Catégorie : Kronic concerts-rock

  • Joseph d’Anvers – 2008/10/07 – Paris le Nouveau Casino

    Joseph d’Anvers, on le connaît mieux depuis qu’il a signé le texte de la meilleure chanson (Tant de Nuits) du dernier disque de Bashung Bleu Pétrole. Alors un déplacement au Nouveau Casino était de mise ce soir. Il est accompagné d’un groupe de 4 musiciens guitare/ bass/ batterie et clavier. Grand, mince et barbu, à l’aise avec ses potes électriques, accueillant avec 2 invités (dont Money Mark des Beastie Boys), généreux avec le public, il revient d’un voyage au Brésil et aux Etats-Unis où il a écrit et enregistré son deuxième disque Les Jours Sauvages, sorti avant l’été.

    Tout ce petit monde se déchaîne et entoure le Maitre de riffs aiguisés comme l’acier. L’énergie des guitares transcende des mots mélancoliques. Le rock produit son effet et fait monter les œufs en une neige parfaite qui recouvre le Casino de son avalanche. Joseph se régale, souriant, tressautant, heureux comme un gamin qui partage son nouveau jouet. 3 ou 4 rappels et son hit Kids rejoué trois fois dans la soirée avec Money : Perdu apeuré par le jour/ Mes larmes sèchent ma peur du vide/ Come alone and you’re be bright/ Kids are swinging out in heaven.

    Un artiste à suivre.

  • Festival Rock en Seine – 2008/08/28>29 – Paris Parc de Saint-Cloud

    Festival Rock en Seine – 2008/08/28>29 – Paris Parc de Saint-Cloud

    The Do toujours fringants et adorables nous déploient sa musique de charme. Olivia dit sa joie d’être sur scène alors que le groupe était spectateur du festival l’an passé. Pas fatigués des nombreux festivals parcourus depuis le début de l’été, le trio nous offre la même fraîcheur et des couleurs toujours chaudes, costumes pastel, guitares claquantes, voix de charme.

    Sainte Olivia pleine de grâce, rockez pour nous !

    Dirty Pretty Things menés par Carl Barat, ex-Libertines, l’Union Jack serti autour de la taille en guise de ceinture, déroule un rock british pur et rude, sans fioriture ni chichi. Ce sont les héritiers de la tradition punk, ils en ont gardé l’énergie vitale complétée par un peu plus de technique et de musicalité. Avec eux on reste au cœur de la tradition rock british.

    Tricky : c’est l’une des vedettes du festival. Ex-Massive-Attack, producteur et musicien de génie, il vient présenter son nouveau disque solo : Knowle West Boy. Le groupe s’installe à la nuit tombant et alors que la sono diffuse In the Air de Phil Collins. Tricky est en Perfecto sur débardeur blanc, crête de dreadloks et tatouages variés il a vite fait de tomber ces oripeaux pour nous exposer son corps de rêve.

    Nouvel iguane trip-hop il vaut mieux que sa pose ne le laisse penser et sa musique est là pour le prouver : sombre, torturée, saccadée, tout en ruptures de rythmes, de voix, de sons. Tricky est accompagné de musiciens blancs extérieurement anonymes, musicalement performants, notamment une choriste qui fait plus qu’accompagner son intimidant leader.

    Accroché à son micro, trépignant sous ses locks en bataille, Tricky est dans son monde, loin de nous, il paraît branché sur l’éternel lorsque pointant le doigt vers le ciel il répète à n’en plus finir I want Jesus come alors que les nappes de claviers et le beat obsédant des basses pénètrent les âmes sur la scène de la Cascade. Un show de toute beauté, étrange et dérangeant, mené par un artiste inspiré. Probablement l’un des points d’orgue de ce festival.

    R.E.M. est de retour avec un nouveau disque (pas très intéressant) mais surtout l’immense plaisir de les revoir sur scène pour un énergique best of de leur carrière que l’on ne saurait oublier. Ils rencontrent d’ailleurs un franc succès. Michel Stipe n’hésite pas à descendre dans l’arène pour entonner The One I Love ou Looosing my Religion avec les premiers rangs fous de joie.

    Stipe est resté le même, le crâne toujours superbement imberbe, une voix envoûtante, un charisme entraînant, une énergie sans limite, une foi irradiante : l’ex-avenir du Rock vieillit bien et enchante le Parc de Saint-Cloud pour une samedi soir ordinaire à Rock en Seine.

    The Jon Spencer Blues Explosion : du blues messianique, bien lourd et bien gras, délivré par un garçon en costume bleu pétrole, accroché à sa guitare comme à une bouée de survie, qui en veut et qui y croit.
    Kate Nash : une pop sucrée pour adolescente. Le chroniqueur est bien trop vieux.

    The Raconteurs : 4 garçons chevelus emmenés par un duo de deux guitaristes solaires, Jack White et Brendan Benson, le blues américains dans toute sa puissance, qui exsude la chaleur du Tennessee et la fumée des saloons à cowboys. Les deux héros torturent leurs guitares avec délices et accompagnent les cordes électriques de leurs voix aigues.
    Un super-groupe de copains qui se libèrent de leurs formats habituels pour faire parler la poudre. Après un set d’une heure, ils reviennent pour un inhabituel rappel de 30 mn qui déjà annonce la défaillance de… Amy Winehouse qui une nouvelle fois annule sa venue à Rock en Seine au dernier moment, back to black. Une annonce est faite au micro après le départ des Raconteurs et la foule, pas vraiment surprise, regagne tranquillement les stands à saucisses.

    Cette fois Amy était la vedette du festival qu’elle devait clôturer ce dimanche soir sur la grande scène. Nouveau défaut de cette artiste autodestructrice, nouvelle déception pour le public français après sa prestation au Zénith que l’on dit déplorable. Quel dommage !

    Justice : compte tenu du lâchage d’Amy le concert des français est retardé. Le chroniqueur y fait une petite halte histoire de s’imprégner de cette électro qui fait vibrer la jeunesse, avant un repli prudent pour préserver ses tympans. Jusque sur le pont de Saint-Cloud les basses du duo font vibrer l’atmosphère.

  • Massive Attack – 2008/07/23 – Arles les Arènes

    Massive Attack – 2008/07/23 – Arles les Arènes

    Massive Attack au théâtre antique d’Arles, voila un programme alléchant que d’allier cette musique de notre temps avec la puissance romaine. Dieu merci nous ne sommes pas affectés aux arènes de la ville, temple de violence et de vulgarité, où les taureaux ont remplacé les gladiateurs, mais où le sang toujours attise la joie primaire du peuple. Non, le concert a lieu dans le théâtre antique d’Arles centre de gravité de la culture millénaire de notre civilisation, haut lieu de subtilité et d’intelligence. Un déplacement dans le sud était donc de rigueur, ne serait-ce que pour patienter jusqu’à la sortie du prochain disque des Massive Attack maintenant reportée à 2009.

    Assis sur les gradins de pierre ancestraux, nous sommes prêts pour l’expérience intemporelle d’un nouveau concert de Massive Attack. Ambiance détendue, des gens du coin, des touristes en goguette dans le sud et quelques fans venus pour l’occasion.

    Le soleil se couche lorsqu’apparaît Fink et son groupe intermittent bass-batterie, lui assis sur un tabouret joue de la guitare et chante, plutôt agréablement, un folk-rock bien pensé. A découvrir plus avant.

    La nuit est noire et les Massive Attack nous invitent à les rejoindre dans ce monde trip-hop dont ils sont devenus les maîtres, tout en puissance et en sophistication. Quelques sons aériens fusent des synthétiseurs, Robert del Naja (3D) et Grant Marshal (Daddy G) s’installent derrière les platines et la rythmique si spécifique, double batteries / bass, s’empare de l’espace en nous plongeant immédiatement dans la violence live de ce groupe d’anthologie qui depuis 25 ans mène sa route à coups d’innovations tranquilles mais sans dévier d’une ligne urbaine et sombre. C’est une nouvelle chanson, All I Want, qui ouvre le bal.

