Catégorie : France

  • Les bobos hors du temps

    Dans un « dîner en ville » virtuel, un interlocuteur met en doute le fait que 20% des électeurs français aient voté pour l’extrême gauche représentée par Jean-Luc Mélenchon lors du premier tour des élections présidentielles de 2017. Une fois raccroché, un rapide fact-checking permet de se remémorer les résultats de cette élection :

    Premier tour 
    M. Emmanuel MACRON, EN MARCHE ! 24,01 %
    Mme Marine LE PEN, FRONT NATIONAL, 21,30 %
    M. François FILLON, LES RÉPUBLICAINS, 20,01 %
    M. Jean-Luc MELENCHON, LA FRANCE INSOUMISE, 19,58 %
    M. Benoît HAMON, PARTI SOCIALISTE, 6,36 %
    M. Nicolas DUPONT-AIGNAN, DEBOUT LA France, 4,70 %
    M. Jean LASSALLE, RÉSISTONS ! 1,21 %
    M. Philippe POUTOU, NOUVEAU PARTI ANTICAPITALISTE, 1,09 %
    M. François ASSELINEAU, UNION POPULAIRE RÉPUBLICAINE, 0,92 %
    Mme Nathalie ARTHAUD, LUTTE OUVRIÈRE, 0,64 %
    M. Jacques CHEMINADE, SOLIDARITÉ ET PROGRÈS, 0,18 %

    Si l’on additionne les voix qui se sont portées sur Mélenchon, Poutou et Arthaud on obtient 21,31 % des suffrages pour l’extrême gauche et l’avenir radieux promis par ces candidats. Au marché ou dans les dîners en ville cela veut dire qu’une personne sur cinq autour de nous a voté pour les idées d’extrême gauche. C’est aussi la raison pour laquelle les émeutes sociales ont mis beaucoup de citoyens dans la rue tous les samedis de l’année 2019 et qu’en ces temps de pandémie tant de monde conteste les dirigeants, râle, réclame, corporatise, se plaint, se tourne vers l’Etat…

    C’est l’une des spécificités françaises de long terme dont les origines, sans remonter à la révolution de 1789, ont été largement entretenues par toute une partie de l’intelligentsia du XXème siècle commentant avec gourmandise les « expériences » soviétique, maoïste, voire même Khmer rouge pour certains. C’est à cette aune que s’est forgée une partie de la nation française. Il en reste quelques traces. Cette multiplicité de candidats de gauche et d’extrême gauche a d’ailleurs peut-être permis d’éviter en 2017 l’élection d’un candidat d’extrême droite. La parcellisation de la gauche en 2017 aura absorbé des voix qui se seraient portées ailleurs s’il y avait eu un candidat commun de la gauche… Les élections présidentielles de 2022 seront la prochaine étape.

  • Zone-libre, zone-occupée, comme en 40’

    La République prépare un déconfinement progressif de ses citoyens dont une bonne moitié est calfeutrée chez elle en espérant que le coronavirus reste dehors. Une carte des départements a été publiée avec un code couleur rouge lorsque le virus est virulent et les hôpitaux surchargés, vert dans le cas contraire et jaune quand on ne sait pas encore.

    En gros, l’attaque est venue par l’Est qui est en rouge et, un peu comme en 1940 nous avons une zone libre et une zone occupée. La seule différence est que la ligne de démarcation est plutôt nord-sud quand elle était est-ouest après l’armistice du 22 juin 1940…

  • Le nouveau contexte du transport de masse

    Les reportages se multiplient sur les conditions de transport dans le cadre de la pandémie de coronavirus. Des passagers de compagnies aériennes s’étonnent que leurs avions soient pleins, idem pour les trains à grande vitesse (TGV). Il leur échappe sans doute que compte tenu du modèle économique de ces activités, un avion ou un TGV à moitié rempli, si cela devait être durable, va déclencher un prix du billet à peu près multiplié par deux, ou alors la prise en charge par les contribuables de pertes conséquentes.

    L’augmentation des prix de vente du transport est d’ailleurs probablement la seule solution efficace pour revenir sur le modèle du transport de masse si tel était l’objectif. Idéalement il conviendrait que l’augmentation de ces prix soit plus le fait d’application de taxes écologiques plutôt que l’accroissement des coûts du fait d’une moindre productivité, mais si l’on continue à pouvoir acheter un aller-retour pour la Thaïlande pour 400 EUR ou à 120 EUR pour le Maroc, les classes moyennes continueront à aller passer en masse leurs vacances à Phuket ou leurs week-ends à Marrakech.

    Ce sera l’un des sujets sur la table post épidémie.

  • Le jour du muguet et des revendications

    Kiro / Le Canard-Enchaîné (04/02/2019)

    Toujours droit dans ses bottes, le chef de la Confédération générale du travail (CGT) réaffirme son objectif d’une semaine de 32 heures de travail, virus ou pas virus. Et il en profite pour s’offusquer que le chômage partiel ne couvre que 80% du salaire net des bénéficiaires et ne soit pas systématiquement étendu aux travailleurs qui décideraient de ne pas reprendre le travail s’ils estiment que leurs conditions de sécurité ne sont pas suffisantes pour ce faire lorsque le déconfinement sera entamé à partir du 11 mai.

    Bien sûr un certain nombre de syndicalistes et de politiques de gauche voient dans la crise sanitaire actuelle le crépuscule du capitalisme tant honni par leur idéologie. Ils parlent du « jour d’après » où il faudra nécessairement revoir les relations entre les hommes, réduire les inégalités, « décapitaliser et démondialiser » l’économie. C’est le mythe de l’avenir radieux pour un Homme nouveau. Pas sûr que cela n’aboutisse plus cette fois-ci que les fois précédentes !

    L’expression « il y aura un avant et un après » fleurit d’ailleurs dans la bouche de nombre de commentateurs mais au-delà des vœux pieux de circonstance sur la « démondialisation » personne ne sait bien définir ce que sera l’après et tout le monde commence déjà à s’affronter sur ce qu’il devrait être. La seule chose qui paraît certaine est que le court terme va être redoutable à gérer avec son cortège de faillites d’entreprises et de chômeurs sur toute la planète. Au-delà, le futur sera ce que nous en ferons, mais il s’annonce encore plus périlleux à penser aujourd’hui qu’il ne l’était hier.

  • Des sous…

    Riss / Charlie-Hebdo (05/12/2018)

    Vous avez aimé les émeutes sociales de l’année 2019 ?  Vous allez adorer les lendemains sociaux de la crise sanitaire en cours !

    Les observateurs découvrent que toute une série de « petits métiers » sont nécessaires au fonctionnement de l’économie d’un pays. Alors que les bobos télétravaillent depuis l’Ile-de-Ré les caissières sont dans les supermarchés, les poissonniers dans leurs échoppes, les aides-soignantes dans leurs hôpitaux et les ramasseurs de poubelle sur leurs camions. Ils font un travail qui n’est que peu numérisable et doivent exercer physiquement leurs tâches lorsque celles-ci sont considérées comme de « première nécessité ». En cas de pandémie ils prennent plus de risques pour leur santé que le bobo à l’Ile-de-Ré.

