Auteur/autrice : Rehve

  • Tic verbal compulsif

    On ne dit plus : « le gouvernement accepte de dĂ©penser plus d’argent public pour contenir la colĂšre du peuple Â» mais :

    Le gouvernement procÚde à un bougé.

    Le dictionnaire Larousse en ligne donne la dĂ©finition suivante du « bougĂ© Â» :

    Mouvement de l’appareil de prise de vue au moment du dĂ©clenchement, qui produit une image plus ou moins floue.

    On dirait que l’emploi de ce terme « bougĂ© Â» en politique vient d’ĂȘtre inventĂ© par l’actuelle majoritĂ© au pouvoir. On se demande Ă  quoi cela sert ? Le dictionnaire de la langue française n’est-il pas suffisamment riche pour Ă©viter d’avoir Ă  dĂ©tourner le sens des mots ?

  • « Senghor et les arts – rĂ©inventer l’universel » au MusĂ©e du Quai Branly

    « Senghor et les arts – rĂ©inventer l’universel » au MusĂ©e du Quai Branly

    Le musĂ©e du Quai Branly, ex-musĂ©e des Arts Premiers, produit une intĂ©ressante exposition sur LĂ©opold SĂ©dar Senghor (1906-2001), homme d’Etat, poĂšte, d’abord Français sous la colonisation puis SĂ©nĂ©galais aprĂšs l’indĂ©pendance de ce pays acquise en 1960. Comme un certain nombre de leaders africains prĂ©-indĂ©pendance qui avaient acceptĂ© le principe de rester loyal Ă  la France et d’entĂ©riner celui de l’Union française, il sera Ă©lu dĂ©putĂ© de l’assemblĂ©e nationale Ă  Paris puis nommĂ© ministre sous la IVĂšme RĂ©publique. Il mĂšne en parallĂšle son Ɠuvre de poĂšte et d’écrivain engagĂ©.

    Avec AimĂ© CĂ©saire il dĂ©finit le concept de nĂ©gritude et Ɠuvre pour la reconnaissance d’une culture « noire Â» et l’avĂšnement d’une civilisation de l’universel aux valeurs mĂ©tisses. Elu Ă  la tĂȘte du nouvel Etat du SĂ©nĂ©gal il est un prĂ©sident qui investit dans la culture, plus que tout autre Etat africain, comme source de l’émancipation de son peuple. Il lance nombre d’initiatives en ce sens : crĂ©ation du MusĂ©e Dynamique de Dakar, organisation du premier Festival mondial de l’Art nĂšgre en 1966, ouverture de diffĂ©rentes Ă©coles de formation dĂ©diĂ©es Ă  l’enseignement artistique au SĂ©nĂ©gal. Dans le mĂȘme temps il poursuit le dialogue des cultures avec l’Occident, et mĂȘme avec l’ancienne puissance coloniale. Il fait notamment exposer et venir Ă  Dakar Picasso et Soulages.

    Le musĂ©e Quai Branly retrace les nombreuses actions de cet humaniste qui a pariĂ© sur l’harmonie des cultures comme mode de gouvernement. Sont exposĂ©s Ă©galement ses recueils de poĂšmes magnifiquement illustrĂ©s par Chagall. Il a fait de son pays un havre de paix et de dĂ©mocratie au cƓur d’une Afrique de l’ouest dont la plupart des pays nouvellement indĂ©pendants ont choisi des voies plus radicales, celle du communisme, de la dictature ou des deux Ă  la fois. Depuis sa dĂ©mission de la prĂ©sidence du SĂ©nĂ©gal en 1980, le pays est restĂ© libre et l’influence du pĂšre fondateur y est certainement pour beaucoup. Il n’est pas sĂ»r que la jeunesse sĂ©nĂ©galaise lui en soit tellement grĂ© aujourd’hui tant l’Afrique contemporaine a majoritairement optĂ© pour la radicalitĂ© et le rejet de toute compromission avec l’ancienne puissance coloniale. Senghor Ă©tait le parangon d’une dĂ©colonisation douce et d’une transition apaisĂ©e assise sur le partage des cultures. Il Ă©tait un homme du XXĂšme siĂšcle, il a Ă©chouĂ© Ă  convaincre les autres puissances africaines d’adopter sa vision politique et poĂ©tique mais lorsqu’on voit l’état dans lequel se dĂ©battent aujourd’hui les pays d’Afrique de l’ouest, les jeunes SĂ©nĂ©galais pourraient lui ĂȘtre reconnaissants de vivre dans un pays relativement calme et dĂ©mocratique.

  • « Tel Aviv Beyrouth » de Michale Boganim

    « Tel Aviv Beyrouth » de Michale Boganim

    De l’occupation du Sud-Liban par IsraĂ«l entre 1985 et 2000, Ă  la prise d’otages de soldats israĂ©liens dans les annĂ©es 2000, le film nous fait rencontrer deux familles entremĂȘlĂ©es et dĂ©chirĂ©es par ces guerres : l’une libanaise-chrĂ©tienne, l’autre israĂ©lienne-juive. Des liens sont créés lors de la prĂ©sence des l’armĂ©e au Sud-Liban qui est soutenue par les milices chrĂ©tiennes ayant le mĂȘme objectif : vaincre le Hezbollah, milice musulmane. Ils vont perdre face Ă  la puissance de leur ennemi commun. Au dĂ©part soudain de l’armĂ©e israĂ©lienne du Sud-Liban en 2000, une partie de la famille libanaise les suit un peu piteusement par crainte de l’épuration qui s’annonçait (et qui s’est effectivement produite).

