Catégorie : Autres Europe

  • « Musée international de la croix rouge et du croissant rouge » de Genève

    « Musée international de la croix rouge et du croissant rouge » de Genève

    Genève, capitale de la neutralité et siège de nombreuses institutions internationales, plus ou moins humanitaires, coule des jours heureux sur les bords du lac Léman où est présenté le Musée international de la croix rouge et du croissant rouge, entre le bâtiment de l’ancienne Société des Nations (SDN), celui du Haut-commissariat pour les réfugiés (HCR) ou de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). C’est lors de la bataille de Solférino en 1859, une boucherie napoléonienne comme tant d’autres, 40 000 soldats mis hors de combat en quelques jours, que Henri Dunant (1828-1910) prend conscience des conditions sanitaires désastreuses dans lesquelles sont pris en charge les blessés. A l’issue de cet épisode dantesque il écrit un livre « Un souvenir de Solférino » pour partager ses idées sur comment mieux prendre en charge les victimes. C’est ainsi que naîtra quelques années plus tard l’association d’aide humanitaire qui deviendra le Comité international de la croix rouge (CICR).

    Le musée revient sur les grandes opérations auxquelles participa, et œuvre toujours, le CICR. Photos, vidéos, ustensiles divers utilisés par les sauveteurs, explications historiques, enjeux géopolitiques, c’est beau comme l’antique et qui oserait contester l’utilité de ces actions censées compenser, au moins partiellement, la sauvagerie des hommes. Comme toutes organisations humaines celle-ci est sûrement perfectible, elle n’en est pas moins indispensable même si tellement dérisoire.

    Pour être plus efficaces et lever les éventuelles préventions des belligérants à négocier, les actions du CICR sont soumises à la confidentialité. Les négociations menées par l’organisation donnent lieu à des rapports qui ne sont pas publiés. Seuls les résultats concrets de ces négociations deviennent généralement publics, on ne connait pas les détails et les difficultés de ces discussions, y compris bien sûr pour celles qui n’aboutissent pas. On imagine aisément la patience et l’abnégation dont doivent faire preuve les membres du Comité pour essayer de faire s’entendre des ennemis jurés sur un minimum humanitaire à prendre en compte au cœur de leurs guerres.

    En rentrant chez lui le soir, le visiteur voit sur sa télévisions les ambulances du CICR procéder aux échanges d’otages dans la bande de Gaza entre Israël et la Palestine !

  • La Pologne n’aime pas la Russie

    La Pologne n’aime pas la Russie

    La Pologne s’est récemment frottée avec le président de la République française, lui reprochant de vouloir continuer à négocier avec le Kremlin dont elle qualifie le chef de « criminel » posant la question de savoir si on « négocierait avec Hitler, Staline ou Pol-Pot ? »

    Evidemment, la Pologne a des raisons historiques de redouter la Russie. L’existence même de la Pologne a été niée depuis le XIXème siècle, et même avant, par les empires centraux et Moscou. Même Napoléon qui était attendu comme un sauveur a vassalisé ce pays, recruté nombre de soldats polonais dans la « Grande armée » en les embarquant dans le désastre de ses guerres européennes. Il y a même choisi une maîtresse, Marie Walewska, dont il eut un fils.

    Dans un temps plus contemporain, la Pologne a souffert très directement de l’Union soviétique. Après la guerre russo-polonaise de 1920 est arrivée la seconde guerre mondiale. L’URSS, comme l’Allemagne nazie, a toujours considéré la Pologne comme un « non-pays », une plaine de passage, un peu comme Moscou apprécie aujourd’hui l’Ukraine qu’elle voit comme son arrière-cour et non pas comme un Etat souverain. Les clauses secrètes du pacte germano-soviétique signé en 1939 stipulent que ce pays est à partager entre Berlin et Moscou. Aussitôt signé aussitôt appliqué et la Pologne est envahie par les deux puissances totalitaires, l’invasion nazie étant d’ailleurs l’élément déclencheur de l’entrée en guerre de la France et du Royaume-Uni contre l’Allemagne.

