Auteur/autrice : Rehve

  • La France face Ă  sa triste situation

    La France face Ă  sa triste situation

    L’Observatoire des inĂ©galitĂ©s est une association, fondĂ©e en 2003, en principe indĂ©pendante de toute organisation syndicale, politique, ou religieuse qui analyse la situation des « inĂ©galitĂ©s Â» en France. Il vient de publier son quatrième « Rapport sur les riches en France Â» qui crĂ©e un peu d’émotion car y est qualifiĂ© de « riche Â» celui qui touche plus de deux fois le revenu mĂ©dian soit :

    • 4 300 euros mensuels pour une personne seule après impĂ´ts,
    • 6 400 euros pour un couple, et
    • 10 700 euros pour un couple avec deux enfants de plus de quatorze ans 

    Evidement les citoyens qui dĂ©passent ce seuil, mĂŞme raisonnablement et qui reprĂ©sentent 7,5% de la population, estiment que les riches ce ne sont pas eux, mais les autres (les « Bernard Arnault Â» pour faire simple). Les chiffres sont basĂ©s sur les statistiques de revenus de l’INSEE (Institut national de la statistique et des Ă©tudes Ă©conomiques) et rĂ©vèlent par ailleurs que le salaire mĂ©dian (celui ou 50% des Français gagnent moins et 50% plus) français est significativement infĂ©rieur Ă  celui de nombre de pays europĂ©ens.

    Une analyse similaire est menée sur les patrimoines.

    En ces temps de canicule la complainte des dĂ©pensiers de l’argent public reprend de plus belle : il n’y a pas assez de Canadair pour lutter contre les incendies, trop peu de climatiseurs dans les hĂ´pitaux, il faut un grand plan « natation Â» pour Ă©viter que les jeunes ne se noient dans les fleuves oĂą ils plongent pour fuir la chaleur, pas assez d’investissement Ă  la SNCF dont les rails se dĂ©forment sous le soleil, il faut instaurer un « congĂ© climatique Â» Ă  financer par les entreprises, etc.

    Si toute ces idĂ©es de dĂ©penses sont plutĂ´t entendables, le pays fait face Ă  sa rĂ©alitĂ© Ă©conomique et financière qui est moins bonne que celle de ses voisins. C’est l’éternelle histoire de la cigale et de la fourmi si bien versifiĂ©e par La Fontaine mais aujourd’hui ce n’est plus une fable, c’est la vraie vie d’un pays qui s’appauvrit et se rabougrit par rapport aux nations comparables. Le citoyen rĂ©alise cette triste rĂ©alitĂ© : le salaire mĂ©dian est plus faible ici que lĂ -bas et il manque des Canadair !

    La solution « il faut taxer Bernard Arnault Â» pour rĂ©soudre ces difficultĂ©s sera peut-ĂŞtre appliquĂ©e Ă  l’issue des Ă©lections prĂ©sidentielles de 2027. Il n’est pas sĂ»r qu’elle rĂ©ussisse. L’autre solution serait de baisser les dĂ©penses publiques mais personne n’ose vĂ©ritablement l’envisager. Seule une crise financière profonde aboutissant Ă  l’impossibilitĂ© pour la France d’emprunter sur les marchĂ©s financiers pour financer ses dĂ©ficits forcerait le pays Ă  reprendre le contrĂ´le de ses finances publiques, quelle que soit la solution adoptĂ©e, mais cela se ferait certainement dans la douleur.

    On attendant le pays vivote dans l’insatisfaction de beaucoup mais personne n’a encore parlĂ© de remettre en cause la ligne de 400 millions d’euro prĂ©vue au budget 2026 pour les jeux olympiques « Alpes Françaises » dont le pays a eut l’imprudence d’accepter l’organisation…

  • ROBBE-GRILLET Alain, ‘Les gommes’.

    ROBBE-GRILLET Alain, ‘Les gommes’.

    Sortie : 1953, Chez : Union GĂ©nĂ©rale d’Edition.

    Alain Robbe-Grillet (1922-2008) est souvent considĂ©rĂ© comme l’un des chef de file du « Nouveau roman » avec Nathali Sarraute ou Claude Simon. Ce mouvement littĂ©raire est apparu dans les annĂ©es 1950 en opposition au roman du XIXe avec un dĂ©but, une fin et une intrigue qui se dĂ©roule de façon logique et rĂ©aliste (Balzac, Zola, etc.)

    « Le Nouveau roman se veut un art plus conscient de lui-mĂŞme, s’organisant Ă  partir de principes formels. La position du narrateur y est notamment interrogĂ©e : quelle est sa place dans l’intrigue, pourquoi raconte-t-il ou Ă©crit-il ? »

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Nouveau_roman

    Au-delĂ  des arguments un peu intellectuels et « fumeux » de ses partisans, le Nouveau roman a concrĂ©tisĂ© le dĂ©sir d’Ă©crire autrement d’un certain nombre d’Ă©crivains et c’est très bien ainsi. Comme la Nouvelle vague au cinĂ©ma, le mouvement a marquĂ© un besoin de changement, de rĂ©volution, aussi dans le domaine littĂ©raire. Les autojustifications de ce mouvement et les polĂ©miques qui l’ont accompagnĂ© ne sont pas grand-chose, le mieux est de lire le Nouveau roman.

    « Les gommes » est l’un des premiers du genre qui raconte une enquĂŞte menĂ©e par un policier des services secrets, Wallas, sur un assassinat, sans doute politique, qui s’est dĂ©roulĂ© dans une petite ville de province. HĂ©las il n’y a pas de cadavre et des arrangements divers entre services de l’Etat semblent expliquer cette absence. Wallas ne sait pas tout et le lecteur, qui sait dès le dĂ©part que « l’assassiné » n’est pas mort, va dĂ©couvrir les informations au fur et Ă  mesure des deux jours sur lesquels se dĂ©roule l’intrigue.

    Le style est d’une froideur clinique, c’est la marque du genre semble-t-il, l’auteur est capable de dĂ©crire l’Ă©pluchage d’une tomate en deux pages ou de revenir Ă  plusieurs reprises sur l’obsession de Wallas pour l’achat d’une gomme Ă  dessin d’un type particulier. Les personnages ne semblent pas ressentir de sentiments ni d’Ă©motions, ce n’est d’ailleurs pas l’objet du roman. Les narrateurs respectifs se contentent juste de dĂ©rouler minutieusement une enquĂŞte un peu emberlificotĂ©e dans des mystères dont certains se dĂ©voilent, d’autres pas, laissant l’imagination du lecteur libre d’en rajouter.

    Les analystes plus perspicaces de ce nouveau roman (voir le prologue de l’Ă©dition de 1953 « Clefs pour les Gommes » par Bruce Morrissette) y voient des « rĂ©fĂ©rences Ĺ“dipiennes », un « cercle du temps » qui se referme sur Wallas… Le lecteur lambda (dont nous sommes) ne voit rien de tout ça bien entendu et s’agace un peu du cĂ´tĂ© cĂ©rĂ©bral qui entoure ce concept de Nouveau roman, très « BHL [Bernard-Henri Levy] » qui Ă©tait d’ailleurs un ami proche de l’auteur. Sans doute Robbe-Grillet a mis dans son roman tout ce que les critiques germanopratins y ont vu mais on peut tout de mĂŞme passer un bon moment de lecture sans les y remarquer.

  • « Chopin au Jardin – 2026 » au Parc Montsouris (Zuzanna Krystian-Browalska, piano)

    « Chopin au Jardin – 2026 » au Parc Montsouris (Zuzanna Krystian-Browalska, piano)

    Après l’annulation des concerts des deux derniers dimanches pour cause de canicule, « Chopin au Jardin Â» prĂ©sente aujourd’hui son dernier concert de l’édition 2026 avec Zuzanna Krystian-Browalska, jeune pianiste polonaise de 17 ans, dans une belle programmation de Chopin.

