Auteur/autrice : Rehve

  • Des finances publiques françaises à la dérive

    Intéressant Rapport sur la situation et les perspectives des finances publiques de la Cour des comptes sorti en juin 2009 ; le bilan est plutôt déprimant mais ce n’est pas une surprise. Il s’agit de l’incapacité structurelle (culturelle) de la France à se rapprocher d’un équilibre budgétaire même en période de croissance, quand ses concurrents européens y réussirent plutôt mieux (le dernier budget équilibré remonte en France à 1974). Le résultat est un endettement supérieur à la moyenne et une situation financière plus dégradée fin 2008 pour affronter la tempête financière. Petite illustration : en France le paiement des intérêts de la dette en 2008 est intégralement assuré par un endettement supplémentaire, c’est dire que les recettes ordinaires ne suffisent même pas à payer les intérêts de la dette.

    Le déficit 2008 serait surtout dû aux mesures d’allègements fiscaux et non encore à la récession économique, mais l’impact de la crise va être massif sur les comptes 2009 et suivants. La fuite en avant du financement des dépenses sociales est soulignée : l’Etat finance ces déficits en s’endettant faisant ainsi porter sur les générations futures le financement d’une partie des prestations d’aujourd’hui. Ce financement par la dette doit être remplacé par une augmentation des cotisations qui est de toute façon incontournables du fait du vieillissement de la population.

    Les prévisions de déficit public pour 2009 sont… abyssales (-5,4%) et devraient rester très dégradées jusqu’en 2012. Le rapport évoque la possibilité d’un emballement de la dette : « Une dérive incontrôlée de l’endettement aboutira inévitablement à un appauvrissement des français et, pour ce qui concerne la dette sociale, pourrait remettre en cause la pérennité des régimes sociaux. Il faut donc arrêter au plus vite cet engrenage. »

    L’ajustement est jugé inévitable dès qu’une amorce de reprise sera annoncée. Il sera le fait d’une baisse des dépenses, d’une augmentation des recettes (donc des prélèvements obligatoires) et d’une remise en cause des interventions de l’Etat de leur efficacité.

    Toutes ces analyses sont frappées au coin du bon sens et sont partagées par tout un chacun dans la gestion quotidienne du budget de son ménage. Il n’y a rien de bien sorcier à comprendre. Il ne reste plus qu’à faire.

  • Bataille épistolaire au PS

    Forte activité épistolaire au Parti Socialiste (PS) ces derniers jours. Titine Aubry adresse le 7 juillet une supplication aux partis de gauche pour fonder « une maison commune », elle se fait envoyer paître, personne n’ayant envie de s’afficher aux côtés du PS pour le premier tour des prochaines élections régionales, il sera toujours temps de le faire au second si les circonstances l’imposent. C’est ce qu’on appelle de la realpolitik.

    Toujours très en verve, Titine écrit le 13 juillet à Manuel Walls pour le rappeler à l’ordre en le sommant d’arrêter de critiquer le parti ou alors de le quitter. Ledit Manuel, déjà candidat à la candidature socialiste aux élections présidentielles de 2012, star des plateaux de télé et de radio, lui répond aussitôt qu’il restera au PS et continuera à y mettre le boxon. Na ! Bien entendu, aussitôt signées les lettres sont publiées dans la presse et le microcosme mondain en fait ses gorges chaudes dans les salons de la capitale.

    Pauvre Titine, elle essaye avec foi et bonne volonté de remettre de l’ordre dans les écuries d’Augias de la gauche française, et plus particulièrement le box peu ragoutant du PS, et elle se fait publiquement envoyer valdinguer par les petits roitelets quoi peuplent son entourage. Comme les vieux monarques défraîchis d’ailleurs, le must ayant été le Fabius qui a soutenu le non au référendum sur la constitution européenne alors que le PS s’était prononcé pour le oui. Il est vrai que ceci se passerait dans une entreprise tous ces récalcitrants se seraient fait virer avec pertes et fracas depuis bien longtemps, mais nous sommes en politique alors ces marquis de circonstance se sentent portés par l’onction du suffrage de leurs électeurs et par la publicité faites par les médias, les ailes leur poussent, la perte d’autorité de leurs dirigeants et leurs egos très fortement dimensionnés les font se voir appelés aux plus hautes fonctions afin de sauver la Nation et le PS au passage. Pauvre gauche !

