Catégorie : Kronic concerts-rock

  • The Stranglers – 2012/04/13 – Paris l’Olympia

    The Stranglers – 2012/04/13 – Paris l’Olympia

    The Stranglers sortent leur dix-septième album studio : Giants à la pochette très romantique on l’on voit une petite fille en jupette face à un portique duquel pendent quatre cordes de pendu à la place des balançoires. Sur leur site web www.thestranglers.net c’est encore plus subtil, les quatre étrangleurs pendent au bout des cordes et une animation voit la gamine pousser les corps pour les faire se balancer… très Stranglers !

    Et notre joyeuse bande d’hommes en noir continue à tourner inlassablement, comme ils le font depuis le milieu des années 70’s. Jet Black est à nouveau empêché pour « raisons de santé » et remplacé comme d’habitude pour son fils (bâtard) spirituel, Ian Barnard. Sur l’affiche de la tournée, Jet se cache derrière un masque à oxygène, tout un programme.

    La scène de l’Olympia semble un peu trop grande pour eux. Ils jouent devant une immense tenture siglée de leur logo blanc sur fond noir et démarrent le show avec l’enchainement Burning up Time, Sometimes et The Raven qui met la salle en joie. Quelques nouveautés extraites de Giant sont saupoudrées sur un parfait best-of de leurs seize premiers disques.

    C’est du Stranglers, du brut, du rugueux, juste assoupli par les ritournelles synthétiques qui dégoulinent de l’estrade où est perché Dave caché derrière ses étagères de claviers. Baz la joue hargneux, grimaces aux lèvres, qu’il plaque des riffs rageurs sur ses noires guitares ou qu’il monte des arpèges sur ses cordes, JJ est plus fluide et félin sur ses lignes de bass, ensemble ils se répartissent le chant avec bonheur et juste comme il faut.
    Les Stranglers sont des proto-punks et il s’agirait de ne pas l’oublier, plus exceptionnel ils sont des punks survivants et oh combien vivants !

    Hanging Around, Peaches, No More Heroes viennent nous le rappeler. Il s’agit de rythmes primaux et d’énergie vitale, ils parlent de violence avec sarcasme, ils nous racontent l’existence avec dérision et les nappes de claviers viennent marquer l’ironie du message.

    Mais ils savent aussi faire dans punk-romantique avec quelques belles pièces comme Golden Brown, le plus récent Relentless et l’inoubliable Always the Sun qui seront joués ce soir pour calmer la furie, si l’on peut dire, car Always… déclenche hourvari et pogos endiablés.

    La dernière chanson du show est lancée par JJ en référence aux élections présidentielles françaises qui se profilent : « si vous aviez une Reine vous n’auriez pas à vous embêter à élire un président mais… » et de jouer un Something Better Change déchaîné et de toute beauté. Deux rappels dont le deuxième rappel se termine par une belle reprise des Kinks : All Day And All Of The Night.

    Warmup : Horses on Fire + Mike Marlin & Band

    Lire aussi : The Stranglers – 2010/03/25 – Paris le Bataclan
  • The Dø – 2012/04/06 – Paris la Maroquinerie

    The Dø en formation resserrée ce soir à La Maroquinerie pour tester de nouveaux arrangements et entamer une tournée européenne : 2 filles et 2 garçons ; O et D, une percussionniste-machiniste et le guitariste habituel, petit génie des cordes en catogan.

    L’ambiance est détendue dans cette salle intimiste, il n’y a pas de batterie ce qui donne une petite touche techno, atténuée tout de même par la quincaillerie-percussion (y compris un assortiment de clés anglaises…) utilisée par la Miss aux machines.

    Le quatuor est dynamique, à la recherche de nouveauté, jongle entre les instruments sur la petite scène de la Maroquinerie. Olivia aimante les regards, bardée d’une blouse que l’on dirait découpée dans un drapeau américain. Elle virevolte, se loupe sur l’intro de Was It A Dream ?, rigole, papote, dansouille sous ses cheveux blonds et chante, comme d’habitude, plutôt bien, d’une voix enfantine ou tonitruante. Elle partage le devant de la scène avec Dan qui joue de la bass comme un combattant, nous délivre un superbe solo de saxophone et tapote sur un clavier à l’occasion.

    Le reste de la petite bande fait plus que la présence en encadrant sympathiquement ce duo de charme.

    The Do murit en produisant une atmosphère plus dépouillée mettant mieux en valeur leurs personnalités remuantes et une musique pop-jazzy-contemporaine enthousiasmante qui pétille de joie.

  • Lambchop – 2012/03/29 – Paris la Maroquinerie

    Lambchop à la Maroquinerie, un grand moment de pureté hors du temps ; Kurt Wagner et sa bande de Nashville sont venus présenter leur musique folk alternative et surtout leur dernier disque : Mr. M, dédié à la mémoire de Vic Chesnutt, décédé en 2009, dont Kurt était très proche et à qui déjà les Cowboys Junkies ont dédicacé un merveilleux disque de reprises l’an passé.


    En blazer bleu-marine, une casquette de base-ball vissée sur le crâne, Kurt cultive un air de beauf de campagne patenté ; un groupe talentueux, Cortney Tidwell qui accompagne aux chœurs après avoir assuré la première partie, tout ce petit monde joue assis, sauf le bassiste, arrangé en demi-cercle face au public. Le volume sonore est modeste, la technique et la musique sont tout en douceur et retenue. La steel-guitar ajoute sa touche traînante et ancestrale. L’inspiration est jazzy-folk, la voix torturée, étirée, comme en pointillé, les musiciens sont appliqués et naturels participant à l’œuvre amicale et intense dirigée par Kurt.

    Avec une dizaine de disques désormais, les Lambchop poursuivent un chemin de traverse guidés par la révérence envers la musique, élevée au rang de source de vie. Les textes sont émouvants et ironiques, une sorte de chronique de petits évènements narrés avec poésie et incertitude. Les mots sont expirés, comme en souffrance : Sustain me with your voice, clean the coffee maker/ And I adore you/ I represent you crying and/ We were born to, we were born to rule.

    Et pour le rappel, Wagner debout sous sa casquette se lance dans un slam effréné ; son label se dénomme City Slang !