    Aisance et agilité, impressionnante maîtrise de la pluie de notes chopiniennes, l’artiste éblouit les spectateurs. Pas plus gênée que ça par la chaleur étouffante qui écrase le Parc, habillée d’une robe crème que met en valeur le noir réfléchissant du piano à queue, elle est totalement concentrée sur son interprétation et absolument pas troublée par les cris des enfants et des corbeaux, pas plus que par un petit gamin que sa mère laisse gambader sur la scène en le rattrapant lorsqu’il se rapproche trop de l’instrument brillant. Seule concession climatique, elle s’est munie d’un petit chiffon avec lequel elle essuie ses mains et le clavier de temps à autres, et d’une bouteille d’eau à ses pieds à laquelle elle ne touchera pas du concert.

    En prologue de chaque pièce, elle passe de longues secondes, immobile face Ă  ses touches d’ivoire, perdue dans des pensĂ©es que l’on aimerait bien deviner. Se remĂ©more-t-elle la partition ou entre-t-elle en communication avec l’esprit de Chopin pour lui demander sa bienveillance alors qu’elle va se lancer Ă  l’assaut de partitions si riches et sans doute complexes Ă  jouer ? On ne sait, elle est en tout cas inspirĂ©e et virtuose. Bien entendu tous ces artistes jouent du Chopin 1h15 durant sans partition. Au-delĂ  mĂŞme de leur virtuositĂ©, fruit d’annĂ©es de travail et d’un talent certain, on se demande simplement comment ils arrivent Ă  mĂ©moriser de telles partitions… Et lorsque retentit la dernière note du morceau, Zuzanna se dĂ©tend soudain en affichant un grand sourire avant de saluer le public qui la cerne des quatre cĂ´tĂ©s du kiosque.

    Des générations de pianistes géniaux nous ont enchantés en jouant les mélodies de Chopin (1810-1849), d’autres vont suivre. A seulement 17 ans, Zuzanna Krystian-Browalska amorce une nouvelle génération d’interprètes. Grâce à eux nous savons maintenant que le compositeur polonais (enterré au Père Lachaise à Paris) est éternel.

    L’amante de Chopin, l’écrivaine Georges Sand, dĂ©crivait ainsi dans ses mĂ©moires le processus crĂ©atif du compositeur :

    Il s’enfermait dans sa chambre des journées entières, pleurant, marchant, brisant des plumes, répétant ou changeant cent fois une mesure, l’écrivant et l’effaçant autant de fois et recommençant le lendemain avec une persévérance minutieuse et désespérée. Il passait six semaines sur une page pour en revenir à l’écrire telle qu’il l’avait tracée au premier jet…

    Mais quel glorieux rĂ©sultat !

    Programme

    • Nocturne en do mineur, op. 48 n°1
    • Grande valse brillante en mi bĂ©mol majeur, op. 18
    • Valse en la bĂ©mol majeur, op. 34 n°1
    • Scherzo n°2 en si bĂ©mol mineur, op. 31
    • Scherzo n°3 en do dièse mineur, op. 39
    • Quatre mazurkas, op. 30
      • N°1 en do mineur
      • N°2 en si mineur
      • N°3 en rĂ© bĂ©mol majeur
      • N°4 en do dièse mineur
    • Andate spianato et Grande polonaise brillante, op. 32
    • 1 « bis Â»
  • SCHMITT Eric-Emmanuel, ‘Juste après Dieu, il y a papa’.

    SCHMITT Eric-Emmanuel, ‘Juste après Dieu, il y a papa’.

    Sortie : 2026, Chez : Albin Michel.

    Eric-Emmanuel Schmitt illustre le lien père-fils en revenant sur la vie et les exploits de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), fils de LĂ©opold, lui aussi compositeur et musicien. Les relations parents-enfants peuvent dĂ©jĂ  ĂŞtre naturellement troublĂ©es, elles sont d’autant plus complexes quand la crĂ©ation artistique interfère.

    Le petit Mozart se rĂ©vèle rapidement un incroyable gĂ©nie dont la virtuositĂ© au violon et au piano, puis la qualitĂ© de ses compositions, vont rapidement surpasser celles de son père. Celui-ci a un peu de mal Ă  le laisser s’envoler vers la gloire. L’amour paternel sait mettre de cĂ´tĂ© la jalousie devant le talent du fils, mais pas complètement la frustration d’ĂŞtre un peu oubliĂ© par Wolfgang qui mène sa carrière, avec des hauts et des bas. Mozart aime toujours son père, bien sĂ»r, mais les journĂ©es n’ont que 24 heures et, Ă  l’Ă©poque, il n’est pas si facile d’Ă©crire « La Flute enchantĂ©e » et de courir en mĂŞme temps de Vienne Ă  Salzburg pour prendre des nouvelles de sa famille… Mais l’amour filial est plus fort que tout, les Mozart restent unis malgrĂ© les Ă©preuves, et rĂ©unis toujours par la musique.

    Schmitt raconte avec vivacitĂ© cette histoire d’amour et de musique. On retrouve le personnage d’Amadeus dĂ©couvert dans le film Ă©ponyme de Milos Forman (1984), espiègle et dĂ©lurĂ©, mais surtout un immense compositeur dont la vie entière fut inspirĂ©e par la musique, jusque dans ses derniers instants oĂą il composait encore son Requiem quil laissa inachevĂ©. On peut ĂŞtre un gĂ©ant, l’amour (ou l’absence) de ses parents dicte forcĂ©ment une partie de ce qu’on devient. Mozart a perdu sa mère lors de leur sĂ©jour Ă  Paris alors qu’il avait 22 ans. Son père est restĂ© son seul guide, souvent contestĂ© mais toujours adorĂ©.

  • Le retour des taxeurs compulsifs

    Le retour des taxeurs compulsifs

    Avec la crise Ă©nergĂ©tique en cours, la pĂ©nurie de produits pĂ©troliers fait augmenter les prix de ceux-ci sur les marchĂ©s mondiaux, et donc Ă  la pompe oĂą M. et Mme. Michu font le plein de leur automobile. Bien entendu, les compagnies pĂ©trolières voient leurs profits augmenter en consĂ©quence, leurs coĂ»ts de production Ă©tant plus ou moins stables et leurs prix de vente se trouvant Ă  la hausse, au moins provisoirement.

    En France il existe une compagnie pĂ©trolière quasiment unique, TotalEnergies qui a progressivement rachetĂ© tous ses concurrents nationaux et s’est constituĂ©e dĂ©sormais en compagnie globale investie dans tous les domaines du pĂ©trole : exploration, extraction, raffinage et distribution Ă  travers le monde, et a mĂŞme investi dans les Ă©nergies renouvelables et le gaz. C’est une multinationale assez classique qui semble plutĂ´t bien gĂ©rĂ©e. En 2025 ses comptes consolidĂ©es affichent un chiffre d’affaires de 201 milliards d’USD (contre 237 en 2023) et un profit de 13 milliards, ce qui donne donc une marge nette sur les ventes de 6,5%.

    Voir > https://totalenergies.com/system/files/documents/totalenergies_universal-registration-document-2025_2026_en.pdf

    Evidemment les comptes 2025 ont été clôturés avant les effets favorables de la crise pétrolière déclenchée en février 2026 (guerre menée par la coalition américano-israélienne contre l’Iran). Les comptes 2026 seront probablement meilleurs, à moins d’une catastrophe d’ici la fin de l’année.

    Marx et Engels Ă  Berlin (ex-zone Est)

    Pour une partie de la classe politique et des citoyens français, une compagnie pĂ©trolière, qui plus est multinationale, mĂŞme si le siège de sa holding est enregistrĂ© en France (Ă  Paris-La DĂ©fense), affichant plus de 200 milliards de ventes et un profit qui se compte en dizaines de milliards est rapidement classĂ©e dans la catĂ©gorie honnie des exploiteurs du peuple qu’il convient de taxer largement pour redistribuer l’argent qu’elle a « volĂ© Â» et qui revient au peuple. C’est près de deux siècles de philosophie marxiste qui a lentement infusĂ© l’imaginaire français depuis que Karl Marx s’est installĂ© Ă  Paris oĂą commence sa longue amitiĂ© avec Friedrich Engels qui produira une Ĺ“uvre philosophico-Ă©conomique qui marque encore certains pays, dont la France.