    La preuve de leur utilité étant faites, ces corporations réclament « une reconnaissance » c’est-à-dire de manière plus directe : « des sous ». Le gouvernement a déjà annoncé des versements de primes exceptionnelles au personnel soignant. Les entreprises vont être soumises à de rudes revendications salariales dès la sortie de crise, en tout cas pour celles qui survivront à cette période de confinement. Jusqu’ici les salaires étaient plutôt fixés sur les critères de l’offre et la demande, si demain les salaires doivent être fixés sur base de l’utilité sociale de leurs bénéficiaires c’est un changement de paradigme (pour reprendre un mot à la mode). La simple définition de « l’utilité sociale » sera déjà un casse-tête de première catégorie, tout le monde voulant bien entendu apparaître comme socialement utile et éligible à « une reconnaissance ». Des lendemains sociaux qui s’annoncent chauds dans un pays en faillite !

  • La chasse est ouverte

    Petite guéguerre dans le monde feutré des patrons du CAC40. Le fonds d’investissement activiste Amber Capital veut remplacer l’héritier Lagardère, Arnaud, toujours à la tête du groupe qui porte son nom. Le groupe a été fondé par son père, Jean-Luc Lagardère, sous forme d’un conglomérat avec une nature majoritairement industrielle (Matra [voitures, espace, missiles et armements divers], co-fondateur d’EADS [l’ancêtre d’Airbus], édition avec Hachette, média avec la radio Europe 1). Jean-Luc est décédé brutalement en 2003 d’une infection nosocomiale lors d’une intervention chirurgicale bénigne à l’hôpital. Le fiston (unique) a hérité du bébé et s’est employé depuis à en gommer la nature industrielle pour le recentrer sur la presse, l’édition et le sport.

    Le pouvoir d’Arnaud sur le groupe est verrouillé via le statut de la société de tête sous forme de commandite. La stratégie et la gestion du groupe sont fortement contestées. Il se murmure que, très endetté à titre personnel, Arnaud gèrerait son groupe en fonction de ses intérêts personnels (le remboursement de sa dette) et non celui des actionnaires. Sommé par le tribunal de commerce de Paris de publier les comptes de ses holdings personnelles Arnaud s’y refuse, préférant payer une astreinte à la place, sa situation personnelle réelle est donc opaque. Des actionnaires minoritaires activistes essayent régulièrement de le remplacer, sans succès jusqu’ici car le garçon est malin et sait s’allier avec certains de ses pairs du CAC40 et ses amis du Qatar. L’assemblée générale du 5 mai prochain donnera lieu à une nouvelle offensive d’Amber Capital qui veut remplacer tout le conseil de surveillance ce qui devrait lui permettre de désigner un nouveau gérant, le mandat d’Arnaud arrivant à son terme en 2021, et de changer le statut juridique de la société. Amber publie de pleines pages de publicité dans la presse française cette semaine et a ouvert un site web pour défendre sa position car il a besoin du soutien d’une partie de l’actionnariat pour emporter la victoire

    Amber therefore wishes to propose to Lagardère shareholders the complete replacement of its Supervisory Board. The Board, “emanation of shareholders” in charge of the permanent control of the management of the company, is indeed the only counter power to the Management within a private company limited by shares (société en commandite par actions). Its entire replacement is therefore the sine qua none condition for initiating a real turning point in the organisation, structuring and strategy of the company, the effects of which will benefit the stakeholders.

    https://strongerlagardere.com/our-resolutions/

    Ces dernières semaines, Lagardère a fait entrer quelques « amis » à son capital dont MM. Bolloré et Ladreit de Lacharrière[1] pour l’appuyer. La bataille va être rude et même si Amber Capital était défait, M. Lagardère se retrouve avec de nouveaux actionnaires « amis » qui ont très certainement des intérêts à défendre au-delà de leur « amitié » pour Arnaud Lagardère. Dans un cas comme dans l’autre, fiston se retrouve comme un petit poisson dans un marigot où frayent des requins assoiffés de sang.


    [1] Condamné récemment pour avoir assuré un emploi fictif à l’épouse de l’ancien premier ministre Fillon, après avoir plaidé coupable et donc reconnu les faits.

  • La France éternelle…

    Le gouvernement français a présenté à l’Assemblée nationale son plan de déconfinement des citoyens à mettre en œuvre à partir du 11 mai. Cette présentation a été suivie par l’expression des chefs de groupes parlementaires puis par un vote consultatif. Avant même cette présentation naissait une polémique, l’opposition voulant disposer d’un délai de réflexion de 24 heures avant le vote, le gouvernement préconisant un vote immédiat.

    Compte tenu du niveau d’incertitude pesant sur l’évolution à venir de la pandémie, les mesures annoncées sont à géométrie variable et susceptibles d’être actualisées au jour le jour. En revanche, ce qui est certain c’est l’effondrement économique en cours de la France, et d’ailleurs de la planète entière, qu’il convient de limiter par une reprise de la production. Ce plan annoncé atermoie entre ces incertitudes qui entourent la relance de l’économie et la protection des citoyens. C’est un exercice impossible mais qu’il est de la responsabilité des dirigeants élus de mener, ils sont élus et payés pour ça. Le gouvernement l’a fait cette après-midi, ce plan n’est pas plus mauvais qu’un autre et on l’adaptera au fur et à mesure.

    Ce qui ne l’aide pas beaucoup ce sont les positionnements politiciens d’une opposition plus préoccupée par les effets de tribune que par l’intérêt de la République. Les uns réclament « la sécurité totale » pour la réactivation des usines arrêtées (heureusement certaines n’ont jamais été stoppées), les autres refusent de rouvrir les écoles dans ces conditions, et bla-bla-bla, et bla-bla-bla. La sécurité totale est évidemment impossible à garantir, le déconfinement de l’économie est évidemment incontournable. Il y aura des prises de risque à prendre, le mieux que l’on puisse faire est de les limiter.

    Le vote exprimé à l’Assemblée nationale a approuvé le plan proposé. 100 députés, félons et irresponsables, dont les noms suivent se sont exprimés contre comme l’affiche le site Internet de l’Assemblée.

    Groupe La République en Marche (297), Contre 1 : Mme Martine Wonner.

    Groupe Les Républicains (104), Contre 24 : M. Julien Aubert, M. Thibault Bazin, Mme Valérie Boyer, M. Gérard Cherpion, M. Pierre Cordier, Mme Marie-Christine Dalloz, M. Fabien Di Filippo, M. Julien Dive, M. Pierre-Henri Dumont, M. Jean-Jacques Gaultier, M. Philippe Gosselin, M. Sébastien Huyghe, M. Olivier Marleix, M. Franck Marlin, M. Gérard Menuel, M. Maxime Minot, M. Jean-François Parigi, Mme Bérengère Poletti, M. Antoine Savignat, M. Raphaël Schellenberger, M. Éric Straumann, M. Jean-Charles Taugourdeau, M. Patrice Verchère et M. Stéphane Viry.

