Auteur/autrice : Rehve

  • Le monde des médias du groupe Bolloré en émoi

    Le monde des médias du groupe Bolloré en émoi

    Les journalistes œuvrant dans les médias détenus par le groupe de l’homme d’affaires Bolloré s’émeuvent depuis plusieurs semaines de la « mort » annoncée de la chaîne C8 pour la fin du mois de février. Celle-ci émet sur la Télévision nationale terrestre (TNT) dont les fréquences sont attribuées gratuitement par l’Etat en échange du respect d’un cahier des charges. Les supporters de C8 se lamentent, toute la journée et sur tous les médias du groupe, sur le fait que l’Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique) organisme administratif « sans aucune légitimité démocratique » a décidé de « tuer » la chaîne ce qui serait une atteinte à inqualifiable à la « liberté d‘expression ».

    En réalité, l’Arcom a décidé d’attribuer la fréquence de C8 à une autre chaîne, donc l’une va remplacer l’autre en une sorte d’alternance même s’il semble que la nouvelle chaîne soit encore à l’état de projet. La raison la plus probable de cette décision est que l’Etat tente de mettre fin à la bêtise crasse et au racolage affligeant auxquels se livre cette chaîne. En promouvant l’abrutissement des masses et la vulgarité toute la journée la chaîne Bolloré et son animateur vedette Cyril Hanouna n’ont pas respecté les obligations déontologiques incluses dans le cahier des charges qu’ils ont signé. Comme il est difficile de justifier ouvertement ce non-renouvellement pour des motifs liés au niveau affligeant de ses programmes, sous peine d’être accusé de « mépriser le peuple », bien qu’il suffise de regarder dix minutes de l’émission quotidienne d’Hanouna pour s’en convaincre assez facilement, l’Arcom argumente plus sur le manque de pluralisme que sur l’absence d’intelligence, c’est sans doute un peu moins subjectif.

    Lire aussi : Nouvelle contre-offensive des médias de la famille Bolloré contre l’intelligence

    C8 pourrait poursuivre son activité en tant que chaîne payante à intégrer sur des bouquets satellites ou des box. Mais évidemment ce n’est plus la même histoire et la clientèle-cible est différente dans ce cas, bien moins nombreuse. On se souvient que la chaîne d’information en continue LCI appartenant au groupe Bouygues-TF1 avait menacé de fermer purement et simplement si on ne lui attribuait pas une fréquence gratuite. Ne pas payer l’accès aux téléspectateurs facilite évidemment la diffusion et l’atteinte de la rentabilité… A priori, les dirigeants de la chaîne annoncent qu’elle fermera et licenciera ses 400 employés. Cyril Hanouna, lui, devrait rebondir sur une autre chaîne. Les soutiens de C8 affichent bien entendu la perte de 400 emplois, sans préciser bien entendu que la chaîne qui la remplacera va créer des emplois. Ils prônent également la suppression de l’Arcom coupable d’atteinte à la « liberté d’expression » sans expliquer non plus par quel processus on la remplacera pour l’attribution de fréquences de la TNT, mise aux enchères, auquel cas elles ne seront plus gratuites, attribution directement pat l’administration, autre système ?

    L’Arcom a également décidé de transférer la fréquence dont bénéficie NRJ12 à une autre chaîne ce 28 février. Ce changement se fait avec beaucoup plus de discrétion. Sans doute NRJ12 ne peut pas s’appuyer sur un groupe aussi puissant et idéologique que celui contrôlant C8.

    Ainsi va la vie dans l’audiovisuel français, de nouveaux acteurs apparaissent, d’autres disparaissent, et l’Etat qui met gratuitement à disposition des chaînes de la TNT en nombre limité, exige en échange des engagements des bénéficiaires. Cela ne parait pas illégitime mais le type de contreparties demandées peut être modifié, ou pas. Il suffit de le décider, c’est l’Etat qui régule ces fréquences et c’est à lui de décider. Si le pouvoir change de mains en France les nouveaux venus pourront faire évoluer ce système, ou pas…

    Lire aussi : Le crépuscule des bobos, l’envol des ploucs !

  • SENGHOR Léopold Sédar, ‘Ce que je crois’.

    SENGHOR Léopold Sédar, ‘Ce que je crois’.

    Sortie : 1988, Chez : Les Cahiers Rouges – Grasset

    Léopold Sédar Senghor (1906-2001), homme d’Etat français, puis sénégalais après l’indépendance du Sénégal, fut surtout un poète et un visionnaire africain qui, en compagnie d’Aimé Césaire (1913-2008, martiniquais) et de quelques autres, développa le concept de « négritude » entre les deux guerres, courant littéraire et politique qui accompagna l’émancipation des peuples africains et la décolonisation de leurs pays. Senghor fut aussi président du Sénégal de son indépendance en 1960 jusqu’à 1980.

    Ce « Ce que je crois » laisse au lecteur une impression mitigée. Toute la première partie ressemble à une tentative touchante de démontrer que « l’homme africain » fut à l’origine de l’Humanité, comme pour compenser, excuser, le fait que le continent soit resté à l’écart du développement occidental des derniers siècles. Et d’insister sur l’invention du fer en Nubie 4 000 ans avant notre ère, l’apparition de l’art avec les roches peintes dans le Sahara au Magdalénien (15 000 ans avant JC), etc. Senghor mène ensuite une analyse statistique des groupes sanguins des peuples du monde, se référant au concept de « caractérologie » qui associe le « tempérament » et le groupe sanguin, et, plus ou moins directement à l’origine géographique. Le groupe O serait majoritaire en Afrique, le A en Europe et le B en Asie. Le fait qu’il y a plus de groupe O en Grèce montrerait, par exemple, des mélanges anciens avec des populations africaines. Idem au Proche-Orient qui aurait donc été le fuit de mélanges ethniques avec des populations d’Afrique noire à un moment ou un autre de son histoire. Même les Japonais présenteraient une proportion de groupe sanguin attestant une présence africaine. Il passe ensuite de la biologie à la culture en trouvant des caractéristiques culturelles communes aux peuples présentant des similitudes dans la répartition de leurs groupes sanguins.