    Kurt peint à ses heures perdues et le livret du disque est illustré de sa série Beautilion Militaire 2000 où celui qu’on imagine comme Mr. M déroule son air débonnaire de bourgeois du XIXème siècle :

    Lambshop, une atmosphère déchirante, un talent sans égal et une créativité bien à l’abri des attentes.
    Label City Slang

    Warmup : Cortney Tidwell

  • La Grande Sophie – 2012/03/13 – Paris le Café de la Danse

    La Grande Sophie au Café de la Danse ce soir pour un concert intimiste et amical. Habillée joliment dans une robe noire étincelante et échancrée, son guitariste dans un élégant costume marron, chapeau mou et guitare brillante, son bassiste alterne entre cordes et machines, un pianiste et un batteur complètent ce quintet d’humeur plutôt rock. La scène est décorée sobrement, au fonds des tentures façon papier japonais et sur le devant de simples ampoules électriques sous le micro.

    Sophie vient de sortir un disque La Place du Fantôme qu’elle nous présente, sans oublier quelques retours sur sa discographie plus ancienne dont une belle version de son hit Du courage, réarrangée de façon très simple et dépouillée, voix et basse, tout simplement.Les nouvelles chansons sont charmantes et introspectives, sur la vie qui passe et les amours qui trépassent. Sophie est à la guitare, aux percussions, au micro, esquisse des pas de danse sous les stroboscopes, la chevelure en bataille, l’œil rieur. Sophie remercie la terre entière pour son bonheur d’être sur scène, nous raconte sa vie, notamment lorsqu’elle était serveuse… au Café de la Danse, il y a des années. Mais Sophie nous rock and folk avec tendresse et énergie, et en français. Sa voix est belle et douce, mais sait aussi être rebelle lorsque priment les rythmes du rock emmenés par son groupe complice.

    En dernier rappel elle vient reprendre Petite princesse, quasiment a capella, chanté au milieu des spectateurs qui la laisse partir, avec regret, pour une nouvelle tournée française.

    La Grande Sophie a beau avoir une tête de mort gravée sur la bandoulière de sa guitare elle nous fait sombrer dans un océan de tendresse ; une artiste lumineuse.

    Setlist : Ma radio | Tu fais ton âge | Nulle part | Quand le mois d’avril | Ma romance | Un jour heureuse | En fait | Suzanne | L’amour ça pardonne pas | Du courage | Sucrer les fraises | Ne m’oublie pas | Écris-moi – Bye bye, etc. | Dans ton royaume | Mon docteur | Quelqu’un d’autre || Disparu | Peut-être jamais | On savait || Petite princesse
    Warmup : Lisa Portelli

  • The Ting Tings – 2012/03/09 – Paris la Cigale

    The Ting Tings, fringant duo de Manchester est de retour sur scène avec un deuxième disque : Songs from Nowheresville. Ils ont changé leurs coupes de cheveux ce qui semble, tel Samson perdant ses forces avec la tonsure, avoir atteint leur inspiration.

    Leur premier disque We Started Nothing a rencontré un franc succès de même que la tournée qui a suivi en 2009. Le deuxième CD est tièdement accueilli par la critique, le show de ce soir va confirmer ce petit trou d’air des Tings. Mais un second disque est souvent délicat à réussir.

    Katie est toujours habillée en mini-jupette et casquette, Jules en lunette noire, les deux sont généreusement peroxydés. La mini-jupette a tendance à remonter et à s’accrocher à l’émetteur radio que la belle porte dans le dos. Il fait très chaud ce soir à la Cigale !

    Il y a des machines, des guitares, la batterie de Jules -qui joue parfois de la guitare en continuant à battre avec ses pieds- et la voix stridente de Katie cachée derrière ses mèches. Ce petit monde se dépense avec la dernière énergie mais ne peut définitivement pas à deux musiciens recréer le son des disques. Alors il y a des bandes qui sont jouées en arrière plan, mais l’ensemble est fluide.

    Le show se déroule sans accroc mais sans surprise, l’effet nouveauté de We Started Nothing s’est estompé, et ce sont d’ailleurs les retours sur ce disque qui rencontrent le plus franc succès : That’s not my Name, Shut Up and Let me Go…

  • Sophie Hunger – 2012/03/07 – Paris la Cité de la Musique

    La cité de la Musique consacre une exposition à Bob Dylan : L’explosion Rock 61-66 et ouvre son amphithéâtre à une brochette de musicien venus revisiter le Grand Maître : Syd Matters, Moriarty, Herman Dune et d’autres. Ce soir c’est Sophie Hunger qui inaugure trois récitals, seule avec guitares acoustiques et harmonica. Il s’agit du Dylan pré-électricité, celui des clubs new-yorkais des 60’s si bien décrit dans le premier tome (orphelin des suivants qui ne sont jamais parus…) Chronicles – 1, celui des chansons protestataires d’une Amérique qui découvrait le racisme de ses Etats du Sud, la guerre du Vietnam qui montait en puissance, la guerre froide qui asservissait les peuples et les revendications d’une jeunesse qui explosera en 1968.

    En préparation de ces prestations, Sophie a déclaré :

    « Quand, dans les siècles prochains, on repensera au XXème siècle, c’est à lui que sera associé toute une tradition musicales, même si je ne sais pas aujourd’hui la forme rétrospective que cet hommage prendra. Tout ce qu’il y a eu d’autre pendant et après, moi y compris, sera oublié. Il restera la seule référence significative et pertinente. »

    Sophie Hunger, notre petite princesse helvétique se présente en Bob Dylan, habillée avec boots, jean et gilet noirs sur T-shirt blanc. Elle incarne le héros (son héros), elle parle avec sa voix, ses mots et lance le concert avec Song to Woody. Elle chante et joue avec son talent, ponctuant les morceaux d’éclats de rire contagieux.

    Pour ces trois shows elle a acheté une guitare Gibson J-50 de 1954 comme celle utilisée longtemps par Dylan. Sur cet instrument d’époque et de légende elle confirme son talent de guitariste et interprète le grand Bob à sa façon. Sa voix est tout de même plus séduisante que les nasillements dylanesques. Comme toujours elle est habitée et lumineuse, un sourire désarmant et la musique rivée à son âme. Dylan peut être fier et reconnaissant de cette fille spirituelle :

    She’s got everything she needs She’s an artist, she don’t look back She can take the dark out of nighttime And paint the daytime black (She belongs to me)

    Elle termine avec une de ses propres chansons : Sophie Hunger Blues, elle-même se référant à Dylan :

    « “I’ll let you part of my dream, if I can be part of yours » Bob Dylan said that/ « I’ll let you part of my dream, if I can be part of your reality » I said that ».