    Groupe du Mouvement Démocrate et apparentés (46), Contre 0.

    Groupe Socialistes et apparentés (30), Contre 20 : M. Joël Aviragnet, Mme Marie-Noëlle Battistel, Mme Gisèle Biémouret, M. Jean-Louis Bricout, M. Luc Carvounas, M. Alain David, Mme Laurence Dumont, M. Olivier Faure, M. David Habib, M. Christian Hutin, M. Régis Juanico, Mme Marietta Karamanli, M. Jérôme Lambert, Mme George Pau-Langevin, Mme Christine Pires Beaune, Mme Valérie Rabault, Mme Claudia Rouaux, Mme Sylvie Tolmont, M. Boris Vallaud et Mme Michèle Victory.

    Groupe UDI, Agir et Indépendants (27), Contre 3 : M. Pascal Brindeau, M. André Villiers et M. Michel Zumkeller.

    Groupe Libertés et Territoires (20), Contre 11 : M. Jean-Félix Acquaviva, M. Michel Castellani, M. Jean-Michel Clément, Mme Frédérique Dumas, M. Olivier Falorni, Mme Sandrine Josso, M. François-Michel Lambert, M. Jean Lassalle, M. Paul Molac, M. Bertrand Pancher et Mme Sylvia Pinel.

    Groupe La France insoumise (17), Contre 17 : Mme Clémentine Autain, M. Ugo Bernalicis, M. Éric Coquerel, M. Alexis Corbière, Mme Caroline Fiat, M. Bastien Lachaud, M. Michel Larive, M. Jean-Luc Mélenchon, Mme Danièle Obono, Mme Mathilde Panot, M. Loïc Prud’homme, M. Adrien Quatennens, M. Jean-Hugues Ratenon, Mme Muriel Ressiguier, Mme Sabine Rubin, M. François Ruffin et Mme Bénédicte Taurine.

    Groupe de la Gauche démocrate et républicaine (16), Contre 14 : Mme Huguette Bello, M. Moetai Brotherson, M. Alain Bruneel, Mme Marie-George Buffet, M. André Chassaigne, M. Pierre Dharréville, M. Jean-Paul Dufrègne, Mme Elsa Faucillon, M. Sébastien Jumel, M. Jean-Paul Lecoq, M. Jean-Philippe Nilor, M. Stéphane Peu, M. Fabien Roussel et M. Hubert Wulfranc.

    Non-inscrits (20), Contre 10 : M. Louis Aliot, Mme Delphine Bagarry, M. Bruno Bilde, M. Sébastien Chenu, M. Nicolas Dupont-Aignan, M. José Evrard, Mme Marine Le Pen, M. Nicolas Meizonnet, M. Ludovic Pajot et M. Joachim Son-Forget.

  • Le secteur aérien en sérieux décrochage

    Pour la énième fois depuis sa création les contribuables français vont être amenés à sauver la compagnie aérienne Air France de la faillite.  Ce fut déjà le cas à différentes reprises lorsque cette société était détenue à 100% par l’Etat. C’est encore le cas après sa privatisation avec la part publique ramenée à 14,3% (dans le capital du Groupe AirFranceKLM, la participation de l’Etat néerlandais étant de 14%). Un prêt octroyé par les banques et les deux Etats actionnaires de 6 milliards d’euros, 100% garanti par les Etats, est mis en place pour permettre à la compagnie de survivre à l’arrêt quasi-complet de son activité pour cause de pandémie. Il n’est pas sûr que le groupe AirFranceKLM soit sauvé du désastre, encore moins que le prêt soit remboursé normalement. Les contribuables vont sans doute y laisser des plumes, en plus du reste. Le transport aérien va probablement devoir revoir son mode de fonctionnement après la crise, pas sûr qu’il y aura autant de voyageurs pour se bousculer dans les aéroports et sur les plages de Phuket avant longtemps. En France, le transport aérien, qu’il soit privé ou public, coûte aux contribuables. Ce sont en fait eux qui subventionnent en partie les prix cassés sur les billets d’avions des vacances à Phuket du bobo qui préfère voler sur Air France que sur la Thaï.

    Peut-être qu’un virus microscopique va arriver à modifier les comportements transhumants de l’humanité là où les défenseurs du climat ont échoué ? Peut-être que les bobos iront cet été plus en vacances en Corrèze qu’au bord du Zambèze ? Peut-être que les futurs salariés licenciés d’Air France seront recyclés dans la production d’éoliennes et autres énergies propres ?

    L’étape suivante va concerner les difficultés annoncées dans la construction aéronautique, secteur de pointe important pour l’économie française et européenne…

  • Des montagnes de dettes qui s’accumulent

    La France, comme nombre de ses partenaires occidentaux, déversent actuellement des montagnes d’argent sur son économie pour tenter de passer la crise sanitaire et de plus ou moins maintenir son système productif en état de repartir une fois que les citoyens (producteurs et consommateurs) seront déconfinés. Elément nouveau, l’Etat (c’est-à-dire ses contribuables) prend en charge le « chômage partiel » de millions de salariés et met en place un système équivalent pour les indépendants. Même le personnel de maison est éligible à ce système de chômage partiel. En gros, la République a décidé de rémunérer elle-même ses citoyens qui sont empêchés de travailler afin d’éviter leur licenciement par les entreprises qui sont à l’arrêt et de maintenir le système à flot, prêt pour la reprise. Cette tactique avait été mise en œuvre en Allemagne lors de la crise financière de 2008, avec un relatif succès. A défaut d’autres idées, on suppose que cette méthode produira aussi des effets positifs en 2020.

    En termes de finances publiques le chômage partiel ne doit pas coûter beaucoup plus que le chômage classique, mais en trésorerie le déboursement est immédiat alors que si on avait laissé les entreprises licencier leurs personnels et attendre que ces derniers soient inscrit à Pôle-Emploi il aurait coulé de l’eau sous les ponts avant que l’assurance chômage ne soit mise à contribution. Outre son immédiateté, l’avantage majeur de ce système est de transférer la charge des salaires des citoyens qui ne travaillent plus temporairement des entreprises vers les cotisants/contribuables, préservant ainsi la capacité des entreprises à survivre et reprendre leurs activités dès le lendemain du déconfinement.

    En outre, l’Etat a mis en place très rapidement un plan de garanties publiques des prêts aux entreprises (300 milliards d’euros) et mis sur pieds un plan de relance à démarrer dès après la crise. Pour autant que l’on puisse savoir ces actions sont relativement opérationnelles et nous sommes nombreux à constater autour de nous des exemples précis de salariés ou d’indépendants ayant perçu leurs indemnités de chômage partiel du mois de mars dès la mi-avril, ou d’entreprises ayant reçu la garantie publique de leur financement bancaire sur une simple déclaration sur un site internet.