    Et c’est par les yeux de la mĂšre israĂ©lienne et de la fille libanaise que l’on vit l’aprĂšs, au milieu des affrontement entre IsraĂ«l et le Hezbollah qui perdurent plus ou moins sporadiquement. La premiĂšre part Ă  la recherche de son fils engagĂ© dans l’armĂ©e israĂ©lienne alors que deux soldats israĂ©liens viennent d’ĂȘtre pris en otage, la seconde, exilĂ©e depuis des annĂ©es en IsraĂ«l, sans espoir de retour, assiste Ă  la lente dĂ©chĂ©ance de son pĂšre qui a combattu aux cĂŽtĂ©s du mari de sa compagne d’escapade. Sa sƓur est restĂ©e au Liban et elles peuvent communiquer Ă  travers le grillage de la frontiĂšre


    Un lien Ă©trange et, finalement, affectueux se tisse entre elles dans cet environnement de haine et de sĂ©paration, de mort et de destruction. La frontiĂšre entre leurs deux pays est hermĂ©tiquement fermĂ©e et seul le destin les a rassemblĂ©es du mĂȘme cĂŽtĂ© de la barriĂšre que seuls les cercueils ont le droit de franchir. La rĂ©alisatrice aborde le drame de ces guerres civiles avec leur cortĂšge de choix sans retour, de rĂšglements de compte, d’exil
 On peur sans difficultĂ© s’imaginer qu’il se passe la mĂȘme chose dans la guerre d’Ukraine, envahie par la Russie comme IsraĂ«l est entrĂ© au Liban, oĂč les uns soutiennent la Russie et les autres la combattent. D’ailleurs, la rĂ©alisatrice Michale Boganim, est israĂ©lienne d’origine maroco-ukrainienne, ayant grandi en IsraĂ«l jusqu’à l’ñge de 7 ans avant de suivre sa famille Ă©migrĂ©e en France. Elle avait rĂ©alisĂ© un trĂšs intĂ©ressant documentaire sur son exil :

    Lire aussi : « Mizrahim, les oubliĂ©s de la terre promise Â» de Michale Boganim

    Cette histoire de quĂȘte du fils fait tristement penser au roman de David Grossman « Une femme fuyant l’annonce », le drame des fils qui partent faire leur devoir laissant leurs mĂšres dĂ©semparĂ©e et seules face Ă  un destin tragique.

  • Les restes de la manif

    Les restes de la manif

    Les immeubles boulevard Port Royal aprÚs le passage de la manifestation contre la réforme des retraites du 31 janvier.

  • BOUAZIZ Pascal, ‘Leonard Cohen’.

    BOUAZIZ Pascal, ‘Leonard Cohen’.

    Sortie : 2021, Chez : Editions Gallimard, collection Hoëbeke.

    Pascal Bouaziz, musicien, auteur-compositeur, poĂšte, est un inconditionnel de Leonard Cohen dont il connait la vie et l’Ɠuvre sur le bout des doigts. Il choisit dans ce livre de revenir sur dix caractĂšres de cet artiste Ă©ternel : l’Ă©ternel Ă©tranger, le sĂ©ducteur, le juif errant, le dĂ©primĂ©, etc. Ce n’est pas une biographie mais une plongĂ©e dans la personnalitĂ© de cet Ă©trange crĂ©ateur illustrĂ©e de magnifiques photos de Leonard.

    L’Ă©criture est sensible, les mots sont documentĂ©s, les petites histoires racontĂ©es sont souvent dĂ©jĂ  des classiques, mais qu’importe, on aime bien les relire. Mais surtout, Bouazic rentre dans les textes des chansons-poĂšmes de Cohen ce que, par paresse, le spectateur non anglophone ne fait pas assez, et les restitue dans le contexte de la vie de l’artiste.

    Un trÚs joli livre pour nous rappeler combien Leonard Cohen fut un artiste important de son époque et combien ses mots peuvent continuer à nous inspirer.

  • L’Ukraine et le Brexit

    L’Ukraine et le Brexit

    Le prĂ©sident ukrainien fait une visite surprise au Royaume Uni pour remercier Londres trĂšs engagĂ©e dans le soutien de Kiev sous tous ses aspects. L’aspect ironique de ce dĂ©placement est que l’Ukraine fait le forcing pour intĂ©grer l’Union europĂ©enne quand le Royaume Uni vient d’en claquer la porte avec fracas. MĂȘme si certains sondages semblent indiquer que les citoyens britanniques se demandent s’ils ont pris la bonne dĂ©cision, on aimerait connaĂźtre ce que le premier ministre anglais a dit au prĂ©sident ukrainien sur sa demande d’adhĂ©sion Ă  l’Union ?

  • Les experts de plateaux tĂ©lĂ©visĂ©s

    Les experts de plateaux télévisés

    Dans la guerre d’Ukraine l’armĂ©e russe semble reprendre du poil de la bĂȘte. Alors que les « experts Â» de plateaux tĂ©lĂ©visĂ©s l’avait dĂ©jĂ  enterrĂ©e aprĂšs la contre-offensive ukrainienne plutĂŽt victorieuse de l’étĂ© dernier, ils sont en train d’avaler leurs kĂ©pis et, finalement, d’admettre du bout des lĂšvres que la soldatesque russe dispose encore d’une certaine capacitĂ© de nuisance contre l’Ukraine et l’Occident. Outre l’inquiĂ©tude de voir cette guerre encore perdurer, cela pose la question de la crĂ©dibilitĂ© de la presse tĂ©lĂ©visuelle française quasi-unanimement pro-ukrainienne et antirusse. Les gĂ©nĂ©raux en retraite qui peuplent les plateaux, experts d’un jour Ă  fort Ă©go, gĂ©nĂ©ralement formĂ©s Ă  l’ombre de la guerre froide et de l’anticommunisme, dĂ©vident Ă  longueur de programmes des banalitĂ©s et des certitudes sur les sujets militaires pour lesquels ils ne sont Ă©videmment pas dans le secret des opĂ©rations.