    Le propos de ce mouvement trip-hop si bien mené par Massive Attack est de délivrer une atmosphère unique dont la musique n’est qu’un des éléments. Au-delà des notes, des rythmes et des compositions, ce groupe réussit à modeler l’espace et la matière sonore en une fusion physiquement perceptible. Ce sont des fleuves de lave brûlante qui coulent dans nos âmes tiraillées à hue et à dia entre un beat hypnotique et la douceur des voix, spécialement les duos slammés 3D/ Daddy G. Comme toujours on ne les perçoit qu’à peine, cisaillant en ombres chinoises les flux de lumière venant du fond de la scène. Mais la magie de l’outdoor et la dimension humaine du théâtre nous placent au cœur du show.

    Horace Andy est toujours du voyage et affrontera une panne électrique à la fin de sa première apparition, coïtus interruptus mal à propos coupant l’élan de sa très belle voix aux trémolos vibrillonants. Deux nouvelles chanteuses renforcent le collectif, Stéphanie, vestale blonde évanescente qui tâtonne sur sa guitare en chantant, merveilleusement, Teardrop, et Yolanda, cantatrice black au coffre impressionnant qui emmène le groupe vers des sommets vocaux, délaissant le style désincarné de ses collègues pour nous envouter d’humanité primale.

    Le fond de scène en diodes luminescentes est renouvelé dans son contenu ; y défilent les messages un peu naïfs d’un groupe en rébellion. La forme est toujours percutante de modernité, entre hall d’aéroport et connexion web, diffusant un halo de mystère dans lequel évolue ce groupe félin.

    Le show vit sa vie et nous déroule une musique somptueuse servie sur un lit de mystère et de clignotements irréels. Voyage intergalactique dans le feulement des machines, balade introspective au cœur de nos émotions, les impulsions électriques diffusées par ces voix et musiques allument des feus éphémères au hasard de notre cerveau, qui nous font entrer dans celui de ces compositeurs d’exception qui ont si bien compris le son de notre époque et synthétisé le sang de leur épopée.

    Est-ce l’intimité de ce théâtre antique ou la sérénité des musiciens, mais ce soir les Massive Attack nous ont paru moins déshumanisés : quelques ratages techniques, de grands éclats de rire, une danse endiablée de 3D sur le final qui nous a menés jusqu’à un big-bang orgasmique… Un dernier rappel sur Karmacoma où notre duo de Bristol se passe la balle : Well leave us in emotional pace/ Take a walk, taste the rest/ No, take a rest/ Karmacoma jamaica’ aroma/ Karmacoma jamaica’ aroma… et nous repartons la tête dans les nuages après cette soirée estivale de toute beauté.

    Les Rencontres Arles Photographie occupent agréablement la fin du séjour, demain The Do prendront la suite à Arles mais le TGV pour Paris attend.

    Set list : All I want, Marooned, Rising son, Teardrop, 16 Seeter, Kingpin, Mezzanine, Harpsichord, Red Light, Inertia creeps, Safe from harm, Marakesh 1er rappel : Angel, Unfinished sympathy, Dobro 2ème rappel : Karmacoma

  • Poney Express – 2008/07/11 – Paris la Dame de Canton

    Concert de Poney Express ce soir à la Dame de Canton, une jonque amarrée sur un quai de Seine du XIIIème arrondissement. Ladyfingers, troubadour solitaire et drôle, guitariste-compositeur perdu loin de son Amérique natale, fait mieux que chauffer la salle.

    Tchou-kou-tchakk, Tchou-kou-tchakk, l’intro musicale est lancée au rythme de la diligence qui fait tanguer la jonque et déjà le cœur de la cinquantaine de spectateurs qui s’agglutinent autour du puits de dérive en acajou. Les 4 de Poney Express entrent en scène, les hommes sont mal rasés et détendus (bass accoustique et batterie), les filles subtiles et bien apprêtées (guitare acoustique-chant et violon). Ces quatre là s’entendent comme larrons en foire, se sourient et se soutiennent, et nous convient à un voyage à travers leur imaginaire poétique et transatlantique.

    Anna, blouse à fleurs sur collant gris et boots cowgirl prend sa respiration, ferme les yeux et démarre Les Femmes de Milwaukee, de sa voix brumeuse, a capella : Voir de près l’horizon qui au loin s’étire/ Mille et une raisons de se faire engloutir/ Dans les sables mouvants et ne pas revenir/ Devenir un Yankee/ Dans mes rêves, je suis une femme de Milwaukee. Et soudain, fouette cocher, les poneys entament leur vigoureuse cavalcade sur la piste soulevant un nuage de poussière qui se voit très loin dans la vallée. Le batteur, debout, chapeau de paille de travers, frappe sur ses caisses ; la violoniste, bretelles en bandoulières, ajoute ses cordes en une saveur western ; Anna aligne ses accords (huit allers-retours par mesure) sur lesquels elle pose sa jolie voix avec élégance et naturel ; Robin Feix (bassiste de Louise Attaque), feutre et cravate, un air de Sean Penn sur This Is Not America, s’accroche à son impressionnante bass acoustique.

    Une respiration le temps de passer la guitare au bassiste pour une chanson de sa composition et la diligence repart, toujours avec les mêmes chevaux, pas fatigués le moins du monde, la musculature fine, frottées aux longues fuites devant les indiens à l’assaut d’un butin de mots et de notes.

    La jonque balance, les guitares gardent l’équilibre et les musiciens poursuivent leur chevauchée légère, celle d’un folk délicieux qui glisse dans nos veines comme un fondant au chocolat dans le gosier. Après un rappel avec Ladyfingers, le groupe débranche ses instruments et vient s’installer au milieu des spectateurs pour nous jouer la balade de Paul, l’histoire étrange d’un fan d’Elvis qui erre dans les rues de Menphis :

    Bye Bye Paul/ Ton front se cogne sur le sol, carmin/ Tu tiens entre tes mains/ Bye Bye Paul/ La photo de ton idole/ En sépia satin/ Encore un mort pou rien/ Et demain matin/ Menphis se réveillera sans toi.

    C’est fini, la jonque est à nouveau amarrée à la réalité et nous en débarquons, légers et charmés par cette soirée maritime.

  • Willy DeVille – 2008/07/08 – Paris la Cigale

    Willy assure la promotion de son dernier disque Pistola et passe à la Cigale, au centre de Paris, ville qu’il déclare porter dans son cœur au même titre que La Nouvelle Orléans et New York. Dans le Libé du 5 juillet il a déclaré cet album «Un peu plus noir que Crow Jane Alley… , parce que j’y parle à mon grand-père. La nuit, souvent, je sors dans la rue. A 3 heures, je vois des montagnes, Manhattan. C’était un chef indien. Et il devait avoir une sacrée potion magique car chaque porte possède sa propre lumière.»

    Le concert est assis, plutôt inhabituel pour le lieu et le genre. L’âge moyen est élevé, le spectateur un peu mondain. En première partie un groupe de nomades des sables, Desert Rebel, joue des guitares électriques en djellabas, intéressant !

    Willy se présente ce soir avec son groupe historique, Mink DeVille, qui démarre une intro musicale pour préparer l’arrivée de son Maître. Le guitariste rondouillard et bon enfant sous sa veste en jean fait glisser les slides sur ses cordes tel un cobra sur une branche. Willy débarque, comme toujours habillé en daim noir, les cheveux dans le dos, une paire de lunettes rondes aux verres rouges, boucles d’oreille turquoises, l’air d’un indien navajo en goguette à Pigalle.