    Enfin, la banque centrale européenne (BCE) a accepté de refinancer les dettes des Etats pour des montants considérables (1 000 milliards d’euros) et l’Union européenne se prépare également à mettre en œuvre différents mécanismes budgétaires déjà disponibles pour financer les pays en crise et la relance qui, espère-t-on, devrait suivre. Tous ces montants annoncés risquent fortement d’être revus en hausse compte tenu de l’incertitude majeure dans laquelle se trouve l’économie mondiale.

    Alors Mme. Michu se demande d’où vient tout cet argent et comment peut-il être aujourd’hui disponible alors qu’hier il ne l’était pas ? Majoritairement cet argent va être emprunté par nos Etats sur les marchés financiers, dans la mesure où l’on trouvera des prêteurs, et aux taux d’intérêt que ceux-ci voudront bien consentir. Pour ce qui concerne les rachats de dette publique de la BCE c’est un mécanisme un peu plus complexe qui permet de refinancer les créances que les établissements financiers prêteurs détiennent sur les Etats. En principe ces refinancements sont provisoires et se terminent lorsque les Etats ont remboursé leurs dettes. Il n’y a donc pas création définitive de monnaie centrale sauf… si les Etats ne remboursent pas ! Dans l’intervalle il y a création provisoire de monnaie centrale, qui devient définitive en cas de défaut de paiement des Etats. La théorie monétaire veut que si la création de monnaie est déconnectée de la production, l’ajustement se fait par l’inflation des prix. C’est ce qui s’est passé en Allemagne dans les années 30’ (avec les funestes conséquences que l’on connaît) et c’est ce qui se passe en Argentine depuis quelques années. On peut toutefois noter que la théorie monétaire ne sait pas trop expliquer pourquoi l’Occident garde une faible inflation malgré la création massive de monnaie centrale post-crise financière de 2008 ! C’est sans doute l’exception qui confirme la règle…

    En France, des commentateurs aux connaissances économiques limitées et des hommes politiques roublards expliquent à Mme. Michu que ces montagnes de dettes ne seront jamais remboursées, qu’elles doivent être « annulées » et que cela peut être fait « sans conséquence » sur les citoyens. S’agissant de la dette des Etats, une annulation génèrera une perte identique chez les prêteurs et leur réaction immédiate de stopper de l’octroi de tous nouveaux financements. Les prêteurs ne sont pas les « méchants banquiers capitalistes » qui ne sont que des intermédiaires prêtant l’argent des citoyens. Par ses quelques économies placées à la Caisse d’épargne ou dans un contrat d’assurance-vie Mme. Michu prête aussi aux Etats. Comme nous le disions ce 14 avril dernier les ménages français disposent de 3 500 milliards d’épargne monétaire, eh bien une partie de ces 3 500 milliards est la contrepartie de la dette publique française de 2 300 milliards d’euros (avant la crise en cours). Ne pas rembourser cette dette revient à annuler une partie de cette épargne monétaire qui ne sera donc perdue pour Mme. Michu. C’est techniquement possible. Lorsque la République annule, par exemple, la dette des pays en développement elle renonce ainsi à des remboursements qui devaient venir financer ses propres dépenses, y compris pour rembourser sa propre dette et c’est donc Mme. Michu qui verra ses impôts financer ce que les remboursements desdits pays ne financeront plus. Simplement dans le cas d’espèce les montants en jeu sont d’une ampleur limitée et sont absorbés sans trop de difficultés par le budget de l’Etat.

    Lire aussi : L’épargne des ménages risque d’être entamée.

    Et si l’on dit à la place (comme l’assène les « souverainistes » français) : la BCE rachète définitivement les dettes publiques, voire finance directement les Etats, ce que l’on appelait autrefois « faire tourner la planche à billets » et créer plus de monnaie que la croissance de la production, eh bien Mme. Michu le paiera par de l’inflation qui amputera son pouvoir d’achat, et son épargne lorsqu’elle en dispose.

    Dans un cas comme dans les autres, nous allons devoir tous payer ces montagnes de dettes qui s’accumulent par des impôts, par de l’inflation et, probablement, subir les affres de la décroissance car il apparaît désormais peu probable que l’économie mondiale reparte « comme avant » après un tel séisme.

  • L’abrutissement publicitaire se poursuit même en période de confinement

    Les radios et télévisions publiques diffusent plusieurs fois par heure des messages publicitaires informant les citoyens de l’épidémie de coronavirus en cours et des gestes « barrière » à appliquer pour en limiter les risques. Ils sont dévidés avec le même ton commercial traînant et horripilant que les publicités pour les barils de lessive. Sont-ils vraiment utiles ? Y-a-t-il encore vraiment dans ce pays des citoyens qui ignorent que nous sommes atteints par une pandémie et qu’il faut se laver les mains régulièrement ? C’est tout de même assez peu probable.

    Mais c’est sans doute aussi la mission de service public radiotélévisé d’abrutir ses auditeurs et spectateurs en leur rentrant de force dans le cerveau ces messages sanitaires en utilisant les méthodes abêtissantes du marketing de masse. Il faut donc supporter, ce n’est pas très grave, juste un peu agaçant.

  • Pavlov et le coronavirus

    Parmi les réflexes pavloviens qui surgissent régulièrement dans le débat français, deux d’entre eux réapparaissent avec vigueur en ces temps de coronavirus baladeur : la fermeture des frontières et l’annulation de la dette africaine…

    Quelle que soit la courbe des évènements, qu’il fasse beau ou qu’il pleuve, que l’économie croisse ou décroisse, que la criminalité baisse ou augmente, que les français soient heureux ou non, la droite conservatrice préconise la fermeture des frontières comme mode essentiel de gouvernement. Si ça va mal, c’est de l’étranger que vient le mal. Si cela va mieux, cela serait encore meilleur si les étrangers ne venaient pas consommer notre bonheur. Les Marine Le Pen et autres Thierry Mariani appellent sans cesse à la fermeture des frontières comme l’alpha et l’oméga de toute politique en France. L’Union européenne a d’ailleurs fermé ses frontières extérieures pour le moment mais ce n’est pas assez pour les tenants du nationalisme qui veulent fermer les frontières de l’Etat et non pas uniquement celles de l’Union [des Etats]. Ce n’est pas la décision qui a été prise à ce stade par les élus français.