    D’une façon plus gĂ©nĂ©rale il est des sujets qu’il ne fait pas bon aborder en ce moment sous peine d’ĂȘtre taxĂ© d’ĂȘtre un « munichois Â», un dĂ©faitiste voire un traĂźtre. L’adhĂ©sion de l’Ukraine Ă  l’Union europĂ©enne qui va entraĂźner des rĂ©visions dĂ©chirantes pour les pays fondateurs, la cohabitation future avec une Russie gĂ©nĂ©tiquement anti-occidentale, les coĂ»ts de la reconstruction qui vont s’accroissant Ă  chaque jour de guerre qui passe, les accords de Minsk qui n’ont jamais Ă©tĂ© appliquĂ©s par les parties mais qui restent probablement un bon plan de dĂ©part pour une future nĂ©gociation, la volontĂ© occidentale d’éviter de mettre les doigts dans une guerre directe avec la Russie pour Ă©viter une guerre mondiale
 tous ces sujets sont globalement interdits pour le moment. Ils reviendront sur le devant de la scĂšne forcĂ©ment un jour.

    En attendant la guerre continue et les experts de plateaux tĂ©lĂ©visĂ©s n’ont guĂšre de solution Ă  proposer si ce n’est la victoire militaire totale de Kiev qu’ils estiment, dans la phrase suivante, peu probable. Quelques voix plus politiques, comme celles de l’ex-ambassadeur Araud ou l’ancien ministre Lelouche Ă©crivent des articles pour dire qu’il est temps maintenant de parler paix pour arrĂȘter une guerre ravageuse initiĂ©e par le clan au pouvoir au Kremlin, et mĂȘme envisager des compromis pour ce faire avec l’éternel ennemi : la Russie. Ils sont plutĂŽt ostracisĂ©s, voire insultĂ©s, sur les plateaux d’experts qui certifiaient encore il y a deux mois que la Russie avait perdu la guerre.

    MalgrĂ© tout il faut bien arrĂȘter cette guerre qui dĂ©vaste les hommes
 et les budgets. Le concept d’’autodĂ©termination des peuples pourrait ĂȘtre mis en Ɠuvre pour les rĂ©gions contestĂ©es dans un cadre lĂ©gal international comme proposition pur mettre fin aux hostilitĂ©s ? Le modĂšle appliquĂ© par la France en Nouvelle CalĂ©donie pourrait ĂȘtre un exemple Ă  suivre. Quelle que l’issue de la guerre d’Ukraine, la Russie restera une puissance malĂ©fique qui n’aime pas l’Occident. Il faudra en tenir compte pour quelques siĂšcles dans le futur avant, peut-ĂȘtre, de pouvoir une relation « normale Â» entre voisins.

  • Le misĂ©rabilisme Ă©rigĂ© en mode de pensĂ©e

    Le misérabilisme érigé en mode de pensée

    Le dĂ©bat en cours sur le projet de loi visant Ă  repousser l’ñge lĂ©gal pour faite valoir ses droits Ă  la retraite et Ă  augmenter le nombre minimum de trimestres cotisĂ©s pour ce faire illustre ad nauseam le drame du misĂ©rabilisme Ă©rigĂ© en mode de pensĂ©e. L’essence de la rĂ©forme Ă©tant de faire travailler les citoyens plus longtemps, ce n’est Ă©videmment pas une bonne nouvelle pour nombre d’entre eux. Leur principale argumentation consiste Ă  citer le cas du « cariste Â» ou de la « femme de mĂ©nage Â» qui ont travaillĂ© dans des conditions physiques difficiles toute leur vie et qui ne peuvent pas envisager de travailler plus longtemps que l’actuel Ăąge lĂ©gal de 62 ans. Certes, et personne ne le conteste. Des conditions spĂ©cifiques de « pĂ©nibilitĂ© Â» et de « carriĂšre longue Â» sont prĂ©vues pour permettre de prendre en compte ces cas particuliers mais il n’en reste pas moins que nombre des citoyens mĂšnent des carriĂšres qui leur permettent sans difficultĂ©s physiques de poursuivre deux annĂ©es de plus comme envisagĂ© dans le projet de loi. Ceux qui partent en retraite en ce moment ont dĂ©marrĂ© leur carriĂšre alors que l’ñge lĂ©gal de dĂ©part Ă©tait de 65 ans, comme d’ailleurs pour la gĂ©nĂ©ration prĂ©cĂ©dente. Ils ont vu cet Ăąge lĂ©gal baisser Ă  60 ans en 1983 (pouvoir socialiste) puis repasser Ă  62 ans en 2010 (gouvernement conservateur) et il est probable que leurs enfants vont le voir repasser Ă  64 sous peu, en attendant d’autres Ă©ventuels relĂšvements.