    Dès 1939 les Allemands installent en Pologne un « gouvernorat général », une sorte de statut colonial, dirigé par le tristement célèbre Hans Frank condamné à mort par le tribunal de Nuremberg puis exécuté. Ils construisent en Pologne des camps d’extermination qui joueront un rôle majeur dans la Shoah, dont Auschwitz-Birkenau, Treblinka, Sobibor…

    Les soviétiques de leur côté ne veulent pas être en reste et annexent la partie du pays qui leur échoit, y instaurent le communisme, déportent en masse au Goulag, incorporent de force dans l’Armée rouge, livrent aux nazis les Polonais occidentalisés, assassinent l’élite (massacre de Katyn, 15 000 officiers tués d’une balle dans la nuque par le NKVD – services secrets soviétiques), entre autres joyeusetés. Dans les années 1980, le régime communiste polonais réprime durement les mouvements populaires de révolte, avec l’assentiment de Moscou bien entendu même s’il n’a pas été nécessaire d’envoyer l’Armée rouge pour rétablir l’ordre comme ce fut fait à Berlin-Est en 1953, à Budapest en 1956 ou à Prague en 1968, le pouvoir communiste polonais se débrouillant fort bien tout seul avec l’aide de son armée.

    Tout ceci a laissé des souvenirs à Varsovie. L’Allemagne a été défaite en 1945, démocratisée, puis réunifiée et ne présente plus de grands dangers militaires à court terme pour la Pologne. Berlin continue d’essayer de se racheter mais une méfiance bien compréhensible régit les relations diplomatiques entre les deux pays. L’URSS, et son successeur la Fédération de Russie, n’a jamais fait amende honorable de ses exactions en Pologne durant le XXème siècle. Il a fallu attendre 2010 pour que le parlement russe reconnaisse que Staline avait ordonné l’exécution des officiers polonais, et non les Nazis comme le répétait Moscou depuis 60 ans.

    Varsovie n’oublie rien et sait de quoi la Russie a été capable. Dès la chute de l’URSS et la libération des pays d’Europe de l’Est, elle a regardé vers l’Ouest et intégré l’alliance militaire atlantique en 1999 et l’Union européenne en 2004 afin d’installer un vrai fossé politique en principe infranchissable entre elle et la Russie. Les invasions russes contre la Géorgie, la Crimée et l’Ukraine n’ont fait que la renforcer dans son rejet définitif de la Russie et considérer que le fossé n’était peut-être plus aussi infranchissable que souhaité à l’origine, d’où l’attaque contre le président français qui n’a pas rompu la discussion avec le Kremlin dans l’espoir de favoriser une négociation entre les belligérants pour finir cette guerre insensée contre l’Ukraine. A moins que l’un d’eux ne soit écrasé par l’autre comme le fut l’Allemagne en 1945 il faudra bien négocier un accord entre eux pour arrêter les combats et convenir des relations futures. Il faudra donc parler à celui d’en face.

    La Pologne reste tellement hérissée contre la Fédération de Russie qui lui a fait tant de mal dans l’histoire qu’elle se refuse à toute diplomatie avec Moscou. Ne reste comme seule alternative que la poursuite la guerre jusqu’à la reddition sans conditions de la Russie, hypothèse improbable à court terme, ou qui ne serait envisageable que dans le cadre d’une troisième guerre mondiale aboutissant à l’anéantissement d’un protagoniste voire même de la planète Terre. Ce n’est pas une solution raisonnable, le mieux est de continuer à garder le contact avec l’ennemi même en se pinçant le nez. En revanche il faudra aussi se souvenir des obsessions de la Russie et la laisser durablement en dehors de tout dialogue politique avec l’Occident même une fois les sanctions économiques levées, car elles vont bien être levées un jour. On fera du business avec la Russie mais pas plus, il faudra exclure ce pays du cercle des amis de l’Occident et le laisser retourner vers l’Asie à laquelle, après tout, appartient la très grande majorité de son immense territoire. Moscou se souvient par ailleurs que toutes les armées qui l’ont attaquée ont dû se retirer dans les affres d’une piteuse défaite, Napoléon et Hitler pour les plus récents.