    Dans son intervention récente de lundi dernier, le président de la République française a appelé à « l’annulation de la dette africaine » pour aider ce continent à lutter contre le virus. C’est aussi un maronier de la doxa française : quoi qu’il se passe, annulons les dettes de l’Afrique ! Cela ne fait jamais de mal d’ânonner ce genre de slogan surtout lorsque l’on n’est plus le créditeur principal… La France (et donc ses contribuables) a déjà annulé par le passé des dizaines de milliards de dettes publiques au bénéfice des pays africains et délivre désormais son aide aux Etats des pays les moins avancés sous forme de dons. Evidemment cela fait moins de sous disponibles pour les bénéficiaires que lorsqu’elle distribuait généreusement des prêts en entretenant la fiction qu’ils seraient remboursés.

    Il semble qu’une partie significative de la dette des pays les moins avancés soit désormais le fait de prêteurs privés et de la Chine (en tant qu’Etat ou via des prêteurs chinois privés). Il leur revient d’annuler, ou non, cette dette qui, soit dit en passant, ne concerne pas que le continent africain. Le G20 a entériné lors de sa réunion du 15 avril une suspension provisoire des remboursements dus par les pays les plus pauvres (the poorest countries) aux Etats membres et demandé aux créanciers privés de s’associer à cette initiative, sans bien sûr pouvoir l’exiger puisqu’il s’agit de prêteurs privés. Il a par ailleurs lancé une énième réflexion sur l’inextricable et permanent serpent de mer : comment continuer à prêter à bas taux à des emprunteurs qui ne sont pas en mesure de rembourser leurs dettes. Si la réponse est « il n’y a pas de solution », il faut alors transformer les financements en dons ce qui nécessite une plus grande générosité des contribuables des pays riches. Cela fait juste un siècle que cette question tourne en boucle sans trouver de réponse vraiment satisfaisante ni définitive… si ce n’est de ressortir à chaque choc économique que les pays pauvres ont bien entendu plus de difficultés à amortir que les pays riches.

    We support a time-bound suspension of debt service payments for the poorest countries that request forbearance. We agreed on a coordinated approach with a common term sheet providing the key features for this debt service suspension initiative, which is also agreed by the Paris Club. All bilateral official creditors will participate in this initiative, consistent with their national laws and internal procedures. We call on private creditors, working through the Institute of International Finance, to participate in the initiative on comparable terms. We ask multilateral development banks to further explore the options for the suspension of debt service payments over the suspension period, while maintaining their current rating and low cost of funding. We call on creditors to continue to closely coordinate in the implementation phase of this initiative.

    G20 Finance Ministers and Central Bank Governors Meeting 15 April 2020 [Virtual]

    Le lien entre ces deux réflexes pavloviens est d’ailleurs que les partisans de la fermeture des frontières sont généralement contre l’annulation de dettes en faveur des pays pauvres, préférant favoriser leurs citoyens nationaux plutôt que des emprunteurs étrangers…

  • La France et ses fromages

     « Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 258 variétés de fromage ? »

    Mongénéral

    La théorie des 258 fromages ressurgit tous les jours en ces temps de pandémie de coronavirus. Le président de la République française a annoncé en début de semaine que le déconfinement des français va démarrer en principe le 11 mai par la réouverture des écoles mais sans doute un processus plus progressif pour les français considérés comme « vulnérables », les personnes âgées notamment.

    Aussitôt était lancé le bal des pleureuses : « on réouvre les écoles trop tôt, comment s’assurer que des gamins de 5 ans puissent respecter les gestes barrières ? » disent les uns, « on ne peut pas ségréger les personnes âgées, c’est de la discrimination » se lamentent les autres. Le président aurait annoncé le déconfinement immédiat des personnes âgées mais provisoire des écoliers, les pleureuses auraient inversé leurs arguments.

    Tout ceci est un peu décourageant… Nos sociétés sont habituées au « zéro risque » ou à ce que l’Etat assume tout pour eux. Nous sommes arrivés à une ère de déresponsabilisation globale des citoyens. La France a même constitutionalisé le « principe de précaution » en incluant l’article suivant dans la Chartres de l’environnement :

    Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d’attributions, à la mise en œuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage.

    Article 5 – Chartre de l’environnement

    Depuis 25 ans il y a selon l’INSEE entre 520 et 620 mille décès « ordinaires » chaque année en France. L’épidémie actuelle a déjà fait environ 20 mille morts « directs » à ce jour. Il y en aura d’autres en attendant la mise au point de traitements et de vaccins. Comme il y aura probablement d’autres apparitions de nouveaux virus, certains dévastateurs, d’autres moins. Dans la situation actuelle il semble difficilement envisageable de garder le pays (comme la planète) à l’arrêt, il faudra bien redémarrer l’activité un jour ou l’autre. Les autorités ont décidé de lancer le processus ce 11 mai, de façon raisonnée, d’autres pays confinés adoptent plus ou moins un calendrier similaire. Appliquons-le avec intelligence, faisons confiance aux dirigeants qui font ce qu’ils peuvent avec l’aide de scientifiques et de praticiens. Ces gens n’ont pas pour objectif de décimer la population française mais d’encadrer ce retour à la vraie vie. Il reste encore nombre de questions sans réponses, des pénuries de matériel handicapantes, des théories qui s’affrontent, des spécialistes qui s’écharpent… Gouverner c’est choisir et donc prendre des risques. A la fin il faut bien prendre des décisions et il n’y en a pas d’incontestables ni de faciles. Dans le cas d’espèce il existe des mesures dîtes « barrière » qui permettent de limiter ces risques, suivons-les.

    Bien sûr il va sûrement y avoir quelques gamins qui vont attraper ce virus du fait de leur retour à l’école, peut-être en mourir. Ce sera un drame indicible pour les familles concernées qui déclenchera à coup sûr des polémiques de plateaux télévisés sans fin. Mais c’est un risque que la collectivité s’apprête à prendre en cherchant à le contrôler autant que faire se peut. Nous sommes en présence d’une épidémie, personne ne l’a souhaitée et il faut bien faire avec. Son effet le plus immédiat est d’accroître le niveau de risque dans lequel évolue la société et ses citoyens. C’est ainsi.

  • L’épargne des ménages risque d’être entamée

    Les statistiques de la Banque de France du 3ème trimestre 2019 confirment que les ménages français sont toujours des épargnants importants. C’est environ 5 400 milliards d’euros de placements financiers qui sont détenus par les ménages au 30 septembre 2019, dont 3 500 en produits monétaires (principalement en dépôts bancaires et assurance vie). Pour donner un ordre de grandeur, le budget annuel de l’Etat est de l’ordre de 300 milliards et celui des prestations sociales de 530 milliards. Le stock d’épargne des ménages équivaut grosso-modo à 7 fois les budgets cumulés de l’Etat et des prestations sociales (retraite, assurance chômage, assurance santé, etc.) :

    Ce sont là des masses de placements financiers assez considérables. C’est évidemment une bonne nouvelle de savoir que le ménage français moyen est plus fourmi que cigale malgré sa réputation. Si l’on ajoute à cela qu’environ 60% des français sont propriétaires de leur résidence principale, on peut déduire qu’il y a quand même eu un peu de richesse créée dans ce pays même si bien entendu il y a de la dette privée en contrepartie pour financer ces actifs. Mais actifs financiers et immobiliers il y a !