    Cette question du misĂ©rabilisme revient Ă  se demander, dans le cas d’espĂšce, si une rĂ©forme des retraites doit ĂȘtre formatĂ©e pour rĂ©pondre aux besoins des plus dĂ©favorisĂ©s ou si elle doit rĂ©pondre aux besoins moyens et prĂ©voir des exceptions pour les cas particuliers. Les partis d’opposition, y compris ceux de droite, rĂ©pondent « oui Â» au premier terme de l’équation, ceux actuellement au pouvoir optent pour la vision moyenne. C’est un peu une question de philosophie politique.

    Le plus comique est de voir aujourd’hui le parti Les RĂ©publicains (LR) qui avait fait ses campagnes Ă©lectorales 2022 prĂ©sidentielle et lĂ©gislative sur la base d’un Ăąge lĂ©gal Ă  porter Ă  65 ans, se battre aujourd’hui pour baisser cette limite, dĂ©jĂ  proposĂ©e Ă  64 ans et obtenir d’autres assouplissements Ă  cette rĂ©forme qu’il qualifie de « brutale Â». Plus des concessions financiĂšres sont faites aujourd’hui et plus la prochaine rĂ©forme des retraites devra intervenir dans un futur proche. Les prochaines majoritĂ©s parlementaires auront Ă  gĂ©rer la suite.

  • WOOLF Virginia, ‘Mrs Dalloway’.

    WOOLF Virginia, ‘Mrs Dalloway’.

    Sortie : 1925, Chez : Le Livre de Poche.

    Un roman dĂ©licat consacrĂ© Ă  une plongĂ©e dans la vie de Mrs Clarissa Dalloway Ă  Londres dans les annĂ©es 1920. Grande bourgeoise, frĂ©quentant la haute sociĂ©tĂ© anglaise, elle se lĂšve le matin, sort acheter des fleurs, avec en tĂȘte les derniers prĂ©paratifs de la rĂ©ception mondaine qu’elle organise en soirĂ©e. En sa compagnie nous allons parcourir ses souvenirs, ses frĂ©quentations, la ville de Londres, bref, un portrait de l’Angleterre aristocratique post-premiĂšre guerre mondiale.

    Il ne se passe pas grand-chose dans cette histoire oĂč le style sophistiquĂ© de Mme. Woolf permet de donner vie Ă  une multitude de petits dĂ©tails sans importance sur lesquels elle brode son histoire. Comme si de rien n’Ă©tait elle aborde en passant certains de ses sujets de prĂ©dilection : l’attirance entre femmes, le suicide
 Elle passe d’un personnage Ă  l’autre, les Ă©voque aujourd’hui et dans leur passĂ©. Mrs Dalloway est au centre du livre mais n’en est pas la narratrice. Elle croise tous ces personnages dans la rue, dĂ©crit ce qu’elle sait de leurs sentiments et leurs pensĂ©es, parfois dĂ©mentie un peu plus loin par la vĂ©ritĂ© dispensĂ©e par la narratrice, et le roman saute des uns aux autres.

    Tous ce beau monde se retrouve le soir Ă  la rĂ©ception, avec ses accointances, ses haines, ses souvenirs croisĂ©s, sauf Septimus qui s’est jetĂ© de sa fenĂȘtre quelques heures plus tĂŽt, dans un accĂšs aigu de dĂ©pression. En dĂ©crivant par le menu dĂ©tail leurs comportements et leurs habitudes, leur rigiditĂ© aussi, celle d’une Ă©poque rĂ©volue, elle nous fait pĂ©nĂ©trer avec dĂ©lice le monde Ă©litiste de cette bourgeoisie de haut-vol, sans doute avec un peu d’ironie, trĂšs certainement avec beaucoup de perspicacitĂ©.

  • IndĂ©cent

    Indécent

    Le dĂ©bat sur le projet de loi visant Ă  repousser l’ñge lĂ©gal pour faite valoir ses droits Ă  la retraite, et Ă  augmenter le nombre minimum de trimestres cotisĂ©s pour ce faire, a dĂ©marrĂ© Ă  l’assemblĂ©e nationale dans un chaos indĂ©cent largement menĂ© par l’extrĂȘme gauche mais sans doute observĂ© avec malice et intĂ©rĂȘt par les autres partis d’opposition. Et les dĂ©putĂ©s y vont de leurs claquements de pupitres, hurlements et beuglements, interruptions et interjections, effets de manche et claquements de porte
 bref, tous les artifices usĂ©s sur les bancs par des gĂ©nĂ©rations de dĂ©putĂ©s continuent Ă  ĂȘtre mis en Ɠuvre par des irresponsables, dont les salaires et accessoires sont payĂ©s par les contribuables et qui remplissent fort mal le job pour lequel ils sont rĂ©munĂ©rĂ©s.

    Alors Ă©videment tout le monde rappelle que ce genre de comportements de gamins morveux mal Ă©levĂ©s a toujours Ă©tĂ© pratiquĂ© et que, parfois, les injures et noms d’oiseaux volaient bas sous les IIIĂšme ou IVĂšme RĂ©publiques. Certes, mais probablement la hauteur de vue de JaurĂšs, ClĂ©menceau, Blum ou Simone Veil n’avait guĂšre Ă  voir avec celle de Mathilde Panot ou d’Olivier Faure, mais est-ce une raison pour se satisfaire de la mĂ©diocritĂ© affichĂ©e aujourd’hui par nos Ă©lus ? Certainement non mais, hĂ©las, ces Ă©lus sont l’image de la sociĂ©tĂ© qui les a Ă©lus.

    Nos enfants vont devoir travailler plus longtemps pour gagner leur retraite, ils vont aussi avoir la tĂąche vitale de redresser le niveau du pays et des ses Ă©lus, en voie de crĂ©tinisation avancĂ©e. C’est maintenant une question de survie pour la Nation.