    Goguenard et souriant il entame Loup Garou et les sièges de la Cigale tressautent en rythme. Le groupe est impeccable, le blues est son âme et Willy son démon. Peu de morceaux de Pistola ce soir mais une plongée dans la totalité de son répertoire, avec humour et brio. Parfois assis sur son tabouret, alternant Marlboro et guitare, assénant humour et rock avec le même à-propos, il nous déballe la sérénité amusée du musicien virtuose qu’il est devenu au long d’une route ponctuée d’albums, de galères et de reconnaissance.

    Le sang indien qui coule dans ses veines, les influences latinos qui parfois l’inspirent, le rock qui le guide et l’affichage de cet heureux mélange en font une espèce de Jim Harrison punk. La prolixe exubérance, littéraire de l’un, musicale de l’autre, les ont investis en créateurs que l’on n’abandonne jamais.

    Bacon Fat, Savoir-Faire, Hey Joe… nous catapultent dans notre histoire d’amour avec Willy, toujours présente, encore enflammée, qui n’a pas pris une ride. Ne serait-ce point l’indicateur de la passion ?

    Set list : Watermelon Man (intro), Loup Garou, So So Real, Chieva, Even When I Sleep, Downside of Town, Spanish Stroll, Muddy Waters Rose Out Of The Mississippi Mud, Heart And Soul, You Got The World In Your Hands, Bacon Fat, White Trash Girl, Hey Joe, Betty And Dupree, Venus Of Avenue D, Demasiado Corazon, Savoir-Faire, Cadillac Walk, Mixed Up Shook Up Girl, Just Your Friends

    Encore : Let It Be Me, Steady Drivin’Man

  • Beck – 2008/07/07 – Paris l’Olympia

    Beck à l’Olympia. Son dernier disque Modern Guilt est sorti ce jour. La presse nous gratifie de chroniques mitigées sur ce rocker aujourd’hui décevant après avoir été présenté comme un demi-Dieu à ses débuts. Nous l’avions vu pour une excellente prestation juste avant Radiohead au final de Rock en Seine 2007 et l’Olympia de ce soir n’en fut pas moins brillant n’en déplaise à nos versatiles journalistes.

    Yeasayer en première partie : guitares, platines et modernité, ouvre le bal. Beck s’ensuit avec ses cheveux filasses sur les épaules, blond-roux, une chemise à gros carreaux noirs et blancs qui lui pend sur les genoux, un gilet chiffonné crypto-baba et de grosses lunettes roses qui seront rapidement emportées par le rythme des premières mesures. Il est épaulé par une guitariste rythmique, mimi tout plein, genre latinos tressautante qui déplie ses doigts fins sur les cordes ; d’un bassiste maigrichon looké instituteur attardé style Costello ; un clavier sur-vitaminé qui danse sur son estrade autant qu’il ne joue et fait choir son ordinateur au début du set, rafistolé ensuite à grand renfort d’adhésif par un roady inquiet, et un batteur-cogneur.

    Au milieu de la tourmente déclenchée par ses musiciens dynamiques, notre compositeur californien affiche une imperturbable sérénité, accroché à sa vieille guitare éraflée. Tout valdingue autour de lui avec une joyeuse énergie et Beck dirige cette entreprenante cacophonie avec malice, donnant le ton de sa musique, toute en cassure de rythmes et d’harmonies, assaisonnant cette musique syncopée et nerveuse de solos tranchants.

    Sa voix relativement anonyme psalmodie des textes mystérieux, entre rapp et lecture sacrée, sur une rythmique à réveiller les morts. Poursuivant son chemin de traverse, le groupe nous délivre une étrange fusion des influences musicales de son leader : hip-hop, électro, blues et rock. Un artiste original et surprenant qui déclare ne pas être un véritable artiste pop et vouloir plus que tout « faire quelque chose avec David Bowie… un trésor vivant ». On est impatient de cette collaboration espérée. En attendant nous eûmes un concert propre et carré, ingénieux et malin, on ne demandait que ça !

  • Lou Reed – 2008/06/28 – Paris la Salle Pleyel

    Lou Reed – 2008/06/28 – Paris la Salle Pleyel

    Le film Berlin de Julian Schnabel est sorti à Paris en mars dernier et Lou est revenu à Paris avec son petit monde pour nous rejouer Berlin, le « disque punk ultime », Salle Pleyel… Rien à redire ou à changer par rapport à l’an passé, le concert s’est déroulé sur le même sombre tempo. Lou est toujours Lou, jeans et T-shirt brun, même moue boudeuse, toujours cette morgue désenchantée, une nouvelle guitare looké argentée-réfléchissante avec une espèce de cercle-poignée creusé dans la caisse, mais toujours cette voix poignante au service de compositions éternelles.

    Le rappel a légèrement divergé du Palais des Congrès avec Rock ‘n’ Roll ainsi qu’une sublime et émouvante chanson (inconnue du chroniqueur) The Power of the Heart.

    Le rédacteur du programme est particulièrement lyrique, plutôt habitué à Verdi qu’à l’underground : « de fait, Lou Reed n’explose pas mentalement, il implose artistiquement… »

    Si Lou Reed repassait demain il faudrait y retourner. Il nous attire sans fin comme seuls les immenses artistes peuvent nous aimanter.

  • Björk – 2008/06/25 – Paris l’Olympia

    Björk – 2008/06/25 – Paris l’Olympia

    Björk a fait repasser son Volta Tour par l’Olympia ce soir pour y filmer un DVD de cette tournée qui se termine. Un show assez similaire à celui de Rock en Seine l’an passé mais, loin des grands espaces de Saint-Cloud qui donnaient une dimension galactique à sa musique, quelle plaisir de revoir la petite fiancée de Paris dans un environnement si convivial, on se croirait dans notre salon au coin du feu pour profiter de cette personnalité musicale exceptionnelle, juste pour nous ! Et ce fut un assaut de couleurs et d’énergie. Une symbiose toujours étonnante entre la tradition du clavecin et la modernité d’incompréhensibles machines à sons, avec comme pont entre les deux, ce lutin créatif et tressautant. Son corps et sa voix semblent directement branchés sur les ordinateurs de ses musiciens, elle mime les rythmes de leurs machines en cisaillant l’air de ses avant-bras tel un guerrier samouraï au combat de sabre.

    Elle entre sur scène habillée d’un collant argenté porté sur une robe chasuble aux couleurs de l’arc-en-ciel, comme le maquillage qui orne son front : guerrière, définitivement guerrière ! Puis au milieu du show, elle revient démaquillée, vêtue de froufrous roses. Comme l’an passé elle termine sur Declare Independance et scande «Make your own flag/  Raise youy flag » devant un public médusé. Je ne suis pas bien sûr que le message politique ne soit pas aussi une incantation à affirmer l’indépendance de sa propre personnalité, mais ce n’est pas grave, quelques spectateurs brandissent le drapeau tibétain en référence à son concert de Shanghai où elle a complété le refrain d’un « Free Tibet » retentissant. Un hurluberlu pavoise le drapeau libanais, cela ne peut pas faire de mal.

    Comme dans son interview de 2007, elle laisse le choix de l’interprétation à son public qui s’égaye sur le boulevard des Capucines :

    « Declare Independence is very confrontational… For me, every time its starts I just burst laughing. I’m finding a lot of people don’t take it that way, which is okay. I seem to have a warped sense of humor that me and my three friends can understand, it’s very local. This one dress, for example… But I guess it’s sort of taking the piss of being myself, feeling that confrontational. I wanted the lyric to be a mix of like if you’re saying to your friend, who happens to be going out with a terrible boyfriend, and you say to the girl, « Declare independence ! Don’t let them do that to you ! » [laughs] I just thought it’s so extreme, and so ridiculous to say. You know, « Make your own stamp ! Start your own currency ! »

    And on the other hand, you can take that concept completely different. There’s this big thing you hear in the papers always in Iceland, that we were a Danish colony for like 600 years, and we got independence only half a century ago. And there’s still two Danish colonies, which is Farore Islands and Greenland. They’re still trying to get independent, and it’s just not happening. Greenland almost got independent, but then the Danish found oil there, so… It’s not gonna happen. [laughs] It’s sort of maybe a little bit of an anthem written to Greenland. » source : interview XFM, 05/04/2007

    Sur le grimoire posé sur le clavecin est écrit : « Music donnum Dei ». On ne saurait si bien dire !