    Il est maintenant démontré et admis qu’Homo Sapiens a vu le jour en Afrique et que ses migrations progressives au cours des millénaires ont initié le développement de la population mondiale. La théorisation de l’influence de « l’homme africain » via l’analyse des groupes sanguins mondiaux semblent un peu acrobatique et on frémit en lisant ces rapprochements osés entre groupes sanguins, origines et cultures, dont on se demande s’ils seraient retenus par la science génétique moderne (le livre a été écrit en 1988)…

    La suite de l’essai est plus légère et développe l’action et la pensée de son auteur dans les domaines qui lui étaient plus familiers : la linguistique, la poésie, la francophonie et l’émancipation des peuples africains qu’il souhaitait par-dessus-tout sans rompre les liens avec la France, puissance coloniale de la plupart des pays dont il parle. Homme de culture et d’une grande élévation morale il a gouverné le Sénégal devenu indépendant plutôt mieux que ses coreligionnaires des nations avoisinantes démontrant qu’un poète peut aussi développer un pays.

    La fin de son « règne » fut un peu chaotique mais le Sénégal est désormais assis sur des bases démocratiques qui perdurent tant bien que mal, exemple plutôt unique dans la région. Son attachement à la France, un peu suranné, à son histoire et à sa langue, fut émouvant. Pas sûr qu’il serait apprécié des Sénégalais par les temps actuels de rejet total de l’ancien colonisateur qui n’a pas laissé que des bons souvenirs dans le pays. Le temps des dirigeants modérés, apaisés et poètes est terminé depuis longtemps en Afrique. Une voie aura quand même été défrichée par ces grands intellectuels africains au mitan du XXe siècle qui sera peut-être, un jour, retrouvée par les générations futures du Sénégal.

    Il nous reste la poésie de Senghor :

    Ma négritude point n’est sommeil de la race mais soleil de l’âme, ma négritude vue et vie
    Ma négritude est truelle à la main, est lance au poing
    Récade. Il n’est question de boire de manger l’instant qui passe
    Tant pis si je m’attendris sur les roses du Cap-Vert !
    Ma tâche est d’éveiller mon peuple aux futurs flamboyants
    Ma joie de créer des images pour le nourrir, ô lumières rythmées de la Parole !

    (in Elégie des Alizés – Léopold-Sédar Senghor)

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  • L’uchronie est à la mode

    L’uchronie est à la mode

    On ne dit plus « un branquignole qui manipule l’histoire à son profit » mais « l’auteur d’une uchronie » ! C’est bien plus chic et permet de masquer la réalité sous un joli mot que pas grand monde ne comprend.

  • La sagesse de Metternich

    La sagesse de Metternich

    Alors qu’il représentait l’empire d’Autriche au congrès de Vienne après la défaite cuisante de la France de Napoléon à la bataille de Waterloo, Metternich (1773-1859) annonça à l’ouverture de celui-ci en septembre 1814, alors que les troupes opposées à la France occupaient Paris :

    Ou bien la paix sera dictée par le désir de se venger de la France ou bien elle sera inspirée par le désir d’établir un équilibre aussi que parfait que possible entre les puissances.

    In « Grands diplomates » sous la direction d’Hubert Védrine – 2024

    L’Europe de cette époque était guerrière et sanguinaire, Napoléon fut d’ailleurs l’un de ses représentants les plus violents, elle avait en revanche des diplomates de talent. Pas sûr que ce ne soit toujours le cas aujourd’hui où les prémices de la cessation des combats qui s’annonce entre l’Ukraine et la Russie ne semblent pas reposer sur cette vision d’un équilibre mais plutôt sur celle de la vengeance.

  • Un président algérien très malin

    Un président algérien très malin

    Dans une interview parue dans le journal L’Opinion daté du 3 février, le président de la République algérienne démocratique et populaire, Abdelmadjid Tebboune, s’exprime avec beaucoup de malice et de finesse, bien loin des braillements de la gauche française propalestinienne exprimés par la voix et les votes de Rima Hassan et de ses amis, bien éloigné aussi des poncifs de Café du commerce assénés à l’assemblée nationale par des élus de droite sur l’Algérie.

    Le propos de M. Tebboune est un habile mélange de mauvaise foi, de langue de bois et de beaucoup de bon sens algérien. Il développe sa position de façon analytique et avec un calme olympien, convaincant facilement ceux qui veulent se laisser convaincre. Son message est à destination du peuple algérien, en Algérie et en France et des Français d’origine algérienne, ce qui représente une population importante qui est dans une attitude permanente de reproche à la France pour son histoire (la colonisation, la guerre de décolonisation…) et ce qu’elle est aujourd’hui, c’est-à-dire pas toujours très favorable à l’immigration en provenance d’Algérie et peu encline à la repentance.

    Le président Tebboune connaît parfaitement le personnel politique français, sa façon de penser et les contradictions dans lesquelles il s’enferre depuis l’indépendance de l’Algérie. Les services de renseignement algériens semblent également l’informer sur les faits et gestes de ses opposants résidant en France. Comme il n’a pas vraiment d’opposition locale et que la première force politique est l’armée, plutôt silencieuse, il peut dérouler sa stratégie sans trop de risque d’être contredit sinon par le Café de Flore à Saint-Germain-des-Prés. Il voit passer les ministres français qui changent tous les quatre matins au hasard de l’intensité du chaos politique parisien. Il connait l’histoire de son pays par cœur, comme celle de la France et de l’Europe.

    A chaque question un peu insidieuse de l’interviewer (Pascal Airault) il se réfère tranquillement à ce qui se passe en France.

    La rente mémorielle derrière laquelle se rangerait les médias et les dirigeants algériens ?

    Quelle rente mémorielle ? Honorer ses ancêtres, laisser en paix les âmes de nos martyrs… Jusqu’à aujourd’hui, la France commémore encore ses soldats et ses résistant tombés dans la guerre contre l’Allemagne. Ses cinéastes font des films. Il y a encore des contentieux non déclarés avec Berlin bien qu’il n’y ait eu que quatre ans d’occupation, et encore pas sur tout le territoire. Et vous voudriez nous interdire notre propre travail de mémoire ?

    Sur l’écrivain Algérien Boualem Sansal qui détient la double nationalité française :

    Boualem Sansal n’est pas un problème algérien. C’est un problème pour ceux qui l’ont créé.

    Boualem Sansal est d’abord algérien depuis soixante-quatorze ans. C’est un retraité algérien. Le Parlement européen a adopté une résolution pour sa libération. Mais les parlements panafricain, arabe et islamique [et Rima Hassan NDLR] se sont montrés solidaires avec l’Algérie.