  • La Collection de l’Art Brut de Lausanne

    La Collection de l’Art Brut de Lausanne

    MontĂ©e Ă  partir de 1945 par le peintre Jean Dubuffet (1901-1985), cette collection est constituĂ©e d’Ɠuvres rĂ©alisĂ©es gĂ©nĂ©ralement par des patients atteints de maladies psychiques, hospitalisĂ©es ou pas, sous forme de dessins, de peintures, de sculptures. Une partie de celles-ci sont exposĂ©es, complĂ©tĂ©es par l’exposition temporaire « Art Brut et Bande DessinĂ©e Â» au rez-de-chaussĂ©e.

    Les Ɠuvres retracent souvent les obsessions de leurs auteurs, mais n’est-ce pas le propre d’une crĂ©ation artistique ? Elles sont abordables et, le cas Ă©chĂ©ant, expliquĂ©es par une guide locale ou quelques lignes sur un prĂ©sentoir. Un parcours intriguant !

  • La comĂ©die « Jack Lang » continue

    La comédie « Jack Lang » continue

    Jack Lang, 83 ans, les cheveux noirs de teinture (sauf le bout de ses pattes oĂč il laisse apparaĂźtre un peu de blanc
) envisagerait de reprĂ©senter Ă  la prĂ©sidence de l’Institut du monde arabe (IMA) qu’il prĂ©side depuis plus de dix ans. Quelles que soient ses performances Ă  la tĂȘte de cette institution, il est temps pour lui de passer la main compte tenu de son Ăąge. Il existe des centaines de candidats tous aussi lĂ©gitimes, et bien plus jeunes, qui feront aussi bien le job et permettraient de faire tourner la roue.

    Le fait que M. Lang s’accroche ainsi Ă  son activitĂ© est, hĂ©las, symptomatique de l’inertie de la RĂ©publique qui n’arrive pas Ă  renouveler ses Ă©lites. On ne comprend d’ailleurs pas bien ce qui pourrait justifier un quatriĂšme mandat qui maintiendrait cette personne ĂągĂ©e Ă  la prĂ©sidence de l’IMA. Outre la perte d’efficacitĂ© gĂ©nĂ©rĂ©e par l’ñge, c’est aussi une injustice flagrante Ă  l’encontre des gĂ©nĂ©rations suivantes qui aspirent elles-aussi Ă  accĂ©der au pouvoir. Il serait tout Ă  l’honneur de ce vieux « Djack Â» de tirer sa rĂ©vĂ©rence. Il serait certainement remplacĂ© sans trop de difficultĂ©s par un candidat de valeur.

    Lire aussi : Jack Lang, 80 ans, accroché à son rocher & Il faut mettre ce vieux Jack à la retraire
  • Un excellent podcast sur David Bowie

    Un excellent podcast sur David Bowie

    On peut Ă©couter l’excellente Ă©mission de Michka Assayas sur France-Inter : neuf Ă©pisodes sur l’Ɠuvre de l’artiste britannique qui a marquĂ© son Ă©poque. Michka est le nouveau Bernard Lenoir chroniquant le rock sur les radios publiques, largement Ă  la hauteur de son prĂ©dĂ©cesseur. Il fait preuve d’une immense culture rock qu’il partage avec bonhommie.

  • « Retour Ă  SĂ©oul » de Davy Chou

    « Retour à Séoul » de Davy Chou

    Davy Chou est un rĂ©alisateur français d’origine cambodgienne dont la filmographie est orientĂ©e vers la recherche de l’histoire tourmentĂ©e du Cambodge et, plus gĂ©nĂ©ralement, celles de nos racines. Dans « Retour Ă  SĂ©oul Â» il traite l’histoire d’une jeune femme, Freddie, qui a Ă©tĂ© abandonnĂ©e encore bĂ©bĂ© par ses parents sud-corĂ©ens et adoptĂ©e par un couple français. Un peu par hasard elle repasse Ă  SĂ©oul et part Ă  la recherche de ses parents biologiques et de son pays.

    Le scĂ©nario la suit pendant plusieurs annĂ©es de rapprochement avec cet environnement qu’elle voudrait se rĂ©approprier. Le personnage de cette femme est plutĂŽt agitĂ© et provocateur, multipliant les conquĂȘtes qu’elle se vante de pouvoir « sortir de [sa] vie d’un claquement de doigt Â» et qu’elle utilise au hasard de ses besoins sexuels, affectifs ou professionnels.

    Les retrouvailles avec ses parents n’apparaissent pas forcĂ©ment trĂšs positives mais au moins ont-elles le mĂ©rite de lever l’incertitude. Son pĂšre est un homme simple, qui boit, peut-ĂȘtre parce qu’il a abandonnĂ© son enfant, certainement parce qu’il est alcoolique, mais qui veut en tout cas s’en faire pardonner avec force dĂ©monstrations d’amour et d’attachement (et d’alcool) qui Ă©touffent Freddie. Sa mĂšre, qui ne vit plus depuis longtemps avec le pĂšre de sa fille, refuse de la rencontrer Ă  plusieurs reprises avant, finalement, plusieurs annĂ©es aprĂšs son premier refus, de la serrer dans ses bras dans l‘institution corĂ©enne qui gĂšre les adoptions, entre larmes et caresses, seules voies de communication quand on ne partage pas les mĂȘmes langues.