    A l’avenir, une fois cette guerre terminée, veillons à ce que chacun reste de son côté sans empiéter sur le voisin et cessons les grands raouts à Versailles ou au G8 pour se donner l’illusion que la Russie est un pays ami, ce qu’elle ne souhaite pas être. C’est d’ailleurs un des travers de la démocratie que de croire que tous les pays tiers veulent être en bons termes avec nous. La France de Chirac a reçu le fiston syrien Assad (le président français ayant été le seul chef d’Etat occidental à se rendre aux obsèques de son père en 2000), celle de Sarkozy a reçu le libyen Kadhafi, celle de Hollande a reçu le pouvoir malien et la France de Macron a reçu le président russe avec maints égards. A chaque fois les visiteurs ont été édifiés avec le discours occidental sur la démocratie et les droits de l’homme, et après chaque visite ils ont montré combien ils étaient rétifs à traduire ces principes dans leur gouvernance. N’oublions pas les leçons de l’histoire et ne rêvons pas de transformer ces pays en démocraties apaisées ce qu’ils ne seront jamais.

    Varsovie devait se rendre à Moscou le 24 mars pour un match de qualification contre la Russie pour la coupe du monde de fouteballe, elle a refusé de le faire. Il va falloir faire un peu plus peur si l’on veut vraiment obtenir la reddition de Moscou dans sa guerre contre l’Ukraine…

  • Le syndrome de l’adhésion

    Riss/Charlie Hebdo (02/03/2022)

    Après l’Ukraine qui exige son adhésion à l’Union européenne (UE) comme garantie de sa sécurité, voici hier la Géorgie et aujourd’hui la Moldavie qui réclament de même. C’est sans doute une défaite de la Russie qui voit ses anciennes Républiques soviétiques, lorsqu’elles disposent d’une expression démocratique, affirmer le même choix d’un rattachement à l’Ouest plutôt qu’à Moscou. De même, aujourd’hui les réfugiés ukrainiens quittent plutôt leur pays en se dirigeant vers la Pologne que vers la Biélorussie…

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2022/03/lukraine-en-train-dacheter-un-droit-dentree-en-europe/
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    En revanche, ce qui pourrait être une victoire à retardement du président Poutine c’est qu’une UE réunissant des pays avec des niveaux de développement aussi éloignés est une quasi garantie de blocage institutionnel de l’organisation dans son fonctionnement journalier. Exceptées les périodes très spécifiques comme aujourd’hui celle où tout le monde se retrouve sous la bannière de la défense de l’Ukraine, l’Union actuelle à 27 membres est déjà face à de très sérieuses difficultés de fonctionnement et les pays s’affrontent de plus en plus sur les valeurs démocratiques dont ils n’ont pas tous la même vision, loin de là.

    Imagine-t-on la pétaudière que pourrait être demain une UE avec les trois pays candidats plus la Serbie, l’Albanie, la Macédoine du nord qui frappent déjà à la porte depuis quelques années ? La caractéristique politique de l’Union se rabougrira et tombera d’elle-même au bout d’un moment, mouvement déjà largement entamé. D’un club de riches tel que conçu au départ, ce groupe de pays deviendra une ONU bis, un « machin » aurait dit MonGénéral, bref, un lieu d’affrontement et de chaos où la seule ambition des pays moins riches sera de soutirer des sous à ceux qui le sont plus. L’UE deviendrait une plateforme de redistribution mais disparaîtrait en tant qu’entité politique.

