Catégorie : Kronic concerts-rock

  • Pravda – 2008/02/23 – La Flèche d’Or (Belleville)

    Pravda – 2008/02/23 – La Flèche d’Or (Belleville)

    Ce soir concert à La Flèche d’Or, club indie rock,avec Neimo trois bellâtres chevelus et teigneux qui font notamment une reprise de Bowie, Ashes to Ashes. Les jeunes musiciens savent encore respecter leurs aînés. Et puis les Pravda superbe duo français découvert au dernier Rock en Seine : de l’énergie à revendre, un rock puissant et ironique, presque érotique avec ces deux zèbres qui se dandinent sur leurs guitares, un vrai délice.

  • Morrissey – 2008/02/04 – Paris l’Olympia

    Morrissey, crooner de légende sort un album best of et passe à Paris en faire la promotion. L’Olympia est comble, le chanteur britannique y a toujours connu un succès d’estime, initié avec les The Smiths qui bercèrent toute une génération d’adolescents mélancoliques. Sa carrière solo l’a vu évoluer sur une route plus flamboyante et raisonnée, ponctuée de quelques disques merveilleux de romantisme et de subtilité.

    Ce soir il arrive en pantalon-chemise noirs et cravate argentée pour démarrer I’m Throwing My Arms Around Paris, c’était bien le moins qu’il puisse faire. Cette chanson est annoncée pour un disque dont la sortie est prévue à la fin de cette année. Un genou à terre il déclame

    I’m throwing my arms around all of Paris because only stone and steel accept my love
    I’m throwing my arms around Paris because nobody wants my love
    Nobody wants my love
    Nobody needs my love
    Nobody wants my love
    Yes you made yourself plain
    Yes you made yourself very plain.

    Ne pleure plus Morrissey, Paris continue à t’aimer, pour toujours et à jamais. Dès les premières vocalises du Moz, l’Olympia fond de tendresse et ne boudera pas son plaisir jusqu’à la fin d’un show qui ne fut pas d’ailleurs pas excessivement long. Jouant devant un excellent groupe il passe en revue l’ensemble de sa carrière, période Smiths y comprise bien entendu. A défaut de nous dévoiler trop de nouveautés musicales, il fait un peu le clown balançant, comme toujours, de grandes ondulations dans le fil de son micro qui serpente sur la scène. On croirait un dresseur de lions faisant claquer son fouet devant une fosse qui en l’occurrence n’est pourtant pas pleine de fauves mais bien au contraire de fans énamourées défaillant lorsque Morrissey passe son micro aux premiers rangs. Il s’entend rappeler l’importance que sa musique représente dans le cœur de ces fans qui s’attirent même quelques moqueries de leur héros. Il leur enverra quelques chemises trempées de sueur pour se faire pardonner… L’embonpoint venu avec le succès ne l’empêche pas une pause yogi les pieds en l’air durant le long final instrumental de Life is a Pigsty.

    Un peu cabot le Moz ! On le savait mais cela passe mieux avec de nouvelles compositions. Le concert est malgré tout un excellent mais éphémère moment. Le professionnalisme des musiciens, la voix envoûtante du leader et la subtilité de la musique rattrapent de petites fautes de goût du héros.

    Il reste à attendre le prochain disque en se demandant si ce concert était vraiment indispensable

    Première partie: Girl in a Coma assure la première partie.

    Playlist : I’m Throwing My Arms Around Paris, How Soon Is Now?, Last Of The Famous International Playboys, Stop Me If You Think You’ve Heard This One Before, That’s How People Grow Up, Mama Lay Softly On The Riverbed, The Loop, Sister – I’m A Poet, Death Of A Disco Dancer, Irish Blood, English Heart, All You Need Is Me, Life Is A Pigsty, Stretch Out And Wait, I Just Want To See The Boy Happy, Billy Budd, The World Is Full Of Crashing Bore, Tomorrow, Something Is Squeezing My Skull, Please- Please- Please Let Me Get What I Want Encore : First Of The Gang To Die

    Lire aussi : Morrissey – 2006/04/11 – Paris l’Olympia
    Morrissey, ‘Autobiography’.
  • Brisa Roché – 2007/12/13 – Paris la Maroquinerie

    Brisa Roché, après tout ces temps et contretemps nous revient enfin avec nouveau CD, nouveau groupe et nouvelle maison de disques, ce soir à la Maroquinerie. Ses affiches couvrent les murs bien informés de Paris, sirène à moitié nue sur fond jaune, les seins couverts par un entremêlas de micros, c’est d’ailleurs la couverture du disque Takes.

    Le marketing est réussi, les nouvelles compositions ne le sont pas moins. Outre le disque, nous en avons eu un petit aperçu avec le show case des Inrocks et sa prestation chez Frédéric Taddeï sur FR3. Un avant-goût qui nous a rendus encore plus impatients de la voir sur scène. Quelques aléas (business semble-t-il) ont reporté l’évènement déjà programmé l’été dernier.