  • Les bourses se dévorent

    La bourse de Paris qui a été absorbée par la bourse de New-York après avoir fusionné avec quelques autres bourses européennes il y a déjà quelques temps, voit une partie de ses activités informatiques déplacées à Londres. Les autorités françaises s’en émeuvent. C’est drôle parce que c’est l’histoire de l’arroseur arrosé, une nouvelle fois. On a mis les sociétés de bourse… en bourse. Elles se sont donc comportées comme des entreprises « normales » et se sont entre-dévorées les unes les autres pour être toujours plus grosses et mieux cotées… en bourse. La Compagnie des agents de change est devenue la Société des bourses françaises, qui est devenue EURONEXT après avoir fusionné avec quelques-unes de ses congénères, puis NYSE-EURONEXT (pour New-York stock exchange-EURONEXT) après avoir été avalée par la bourse de New-York.

    Aujourd’hui NYSE-EURONEXT déménage son siège informatique européen de Paris à Londres, demain ce sera autre chose et ainsi va la vie, à la recherche de toujours plus de synergies pour « créer de la valeur » pour l’actionnaire, mais bien entendu « en respectant les cultures et les valeurs de chacun, et bla-bla-bla ». Tu parles Charles !

    Soit les autorités françaises considèrent que le maintien d’une bourse de valeurs opérationnelle sur le territoire français est stratégique et alors il ne fallait pas privatiser cet outil (mais c’est un peu tard pour s’en apercevoir), soit on retient l’inverse et on vend l’activité de services boursiers au capitalisme. C’est l’option qui a été choisie et alors il ne faut pas s’étonner de ce qui se passe aujourd’hui.

  • Gang politique à Tahiti

    Le Sénat lève partiellement l’immunité parlementaire de Gaston Flosse, parrain de la Polynésie française depuis des décennies, afin qu’il puisse être interrogé dans une affaire de corruption. Quand on connaît les réflexes corporatistes de cette bonne assemblée du Palais du Luxembourg, on peut mesurer l’ampleur des soupçons qui pèsent sur Flosse pour que même ses collègues lèvent son immunité.

  • Prise d’otages français en Somalie

    Deux officiers français en mission d’on ne sait trop quoi se font enlever en Somalie par des hordes locales. Quels que soient les contours (plutôt flous) de leur mission, il faut quand même avoir du cran pour aller marauder dans ce pays alors que l’armée française y a tué plusieurs pirates dans des opérations médiatisées de récupération de navires et la justice française détient certains autres dans ses geôles à Paris, et que l’on connait la frénésie de vengeance qui anime ces pirates !

  • Animal Collective – 2009/07/16 – Paris la Cigale


    Animal Collective nous amène de Baltimore une musique électronique relativement plus sophistiquée que la moyenne du genre. Le duo américain s’en donne à cœur joie sur ses machines. Le platineur de gauche est affublé d’une lampe de mineur sur le front qui s’agite comme un fil incandescent en une étoile filante dans un firmament plutôt agité, toujours entre deux coups de grisous. Le platineur de gauche se saisit parfois d’une guitare histoire de varier les plaisirs. L’ambiance est chaude-humide en cet été parisien, la tribu de jeunes encapuchonnés de la Cigale oscille aux rythmes des basses électroniques assourdissantes.

    Les morceaux sans queue ni tête s’enchaînent. Le chroniqueur un peu dépassé tente d’y retrouver un fil conducteur auquel s’accrocher. Sans succès… De plus en plus dépité il n’estime pas nécessaire de rester pour le rappel, et fuit, avide de retrouver une bouffée d’air frais et le monde du boulevard Rochechouart autrement mieux structuré que cette musique sans âme.

  • La « poésie » rapp, tout un poème…

    Emotion intello-mondaine, le charmant et très romantique rappeur Orelsan est interdit de séjour au festival Les Franco-folies. Il semble que certaines de ses paroles, toutes en subtilité et délicatesse, choquent. Qu’on en juge :

    Sale Pute

    Attends bouges pas j’ai un mail d’Orel j’te rappelle
    Ce soir j’suis rentré du taff plus tôt que d’habitude
    Je suis passé chez toi pour te faire une surprise
    Quand j’suis arrivé t’étais dans ton hall avec l’autre type qui est en cours
    avec toi
    Et je vous ai vu…
    Je vous ai vu vous jeter sur l’autre, il passait les mains sous ton pull
    pendant que tu l’embrassais
    Putain j’avais envie de vous tuer j’étais choqué j’croyais que tu étais
    différente des autres pétasses
    J’te déteste j’te hais