    En matière de fiscalité la compétence est nationale, l’imposition concerne les entités légales enregistrées sur le territoire de l’Etat qui impose. Les groupes ne sont pas une unité fiscale reconnue. L’impôt affiché dans les comptes consolidés du groupe n’est que l’agrégation des impôts payés dans les différents pays où le groupe exerce une activité. Pour TotalEnergies cette agrégation donne 9 milliards d’impôts en 2025 soit un taux de 40% de son profit brut. Mais cet impôt a surtout été réglé aux Etats où le groupe produit du pétrole (Gabon, Nigeria, Emirats Arabes Unis, etc.), très peu en France où les activités de raffinage sont déficitaires. Hélas on ne produit plus de pétrole en France. Pour mémoire le taux d’impôt sur les sociétés en France est de 25% au taux normal, 15% au taux réduit, contre 40% payé mondialement par TotalEnergies.

    Ainsi, le parlement français a instaurĂ© en 1992 une C3S (contribution sociale de solidaritĂ©), qui impose les entreprises rĂ©alisant plus de 19 millions d’EUR de ventes hors taxes Ă  un taux de 0,16% sur le chiffre d’affaires (et non sur le bĂ©nĂ©fice donc mĂŞme une entreprise dĂ©ficitaire paye cette contibution) afin de participer au « financement de l’assurance vieillesse Â». Cette taxe sur la production est toujours en vigueur aujourd’hui.

    En 2025 la loi de Finance a créé une « Contribution exceptionnelle sur les bĂ©nĂ©fices des grandes entreprises Â» rĂ©alisant un chiffre d’affaires supĂ©rieur Ă  1 milliard d’euros. Cet impĂ´t « exceptionnel Â» a Ă©tĂ© reconduit pour 2026 mais appliquĂ© Ă  partir d’un seuil Ă©levĂ© Ă  1,5 milliard de ventes. Les taux sont significatifs :

    • Taux de 20,60 % de la moyenne de l’impĂ´t sur les sociĂ©tĂ©s des deux derniers exercices pour les chiffres d’affaires compris entre 1,5 milliard d’euros et 3 milliards d’euros,
    • Taux de 41,20 % de la moyenne de l’impĂ´t sur les sociĂ©tĂ©s des deux derniers exercices pour les chiffres d’affaires supĂ©rieurs Ă  3 milliards d’euros.

    Au niveau des particuliers on ne cite plus la lĂ©gendaire CRDS (Contribution au remboursement de la dette sociale) créée « provisoirement Â» par le gouvernement JuppĂ© en 1996 pour financer la dette de sĂ©curitĂ© sociale transfĂ©rĂ©e Ă  une CADES (Caisse d’amortissement de la dette sociale) crĂ©e elle aussi pour l’occasion. Cette CRDS a Ă©tĂ© reconduite depuis Ă  chaque Ă©chĂ©ance pĂ©riodique depuis 30 ans. Comme le dĂ©ficit de la sĂ©curitĂ© sociale est devenu rĂ©current, la CADES est rĂ©gulièrement dotĂ©e avec la dette sociale qui y est transfĂ©rĂ©e car les cotisations sociales seules ne permettent plus de l’apurer et qu’il faut bien rembourser, d’oĂą la CRDS « provisoire Â».

    Et ce ne sont que quelques exemples parmi bien d’autres du système fiscal d’un Etat qui a perdu le contrôle de ses dépenses publiques depuis deux ou trois décennies. Comme il faut bien financer celles-ci il faut lever l’impôt à hauteur des dépenses.

    Lire aussi

    Si l’on osait rĂ©sumer la philosophie marxiste en une phrase on pourrait dire que pour Marx, si une entreprise capitaliste fait un profit c’est qu’elle « vole Â» le travailleur (en le rĂ©munĂ©rant insuffisamment) ou le client (en lui vendant trop cher), voire les deux. Les capitalistes s’approprieraient une part indue de la valeur ajoutĂ©e. Au XXIe siècle quelques intellectuels et Ă©conomistes diffusent encore cette thĂ©orie qui est bien reçue en France. L’arme absolue fut un temps de nationaliser ces entreprises pour les « rendre au Peuple Â». C’est ce qui a Ă©tĂ© pratiquĂ© en 1981 après l’élection d’un pouvoir de gauche Ă  Paris. Puis, devant les rĂ©sultats peu probants de cette tactique, on a dĂ©nationalisĂ©. Au XXIe siècle il n’y a plus grand monde pour prĂ´ner la nationalisation en revanche, la nouvelle arme fourbie par les « progressistes Â» est la taxe sur les « surprofits Â».

    Le refrain sur la « taxe des surprofits Â» est de nouveau entonnĂ© ces dernières semaines. Pourquoi pas si une loi de finances intègre une telle taxe. La difficultĂ© technique sera de dĂ©finir ce qu’est un surprofit ? Faut-il dĂ©finir le seuil Ă  partir duquel un profit devient « surprofit Â» en volume (EUR) ou en pourcentage du chiffre d’affaires ? DĂ©finira-t-on alors un « sous-profit Â», seuil en deçà duquel l’impĂ´t serait infĂ©rieur au taux « normal Â» ? Ce qu’envisagent les taxeurs compulsifs serait un impĂ´t sur les sociĂ©tĂ©s « progressif Â» comme cela existe dĂ©jĂ  pour les particuliers. C’est complexe Ă  faire fonctionner. Dans le cas de TotalEnergies, est-ce la France envisagerait de taxer aussi les profits rĂ©alisĂ©s au Qatar, par exemple, en plus des impĂ´ts dĂ©jĂ  payĂ©s Ă  Doha par les filiales de TotalEnergies dans ce pays ?

    Les entrepreneurs, gros, moyens et petits, estiment qu’une telle proposition aurait des effets nĂ©fastes sur l’économie nationale. Les marxistes estiment que ce serait un impĂ´t « de justice Â». C’est un dialogue de sourds qu’il ne sert pas Ă  grand-chose de mener tant le sujet est complexe et polluĂ© par l’idĂ©ologie. Si les citoyens veulent diriger le pays vers un tel système il existe une offre politique en ce sens. Il suffit de la porter au pouvoir dĂ©mocratiquement et les Français verront alors les consĂ©quences de leurs votes. Il semble toutefois qu’il n’existe pas vraiment de majoritĂ© politique en ce sens pour le moment.

    Et si demain l’Etat français veut crĂ©er une compagnie pĂ©trolière nationale qui ne ferait pas de profit pour avantager les consommateurs nationaux et les travailleurs, il suffit de le dĂ©cider et de la financer dans le budget de la RĂ©publique, puis de la gĂ©rer pour atteindre ses objectifs fixĂ©s par l’Etat. Cela a Ă©tĂ© fait dans les annĂ©es 1950/1960 avec la crĂ©ation de l’ERAP (Entreprise de recherches et d’activitĂ©s pĂ©trolières), compagnie d’Etat, qui explorait et exploitait le pĂ©trole alors disponible en Aquitaine. Cette sociĂ©tĂ© est devenue ELF dans les annĂ©es 1970 avant d’être rachetĂ©e en 2000 par… Total, devenu TotalEnergies dans la foulĂ©e et qui rĂ©aliserait aujourd’hui des « surprofits Â» Ă  taxer !

  • RONDEAU Emmanuel, ‘Les Frères d’Astier de La Vigerie, Français libres’.

    RONDEAU Emmanuel, ‘Les Frères d’Astier de La Vigerie, Français libres’.