    Lorsque les lumières tombent le groupe démarre, quatre musiciens vêtus d’un blanc immaculé, dont une femme aux claviers et chant. Brisa apparaît après l’intro et entame High. Elle est habillée d’une veste d’officier de marine bleue foncé à double rangées de boutons dorés, un pantalon noir rayé et une espèce de ceinture-holster de cow-boy. Derrière le costume, Brisa est la même, un casque de cheveux noir de jais, des yeux lourdement soulignés de noir.

    A peine arrivée elle nous lance avec son charmant accent américain « nous vous avons tant attendus ». Et pour nous aussi Brisa d’amour, le temps a été si long, alors c’est un vrai bonheur de partager ce retour à la Maroquinerie dans cette ambiance calfeutrée où les fumées crachées par derrière la scène font ressembler cette petite salle à « un crépuscule sur la cote californienne » lorsque la brise du Pacifique pulvérise les embruns sur le sable doré.

    Le show continue avec Heavy Dreaming et l’assemblée est déjà conquise : Oh so black your hair, put your head down here/ Baby run now, run-run Baby ! Brisa mime ses chansons avec des gestes enfantins et accomplis, ses mains parlent autant que ses mots. Danseuse Tai-chi dans un jardin de Kyoto, geisha surfeuse sur les pentes immaculées du Fujiyama, Marie-Madeleine au milieu de ses apôtres, son seul péché : nous faire mourir de plaisir avec une voix envoutante, au velouté onctueux et somptueux, des graves profonds aux aigus parfois nasillards, elle joue avec notre émotion, elle nous ensorcelle, nous rebelle, nous crucifie et nous béatifie avec ses remerciements mutins.

    Takes est joué intégralement, plus rocky que sur la version studio. Seule une petite intrusion sur le précédent disque The Chase avec deux morceaux : Sugarfight et Baby Shut Your Eyes. Un disque qu’elle a dit dans la presse ne pas aimer malgré les éloges qu’il a remporté. Whistle est repris en rappel. Elle n’arrive plus à siffler sur le refrain, elle éclate de rire. Ses musiciens l’entourent avec affection et efficacité, matelots burinés aux ordres d’un capitaine aux longs cours qui mène un navire taillé pour la haute mer, réactif aux vents de la poésie et du rock, fendant l’écume des mots et des compositions, avec harmonie et vitesse.

    Brisa Roché, une grande artiste californienne adoptée par Paris, proche et fascinante, délivrant une musique belle comme un coucher de soleil sur Big Sur, et qui ajoute ses propres peintures sur la pochette de son CD. Bien sûr, nous avons déjà nos places pour son Bataclan en avril prochain.

    Set list : Hiht, Heavy Dreaming, Trampoline, Call Me, Egyptian, The Building, Pitch Black Spotlight, The Choice, The Drum, Sugarfight, Without A Plan, Baby Shut Your Eyes, Halfway On, Whistle, Breathe In Speak Out, Hand On Steel, Ali Baba.

    Rappel : Whistle

    Lire aussi : Brisa Roché – interview

  • Keren Ann – 2007/12/12 – Paris le Café de la Danse

    Keren Ann se produit ce soir au Café de la Danse avec en première partie son ami poète américaine Dayna Kurtz, une émouvante fusion de Joni Mitchell et de Dylan.

    Keren est entourée d’un quatuor guitare et bass/ batterie et un incroyable trompettiste américain qui a branché son instrument sur une pédale wah-wah, générant un son original. Elle ne quitte pas ses guitares, y ajoutant parfois un harmonica.

    Mélange d’influences et synthèse rock-folk presque parfaire, on ne sait plus trop d’où elle vient entre les Pays-Bas, Israël, les Etats-Unis, la France ? Cela n’a guère d’importance, son univers est celui de la musique, et nous y vivons. Son dernier disque « Keren Ann », chanté en anglais est un écrin de douceur. Ce soir elle est habillée de noir, distante et secrète, mélancolique et sereine, elle déroule ses compositions subtiles en regardant la salle d’un air amusé.

    Tout est lisse comme ses cheveux qui tombent sur ses épaules, son piqué de guitare, ses mots simples entre les chansons, sa voix neutre qui nous emmène vers des hauteurs de légèreté inégalées. Et lorsqu’elle nous susurrent « And what I’m thinking of/ Just this time, why don’t you/ Lay your head down/ In my arms, in my arms » nous frissonnons de bonheur!

    Après An Pierlé hier soir et avec Brisa Roché demain, c’est un trio de rockeuses romantiques qui a séduit Paris nous déployant leurs talents tout en émotion féminine.

  • An Pierlé & White Velvet – 2007/12/05 – Paris le Zèbre de Belleville

    An Pierlé & White Velvet – 2007/12/05 – Paris le Zèbre de Belleville

    An Pierlé et son White Velvet ont posé leur sac pour une dizaine de jours dans cette agréable petite salle du Zèbre de Belleville qu’elle qualifie de son living room. Un environnement intimiste, propice aux confidences et au partage, un cadre où An parle à chacun de nous. Le White Velvet est en concert privé dans notre salon, laissons nous aller et ne boudons pas notre plaisir.