    J’déteste les petites putes genre Paris Hilton les meufs qui sucent des queues
    de la taille de celle de  »Lexington »
    T’es juste bonne à te faire péter le rectum même si tu disais des trucs
    intelligents t’aurais l’air conne
    J’te déteste j’veux que tu crèves lentement j’veux que tu tombes enceinte et
    que tu perdes l’enfant
    Les histoires d’amour ça commence bien ça fini mal
    Avant je t’aimais maintenant j’rêve de voir imprimer de mes empreintes
    digitales
    Tu es juste une putain d’avaleuse de sabre, une sale catin
    Un sale tapin tous ces mots doux c’était que du baratin
    On s’tenait par la main on s’enlaçait on s’embrassait
    On verra comment tu fais la belle avec une jambe cassée
    On verra comment tu suces quand j’te déboiterai la mâchoire
    T’es juste une truie tu mérites ta place à l’abattoir
    T’es juste un démon déguisé en femme j’veux te voir briser en larme
    J’veux te voir rendre l’âme j’veux te voir retourner brûler dans les flammes

    Refrain x2

    Poupée je t’aimais mais tu m’as trompé
    Tu m’as trompé tu l’as pompé, tu es juste une sale pute
    Une sale pute une sale pute une sale pute une sale pute

    J’déteste les sales trainées comme Marjolaine
    Les petites chiennes les chichiteuses les filles à problèmes
    J’rêve de la pénétrer pour lui déchirer l’abdomen
    Je t’emmènerai à l’hôtel je te ferai tourner dans ma villa romaine
    Tu suces pour du liquide tu te casses à marée basse
    Pétasse tu mériterais seulement d’attraper le DAS

    Le seul liquide que je t’ai donné c’est mon sperme
    Si j’te casse un bras, considères qu’on s’est quitté en bons termes
    J’t’aime j’ai la haine j’te souhaite tous les malheurs du monde
    J’veux que tu sentes la chaleur d’une bombe j’veux plus jamais que tu me
    trompes
    J’étais trop fidèle (sale pute)
    J’ai les nerfs en pelote (sale pute)
    J’vais te mettre en cloque (sale pute)
    Et t’avorter à l’Opinel

    « Oh mais c est de ta faute t’étais jamais là pour moi »

    Oh je m’en bas les couilles c’était de la faute à qui
    J’te collerai contre un radiateur en te chantant ‘Tostaky’
    J’veux que tu pleures tous les soirs quand tu tu t’ endors
    Parce que t’es du même acabit que la pute qu’à ouvert la boite de pandore

    Refrain x2

    J ai la haine j’rêve de te voir souffrir
    J ai la haine j’rêve de te voir souffrir baby
    J ai la haine j’rêve de te voir souffrir
    J ai la haine j’rêve de te voir souffrir baby

    Et en voici une autre :

    Saint Valentin

    Yeah

    J’laisse la lumière allumée et j’garde mes chaussettes
    J’vais la limer jusqu’à c’qu’elle soit couchée et qu’elle voit des clochettes
    J’adore les p’tites coquines avec des couettes et des faussettes
    J’te rends misérable … tes copines vont t’appeler Cosette
    J’ai des positions inconnues pour que tu goûtes au vrai bonheur
    Parce que j’me branle sur Canal+ et j’ai jamais eu l’décodeur
    Et le lendemain matin, elles en redemandent, ‘se mettent à trépigner
    (Mais ferme ta gueule) ou tu vas t’faire marie-trintigner
    J’te l’dis gentiment, j’suis pas là pour faire de sentiments
    J’suis là pour te mettre 21 centimètres
    Tu seras ma petite chienne et je serai ton gentil maître
    J’ai une main sur la chatte, une main sur un sein et j’deviens ambidextre
    En vitesse, en finesse, j’t’offre une pilule anti-stress
    Excuse-moi miss, laisse-moi dégrader tes p’tites fesses
    On fait notre business en toute discrétion, j’en parlerais pas
    J’te jure qu’on t’verra pas à la caméra…
    J’te ferai le coup de la panne et j’t’emmènerai dans les bois
    Avant l’amour j’serai romantique et j’te mettrai des doigts
    J’bois, baise, jusqu’à c’que t’en sois mal en point
    Je t’aime, suce ma bite pour la Saint-Valentin

    J’aime pas trop les 14 février
    Tout l’temps seul à force de m’faire griller
    J’te tèje la veille et j’te r’baise le lendemain
    Suce ma bite pour la Saint-Valentin