    Sortie : 2025, Chez : Tallandier

    Les d’Astier de La Vigerie, famille anoblie sous la monarchie de juillet, ont vu le Baron Raoul d’Astier de la Vigerie (1850-1922) Ă©pouser Jeanne de Motalivet issue d’une noblesse plus ancienne, dont un ancĂŞtre servit NapolĂ©on comme ministre de l’intĂ©rieur. Bref, du beau monde dont trois hĂ©ritiers, François (1886-1970), Henri (1897-1952) et Emmanuel (1900-1969) firent preuve d’un comportement exemplaire durant les deux guerres mondiales du XXe siècle. Le rĂ©cit d’Emmanuel Rondeau raconte cette Ă©popĂ©e.

    François, l’aĂ®nĂ© qui hĂ©rita du tire de baron, s’engagea dans la carrière militaire, combattit en 1914-1918 et rejoint de Gaule Ă  Londres en 1940 dont il fut l’adjoint. Il portait 5 Ă©toiles quand l’homme du 18 juin n’en affichait que 3. Henri mena des affaires peu brillantes en temps de paix, dĂ©fendit l’Action française d’inspiration monarchiste et nationaliste, mais s’illustra durant les deux guerres, notamment en structurant les mouvements de rĂ©sistance en Afrique du nord durant la seconde, qu’il termine Ă  la tĂŞte des « commandos de France » qui prĂ©cĂ©dèrent les troupes alliĂ©es progressant vers l’Alsace. Il fit partie du complot qui fomenta l’exĂ©cution de Darlan Ă  Ager. Emmanuel, trop jeune pour avoir combattu lors de la première guerre mondiale se rattrapa dans la seconde durant laquelle il fĂ©dĂ©ra les courants de la rĂ©sistance au Sud de la France avant d’ĂŞtre ministre de l’intĂ©rieur du Gouvernement provisoire dirigĂ© par de Gaulle en 1944. Il mena ensuite une carrière d’Ă©crivain en restant engagĂ© dans la politique comme gaulliste « de gauche ». Compagnon de route du parti communiste français, son aveuglement pour Staline lui fut longtemps reprochĂ©.

    Outre le parcours de cette famille d’exception (la gĂ©nĂ©ration suivante fut Ă©galement engagĂ©e dans les combats de la rĂ©sistance) le rĂ©cit plonge le lecteur dans l’effroi que constitua la dĂ©faite de la France face aux Allemands, encore une fois… C’Ă©tait le chaos militaire matĂ©rialisĂ© par l’armistice et la poignĂ©e de mains de PĂ©tain Ă  Hitler Ă  Montoire en 1940, mais aussi idĂ©ologique tant la France Ă©tait dĂ©semparĂ©e devant un tel dĂ©sastre. Chacun rĂ©agit comme il le sentait, ceux qui ont rejoint Londres en 1940, d’autres un peu plus tard. Ceux qui ont ouvertement collaborĂ©, ceux qui ont attendu de savoir dans quel sens tournait le vent. Les militaires qui obĂ©issaient Ă  PĂ©tain, le « vainqueur de Verdun », par sens de la discipline ou par ambition, ceux qui ont jouĂ© du conflit apparent entre les Etats-Unis de Roosevelt et de Gaulle pour essayer de se placer. Et puis les rĂ©sistants qui ont pris les armes, au dĂ©but dans une totale dĂ©sorganisation oĂą les conflits de pouvoir et d’Ă©gos Ă©taient prĂ©gnants, puis, progressivement en se rĂ©unissant jusqu’Ă  la victoire. Beaucoup sont morts, souvent dans des conditions effroyables. Les trois frères Ă©taient sous une bonne Ă©toile. Ils ont survĂ©cu.

    Sans hĂ©siter les D’Astier choisirent la rĂ©sistance, sans mĂŞme se consulter. Ils se sont d’ailleurs très peu croisĂ©s durant cette guerre, chacun Ĺ“uvrant de son cĂ´tĂ©. Ils furent tous les trois nommĂ©s « Compagnons de la LibĂ©ration » par le GĂ©nĂ©ral de Gaulle, au terme de ces Ă©vènements fondateurs de la France de la deuxième moitiĂ© du XXe siècle. Ce livre se dĂ©vore comme un roman policier tant les parcours diffĂ©renciĂ©s, mais tournĂ©s vers le mĂŞme but, la libĂ©ration de la France du joug ennemi, animĂ©s de la mĂŞme certitude, celle de la victoire, sont fascinants. DiffĂ©rence de taille pour les lecteurs sexa-septuagĂ©naires : ce n’est pas un roman mais l’histoire que vĂ©cut la gĂ©nĂ©ration de nos grands-parents !

    Une petite rue parisienne rend hommage Ă  cette fratrie dans le XIIIe.

  • Lever de lune au-dessus de la Manche

    Lever de lune au-dessus de la Manche

    On aperçoit la planète VĂ©nus Ă  droite de la Lune. Une conjonction de faits donne Ă  voir ce spectacle ce soir 17 juin de l’Ă©toile du berger très proche de la Lune : ciel dĂ©gagĂ© et une histoire d’orbite incomprĂ©hensible pour les non spĂ©cialistes provoquent cette proximitĂ© cĂ©leste visible Ă  l’Ĺ“il nu.

    Voir aussi

    Photos Bretagne

  • France-SĂ©nĂ©gal

    France-Sénégal

    A l’occasion d’un match de fouteballe entre les Ă©quipes nationales de la France et du SĂ©nĂ©gal dans le cadre de la coupe du monde de ce sport de ballon qui se dĂ©roule en AmĂ©rique du Nord, le prĂ©sident du parlement sĂ©nĂ©galais, Ousmane Sonko, dĂ©clare :

    Quel que soit le vainqueur, c’est l’Afrique qui aura battu l’Afrique.

    Il fait sans doute allusion aux origines africaines de nombre de joueurs français mais il est assez ironique que ce soit un dirigeant sĂ©nĂ©galais qui souligne ce fait politiquement « incorrect Â» que l’on entend gĂ©nĂ©ralement plutĂ´t dans la bouche des tenants français de la rĂ©duction des flux migratoires que de celles de dirigeants du continent africain.

    Ousmane Sonko était candidat à l’élection présidentielle de 2024 contre l’ancien président Macky Sall mais fut finalement empêché de se présenter après avoir été déclaré inéligible. C’est l’un de ses poulains, M. Bassirou Diomaye Faye, qui fut élu président et qui nomma premier ministre… M. Sonko. Sorti par la porte ce dernier est revenu par la fenêtre avant de se fâcher avec M. Faye, de démissionner puis de se faire élire président du parlement, place depuis laquelle il a commis cette sortie fouteballistique qui va sans doute rester dans les annales sportives et politiques.

    Le match France-Sénégal de ce jour a été gagné 3-1 par l’équipe française.

  • « Chopin au Jardin – 2026 » au Parc Montsouris (Diana Cooper, piano)

    « Chopin au Jardin – 2026 » au Parc Montsouris (Diana Cooper, piano)

    Deuxième round du festival Chopin au Jardin avec Diana Cooper au clavier. Née d’un père britannique et d’une mère franco-espagnole, elle a grandi à Tarbes en France. Ses nom et prénom contiennent moins de consones que ceux de ses collègues polonais habitués du festival …

    Il fait chaud sur Paris ce dimanche. Les spectateurs habituellement assis sur la pente de la petite colline au-dessus du kiosque, en plein soleil, ont migré vers l’ombre des platanes situés au pied de celle-ci. Comme chaque dimanche, une ambulance de la sécurité civile et son équipage veillent au grain…

    A presque 30 ans, Diana est multirĂ©compensĂ©e par diffĂ©rents concours internationaux, dont un premier prix au « Samson François International Piano Competition Â» en 2025, l’hommage de la jeune interprète Ă  son grand ancien ! Elle a Ă©tudiĂ© notamment Ă  Ecole Normale de Musique Alfred Cortot Ă  Paris ainsi qu’au Royal College of Music Ă  Londres.

    Elle ne semble pas perturbée par la chaleur parisienne, ses doigts courent sur le clavier et délivre avec bonheur l’enchantement de la musique de Chopin pour piano seul. Scherzos et Barcarolle nous plongent dans l’émotion intense inspirée par de ce compositeur de génie, hélas mort de la tuberculose, à Paris, à seulement 39 ans.