    Ce peut être une fin en soi mais ce n’était pas l’objectif initial des pères fondateurs. Les dictatures, mais aussi les Etats-Unis et le Royaume Uni, se réjouiraient sans doute d’une telle évolution (régression ?), ainsi d’ailleurs que nombre de partis populistes dans les démocraties européennes. La Russie tiendra peut-être alors sa victoire, à moins qu’elle n’ait aussi demandé son adhésion à l’UE !

  • Les nouvelles « attaques hybrides »

    Une nouvelle montée de tension migratoire illustre combien les flux de réfugiés et de migrants sont désormais utilisés par certains pays pour en perturber d’autres. Le dernier avatar de cette tactique revient au satrape qui gouverne la Biélorussie depuis 1994 sous l’œil protecteur du grand-frère russe. Son pays (et certains de ses dirigeants intuitu personae) est l’objet de sanctions occidentales par suite d’élections présidentielles au résultat douteux et de la répression contre les oppositions locales.

    Frontalière, notamment, de la Pologne et de la Lituanie qui ont donné refuge à certains de ses opposants, la Biélorussie a poussé quelques milliers de réfugiés moyen-orientaux vers ses frontières ouest pour forcer Pologne et Lituanie à les accepter. Ces réfugiés et migrants qui ne résidaient pas préalablement en Biélorussie auraient été transportés à dessein par des lignes aériennes commerciales (russes, biélorusses et turques ?) vers ce pays afin de constituer cette nouvelle arme qualifiée « d’hybride » par différentes instances dont l’OTAN. Pour le moment les Polonais ont déployé leur armée devant leur frontière assaillie et refusent de laisser entrer ces réfugiés sur son territoire. Bien entendu, les forces biélorusses empêchent les réfugiés de refluer. Ils sont donc bloqués dans une forêt inhospitalière et il y aurait déjà eu une dizaine de morts parmi eux du fait du froid notamment.

    Ce n’est pas la première fois que les réfugiés sont utilisés comme moyen de pression contre les pays occidentaux, pour obtenir de l’argent, ou tout simplement pour leur nuire puisque l’on sait que ce sujet des migrations est une préoccupation majeure pour le plupart d’entre eux. La Libye, la Syrie et la Turquie pratiquent ce genre de tactique. Cela semble en revanche une innovation de faire venir des réfugiés exprès sur son territoire pour les lancer ensuite sur ceux des voisins. Au moins peut-on reconnaître aux trois pays moyen-orientaux précités qu’ils avaient déjà lesdits réfugiés à l’intérieur de leurs propres frontières. L’innovation du satrape biélorusse est qu’il a fait venir à ses frais en Biélorussie, y compris la délivrance de visas biélorusses, les migrants moyen-orientaux afin de les pousser ensuite à l’assaut de la Pologne et de la Lituanie représentantes de la démocratie honnie et à abattre.

    On voit là une nouvelle illustration de l’énergie déployée par des dictatures ou, au mieux, des « démocratures », pour nuire à l’Occident et tenter d’abattre son modèle économique et démocratique par tous les moyens possibles, leur évitant de rentrer en confrontation militaire directe, conflit qu’elles ne seraient pas bien certaines de gagner, mais pour combien de temps encore ? On a vu l’utilisation du soft power via des intrusions numériques dans les élections présidentielles en France, aux Etats-Unis d’Amérique notamment. Il n’est pas exclu que l’élection du président américain Trump en 2016 ait été favorisée par des interventions numériques russes plus ou moins soutenues ou initiées par le Kremlin. L’utilisation des réfugiés comme arme « hybride » se rapproche un peu plus du hard power. Toute cette énergie (et cet argent) consacrée à nuire à l’extérieur serait sans doute bien mieux employée à développer l’intérieur, mais on ne refait pas l’humain et son besoin de domination. C’est l’éternelle histoire du concours de celui qui fait pipi le plus loin dans la cour de l’école…

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2021/05/lotan-a-livres-ouverts/