    Appelle-moi Démonte-Pneus, Monsieur Le Déménageur
    J’crache dans ta femme enceinte et j’te fais un bébé nageur
    Mets-toi sur Messenger, j’t’envoie ma bite en émoticône
    J’aime ta beauté intérieure quand tu remues tes seins en silicone
    Jeune homme en chien recherche le boule d’une meuf mortelle
    Si j’oublie ton prénom, j’oublierai pas ton numéro de phone-tél
    Toujours du crédit sur mon forfait tass-pé, ma belle
    Mets-toi à genoux et t’auras mon portrait craché
    Si t’es gourmande, j’te fais la rondelle à la margarine
    J’aime pas celles qui avalent, j’aime celles qui font des gargarismes
    Celles qui ont su rester enfants, j’les soutiens dans leur combat d’femme
    Vis le sexe comme un conte de fées, depuis qu’j’ai mon BAFA
    J’respecte les shneks avec un QI en déficit
    Celles qui encaissent jusqu’à finir handicapées physiques
    Le courant passe avec un doigt dans ta prise électrique
    Moi d’abord je lèche et j’te tèje, et puis tu pars au tri sélectif

    J’aime pas trop les 14 février
    Tout l’temps seul à force de m’faire griller
    J’te tèje la veille et j’te r’baise le lendemain
    Suce ma bite pour la Saint-Valentin

    J’aime les chattes de gouttière, et les aristochattes
    Quand j’ai bu beaucoup d’bières, j’vais direct au contact
    J’aime les chattes qui ne datent pas d’hier et celles qui ont pas le bac
    Après rapport, tes lèvres seront nettement moins compactes
    J’aime les peaux mates, car leur couleur fait ressortir le sperme
    J’aime les moches parce que j’ai pas besoin de leur dire « je t’aime »
    J’aime les blondes quand elles sont baillonées
    J’conclue toujours une pénétration comme Rooney avec la balle au pied
    On va s’ambiancer sur du Beyoncé ou sur fond d’musique électro
    J’aime pas les chattes percées, j’aime les chattes rasées en ticket d’métro
    Quand tu s’ras loin de moi, je te prendrai dans tes rêves
    Quelques fois dans le mois, j’te ferai l’amour pendant tes règles
    Parce que l’amour rend aveugle, tu vois trouble après l’éjac faciale
    Branlette espagnole jusqu’à c’que tu gueules « muchas gracias »
    J’te mets l’estocade et j’te porte le coup fatal
    Sens-moi dans ton estomac, t’es belle comme une double-anale
    On f’ra ça dans un parc, dans un apart ou dans ton lit
    Jusqu’à en perdre haleine, jusqu’à c’que tu prennes de la ventoline
    J’suis romantique, suce ma bite pendant qu’j’regarde le foot
    Et tape un rail de sperme avec mon foutre
    Viens bébé on va tester mes nouvelles MST !

    J’aime pas trop les 14 février
    Tout l’temps seul à force de m’faire griller
    J’te tèje la veille et j’te r’baise le lendemain
    Suce ma bite pour la Saint-Valentin

    A priori on peut penser que les Francofolies survivront à l’absence du rappeur.

  • « Les vacances de Monsieur Hulot » de Jacques Tati

    Les Vacances de Monsieur Hulot, en version restaurée, de Tati : le chef d’œuvre (1951) d’un cinéaste à une époque où le regard du metteur en scène pesait plus que les effets techniques.

  • La sous-traitance chaotique chez Boeing

    Intéressante évolution en cours chez Boeing qui avait structuré tout son projet de construction du B787 sur une externalisation importante de la fabrication des différents éléments de cet avion révolutionnaire, le montage étant finalisé chez Boeing. De retards de fabrication en faillite de sous-traitants, de crise financière en reports (6 fois) du vol inaugural, le mythe de l’industrie sans usine prend encore du plomb dans l’aile. Du coup, après que son action a perdu le quart de sa valeur en un mois Boeing est en train de racheter un de ses sous-traitants majeurs pour essayer de reprendre le contrôle du processus et de limiter les dégâts.