    Une première partie, également belge, The Bony King Of Nowhere fait bonne impression.

    Blonde charmeuse toute habillée de noir, An se faufile à travers les instruments posés au hasard de cette scène microscopique pour s’asseoir sur un ballon et attaquer l’ivoire de son piano électrique. Elle exhale un léger sentiment de domination en posant son fondement sur cette mappemonde, même Chaplin n’avait pas osé telle posture lorsque le Dictateur jouait avec le globe terrestre. Mais il y a surtout de la souplesse, de la rondeur, de l’à-propos à un tel siège. Elle le roule doucement lorsqu’elle remonte les arpèges, l’ovalise en l’écrasant lorsqu’elle plaque des accords rageurs. Tel un clown et son nez rouge elle vogue sur les vagues d’une musique profondément romantique et sereine.

    Son groupe est inchangé, mené par son amoureux Koen Gisen aux guitares, renforcé par un clavier, un deuxième guitariste qui touche aussi au violoncelle, un bassiste et un batteur dont la batterie est réduite à sa plus simple expression vu l’exigüité de la scène.

    Ses premières notes font frissonner ses invités, toujours cette voix chaude et douloureuse qui nous a tant séduits sur ses disques. Une voix parfaitement contrôlée qui exprime toute la gamme des sentiments avec la même perfection. Une voix à cœur ouvert pour nous enchanter. Une voix qui laisse couler des flots d’émotion et nous emporte dans le tourbillon de mélodies pleines de subtilité et d’allant. Des mots qui racontent le temps qui passe, les moments de bonheur qu’il faut préserver avant qu’ils ne se dissolvent dans les airs. Des textes empreints d’une sourde mélancolie que les clowneries d’An entre les morceaux ne suffisent pas à lever. Les instruments se complètent à merveille pour distiller la tension, appuyer le tragique ; le cello, comme toujours, les cordes de la tristesse.

    Ce soir l’atmosphère est plus délicate que l’an passé au Café de la Danse mais le groupe sait reprendre le chemin la route du rock et se lance dans un hommage posthume et énergique à Fred Chichin avec la reprise endiablée de C’est comme ça des Rita Mitssouko sur laquelle les guitares claquent et la belle se déchaîne. Retour à la douceur avec une autre reprise originale : Such a Shame des Talk Talk. Quelques nouvelles chansons sont présentées laissant présager un futur disque à la hauteur des précédents.

    Ce soir est à l’heure du romantisme et de l’harmonie, qui s’en plaindra tant la voix et la personnalité d’An sont séduisantes et envoutantes ? Sa maison de production s’appelle « A gauche de la Lune », quel meilleur endroit pour inspirer cette musique spatiale : Jupiter looks good tonight/ But I fear to fall into the sky/ Let it be, for what it’s worth/ Let it bleed into a mild surprise/ I musn’t make you call/ We ain’t got a future/ That is all.

    Et après ces moments d’émotion à l’état pur, An revêtue d’un sweet-shirt noir passé sur sa chevelure blonde en sueur dédicace son disque au chroniqueur, après l’avoir gratifié d’un joli dessin naïf sur la couverture de Mud Stories.

  • Interpol – 2007/11/21 – Paris le Zénith

    Interpol – 2007/11/21 – Paris le Zénith

    Interpol est de retour au Zénith après la sortie de leur dernier disque Our Live to Admire. C’est encore la grève générale à Paris mais le Zénith est plein à craquer.

    Une première partie toute en douceur avec les Blonde Redhead et leur chanteuse aux traits asiatiques, vêtue comme une inuit du grand Nord, une voix à la Jane Birkin. Emmenée par un guitariste et un batteur elle susurre des mélopées obsédantes, cachée derrière de longs cheveux, tapotant sur ses claviers qui déroulent des notes répétitives. Un groupe à découvrir. Une demi-heure de warm-up qui nous pousse doucement vers le show des new-yorkais.

    Les Interpol prennent possession de la scène, tous de noir vêtus, costumes-cravates de rigueur et entament Pioneer to the Falls. La couverture de leur dernier disque, un cerf attaqué par deux lions, est projetée derrière eux. C’est une des pièces du bestiaire qui remplit la pochette de leur album, comme unique commentaire, de même que les pages de leur site web.

    La voix vertigineuse de Paul Banks nous emmène dans ses graves abyssaux. Grand blond aux yeux bleus, sa Gibson est aussi noire que sa musique. Musicien romantique, compositeur urbain, chanteur tragique, il ajoute cette note d’humanité désarmante à une musique glaciale.

    Daniel Kessler, musicien essentiel du combo, mangé par ses larges guitares demi-caisses, esquisse ses pas de deux, mouvant comme une anguille, marquant ses riffs de mouvements saccadés de son corps agile.

    Un claviériste de rencontre ajoute des couches harmoniques aux rythmes bruts des guitares et de la batterie.