    La capacité de nuisance décomplexée des pays non-occidentaux est de plus en plus forte, c’est une nouvelle donne de la géopolitique moderne. L’Occident n’est plus seul maître à bord après Dieu sur la planète comme au XIXème siècle et la première partie du XXème, il est confronté maintenant avec d’autres puissances, c’est d’ailleurs une bonne nouvelle tant la domination d’une partie du monde sur l’autre aboutit à des excès dont l’Histoire fut féconde. Il y a 50 ans le Pacte de Varsovie pointaient ses chars et ses missiles vers l’Ouest depuis Berlin-Est. Aujourd’hui des geeks russes ou chinois postent des fausses informations sur Facebook et des Etats envoient des immigrés contre les frontières. Dans un cas comme dans l’autre c’est un danger pour l’Occident, une volonté de mettre son modèle de société à bas, pas sûr que l’un soit plus dangereux que l’autre !

  • La mauvaise foi comme stratégie

    Alors que la communauté occidentale s’émeut du fait que la Biélorussie ait pu détourner un avion civil qui survolait son territoire pour le faire atterrir de force sur l’aéroport de sa capitale et arrêter un de ses opposants qui s’y trouvait, Roman Protassevitch, ainsi que sa femme de nationalité russe, les autorités de cet Etat expliquent doctement que l’avion avait demandé à atterrir d’urgence car menacé d’un attentat à la bombe par le mouvement palestinien Hamas mais en aucun cas « détourné » par la Biélorussie. Ce sont les autorités biélorusses qui avait informé l’avion des menaces qui planaient sur lui…

    L’ambassadeur en France de cette sympathique République a d’ailleurs expliqué sur son compte Twitter que l’équipage avait demandé un aéroport de détournement alors qu’il assurait la ligne Athènes-Vilnius, et que le plus proche était celui de Minsk… Le fait que la police en ait profité pour arrêter son opposant et sa fiancée n’est pas mentionné.

    Plus c’est gros plus ça passe. On se souvient que lorsque des militaires russes avaient été arrêtés en Ukraine dans les combats qui opposaient les forces officielles contre les séparatistes soutenus par Moscou, le président russe avait affirmé, sans rire, « je ne peux pas empêcher mes citoyens d’aller passer des vacances en Ukraine. »

    Nos démocraties sont bien faibles face aux comportements des satrapes de l’ex-URSS qui ne risquent pas grand-chose. La colère de leurs populations est sous contrôle et, dans le cas de la Russie, semble ne pas même se manifester tant le peuple russe apparaît majoritairement satisfait de faire la nique à l’Occident qui ne déploie que des effets de manche face à ces comportements de voyous. L’OTAN ne va probablement pas déclarer la guerre à la Biélorussie pour son comportement violent mais les appels du ministre français des affaires étrangères à « une réponse ferme et unie des Européens » est juste inutile. Comme toujours, lorsqu’on ne sait pas employer les mêmes méthodes que les adversaires, le mieux est de rester discret et d’activer les quelques leviers qui restent disponibles aux mains des démocraties, ceux des visas et du commerce par exemple. En attendant, l’espace aérien de l’Union européenne a été interdit aux avions biélorusses et les compagnies européennes ont été priées de ne plus survoler la Biélorussie. On peut craindre que ces mesures ne durent pas très longtemps.

    Un accord a été conclu entre l’Union européenne et la Biélorussie en mai 2020 visant à faciliter la délivrance réciproque des visas et facilitant la réadmission des personnes en séjour irrégulier. Est-il bien nécessaire de faciliter l’octroi respectif des visas ? En revanche l’aspect réadmission est intéressant. Mais quand on voit la facilité avec laquelle la Biélorussie ne respecte pas les accords internationaux qu’elle a signé, on se dit que la résiliation de celui-ci pourrait être envisagée facilement ?