  • Indécent

    Les moines de Tibéhirine (Algérie) décapités en pleine guerre civile algérienne dans les années 90 donnent lieu à une polémique franco-algérienne comme seules ces deux rives de la Méditerranée savent en créer à intervalle régulier. C’est la fameuse question du « qui tue qui ? » qui revient sur le devant de la scène, une barbouze franchouillarde accusant l’armée algérienne du massacre. La presse et le microcosme locaux s’enflamment et un terroriste repenti revendique cet assassinat comme si on avait fait atteinte à son honneur d’avancer que quelqu’un d’autre ait pu en être l’auteur…

    On espère que ces moines de Tibéhirine, là où ils sont, ont appris à pardonner

  • Cachons la misère

    Cohn-Bendit envoie paître Ayraut, l’inamovible patron des députés PS à l’Assemblée nationale qui veut une alliance dès le premier tour des régionales, afin de noyer sa misère :

    « Qu’ils arrêtent de nous casser les pieds avec cette histoire ! S’il y a un système électoral à deux tours, il est normal qu’une force politique émergente se présente avec son programme, ses personnalités, et puis, le soir du premier tour, on voit le rapport et on fait des alliances, sinon ce n’est pas la peine d’avoir un système électoral à deux tours ».

    Le Ayraut ainsi rhabillé pour l’hiver avec ce bon sens écolo en rajoute et fait publier par l’AFP une lettre adressée à Dany le Rouge :

    « Cher Dany, rassure-toi, je n’ai pas l’intention de te casser les pieds … 2012 se prépare maintenant. Les régionales peuvent être l’occasion d’une première étape. Ce que je souhaite, c’est un accord stratégique, un contrat de majorité alternative, un accord gagnant-gagnant ».

    Du pur discours de communiquant vide de sens, évadé des business plans ou des programmes électoraux.

  • Antony & the Johnsons – 2009/07/09 – Paris Salle Pleyel

    Antony & the Johnsons – 2009/07/09 – Paris Salle Pleyel

    Après sa prestation au Grand Rex en avril, Antony nous revient avec ses Johnsons Salle Pleyel pour présenter The Crying Light et la nouvelle mesure de ses tourments. On ne saurait trouver lieu plus opportun pour accueillir l’ange nouveau de l’undergound. La blancheur dépouillée du décor et la chaleur douce de l’acoustique en bois clair sont le cadre parfait pour la pureté de la voix d’Antony Hegarty et la beauté de ses compositions.

    Il est désormais habillé en femme, vêtu d’une robe de soie Givenchy somptueuse avec collerette matelassée (« [qui lui] …rappelle son chat quand il se couchait sur ses épaules ») et traîne royale. Assis au piano dans ses froufrous de soie, sur le coté, il laisse le centre de la scène à ses musiciens, cordes et cuivres. L’éclairage est tamisé pour préserver l’intimité du show.

    Antony a beaucoup grossi depuis ses concerts parisiens de 2005, ce qui semble avoir libéré sa parole. Il est devenu très bavard entre les chansons au milieu de grands éclats de rire. Il se lance même dans un défilé de mode devant une audience éberluée pour faire admirer sa nouvelle parure.
    Grimé en une espèce de Castafiore gonflée à l’hélium, revenant ainsi sur le thème du travestissement si cher à son cœur et permanent dans son imaginaire.

    One day I’ll grow up,
    I’ll be a beautiful girl
    But for today I am a child,
    for today I am a boy

    Il a encore épuré sa voix et son art pour nous mener toujours plus haut sur les sommets de l’émotion musicale. Le public cette année n’est plus distrait par la mise en scène rocambolesque de 2005 mais juste concentré sur un grand piano noir où se réfléchit cet artiste inqualifiable, éclairage à contre-jour, entouré d’un groupe de musiciens délicats qui ne sont pas les derniers à poser leur part de pureté sur ce concert.

    Plus d’une fois on est saisi par la beauté qui exhale de ses cordes vocales, amplitude, vibrato, pose, c’est un torrent de douceur et d’amertume qui se perd dans un océan de tristesse. Une voix aux accents blues et jazzy, une voix aux références imperceptibles, une voix qui réalise l’alchimie parfaite de ses influences et de son âme. Heureusement il parle à n’en plus finir entre ses chansons comme pour laisser aux spectateurs le temps de se reprendre. Chacun est au bord de la défaillance lorsqu’il joue de cette voix au-delà du sublime (certainement étayée par une solide technique).
    La poésie de ses textes n’est pas moins bouleversante que les notes sur lesquelles ils reposent. Il est question de monde perdu, d’univers rêvé, de colombe fuyante, il est question d’une âme complexe et tiraillée par l’angoisse, de pureté dévoyée, de personnalité introuvable, d’aspiration impossible.