    Il est sous mandat de dépôt. C’est la loi algérienne… il sera jugé dans le temps judiciaire imparti.

    Sur la lutte contre le terrorisme islamique :

    Il appartient à la France de traiter les cas des jihadistes qui se sont radicalisés sur son territoire et partis faire le jihad au Levant. Nous, nous nous occupons des combattants qui se sont radicalisés en Algérie.

    Sur le dossier ukrainien à l’ONU :

    L’Algérie a du mal à comprendre le double standard. Il faudrait condamner l’intervention en Ukraine mais pas l’annexion du Golan ou du Sahara occidental…

    Et ainsi de suite…

    Chaque réponse du président Tebboune est pesée au trébuchet de sa vision méditerranéenne de pays émergent anciennement colonisé, avec une dose subtile de désinformation, un soupçon de mauvaise foi et une remarquable cohérence d’ensemble. Cette interview est un chef d’œuvre diplomatique dont la qualité rend le propos bien plus pernicieux et nuisible pour la relation franco-algérienne que les braillements désordonnés de la partie française. M. Tebboune se révèle ici un adversaire redoutable et intelligent.

    L’Algérie n’aime pas la France et elle a de bonnes raisons pour ça. Elle préfère d’ailleurs largement la Russie, son grand allié pendant, et depuis, son combat pour l’indépendance. Lors d’une visite à Moscou en juin 2023 soit un an et quelques moins après le déclenchement de l’invasion russe de l’Ukraine, le président Tebboune, tourné vers son homologue russe Poutine lui déclarait qu’il était « un ami de l’humanité ». Le seul petit problème, pour le moment, est que ses citoyens semblent largement préférer émigrer en France que dans la nation de cet ami de l’humanité…

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    L’interview intégrale de « L’Opinion »

  • Le Rwanda « un peuple sûr de lui-même et dominateur »

    Le Rwanda « un peuple sûr de lui-même et dominateur »

    L’est de la République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre) est en guerre depuis des lustres. Cette région est toujours entre deux tentatives de sécession, trois mouvements de rébellion contre le pouvoir central et moult tentatives de pillage de ses importantes ressources minières par des puissances étrangères, du continent ou d’ailleurs. Cela a commencé à l’époque contemporaine par la revendication d’indépendance du Katanga au sud-est, soutenue par la Belgique et les colons qui y résidaient encore, juste après l’indépendance du pays.

    Au nord du Katanga se trouve la région du Kivu qui est frontalière avec le Rwanda. Ce dernier pays, qui eut à subir l’un des graves génocides du XXe siècle en 1994, est gouverné par les Tutsis, l’ethnie victime de ce crime de masse (entre 800 mille et 1 million de morts en quelques semaines) globalement mené par l’ethnie Hutu,

    Rien qu’en prenant en compte le Kivu, le Katanga et le Rwanda ce sont des centaines de milliers de morts et des millions de déplacés qu’il faut déplorer dans ce territoire gigantesque que personne n’arrive à pacifier.

    Depuis le génocide de 1994 le Rwanda cherche à étendre son espace vital en RDC voisine qui héberge des populations hutus, rwandaises ou d’origine rwandaise, comme congolaises, à la frontière du Rwanda. Parmi ces habitants, certains mènent des actions armées hostiles contre le Rwanda et son pouvoir tutsi, depuis le territoire du Congo, pour se venger d’avoir perdu la guerre civile qui a couvert le génocide. Il y a parmi eux les descendants des génocidaires de 1994 mais aussi des Congolais qui agissent par solidarité ethnique.

    Le Rwanda souhaite se préserver de leurs incursions et établir une sorte de zone tampon au Congo sur laquelle l’armée rwandaise pourrait contrôler les populations et empêcher les attaques de son territoire en provenance de son voisin. Pour ce faire Kigali s’est allié avec le mouvement tutsi « M23 » qui sévit au Congo dans un gloubi-boulga de revendications ethniques, politiques et minières, tout en pratiquant crimes de guerre et actes barbares en tous genres. Avec les soldats rwandais qui agissent maintenant en dehors de leur pays sans plus se cacher ils viennent de prendre la ville de Goma, frontalière du lac Kivu partagé entre RDC et Rwanda. Ils ne comptent pas en rester là. Le M23 s’oppose d’abord au gouvernement congolais sis à Kinshasa, à plus de 1 500 km à vol d’oiseau, et ne néglige pas l’aide que peut lui apporter le voisin rwandais. Il n’oublie pas qu’en 1997 ce sont les forces rwandaises qui avaient permis le renversement de Mobutu, le satrape clownesque qui dirigea le pays 32 ans durant sous sa toque en léopard (hélas largement soutenu par la France depuis) pour y installer Laurent-Désiré Kabila qui sera assassiné quatre ans plus tard dans des conditions non encore totalement élucidées.

    Un pays victime d’un génocide qui entre en guerre contre un pays frontalier pour tenter de « détruire » des mouvements ennemis et établir une zone tampon afin de sécuriser sa frontière cela vous rappelle-t-il quelque chose ? Israël bien sûr et les guerres actuellement menées contre le Hamas à Gaza et contre le Hezbollah au Liban !

    Dans les deux cas le pays a été victime d’un génocide dans un passé plus ou moins lointain et affronte toujours l’angoisse existentielle que cela ne se reproduise. Dans les deux cas il est dirigé par un pouvoir fort et déterminé qui reste entouré d’ennemis qui continuent de lui en vouloir. Dans les deux cas il essaye de résoudre le problème par la force, faisant fi des recommandations de la « communauté internationale », sans véritablement y parvenir et les conflits s’éternisent : 30 ans depuis le génocide au Rwanda, 76 ans depuis la création de l’Etat d’Israël et même 3 000 ans si on part de la Genèse dans la Bible.