    Et le rideau tombe sur ce délicieux retour sur le siècle dernier où les utopies combattaient encore la barbarie.

    Setlist : Song to Woody, Talkin’ New York, Baby, Let me follow you down, Don’t think twice, it’s all right, Honey, just allow me once more chance, The times they are a-changin’, North country blues, Boots of spanish leather, It ain’t me babe, She belongs to me, I want you, Love Minus zero, It’s alright, Ma (I’m only bleeding), One too many mornings,

    Encore : Sophie Hunger’ blues (Sophie Hunger)

  • Nada Surf – 2012/02/12 – Paris le Bataclan

    Nada Surf au Bataclan ce soir : 3 garçons américains proprets, qui sont passés à 5 sur scène, un groupe des années 90 aux débuts alternatifs, plus célébré en Europe qu’outre Atlantique, et qui depuis ronronne tranquillement de disques en tournées.

    Les aspects novateurs de leur lancement se sont un peu érodés et les Nada Surf sont devenus un groupe de rock élégant et sympatoche. Appréciés en France car ils parlent un français parfait, la légende veut que Matthew Caws (chant et guitare) et Daniel Lorca (dreadlocks, cigarettes et bass) se soient connus sur les bancs du lycée français de New York.

    Ce soir ils jouent gaiment un rock de copains, un soir de Saint Valentin devant un parterre énamouré. Il y a du professionnalisme, de la virtuosité, des riffs vigoureux, des voix élastiques, mais une inspiration limitée. Une bonne soirée quand même.

    Warmup : Water

  • Baxter Dury – 2011/12/10 – Paris la Maroquinerie

    Baxter Dury – 2011/12/10 – Paris la Maroquinerie

    Baxter Dury ou la merveilleuse surprise de Noël ce soir à la Maroquinerie pour la sortie de son disque Happy Soup. Une tête d’angelot en costume-cravate-noir-chemise blanche façon mod, accompagné d’un groupe fusionnel dont Madelaine Hart en robe de Pierrot lunaire au minois aussi charmant que sa voix se place merveilleusement bien sur celle de Baxter, et l’excellent Mike Moore aux guitares qui réussit l’exploit d’allumer ses cigarettes au milieu de solos redoutables et nerveux.

    Bref, une bande de sales gosses a pris le pouvoir sur une soirée parisienne et enthousiasmé l’audience avec une musique ironique et une gouaille sans égard. Faut-il rappeler que Baxter est le fils de son père Ian (et ses Blockheads), aux performances duquel le chroniqueur a applaudi en son temps dans les années new wave : Wake-up an Make Love with Me, Sex & Drug & Rock’n’Roll… La génétique fait des miracles et Baxter poursuit la lignée post-punk lancée par son paternel.

    Le groupe démontre une affectueuse complicité pour délivrer une prestation jouissive. La musique est ingénue et les textes ébouriffants, il y est question de Claire, Isabel, de câlins l’après-midi, de garçons qui pleurent dans les hôtels de Brixton, le ton est désabusé mais l’atmosphère est enlevée. Baxter carbure au cognac, chante et slam avec naturel, raconte son ressenti des odeurs parisiennes alors que les techniciens rebranchent des fils. Madelaine tape à deux doigts sur ses claviers et virevolte aux facéties de son leader, les harmonies qu’elle réalise sur ses chœurs sont un régal de douceur et d’élégance, en fait, la marque des chants de ce groupe dont Madelaine est co-chanteuse ! Mike triture ses guitares et tressaute sur ses riffs. Baxter s’abandonne à ses claviers hystériques. Le show courre à perdre haleine emmené avec habilité par la morgue de son créateur et l’unité des siens.

    Baxter Dury vous salue bien : She’s early for no reason ans she’s dancing at angles/ Yet another slim man’s taking chances with another girl/ She could be in her marigolds, dancing on her patio but/ She’s living it up in an other dreary disco town/ Isabel’s sleeping, Isabel’s sleeping/ I think my mate slept with you when you were in Portugal…

    Warm up : Theodore, Paul & Gabriel (un trio de folkeuses françaises à suivre)

  • PJ Harvey – 2011/02/25 – Paris l’Olympia

    Troublant concert ce soir à l’Olympia de PJ Harvey venue pour présenter son dernier disque Let England Shake, fruit de trois années de réflexion sur la dévastation que fut la première guerre mondiale pour nos vieilles nations européennes. Le résultat est émouvant et inattendu.

    Plantons le décor : PJ est habillée d’un pantalon noir et d’un blouson en plumes, noires également, d’autres plumes ornent sa coiffure en une étrange parure. Bien à gauche de la scène, elle joue le plus souvent de l’auto-harpe, portée en bandoulière comme une cithare antique. Sa voix est traitée façon bionique avec une étrange réverbération qui lui donne un aspect lointain et perçant.

    Bien regroupés sur la droite on retrouve ses deux vieux compères John Parish et Mick Harvey se succédant aux guitares et claviers, accompagnés d’un batteur Jean-Marc Butty, tous habillés d’un gilet style gentleman farmers. Ces quatre musiciens n’ont guère besoin ni de se regarder ni de se parler pour jouer parfaitement à l’unisson. Il y a des années de collaboration derrière eux, blanchis sous le harnais de la route commune et unis par l’affection réciproque.

    Le concert démarre avec Let England Shake qui donne le ton du show avec les sonorités si particulières de la harpe superposée sur les voix. Son dernier disque sera intégralement présenté comme une succession de tableaux impressionnistes dans une galerie intergalactique. Par des textes poétiques elle exprime la douleur et la consternation d’une nation en guerre, la noirceur de la mort qui partout hante les champs de bataille. L’ambiance guillerette de la harpe folk ajoute au trouble de ces mélodies portées en mode mineur. Les mimiques enfantines de PJ et les décrochements si caractéristiques de sa voix marquent toute la dérision de fonder la poésie sur le sang de la guerre.