    00. Intro – Brennið Þið Vitar/ 01. Earth Intruders/ 02. Hunter/ 03. Immature/ 04. Joga/ 05. I See Who You Are/ 06. Pleasure Is All Mine/ 07. Pagan Poetry/ 08. Vertebrae By Vertebrae/ 09. Where Is The Line/ 10. Who Is It/ 11. Oceania (Instrusmental)/ 12. Desired Constellation/ 13. Army Of Me/ 14. Innocence/ 15. Triumph Of A Heart/ 16. Bachelorette/ 17. Vökurö/ 18. Wanderlust/ 19. Hyperballad/ 20. Pluto

    Rappel : Declare Independance

  • Bashung – 2008/06/11 – Paris l’Olympia

    Bashung – 2008/06/11 – Paris l’Olympia

    Quatre concerts à l’Olympia à guichets fermés pour Alain Bashung, rocker géant et poète poignant. Calvitie chimiothérapique, vêtu d’un smoking, chemise blanche ouverte, feutre et lunettes noires. Blues Brother tragique, il dirige ce soir une formation très épurée de quatre musiciens, light-show simpliste, la soirée est concentrée sur les mots et la musique, sombre bien sûr, sombre… à l’image de son dernier disque Bleu Pétrole, sorti depuis deux mois.

    Artiste accompli, musicien et acteur, il promène sa poésie depuis trente ans sur la scène française, de compositions en films, de collaborations en réflexions. Rocker engagé, ses derniers disques sont des plongées dans la nuit. Le superbe L’Imprudence a donné lieu à la Tournée des grands espaces dont fut tiré un remarquable DVD. Bleu Pétrole est un retour à la simplicité folk brute, fruit d’un travail étroit avec Gaëtan Roussel de Louise Attaque (ces deux là étaient faits pour se rencontrer un jour), mais aussi avec Armand Méliés ou Gérard Manset. On retrouve sur les crédits du disque Mark Plati et Gerry Leonard, musiciens-producteurs de Bowie.

    Ce soir le son de la voix est mixé très fort et la salle tremble sous le choc des phrases subtiles qui percutent les guitares acoustiques en une symbiose amère. Bashung est debout ou appuyé sur un tabouret de bistrot, économe de ses gestes, il présente une vraie posture de rocker, qu’il plaque des accords sur sa guitare noire ou déclame ses rimes secrètes. L’essentiel de Bleu Pétrole est servi à une audience émue et les retours sur le passé ne sont pas moins appréciés. La Nuit Je Mens est un sommet, What’s in a Bird, J’Passe pour une Caravane sont reçus avec délice. Deux rappels dont un duo avec Chloé et un bouleversant Angora : le souffle coupé/ la gorge irritée/ je m’époumonais/ sans broncher/ Angora/ montre-moi/ d’où vient la vie/ où vont les vaisseaux maudits.

    Bashung nous quitte sur Nights in white satin, une reprise des Moody Blues. Tout le monde pense à son cancer mais l’homme est inchangé : une statue du rock français, érigée solitaire dans un univers fascinant dont il nous entrouvre les portes avec générosité. Et c’est toujours la même féérie du jeu des mots servis sur un lit de notes. D’ailleurs nous avons déjà notre place pour son Bataclan du mois de novembre prochain !

  • Radiohead – 2008/06/09 – Paris Bercy

    Radiohead – 2008/06/09 – Paris Bercy

    C’est toujours avec une grande curiosité que l’on se rend à un concert de Radiohead, le groupe britannique mutant du rock d’aujourd’hui ; ce soir une foule pressée frétille d’impatience en investissant Bercy, quelques accros du ballon rond assistent dans les bistrots du coin aux dernières passes qui enterrent les footeux tricolores. Souriez, ce n’est que du sport et aujourd’hui Radiohead va vous offrir bien mieux.

    L’immense scène est couverte par des rideaux de lianes suspendues qui vont s’avérer être des néons dans lesquels circulent, en sens parfois contraires, des flots de lumières telles des bulles dans un aquarium, en accord avec la musique, donnant au show une allure féérique et douce. Accrochés aux deux amplis du fond pavoisent des drapeaux tibétains.

    Le groupe entre en scène pour des retrouvailles parisiennes avec un public qui les déifie depuis leurs débuts, les cœurs battent. Thom en veste blanche et jean noir, le cheveu hirsute, la barbe taillée, entame All I Need et enchaîne sur There There et Lucky, trois hymnes profonds tirés du cœur de la sombre et divagante inspiration ce groupe. Sa voix monte lentement dans le vaste hall accompagnée par une rythmique obsédante. Johnny quitte ses claviers et déchire Bercy sur le solo de guitare de Lucky : I feel my luck could change/ Pull me out of the aircrash. Notre chance nous la tenons d’être ici ce soir, le ton est donné, le show ne faiblira pas une seconde deux heures durant.

    Un grand écran découpé en cinq carrés passe des images de la scène en noir et blanc avec des angles de prise de vue improbables, généralement des mini-caméras solidaires des micros ; on voit les bouches, les yeux, les poils de barbe et autres appendices de musiciens à l’œuvre. Et l’on assiste surtout à du grand œuvre ! Ce groupe soudé développe une musique d’une modernité telle que l’on s’étonne qu’il puisse remporter un tel succès populaire. Bonne nouvelle, au-delà du foot et de Madonna il reste encore un peu de place pour la création pure. Ces cinq bonhommes tournent et créent ensemble depuis des années, cela se voit et s’entend. On a l’impression d’un processus musical évident mais sophistiqué. La cassure est le maître mot de cette musique, celle de l’âme des disques qui se succèdent depuis quinze ans, celle des rythmes qui passent dans la même mesure d’une ballade romantique à un déchaînement métallique, celle des tonalités qui changent au cœur d’un même morceau. Tout est original chez ce groupe d’exception, et d’abord sa musique qui semble venir d’un autre monde, produite par des neurones d’un type nouveau, des textes souvent surréalistes, révélateur d’un monde intérieur complexe et d’une vision décalée, les livrets des disques sont à eux-seuls de véritables compositions artistiques, même le mode de diffusion de In Rainbows sur internet à un prix choisi par l’acheteur était novateur (et a d’ailleurs fait des émules : Nine Inchs Nails) !

    In Rainbows, leur dernier disque est joué en totalité, le son est exceptionnel, l’énergie est débordante, ponctuée par des retours plus introspectifs sur Amnesiac et Kid A où Thom s’assied devant un piano droit. Le public suit partout où on l’emmène, vibrant lorsque Thom danse une tectonique de circonstance derrière son micro, souriant lorsqu’il fait des clins d’œil facétieux aux caméras, rêvant lorsque la musique s’étire en mélopées aériennes, déchaîné lorsque Johnny s’acharne sur les effets terrifiants de ses guitares électriques. Et chacun est bien sûr touché par la fragilité rémanente des compositions, même exprimées avec l’ardeur de l’électricité et de l’électronique.

    Le show se termine sur un Bodysnatchers enfiévré qui laisse Bercy essoufflé alors que les musiciens disparaissent en coulisses.

    Le premier rappel ouvre sur Exit Music, une émouvante ballade tirée de OK Computer : Thom seul à la guitare acoustique et de sa voix bouleversante narrant l’enlèvement d’une femme aimée des griffes familiales, puis Jigsaw et un faux départ sur Paranoid Android repris après un « sorry » de Thom souriant. On voudrait repousser la fin incontournable du show. Mais elle arrive avec Idioteque un morceau complexe tiré de Kid A qui clos en beauté (et en difficulté) le deuxième rappel du concert : Ice age coming/ Throw it in the fire !