    Le film est inspirĂ© librement d’une histoire vraie. Il narre de façon sensible le traumatisme que l’abandon peut faire peser sur ceux qui en sont l’objet. Ici, la rĂ©action de Freddie est ambivalente, feignant l’indiffĂ©rence mais attirĂ©e par la CorĂ©e oĂč elle va attacher sa vie professionnelle et, en partie, personnelle. Cerise sur le gĂąteau, elle travaille chez un marchand d’armes et prĂ©sente la vente de missiles aux Sud-corĂ©ens comme sa participation Ă  la dĂ©fense contre la CorĂ©e du Nord. Sans doute la mĂ©taphore de l’agressivitĂ© qu’elle dĂ©veloppe Ă  l’encontre de son pĂšre biologique


  • MASSU Jacques, ‘La vraie bataille d’Alger’.

    MASSU Jacques, ‘La vraie bataille d’Alger’.

    Sortie : 1971, Chez : PLON.

    Jacques Massu (1908-2002) est un militaire français, membre de la division Leclerc qui parcourut avec elle la longue route du Fezzan jusqu’Ă  la libĂ©ration de Berlin en aoĂ»t 1945. Compagnon de la libĂ©ration, il participa aux guerres d’Indochine et d’AlgĂ©rie, ainsi qu’Ă  l’expĂ©dition de Suez, il fut marquĂ© Ă  jamais comme ayant Ă©tĂ© le patron de la 10Ăšme division parachutiste (DP) chargĂ©e par le pouvoir politique de rĂ©tablir l’ordre Ă  Alger face Ă  la rĂ©bellion du FLN (Front de libĂ©ration nationale) en lutte contre la France pour obtenir l’indĂ©pendance de l’AlgĂ©rie. C’est la « cĂ©lĂšbre » bataille d’Alger avec son cortĂšge de dĂ©rives qui arrivent quand on demande Ă  des miliaires de jouer un rĂŽle qui n’est pas le leur. Cette bataille va durer toute l’annĂ©e 1957 et le gĂ©nĂ©ral Massu restera connu comme celui ayant patronnĂ© la torture pratiquĂ©e par sa division de parachutistes, et assumĂ©e comme telle par ce patron qui eut au moins le mĂ©rite de couvrir ses subordonnĂ©es.

    15 ans aprĂšs les faits, 10 ans aprĂšs l’indĂ©pendance acquise par l’AlgĂ©rie, il Ă©crit ce livre comme une sorte de justification de son rĂŽle et de celui de ses hommes. Les arguments sont Ă©culĂ©s et avaient dĂ©jĂ  Ă©tĂ© confrontĂ©s durant la guerre elle-mĂȘme. Massu revient sur le combat militaire qui a Ă©tĂ© « gagnĂ© par ses paras » qui ont dĂ©mantelĂ© la rĂ©bellion dans la capitale algĂ©rienne. Il explique dans quel contexte a Ă©tĂ© pratiquĂ©e la torture ou les « interrogatoires musclĂ©s » : pour empĂȘcher de nouveaux attentats dĂ©vastateurs du FLN. Il raconte avoir demandĂ© Ă  subir lui-mĂȘme la « gĂ©gĂšne » (torture par l’Ă©lectricitĂ©) pour se rendre compte de son effet sur son propres corps.

    Et, bien sĂ»r, il relate la sauvagerie du FLN, avec force photos des massacres et mutilations commis par le mouvement rĂ©volutionnaire qui a sans doute tuĂ© bien plus d’algĂ©riens que l’armĂ©e française. On sait aujourd’hui que tout ceci s’est passĂ©, que le combat fut fĂ©roce entre les paras et le FLN, que la bataille d’Alger fut gagnĂ©e par Massu mais que le combat politique fut perdu par la France qui laissa l’AlgĂ©rie voguer vers son indĂ©pendance au terme des nĂ©gociations menĂ©es Ă  Evian en 1962 par les politiques. Bien sĂ»r, aucune autre issue n’Ă©tait envisageable et l’erreur fatale du pouvoir parisien est d’avoir laissĂ© l’armĂ©e s’enferrer dans une impasse aprĂšs lui avoir donnĂ© les pleins pouvoirs, au moins Ă  Alger.

    L’armĂ©e française avait connu moulte dĂ©convenues aprĂšs 1945 : DiĂȘn BiĂȘn Phu en Indochine en 1954, l’expĂ©dition de Suez en 1956. Massu Ă©tait en Afrique lors de la dĂ©faite contre le Vietnam, il participa par contre au repli de Suez. Alors, quand les pleins pouvoirs lui sont confiĂ©s Ă  Alger, il s’emploie avec cƓur Ă  rĂ©tablir l’honneur de l’armĂ©e
 Et pendant que son Ă©pouse fait de l’humanitaire pour les enfants dĂ©favorisĂ©s de la ville, il mĂšne ses paras Ă  l’assaut des forteresses du FLN, Ă  la poursuite de ses chefs (Ali « la Pointe », Yacef Saadi, Larbi Ben M’hidi
) et de leurs poseurs de bombe (Djamila Bouhireb, Djamila Bouazza
). Tous sont pourchassĂ©s, arrĂȘtĂ©s (parfois sur dĂ©nonciation des clans adverses au sein du FLN) pour connaitre des sorts divers, dont des exĂ©cutions judiciaires ou extrajudiciaires, mais aussi des grĂąces accordĂ©es dans la foulĂ©e des accords d’Evian.