    Sur The Glorious Land elle reprend sa guitare blanche pour battre les riffs métalliques de la mitraille sur lequel se superpose la bande-son d’un clairon appelant à l’assaut. Et l’on imagine les files de soldats de sa Majesté sortant des tranchés pour courir à leur fin : And what is the glorious fruit of our land ?/ Its fruit is deformed children./ And what is the glorious fruit of our land ?/ Its fruit is orphaned children.

    Sur All And Everyone, harpe, guitare saturée et orgue donnent une atmosphère crépusculaire, appuyée par le chœur des hommes qui entourent Pollyjean : Death was everywhere,/ in the air/ and in the sounds/ coming off the mounds/ … as we, advancing in the sun/ sing “Death to all and everyone”.

    Sur Bitter Branches elle joue de la guitare acoustique pour adoucir le rythme infernal de l’électricité distordue délivrée par John. C’est la complainte de la forêt ancestrale accueillant et contemplant les soldats en formation tenant leurs fusils comme des branches amères envahissant le Monde comme des (mauvaises) herbes folles.

    Quelques retours sur le passé viennent nous sortir de l’abyme avec The Sky Lit Up et un très beau et épuré The Devil. En rappel, de la guitare grasse et glissante sur Meet Ze Monstra pour rappeler le passé krypto-punk et Silence pour le baissé de rideau d’une artiste hors norme.

    Déesse bionique ondulant sur les rythmes du combat, vestale à la lyre réinventant la mélodie du malheur, aigle noir à l’œil perçant croquant le chaos, PJ Harvey incarne tous ces personnages avec malice et tellement de subtilité. Toujours en avance d’une création elle ne cesse de surprendre la scène rock par sa créativité. Paris l’adore et lui a fait la fête qu’elle méritait ce soir pour clôturer ces deux concerts à l’Olympia.

    Set list : Let England Shake/ The Words That Maketh Murder/ All & Everyone/ The Guns Called Me Back Again/ Written on the Forehead/ In the Dark Places/ The Devil/ The River/ The Sky Lit Up/ The Glorious Land/ The Last Living Rose/ England/ Bitter Branches/ Down By the Water/ C’mon Billy/ Hanging in the Wire/ On Battleship Hill/ Big Exit/ The Colour of the Earth

    Encore : Meet Ze Monsta/ Angelene/ Silence

  • Patti Smith – 2011/11/21-22 – Paris l’Olympia

    Patti Smith à Paris ouvre le premier de ses deux concerts à l’Olympia sur Dancing Barefoot… un voile d’émotion tombe sur une assistance déjà conquise ;

    Patti, poétesse, musicienne, écrivaine, artiste alternative qui a inspiré nos générations, partagé des bières au Chelsea Hotel avec William Burroughs et Jimi Hendrix, scandé Horses au CBGB du New-York underground entre Television et les Ramones, chanté à Charleville-Mézières sur la tombe de Rimbaud, écrit une bouleversante déclaration d’amour à Robert Maplethorpe avec ce merveilleux livre Just Kids ;

    Patti, parisienne de cœur, décorée par la République dans l’ordre des Arts et des Lettres, résidente de l’Olympia ou de la salle Pleyel ;

    Patti, qui a l’air de n’avoir jamais changé ni de jeans et ni de t-shirt depuis toutes ces années, Patti est de nouveau parmi nous, entourée par deux de ses historiques et fidèles musiciens : Lenny à la guitare et Jay Dee à la batterie.

    Patti, une voix à la profondeur chaque année plus abyssale et hantée qui fait frémir ses auditeurs ;

    Patti, papillon virevoltant entre littérature, photographie, écriture et musique ;

    Patti Smith ce soir était en balade à Paris, rien de nouveau dans sa besace, juste le plaisir de partager une œuvre chargée d’émotions et parsemée des jalons qui ont marqué plusieurs générations.

    Et alors que les guitares ne marchent plus, pendant que les roadies s’agitent pour changer l’ampli de Lenny, Patti nous raconte comment Bruce Springsteen lui avait proposé la musique de Because the Night sur une cassette qu’elle a longtemps laissé traîner sans l’écouter. Un soir qu’elle attendait un appel de Fred « Sonic » Smith (son mari, décédé prématurément, père de ses deux enfants, ancien guitariste du MC5) elle a enfin introduit la cassette dans un lecteur… et composé les paroles de ce qui allait devenir l’un des hits les plus explosifs de la planète rock. Bien sûr elle nous le joue ces deux soirs.

    Patti, sereine face à la mort de tant de ceux qu’elle a croisés et qui l’ont inspirée (elle est une survivante), rend hommage à Loulou de la Falaise, seule avec une accordéoniste en chantant une émouvante « petite chanson » : In Dreams I’m There for You.

    Patti, bavarde comme jamais joue une intro amusante et interminable à la guitare acoustique où elle nous raconte sa vie sur une rythmique basique comme si nous étions au zinc du bistrot d’à coté.

    Et puis Patti déchaînée nous sert un final dantesque, les deux soirs, sur Rock ‘n’ Roll Nigger qui clôt les shows, le poing levé, délivrant son incantation smithienne :

    All is chaos/ We must fight/ We must occupy/ We must love/ We must rule the world/ Our only weapon is the electric guitar/ Because we are THE PEOPLE/ And “People have the power”/ And THE FUTURE IS NOW!

    Et après avoir cassé une à une les cordes de sa guitare elle a laissé pantois un parterre multi générationnel épuisé et enthousiaste. Notre déesse du rock et de la poésie met tout le monde d’accord devant tant de sincérité. C’est beau et inutile, mais cela fait du bien pour où cela passe : le cœur et l’âme !

    On November 22, 2011 Lenny Kaye was made a Chevalier of the Ordre des Arts et des Letteres from the French Republic. It is awarded for « Significant contribution to the enrichment of the French Cultural inheritance. » He is shown here, after receiving his medal, with his Commandeur. Both Patti and Lenny have now been honored by the French Republic. A great honor for both of them, as they approach their 65th year on earth. An event they will soon celebrate at the Bowery Ballroom.