    D’une santé fragile et sujet à la dépression tout au long de sa courte vie, ces maladies n’ont pas entamé sa créativité même si elles ont certainement influencé les couleurs de sa musique. Il fut un prince du romantisme et les jeunes interprètes virtuoses qui défilent au jardin en sont les troubadours inspirés.

    Programme

    • Scherzo n°1 en si mineur, op. 20
    • Scherzo n°2 en si bĂ©mol mineur, op. 31
    • Scherzo n°3 en do dièse mineur, op. 39
    • Scherzo n°4 en mi majeur, op. 54
    • Trois mazurkas, op. 59
      • N°1 en la mineur
      • N°2 en la bĂ©mol majeur
      • N°3 en fa dièse mineur
    • Barcarolle en fa dièse majeur, op. 60
    • Polonaise-fantaisie en la bĂ©mol majeur, op. 61
    • 3 « bis »
  • « Messe en si mineur » de Bach par les chĹ“urs Agape et La Lyriade Ă  l’église Saint-Pierre de Chaillot (Patis XVIe)

    « Messe en si mineur » de Bach par les chœurs Agape et La Lyriade à l’église Saint-Pierre de Chaillot (Patis XVIe)

    La Messe en si mineur de Bach (1685-1750) est une œuvre gigantesque qui a demandé 20 années d’écriture au Maître qui ne l’a d’ailleurs jamais entendue dans son intégralité. Ce ne sont pas moins de deux chœurs, Agape et La Lyriade, qui sont réunis ce soir sous la direction d’Olivier Cangelosi pour interpréter cette messe majestueuse, accompagnés d’un orchestre et d’un orgue installé à côté des musiciens, sorte de grosse armoire normande avec un côté ouvert par lequel les tuyaux de l’instrument diffusent leurs sons.

    Cette messe célèbre le culte catholique alors que Bach était un luthérien convaincu, c’est l’un des mystères qui l’entourent. Elle dure deux heures et nécessite un orchestre complet ce qui la rend plutôt impropre à la célébration d’un office. Après la mort de son père, le fils de Bach, Carl Philippe Emmanuel, coordonna la consolidation des différents éléments composant la partition finale. Elle ne fut créée dans son intégralité qu’en 1834, plus de 80 ans après la mort de son auteur.

    L’œuvre interprétée avec talent ce soir est majestueuse, un peu emphatique mais elle a été écrite ainsi. De Bach on préfère la simplicité rigoureuse, parfois mathématique, des pièces pour piano seul (clavecin en fait, mais jouées aujourd’hui sur des pianos modernes), ou pour violoncelle, aux œuvres liturgiques. Les suites pour violoncelle, les variations Goldberg, les partitas, les suites françaises pour piano sont un miracle de perfection dans la pureté. L’émotion vient de l’extrême dépouillement de ces compositions que l’on ne retrouve bien sûr pas dans la Messe en si, écrite pour manifester avec éclat la dévotion des hommes envers leur créateur.

    Saint-Pierre de Chaillot

    Ce soir, au terme de cette messe un peu interminable, le spectateur reste subjugué par la diversité et la créativité de Bach qui a consacré une vie entière à la composition d’œuvres exceptionnelles et reste le Maître incontesté de la musique classique occidentale.

    L’église Saint-Pierre de Chaillot, en plein cœur du XVIe arrondissement parisien, entre l’Etoile et le Trocadéro, construite en XVIIe siècle, renforcée au XVIIIe, agrandie au XIXe, intégralement reconstruite et inaugurée en 1938, offre le cadre grandiose qui s’accorde à cette messe de Bach. L’acoustique de ses volumes importants ne semble pas très satisfaisante pour les choristes. Qu’importe, les spectateurs, manifestement voisins de XVIe, ne comptent pas leurs applaudissements lorsque résonnent les derniers échos du Dona nobis pacem [Donne nous la paix].

    Les interprètes

    Julia Marcelli KnechtSoprano
    Claire BournezMezzo-Soprano
    Florian LaconiTénor
    Pierre BessièreBasse
    Nicolas JortieOrgue
    Frédéric DaverioAccordéon
    Olivier CangelosiDirection
  • Le grand remplacement sĂ©mantique

    Le grand remplacement sémantique

    On observe que les trois mots « effectivement Â», « et cetera Â» et « voilĂ  Â» occupent dĂ©sormais 50% des phrases prononcĂ©es sur les diffĂ©rents mĂ©dias par les journalistes comme leurs invitĂ©s. Les dĂ®ners en ville suivent la mĂŞme rĂ©gression, en route vers l’appauvrissement de la langue française.

    Cette dĂ©gĂ©nĂ©rescence linguistique est dĂ©jĂ  lancĂ©e depuis de nombreuses annĂ©es. Elle accompagne la dĂ©cadence française constatĂ©e dans bien d’autres domaines : incapacitĂ© du pays Ă  s’entendre sur un futur commun, appauvrissement du discours politique, lamentation perpĂ©tuelle des citoyens, violence Ă  tous les Ă©tages de la sociĂ©tĂ©, perte de contrĂ´le de la gestion des finances publiques, dĂ©gradation du niveau scientifique, stagnation Ă©conomique, abrutissement des masses plus intĂ©ressĂ©es par des influenceuses Ă  forte poitrine et les interviews de joueurs de fouteballe que par les choses de l’esprit, etc.

    Comment les plateaux mĂ©diatiques pourraient encore se prĂ©occuper de la langue française ?

    Les plus anciens pensent quand même qu’ils pourraient faire un effort, avant de renoncer à leurs illusions devant l’évidence de cette décadence…

  • Une politique extĂ©rieure amĂ©ricaine plutĂ´t singulière

    Une politique extérieure américaine plutôt singulière

    L’avènement du président américain Trump pour son deuxième mandat depuis janvier 2025 a amené un changement assez considérable dans les formes que prend aujourd’hui la politique étrangère des Etats-Unis d’Amérique. Elle est désormais composée d’un mélange de fébrilité, d’enfantillages et d’insultes.

    Les relations avec les pays tiers, alliĂ©s ou pas de Washington, sont beaucoup menĂ©es sur les rĂ©seaux dits « sociaux Â» (dont « Truth Social Â», propriĂ©tĂ© du prĂ©sident) ou par le duo de nĂ©gociateurs Steve Witckoff et Jared Kuschner, tous deux investisseurs immobiliers, ami du prĂ©sident pour le premier, son gendre pour le second. Ils sont envoyĂ©s sur tous les fronts oĂą la diplomatie semble servir les intĂ©rĂŞts de leur mandant mieux que le secrĂ©tariat d’Etat (dĂ©nomination amĂ©ricaine du ministère des affaires Ă©trangères) dont les membres sont en principe payĂ©s pour mener cette politique Ă©trangère qui a tendance Ă  devenir Ă©trange.

    La guerre actuelle entre la coalition amĂ©ricano-israĂ©lienne et l’Iran donne lieu Ă  une accĂ©lĂ©ration de la communication prĂ©sidentielle via son rĂ©seau dit « social Â» ou celui de la Maison Blanche. Il y a beaucoup d’images, plus faciles Ă  comprendre…

    Mais aussi des menaces :

    « Une civilisation entière [celle de l’Iran] va mourir ce soir, sans jamais pourvoir réémerger. Â» C’était un message du 7 avril et, bonne nouvelle, Ă  ce jour la civilisation perse existe toujours puisque Washington nĂ©gocie avec ses reprĂ©sentants pour trouver une solution qui mette fin Ă  la guerre.

    Et des injures :

    Le mĂŞme jour le prĂ©sident amĂ©ricain exige de ces « fous furieux Â» de rouvrir ce « p… de dĂ©troit [d’Ormuz] Â» qui Ă  ce jour est toujours bloquĂ©, sa rĂ©ouverture semblant ĂŞtre l’un des points principaux des nĂ©gociations pour mettre fin Ă  la guerre.