    La scène reste baignée par des éclairages bleutés sur lesquels se dessinent les silhouettes fantomatiques des boys à l’assaut de Paris. De petits écrans montés sur pilonnes se colorent parfois au gré des morceaux, des fulgurances oranges qui flashent au milieu de l’obscurité. Un brin de fantaisie picturale qui ne vient pas distraire le groupe appliqué à nous décliner ses compositions et une musique caverneuse, pas vraiment optimiste, d’ailleurs il y est souvent question d’amour et de femmes.

    Ce concert fut superbe de dépouillement et de subtilité, de la musique fluide qui coule et nous revêt d’une gangue de nostalgie et d’émotion. Les Interpol nous quittent, toujours l’air de planer en dehors du temps, presque indifférents, après nous avoir associé à une véritable action de grâce.

  • BRMC – 2007/11/20 – Paris l’Elysée Montmartre

    BRMC – 2007/11/20 – Paris l’Elysée Montmartre

    Du bon, du vrai, du pur Rock ‘n’ Roll avec les Black Rebel Motorcycle Club à l’Elysée Montmartre. Trois musiciens américains avec des gueules de Marlon Brando dans l’Equipée sauvage (d’où le nom du groupe), habillés de noir, silhouettes dégingandées et mystérieuses se dessinant en ombres chinoises sur des éclairages venant du fond de la scène, des guitares ayant traîné sur des scènes douteuses et enfumées. Le groupe démarre Berlin, sur fond de tenture décorée d’une immense tête de mort dont les tibias sont remplacés par des pistons. Ambiance…

    Les riffs sont gras et appuyés, le son saturé rebondit sur les murs du club déjà surchauffé. Les deux guitaristes sur le devant de la scène sont du même modèle et alternent basse-guitare-chant. L’un le cheveu hirsute, l’autre la coupe de près, allumant des clopes entre les morceaux, pas un mot ni un sourire, juste la sueur et les cordes. Les morceaux durent à l’infini, les guitares torturées miaulent d’amour et de haine. C’est le rock de la route et des caves. Les musiciens sont tout entiers à leur tâche, ne lésinent sur rien, et surtout pas leur engagement, pour décliner cette musique rugueuse. Ils la joueraient de la même manière s’il n’y avait personne dans la fosse.

    Toujours masqués derrière les spots à contre-jour ils laissent parler l’électricité brute. Robert Levon Been passera une partie du show debout sur un mur d’amplis, revêtu d’un cuir de motard et d’une capuche de banlieue. On devine à peine leurs traits sous le déluge sonique, mais là n’est pas le but de cette messe noire.

    Dans la lignée des Brian Jonestown Massacre ou des Dandy Warhols, ils sont investis d’une mission sur terre, celle de délivrer le blues-rock qui hante leurs âmes alors ils promènent leur morgue et leurs guitares sur toutes les planches de la planète Rock.

    Le set se termine sur Whatever Happened To My Rock’n’Roll (Punk Song) : I fell in love with the sweet sensation/ I gave my heart to a simple chord/ I gave my soul to a new religion (rock’n’roll)/ Whatever happened to you, rock’n’roll?/ Whatever happened to our rock’n’roll?/ Whatever happened to my rock’n’roll?

    Ils reviennent ensuite pour un rappel de 40 mn et nous quittent, épuisés, nous laissant abasourdis par cette plongée de plus de 2 heures au cœur de l’authenticité de ce trio gagnant du rock américain.

    Set list: Berlin, Weapon of Choice, Stop, All You Do Is Talk, Howl, 666 Conducer, Ain’t No Easy Way Spread Your Love, Red Eyes And Tears, Killing The Light, Mercy, Fault Line, Complicated Situation, Weight Of The World, As Sure As The Sun, American X, Six Barell Shotgun, Whatever Happened To My Rock’n’Roll (Punk Song)

    Encore: Took Out A Loan, Us Government, The Shows About To Begin, Heart And Soul

  • Air – 2007/11/19 – Paris le Zénith

    Air – 2007/11/19 – Paris le Zénith

    Air est à Paris et nous sommes au Zénith pour nous faire bercer une fois encore de cette musique électronique élégante et distinguée.

    Deux excellentes surprises en warm-up avec les Ukulele Girls et Au Revoir Simone. Le premier groupe de quatre françaises jouant de l’ukulélé et susurrant des mélodies douces avec des sourires complices : original et mutin. Au Revoir Simone, encore des femmes, trois new-yorkaises sur claviers et rythmes électroniques avec voix éthérées et mélodies en mode mineur. L’audience est sous le charme et déjà dans les limbes où Air devrait la maintenir.

    Le duo Air arrive ensuite, toujours vêtu de blanc, accompagné sur scène d’un redoutable batteur black en cravate blanche, d’un clavier et d’un guitariste supplémentaires. Ils nous délivrent une musique sans surprise mais toujours au summum de l’harmonie et de la subtilité. Quelle que soient les modes du moment, garage, crypto-punk ou autre, les Air Guys sont égaux à eux-mêmes dans la finesse ciselée leurs compositions. L’énergie de la scène les fait transcender leur dernière œuvre, Pocket Symphony. Nicolas Godin (d’une maigreur que ne cache pas sa barbe rousse) est plus souvent à la basse qu’à la guitare et se déchaîne sur la rythmique.