    Lire aussi : Détournements d’avion par des Etats – Keep on rockin’ in the free world (rehve.fr)

  • La Pologne et la Hongrie bonnets d’âne de l’Union européenne

    La Pologne et la Hongrie ont mis leur veto au budget pluriannuel (2021-27) de l’Union européenne ainsi qu’au plan de relance, soit au total à peu près 2 000 milliards d’euros. Ces deux pays d’Europe de l’Est s’opposent à ce que le versement des fonds soit conditionné au respect des valeurs démocratiques qu’eux même ne respectent pas intégralement. Du coup, tout est bloqué en attendant un marchandage qui viendra bien un jour. A partir du moment où certaines décisions doivent être votées à l’unanimité, un seul Etat membre peut donc bloquer le mécanisme en votant contre.

    La France a fait exactement la même chose au mitan des années 1960 avec la fameuse « politique de la chaise vide » menée sous l’égide de MonGénéral alors installé à l’Elysée. La France avait alors refusé de siéger au conseil des ministres européens durant plusieurs mois bloquant de facto toute décision. Il s’agissait à l’époque pour la France justement d’empêcher l’abandon du principe de l’unanimité au profit d’un système majoritaire. Un compromis fut trouvé.

    Au-delà de ces questions électorales, le problème de fond ne fait que s’aggraver au fur et à mesure de l’élargissement de l’Union européenne à des pays exotiques. D’un club de six pays riches à l’origine, et à peu près d’accord sur un corpus de principes démocratiques communs, on a ouvert l’auberge espagnole à tout va et plus d’une vingtaine de pays tiers, souvent divers, parfois exotiques, sont rentrés. Chacun est arrivé avec ses objectifs nationaux et sa capacité de nuisance, plus le club grandit, plus la cacophonie s’intensifie et plus le concept de politique communautaire devient irréaliste.

    Et ça n’est pas fini, demain les négociations d’adhésion avec la Macédoine du nord et l’Albanie vont être lancées. La France a tenté de s’y opposer quelques semaines avant de s’incliner en mars 2020, sans doute à la suite d’un marchandage de couloirs. On se demande bien qui pourrait expliquer les avantages d’un tel élargissement qui s’annonce comme une mine de problèmes, y compris pour les candidats à l’adhésion. Qu’on y pense juste une minute : l’adhésion de l’Albanie et de la Macédoine à l’Union européenne ! Si ces deux pays ont besoin de sous pour financer leur développement il existe des mécanismes européens qui le permettent, mais les intégrer dans le processus politique européen n’est que chronique d’un désastre annoncé. Vous avez aimé la Bulgarie et la Roumanie ? Vous allez adorer l’Albanie et la Macédoine du Nord !

    Le mouvement d’accueil des nouveaux pays sera désormais difficile à inverser, sauf si la sortie du Royaume-Uni à la fin de l’année se déroule bien, mais il faudra au moins dix ans pour juger de son résultat avant peut-être de provoquer de nouvelles vocations de départ… En attendant, il faut donc gérer la diversité et les capacités de nuisance des uns et des autres. C’est le jeu de billes dans une cour d’école mais c’est ainsi que cela marche dans un groupe dont la majorité des membres a abandonné l’esprit des pères fondateurs de l’Europe.

  • Juan-Carlos exilé aux Emirats : quelle vulgarité !

    L’ex-roi d’Espagne Juan Carlos vient d’annoncer son exil aux Emirats-Arabes Unis. Il avait abdiqué en faveur de son fils en 2014 alors qu’il était déjà soupçonné de corruption, notamment en provenance des monarchies du Golfe persique, outre ses frasques en 2012 alors qu’il chassait l’éléphant avec une maîtresse au Botswana, ses enfants illégitimes, etc.