    Massu mĂšne combat contre ce qu’on lui dĂ©signe comme un ennemi de la France, selon un schĂ©ma relativement classique pour ce soldat Ă  la dĂ©jĂ  grande expĂ©rience. Mais il doit Ă©galement affronter les membres de la « cinquiĂšme colonne », ces français installĂ©s en AlgĂ©rie ou rĂ©sidant en mĂ©tropole, qui prennent fait et cause pour le FLN, position juste incomprĂ©hensible pour le gĂ©nĂ©ral
 Le plus souvent ils ne posent pas eux-mĂȘmes les bombes mais aident ceux qui le font. Ces français eurent aussi des comptes Ă  rendre aux paras de Massu. Certains n’en revinrent pas (Maurice Audin). Il rĂšgle ses comptes avec le GĂ©nĂ©ral de BollardiĂšre placĂ© sous ses ordres, qui demanda Ă  ĂȘtre relevĂ© de son commandement puis, Ă  son retour Ă  Paris en 1957, dĂ©nonce la pratique de la torture en AlgĂ©rie. L’ethnologue Germaine Tillon est abondamment citĂ©e, elle qui rencontra certains chefs du FLN Ă  Alger pendant la bataille pour essayer de leur en faire attĂ©nuer l’intensitĂ©. Elle joue aussi le rĂŽle d’intermĂ©diaire auprĂšs des autoritĂ©s françaises pour dĂ©noncer le torture pratiquĂ©e au nom de la France et tenter de faire adoucir le sort des prisonniers algĂ©riens, toutes actions qui ne sont Ă©videmment pas bien vues de Massu comme il le raconte vertement sans ce livre.

    Massu en AlgĂ©rie c’est l’histoire d’un soldat qui a obĂ©i Ă  des ordres stupides, un homme formatĂ© par et pour le devoir, qui a Ă©tĂ© placĂ© dans une position inextricable dont il s’est sorti par l’obĂ©issance et l’action, au dĂ©triment de la morale, lui qui pourtant Ă©tait un catholique pratiquant. HĂ©las pour lui, l’efficacitĂ© qu’il revendique n’a sans doute pas servi Ă  grand-chose puisque l’indĂ©pendance de l’AlgĂ©rie, inĂ©vitable et d’ailleurs souhaitable, a Ă©tĂ© finalement acquise en 1962. Ce « dĂ©partement français » ayant Ă©tĂ© conçu depuis 1830 comme une colonie de peuplement, la position des politiques Ă©tait Ă©galement trĂšs inconfortable : comment accorder pacifiquement l’indĂ©pendance Ă  un territoire qui abrite plus d’un million de ressortissants français, certains y rĂ©sidant depuis plusieurs gĂ©nĂ©rations ? Alors on a laissĂ© se faire les choses qui ont menĂ© tout naturellement Ă  la violence.

    Seul le GĂ©nĂ©ral de Gaulle eut le courage de trancher dans le vif et de mettre fin, dans la douleur, Ă  ces errements coloniaux qui n’avaient plus d’avenir en cette deuxiĂšme moitiĂ© du XXĂšme siĂšcle.

    La simple photo du gĂ©nĂ©ral Massu sur la couverture de son livre suffit Ă  comprendre le personnage : raide et ne pliant pas. C’est sans doute la raison pour laquelle en mai 1968, un autre gĂ©nĂ©ral, de Gaulle, en plein dĂ©sarroi face aux Ă©meutes de mai 1968 Ă  Paris, rendit une visite impromptue Ă  Baden-Baden oĂč son « fidĂšle compagnon » commandait les forces françaises d’occupation en Allemagne fĂ©dĂ©rale. Ils eurent deux heures d’entretien en tĂȘte-Ă -tĂȘte, personne ne sait ce qu’ils se sont dit malgrĂ© toutes les supputations qui ont circulĂ©. Massu a juste dĂ©clarĂ© en 1982 que de Gaulle Ă©tait arrivĂ© en disant : « Massu, tout est foutu » mais qu’au terme de cet entretien mystĂ©rieux de Gaulle avait immĂ©diatement pris le chemin du retour vers l’ElysĂ©e pour reprendre la main politique.

    Massu fut un exĂ©cutant zĂ©lĂ© de la politique algĂ©rienne de la fin de la IVĂšme RĂ©publique qui conduisit la France dans l’impasse et ses militaires dans la dĂ©rive. Il aurait pu dĂ©missionner mais un homme de devoir de sa trempe, qui Ă  suivi Leclerc jusqu’Ă  Berlin en 1945, ne quitte pas le navire en train de couler. Au crĂ©puscule de sa vie en 2000 il a lui aussi, finalement, « plié » en dĂ©clarant au journal Le Monde regretter que la torture ait Ă©tĂ© pratiquĂ©e par les forces armĂ©es françaises pendant le guerre d’AlgĂ©rie en prĂ©cisant que :

    La torture n’est pas indispensable en temps de guerre.

  • « Professeur Yamamoto part Ă  la retraite » de Kazuhiro Soda

    « Professeur Yamamoto part à la retraite » de Kazuhiro Soda

    Le documentariste japonais Kazuhiro Soda a produit en 2008 « Mental Â», suivant le dialogue du professeur Yamamoto, pionnier de psychiatrie au Japon. En 2022 il revient filmer le psychiatre qui, cette fois-ci, est en train de partir Ă  la retraite. Le praticien consulte dans une clinique qui semble accueillir des pathologies psychiques graves et d’autres moins. On le voit avec ses derniers patients qui, tous, s’inquiĂštent de ce qu’ils vont devenir une fois leur thĂ©rapeute envolĂ©. Avec l’un d’entre eux il tente de le convaincre de « rĂ©duire ses dĂ©sirs Ă  zĂ©ro » pour vaincre sa consommation compulsive. Il Ă©tait, paraĂźt-il, un adepte de cette thĂ©orie un peu bouddhiste.