    Set list du 22 novembre : Redondo Beach/ Dancing Barefoot/ Birdland/ My Blakean Year/ Free Money/ Cash/ Black Leaves/ Closed Eyes/ It’s a Dream (Neil Young cover)/ Beneath the Southern Cross/ Ain’t It Strange/ Night Time (The Strangeloves cover)/ (We Ain’t Got) Nothing Yet (The Blues Magoos cover)/ Born to Lose (The Heartbreakers cover)/ Pushin’ Too Hard (The Seeds cover)/ My Generation (The Who cover)/ Because the Night/ Pissing in a River/ Land/ Gloria (Them cover)
    Encore : People Have the Power/ Rock ‘n’ Roll Nigger

    Voir aussi : les photos de Roberto

  • Heather Nova – 2011/11/20 – Paris le Bataclan

    Heather Nova au Bataclan ce soir, les rangs sont clairsemés pour accueillir cette chanteuse originaire des Bermudes. Belle comme le jour, blonde et longiligne, toute de noir vêtue, des fleurs enroulées autour de son pied de micro, chanteuse-compositrice-guitariste de talent… difficile de ne pas tomber sous le charme.

    On s’attendait à une prestation un peu folkeuse-évanescente et nous avons eu droit à un vrai concert de rock, mais tout en subtilité féminine. Heather est accompagnée d’une costaude à la guitare solo, de Sara Johnston (qui assure la première partie en solo) aux claviers et chœurs et, tout de même, de deux garçons, bass et batterie, et violoncelle à l’occasion.

    Une voix vraiment sublime, toute en douceur, montant dans les aigus avec un charmant trémolo sur des ballades intimistes. Une voix à la Joan Baez sur des harmonies délicates en duo avec Sarah. Mais aussi des morceaux énergiques durant lesquels la costaude casse ses cordes sur des solos bien gras.

    Heather, élevée sur une bateau dans la mer des Caraïbes nous chante ses souvenirs, nous enchante de ses visions mélancoliques : I need an island somewhere to sink a stone/ I need an island somewhere to bury you, somewhere to go.

    Heather Nova, poétesse, dessinatrice et définitivement musicienne, qui a collaboré avec Benjamin Biolay, Lenny Kaye (le guitariste de Patti Smith), Heather Nova laissez agir le charme, tout simplement…

    Set list : Everything Changes/ Heart and Shoulder/ Save a Little Piece of Tomorrow/ Like Lovers Do/ Island/ All I Need/ Turn the compass/ Winterblue/ The Good Ship Moon/ Ride/ I Wanna Be Your Light/ Do Something That Scares You/ Higher Ground/ London Rain/ Beautiful Ride/ Make You Mine
    Rappel : Fool For You/ Walk this World
    Rappel 2 : Sugar

  • Yes – 2011/11/19 – Paris l’Olympia

    Yes – 2011/11/19 – Paris l’Olympia

    1977, le chroniqueur éberlué digère le concert de Yes au Pavillon de Paris porte de Pantin. C’est la tournée de Going for the One, le groupe progressiste est au midi de son inspiration et de sa virtuosité. Jon Anderson est le chanteur, Steve Howe est aux guitares, Chris Squire à la bass, Rick Wakeman aux claviers et Alan White a remplacé Bill Bruford à la batterie. C’était la formation historique, celle qui composé et joué les plus belles œuvres de Yes, une musique éblouissante et complexe, des morceaux de 20 minutes, un lyrisme parfois un peu emphatique, des mots étranges, mais quel souffle. Et d’ailleurs l’interprétation ce soir d’hiver de Close to the Edge marque à jamais le chroniqueur nouvellement éveillé au rock progressiste. Yes avec King Crimson et Genesis, le trio majeur qui nous accompagnera sur la fin des 70’s avant de se faire balayer par le punk et la new-vawe.

    Les dessins énigmatiques de Roger Dean, qui continue de collaborer avec le groupe, ont aussi posé les jalons de la rêverie qui marquait cette époque :

    2011, le chroniqueur fatigué est allé rendre hommage à l’Olympia aux héros de sa jeunesse. Ils sont en ordre dispersé, ces dernières 35 années ont été marquées par séparation, dispersion et reformation sous différentes configurations. On a même vu le fiston Wackeman se substituer à son père quelques mois durant. Ce soir il manque Jon, remplacé par un chanteur canadien, Benoît David, à la voix haut perchée mais qui ne figure qu’une pâle copie de l’original. Geoff Downes est aux claviers, Chris, Steve et Alan sont sur le pont et sous leurs cheveux blancs.

    Le groupe joue intégralement Fly from Here leur disque sorti cette année sur un thème ancien qui n’avait jamais été enregistré. Les morceaux sont relativement concis et rock. Chacun y déploie une besogneuse virtuosité, il n’y manque que l’âme de Yes, et surtout Jon qui en représentait la fusion ! Les performances de Steve sont portées aux nues par les spectateurs assis dans les sièges rouges de l’Olympia. Quelques retours sur le passé émeuvent encore (Wonderous Stories, Runabout) et lorsque les héros s’inclinent pour saluer l’assemblée, ils dévoilent leurs crânes chauves au milieu de cheveux gris filasses.

    Mais ils ont été le grand Yes, alors on les applaudit mollement en souhaitant qu’ils n’insistent plus trop pour poursuivre une carrière à la dérive.


    Set list : 1. Yours Is No Disgrace/ Tempus Fugit/ I’ve Seen All Good People/ Life on a Film Set/ And You and I/ Solitaire (Steve Howe Solo)/ Fly From Here – Overture/ Fly From Here – Pt I – We Can Fly/ Fly From Here – Pt II – Sad Night at the Airfield/ Fly From Here – Pt III – Madman at the Screens/ Fly From Here – Pt IV – Bumpy Ride/ Fly From Here – Pt V – We Can Fly (Reprise)/ Wonderous Stories/ Into the Storm/ Heart of the Sunrise/ Owner of a Lonely Heart/ Starship Trooper/

    Encore : Roundabout 

  • Festival Ménilmontant – 2011/11/16 – Paris l’Atelier du Plateau

    Seb Martel – Laetitia Shériff – Corinne Cicolari : Tribute to Woody Guthrie

    C’est le Festival de Ménilmontant – capitale de la musique équitable et écologique à l’Atelier du Plateau au fond d’une sombre impasse au cœur d’un hiver glacial.

    Le concept de musique équitable et écologique est un peu neuf mais il sonne sympathique. On ne sait pas bien si Woody Guthrie était écolo, mais il est certain qu’il aurait pu l’être.