    Et le Palais de Bercy se vide de ses spectateurs époustouflés devant la performance hors du commun des Radiohead qui n’en finissent pas de nous surprendre.

    Set list : All I Need/ There There/ Lucky/ Bangers’n Mash/ 15 Step/ Nude/ Pyramid Song/ Arpeggi/ The Gloaming/ My Iron Lung/ Faust Arp/ Videotape/ Morning Bell/ Where I End And You Begin/ Reckoner/ Everything In Its Right Place/ Bodysnatchers Rappel 1 : Exit Music (For A Film)/ Jigsaw Falling Into Place/ House Of Cards/ Paranoid Android/ Street Spirit Rappel 2 : Like Spinning plates/ You and whose Army ?/ Idioteque

  • Etienne Daho – 2008/06/07 – Paris l’Olympia

    Bon, allez, cette fois-ci je me décide et vais voir Daho à l’Olympia. Après tout il est à Paris pour une semaine, nous sommes samedi soir, tout va bien, j’écoute ses disques depuis 20 ans, sans trop le dire, j’ai adoré Paris Ailleurs, alors c’est maintenant ou jamais !

    Et je déboule au milieu d’une foule sympathique et multi-générationnelle. Pas de première partie, on attaque directement avec notre artiste. Le célèbre et lourd rideau rouge de l’Olympia s’ouvre, Daho est de dos, face à son groupe, réparti sur des estrades, batteur à gauche, bassiste au milieu et trois grâces aux cordes sur la droite, violon, alto et violoncelle. Ils démarrent sur un instrumental énergique dirigé par notre homme qui finalement se retourne vers nous, habillé de noir, un peu étriqué et djeuns mais élégant.

    Le show est mené avec efficacité interrompu par les parlottes de notre artiste qui se révèle très bavard ce soir. Son dernier disque L’Invitation, récompensé meilleur album pop-rock 2008 aux Victoires de la Musique n’est pas celui que j’aurais primé si j’avais été jury, mais il est dans le veine de l’inspiration artistique de Daho, toujours empreinte de la nostalgie d’un passé narré comme heureux, souvent tournée vers des souvenirs d’amour et de regrets. Il évoque l’Algérie où il est né, les étés à Dinard, les premiers concerts à Rennes, ses potes de l’époque, ses émotions musicales, son père (Boulevard des Capucines).

    Bien sûr nous il nous ramène aussi vers ses anciennes productions avec un Saudade qui claque comme le soleil dans les rues de Lisbonne qui ont inspiré cette chanson. Une Saudade qui est la marque de fabrique de Daho, cette indicible nostalgie portugaise du temps qui passe, des êtres que l’on a perdu ou que l’on est en train de perdre : Parfois aussi je m’abandonne/ Mais au matin les dauphins se meurent de saudade/ Où mène ce tourbillon, cette valse d’avions/ Aller au bout de toi et de moi Vaincre la peur du vide, les ruptures d’équilibre/ Si tes larmes se mêlent aux pluies de Novembre/ Et que je dois en périr, je sombrerai avec joie/ Saudade.

    Et puis Ouverture, toujours qualifiée par Daho de « ma chanson préférée », une longue montée de tension qui illustre l’ouverture au Monde et aux autres du fait de l’amour passion : Il fut long le chemin/ Les mirages nombreux/ avant que l’on se trouve/ Ce n’est pas un hasard, /c’est notre rendez-vous/ pas une coïncidence.

    Groupe irréprochable, Daho décontracté, atmosphère poétique et naïve, à mi-chemin entre variété et pop sucrée. Sa gestuelle discrète est en harmonie avec la musique, il ébauche quelques pas de danse assortis de déhanchements discrets, tendant ses mains ouvertes vers un public ému, croisant les bras devant son visage en un clin d’œil loureedien. C’est le parcours d’un garçon sensible et honnête qui titille la part romantique que chacun s’évertue à cacher au fond de soi. Il termine sur Cap Falcon et un retour sur Oran, sa ville natale, où il était voisin d’un certain… Yves Saint Laurent, autre prince de l’élégance fils de cette rive de la Méditerranée qui a inspiré tant d’émotion et de douleur !

    Lire aussi : Daho Tout en haut

  • Isobel Campbell & Mark Lanegan – 2008/06/06 – Paris la Cigale

    Isobel Campbell & Mark Lanegan – 2008/06/06 – Paris la Cigale

    Isobel et Mark sont de retour avec un nouveau disque Sunday at Devil Dirt et une étape à la Cigale, en compétition ce soir avec Alanis Morissette au Zénith. Aux grandes orgues de la rockeuse canadienne nous avons préféré cette formation de chambre, la belle et la bête en huis clos dans cette si agréable salle de la Cigale.

    Isobel Campbell, l’ex-chanteuse violoncelliste écossaise de Belle and Sebastian, et Mark Lanegan, ex-chanteur californien de Queens of the Stone Age, nous ont délivré une soirée de toute beauté, toute en subtiles nuances entre blues urbain et folk des grands espaces. Ils sont accompagnés d’un guitariste, d’un batteur et d’un bassiste/contrebassiste de qualité.

    Un ange de blondeur avec une voix aérienne qui ne quitte son micro que pour nous déchirer l’âme avec l’archer de son violoncelle ; un homme sombre dont le chant monte des profondeurs du centre de la terre, là où le magma carbonise tout ce qui l’entoure. Tous deux semblent absents, sont fort peu diserts avec le public, pas souriant pour un sou, mais sans doute en symbiose avec l’atmosphère dégagée par cette musique, douce et mystérieuse.

    Ce n’est pas grave, tous deux ne sont certainement pas des parangons de communication et ce n’est pas ce qu’on leur demande. Nous avons parcouru en leur compagnie une nouvelle étape de leur route musicale que l’on imagine déserte et sinueuse à travers les Highlands embrumées, et où à l’issue d’une longue balade humide on se retrouve au coin d’un grand feu craquant, juste pour vivre.

    Warm up : Peter Greenwood

  • Morcheeba – 2008/05/15 – Paris le Grand Rex

    Morcheeba au Grand Rex, une autre création britannique de Trip Hop, plus pop que hop, un peu à la traîne des Portishead et Massive Attack, animé par les deux frères Godfrey l’un aux platines et le deuxième à la guitare. Les vocaux sont assurés par des chanteuses recrutées au fur et à mesure des disques, plutôt interchangeables. La dernière venue est française, jolie et bonne musicienne.

    Morcheeba c’est un groupe charmant qui nous fait évoluer dans une atmosphère éthérée et électronique, les guitares planent, les overdubs pullulent, le DJ mixe, et le tout donne un paquet cadeau bien emballé, un plaisir éphémère, une élégance distinguée. Il est en principe de bon ton de regretter la première chanteuse du groupe, Skye, black et soul, une Sade rajeunie ; sa remplaçante hexagonale tient largement la route.

    Ne boudons pas notre plaisir la soirée est douce, la musique glisse naturellement sur nous comme nos postérieurs le skaï craquelé des fauteuils du Grand Rex. La machine électronique tourne rond, les musiciens d’amusent, le temps passe sans histoire, la performance est agréable. On ne gardera pas un souvenir éternel de ce concert mais juste la mémoire d’une soirée parisienne sans histoire.

    Première partie : Martina Topley Bird.

  • Portishead – 2008/05/06 – Paris le Zénith

    Portishead – 2008/05/06 – Paris le Zénith

    C’est le deuxième et dernier concert des Portishead au Zénith ce soir. Ils étaient attendus comme le Messie depuis bientôt dix années. La planète parisienne hip-hop était fébrile ces dernières semaines à l’idée de ces retrouvailles, après avoir découvert Third, leur troisième et dernier disque, quelques jours auparavant.