    L’Histoire semble emprunter le même tortueux cheminement dans ces deux cas, les mêmes solutions donnant des résultats comparables. En attendant mieux…

  • Les précieuses ridicules

    Les précieuses ridicules

    La récente réélection de Donald Trump comme président des Etats-Unis d’Amérique a permis de lever le voile sur l’un des grands secrets de ce pays : pourquoi M. Trump a le visage orange ? Parmi les nombreux « experts » qui ont hanté les plateaux télévisés français à l’occasion de cette élection, on a vu des dermatologues venir expliquer que l’impétrant utilise une crème auto-bronzante, probablement de façon excessive, qui provoque ce teint orange qui lui est désormais familier. Le résultat est original et on n’est pas bien sûr qu’il se rende compte de celui-ci. Ou alors il s’en satisfait !

    Après tout nous avons eu en France un président de la République, François Hollande (70 ans), qui se teignait, et se teint encore, les cheveux d’un noir corbeau tellement intense qu’ils en deviennent surnaturels. Il en va de même pour la maire de Paris Anne Hidalgo, 65 ans. Ces derniers jours la présidente de l’assemblée nationale Yaël Braun-Pivet (54 ans) est apparue teinte en blonde fatale sur les plateaux médiatiques. Le personnel politique prend soin de son apparence, il ne serait pas inutile qu’il passe aussi du temps pour prendre soin de la politique.

    Le nouveau président Trump a annoncé qu’il allait dévoiler un autre secret, cette fois-ci plus fondamental pour les Etats-Unis que la couleur de ses cheveux : il doit déclassifier le dossier de l’assassinat en 1963 de son lointain prédécesseur John Fitzgerald Kennedy (JFK). Différentes hypothèses ont été avancées depuis cette tragédie : une action secrète de la CIA, une action de la mafia américaine, une action de Cubains anticastristes, entre autres.

    Le monde a appris la vérité sur la couleur du visage du président Trump, il va peut-être enfin apprendre qui a assassiné JFK.

  • « Punk.e.s » à la Scala de Paris

    « Punk.e.s » à la Scala de Paris

    Cette charmante pièce de théâtre musical raconte l’histoire du groupe punk féminin The Slits, (« Les Fentes » en français) créé à Londres à la fin des années 1970. La mise en scène est de Justine Heynemann qui partage l’écriture avec Rachel Arditi. Le personnage central est Viv Albertine, la guitariste du groupe. Les acteurs sont aussi musiciens et réinterprètent sur scène certains classiques de l’époque : Femme Fatale (Lou Reed), Tumbling Dice (The Rolling Stones), et surtout, I Wanna Be Your Dog (Iggy Pop) qui est déclinée en différentes versions dont le final éblouissant, conforme à l’original.

    And now I’m ready to close my eyes
    And now I’m ready to close my mind
    And now I’m ready to feel your hand
    And lose my heart on the burning sands

    And now I wanna be your dog
    And now I wanna be your dog…

    I wanna be your dog – The Stooges (1969)

    Et l’on replonge avec délices dans l’histoire brûlante de cette époque rebelle où des jeunes sortis de nulle part ont monté des groupes de rock déjantés pour contester le système, Margaret Thatcher et la Reine Elisabeth, dans un délire de drogue, de violence, mais aussi de musique. L’acteur masculin joue avec talent Mick Jones qui fut l’amant de Viv mais aussi le guitariste du groupe légendaire The Clash qui prit les Slits sous son aile protectrice. Il a la même allure dégingandée que Mick qui portait des pantalons fit sur ses longues cannes, une chemise rouge col relevé et des bretelles. Il joue aussi pour quelques apparitions le rôle de Sid Vicious, le bassiste des Sex Pistols qui traînait dans ce milieu punk clochardisé, avant de mourir d’une overdose après avoir été soupçonné d’avoir tué sa fiancée à coups de couteau.

    Ari Up, la chanteuse fut la plus jeune du groupe et la plus charismatique. Sa mère est également jouée sur scène car elle fut la productrice du groupe pendant ses quelques années d’existence. Une voix off raconte ce que sont devenus tous ces personnages une fois la vague punk retombée. Ari est morte d’un cancer en 2010 en laissant ses enfants à la garde de sa mère remariée avec… John « Rotten » Lydon, l’ancien leader des Sex Pistols. Viv a surmonté diverses addictions avant de devenir écrivain. Palmolive, la batteuse espagnole, a quitté les Slits, joué dans d’autres groupes et vit toujours aux Etats-Unis avec un mari et un fils.

    La pièce est pleine d’énergie, les actrices sont délicieuses, leur double talent musical et théâtral est admirable. Mais la pièce donne une certaine impression de légèreté alors que l’époque était tragique, la mort rodait autour de tous ces groupes qui vivotaient dans un nihilisme destructeur. Leur slogan était « No future » !

    Finalement leur musique eut un futur, le groupe s’est reformé dans les années 2000 à l’initiative d’Ari mais avec d’autres musiciens et le punk a durablement influencé le rock moderne.

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  • Marianne Faithfull, junky céleste, est morte ce jeudi 30 janvier

    Marianne Faithfull, junky céleste, est morte ce jeudi 30 janvier

    Marianne Faithfull, musicienne, compositrice, actrice, s’est éteinte à Londres où elle était née 78 ans plus tôt. Britannique jusqu’au bout des ongles, elle était la fille d’un officier du renseignement anglais et d’une aristocrate autrichienne. Elle est devenue célèbre pour son interprétation de la chanson As tears go by écrite par les Rolling Stones en 1964 et délaissée par le groupe car pas assez rock. Elle avait 18 ans, ce fut le début d’une vie intriquée avec celle des Rolling Stones au cours de laquelle elle a plongé dans tous les excès du rock de cette époque.

    Comme son amie Anita Pallenberg elle a aimé et partagé la vie de certains des membres fondateurs des Rolling Stones. Elle a survécu à ce maëlstrom toxico-amoureux et a reparu dans les années 1980 avec le disque Broken English, mélangeant des compositions personnelles et des reprises. S’en suivirent différents albums, dont Before the Poison en collaboration avec PJ. Harvey et Nick Cave, et des tournées souvent émouvantes.

    Crazy love is all around me
    Love goes crazy given time
    But I know somehow you’ll find me
    Love is crazy love is blind

    Crazy Love (Before the Poison 2004)

    Elle publie aussi des livres autobiographiques, fait des apparitions dans des séries à la télévision et des films.