    Le jeu de scène est plutôt modeste, le light show dépouillé. La musique est superbe et surannée, inutile mais délicieuse. Il n’en reste pas grand-chose à l’issue du show sinon le sentiment envoutant d’avoir été plongé dans un lagon rafraichissant aux couleurs enchanteresses, d’avoir plané bien au-dessus des contingences douloureuses de la ville, d’être devenu soudainement léger comme une plume poussée par la brise du soir sur un merveilleux paysage en vert et bleu. C’est aussi vain que de grimper l’Annapurna en plein hiver, mais qu’est-ce que c’est beau !

    Air ne s’attarde pas plus de temps qu’il n’en faut avant de nous laisser nous écraser sur les encombrements d’un Paris en pleine grève. Air reviendra sûrement et tout aussi certainement nous retournerons partager avec eux ces purs moments de plénitude.

  • PJ Harvey – 2007/11/16 – Paris le Grand Rex

    PJ Harvey passe à Paris après la sortie de son dernier disque White Chalk. Le concert est aussi dépouillé que l’album, l’artiste est habillée d’une longue robe noire façon geisha avec chaussures à talons très hauts. Piano, amplis, claviers et percussions forment un cercle autour du micro, couverts de guirlandes de Noël.

    Pas de première partie et Polly Jean arrive sur scène. Elle donnera tout son show seule avec ses instruments. Elle attaque à la guitare électrique To Bring You My Love, Send His Love datant de 1995, que l’on avait vu jouer lors de son passage au Zénith en 2004 avec un groupe de rock au complet. C’est ce soir une version beaucoup plus intimiste où les accents rugueux de l’électricité contrebalancent la fragilité de ce one women show sur talons aiguilles.

    Elle passe ensuite au piano à guirlandes pour démarrer les premières compositions de White Chalk qui s’enchaîneront avec beaucoup d’harmonie et de douceur, des histoires de rien, du sable crayeux qui vole des falaises de Dorset : Scratch my palms/ There’s blood on my hands, des rêveries mélancoliques face au plafond Something’s inside me/ Unborn and unblessed/ Disappears in the ether/ Human kindness.

    PJ déclenche parfois une petite boîte à rythmes histoire de rappeler d’où elle vient. Et elle reprend ses guitares, appuie sur ses pédales pour déclencher l’adrénaline de l’électricité, mais ce soir tout n’est qu’équilibre sur le fil tendu d’une voix envoutante maintenue par le balancier de compositions fulgurantes. Qu’elle susurre comme Madame Butterfly attendant son capitaine où qu’elle s’acharne sur ses guitares telle Calamity Jane  sur ses armes, elle n’est que PJ Harvey dans son nouvel habit de musique, profonde, sereine, touchante et contrôlée. L’expression d’une artiste majeure qui délaisse les artifices au profit de la sincérité. Le résultat de cette mutation est extraordinaire.

    Le rappel se termine sur un enchaînement à la guitare acoustique The Piano / The Desperate Kingdom of Love bouleversant devant un Rex au comble de l’émotion.

    Elle revient pour un deuxième rappel plus ou moins imprévu avec Horses in my Dreams :

    Horses in my dreams/ Like waves, like the sea/ On the tracks of a train/ Set myself free again/ I have pulled myself clear.

    Set list: To Bring You My Love, Send His Love To Me, When Under Ether, The Devil, White Chalk, Mansize, Angelene, My Beautiful Leah, Nina In Ecstasy, Electric Light, Shame, Snake, Big Exit, Down By The Water, Grow Grow Grow, The Mountain, Silence

    Encore: Rid Of Me, Water, The Piano, The Desperate Kingdom Of Love

    Encore 2: Horses in my Dreams

  • Ultra Orange & Emmanuelle – 2007/11/12  – Paris le Bataclan

    Ultra Orange & Emmanuelle – 2007/11/12 – Paris le Bataclan

    Une très jolie découverte que le dernier disque d’Ultra Orange & Emmanuelle, remake inspiré du Velvet Underground que l’on a tant aimé. Ce soir concert un peu mondain : la mezzanine est réservée VIP et on voit dans la fosse des costards-cravates inhabituels en ce genre de circonstances. Emmanuelle Seigner, actrice, attire un peu de monde people pour un lancement sur sa nouvelle orbite de rockeuse.

    Le warm up est mené de main de maître par les Mellino un duo guitariste-chanteur / chanteuse-percussionniste qui nous offre un set manouche avec une guitare d’une incroyable virtuosité et notamment une version gitane de Jumping Jack Flash d’anthologie, avec de guitare électrique joué par l’ingénieur du son devant sa console !