    Et si jamais ces messages n’étaient pas suffisamment lus, ils sont parfois rediffusĂ©s par le compte « X Â» de la Maison Blanche, on n’est jamais si bien servi que par soi-mĂŞme :

    Evidemment, la gĂ©nĂ©ration des « boomers Â» est un peu effarĂ©e devant la forme de ces messages signĂ©s par un prĂ©sident des Etats-Unis d’AmĂ©rique. Plus habituĂ©e aux navettes diplomatiques d’un Kissinger, d’une Madeleine Albright, ou aux dĂ©bats policĂ©s des Nations-Unies, cette population dĂ©sormais âgĂ©e, et moins influente, a tendance Ă  se dire « c’était mieux avant Â» mais doit se rĂ©signer Ă  regarder les nouvelles gĂ©nĂ©rations prendre en mains la conduite du monde avec leurs propres mĂ©thodes.

    Il est encore un peu tôt pour trancher sur l’efficacité diplomatique des uns ou des autres. L’Histoire sera seule juge. Rendez-vous dans 100 ans pour arbitrer sur l’efficacité entre les méthodes de gougnafier et les pratiques de dirigeants bien élevés.

  • BERGEN VĂ©ronique, ‘Patti Smith – Horses’.

    BERGEN VĂ©ronique, ‘Patti Smith – Horses’.

    Sortie : 2018, Chez : DISCOGONIE densité.

    VĂ©ronique Bergen, philosophe-essayiste, se penche sur « Horses », le disque emblĂ©matique de Patti Smith et du rock novateur, Ă  mi-chemin entre punk et alternatif, sorti en 1975. Patti alors âgĂ©e de 29 ans erre dans New York, entre squats improbables et le Chelsea Hotel. Elle baigne dans le climat de contreculture explosive que cette ville dĂ©glinguĂ©e inspire. Elle s’essaye au dessin, Ă  la photographie, Ă  la peinture et, surtout Ă  l’Ă©criture poĂ©tique. Elle rencontre Jimi Hendrix, Janis Joplin, Sam Shepard, Robert Mapplethorpe, les poètes de la beat generation… Bref, elle vibrionne dans l’ambiance urbaine, dĂ©vastatrice et foisonnante de New York oĂą a Ă©clos l’art underground.

    Eprise de la poĂ©sie française du XIXe siècle, et tout particulièrement de Rimbaud, Smith va utiliser le rock comme vecteur de sa vision poĂ©tique du monde. Avec les huit plages de « Horses » elle va crĂ©er l’Ĺ“uvre fondatrice du rock du dernier quart du XXe siècle.

    VĂ©ronique Bergen partage sa vision de l’âme de ce disque. Elle en explique les influences musicales, littĂ©raires et poĂ©tiques et passe en revue chaque chanson, les reprises comme les originaux, en expliquant leur atmosphère, leurs rĂ©fĂ©rences (bibliques ou poĂ©tiques), l’Ă©tat d’esprit dans lequel elles ont Ă©tĂ© créées, les collaborations musicales auxquelles elles ont donnĂ© lieu et mĂŞme les tonalitĂ©s et suites d’accords utilisĂ©es. Passionnant !

    L’album Horses est construit comme un vol d’oiseau, comme un trip spatial, mental. D’une plage Ă  l’autre, l’oiseau ouvre ses ailes, prend son envol, avec des allers-retours dans l’amplitude, flux et reflux « sac » et ressac de la marĂ©e. Son voyage converge vers l’apothĂ©ose, le soleil noir de « Land ». Patti Smith est une Icare qui, n’ayant pas besoin d’une machine volante, d’ailes mĂ©caniques pour planer, ne se fracassera pas dans la mer (dernière partie de « Land ») lorsque, s’approchant trop près de l’astre, la cire des ailes aura fondu.

  • « Chopin au Jardin – 2026 » au Parc Montsouris (Marek Szlezer, piano)

    « Chopin au Jardin – 2026 » au Parc Montsouris (Marek Szlezer, piano)

    C’est le retour du fort sympathique festival « Chopin au Jardin Â» pour lequel les villes de Paris, en juin, et de Varsovie, en juillet, accueillent chaque dimanche pour une heure un pianiste, le plus souvent polonais, qui vient nous enchanter avec les notes de Chopin dispersĂ©es en plein air.

    Marek Szlezer inaugure l’édition 2026 avec brio. Il faut dire que l’artiste a été lauréat de nombre de concours, dont le concours international de piano de Rome qu’il emportât à l’âge de 12 ans. On ne savait même pas qu’il était possible de concourir aussi jeune. Autant dire que le garçon est un virtuose, il s’exprime sur un piano Yamaha étincelant qui reflète le jeu de ses mains dans les rayons du soleil d’un dimanche sans histoire.

    La musique pour piano seul écrite par Chopin, compositeur exceptionnel et lui-même pianiste hors-pair, est d’une diversité sans limite, le concert ce soir nous en donne un brillant aperçu. Il y a du Chopin enthousiaste et léger (Fantaisie et Ballade), tragique (la Sonate) et triste (les Nocturnes).

    Quel bonheur de se laisser emporter par ce dĂ©luge de notes qui charment notre ouĂŻe et notre cĹ“ur dans un environnement printanier et champĂŞtre. Merci Chopin, merci Marek Szlezer qui n’arrive plus Ă  partir et gratifie un public ravi de 3 « bis » !

    Programme

    • Polonaise en la majeur, op.40 n°1
    • Fantaisie en fa mineur, op. 49
    • Ballade n°3 en la bĂ©mol majeur, op. 47
    • Deux nocturnes, op. 27
      • N°1 en do dièse mineur
      • N°2 en rĂ© bĂ©mol majeur
    • Sonate pour piano n°2 en si bĂ©mol mineur, op. 35

    Lire aussi

  • Finale des Ă©meutes fouteballistiques

    Finale des émeutes fouteballistiques

    A l’issue de la victoire d’un club de fouteballe français dans on ne sait plus quelle compĂ©tition internationale de ballon samedi 30 mai, des loubards se sont dĂ©chainĂ©s dans la nuit pour attaquer les forces de l’ordre et casser tout ce qu’il pouvait, avec un intĂ©rĂŞt particulier pour le mobilier urbain public, mais aussi des voitures, des vĂ©los, des halls d’immeubles et, bien sĂ»r, le pillage de magasins dĂ©vastĂ©s par des colonnes de fourmis repartant chargĂ©es de cartons de produits volĂ©s, avec une prĂ©fĂ©rence pour les boutiques de baskets de marque. Les pilleurs ont gĂ©nĂ©ralement la mĂŞme apparence : casquette portĂ©e Ă  l’envers, T-shirt et Ă©charpe du PSG (le club gagnant) ou torse nu, jeans-baskets (le plus souvent blanches). La ville de Paris a connu le plus grave de ces Ă©meutes qui se sont Ă©tendues aussi Ă  certaines villes de province. Le match de ballon n’avait mĂŞme pas lieu en France mais en Hongrie oĂą a priori la population est restĂ©e calme.

    MalgrĂ© les milliers de policiers et de pompiers mobilisĂ©s, il y eut deux morts par accidents provoquĂ©s par ces troubles, des dizaines de blessĂ©s, des centaines d’interpellations et, surtout, les images dĂ©sastreuses des villes concernĂ©es au lendemain de ces Ă©meutes diffusĂ©es Ă  profusion sur les rĂ©seaux dits « sociaux Â» par les auteurs eux-mĂŞmes qui adorent se filmer au cĹ“ur de leurs exploits et par les autres participants Ă  ces explosions de « joie Â» qu’ils ont vĂ©cues un tĂ©lĂ©phone greffĂ© Ă  la main afin de marquer pour l’éternitĂ© ces moments conviviaux d’allĂ©gresse populaire…

    Au petit matin les Champs Elysées et rues alentour étaient jonchées de cadavres de voitures et de cycles brûlés, d’abribus ravagés, de bris de verre de vitrines dévastées, de canettes de bière et autres joyeusetés qui ont alimenté la nuit de ces sauvageons. Dès la fin de ces manifestations d’enthousiasme, les services municipaux de la ville ont commencé à nettoyer les rues pour tenter de cacher la misère de ces dévastations. Bien entendu, les conséquences financières de ces errements sont payées par les contribuables et non point par les coupables ni même les clubs de fouteballe qui sont quand même à l’origine de ces débordements, et qui, dans le cas du PSG, ne manquent pas de moyens.