    Kling Klang, un groupe de chevelus écossais fait la première partie avec un déchaînement de claviers, guitares et d’électronique. Plutôt étrange et dissonant, mais intéressant.

    Puis Portishead débarque sur une scène sobre, avec trois écrans tendus au fond qui passeront les musiciens en rendu kaléidoscopique, principalement Beth accrochée à son micro, tel un oiseau à sa branche, avec en alternance les images grises des différentes noirceurs du Monde.

    Sur scène le trio historique est accompagné de trois musiciens supplémentaires qui s’installent derrière Adrien Utley, embonpoint et guitares, et Geoff Barrow & platines. A peine les lumières éteintes ils déplient le tapis scintillant de l’intro brésilienne de Silence pendant que Beth, toute de noir vêtue, entre en scène. Elle tourne d’abord le dos au public, face à la batterie, en une attitude qu’elle reprendra souvent lorsque les chants lui en laissent le loisir. Puis, enfin, face à nous entame de sa voix douce : Tempted in our minds/ Tormented inside lie/ Wounded, I’m afraid/ Inside my head/ Falling through changes/ Did you know when you lost/ Did you know when I wanted/ Did you know what I lost/ Do you know what I wanted.

    Immédiatement et définitivement le Zénith tombe sous le charme étrange de cette femme que l’on imagine fragile et dont la voix gracile (mixée un peu faiblement au début du concert) monte vers le ciel avec un vibrato si particulier. L’atmosphère dans la salle est à la ferveur religieuse et chacun se laisse imprégner de ces notes mélancoliques posées sur le beat trip hop qui a fait la célébrité de Bristol, la ville qu’ils partagent avec les Massive Attack. Il émane de cette chanteuse un magnétisme qui s’insinue au plus profond de votre âme et donne le sentiment de recevoir en direct toute l’émotion qui exsude de son être : Wild, white horses/ They will take me away/ And the tenderness I feel/ Will send the dark underneath/ Will I follow.

    Telle la photo verdâtre d’une forêt d’antennes qui illustre l’intérieur de la couverture de Third, le groupe lâche dans l’espace les ondes mystérieuses d’une musique à la modernité assumée. Un déroulé de leurs trois disques nous est offert, d’une égale qualité.

    Beth est à l’aise dans la tempête des mots et la houle démoniaque du rythme. Telle le Goéland, elle nous enlace dans ses ailes froides pour nous accompagner dans l’œil du cyclone d’une musique que ses comparses mettent un point d’honneur à jouer hypnotique à grand renfort de guitares grinçantes et de computers créatifs, comme pour rendre son phrasé encore plus subtil et sa présence toujours plus évanescente.

    Fasciné par cette personnalité aussi immobile que captivante, on se laisse flotter sur l’écume de la haute mer d’un trip hop qui atteint là des sommets de perfection. Après 90 mn d’harmonies en mode nostalgique, envahis d’une torpeur grisante, on ne sait trop s’il s’agit de tristesse ou simplement d’une alchimie artistique qui tape au cœur de nos sentiments. On hésite à se sentir déprimés mais on voit Beth, hilare, descendre dans la fosse aux fans et l’on se souvient que tout ceci n’est qu’un moment de musique exceptionnel qui se termine en apothéose sur We Carry On.

    Set list : Silence/ Hunter/ Mysterons/ The Rip/ Glory Box/ Numb/ Magic Doors/ Wandering Star/ Machine Gun/ Over/ Sour Times/ Nylon Smile/ Cowboys Encore : Threads/ Roads/ We Carry On

  • Mademoiselle K – 2008/04/28 – Paris la Cigale

    Mademoiselle K – 2008/04/28 – Paris la Cigale

    Ouahouhhhhhhhhh ! Mademoiselle K nous offre ce soir avec son groupe un déchaînement de guitares, d’énergie et d’humour. Une patrouille de 4 musiciens qui jouent (très) fort et électrique, Katherine en chef d’escadrille, grande liane en cuir noir qui ouvre le feu sur une Cigale bourrée à craquer et enthousiaste.

    Parisienne gouailleuse, 20 ans et quelques, au piano et à la guitare depuis l’enfance, des allures de Patti Smith du XXIème siècle, une musique brute et tendre, les Clash tendance féministe. Les riffs rageurs couvrent des textes touchants et révoltés. Son premier disque Ca me vexe est joué en rafale, le prochain, Jamais la Paix, annoncé pour juin est dévoilé sur le même rythme.

    1 heure trente de décibels et de sueur, seulement ralentie par quelques intermèdes à la guitare électro-acoustique. Un rappel torride démarré par une longue intro électrique, à genoux, pour Final : Même quand je ferme les yeux, je vois les gens/ et j’imagine vos vies où vous étiez là juste avant/ Pourquoi vous êtes venus ici ?/ Pourquoi vous êtes restés ?/ C’est que ça vous a plu ?/ Est ce que ça vous a plu ?/ Est-ce que vous reviendrez ?/ Est-ce que tu reviendras ?

    Oui, oui, oui hurle la Cigale tressautante pour faire revenir K. Seule en scène avec sa collerette noire elle joue Space Oddity de Bowie, juste pour nous, tout doucement, mais soudain la voix de Major Tom crie dans l’espace intersidéral lorsqu’il réalise… qu’il ne reviendra plus.

  • Blonde Redhead – 2008/04/17 – Paris le Bataclan

    Les Blonde Redhead nous ont offert ce soir une très troublante prestation musicale et artistique, à laquelle peu nombreux parmi les spectateurs ont pu rester insensibles.

    Devastations, un trio australien, donne le la avec un warm-up sombre et technoïde, composé de guitares larsénisantes et obsédantes. Three imaginary boys déployant leur créativité électrique dans l’univers du chaos.

    Les Blonde que l’on avait vus à Paris en 2007 en première partie de Air au Zénith sont cette fois-ci le point d’orgue de la soirée. Fruit de la rencontre artistique d’une paire de jumeaux italiens guitare-voix/ batterie et d’une chanteuse japonaise, enregistrant à New-York, le trio égrène la scène musicale arty de ses productions novatrices et délicates depuis une petite douzaine d’années.

    Après l’entrée en scène du duo italo-masculin-frisotant du groupe, Kazu débarque habillée d’une robe blanche et courte, brodée façon inuit urbain, les cheveux longs et raides, une frange masquant ses yeux. Elle s’empare d’une bass et lance Falling Man chanté par Amadeo le guitariste solo. Ils échangeront tout au long du show bass, guitare et vocaux en une étonnante symbiose, marque d’un fructueux travail de groupe et de composition. Kazu passe parfois au clavier tout en continuant à chanter, assise ou debout. La formation la plus efficace et la plus envoutante reste Amadeo à la guitare et Kazu au chant/ bass ou clavier.

    Les lumières sont tamisées tout au long du show, entretenant cette atmosphère entre deux eaux dans laquelle se coule si bien cette musique aux couleurs obscures mais aériennes.

    Les guitares sont stridentes, agiles et traitées grands espaces. Au-delà du déchaînement électrique des cordes, la voix de Kazu flotte bien haut dans les nuées et se propage sur nos épidermes ultra-sensibilisés par une telle énergique harmonie. Une espèce de fusion délicieuse qui nous emmène au paradis d’un rock subtil et dérangeant.