    Pour environ 30 millions de ménages en France, le placement financier moyen est donc de 180 EUR par ménage (et de 83 EUR par personne pour les 65 millions de citoyens français), ce qui est nettement moins impressionnant que les chiffres en valeur absolue. Bien évidemment une moyenne n’a probablement guère de sens statistique sans prendre en compte l’écart-type par rapport à cette moyenne (le taux de répartition par catégorie socio-professionnelle). Mais pour un Etat affichant de gros besoins, cette masse de 3 500 milliards d’épargne monétaire des ménages va être une cible bien tentante.

    La crise économique majeure en cours provoquée par la pandémie de coronavirus risque de faire fondre une partie de cette richesse soit car elle sera consommée par le renforcement de l’inflation provoquée par l’action des banques centrales créant de la monnaie sans rapport avec la production, soit empruntée par la République comme « l’emprunt sécheresse » de 1973, soit carrément taxée comme ce fut le cas lors de la faillite de Chypre en 2013. Les trois hypothèses reviennent d’ailleurs au même en termes financiers même si elles n’ont pas des effets psychologiques identiques.

    Les placements en actions ont déjà perdu environ 30% de leur valeur. D’une façon ou d’une autre les placements dits « de taux » en principe plus sécurisés (dépôts bancaires et assurances vie) devraient plus ou moins connaître le même sort. Il va bien falloir payer toute cet effondrement économique d’une façon ou d’une autre. En tant de crise il vaut toujours mieux être endetté qu’épargnant. L’Histoire risque encore de le confirmer.

  • Le retour du marché noir

    Coco / Charlie-Hebdo (13/03/2020)

    Le chroniqueur faisant ses courses en ces temps de confinement constate avec intérêt que beaucoup de citoyens portent désormais des masques en extérieur, plutôt une majorité d’ailleurs, au moins pour les passants du quartier. On est en revanche surpris de réaliser que nombre de ceux-ci portent des modèles chirurgicaux, voire même de type FFP2 (et non pas des masques « alternatifs ») alors que ces deux catégories sont en principe réquisitionnées par l’Etat et réservées au personnel soignant. Comment ces citoyens se procurent-ils des masques réquisitionnés ? Un rapide sondage obtient toujours le même genre de réponse : « ma copine infirmière m’en a laissé un ce matin » ou « mon employeur nous en a donné », etc.

    On se retrouve un peu comme en 40 où la Kommandantur réquisitionnait les kartoffeln en laissant les topinambours aux parisiens. Il arrivait que le grand-père de Mme. Michu se lance dans le marché noir pour récupérer des patates et les revendre au prix fort. De la collaboration en 40 à Goldman Sachs qui expliquait en 2008 au gouvernement grec comment trafiquer sa comptabilité publique, les ressources du marché et la créativité de ses acteurs sont sans limite pour détourner les réglementations.

  • La presse et le virus

    Depuis presqu’un mois que la France est confinée, comme nombre d’autres pays de la planète, ses plateaux médiatiques d’information en continue ne parlent plus quasi exclusivement que de ce sujet. Ils accueillent nombre de commentateurs érigés en « experts de dîner en ville ». On trouve dans cette catégorie d’ailleurs beaucoup de soignants dont on se demande s’ils n’ont vraiment rien de mieux à faire en ce moment que de bavarder sur les plateaux ?

    Evidemment lorsqu’on a rabâché en continu 24h sur 24 depuis quatre semaines la question des masques, des tests, de la chloroquine, des lits de réanimation, des cambriolages de pharmacies et des statistiques du nombre de morts, sans oublier la coupe de cheveux du Pr Raoult, il est un peu difficile d’être original. Alors heureusement un nouveau sujet se profile à l’horizon : le président de la République doit faire une communication demain soir. La nouvelle mission dont la presse s’auto-investit est de deviner à l’avance ce qu’il va bien pouvoir dire. Et de nouveau la machine à tourner dans le vide s’est remise en route depuis déjà quelques jours puisque, justement, on ne sait pas encore ce qu’il va dire… Pour alimenter le mouvement perpétuel de cette machine infernale, les chaînes font appel depuis longtemps à une espèce qui n’est pas du tout en voie de disparition, celle des « communicants ».

    Au sein de celle-ci une catégorie de « communicants » est mise en avant, celle des « communicants de crise » particulièrement coriace et imbue de son importance. Alors que nos pays sont quasiment en crise permanente depuis celle du pétrole de 1973, cette espèce spécifique prospère et vend ses conseils aussi bien aux Etats qu’aux entreprises. Même certains particuliers y font appel, par exemple DSK lors de sa crise sexuelle du Novotel de New-York, ou Carlos Ghosn lors sa crise judiciaire (il est recherché par la justice japonaise depuis sa fuite au Liban). Lorsqu’ils interviennent pour des particuliers « en crise » la mission de ces « communicants de crise » est de sauver la mise de leurs mandants en leur faisant dire ce qui est censé mettre l’opinion publique de leur côté et qui n’est pas forcément la vérité. Lorsqu’il s’agit de « crise politique » on ne sait pas trop quelle est leur mission sinon d’aller occuper indûment et inutilement les plateaux télévisés pour y asséner leurs soi-disant principes fondamentaux de « communication de crise », qui sont généralement vrais le lundi puis démentis le mardi…

    Pour en revenir à l’allocution présidentielle de demain, le mieux serait sans doute tout simplement d’attendre lundi soir une fois que l’allocution aura été prononcée pour savoir ce qu’il y a dedans. Et ainsi, pendant le temps libéré, les journalistes pourraient peut-être consacrer quelques petits moments à d’autres sujets que le coronavirus ? Car pendant ce temps la guerre continue en Syrie, la station spatiale internationale tourne toujours autour de la terre, la campagne électorale se poursuit aux Etats-Unis, avec à la clé la possible éjection du président actuel, certaines entreprises produisent normalement, etc. On pourrait peut-être passer de 98% du temps d’antenne occupé par le virus à seulement 90 ou 95% ?

  • Le risque de change des bobos

    La banque française BNP Paribas s’est distinguée en distribuant via sa filiale Cetelem environ 800 millions d’euros de prêts « toxiques » libellés en francs suisses (CHF) et remboursables en euros (EUR) avec un mécanisme compliqué de calcul des intérêts basé sur le différentiel de taux de change EUR/CHF. Il y aurait environ 4 600 emprunteurs, généralement investisseurs immobiliers dans des opérations de défiscalisation (Scellier, Robien…). C’était avant la crise financière de 2008 et lorsque celle-ci intervint la parité EUR/CHF évolua au détriment des emprunteurs de la BNP Paribas. Ceux-ci se sont donc retrouvés avec une augmentation significative de leurs échéances qui ont dépassé largement les montants empruntés.