    Le concert de UO&E démarre sur les accords obsédants de Rosemary’s Lullaby, BO de Rosemary Baby de Roman Polanski, ci-devant époux d’Emmanuelle qui déboule en veste mauve dans un océan de blondeur. Sa voix est un peu hésitante, elle n’est pas encore habituée aux planches du Rock. Ces balbutiements touchants la rapprochent de Nico que l’on croit revivre sur scène. Et puis elle pose ses cordes vocales au bon endroit et affirme sa propre présence sur cette musique profonde écrite par Pierre Emery, guitariste-compositeur du groupe. Gil Lesage la deuxième fille de la bande joue d’une guitare désossée où les cordes agissent directement sur l’électronique pour produire un larsen sans fin digne du solo de Fripp sur Heroes. La rythmique est là où on l’attend.

    Leur récent disque (mars 2007) est joué intégralement avec des montées de tensions sur Touch My Shadow, Won’t Lovers Revolt Now Pierre laisse parler la poudre et harcèle sa guitare, les riffs claquent, Emmanuelle crie, se déhanche sauvagement :

    Remember to forget me/ And don’t forget to remenber this:/ Nobody will touch my shadow.

    Le Bataclan est aux anges, le groupe se fait plaisir et en rajoute avec une reprise de I’m Sick Of You d’Iggy qui alterne arpèges saccadées avec déchaînements soniques. Emmanuelle suit le mouvement.

    Des moments d’intimité également, guitare acoustique sur tabouret, accords lancinants et voix cajoleuse : Simple Words, One Day (en rappel) où la subtilité des compositions de Pierre émeut des spectateurs conquis. Le show se termine sur un deuxième rappel et le célèbre tango de Piazzolla , I’ve Seen That Face Before, également popularisé par Grace Jones, et par ailleurs musique du premier film d’E : Frantic.

    Le groupe se congratule devant le Bataclan qui tire son chapeau. UO&E une grande et joyeuse surprise, un amateurisme très éclairé doublé d’une vraie énergie qui rappelle la fraîcheur punk avec en bonus la richesse des compositions.

  • Joss Stone – 2007/11/04 – Paris le Grand Rex

    Une plongée dans le monde de la soul music et de l’élégance, Joss Stone est à Paris.

    Something Sally en première partie chauffe la salle avec une pop jazzy et chaude. La voix de Sally s’envole bien haut sur des rythmes doucereux et nous met de charmante humeur pour ce qui va suivre. Le groupe rencontre un succès d’estime bien mérité mais la princesse du jour s’appelle Joss et se fait un peu attendre au cours d’un long entracte.

    La scène est parsemée de tapis persans qui délimitent les territoires des musiciens et choristes qui entre les premiers pour jour l’intro : deux claviéristes blancs, un saxophoniste et un trompettiste, blancs eux aussi, habillés en costumes bleu clair, trois choristes blacks, deux femmes et un homme aux coffres impressionnants, un batteur et un guitariste blacks, ce dernier à la mise Cotton Club impeccable, costume beige, cravate et gilet à rayures, cravate et borsalino assortis, diamants dans les oreilles et une allure de félin. Et Joss entre pour entamer Girls They Won’t Believe It, pieds nus sur son tapis, devant son micro décoré d’un tissu indianisant.

    De cette diva de la soul on a déjà tout dit. Une voix anglaise de génie connue dès ses 16 ans. Elle a d’abord chanté la musique des autres. Elle a fasciné des géants qui l’ont invité sur scène : les Rolling Stones, James Brown, Stevie Wonder et d’autres. Alors après ses deux premiers disques comme interprète elle a décidé de composer. Le résultat est un joyau : Introducing Joss Stone qu’elle présente ce soir au public parisien.

    Et quelle voix, mon Dieu quelle voix ! Elle roule des vibratos avec une sensualité à réveiller les morts, elle monte dans des aigus nasillards, elle joue de ses cordes vocales avec une incroyable agilité, on la croirait née entre les lignes d’une portée de l’union magique entre une clé de sol et une clé d’ut.

    Elle se meut avec une immense grâce, sur le devant de la scène, sans faire d’ombre à ses musiciens qui tiennent le beat et l’enrobent de leur atmosphère rassurante et affectueuse pour la laisser s’exprimer de manière si divine.

    Sur son tapis volant elle surfe les vagues de la soul, une musique riche et complexe, irriguée par l’âme noire. Et ce n’est pas le moindre des miracles de cette artiste, si blanche et tellement inspirée par des racines qui ne sont pas siennes !

    Joss est habitée par la musique dont elle chante son amour dans Music, amenée par deux accords obsédants : Music/ Nothing in this world got me like you do baby/ I’d give up my soul/ If I couldn’t sing with you daily/ I’m not the only girl/ In love with you it’s crazy/ I appreciate your groove/ Now I know I owe everything to you.

    Durant le rappel Joss effeuille un bouquet de roses qu’elle lance dans son public avec douceur et attention alors que les musiciens mélangent les notes de No Women No Cry à son final.

