 2025 a amené un changement assez considérable dans les formes que prend aujourd’hui la politique étrangère des Etats-Unis d’Amérique. Elle est désormais composée d’un mélange de fébrilité, d’enfantillages et d’insultes.

    Les relations avec les pays tiers, alliés ou pas de Washington, sont beaucoup menées sur les réseaux dits « sociaux » (dont « Truth Social », propriété du président) ou par le duo de négociateurs Steve Witckoff et Jared Kuschner, tous deux investisseurs immobiliers, ami du président pour le premier, son gendre pour le second. Ils sont envoyés sur tous les fronts où la diplomatie semble servir les intérêts de leur mandant mieux que le secrétariat d’Etat (dénomination américaine du ministère des affaires étrangères) dont les membres sont en principe payés pour mener cette politique étrangère qui a tendance à devenir étrange.

    La guerre actuelle entre la coalition américano-israélienne et l’Iran donne lieu à une accélération de la communication présidentielle via son réseau dit « social » ou celui de la Maison Blanche. Il y a beaucoup d’images, plus faciles à comprendre…

    Mais aussi des menaces :

    « Une civilisation entière [celle de l’Iran] va mourir ce soir, sans jamais pourvoir réémerger. » C’était un message du 7 avril et, bonne nouvelle, à ce jour la civilisation perse existe toujours puisque Washington négocie avec ses représentants pour trouver une solution qui mette fin à la guerre.

    Et des injures :

    Le même jour le président américain exige de ces « fous furieux » de rouvrir ce « p… de détroit [d’Ormuz] » qui à ce jour est toujours bloqué, sa réouverture semblant être l’un des points principaux des négociations pour mettre fin à la guerre.

    Et si jamais ces messages n’étaient pas suffisamment lus, ils sont parfois rediffusés par le compte « X » de la Maison Blanche, on n’est jamais si bien servi que par soi-même :

    Evidemment, la génération des « boomers » est un peu effarée devant la forme de ces messages signés par un président des Etats-Unis d’Amérique. Plus habituée aux navettes diplomatiques d’un Kissinger, d’une Madeleine Albright, ou aux débats policés des Nations-Unies, cette population désormais âgée, et moins influente, a tendance à se dire « c’était mieux avant » mais doit se résigner à regarder les nouvelles générations prendre en mains la conduite du monde avec leurs propres méthodes.

    Il est encore un peu tôt pour trancher sur l’efficacité diplomatique des uns ou des autres. L’Histoire sera seule juge. Rendez-vous dans 100 ans pour arbitrer sur l’efficacité entre les méthodes de gougnafier et les pratiques de dirigeants bien élevés.

  • BERGEN Véronique, ‘Patti Smith – Horses’.

    BERGEN Véronique, ‘Patti Smith – Horses’.

    Sortie : 2018, Chez : DISCOGONIE densité.

    Véronique Bergen, philosophe-essayiste, se penche sur « Horses », le disque emblématique de Patti Smith et du rock novateur, à mi-chemin entre punk et alternatif, sorti en 1975. Patti alors âgée de 29 ans erre dans New York, entre squats improbables et le Chelsea Hotel. Elle baigne dans le climat de contreculture explosive que cette ville déglinguée inspire. Elle s’essaye au dessin, à la photographie, à la peinture et, surtout à l’écriture poétique. Elle rencontre Jimi Hendrix, Janis Joplin, Sam Shepard, Robert Mapplethorpe, les poètes de la beat generation… Bref, elle vibrionne dans l’ambiance urbaine, dévastatrice et foisonnante de New York où a éclos l’art underground.

    Eprise de la poésie française du XIXe siècle, et tout particulièrement de Rimbaud, Smith va utiliser le rock comme vecteur de sa vision poétique du monde. Avec les huit plages de « Horses » elle va créer l’œuvre fondatrice du rock du dernier quart du XXe siècle.

    Véronique Bergen partage sa vision de l’âme de ce disque. Elle en explique les influences musicales, littéraires et poétiques et passe en revue chaque chanson, les reprises comme les originaux, en expliquant leur atmosphère, leurs références (bibliques ou poétiques), l’état d’esprit dans lequel elles ont été créées, les collaborations musicales auxquelles elles ont donné lieu et même les tonalités et suites d’accords utilisées. Passionnant !