    Mais le film est surtout centrĂ© sur ce vieux couple composĂ© par Yamamoto et sa femme, Yoshiko, dont on comprend au milieu du film qu’elle est atteinte d’une maladie neurodĂ©gĂ©nĂ©rative. Son mari prend soin d’elle comme il s’est occupĂ© de ses patients et il va lui ĂȘtre aussi indispensable qu’il l’était pour eux.

    Le documentaire est lent, comme les mouvements de ces deux personnes ĂągĂ©es et touchantes au crĂ©puscule de leur vie. Il dĂ©crit plus le grand Ăąge des Yamamoto, qu’il ne parle de psychiatrie. Mais ce mĂ©tier auquel le professeur a consacrĂ© sa vie va certainement les aider Ă  affronter ce destin qui nous attend tous et qui est rendu avec Ă©motion dans un film oĂč il ne se passe pas grand-chose.

  • Tom Verlaine est mort

    Tom Verlaine est mort

    Le guitariste et chanteur-compositeur amĂ©ricain Tom Verlaine est mort hier Ă  73 ans (1949-2023). C’est l’un derniers reprĂ©sentants du rock underground amĂ©ricain qui s’échappe ainsi. Il a fondĂ© le groupe Ă©phĂ©mĂšre Television en 1973 avec Richard Hell. Leur cĂ©lĂšbre disque Marquee Moon, comme le premier disque du Velvet Underground (celui avec la banane) a Ă©tĂ© peu vendu en son temps mais a Ă©tĂ© Ă©coutĂ© par tout ce qui comptait de la scĂšne new-yorkaise de cette Ă©poque. Verlaine a influencĂ© nombre de musiciens de l’époque et a continuĂ© une carriĂšre solo discrĂšte. Son nom de scĂšne Ă©tait un hommage au poĂšte français.

    Il joue sur Horses (1975) et Gone Again (1996) de Patti Smith qui doit dĂ©sormais se sentir bien seule
 C’est le crĂ©puscule d’une Ă©poque musicale, ils sont tous en train de partir.

    Lire aussi : Television – 2016/04/02 – Paris la Philharmonie
  • L’armĂ©e française quitte le Burkina Faso

    L’armĂ©e française quitte le Burkina Faso

    Le Burkina-Faso a dĂ©noncĂ© l’accord de dĂ©fense qui le liait Ă  la France et se traduisait, notamment, par le stationnement d’une base militaire française dans ce pays. Ces accords prĂ©voient aussi gĂ©nĂ©ralement la possibilitĂ© d’intervention militaire française Ă  la demande des autoritĂ©s locales. Ils ont gĂ©nĂ©ralement Ă©tĂ© signĂ©s dans la foulĂ©e des indĂ©pendances et ont gĂ©nĂ©rĂ© des interventions militaires discutables, essentiellement pour maintenir des dictatures au pouvoir : au Tchad, en CĂŽte d’Ivoire, au Mali
 Ces accords sont des survivances d’une Ă©poque rĂ©volue oĂč la France voulait maintenir son statut d’ex-puissance coloniale en mal d’influence sur le monde.

    Lire aussi : Le Mali a toujours un coup d’avance sur Paris

    Ce temps est dĂ©sormais passĂ©, les pays partenaires dĂ©noncent les accords les uns aprĂšs les autres et la France Ă©vacuent ses bases militaires, parfois pour les remplacer par une coopĂ©ration avec la Russie. C’est ainsi et ce n’est pas forcĂ©ment une mauvaise nouvelle pour Paris ! Par les temps qui courent le redĂ©ploiement des militaires français sur l’Europe et la rĂ©affectation des dĂ©penses budgĂ©taires engagĂ©es en Afrique ne prĂ©sentent pas que des inconvĂ©nients. Dans le contexte de la guerre d’Ukraine des troupes françaises sont prĂ©sentes en Roumanie et dans les pays baltes oĂč elles sont a priori bien mieux accueillies qu’à Bamako ou Ă  Ouagadougou, le choix est donc assez simple Ă  faire.

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    AprĂšs le dĂ©part de l’armĂ©e française du Burkina il restera encore des troupes au Niger, au Tchad, en CĂŽte d’Ivoire, au SĂ©nĂ©gal, Ă  Djibouti, au moins pour ce qui concerne l’Afrique et pour autant que l’on sache. Le sort Ă  terme de ces bases militaires Ă  l’étranger sera immanquablement posĂ© un jour ou l’autre.

    Un autre sujet de dĂ©mantĂšlement qui lui n’avance pas beaucoup est celui du Franc CFA, monnaie commune de nombre de pays africains ex-colonies françaises du continent et dont la convertibilitĂ© avec l’euro est garantie par la France. La fin de cette monnaie commune et son remplacement par l’Eco ont Ă©tĂ© annoncĂ©s en 2019 mais le choses n’ont pas beaucoup bougĂ© depuis et le Franc CFA a toujours cours dans ces pays. Dans le projet initial la France Ă©tait toujours engagĂ©e Ă  maintenir la convertibilitĂ© de l’Eco. AprĂšs la dĂ©nonciation de certains accords de dĂ©fense il est temps de ressortir des cartons ce projet de rĂ©forme monĂ©taire, de le mettre en Ɠuvre, voire de l’ajuster en fonction du nouveau contexte des relations franco-africaines. Ce projet intĂ©ressant est au point mort, il mĂ©rite d’ĂȘtre relancĂ©.

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