    Devant cette jeune femme de vingt ans si musicienne, si fragile, si créative, si épanouie, si belle, on se sent peu de choses en se demande s’il est vraiment nécessaire de se lever le matin pour aller au bureau…

    Setlist: Intro – Girls they won’t believe it – Tell me what we’re gonna do now – (Segue) – Super duper love – Bruised but not broken – Proper nice – L-O-V-E – Music – Put your hands on me – Fell in love with a boy – Baby baby baby – Bad habit – Headturner – You had me – Tell me’bout it —- Right to be wrong – No woman no cry

  • Björk – 2007/08/26 – Paris Parc de Saint-Cloud

    Björk en Seine – 2007/08/26 – Festival Rock en Seine Paris Parc de Saint-Cloud

    C’est l’évènement culturel et musical de la rentrée : après deux prestations dans le Sud en début de semaine qui ont embrasé les arènes de Nîmes, Björk et sa troupe glacio-technoïde s’installent à Saint-Cloud pour le final de Rock en Seine. La composition fut époustouflante, à la hauteur des plus hautes attentes des 20 000 spectateurs qui se pressaient devant une scène bariolée de drapeaux aux couleurs fluo, dessinés d’animaux divers.

    A 21h40, alors que la pression (physique) devenait difficile pour les premiers rangs et l’intensité (artistique) insoutenable pour les fans en haleine, les musiciens se mettent en place : une section de cuivres-choristes islandaise composée d’une dizaine de femmes habillées en bouteille d’Orangina, aux couleurs flamboyantes du dernier album Volta, chacune un fanion rouge au dessus de la tête, un claveciniste, un batteur ainsi que Mark Bell et Damian Taylor, préposés aux machines et à l’électronique (voir encadré sur la Reactable). Une voute laser strie le ciel depuis le fond de la scène et Björk apparaît sur les premières rythmiques numériques obsédantes de Innocence. Pieds nus, vêtue d’une robe de fée à dominante dorée (très légèrement inspirée de la tenue de clown triste de Bowie sur le clip Ashes to Ashes), le front maquillé d’or et des mèches blanches dans les cheveux, elle parcourt déjà la scène de ses pas décalés et légers, dans le froufroutement inaudible des plis de sa chasuble moirée. Les bras tendus sous les lasers déchirant la nuit elle nous invite à la suivre dans une plongée au cœur de ses mystères.

    Les 20 000 spectateurs hypnotisés par ce prologue libérateur vibrent déjà lorsque résonne la rumeur sinistre de l’intro de Hunter (de son avant-dernier disque Homogenic) : I’m hunting/ I’m the hunter/ (but you just don’t know me). Oui, Björk chasse inlassablement la nouveauté armée de sa seule foisonnante créativité. Elle tend à la fusion de l’électronique avec la stridence de sa voix cristalline, en une exceptionnelle unicité temporelle, visuelle et auditive. Et pour mieux nous enrôler dans cette quête, Hunter se clos sur le jaillissement soudain des mains de l’artiste d’un filet synthétique jeté vers la foule en deux cônes inextricables. Telle une Spider-woman spirituelle elle nous capte dans les rets étroits de son univers étrange et poétique, que nous n’avons d’ailleurs aucune envie de quitter, petits poissons consentants pris au piège de la pieuvre dominatrice, nous nous laissons dévorer avec délice.

    S’ensuivent Joga et le déchaînement électronique de Earth Intruders. C’est le cri du centre de la terre, là où tout n’est que magma brûlant et d’où s’élève en une colonne volcanique le cri de Björk : We are the earth intruders/ We are the paratroopers/ Stampede of sharpshooters/ Voodoo… Le public captivé écoute religieusement l’éruption musicale qui s’échappe de la scène en coulées numériques et suit les pas de funambule de sa créatrice, voletant d’un incendie à une incandescence, dodelinant de la tête et contrôlant l’énergie.

    Puis viennent d’autres retours aux albums du passé avec I miss you, Army of me (terrifiant), Hyperballad, Hidden place, Pagan poetry, 5 years, Pluto. Qu’elle soit à coté du claveciniste pour une bouleversante ballade, aux pieds de ses choristes pour s’unir à elles où parcourant inlassablement la scène elle fait toujours preuve d’une incroyable présence, d’une fulgurante personnalité. Seul faille à ce contrôle total sur les évènements un léger tic qui lui fait jouer avec la langue avant ses phrases.

    On la croirait descendue du carrosse de Cendrillon pour nous délivrer le message d’un monde dont elle seule a les clés, celui d’une musique complexe et d’une poétique troublante. Telle une réincarnation évanescente du Petit Prince sur sa planète, elle a planté son arbre dont les racines nous enserrent dans une féérie de modernité et de subtilité.

    Derrière l’image idyllique et pure de ce petit lutin de l’électronique et de la modernité se cache en réalité une artiste accomplie, au sommet d’une inspiration qui synthétise tous les courants musicaux et visuels du monde d’aujourd’hui.