    La plupart des emprunteurs n’ont bien entendu pas lu les documents de prêt qu’ils ont signés, ou ne les ont pas compris, et on peut compter sur les vendeurs de la BNP, ou ses intermédiaires, pour avoir soigneusement passé sous le tapis les éléments de risque. Nous étions avant la crise financière une époque où les banques ont fait exploser la planète économique en fourguant aux marchés des produits « structurés » composés de prêts immobiliers à des débiteurs insolvables. Nous les savons donc capables de tout.

    Nos emprunteurs en CHF ont intenté une action en justice contre la BNP Paribas. Celle-ci a été condamnée en février dernier pour « pratique commerciale trompeuse » et devra verser des dommages et intérêts d’environ 150 millions d’euros aux 2 500 emprunteurs s’étant portés partie civile. On ne va évidemment pas pleurer sur le sort des forbans qui gouvernaient nos banques à l’époque, prêts à tout et surtout au pire, pour fourguer du grand n’importe quoi à n’importe qui afin d’alimenter leurs bonus stratosphériques et immérités. On a vu ce que cela a donné en 2008 et il fallut l’intervention des contribuables pour soutenir leur corporation qui dévasta une économie mondiale à qui il fallut une bonne décade pour se remettre de leurs avanies.

    Mais on ne peut pas non plus complètement exonérer les emprunteurs dont la ligne de défense est basée sur la crédulité et leur ignorance du risque de change… Il s’agit tout de même d’investisseurs qui finançaient des montages immobiliers défiscalisant et qui devaient quand même avoir quelques neurones correctement connectés ? Après tout n’importe quel travailleur frontalier avec la Suisse sait très bien utiliser le risque de change à son profit pour aller acheter ses cigarettes en Suisse lorsque la parité est à son avantage, n’importe quel bobo parisien arbitre parfaitement ses vacances entre Phuket et Ibiza en fonction de l’évolution de la devise thaïlandaise, n’importe quel éleveur de moutons malien analphabète comprend parfaitement quand il a intérêt à aller vendre ses bêtes en Mauritanie selon l’évolution de la devise mauritanienne versus le franc CFA. Et il faudrait entériner que le bobo n’est pas en mesure de comprendre que s’il emprunte en CHF alors que ses revenus sont en EUR il fait donc face à un risque de change, même si sa banque lui dit le contraire ?

    Ça n’est pas raisonnable et il faut quand même que celui qui spécule sur les devises assume une partie de ses responsabilités, même s’il spéculait « sans le savoir ». La BNP a fait appel du jugement qui contredit nombre des décisions prononcées par des juridictions civiles. Si celui-ci était cassé il serait légitime qu’un nouveau jugement laisse une partie du risque pris, même symbolique, à la charge des emprunteurs. Et en tout cas que ces derniers ne soient pas bénéficiaires d’un dédommagement de leur « préjudice moral » pour leurs spéculations.

    Bien entendu la défense des parties civiles fait dans le misérabilisme en invoquant « les gens peu éduqués qui se sont fait embobiner par les vendeurs de la BNP Paribas ». Ces gens « peu éduqués » qui ont bénéficié de l’éducation de la République (le premier budget de l’Etat) ont tout de même emprunté dans une banque pour se lancer dans des investissements immobiliers le plus souvent assortis d’avantages en termes de défiscalisation. Bien ou peu « éduqués » il est juste qu’ils assument une partie de leurs erreurs de choix et de leur absence de la réflexion préalable nécessaire dans tout investissement. Les gros (la banque) paieront beaucoup et les petits (les emprunteurs irréfléchis) doivent payer un peu, sinon plus personne n’est responsable de rien et on renforce encore cette tendance à la déresponsabilisation générale qui mine notre société. Il y aura également un aspect éducatif à une sanction financière, comme à l’école, celui qui fait une bêtise prend un coup de règles sur les doigts et va au coin avec le bonnet d’âne. La fois suivante il retient bien mieux ses leçons, c’est ainsi que l’on apprend.

    NB : les indemnisations auxquelles la banque a été condamnées par le tribunal correctionnel sont payables immédiatement, même en cas d’appel. La BNP se bat aussi pour faire suspendre cette décision car si l’appel cassait le jugement il ne serait évidemment pas aisé de recouvrer ces indemnités déjà versées…

  • Les effets économiques vertigineux de la crise sanitaire en cours

    Plus le coronavirus se répand à travers la planète, plus l’on constate les effets vertigineux de l’arrêt de l’économie mondiale. Les dirigeants des pays touchés (presque toutes les nations en réalité) avancent des plans de soutien et de relance qui se chiffrent en milliers de milliards d’euros ou de dollars. Le monde est déjà en récession, le commerce planétaire est en sévère recul, plus-ou-moins la moitié de la population terrienne est confinée. On est stupéfaits devant la rapidité avec laquelle tout le beau château de cartes de l’économie mondiale s’effondre. On pourrait penser qu’après tout un mois ou deux de ralentissement devrait pouvoir être absorbé sans trop de difficultés… mais ce n’est pas le cas et les Etats ne sont globalement pas en mesure de prendre le relais pour combler ces mois d’arrêt. Ou plus exactement, les Etats des pays développés vont emprunter massivement sur les marchés financiers pour injecter cet argent dans leurs économies et les autres vont faire ce qu’ils peuvent. Les déficits des finances publiques vont être gigantesques. Les banques centrales de ces pays riches ont déjà annoncé qu’elles faisaient sauter tous les verrous monétaires et étaient prêtes à racheter ces dettes étatiques, ce qui revient à faire tourner « la planche à billets » comme l’on disait autrefois.

    La théorie économique veut que la création de monnaie de la banque centrale sans contrepartie dans le développement de la production entraîne l’inflation. Ces théoriciens ne comprennent d’ailleurs toujours pas pourquoi ce n’est pas le cas depuis la crise financière de 2008. Laissons-leur encore un peu de temps pour réfléchir, les évènements actuels vont apporter des expériences en temps réel pour approfondir leurs analyses. Ce qui est probable est que cette masse considérable de dettes publiques en cours de construction va bouleverser durablement le système financier planétaire et devra bien être apurée d’une façon ou d’une autre, soit par de l’inflation soit par de l’impôt, dans les deux cas c’est bien nous les citoyens qui allons payer.

    Certains pays développés qui ont opté pour le confinement de leurs populations sont en train de penser sérieusement à y mettre fin même si le risque sanitaire est encore loin d’être éteint. Ils procèdent à une classique analyse coûts-bénéfices des deux alternatives : confinement avec une économie à l’arrêt et moins de morts immédiats versus non-confinement avec une économie qui fonctionne mais une morbidité sans doute beaucoup plus élevée. « Produit intérieur brut » vs. « Coronavirus », c’est un dilemme qui n’est pas facile à trancher (en dehors des plateaux télévisés), d’autant plus que les avis divergent à l’intérieur même des communautés scientifiques, économiques ou politiques. Pour le moment la France a opté pour le confinement et semble vouloir le prolonger encore quelques semaines.