    L’album Horses est construit comme un vol d’oiseau, comme un trip spatial, mental. D’une plage à l’autre, l’oiseau ouvre ses ailes, prend son envol, avec des allers-retours dans l’amplitude, flux et reflux « sac » et ressac de la marée. Son voyage converge vers l’apothéose, le soleil noir de « Land ». Patti Smith est une Icare qui, n’ayant pas besoin d’une machine volante, d’ailes mécaniques pour planer, ne se fracassera pas dans la mer (dernière partie de « Land ») lorsque, s’approchant trop près de l’astre, la cire des ailes aura fondu.

  • « Chopin au Jardin – 2026 » au Parc Montsouris (Marek Szlezer, piano)

    « Chopin au Jardin – 2026 » au Parc Montsouris (Marek Szlezer, piano)

    C’est le retour du fort sympathique festival « Chopin au Jardin » pour lequel les villes de Paris, en juin, et de Varsovie, en juillet, accueillent chaque dimanche pour une heure un pianiste, le plus souvent polonais, qui vient nous enchanter avec les notes de Chopin dispersées en plein air.

    Marek Szlezer inaugure l’édition 2026 avec brio. Il faut dire que l’artiste a été lauréat de nombre de concours, dont le concours international de piano de Rome qu’il emportât à l’âge de 12 ans. On ne savait même pas qu’il était possible de concourir aussi jeune. Autant dire que le garçon est un virtuose, il s’exprime sur un piano Yamaha étincelant qui reflète le jeu de ses mains dans les rayons du soleil d’un dimanche sans histoire.

    La musique pour piano seul écrite par Chopin, compositeur exceptionnel et lui-même pianiste hors-pair, est d’une diversité sans limite, le concert ce soir nous en donne un brillant aperçu. Il y a du Chopin enthousiaste et léger (Fantaisie et Ballade), tragique (la Sonate) et triste (les Nocturnes).

    Quel bonheur de se laisser emporter par ce déluge de notes qui charment notre ouïe et notre cœur dans un environnement printanier et champêtre. Merci Chopin, merci Marek Szlezer qui n’arrive plus à partir et gratifie un public ravi de 3 « bis » !

    Programme

    • Polonaise en la majeur, op.40 n°1
    • Fantaisie en fa mineur, op. 49
    • Ballade n°3 en la bémol majeur, op. 47
    • Deux nocturnes, op. 27
      • N°1 en do dièse mineur
      • N°2 en ré bémol majeur
    • Sonate pour piano n°2 en si bémol mineur, op. 35

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  • Finale des émeutes fouteballistiques

    Finale des émeutes fouteballistiques

    A l’issue de la victoire d’un club de fouteballe français dans on ne sait plus quelle compétition internationale de ballon samedi 30 mai, des loubards se sont déchainés dans la nuit pour attaquer les forces de l’ordre et casser tout ce qu’il pouvait, avec un intérêt particulier pour le mobilier urbain public, mais aussi des voitures, des vélos, des halls d’immeubles et, bien sûr, le pillage de magasins dévastés par des colonnes de fourmis repartant chargées de cartons de produits volés, avec une préférence pour les boutiques de baskets de marque. Les pilleurs ont généralement la même apparence : casquette portée à l’envers, T-shirt et écharpe du PSG (le club gagnant) ou torse nu, jeans-baskets (le plus souvent blanches). La ville de Paris a connu le plus grave de ces émeutes qui se sont étendues aussi à certaines villes de province. Le match de ballon n’avait même pas lieu en France mais en Hongrie où a priori la population est restée calme.

    Malgré les milliers de policiers et de pompiers mobilisés, il y eut deux morts par accidents provoqués par ces troubles, des dizaines de blessés, des centaines d’interpellations et, surtout, les images désastreuses des villes concernées au lendemain de ces émeutes diffusées à profusion sur les réseaux dits « sociaux » par les auteurs eux-mêmes qui adorent se filmer au cœur de leurs exploits et par les autres participants à ces explosions de « joie » qu’ils ont vécues un téléphone greffé à la main afin de marquer pour l’éternité ces moments conviviaux d’allégresse populaire…

    Au petit matin les Champs Elysées et rues alentour étaient jonchées de cadavres de voitures et de cycles brûlés, d’abribus ravagés, de bris de verre de vitrines dévastées, de canettes de bière et autres joyeusetés qui ont alimenté la nuit de ces sauvageons. Dès la fin de ces manifestations d’enthousiasme, les services municipaux de la ville ont commencé à nettoyer les rues pour tenter de cacher la misère de ces dévastations. Bien entendu, les conséquences financières de ces errements sont payées par les contribuables et non point par les coupables ni même les clubs de fouteballe qui sont quand même à l’origine de ces débordements, et qui, dans le cas du PSG, ne manquent pas de moyens.