    Le concert est organisé pour 50 personnes dans salon-atelier d’artiste. Seb Martel, barbu guitariste-chanteur ascétique mène le groupe accompagné de Laetitia Shériff aux guitares, Corine Cicolari aux chants et un percussionniste. En fait une bande de potes qui jouent devant une bande de potes dans un salon krypto-gaucho-écolo pour rendre hommage à un de leur héros : Woody Guthrie, poète-fondateur de la folk musique américaine.

    Le concert est acoustique bien sûr vu la salle, mais Laetitia branche parfois sa guitare sur un mini-ampli grand comme deux paquets de cigarettes.

    Seb est un peu agité mais se révèle un excellent guitariste. Corinne est toute timide et Laetitia assure (sans doute la plus expérimentée). Tout ceci est gentiment improvisé, avec partitions sur pupitres. La musique est leur passion, ils nous la font partager avec l’admiration et la reconnaissance qu’ils vouent à Woody.

    Bien sur plus grand monde ne sait aujourd’hui qui est Woody Guthrie, mort en 1967. Ceux qui tendent l’oreille savent que Bod Dylan ou Bruce Sprinsgteen ont écrit des chansons sur lui et repris maintes des siennes. Ce soir seuls 50 parisiens assistent à cet émouvant hommage à l’immense protest singer, auteur inépuisable qui a écrit plus de 3 000 chansons, s’est battu contre le fascisme, au propre comme au figuré, il écrivait en gras sur sa guitare : « This machines kills fascists. »

    Le soir de l’élection d’Obama aux Etats-Unis, Pete Seeger et Bruce Springsteen ont joué en plein air, aux pieds de l’imposante statue de Lincoln, l’hymne de Woody This Land is your Land 

    This land is your land, this land is my land/ From California, to the New York Island/ From the redwood forest, to the gulf stream waters/ This land was made for you and me

    As I was walking a ribbon of highway/ I saw above me an endless skyway/ I saw below me a golden valley/ This land was made for you and me 

    I’ve roamed and rambled and I’ve followed my footsteps/ To the sparkling sands of her diamond deserts/ And all around me a voice was sounding/ This land was made for you and me

     The sun comes shining as I was strolling/ The wheat fields waving and the dust clouds Rolling/ The fog was lifting a voice come chanting/ This land was made for you and me

     As I was walkin’  –  I saw a sign there/ And that sign said – no tress passin’/ But on the other side  …. it didn’t say nothin!/ Now that side was made for you and me!

     In the squares of the city – In the shadow of the steeple/ Near the relief office – I see my people/ And some are grumblin’ and some are wonderin’/ If this land’s still made for you and me.

    Ce sera le final de cette sympathique soirée à Ménilmuche.

  • The Kill – 2011/11/13 – Paris l’Olympia

    Deux soirées à l’Olympia pour The Kills après leur prestations à Rock en Seine cet été. Le duo anglo-américain est renforcé sur scène par un quatuor de batteurs sur quelques chansons. La légende veut que leur nom The Kills ait été choisi en référence à Florence Rey et Audrey Maupin, un couple infernal français de gamins coupables d’une fusillade dévastatrice dans les rues de Paris en 1994 ; bilan 5 morts. Heureusement sous leurs aspects destructeurs, les Kills sont surtout des rockeurs et l’on sort vivants de leurs prestations, même si légèrement abasourdis !

    Jamie en est en cuir noir. Allison, vêtue d’un crêpe tenue camouflage a coloré ses longs cheveux ce soir en rouge et arpente la scène nerveusement comme à son habitude. Les boîtes à rythmes dégorgent un beat primal sur lequel se place l’étrange jeu de guitare de Jamie. Dans un excès de larsen, de saturation et de réverbération, il couvre le volume de la salle sous un déluge de bass et de sons d’une violence inouïe, le tout sur une rythmique endiablée et féroce. On ne sait plus trop qui prend le dessus des machines ou du guitariste mais la somme des deux est une véritable déclaration de guerre.

    Allison se révèle une remarquable chanteuse et il faut une sacré personnalité pour affronter le mur de son déclenché par Jamie. Sous un look de rockeuse no future, belle et sauvage, elle déroule une diction hypnotique et parfois des mots doux. Lorsqu’elle s’empare à son tour d’une guitare et accompagne Jamie on tient alors le couple divin du rock d’aujourd’hui, tendre et brutal : The heart is a beating drum/ It takes more than you wanted before/ To keep it on.

    Difficile de ne pas être captivé par l’incroyable vitalité de ce duo de choc, ni fasciné par leur musique simpliste et percutante. Et lorsqu’ils lancent leur rappel sur la reprise de Pale Blue Eyes du Velvet, une des plus belles chansons d’amour de l’histoire du rock, jouée punky et sobrement, nos cœurs chavirent et déposent chapeau bas devant la modernité et l’actualité de The Kills.

    Setlist : No Wow/ Future Starts Slow/ Heart Is A Beating Drum/ Kissy Kissy/ U.R.A. Fever/ DNA/ Satellite/ Last Day of Magic/ Baby Says/ Black Balloon/ Pots and Pans/ Cheap and Cheerful/ Tape Song/

    Encore : Pale Blue Eyes (The Velvet Underground cover)/ Sour Cherry/ Fuck the People/ Monkey 23/ The Last Goodbye

  • Smashing Pumkins – 2011/11/09 – Paris le Zénith

    Les Samshing Pumpkins au Zéntih ce soir. Le chroniqueur morose avait en tête de partager au moins une fois une soirée avec le grand Billy Corgan. Voila qui est fait et ne laissera ni à l’un ni à l’autre un souvenir indestructible, mais il a fait bon profiter deux heures durant de l’énergie de ce groupe un peu incompréhensible. Seul Billy est de la formation d’origine, qu’il a crée et qui a connu des hauts, des bas et des fâcheries. La nana de service est à la basse, le guitariste d’appoint est anonyme et bruyant, le gamin à la batterie cogne dur.

    Que dire de la musique live des Pumpkings ? C’est du rock industriel, un peu moins pervers que celui de Nine Inch Nails, un peu plus alternatif que Rammstein ; tout de même très bruitiste. On a du mal à suivre le cheminement des 2 guitares et de la basse dans un déchaînement de saturation et les affres d’un son surpuissant et sans doute de mauvaise qualité. Qu’importe, ces 4 là ont l’air de s’y retrouver et ne comptent pas leur temps (plus de 2 heures de show). C’est alternatif, confus, électrique, mais ça réveille les morts et vous laisse le cerveau un peu écrabouillé, le groupe porte bien son nom.