    Notons que les maillots du PSG Ă©taient Ă  vendre dès le lendemain de la victoire pour des prix compris entre 109,99 et 159,99 EUR. A priori la boutique officielle du PSG sur les Champs ElysĂ©es n’a pas Ă©tĂ© pillĂ©e mais bien dĂ©valisĂ©e puisque lesdits maillots (immettables par toute personne normalement constituĂ©e) Ă©taient affichĂ©s Ă©puisĂ©s quelques heures seulement après leur mise en vente. VoilĂ  qui rassure sur le pouvoir d’achat des impĂ©trants. Pour les Ă©conomiquement plus faibles, une collection de casquettes (Ă  porter Ă  l’envers), d’écharpes ou de T-shirts Ă©tait Ă©galement disponible pour des prix plus modiques mais, curieusement, ces produits sont restĂ©s disponibles en stock.

    On ne sait pas vraiment quoi faire devant le dĂ©chainement de violence et de beaufitude qui est maintenant habituel après chaque Ă©vènement de fouteballe, que des Ă©quipes françaises gagnent ou perdent, sinon compter les blessĂ©s, parfois les morts, et payer pour la remise en Ă©tat. Peut-ĂŞtre une solution, qui n’a jamais Ă©tĂ© tentĂ©e, serait de laisser les lieux en l’état afin que les citoyens se rendent vraiment compte de l’état d’abrutissement gĂ©nĂ©ral dans lequel le fouteballe plonge la population afin, peut-ĂŞtre, d’espĂ©rer que les gĂ©nĂ©rations futures Ă©voluent en la matière ? Cela vaudrait la peine d’essayer. Le prochain championnat du monde de foute qui doit dĂ©marrer dans les jours Ă  venir en AmĂ©rique du Nord offrira certainement des occasions de tenter d’appliquer cette mĂ©thode.

    Il suffit d’essayer !

    Lire aussi

    Les sports de ballon toujours fortement générateurs d’abrutissement des masses

    Et retrouvez toutes nos chroniques sportives sur…

    Pousseurs de baballe et autres musculeux

  • « Petite Messe solennelle – Rossini » par le chĹ“ur Monjoie au Temple du Saint-Esprit

    « Petite Messe solennelle – Rossini » par le chĹ“ur Monjoie au Temple du Saint-Esprit

    C’est le Choeur Montjoie qui interprète ce soir le Petite messe solennelle que Rossini (1792-1868) a composĂ©e Ă  la fin de sa vie en 1863, Ă  70 ans, alors qu’il avait pris sa retraite musicale depuis plus de 30 ans, après avoir Ă©crit une trentaine d’opĂ©ras. C’est la version piano et accordĂ©on qui est prĂ©sentĂ©e, plus simple que celle avec orchestre, elle laisse le chĹ“ur s’exprimer pleinement tout en mettant en avant le son singulier de l’accordĂ©on.

    Rossini habitait Ă  Paris pour cette retraite, Ă  quelques pas de la place Saint-Augustin oĂą il est jouĂ© aujourd’hui, et disposait aussi d’une rĂ©sidence secondaire Ă  Passy oĂą il composa cette messe. Il recevait dans son salon chaque semaine et a composĂ© plus de 150 pièces de musique de chambre, pièces pour piano et chansons, destinĂ©es Ă  ĂŞtre jouĂ©es lors de ces mondanitĂ©s. Il les appellaient ses « pĂ©chĂ©s de vieillesse Â». Grand amateur de gastronomie, il a son rond de serviettes dans toutes les grandes brasseries parisiennes l’un des chefs du moment aurait créé, pour lui dĂ©dier, la recette du Tournedos Rossini.

    Un fois cette Ĺ“uvre terminĂ©e il adressa une boutade Ă  son Seigneur :

    Bon Dieu. La voilĂ  terminĂ©e cette pauvre petite messe. Est-ce bien de la musique sacrĂ©e que je viens de faire ou de la sacrĂ©e musique ? J’Ă©tais nĂ© pour l’opera buffa, tu le sais bien ! Peu de science, un peu de cĹ“ur, tout est lĂ . Sois donc bĂ©ni et accorde-moi le Paradis.

    La chanteuse mezzo-soprano est remarquable ce soir et ses interprĂ©tations du Gloria (en duo avec la soprano) et de l’Agnus Dei sont bouleversantes. L’accordĂ©oniste est Ă©galement de grand talent, il ouvre la messe avec une introduction plutĂ´t contemporaine qui n’est pas jouĂ©e dans la version habituelle de cette messe qui dĂ©bute le plus souvent directement par le piano. On imagine qu’elle est bien sur la partition originale mais qu’elle rebute ses confrères accordĂ©onistes ?

    Les interprètes

    Pauline LarivièreSoprano
    Gaëlle MalladMezzo-Soprano
    Hugo TranchantTénor
    Jean-Manuel CandenotBaryton
    Ariane GendratPiano
    Frédéric DaverioAccordéon
    Olivier DelfosseDirection

    Un extrait du très beau duo soprano-mezzo de la Petite messe dirigée en 2001 par Lorin Maazel, gravée sur un CD sorti en 2001.

    Lire aussi

  • « Calder – RĂŞver en Ă©quilibre » Ă  la fondation Louis Vuitton

    « Calder – Rêver en équilibre » à la fondation Louis Vuitton

    Alexander Calder (1898-1976), artiste-sculpteur américain, est surtout connu du grand public français pour ses célèbres mobiles aux formes aérées, en couleurs ou en noir-et-blanc, composés de différents matériaux mais toujours le fruit d’un équilibre subtil entre l’air et la forme. L’exposition nous montre à voir ses nombreux autres talents, à commencer par les premières salles consacrées à sa passion du cirque et à la minutie avec laquelle il a recréé toutes les scènes en miniature avec personnages, animaux et ustensiles, et du simple fil de fer ainsi que la possibilité d’animer mécaniquement ces numéros. On peut ainsi voir un acrobate sauter sur un cheval ou un haltérophile soulever sa fonte. Sur une vidéo on voit l’artiste, déjà âgé, pousser le petit cheval et déclencher le saut de l’acrobate au bon moment. Il lui a suffit de fil de fer, de quelques ressorts et bobines, et de beaucoup d’ingéniosité pour réaliser ce très riche jeu de construction qu’il anime avec la malice d’un gamin devant son mécano. Il mettra cinq années pour développer ce cirque miniaturisé alors qu’il habitait Paris durant l’entre-deux-guerres.

    Il réalise aussi des portraits très réalistes en tordant du fil de fer devant ses modèles qui posent. Ceux de Josephine Baker sont frappants de ressemblance. A Montparnasse où il fréquente Mondrian, Picasso, Fernand Léger et, même, Jean-Paul Sartre, il est connu sous le nom du « roi du fil de fer ». Il se met ensuite à la peinture abstraite, retourne aux Etats-Unis quand les nazis arrivent au pouvoir en Allemagne, se lance dans la construction d’œuvres abstraites et plus mobiles du tout, revient en France et aux mobiles avec une belle série consacrées aux poissons, crée des bijoux avec des fils en cuivre, se lance dans les sculptures monumentales exposées en extérieur devant des bâtiments publics, bref, une vie guidée par une inventivité sans limites.

    ALEXANDER CALDER, « La Grande Viresse, 1969 »

    « RĂŞver en Ă©quilibre Â» retrace le parcours d’un grand enfant Ă  travers le XXe siècle qu’il a parcouru avec ses yeux Ă©bahis et curieux pour nous en restituer la lĂ©gèretĂ© malgrĂ© les barbaries qui l’ont marquĂ©.