    I’m only a child
    Born upon a grave
    Dancing through the stations
    Calling out my name.

    On l’a vu et écouté l’an passé assurer les chœurs de Lou Reed sur Berlin et reprendre en rappel un Candy Says qui en a secoué plus d’un. Aussi à l’aise dans les reprises des artistes qui l’entourent que dans ses propres compositions, il transcende la fragilité qu’il inspire, sûr de son art et de son pouvoir. Chaque écoute d’une de ses chansons, chaque show auquel on assiste, donne une étrange impression d’éphémère mais ce troisième disque The Crying Light confirme la marche sans faille de cet artiste puissant vers une œuvre essentielle.

  • Leonard Cohen – 2009/07/07 – Paris Bercy

    Retour à Paris pour Leonard Cohen et son groupe d’exception. Après trois Olympia en novembre dernier il s’est produit ce soir à Bercy et a submergé ses spectateurs de la même vague de tendresse et de sérénité. Le show fut à l’identique mais pourra-t-on jamais se lasser de partager avec cet immense artiste sa musique crépusculaire et ses mots subtils ? Un point d’orgue parmi bien d’autres fut le Chant des Partisans qui a serré le cœur des parisiens éperdus d’admiration et de reconnaissance. Mais aussi Boogie Street entonnée par une Sharon Robinson épanouie et bouleversante dont la voix pénétrante a irradié la cathédrale de Bercy d’un immense frisson : O Crown of Light/ O Darkened One/ I never thought we’d meet/ You kiss my lips, and then it’s done/ I’m back on Boogie Street/ A sip of wine, a cigarette/ And then it’s time to go… Quand à If It Be Your Will de nouveau repris par les Webb sisters après les premiers vers récités par Leonard, eh bien j’ai trouvé la musique (et la version) que je veux faire jouer sur ma tombe au jour du grand départ !

    Les récitals de Leonard Cohen à Paris auront marqué cette saison musicale 2008/09 de la trace des plus grands et imprégné l’âme des spectateurs d’un fulgurant éblouissement.

  • Christine Boutin au chômage

    D’après Les Echos le gouvernement aurait proposé à Christine Boutin un poste d’ambassadeur au Vatican pour la consoler de son licenciement du ministère du logement. Bon sang mais c’est bien sûr ! Comment n’y a-t-on pas pensé plus tôt ? C’est tout à fait le poste qu’il lui faut.

  • La prison pour les trader-fraudeurs

    Maddoff a escroqué 50 à 65 Mds d’USD, Kerviel 5 Mds seulement mais en EUR. Le premier est condamné à 150 ans de prison, en faisant une règle de trois approximative, le second devrait prendre à peu près 5 ans.

  • Dugain Marc, ‘Une exécution ordinaire’.

    Sortie : 2007, Chez : . Dugain donne ici sa thèse romancée de la tragédie du sous-marin russe Kourks dans une Russie en pleine déliquescence après l’effondrement de l’Union soviétique. On suit le parcours d’un jeune sous-marinier, de son mentor à bord, de leurs familles respectives après la catastrophe, des pressions exercées sur eux par l’Etat pour gérer la communication officielle sur cette affaire. Cela se lit comme un roman d’espionnage mais une fois le livre refermée on n’est pas certain que cette version soit celle de la vérité !

  • Mitterrand Frédéric, ‘La Mauvaise Vie’.

    Sortie : 2005, Chez : . Frédéric dévoile ses aventures homosexuelles, cela va de « l’adoption » de jeunes garçons nord-africains qu’il loge et dont il finance les études à Paris (« rien d’ouvertement sensuel » sic), à des passes payantes dans des bordels à jeunes hommes à Djakarta ou Bangkok (on ne connaît pas l’âge des intéressés), un retour sur ses émois adolescents et les évocations de quelques amours déçus. C’est bien écrit, nostalgique et dépourvu d’ambigüités. On se demande ce qui pousse cet homme à mettre sa « Mauvaise vie » sur la place publique ? Sans doute un fond de culpabilité, une recherche de libération, à la poursuite d’un bonheur qu’il ne semble pas avoir trouvé.

  • Mendelsohn Daniel, ‘Les Disparus’.