    Et lorsque soudain au détour d’un morceau Kazu se prend à danser elle plonge alors dans une transe solitaire et extatique que l’assemblée s’essaye à partager, mais elle est tombée de l’autre coté de notre réalité, dans un monde qui est le sien, toujours reliée à son public par cette voix transcendante qui nous touche au but, telle une éruption solaire se propageant à travers le vortex de nos sentiments. D’une sensualité déchirante ses pas de danse la promènent sur la scène derrière la cascade de ses cheveux brun-roux. Elle est ailleurs, dans son propre espace, celui de l’intimité de l’artiste où l’on est à la limite de se sentir incongru. Elle est touchante, gracile, débridée, sauvage, et chante si divinement sur une guitare new age parfaitement placée. Lorsqu’elle passe le relais du chant le show reste fascinant, la voix masculine d’Amadeo, tendue et haut perchée, est également troublante comme le reste Kazu concentrée sur ses cordes et ses mouvances.

    Les albums 23 et Misery is A Butterfly constituent l’essentiel de l’inspiration de ce concert (personne ne s’en plaindra) mené tambour battant, qui monte en intensité jusqu’à l’explosion finale de deux rappels exceptionnels chantés par Kazu. Sa voix émouvante, forcée dans les aigus, toujours à la limite de la brisure, susurre des paroles mystérieuses sur la guitare d’Amadeo. 23 est une perle de jade offerte dans son écrin velouté : Twenty three seconds/ All things we love will die/ Twenty three magic/ If you can change your life/… / He was a friend of mine/ He was a son of god/ He was a son of a gun/ He was a son of god. La sale frissonne d’émotion et s’accroche jusqu’à Misery is A Butterfly pour revenir en douceur vers un peu de sérénité et l’atmosphère douce-amère diffusée par la musique ce groupe.
    Quelques minutes après le retour des lumières, Kazu redescendue sur notre planète, s’assied sur le bord de la scène pour signer des autographes.

    Set list: Falling Man/ Dr. Strangeluv/ Spring And By Summer Fall/ In Particular/ SW/ The Dress/ Melody Of Certain Three/ Equus/ 10/ (We Are a Real Team) Harry and I
    Encore1: Publisher/ 23/ Melody
    Encore2: Silently/ Misery Is A Butterfly

  • Goldfrapp – 2008/04/16 – Paris le Casino de Paris

    Goldfrapp au Casino de Paris ce soir, salle distinguée pour concert aseptisé. Alison Goldfrapp, chanteuse britannique trentenaire nous délivre depuis le début du millénaire, en duo avec son compère Wil Gregory, une musique électro-pop basée sur une voix superbe et des compositions élégantes. Elle est venue jouer ce soir Seventh Tree son dernier album pour un public parisien connaisseur et empressé.

    Syd Matters fait la première partie, un groupe français folkeu à la critique élogieuse, une entrée en matière un peu molle mais de qualité.

    Le groupe de musiciens de Golfrapp entre ensuite en scène, tous de blanc vêtus, guitare/ violon-guitare/ bass/ batterie plus deux femmes claviers-voix/ harpe-claviers-voix. Alison arrive, perdue sous ses boucles blondes, habillée d’une espèce de nuisette rose d’Arlequin à pompons, portée plutôt courte. On l’a vue plus agressive dans ses tenues de scène… Mais qu’importe puisque Goldfrapp c’est d’abord une voix, racée, douce, harmonieuse portée par des mélodies mélancoliques, parfois doucereuses. Le groupe en arrière fond diffuse parfaitement l’accompagnement, les deux vestales claviers et harpe assurent les chœurs discrets et efficaces. Le light-show est simple, développant une atmosphère de clairière ombragée.

    Comment ne pas tomber sous le charme d’une musique placée si parfaitement où elle doit être ? Tout est doux, c’est l’image d’un monde imaginaire forgé par une petite poupée sucrée, peut-être pas aussi naïve que l’on pourrait croire. C’est le choix d’une vision personnelle de la vie, d’une nostalgie douce-amère, d’un regard un peu flou sur ce qui nous entoure, d’un cheminement de traverse, d’un instinct de conservation où la perfection, la beauté sont érigées en méthode de survie.

    Quelques poussées de tension aux rythmes plus ou moins disco amènent un peu d’énergie dans cet océan de douceur (Caravan Girl).

    Alisson Goldfrapp, statue diétrichienne nous emmène avec elle au long de sa route d’éternité : Bring it on/ Come along/ On the road to somewhere/ Take our time/ Se the signs/ On the road to somewhere. Nous l’avons suivie ce soir, tous au comble du bonheur.

    Set list : Paper Bag (Felt Mountain – 2000)/ A&E (Seventh Tree – 2008)/ Utopia (Felt Mountain – 2000)/ Cologne Cerrone Houdini (Seventh Tree – 2008)/ Satin Chic (Supernature – 2005)/ U Never Know (Supernature – 2005)/ Road To Somewhere (Seventh Tree – 2008)/ Eat Yourself (Seventh Tree – 2008)/ Little Bird (Seventh Tree – 2008)/ Monster Love (Seventh Tree – 2008)/ Number 1 (Supernature – 2005)/ Strict Machine (Black Cherry – 2003) Ecore Caravan Girl (Seventh Tree – 2008)/ Ooh La La (Supernature – 2005)/ Happiness (Seventh Tree – 2008)/ Some People (Seventh Tree – 2008)

    Le Flyer

  • Brisa Roché – 2008/04/15 – Paris le Bataclan

    Brisa Roché – 2008/04/15 – Paris le Bataclan

    Nous avons aimé Brisa Roché au Café de la Danse l’an passé ! Nous l’avons adorée ce soir au Bataclan, toujours avec son groupe tout de blanc vêtu, et toujours aussi bavarde… Rien n’a vraiment changé pour ce concert additionnel organisé, nous l’espérons, suite au succès rencontré en 2007. Ses parents américains sont dans la salle et ne sont pas les derniers à danser sur cette musique entrainante et sophistiquée.

    Elle nous refait Takes et ses incursions dans The Chase. Elle est lumineuse et attendrissante avec sa voix pointue et sa chevelure choucroute. Elle nous emmène encore sans difficulté dans son monde merveilleux où nous la suivons d’un seul homme. Talent et simplicité restent ses marques de fabrique accompagnée par cette voix si particulière.

    Brisa nous t’aimons ; et que la vie continue à t’inspirer cette attitude et cette musique qui font de tes concerts des soirées délicates et enchanteresses.

  • The Dø – 2008/03/20 – Paris la Cigale

    Whaoooooh ! The Dø ce soir à la Cigale nous a apporté un grand bol d’air frais et d’énergie après le warm up de Ziveliorkestar, un groupe de cuivres méditerranéen façon Kustorica band qui a fait plus que chauffer la salle et plongé les spectateurs dans un joyeux boxon aux fraîcheurs de garigue.

    L’intro de Playsround Hustle s’échappe des enceintes alors que des flashs tournoyants se substituent aux lumières falotes de la salle. Dan surgit des coulisses tel un diable de sa boîte, ses cheveux bouclés couverts par un Borsalino sombre, jean et chemise noirs, il sort une petite flûte de berger de l’Atlas qui déclame ses trilles alors qu’Olivia déboule sur scène, grande liane habillée d’un tutu doré porté sur une combinaison panthère, petite couette de cheveux bruns en fontaine sur la tête. Le batteur est surmonté par un amoncèlement de plateaux arabisants, de surfaces diverses sur lesquels il frappe de temps en temps agrémentant sa classique batterie  de sonorités incongrues.

    We are not crazy/ … We are not shady/ We are not afraid of you adults…

    mais déjà ils nous apparaissent gentiment cinglés, Dan assis sur ses claviers frappe sur sa bass sous son chapeau. Le La est donné par The Dø (désolé, je n’ai pas pu m’empêcher…), le ton d’une ambiance éclectique créée par ce trio multicolore, compositions délicieuses, chanteuse à la voix élastique, joie de vivre et originalité. Des accords souples et malins riffés sur une guitare blanche par Olivia qui laisse ses vocalises déborder du cadre convenu d’une chanteuse rock.