    Billy  qui peut compter sur un fan-club enthousiaste et dévoué salue longuement les premiers rangs avant de quitter la scène qui vibre encore d’une overdose de larsen.

    Setlist : Quasar/ Panopticon/ Starla/ Geek U.S.A./ Muzzle/ Window Paine/ Lightning Strikes/ Soma/ Siva/ Oceania/ Frail and Bedazzled/ Silverfuck/ Pinwheels/ Pale Horse/ Thru the Eyes of Ruby/ Cherub Rock/ Owata/ My Love is Winter/ For Martha

    Encore : Zero/ Bullet With Butterfly Wings

  • Cowboy Junkies – 2011/11/08 – Paris le Divan du Monde

    Cowboy Junkies – 2011/11/08 – Paris le Divan du Monde

    Extraordinaire concert des Cowboy Junkies au Divan du Monde. Ce groupe canadien de Toronto est mondialement célèbre pour sa reprise de Sweet Jane de Lou Reed, mais si vous ne les connaissez que pour cela alors courez, précipitez-vous chez votre disquaire, dépensez vos économies pour vous constituer la discothèque des Junkies et priez pour qu’ils ne tardent pas trop à revenir chez nous !

    Ils sont sur la route depuis 1985, et ces 25 années blanchies sous le harnais du blues et de la culture alternative ont donné un groupe subtil dégageant sur scène une douce mélancolie et une imperceptible lassitude. Margo Timmins, chanteuse, est sur le devant de la scène sous une coiffure rousse, une blouse imprimée sur un jean et un long gilet en laine, un peu informe dans lequel elle se cache à coté d’un volumineux bouquet de tulipes. Elle est accompagnée de son petit frère Peter à la batterie, son deuxième frère Michael, compositeur et guitariste d’exception, Alan Anton à la basse et Jeff Bird à la mandoline électrique. Ceux-là se connaissent sur le bout des portées et cela se sent dès les premières notes, leur cohésion et harmonie musicales tendent à la perfection.

    Dès les premières chansons Margo enchante la salle de sa voix chaude et profonde, au tremolo envoûtant, et des petites histoires racontées tous les deux ou trois morceaux, agréable respiration ponctuée de sourires troublants. Le concert sera divisé en deux parties, la première consacrée aux Nomad Series enregistrées au cours des 18 derniers mois et dont trois CD’s sont déjà disponibles (Renmin Park, Demons, Sing in my Meadow, le quatrième pour bientôt), la seconde au retour sur le passé d’une dizaine de disques originaux.

    En famille et sous le parapluie du blues, le clanTimmins a laissé courir sa curiosité et ses sens des années durant sur la planète musique pour un résultat merveilleux. En introduction de Renmin Park, Margo raconte comment Michael est allé vivre quelques mois en Chine pour en revenir avec un disque où se mêlent des inspirations étranges et cette sublime chanson Renmin Park, tellement Junkies, belle comme un sanglot glacé. La voix juste posée sur des accords acoustiques lents et majestueux, une intonation bouleversante. On imagine de vieux chinois faisant du Tai-Chi sous les cerisiers en fleurs pendant que les cygnes voguent lentement sur le Yangstee : Meet me on the banks of the Yangtze, Suzie/ Beneath the glare of the New-West Yard/ We’ll watch the barges cart away the waste of another day/ We’ll watch the barges cart away the waste of another day/ Meet me in the middle of Rennin Park/ Where the stone bridge meets the pond/ We’ll watch the ducklings gobbling bread/ And the stealth of the approaching swan/…

    Nomad Series

    I Cannot Sit Sadly By Your Side est de la même veine et se révèle une chanson de l’artiste chinois Zuoxiao Zuzhou, du rock mandarin traduit en anglais. On ne sait pas si la composition originale est aussi mélancolique mais Michael en a fait une véritable chanson des Junkies !

    Les morceaux de Sing in my Meadow révèlent le redoutable guitariste-compositeur qu’incarne Michael, loin de ses guitares évanescentes de Renmin Park, notre homme sait faire parler l’électricité grinçante. Toujours assis, comme son compère Jeff à la mandoline, ils torturent tous deux leurs cordes pour accompagner Margo. C’est la rage qui saisit ces guitaristes qui prennent alors la direction du show, la voix tragique de la chanteuse ajoutant à l’atmosphère de dévastation qui fait vibrer les tulipes.

    Quelques reprises marquent la déférence du groupe vis-à-vis de ses héros : Moonlight Mile que Margo introduit rappelant ses seize ans lorsqu’elle assistait aux concerts des Stones, Old Man de Neil Young, un hommage à Vic Chesnutt, un artiste folk américain, paraplégique, unanimement reconnu et repris par les plus grands et aux reprises duquel l’album Demons de ces Nomad Series est entièrement consacré. Et bien sûr Sweet Jane est lancé, après une longue introduction de guitares délirantes. Enregistré en 1988 dans l’église de la Sainte Trinité de Toronto, le morceau du Velvet Underground est réduit à un couplet répété à l’infini sur une bass jazzy et obsédante, ponctué des Sweat-sweat Jane et des vocalises de Margot, incroyablement tristes.

    A plusieurs reprises elle fera allusion à la noirceur de leurs textes. S’adressant à un internaute parisien qui lui avait demandé avant le concert une dédicace pour son amie, elle avoue, dans un grand éclat de rire, avoir eu du mal à trouver dans son catalogue quelque chose qui ne parlait pas de mort, de rupture et de fin !

    Mais la musique des Cowboy Junkies est ainsi faite, un monde d’infinie mélancolie, comme un songe éveillé dans lequel Margo nous tient par la main pour nous accompagner sur l’étroite frontière qui sépare la désespérance de la beauté. Une errance sans but, sinon celui de la poésie, de celle qui vous envahit avec douceur, entre frisson et plénitude. L’immense talent du groupe et le charisme de sa chanteuse nous font tenir en équilibre, tremblants, émus, pour finalement tomber du bon coté de la Force, celui de la musique comme bouclier de l’âme.