    Notons que les maillots du PSG étaient à vendre dès le lendemain de la victoire pour des prix compris entre 109,99 et 159,99 EUR. A priori la boutique officielle du PSG sur les Champs Elysées n’a pas été pillée mais bien dévalisée puisque lesdits maillots (immettables par toute personne normalement constituée) étaient affichés épuisés quelques heures seulement après leur mise en vente. Voilà qui rassure sur le pouvoir d’achat des impétrants. Pour les économiquement plus faibles, une collection de casquettes (à porter à l’envers), d’écharpes ou de T-shirts était également disponible pour des prix plus modiques mais, curieusement, ces produits sont restés disponibles en stock.

    On ne sait pas vraiment quoi faire devant le déchainement de violence et de beaufitude qui est maintenant habituel après chaque évènement de fouteballe, que des équipes françaises gagnent ou perdent, sinon compter les blessés, parfois les morts, et payer pour la remise en état. Peut-être une solution, qui n’a jamais été tentée, serait de laisser les lieux en l’état afin que les citoyens se rendent vraiment compte de l’état d’abrutissement général dans lequel le fouteballe plonge la population afin, peut-être, d’espérer que les générations futures évoluent en la matière ? Cela vaudrait la peine d’essayer. Le prochain championnat du monde de foute qui doit démarrer dans les jours à venir en Amérique du Nord offrira certainement des occasions de tenter d’appliquer cette méthode.

    Il suffit d’essayer !

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  • « Petite Messe solennelle – Rossini » par le chœur Monjoie au Temple du Saint-Esprit

    « Petite Messe solennelle – Rossini » par le chœur Monjoie au Temple du Saint-Esprit

    C’est le Choeur Montjoie qui interprète ce soir le Petite messe solennelle que Rossini (1792-1868) a composée à la fin de sa vie en 1863, à 70 ans, alors qu’il avait pris sa retraite musicale depuis plus de 30 ans, après avoir écrit une trentaine d’opéras. C’est la version piano et accordéon qui est présentée, plus simple que celle avec orchestre, elle laisse le chœur s’exprimer pleinement tout en mettant en avant le son singulier de l’accordéon.

    Rossini habitait à Paris pour cette retraite, à quelques pas de la place Saint-Augustin où il est joué aujourd’hui, et disposait aussi d’une résidence secondaire à Passy où il composa cette messe. Il recevait dans son salon chaque semaine et a composé plus de 150 pièces de musique de chambre, pièces pour piano et chansons, destinées à être jouées lors de ces mondanités. Il les appellaient ses « péchés de vieillesse ». Grand amateur de gastronomie, il a son rond de serviettes dans toutes les grandes brasseries parisiennes l’un des chefs du moment aurait créé, pour lui dédier, la recette du Tournedos Rossini.

    Un fois cette œuvre terminée il adressa une boutade à son Seigneur :

    Bon Dieu. La voilà terminée cette pauvre petite messe. Est-ce bien de la musique sacrée que je viens de faire ou de la sacrée musique ? J’étais né pour l’opera buffa, tu le sais bien ! Peu de science, un peu de cœur, tout est là. Sois donc béni et accorde-moi le Paradis.

    La chanteuse mezzo-soprano est remarquable ce soir et ses interprétations du Gloria (en duo avec la soprano) et de l’Agnus Dei sont bouleversantes. L’accordéoniste est également de grand talent, il ouvre la messe avec une introduction plutôt contemporaine qui n’est pas jouée dans la version habituelle de cette messe qui débute le plus souvent directement par le piano. On imagine qu’elle est bien sur la partition originale mais qu’elle rebute ses confrères accordéonistes ?

    Les interprètes

    Pauline LarivièreSoprano
    Gaëlle MalladMezzo-Soprano
    Hugo TranchantTénor
    Jean-Manuel CandenotBaryton
    Ariane GendratPiano
    Frédéric DaverioAccordéon
    Olivier DelfosseDirection

    Un extrait du très beau duo soprano-mezzo de la Petite messe dirigée en 2001 par Lorin Maazel, gravée sur un CD sorti en 2001.