  • Le risque du tourisme à l’étranger

    Comme lors de chaque catastrophe, humaine ou naturelle, planétaire ou localisée, des touristes français se retrouvent bloqués à l’étranger, parfois très loin, avec la volonté de retrouver la mère-patrie au plus vite. Comme à chaque catastrophe, la République, bonne-mère, déploie tous les efforts nécessaires pour ramener ses enfants sur le sol national, généralement aux frais des contribuables. Comme à chaque catastrophe, la plupart des rapatriements se passent bien et sont réalisés rapidement avec la bonne volonté de tous les acteurs impliqués. Mais comme à chaque catastrophe, un certain nombre de touristes sont difficiles à exfiltrer rapidement pour différentes raisons.

    C’est le cas avec cette épidémie de coronavirus pour certains pays, notamment aux Philippines en confinement où il n’y a plus de lignes aériennes entre les multitudes d’iles de l’archipel et la capitale. Les touristes sont un peu laissés à eux-mêmes pour trouver une solution avec l’aide en ligne des ambassades et consulats français. Bien sûr, certains d’entre eux se révoltent et ne comprennent pas pourquoi la République n’est pas capable de leur envoyer un avion spécial toutes affaires cessantes pour les cueillir là où ils sont, bien sûr gratuitement… Et de déverser leur rancœur sur les réseaux dits sociaux auxquels ils ont toujours accès, surtout quand ils ont dû payer à leurs frais un billet d’avion retour.

    Selon le ministère français des affaires étrangères il y avait 130 000 nationaux dans cette situation (y compris des voyageurs d’affaires) au début de l’épidémie. Il n’en resterait plus que 10 000 à ce jour en attente d’une solution que les autorités françaises s’efforcent de mettre en œuvre. L’épicentre de la pandémie étant désormais européen, les touristes bloqués aux Philippines ou ailleurs sont parfois stigmatisés par les populations locales.

    Gageons que tout ceci va se résoudre progressivement mais l’irresponsabilité de certains français est, comme souvent, plutôt confondante. Aller passer des vacances à l’étranger c’est prendre un risque, celui de se retrouver dans un environnement social, économique, politique qui est différent de celui de son pays d’origine. Quand tout va bien, on profite de cet exotisme que l’on est venu chercher, mais quand un grain de sable grippe la belle machine du tourisme au long cours on se rend compte assez rapidement que l’on est plus « chez soi ». Prendre l’avion pour passer quinze jours de vacances aux Philippines c’est encourir divers risques, celui de la faillite de la compagnie aérienne qui vous y transporte et disparaît avant de vous en avoir ramené, celui d’une éruption volcanique, d’un coup d’Etat, d’une guerre ou… d’une pandémie planétaire comme aujourd’hui. Quel que soit le cas, il est plus difficile et plus onéreux de ramener un touriste français en perdition aux Philippines que dans le Cantal. Nous en sommes là aujourd’hui.

    « C’est l’ambassade de France qui est maintenant chargée de nous trouver une solution de retour avec Qatar Airways et un vol via Doha. Aucune idée des dates possibles et des prix. Nous sommes donc en attente, sans plus de précisions, et avons été obligés de prolonger, à nos frais, l’hôtel et les dépenses quotidiennes, sans parler du billet à venir… » (Une touriste en Birmanie)

    « Au fond ma situation est loin d’être grave…. Mais on peut se demander si c’est normal que l’on puisse laisser des ressortissants français seuls comme ça et qu’on leur assène que le rapatriement n’est pas de leur ressort, sans explication et sans solution bis. » (Un étudiant en Allemagne)

    Journal Le Monde du 25/03/2020

    La mondialisation « heureuse » dans laquelle nous baignions ces dernières années nous a fait oublier ces quelques évidences et, il est vrai que les risques pris étaient marginaux, mais l’intensité de ceux-ci est probablement en train de croître. Le transport aérien va sans doute être l’un des plus atteints par la crise actuelle et, au sortir de celle-ci, il n’est pas sûr que l’activité aérienne soit rétablie « comme avant ». Peut-être qu’il coûtera désormais plus cher de se transporter à l’autre bout du monde, favorisant ainsi les vacances… dans le Cantal, moins risquées s’il faut revenir chez soi en cas de problème. A priori on attrape autant le coronavirus à Aurillac qu’à Cebu mais peut-être est-on mieux potentiellement mieux soigné dans le Cantal qu’aux Philippines, surtout quand on est français. Il faut juste y penser avant de s’embarquer à Roissy.

  • Quelques chiffres sur les dépenses de santé

    En ces temps de crise sanitaire où les experts de plateaux télévisés assènent des sentences définitives et non documentées (« la casse de l’hôpital public », « une gestion de comptables » et bla-bla-bla et bla-bla-bla), il n’est pas inutile de rappeler quelques faits chiffrés publics disponibles à quiconque sur les sites web de l’administration et du parlement.

    Le budget de la sécurité sociale fait l’objet d’une loi votée chaque année par les élus de la République. La Loi de financement de la sécurité sociale 2020 (PLFSS) rappelle les montants qui sont en jeu :

    Compte tenu des circonstances il est probable que les chiffres votés pour l’année 2020 devront être actualisés mais ils s’élèvent pour le moment à 533 milliards d’euros de dépenses, dont 224 milliards pour la maladie (y compris les hôpitaux). Chaque année depuis 2018 les recettes sont inférieures aux dépenses dégageant donc un déficit. Pour donner un ordre de grandeur, la dette publique française est d’environ 2 400 milliards pour le moment.

    En résumé, la République collecte et dépense 500 milliards d’euros chaque année pour ses prestations sociales, dont 220 pour le volet maladie. Cela représente 21% du produit intérieur brut du pays et 117% du budget de l’Etat, et cela augmente chaque année en valeur absolue. Alors ces sommes sont peut-être mal dépensées, insuffisantes, mais elles sont tout de même assez considérables. Il serait judicieux que nos experts de plateaux télévisés les mentionnent de temps à autre pour que leurs auditeurs se rendent compte de ce dont on parle. A tout le moins il serait intéressant de demander à ceux qui se plaignent et réclament « plus de moyens » quels sont exactement les besoins et une fois que l’on s’est mis d’accord sur les « dépenses », passer aux « recettes » nécessaires pour arbitrer ce qui est possible et ce qui ne l’est pas.

    Augmenter ces sommes est envisageable, on peut passer les dépenses sociales de 21% du PIB à 25 ou 30 ou 40%, il suffit de voter cette évolution, en dépenses comme en recettes

    Allez, encore deux petits croquis pour la route qui permettront à nos stars de plateaux télévisés qui n’ont ni le temps ni les neurones pour lire les 94 articles de la Loi n° 2019-1446 du 24 décembre 2019 de financement de la sécurité sociale pour 2020, d’améliorer leurs analyses :