    Lire aussi : Marianne Faithfull – 2009/06/18 – Paris la Cité de la Musique

    Junky céleste, Marianne Faithfull a papillonné dans ce monde rock, des années 1960 à nos jours, qui a fasciné plusieurs générations. Elle s’y est brulé les ailes mais a pu continuer de déambuler avec charme et talent sur la planète du Rock ‘n’ Roll. « Faithfull » se traduit en français par fidèle. Elle l’a été à la musique et ses histrions, nous le resterons à sa mémoire.

    Lire aussi : Faithfull vs. Nico

  • Accélérons !

    Accélérons !

    A l’occasion d’une nouvelle catastrophe naturelle, des inondations en Ille-et-Vilaine les autorités annoncent qu’elles vont « accélérer » la signature du décret déclarant l’état de « catastrophe naturelle » qui permet le déblocage d’indemnisations exceptionnelles.

    Comme on chaque catastrophe, des ministres défilent devant les victimes et comme ils n’ont pas beaucoup d’armes à fourbir contre le déchainement de la nature ils « accélèrent » un décret. Cela ne peut pas faire de mal mais « l’accélération » devient la norme et il arrive un moment où, à force « d’accélérer », le décret va précéder la catastrophe…

    Le mieux est sans doute que l’administration et les ministres fassent leur boulot, conformément à ce que prévoit la loi, plutôt que cette communication inutile. 

  • Le Hamas toujours là

    Le Hamas toujours là

    A l’occasion d’un cessez-le-feu convenu entre Israël et les belligérants palestiniens de la bande de Gaza, entré en vigueur ce 19 janvier, on constate que le mouvement terroriste religieux Hamas et ses affidés (Jihad islamique et différents petits mouvements assimilés) n’ont pas été anéantis comme le souhaitait le gouvernement israélien lorsqu’il a déclenché la guerre en réaction à l’attaque meurtrière du 7 octobre 2023 contre son territoire. Malgré sa puissance militaire et les destructions considérables réalisées par son armée depuis plus d’un an dans la bande de Gaza, malgré les assassinats ciblés d’une grande partie des états-majors de ces mouvements, à Gaza comme au Liban, il apparaît que cet accord de cessez-le-feu a été négocié entre Israël et… le Hamas. Les otages israéliens emmenés le 7 octobre sont restés emprisonnés tout ce temps dans les fameux tunnels de Gaza sans que l’offensive israélienne ne parvienne à libérer la majorité d’entre eux.

    Les premiers échanges de prisonniers ont été réalisés la semaine dernière et « mis en scène » par le Hamas et le Djihad islamique d’une façon dont le professionnalisme ferait pâlir d’envie n’importe quel spécialiste de « l’évènementiel ». Des soldats en uniforme impeccable, affichant fièrement un armement rutilant, le front barré du bandana vert-islam, le site pavoisé de drapeaux palestiniens et des mouvements terroristes, une foule de Gazaouis plus ou moins menaçante et des opérateurs vidéo partout ; avant d’être remis à la Croix rouge, les otages israéliens sont passés sur une scène surélevée où leur ont été remis un « certificat de captivité » devant des slogans palestiniens graphés dans plusieurs langues sur une vaste toile en fond de scène. Avant de monter dans les véhicules de la Croix rouge ils ont fait un signe de la main en souriant à l’assistance sifflante. On peut imaginer aisément que ces manifestations « de joie » leur ont été imposées. On se croyait dans une émission de téléréalité…

    A leur arrivée en Israël d’autres caméras attendent les otages pour filmer le retour dans leur pays et les embrassades familiales. Bien sûr, ces reportages télévisés sont moins racoleurs que ceux réalisés à leur départ de Palestine mais on aurait pu se satisfaire de pas d’image du tout pour laisser à ces otages, plus tard, la décision de paraître, ou pas, devant les médias israéliens.

    L’armée de Tel-Aviv estime qu’une trentaine d’otages encore à Gaza sont morts. Ils sont probablement décédés soit du fait des bombardements israéliens, soit exécutés par leurs geôliers. Ce sont donc des cadavres qui vont être restitués. Sans doute le Hamas sera plus modeste pour la mise en scène de ces échanges, mais in ne peut jurer de rien.

    Depuis le début de ces échanges, Israël a libéré des dizaines de Palestiniens emprisonnés dans ses prisons et dont certains ont été condamnés pour de graves crimes de terrorisme. L’histoire se rejoue à peu près dans les mêmes conditions à chaque échange de prisonniers des deux camps. Lors de la libération en 2006 du soldat israélien Gilad Shalit après cinq ans de détention par le Hamas, Tel-Aviv avait dû libérer 1 000 Palestiniens. Parmi ceux-ci se trouvait Yahya Sinouar devenu ensuite chef du Hamas à Gaza et qui aurait conçu et dirigé l’opération du 7 octobre 2023, puis éliminé par l’armée israélienne en octobre dernier. Quelques jours plus tard, le mouvement nommait son frère, Mohammed Sinouar pour le remplacer.

    Près de 20 ans plus tard le même type de processus d’échange risque d’aboutir à des résultats comparables. Ces derniers jours ont montré que le Hamas et les autres mouvements sont toujours là, très certainement sévèrement affaiblis militairement parlant, mais, on peut le craindre, sans doute renforcés idéologiquement par suite des plus de 40 000 morts palestiniens (bilan présenté par le ministère de la santé de Gaza) et des destructions considérables du territoire.

    Le Proche-Orient se retrouve aujourd’hui face au même dilemme qu’avant le 7 octobre : comment faire voisiner deux peuples qui se haïssent, et qui ont chacun leurs bonnes raisons pour fonder cette haine ? Le nouveau président américain Trump vient de proposer de réinstaller les Palestiniens de Gaza en Jordanie et en Egypte… Pas sûr que ce projet rencontre un franc succès côté arabe !

    Accessoirement il va falloir dégager des financements importants pour reconstruire la bande de Gaza dévastée par cette guerre. Les pays européens vont sans doute être considérés comme de bons candidats pour cette mission. Un pays comme la France, financièrement exsangue, devra sans doute faire des choix raisonnables pour être à la hauteur des attentes : Jeux Olympiques 2030 ou reconstruction de Gaza ?

  • Misérabilisme étudiant

    Misérabilisme étudiant

    L’assemblé nationale a voté une proposition de loi généralisant le repas à 1 EUR pour tous les étudiants, contre l’avis du gouvernement. Jusqu’ici seuls les étudiants bénéficiant d’une bourse ou étant en « situation précaire » étaient éligibles à ce tarif réduit. Les repas universitaires sont préparés et servis par les Centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires (Crous) qui eux-mêmes sont subventionnés avec de l’argent public, subventions qu’il va donc falloir augmenter pour compenser la perte de recettes décidée par le parlement.