    1ère partie : Priscilla Ahn

  • Death in Vegas – 2011/11/01 – Paris le Bataclan

    Death in Vegas au Bataclan ce soir : le groupe britannique de Richard Fearless livre un concert électro entraînant. Il s’agit de machines mais aussi de musique. Et puis il y a quelques guitares, de temps en temps, et des voix, parfois. Nous sommes dans le monde de l’électronique, une atmosphère plus ou moins dansante mais très sombre, tirant parfois sur le sinistre !

    La répétition des machines, la superposition des boucles, le volume du son, tout ceci tend à faire sombrer l’assistance dans une tornade hypnotique, un vertige sans fin, c’est l’objet de cette musique qui fait s’évader du monde réel pour entrer dans l’univers de la transe. Les Death in Vegas excellent dans l’exercice.

    Fearless, barbu et concentré, commence le show à la guitare face à son batteur pour 3 ou 4 morceaux avant de se pencher sur ses machines étranges pour le reste du concert. D’un calme olympien il pianote, il tapote, il tripote, des boutons et des curseurs que l’on imagine reliés à des ordinateurs. Solidement soutenu par batteur, bassiste et guitariste, il mène son monde pour délivrer une musique qui fait froid dans le dos mais qui vous fait sortir de vous-même.

    Warm up : Von Haze

  • Yann Tiersen – 2011/10/28 – Paris le Trianon

    Yann Tiersen, en concert au Trianon pour la sortie de son dernier disque Skyline : musicien breton au parcours atypique il ponctue la scène rock française de compositions riches et étranges. Skyline et Dust Lane qui lui a succédé sont de la même veine, de la musique progressiste, de longs morceaux instrumentaux, une musique qui fleure bon la grise austérité de sa Bretagne d’origine et dont une partie est écrite et enregistrée à Ouessant, une île sauvage battue par les vents et les tempêtes à l’Ouest de l’ouest de l’hexagone, sentinelle de l’Atlantique où tant de marins se sont perdus.

    Yann Tiersen trop souvent reconnu comme l’auteur de la musique du film Amélie Poulain alors qu’il est vaut bien mieux que cette gentille comptine musicale. Bien sûr, des morceaux instrumentaux de 15 mn ne sont pas tout à fait au format FM qui assure la diffusion commerciale…

    Sur scène en T-shirt et chemise à carreaux informe, cheveux gris fillasses, Yann est accompagné de cinq musiciens et de pas mal de machines. Il passe alternativement des guitares à l’électronique ou au violon qui donne une touche celtique à cette musique des grands espaces. A plusieurs reprises les six musiciens unissent leurs voix de basse, à mi-chemin entre les chœurs de Solesmes et le vent qui mugit sur le phare du Créach un soir d’hiver sur Ouessant.

    L’homme semble timide et en retrait, il s’exprime derrière ses instruments à l’aide de compositions majestueuses. Sa musique est moderne et nerveuse, variée et dynamique, issue des profondeurs de l’âme d’un musicien talentueux menant sa barque sur des chemins de traverse. Elle a enchanté le Trianon ce soir !

  • John Cale – 2011/10/17 – Paris la Maroquinerie

    John Cale – 2011/10/17 – Paris la Maroquinerie

    John Cale, une de ces discrètes légendes du rock moderne est de retour à Paris à la Maroquinerie, petite salle pour grand bonhomme entouré de trois musiciens dont un excellent, barbu et rigolard guitariste.

    Comme en 2005, John Cale succède à quelques semaines près à son compère Lou Reed. Faut-il le rappeler, ces deux là ont créé le Velvet Underground, l’un des groupes les plus influents du XXème siècle, puis connu des parcours variés, Lou dans ses monologues poétiques qui aboutirent à quelques unes des plus irréparables compositions du rock, John dans une veine plus expérimentale, produisant de nombreux artistes importants ; mais l’un comme l’autre tenaillé par l’ambition créatrice et le talent continuent à plus de 70 ans à… créer. Cette ténacité brûlée sous la flamme du feu sacré de la musique est la marque des grands artistes.

    Ce soir nous somme face à un mythe qui déboule en blouson col relevé et T-shirt, chevelure et petit bouc roux, le visage raviné par les années mais toujours animé du même enthousiasme. Il vient de sortir un disque Extra Playful (dont sa fille Eden a dirigé la vidéo promotionnelle de Catastrofuk) et a programmé un concert parisien supplémentaire au Centre Pompidou. La traduction française de son autobiographie « What’s welsh for Zen? » est disponible chez Au diable vauvert depuis mai dernier.

    John Cale et son ensemble jouent 1h30 durant un programme de morceaux classiques et d’envolées plus progressistes ; pas de retour sur le Velvet. Il passe de la guitare acoustique aux claviers derrière lesquels il joue les sons les plus modernes et chante au gré des dissonances électroniques et des cassures de rythmes, agrémentées des touches étranges de son guitariste virtuose. Il n’a renoncé à rien et surtout pas à l’innovation musicale qui est sa marque de fabrique. De son pays de Galles natal au New York d’Andy Warhol et de Lou Reed, du monde underground sous cocaïne aux opéras enflammés écrits pour Nico, John Cale nous revient au cœur de la vieille Europe continentale toujours investi de la même mission : guider ses congénères avec une musique qui vient de l’âme !

    Lire aussi : John Cale – 2005/10/06 – Paris le Café de la Dance
  • Primal Scream – 2011/09/06 – Paris la Cigale

    Les Primal Scream sont de passage à Paris. Toujours emmené par le chanteur Bobby Gillespie  le groupe écossais ne casse plus trop la baraque ces dernières années et viens nous rejouer l’intégrale de l’album Screamadelica comme il l’a déjà jouée depuis le début de cette année dans différent festivals. Sorti au début des années 90 Screamadelica est resté le disque culte de ce groupe alternatif, un mix de guitares psychédéliques, de rythmes tournoyants et un chanteur déjanté.

    Bobby est égal à lui-même, grande bringue habillée de noir, le cheveu raide et long, arpentant la scène pour resservir avec un plaisir manifeste ce monument de son passé. Andrew Innes guitariste historiques en borsalino et chemise hawaïenne, détendu et virtuose, une choriste au coffre impressionnant et une bande de musiciens jouant avec vitalité devant la Cigale surchauffée.

    Il n’est pas bien sûr que ce Screamadelica ait bien vieilli, ou peut-être est-ce le chroniqueur qui s’est laissé déborder parle temps qui passe.

    Warm up : Little Barrie