    Sortie : 2006, Chez : . Daniel Mendelsohn, juif new-yorkais, né en 1960, part à la recherche d’une branche de sa famille massacrée par les nazis en Europe centrale entre 1941 et 1942, qui n’avait pas pu/su émigrer aux Etats-Unis à temps comme le reste de la famille Jager. Au contact des rares survivants juifs de ce petit village de Pologne, Bolechow (devenu ukrainien par la suite), qu’il retrouve à travers la planète, il reconstitue les dernières années de Shmiel, sa femme et leurs quatre filles dans une Pologne livrée à la barbarie. Un retour émouvant sur un passé douloureux que la génération américaine de Shmiel ne semblait pas vouloir/pouvoir faire remonter à la surface. Les multiples entretiens menés avec les rares survivants juifs de Bolechow et leurs descendants, des voyages dans le village lui ont permis d’approcher de ce qu’a du être la fin des Jager. Et c’est aussi l’occasion de revenir sur l’antisémitisme local, la police juive, l’action des justes et surtout la fin définitive de l’existence des juifs en Europe centrale.

  • Une indépendance des confettis de l’Empire toujours à l’horizon politique lointain

    A l’occasion de la visite du président Sarkozy aux Antilles, la République propose aux élus martiniquais l’organisation d’un référendum sur l’autonomie comme le prévoit la constitution.

    En 2003 un référendum pour une évolution du statut de la Guadeloupe et de la Martinique avait posé la question suivante :

    « Approuvez-vous le projet de création en Guadeloupe/Martinique d’une collectivité territoriale demeurant régie par l’article 73 de la Constitution, et donc par le principe de l’identité législative avec possibilité d’adaptations, et se substituant au département et à la région dans les conditions prévues par cet article ? »

    La réponse avait été « NON » à 73% en Guadeloupe et à 50,48% en Martinique. A Saint-Barthélemy et Saint-Martin le « OUI » l’avait emporté à respectivement 96% et 76%, avec référence à l’article 74 de la Constitution.

    Rappelons comment ce document aborde le statut de ces territoires issus de la colonisation :

    Art. 73. – Dans les départements et les régions d’outre-mer, les lois et règlements sont applicables de plein droit. Ils peuvent faire l’objet d’adaptations tenant aux caractéristiques et contraintes particulières de ces collectivités.

    Ces adaptations peuvent être décidées par ces collectivités dans les matières où s’exercent leurs compétences et si elles y ont été habilitées, selon le cas, par la loi ou par le règlement.

    Par dérogation au premier alinéa et pour tenir compte de leurs spécificités, les collectivités régies par le présent article peuvent être habilitées, selon le cas, par la loi ou par le règlement à fixer elles-mêmes les règles applicables sur leur territoire, dans un nombre limité de matières pouvant relever du domaine de la loi ou du règlement.  [Entrée en vigueur dans les conditions fixées par les lois et lois organiques nécessaires à leur application (article 46-I de la loi constitutionnelle n° 2008-724 du 23 juillet 2008)]

    Ces règles ne peuvent porter sur la nationalité, les droits civiques, les garanties des libertés publiques, l’état et la capacité des personnes, l’organisation de la justice, le droit pénal, la procédure pénale, la politique étrangère, la défense, la sécurité et l’ordre publics, la monnaie, le crédit et les changes, ainsi que le droit électoral. Cette énumération pourra être précisée et complétée par une loi organique.

    La disposition prévue aux deux précédents alinéas n’est pas applicable au département et à la région de La Réunion.

    Les habilitations prévues aux deuxième et troisième alinéas sont décidées, à la demande de la collectivité concernée, dans les conditions et sous les réserves prévues par une loi organique. Elles ne peuvent intervenir lorsque sont en cause les conditions essentielles d’exercice d’une liberté publique ou d’un droit constitutionnellement garanti.

    La création par la loi d’une collectivité se substituant à un département et une région d’outre-mer ou l’institution d’une assemblée délibérante unique pour ces deux collectivités ne peut intervenir sans qu’ait été recueilli, selon les formes prévues au second alinéa de l’article 72-4, le consentement des électeurs inscrits dans le ressort de ces collectivités.

    Art. 74.  – Les collectivités d’outre-mer régies par le présent article ont un statut qui tient compte des intérêts propres de chacune d’elles au sein de la République.
    Ce statut est défini par une loi organique, adoptée après avis de l’assemblée délibérante, qui fixe :
      – les conditions dans lesquelles les lois et règlements y sont applicables ;
      – les compétences de cette collectivité ; sous réserve de celles déjà exercées par elle, le transfert de compétences de l’Etat ne peut porter sur les matières énumérées au quatrième alinéa de l’article 73, précisées et complétées, le cas échéant, par la loi organique ;
      – les règles d’organisation et de fonctionnement des institutions de la collectivité et le régime électoral de son assemblée délibérante ;
      – les conditions dans lesquelles ses institutions sont consultées sur les projets et propositions de loi et les projets d’ordonnance ou de décret comportant des dispositions particulières à la collectivité, ainsi que sur la ratification ou l’approbation d’engagements internationaux conclus dans les matières relevant de sa compétence.