    Cette mesure « progressiste » part du principe que tous les étudiants sont en « situation précaire » et méritent donc d’être subventionnés par les contribuables. Ce n’est heureusement pas le cas mais néanmoins tous pourront bénéficier de cette mesure. C’est le défaut de la vision misérabiliste d’une partie des élus (souvent partagée dans les dîners en ville et sur les plateaux télévisés) qui consiste à élaborer les politiques sur la situation « des plus défavorisés » ce qui revient à en faire profiter aussi « les plus favorisés ».

    La logique voudrait que les politiques budgétaires soient conçues en fonction de la situation moyenne des citoyens et des entreprises et que des mesures spécifiques soient mises en œuvre pour favoriser ceux qui sont en ont réellement besoin. La généralisation du repas à 1 EUR, à perte pour les Crous, pour tous les étudiants illustre ce travers français de l’addiction à la dépense publique. Le nombre de repas servis à 1 EUR va certainement augmenter de même que le déficit des Crous et donc leur besoin de subvention qui en sera la conséquence. Sans doute une telle mesure apportera quelques suffrages aux partis qui l’ont soutenue, elle ne changera probablement pas grand-chose au sort « des plus favorisés » qui d’ores et déjà ne prennent pas leurs repas dans les restaurants du Crous.

  • Le wokisme jusqu’au Congo

    Le wokisme jusqu’au Congo

    On ne dit plus une soldatesque congolaise dépenaillée « a violé des femmes » dans sa déroute à l’Est du Congo mais on dit comme un porte-parole des affaires humanitaires de l’ONU cité par le journal Le Monde du 28/01/2025 que cette soldatesque est soupçonnée de « violences fondées sur le genre ».

  • « Ça manque toujours autant de moyens, Patron ! »

    « Ça manque toujours autant de moyens, Patron ! »

    Avec toujours le même ensemble la totalité des corporations françaises continue à réclamer « plus de moyens » à l’Etat. C’en est émouvant tant chacune d’entre elle invoque une question de vie ou de mort si l’argent public qui leur est affecté ne connaît pas une augmentation substantielle. Alors la simple évocation de stabilité ou, pire, de réduction des budgets publics suffit à faire défaillir élus et lobbys de tous bords.

    La dernière mode pour défendre son pré-carré est la diffusion de tribunes dans le grand public pour plaider sa cause.

    Le comédien Philippe Torreton a ainsi craché son venin contre la présidente du conseil régional des Pays de Loire qui a présenté un budget réalisant une baisse de dépenses pour la culture.

    Ce que les Néandertaliens et leurs cousins avaient compris, Christelle Morançais, la présidente du conseil régional des Pays de la Loire, membre du parti Horizons d’Edouard Philippe, ne le comprend visiblement pas ou, pire, feint de ne pas le comprendre.

    Cette personne insinue en un élan populiste que ne bouderait pas Donald Trump que le monde de la culture ne serait qu’une niche de gens gâtés qu’il serait grand temps de confronter au réel, afin, dixit, qu’ils se réinventent.

    Je ne savais pas qu’en 2024 une telle opinion, un tel mépris envers le monde culturel et associatif pouvait, non seulement se concevoir, mais également s’assumer avec cet aplomb que doit certainement autoriser l’ignorance débridée.

    (Le Monde du 15/12/2024)

    Le budget du ministère des sports étant également appelé à participer aux efforts de réduction des dépenses, une tribune signée par 425 sportifs est sortie dans le journal L’Equipe dont la lecture donne des larmes aux yeux.

    Ce n’est pas seulement une économie, c’est un sabotage du vivre-ensemble !
    Le sport français… C’est un rempart contre les fractures sociales et territoriales.
    C’est un outil de santé publique indispensable.
    C’est une opportunité d’émancipation pour notre jeunesse.

    Nous, athlètes de l’équipe de France, ne resterons pas silencieux face à ce désastre annoncé. La France mérite mieux.

    (L’Equipe du 21/01/2025)

    Et ainsi, sabre au clair, la France s’est déjà engagée dans les dépenses somptuaires de l’organisation dans les Alpes de jeux olympiques pour 2030. Chacun explique que dépenser dans son domaine « rapporte de l’argent à la France », Philippe Torreton comme David Douillet.

    Le psychodrame budgétaire actuel confirme jusqu’à la nausée que les citoyens comme leurs représentant ont abandonné toute idée de l’intérêt général sur le thème : « taxons Bernard Arnault et faisons des économies, mais chez mon voisin, pas chez moi ». Ainsi va l’ordinaire d’une nation qui se rabougrit de jour en jour.

    Nous sommes fin janvier et le pays n’a pas encore été en mesure de voter un budget 2025 pour la République. Jusqu’ici tout va bien.

    Lire aussi : « Ça manque de moyens ! »

  • « Ribera – Ténèbres et lumière » au Petit-Palais

    « Ribera – Ténèbres et lumière » au Petit-Palais

    Le peintre espagnole Jusepe de Ribera (1591-1652) est exposé au Petit-Palais. Il a vécu presque tout sa vie en Italie où il est mort à Naples. Inspiré par son confrère italien Le Caravage (1571-1610) les atmosphères de ses tableaux sont toujours des plus sombres de part la lumière mais aussi de ce qu’il représente.

    L’exposition débute sur une série de portraits de gens du peuple peints avec une exceptionnelle précision sur leurs accoutrements, leurs gestes et, surtout, leurs visages dont la moindre ride est rendue avec une stupéfiante réalité, jusqu’à l’aspect parcheminé de la peau des vieillards. On se croirait devant des photographies.

    S’en suivent des scènes bibliques, Ribera fut inspiré par les plus macabres d’entre elles : les martyrs de Saint-André, de Saint-Sébastien, de Jésus. Le peintre s’attache à rendre la souffrance des suppliciés et le déchirement des chairs. Le dépeçage de Saint-Barthélemy est particulièrement repoussant et donne presque la nausée. Mais ces scènes ont manifestement fasciné l’artiste.

    On lui attribue la paternité du mouvement « Ténébrisme » qui détaille la violence et la brutalité de la réalité.