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  • « Calder – Rêver en équilibre » à la fondation Louis Vuitton

    « Calder – Rêver en équilibre » à la fondation Louis Vuitton

    Alexander Calder (1898-1976), artiste-sculpteur américain, est surtout connu du grand public français pour ses célèbres mobiles aux formes aérées, en couleurs ou en noir-et-blanc, composés de différents matériaux mais toujours le fruit d’un équilibre subtil entre l’air et la forme. L’exposition nous montre à voir ses nombreux autres talents, à commencer par les premières salles consacrées à sa passion du cirque et à la minutie avec laquelle il a recréé toutes les scènes en miniature avec personnages, animaux et ustensiles, et du simple fil de fer ainsi que la possibilité d’animer mécaniquement ces numéros. On peut ainsi voir un acrobate sauter sur un cheval ou un haltérophile soulever sa fonte. Sur une vidéo on voit l’artiste, déjà âgé, pousser le petit cheval et déclencher le saut de l’acrobate au bon moment. Il lui a suffit de fil de fer, de quelques ressorts et bobines, et de beaucoup d’ingéniosité pour réaliser ce très riche jeu de construction qu’il anime avec la malice d’un gamin devant son mécano. Il mettra cinq années pour développer ce cirque miniaturisé alors qu’il habitait Paris durant l’entre-deux-guerres.

    Il réalise aussi des portraits très réalistes en tordant du fil de fer devant ses modèles qui posent. Ceux de Josephine Baker sont frappants de ressemblance. A Montparnasse où il fréquente Mondrian, Picasso, Fernand Léger et, même, Jean-Paul Sartre, il est connu sous le nom du « roi du fil de fer ». Il se met ensuite à la peinture abstraite, retourne aux Etats-Unis quand les nazis arrivent au pouvoir en Allemagne, se lance dans la construction d’œuvres abstraites et plus mobiles du tout, revient en France et aux mobiles avec une belle série consacrées aux poissons, crée des bijoux avec des fils en cuivre, se lance dans les sculptures monumentales exposées en extérieur devant des bâtiments publics, bref, une vie guidée par une inventivité sans limites.

    ALEXANDER CALDER, « La Grande Viresse, 1969 »

    « Rêver en équilibre » retrace le parcours d’un grand enfant à travers le XXe siècle qu’il a parcouru avec ses yeux ébahis et curieux pour nous en restituer la légèreté malgré les barbaries qui l’ont marqué.

  • MARTIN Xavier, ‘Television – Marquee Moon’.

    MARTIN Xavier, ‘Television – Marquee Moon’.

    Sortie : 2026, Chez : DISCOGONIE densité.

    C’est l’histoire d’un disque fondateur du rock américain, édité en 1977 alors que le punk explose au Royaume-Uni. Quatre américains admirateurs des poètes français « maudits » du XIXe siècle, Rimbaud, Verlaine, Baudelaire vont créer un groupe majeur et un style remarquable du rock de la contre-culture mondiale. Le leader-fondateur du groupe, Thomas Miller, prend le nom de scène de Verlaine en hommage à Paul. Le premier bassiste, Richard Meyers, choisit quant à lui celui de Hell en référence à « Une saison en enfer » de Rimbaud. Tous deux écrivent des poèmes et adoptent la musique comme vecteur de leur poésie. Ils se trouvent qu’ils sont également d’excellents et très novateurs instrumentistes. Verlaine et son compère guitariste Richard Llyod créent un genre complexe et singulier de jeu de guitares qui s’entremêlent en déroulant des arpèges obsédantes sur lesquelles se pose la voix aiguë de Tom.

    Un peu comme les disques du Velvel Underground, « Marquee Moon » rencontre un grand succès d’estime dans le petit monde musical du New York underground où se croisent Blondie, les Talking Heads, Patti Smith, les New York Dolls, Andy Warhol…, mais n’explose pas vraiment au niveau commercial. Il faudra encore quelques années pour qu’il devienne l’une des œuvres de référence du rock américain et même mondial.

    Les paroles de Tom Verlaine sont souvent mystérieuses. Il demande lui-même qu’on ne leur cherche pas forcément une signification rationnelle mais évoque plutôt la traduction de sentiments diffus, une déambulation poétique de leur temps. L’ensemble mots et musique est imprégné de l’atmosphère urbaine, et souvent délétère, qui règne dans la ville de New York à la fin des années 1970 : bouillonnante, toxique et tellement créatrice. On est partagés entre la noirceur du monde présenté par ces auteurs-compositeurs et la lumière apportée par cette musique lunaire.