    La loi organique peut également déterminer, pour celles de ces collectivités qui sont dotées de l’autonomie, les conditions dans lesquelles :
     – le Conseil d’Etat exerce un contrôle juridictionnel spécifique sur certaines catégories d’actes de l’assemblée délibérante intervenant au titre des compétences qu’elle exerce dans le domaine de la loi ;
     – l’assemblée délibérante peut modifier une loi promulguée postérieurement à l’entrée en vigueur du statut de la collectivité, lorsque le Conseil constitutionnel, saisi notamment par les autorités de la collectivité, a constaté que la loi était intervenue dans le domaine de compétence de cette collectivité ;
     – des mesures justifiées par les nécessités locales peuvent être prises par la collectivité en faveur de sa population, en matière d’accès à l’emploi, de droit d’établissement pour l’exercice d’une activité professionnelle ou de protection du patrimoine foncier ;
     – la collectivité peut participer, sous le contrôle de l’Etat, à l’exercice des compétences qu’il conserve, dans le respect des garanties accordées sur l’ensemble du territoire national pour l’exercice des libertés publiques.

    Les autres modalités de l’organisation particulière des collectivités relevant du présent article sont définies et modifiées par la loi après consultation de leur assemblée délibérante.

    Art. 74-1. – Dans les collectivités d’outre-mer visées à l’article 74 et en Nouvelle-Calédonie, le Gouvernement peut, par ordonnances, dans les matières qui demeurent de la compétence de l’État, étendre, avec les adaptations nécessaires, les dispositions de nature législative en vigueur en métropole ou adapter les dispositions de nature législative en vigueur à l’organisation particulière de la collectivité concernée, sous réserve que la loi n’ait pas expressément exclu, pour les dispositions en cause, le recours à cette procédure.

    Les ordonnances sont prises en conseil des ministres après avis des assemblées délibérantes intéressées et du Conseil d’Etat. Elles entrent en vigueur dès leur publication. Elles deviennent caduques en l’absence de ratification par le Parlement dans le délai de dix-huit mois suivant cette publication.

    On peut espérer que cette fois-ci la consultation pour la Martinique aura été mieux préparée, en tous cas les élus locaux semblaient ravis de cette bonne initiative. Un « OUI » semble plus probable et ce serait alors une étape vers plus de responsabilités locales, voire une marche vers une indépendance qui si elle ne peut être que lointaine n’en n’est pas moins souhaitable. Qui sait si une île antillaise ne pourrait pas être indépendante avant la Nouvelle-Calédonie qui à force de repousser l’échéance du plan dit « Rocard » semble hésiter au bord de la falaise avant le grand saut ?

    On devrait pouvoir éviter le renouvellement d’accords du type de celui signé en Guadeloupe début 2009 (cf. ci-dessous) dans lequel 165 points représentent un incroyable galimatias d’engagements de l’Etat, des collectivités locales et de différents syndicats et collectifs, souvent imprécises, difficilement mesurables, parfois démagogiques et très certainement chronique de nouvelles contestations annoncées ! On crée des observatoires divers, un bureau d’études ouvrières, on gèle le prix de la baguette de 250 g, on baisse les prix du carburant… et on se donne rendez-vous pour le prochain conflit.

  • La réclame sur la télévision de service public supposée sans pub

    Ce soir vers 22h, en attendant le début de Mots Croisés sur France 2 avec son plateau-repas le téléspectateur ébahi voit défiler successivement :

    • Une pub FR2 pour la série Urgences, sponsorisées par une marque X
    • Une pub FR2 pour une émission de théâtre le mercredi, sponsorisée par une marque Y
    • Le tirage du loto présenté par un présentateur bêtifiant et pathétique
    • Une pub FR2 pour l’émission Envoyé Spécial, non sponsorisée
    • Une auto-pub sur les 5 chaînes de France Télévisions
    • Une auto-pub pour FR2

    Le tout dure environ 15 mn, ce qui pour une chaîne sans pub après 20h est déjà pas mal.