    Tout leur(unique) disque défile dans une Cigale soubresautant de bonheur. Un sommet est atteint avec Aha repris en chœur par le public qui trépigne et se trémousse sur ce son grisant et ces accords tressautant :

    This time you caught me alive, aha/ I had my head in the clouds, aha/ I thought no one could track me down/ Till I got shot in the back, aha.

    Le show se termine alors qu’une bienfaisante et novatrice fantaisie a envahi la salle, laissant presque oublier le travail immense de ce trio de choc pour en arriver la. L’alliance du sud et du nord réunit sur le sol de la planète internet, conjoncturellement localisée à Paris, merci pour nous.

    When Was I Last Home  joué en premier rappel sur un clavier apporté sur scène,  Bohemian Dances repris ensuite avec les cuivres serbo-croates.

    The Dø, un heureux miracle de l’amour et de la musique, ces deux là font déjà un malheur. Bonny & Clyde sont de retour, passés de la mitraillette à la Fender. Il y a un an ils étaient inconnus et n’avaient jamais joué en concert comme nous le rappelle D avant d’entamer Stay (Juste a Little bit More) en final, joué par Ø sur sa guitare folk. Et ils reviennent pour un dernier salut à 3 devant l’audience conquise, séduite et impatiente des prochaines étapes.

    Set list : Playground Hustle, Unissassi laulelet, The Bridge Is Broken, At Last !, How Could I ?, On My Shoulders, Trave Light, Crazy (Gnarls Barkley Cover), Tammie, Aha, Queen dot kong.

    Encore : When was I last home, Bohemian Dances, Stay (Just A Little Bit More).

  • The Cure – 2008/03/12 – Paris Bercy

    Ce soir à Bercy les Cure ont osé le concert évènement de 3h1/2 devant un public médusé, enthousiaste et multi-générationnel. Une très grande simplicité, quatre musiciens dont trois guitaristes, un light show dépouillé, pas de chichi ni d’artifice technique, juste la musique et la voix métallique de Robert Smith. Le best of d’une carrière de presque trente années, et même quelques nouveautés d’un prochain disque annoncé pour les mois à venir.

    Quatre hommes de noir vêtu comme il sied à ces hérauts de la new wave, princes de la mélancolie. Robert, toujours les mêmes cheveux hirsutes, rouge aux lèvres et yeux cernés d’obscurité, Pierrot lunaire et timide. Simon Gallup, bassiste de toujours, collant et débardeur noirs sur muscles tatoués. Porl Thompson, guitar-hero au crâne chauve rayé de fines tranches de cheveux horizontales, habillé d’une combinaison moulante et tablier de forgeron, Nosferatu vaguement inquiétant. Jason Cooper, le blondinet de la bande qu’il a rejointe en 1994.

    Lorsque les lumières s’éteignent la scène continue de clignoter comme un arbre de Noël et les Cure démarrent Plainsong, le morceau qui entame l’album Disintegration sorti en 1989, 18 ans déjà, l’âge de ma jeune voisine aux cheveux bleus turquoises qui déjà danse, danse, danse.

    Plainsong un titre sombre, dans la lignée parfaite de l’inspiration de cette époque :

    “I think it’s dark and it looks like rain” you said/ “And the wind is blowing like it’s the end of the world” you said/ “And it’s so cold it’s like the cold if you were dead”/ And there you smiled for a second…/ Sometimes you make me feel I’m living at the edge of the world/ It’s just the way I smile you said.

    Un son profond envahit la cathédrale de Bercy, la voix cristalline de Smith perce au-dessus des guitares lancinantes. Le show est lancé, 15 000 spectateurs sont déjà en adoration.

    La set list est un joyau finement ciselé, il n’y a rien à en retirer. Bien sûr, le concert aurait duré une heure de plus, quelques ajouts auraient pu être envisagés… Mais le show s’est clos au bout de 3 heures ½ ce qui est finalement bien peu pour ce groupe à la tête d’une discographie aussi phénoménale. 3 heures ½ de plongée en apnée dans l’univers trouble de ce groupe phare qui n’a pas quitté les sommets du box office depuis trente ans, grâce à la magie de son inspiration et loin des recettes du marketing. Une alchimie étrange qui fonctionne toujours de façon redoutable, fusion subtile de la mélancolie des mélodies et des mots avec la modernité des sons et des rythmes. L’absence de clavier et l’omniprésence des guitares donnent ce soir à cette formation sa pureté originelle du temps de Boys Don’t Cry.

    Et au-dessus de tout la voix unique de Smith, criée, torturée, poussée dans ses derniers retranchements, en permanence au bord de la brisure, mixée en écho, sépulcrale. Une alchimie qui rencontre le feeling d’une époque et en tout cas celui de Bercy ce soir…

    L’enchaînement Push, How Beautiful You Are… (avec en fond de scène Notre Dame de Paris projetée sur les écrans), Friday I’m in Love, In between Days, Just Like Heaven déclenche le feu sur l’assemblée. Ma voisine coiffe bleue des mers du sud continue à danser, danser, danser, déclamant les paroles de ces chansons sans en oublier une rime.

    Le show nous emmène sans répit jusqu’à un Disintegration étiré à l’infini alors que défilent sur les écrans toutes les images de la noirceur de notre bas monde. L’approche de la Fin accroît la fébrilité de tous et lorsque nos quatre Imaginery Boys s’en vont alors qu’un champignon atomique se dissout sur les écrans personne ne s’inquiète trop, nous savons qu’ils ont fait trois rappels à Marseille la semaine dernière. Ils en feront quatre ce soir pour Paris…

    A eux seuls ces rappels sont un concert dans le show, la sélection parfaite des tubes du groupe. Et lorsque que démarre Play For Today, Bercy hurle son soutien et son émotion, cheveux turquoises défaille et appelle une copine sur son mobile pour lui passer l’intro en live : Ohhhhh Oh Oh, Ohhhhh Oh Oh… It’s not a case of doing what’s right/ It’s just the way I feel that matters… Ohhhhh Oh Oh, Ohhhhh Oh Oh…. Bob appuie ses riffs sur sa guitare noire et sourit presque joyeusement devant 15 000 fans prosternés. S’en suivent des versions d’une incroyable énergie de Three Imaginary Boys, Fire in Cairo, Boys Don’t Cry, Jumping Someone Else’s Train, Grinding Halt, 10:15 Saturday Night, Killing An arab.

    On a peur de devoir en rester là cette fois-ci mais ils reviennent une quatrième fois “We just have time for one more” et de terminer sur Faith ce qui nous ramène au troisième album du groupe en 1981. C’est ce qu’il fallait pour faire redescendre la tension, revenir à la mélancolie fondatrice des Cure et clôturer un concert d’anthologie. Trois notes de guitares en mode mineur sur une bass obsédante :

    No-one lifts their hands/ No-one lifts their eyes/ Justified with empty words/ The party just gets better and better…/ I went away alone/ With nothing left/ But faith.

    Robert Smith salut une dernière fois, gêné derrière sa crinière ébouriffée et puis s’en va, nous laissant planer bien haut sur la démonstration éblouissante de son immense talent.


    Petite faute de goût, un étendard au couleur du club de fouteballe de Reading soutenu par Bob. On pardonnera à ce poète hors norme cette incursion dans la vulgarité.


    Faith

    catch me if i fall
    i'm losing hold
    i can't just carry on this way
    and every time
    i turn away
    lose another blind game
    the idea of perfection holds me...
    suddenly i see you change
    everything at once
    the same
    but the mountain never moves...
    rape me like a child
    christened in blood
    painted like an unknown saint
    there's nothing left but hope...
    your voice is dead
    and old
    and always empty
    trust in me through closing years
    perfect moments wait...
    if only we could stay
    please
    say the right words
    or cry like the stone white clown
    and stand
    lost forever in a happy crowd...
    no-one lifts their hands
    no-one lifts their eyes
    justified with empty words
    the party just gets better and better...
    i went away alone
    with nothing left
    but faith