    Time may freeze,
    A world could cry.
    All this night running loud
    I hear the whispers I hear the shouts.
    And tho they never cry for help…

    Xavier Martin raconte de façon intelligente et très documentée la grande histoire de ce disque et revient sur quelques petites anecdotes que tout le monde connait mais que les admirateurs de cette période musicale ont toujours plaisir à relire : l’amour que Verlaine a porté à Patti Smith qui s’est éloignée de lui pour vivre une aventure avec le bassiste du groupe, les débuts du CBGB’s où se produisirent tous les créateurs du rock underground américain, les réglages des guitares et des amplis, les relations avec les producteurs (dont Brian Eno), les maisons de disques, la photo de couverture du disque issue d’une photocopie ratée, bref, tout ce monde fascinant du rock new-yorkais des années 1970-1980 qui a engendré ces géants.

    La petite maison d’édition densité DISCOGONIE qui publie ce livre consacre un ouvrage à un disque. On trouve dans la liste : Nebraska (Bruce Springsteen), L.A. Woman (The Doors), The Idiot (Iggy Pop), Closer (Joy Division), Horses (Patti Smith), Violator (Depeche Mode), et bien d’autres. Une jolie collection à cultiver.

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  • ROMAINS Jules, ‘Psyché 3/3 – Quand le navire…’.

    ROMAINS Jules, ‘Psyché 3/3 – Quand le navire…’.

    Sortie : 1929, Chez : Gallimard.

    On avait laissé Pierre dans le tome précédent alors qu’il embarquait pour New York à l’issue d’une lune de miel ardente avec sa femme Lucienne. Elle reste sur le quai de Marseille alors que lui, premier commissaire sur un paquebot transatlantique, part travailler sur l’océan.

    Leur mariage impromptu les a réunis dans un amour profond renforcé par le plaisir de la chair si délicatement abordé dans le volume précédent, « Le Dieu des corps« . Alors la séparation, même s’ils la savent provisoire, les plonge dans l’introspection, une forme de tristesse et une forte attente de se retrouver, teintée de crainte que ce ne soit plus comme avant.

    Sous l’agrément de son décor et les complications de sa machinerie, le bateau était quelque chose de simple et de terrible : un instrument de séparation. Sa marche déroulait derrière lui non pas tant le loch que l’absence. Sa vitesse était une vitesse d’arrachement.

    Au milieu de l’Atlantique, Pierre retrouve son vieil ami Bompard, médecin du bord, avec qui il devise sur les mystères de l’état amoureux. Fuyant la vie sociale du bord Pierre se réfugie régulièrement dans sa cabine pour méditer sur Lucienne et même la retrouver sans une espèce de transmission de pensées. De retour à Marseille, Lucienne continue d’accepter de partager avec lui ses notes journalières personnelles et il constate qu’à peu près le même jour au cours de la traversée où il avait cru halluciner en la voyant dans sa cabine (et une trace de son passage comme si elle s’était assise sur son lit), elle-même écrit s’être transportée par la pensée à bord du navire pour retrouver son Pierre.

    Je [elle] me dis que dans l’union l’âme arrive à une exaltation trop intense, à un sentiment de ses pouvoirs trop aigu, pour qu’ensuite quelque chose d’aussi grossier, d’aussi absurde que la distance suffise à tout effacer.

    Evidemment, l’épisode où ils se retrouvent fictivement sur le bateau est un peu surréaliste mais n’est-ce pas aussi un des effets de l’amour de transcender le réel ? Quoi qu’il en soit, les réflexions de Pierre sur la séparation d’avec l’être aimé, sur la pensée de cet amour qui envahit à tous moments son corps et son âme, sont belles et pleines de pudeur. Le dernier chapitre se déroule bien des années plus tard et l’on comprend que le couple est toujours uni, que la violence de leur amour s’est apaisée mais que chacun garde pour lui avec pudeur le souvenir de ces moments rêvés qui les ont amenés à « remettre le monde en question ».

    Il y a du Albert Cohen (« Belle du Seigneur ») dans cette capacité à décrire de façon si précise et dans la longueur le sentiment amoureux. Cohen a publié cette œuvre 40 ans après celle de Romains. Mais le sujet est éternel et seuls les grands écrivains savent à ce point le disséquer. Il ne reste aux lecteurs lambda qu’à espérer le vivre.

    Voir aussi

  • Le printemps dans le fracas du monde

    Le printemps dans le fracas du monde

    Dans le fracas du monde, le printemps éclate et nous adresse ses petits clins d’œil.