  • MARTIN Xavier, ‘Television – Marquee Moon’.

    MARTIN Xavier, ‘Television – Marquee Moon’.

    Sortie : 2026, Chez : DISCOGONIE densité.

    C’est l’histoire d’un disque fondateur du rock amĂ©ricain, Ă©ditĂ© en 1977 alors que le punk explose au Royaume-Uni. Quatre amĂ©ricains admirateurs des poètes français « maudits » du XIXe siècle, Rimbaud, Verlaine, Baudelaire vont crĂ©er un groupe majeur et un style remarquable du rock de la contre-culture mondiale. Le leader-fondateur du groupe, Thomas Miller, prend le nom de scène de Verlaine en hommage Ă  Paul. Le premier bassiste, Richard Meyers, choisit quant Ă  lui celui de Hell en rĂ©fĂ©rence Ă  « Une saison en enfer » de Rimbaud. Tous deux Ă©crivent des poèmes et adoptent la musique comme vecteur de leur poĂ©sie. Ils se trouvent qu’ils sont Ă©galement d’excellents et très novateurs instrumentistes. Verlaine et son compère guitariste Richard Llyod crĂ©ent un genre complexe et singulier de jeu de guitares qui s’entremĂŞlent en dĂ©roulant des arpèges obsĂ©dantes sur lesquelles se pose la voix aiguĂ« de Tom.

    Un peu comme les disques du Velvel Underground, « Marquee Moon » rencontre un grand succès d’estime dans le petit monde musical du New York underground oĂą se croisent Blondie, les Talking Heads, Patti Smith, les New York Dolls, Andy Warhol…, mais n’explose pas vraiment au niveau commercial. Il faudra encore quelques annĂ©es pour qu’il devienne l’une des Ĺ“uvres de rĂ©fĂ©rence du rock amĂ©ricain et mĂŞme mondial.

    Les paroles de Tom Verlaine sont souvent mystĂ©rieuses. Il demande lui-mĂŞme qu’on ne leur cherche pas forcĂ©ment une signification rationnelle mais Ă©voque plutĂ´t la traduction de sentiments diffus, une dĂ©ambulation poĂ©tique de leur temps. L’ensemble mots et musique est imprĂ©gnĂ© de l’atmosphère urbaine, et souvent dĂ©lĂ©tère, qui règne dans la ville de New York Ă  la fin des annĂ©es 1970 : bouillonnante, toxique et tellement crĂ©atrice. On est partagĂ©s entre la noirceur du monde prĂ©sentĂ© par ces auteurs-compositeurs et la lumière apportĂ©e par cette musique lunaire.

    Time may freeze,
    A world could cry.
    All this night running loud
    I hear the whispers I hear the shouts.
    And tho they never cry for help…

    Xavier Martin raconte de façon intelligente et très documentĂ©e la grande histoire de ce disque et revient sur quelques petites anecdotes que tout le monde connait mais que les admirateurs de cette pĂ©riode musicale ont toujours plaisir Ă  relire : l’amour que Verlaine a portĂ© Ă  Patti Smith qui s’est Ă©loignĂ©e de lui pour vivre une aventure avec le bassiste du groupe, les dĂ©buts du CBGB’s oĂą se produisirent tous les crĂ©ateurs du rock underground amĂ©ricain, les rĂ©glages des guitares et des amplis, les relations avec les producteurs (dont Brian Eno), les maisons de disques, la photo de couverture du disque issue d’une photocopie ratĂ©e, bref, tout ce monde fascinant du rock new-yorkais des annĂ©es 1970-1980 qui a engendrĂ© ces gĂ©ants.

    La petite maison d’Ă©dition densitĂ© DISCOGONIE qui publie ce livre consacre un ouvrage Ă  un disque. On trouve dans la liste : Nebraska (Bruce Springsteen), L.A. Woman (The Doors), The Idiot (Iggy Pop), Closer (Joy Division), Horses (Patti Smith), Violator (Depeche Mode), et bien d’autres. Une jolie collection Ă  cultiver.

    Lire aussi

  • ROMAINS Jules, ‘PsychĂ© 3/3 – Quand le navire…’.

    ROMAINS Jules, ‘PsychĂ© 3/3 – Quand le navire…’.

    Sortie : 1929, Chez : Gallimard.

    On avait laissĂ© Pierre dans le tome prĂ©cĂ©dent alors qu’il embarquait pour New York Ă  l’issue d’une lune de miel ardente avec sa femme Lucienne. Elle reste sur le quai de Marseille alors que lui, premier commissaire sur un paquebot transatlantique, part travailler sur l’ocĂ©an.

    Leur mariage impromptu les a rĂ©unis dans un amour profond renforcĂ© par le plaisir de la chair si dĂ©licatement abordĂ© dans le volume prĂ©cĂ©dent, « Le Dieu des corps« . Alors la sĂ©paration, mĂŞme s’ils la savent provisoire, les plonge dans l’introspection, une forme de tristesse et une forte attente de se retrouver, teintĂ©e de crainte que ce ne soit plus comme avant.

    Sous l’agrément de son décor et les complications de sa machinerie, le bateau était quelque chose de simple et de terrible : un instrument de séparation. Sa marche déroulait derrière lui non pas tant le loch que l’absence. Sa vitesse était une vitesse d’arrachement.

    Au milieu de l’Atlantique, Pierre retrouve son vieil ami Bompard, mĂ©decin du bord, avec qui il devise sur les mystères de l’Ă©tat amoureux. Fuyant la vie sociale du bord Pierre se rĂ©fugie rĂ©gulièrement dans sa cabine pour mĂ©diter sur Lucienne et mĂŞme la retrouver sans une espèce de transmission de pensĂ©es. De retour Ă  Marseille, Lucienne continue d’accepter de partager avec lui ses notes journalières personnelles et il constate qu’Ă  peu près le mĂŞme jour au cours de la traversĂ©e oĂą il avait cru halluciner en la voyant dans sa cabine (et une trace de son passage comme si elle s’Ă©tait assise sur son lit), elle-mĂŞme Ă©crit s’ĂŞtre transportĂ©e par la pensĂ©e Ă  bord du navire pour retrouver son Pierre.

    Je [elle] me dis que dans l’union l’âme arrive à une exaltation trop intense, à un sentiment de ses pouvoirs trop aigu, pour qu’ensuite quelque chose d’aussi grossier, d’aussi absurde que la distance suffise à tout effacer.

    Evidemment, l’Ă©pisode oĂą ils se retrouvent fictivement sur le bateau est un peu surrĂ©aliste mais n’est-ce pas aussi un des effets de l’amour de transcender le rĂ©el ? Quoi qu’il en soit, les rĂ©flexions de Pierre sur la sĂ©paration d’avec l’ĂŞtre aimĂ©, sur la pensĂ©e de cet amour qui envahit Ă  tous moments son corps et son âme, sont belles et pleines de pudeur. Le dernier chapitre se dĂ©roule bien des annĂ©es plus tard et l’on comprend que le couple est toujours uni, que la violence de leur amour s’est apaisĂ©e mais que chacun garde pour lui avec pudeur le souvenir de ces moments rĂŞvĂ©s qui les ont amenĂ©s Ă  « remettre le monde en question ».

    Il y a du Albert Cohen (« Belle du Seigneur ») dans cette capacitĂ© Ă  dĂ©crire de façon si prĂ©cise et dans la longueur le sentiment amoureux. Cohen a publiĂ© cette Ĺ“uvre 40 ans après celle de Romains. Mais le sujet est Ă©ternel et seuls les grands Ă©crivains savent Ă  ce point le dissĂ©quer. Il ne reste aux lecteurs lambda qu’Ă  espĂ©rer le vivre.

    Voir aussi

  • Le printemps dans le fracas du monde

    Le printemps dans le fracas du monde

    Dans le fracas du monde, le printemps éclate et nous adresse ses petits clins d’œil.