  • DUBOIS Jean-Paul, ‘Une vie française’.

    DUBOIS Jean-Paul, ‘Une vie française’.

    Sortie : 2004, Chez : Editions de l’Olivier / Points P1378.

    La traversée d’un demi-siècle qui mène Paul Blick de la présidence de Charles de Gaulle à celle de Jacques Chirac, racontée par Jean-Paul Dubois avec très certainement une bonne dose d’autobiographie, à commencé par la ville de Toulouse où est né l’auteur (en 1950) et où vit son héros.

    Paul croisent toutes les fractures de la France : la guerre d’Algérie quand il entend la génération au-dessus de la sienne se déchirer lors des repas familiaux, mai 1968 qui secoue la France traditionnelle, les mouvements contestataires auxquels il adhére avec plus ou moins de convictions, le service militaire auquel il échappe après s’être frotté rudement à un sous-officier un peu nerveux, les amours de jeunesse sans trop d’avenir, la mort du père, le mariage avec une femme de la bourgeoisie à laquelle il s’unit sans renoncer à ses idées « progressistes », leurs deux enfants, la réussite financière inespérée dans un rôle de photographe naturaliste, la fin de son mariage dans des conditions brutales, l’agonie de sa mère, la fortune, la faillite…

    Le roman est mené tambour battant comme la vie du Paul qui promène sa naïveté et son optimisme sans trop comprendre ce qui lui arrive mais avec tout de même une réussite certaine. Dubois mêle son personnage aux petits évènements comme à la grande Histoire de la France. C’est plein de références à la vraie vie dont seuls ceux qui sont nés dans les années 1950 peuvent se souvenir. Les aventures de Paul sont narrées avec un humour souvent désopilant. Le style et le vocabulaire sont riches. Le livre se laisse dévorer avec enthousiasme.

  • Jack Art & The Time Keepers – 2025/01/23 – Paris Péniche Antipode

    Jack Art & The Time Keepers – 2025/01/23 – Paris Péniche Antipode

    On avait quitté Jack Art en songwriter solitaire lors de son concert du mois d’octobre dernier, on le retrouve aujourd’hui à la tête d’un groupe, The Time Keepers, et autant le dire d’attaque : ça dépote !

    Un groupe de choc avec ses deux fistons (Lucas à la batterie et Pablo aux claviers), un bassiste impassible et détonnant, Stephane Pastor, tout de noir vêtu, un guitariste joyeux et redoutable avec une cravate et sa bandoulière de guitare décorées à l’effigie de la Sainte Vierge (il joue aussi dans le groupe Jesus Volt), Jacques Mehard-Baudot, et Jack Art au chant et à la guitare.

    Ce soir, plus de reprises mélancoliques de Springsteen ou de Carole King, mais du bon vieux rock qui fait tanguer la péniche où se déroule le show. Et dès les premiers morceaux il se confirme que ça dépote très sérieusement.

    Les deux guitaristes se complètent magnifiquement pour donner son caractère électrique à ce concert. Pablo signale sans relâche ses problèmes de retour qui ne l’empêchent pas de jouer sur ses claviers. Et d’ailleurs il cède sa place à son père pour un morceau et s’empare d’une guitare électroacoustique sur le devant de la scène. Bogoss aux cheveux longs, pantalons pattes d’éléphant, veste Spencer, il a un air de Bowie période Thin White Duc, les filles des premiers rangs clament leur joie. Son frère Lucas marque avec le bassiste le rythme puissant sur lequel joue l’ensemble.

    Ça continue de dépoter brillamment.

    Toujours en veston et s’appuyant sur ce gang de musiciens multigénérationnels qui l’entoure avec affection et efficacité, Jack déroule ses compositions dont une bonne moitié encore inédite. Il passe d’un instrument à l’autre avec agilité. Une voix un peu nasillarde au vibrato élégant, il chante comme si sa vie en dépendait.

    Le groupe ne s’économise guère et la péniche tient bon. Il y a quand même un Because the Night enflammé au milieu des compositions du groupe, mais cette ode crée et chantée par Patti Smith est maintenant élevée au rang de psaume, ce n’est même plus une reprise. Un Hey Jude des Beatles est offert pour terminer dans le calme cette soirée fiévreuse.

    A la sortie les musiciens épuisés font une haie d’honneur aux spectateurs, le temps d’échanger un mot avec quelques-uns. On leur dit notre plaisir de ressentir leur joie partagée de jouer ensemble. C’est communicatif.

    Jack Art & The Time Keepers, ça dépote vraiement grave !

    Setlist : Walking a Thin Line/ Another Sunrise/ Like Mother, Like Daughter (In the Steps of Candy Rose)/ Hey Mr. Bartender/ Driving West/ Ayanna/ Chin Up Sally/ Running for Her Life/ Until We Fall Asleep/ Night Watch/ Never More Than Once/ Sitting on Top of the World/ Ghost Writer/ Lady Winter/ Necklace on My Chest/ Panic in the Kitchen/ Sunday Morning, NJ/ The Outsider/ Grand Hotel/ Because the Night (Patti Smith/Bruce Springsteen cover)/ The Craftsman/ Better Man/ Wild Side of Town/ Hey Jude (The Beatles cover)

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  • LENOIR Frédéric, ‘L’Odyssée du sacré’.

    LENOIR Frédéric, ‘L’Odyssée du sacré’.

    Sortie : 2023, Chez : Editions Albin Michel.

    Frédéric Lenoir, philosophe français né en 1962, un peu mondain sur les bords, a beaucoup travaillé et vulgarisé le sujet de la religion. Il fut même directeur de la rédaction du magazine Le Monde des Religions entre 2004 et 2013. Avec cet ouvrage grand public, « L’Odyssée du sacré » il revient sur l’émergence chez l’homme du besoin de religion. On a identifié au paléolithique les traces des premiers rites funéraires (-350 000 ans avant notre ère), puis le néolithique voit apparaître le culte des anciens avec la sédentarisation progressive des humains et leur maîtrise de la nature. Ils en viennent à concevoir un pouvoir supérieur qui domine cette nature. Au IVe siècle avant JC, les Grecs inventent leur panthéon des Dieux de l’Olympe, et le clergé qui va avec.