    Quelle tristesse alors que Juan Carlos avait su assurer une transition en douceur à la fin de la dictature militaire de Franco en 1975, et même défendre la démocratie lors d’une tentative de coup d’état militaire en 1981 ! Quelle destination vulgaire pour un Bourbon : les Emirats-Arabes Unis, royaume du clinquant où tout n’est qu’étalage de richesses et de tape-à-l’œil…

    Son entourage a fait savoir qu’il restait à la disposition de la justice en tant que de besoin si les affaires en cours nécessitaient sa parution. Un roi, même ex, fuyant son pays, qui plus est un Bourbon, voilà qui rappelle de mauvais souvenirs. A défaut de rester en Espagne, n’aurait-il pu choisir un pays d’exil un peu plus « européen » ? Après une fin de règne chaotique, voilà qu’il entame une fin de vie plutôt honteuse.

  • Vaclav Havel et Lou Reed


    Prague, les Tchèques continuent à vouer un culte sans limite à Vaclav Havel ex-rebelle ayant mené la révolution de velours, devenu président d’une nouvelle République débarrassée de ses oripeaux communistes, ami des rockers et de Lou Reed, ayant permis à son peuple de jeter un voile pudique sur les années du rideau de fer, mort d’un cancer, toujours célébré à Prague. On a dit que le qualitatif de velours associé à la révolution venait de son admiration pour le Velvet Underground… légende invérifiée.

  • Budapest, des relents de guerre froide

    Traversée du pont des Chaînes sur le Danube à Budapest qui relie l’est et l’ouest de l’Europe ; le vieux continent si débordant d’Histoire.

  • Les Iles Féroé

    Pendant que le rugby tourne, la planète fouteballe survit avec un match de championnat d’Europe aux Iles Féroé. C’est quoi ces iles ? Une nation ? Renseignements pris, une espèce de territoire d’outre-mer raccroché au Danemark et plus ou moins souverain de 47 000 personnes ; l’Ecosse du Royaume-Uni ou la Nouvelle-Calédonie de la France. En fait, la première étape vers l’indépendance de ces confettis d’empires c’est d’être reconnus par les fédérations de ballons comme nations à part entière. Les DOM-TOM français ne sont a priori pas candidats pour l’adhésion à ces fédérations. On sous-estime parfois l’influence de la baballe.

  • Corrida & cie

    Le bon peuple espagnol se fait encorner à Pampelune par des taureaux en fureur lâché dans les rues et les vapeurs d’alcool de la soirée précédente : traditions et arriération font souvent bon ménage.

  • Pologne vs. Allemagne

    Plus c’est gros et plus ça passe ! Au cœur de la négociation européenne sur le poids respectif des pays dans les votes communautaires, les Polonais affirment que s’il n’y avait pas eu la seconde guerre mondiale, ils seraient aujourd’hui peuplés de 66 millions d’habitants au lieu de 38. Les Allemands ont dû apprécier…

  • « L’extraction de valeur » capitalistique

    Dernier avatar du capitalisme, les actionnaires de la banque néerlandaise ABN AMRO objet d’offres de rachat de la part de différentes banques européennes votent pour « le démantèlement, la vente ou la fusion… [afin de créer] le maximum de valeur pour les actionnaires. ». Ce maximum est pour le moment de 72 milliards d’euros, offre financière d’un projet qui prévoit très explicitement la disparition d’ABN par dépeçage de ses actifs et partage entre les trois banques à l’origine de cette offre. ABN AMRO n’existera plus en tant que telle même si ses activités seront plus ou moins reprises par les acheteurs. C’est l’aboutissement ultime du capitalisme financier, l’entreprise et son objet social n’ont plus d’importance face à la rentabilité de l’investissement. Alors on crée une compagnie, on la triture dans tous les sens pour en extraire le maximum de jus et ensuite on la jette : « Prends l’oseille et tire-toi ! » (titre d’un film de Woody Allen de 1969).

  • Du rififi dans l’église polonaise

    Le curé en chef de Varsovie est forcé à démissionner le jour de son intronisation pour cause de collaboration avec la police politique de feu le régime communiste polonais. Dieu est généreux et pardonne à ses brebis égarées, mais les électeurs un peu moins.