    Le monothéisme caractérisé d’abord par le judaïsme est apparu et l’Homme a commencé à se pencher sur son bonheur, y compris post-mortem. La Genèse, premier chapitre de la Bible aurait été écrite vers le VIe siècle avant JC. Confucius, Lao Tseu, Bouddha et bien d’autres diffusent également leur spiritualité en Asie plusieurs siècles avant notre ère. Puis la mort de Jésus, le catholicisme, l’arrivée des différents courants de l’islam, le schisme entre catholicisme et orthodoxie, celui entre catholicisme et protestantisme.

    L’arrivée de la modernité puis du « siècle des lumières » dans l’Europe du XVIIIe siècle vient apporter un peu de raison et d’esprit critique dans des idéologies religieuses plus gouvernées par des fables que par la réalité scientifique. Aux XIXe et XXe siècles émerge la critique matérialiste essentiellement incarnée par le marxisme qui prône « l’athéisme philosophique », ou Freud qui défend l’idée que « toute idée d’un monde divin est une croyance superstitieuse ». Les philosophes du XXe s’ils peuvent mettre en doute l’existence d’un Dieu ne rejettent pas pour autant « l’expérience spirituelle », qui peut être athée comme religieuse.

    Ce parcours historique de la religion et de la spiritualité à travers les millénaires se termine sur l’émergence du transhumanisme de nos jours qui imagine l’homme bionique à l’intelligence boostée par les microprocesseurs et touchant à l’éternité.

    Cette présentation du fait religieux dans le temps est intéressante en ce qu’elle retrace ce besoin de croire en une puissance supérieure qui pourrait répondre à la question existentielle du sens de la vie de l’origine de l’Homme sur terre. Hélas, aucune religion ni philosophie n’a pu apporter une réponse rationnelle à création de la vie ou de l’univers. Frédéric Lenoir en convient et, avec un bon sens apaisant, recommande de se satisfaire de « Prendre le temps d’aimer, de nous émerveiller, de vivre. Expérimenter le sacré en contemplant la beauté du monde ou d’un visage. » et regarder la mort « comme faisant pleinement partie de la vie, et, pour certains, espérer qu’elle ne sera qu’un passage vers un nouvel état d’être et de conscience. »

    On ne saurait mieux dire !

  • L’abrutissement des masses

    L’abrutissement des masses

    On ne dit plus « influenceuses à forte poitrine et à neurones déliquescents » mais on dit désormais « créatrices de contenus ».

    C’est ainsi que le monde de Nabilla et de ses confrères est requalifié, sans doute pour cacher la bêtise abyssale dans laquelle ils entraînent le pays. Nabilla compte aujourd’hui 9,4 millions de « followers » sur son compte Instagram soit 14% de la population française, et elle n’est qu’un exemple parmi tant d’autres mais un cas tellement représentatif de l’abrutissement considérable des masses auquel participent ces « créateurs ». Le plus inquiétant est la progression de leur audience.

    Lire aussi : Nabilla ou l’effondrement intellectuel d’une population

    Le cas de Nabilla est consternant par le nombre de ses suiveurs moins par son « contenu ». Elle se contente de faire des promotions commerciales de vernis à ongles et de parfum. Plus inquiétant, désormais tout le monde peut « influencer » sur ces réseaux dits « sociaux », divulguer des idéologies diverses, de Rima Hassan aux suprémacistes de tous bords, en passant par les terroristes religieux ou un président de la République française qui répond à des influenceurs sur TikTok. Et ces idéologues aux petits pieds sont quasiment certains de rencontrer un public.

    Aujourd’hui, plus grand monde ne lit la presse composée par des journalistes professionnels et les jeunes générations « s’informent » majoritairement via le monde de Nabilla. C’est une défaite de l’esprit mais ce sont ces générations qui vont désormais gouverner le monde. Peut-être vont-elles se satisfaire de ces nouveaux canaux et laisser décliner l’intelligence ? Ce sera leur choix et nous en supportons déjà collectivement les conséquences.

    Voir aussi : Un président qui boxe dans le vide

  • « Musée international de la croix rouge et du croissant rouge » de Genève

    « Musée international de la croix rouge et du croissant rouge » de Genève

    Genève, capitale de la neutralité et siège de nombreuses institutions internationales, plus ou moins humanitaires, coule des jours heureux sur les bords du lac Léman où est présenté le Musée international de la croix rouge et du croissant rouge, entre le bâtiment de l’ancienne Société des Nations (SDN), celui du Haut-commissariat pour les réfugiés (HCR) ou de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). C’est lors de la bataille de Solférino en 1859, une boucherie napoléonienne comme tant d’autres, 40 000 soldats mis hors de combat en quelques jours, que Henri Dunant (1828-1910) prend conscience des conditions sanitaires désastreuses dans lesquelles sont pris en charge les blessés. A l’issue de cet épisode dantesque il écrit un livre « Un souvenir de Solférino » pour partager ses idées sur comment mieux prendre en charge les victimes. C’est ainsi que naîtra quelques années plus tard l’association d’aide humanitaire qui deviendra le Comité international de la croix rouge (CICR).

    Le musée revient sur les grandes opérations auxquelles participa, et œuvre toujours, le CICR. Photos, vidéos, ustensiles divers utilisés par les sauveteurs, explications historiques, enjeux géopolitiques, c’est beau comme l’antique et qui oserait contester l’utilité de ces actions censées compenser, au moins partiellement, la sauvagerie des hommes. Comme toutes organisations humaines celle-ci est sûrement perfectible, elle n’en est pas moins indispensable même si tellement dérisoire.

    Pour être plus efficaces et lever les éventuelles préventions des belligérants à négocier, les actions du CICR sont soumises à la confidentialité. Les négociations menées par l’organisation donnent lieu à des rapports qui ne sont pas publiés. Seuls les résultats concrets de ces négociations deviennent généralement publics, on ne connait pas les détails et les difficultés de ces discussions, y compris bien sûr pour celles qui n’aboutissent pas. On imagine aisément la patience et l’abnégation dont doivent faire preuve les membres du Comité pour essayer de faire s’entendre des ennemis jurés sur un minimum humanitaire à prendre en compte au cœur de leurs guerres.

    En rentrant chez lui le soir, le visiteur voit sur sa télévisions les ambulances du CICR procéder aux échanges d’otages dans la bande de Gaza entre Israël et la Palestine !