    L’unique rappel se termine sur un Declare Independance qui fait parler la poudre ! Les rythmes électronique s’entrechoquent et se superposent sur les hurlements libérateurs d’une Björk qui fait reprendre son hymne à tout le Parc : Raise the flag/ Raise the flag (higher, higher) ! Les écrans vidéo de chaque coté de la scène s’emballent sur des prises de la Reactable et autres écrans tactiles musicaux, machines sonores étranges manipulées par des apprentis sorciers qui en extraient des sons bouillotants et des rythmes furieux. Sous une cathédrale débridée de lasers hallucinés, les bras en croix Björk marque le beat infernal de son refrain sous une pluie de cotillons argentés puis soudainement tout s’arrête, laissant les spectateurs subjugués, mais un peu frustrés…, seulement 90 mn, l’artiste ne fait pas d’heures supplémentaires, on en aurait voulu tellement plus !

    Set list : 01. Brennið Þið Vitar, 02. Innocence, 03. Hunter, 04. Immature, 05. Jóga, 06. The Pleasure Is All Mine, 07. Hidden Place, 08. Pagan Poetry, 09. Anchor Song, 10. Earth Intruders, 11. Army Of Me, 12. I Miss You, 13. Mother Heroic, 14. Five Years, 15. Wanderlust, 16. Hyperballad, 17. Pluto
    Rappel: 18. Oceania, 19. Declare Independence.

    Un nouvel outil musical est utilisé lors de la tournée Volta : La Reactable. Il s’agit d’une table à musique électro-acoustique développée par l’Université Pompeu Fabra de Barcelone qui permet à plusieurs utilisateurs de déplacer des objets sur une surface translucide créant ainsi différents types de son interférant entre eux. Le but est de déplacer des blocs appelés tangibles sur la table ronde rétro-éclairée de différentes formes modulables en fonction de leur emplacement et de leur nombre sur la Reactable. En déplaçant et en actionnant ces tangibles, l’interaction de ces derniers créé une sorte de synthétiseur virtuel créant des rythmes musicaux et des effets sonores représentés sur la table par des cercles et des sinusoïdales. Il existe seulement deux reactables dans le monde et Björk est ainsi la première artiste à en faire un usage grand public pour les concerts de la tournée Volta. Aucun apprentissage particulier n’est nécessaire pour l’utiliser, c’est un instrument collaboratif et intuitif.
  • Festival Rock en Seine – 2007/08/24>26 – Paris Parc de Saint-Cloud

    Festival Rock en Seine – 2007/08/24>26 – Paris Parc de Saint-Cloud

    Björk en Seine

    C’est l’évènement culturel et musical de la rentrée : après deux prestations dans le Sud en début de semaine qui ont embrasé les arènes de Nîmes, Björk et sa troupe glacio-technoïde s’installent à Saint-Cloud pour le final de Rock en Seine. La composition fut époustouflante, à la hauteur des plus hautes attentes des 20 000 spectateurs qui se pressaient devant une scène bariolée de drapeaux aux couleurs fluo, dessinés d’animaux divers.

    A 21h40, alors que la pression (physique) devenait difficile pour les premiers rangs et l’intensité (artistique) insoutenable pour les fans en haleine, les musiciens se mettent en place : une section de cuivres-choristes islandaise composée d’une dizaine de femmes habillées en bouteille d’Orangina, aux couleurs flamboyantes du dernier album Volta, chacune un fanion rouge au dessus de la tête, un claveciniste, un batteur ainsi que Mark Bell et Damian Taylor, préposés aux machines et à l’électronique (voir encadré sur la Reactable). Une voute laser strie le ciel depuis le fond de la scène et Björk apparaît sur les premières rythmiques numériques obsédantes de Innocence. Pieds nus, vêtue d’une robe de fée à dominante dorée (très légèrement inspirée de la tenue de clown triste de Bowie sur le clip Ashes to Ashes), le front maquillé d’or et des mèches blanches dans les cheveux, elle parcourt déjà la scène de ses pas décalés et légers, dans le froufroutement inaudible des plis de sa chasuble moirée. Les bras tendus sous les lasers déchirant la nuit elle nous invite à la suivre dans une plongée au cœur de ses mystères.

    Les 20 000 spectateurs hypnotisés par ce prologue libérateur vibrent déjà lorsque résonne la rumeur sinistre de l’intro de Hunter (de son avant-dernier disque Homogenic) : I’m hunting/ I’m the hunter/ (but you just don’t know me). Oui, Björk chasse inlassablement la nouveauté armée de sa seule foisonnante créativité. Elle tend à la fusion de l’électronique avec la stridence de sa voix cristalline, en une exceptionnelle unicité temporelle, visuelle et auditive. Et pour mieux nous enrôler dans cette quête, Hunter se clos sur le jaillissement soudain des mains de l’artiste d’un filet synthétique jeté vers la foule en deux cônes inextricables. Telle une Spider-woman spirituelle elle nous capte dans les rets étroits de son univers étrange et poétique, que nous n’avons d’ailleurs aucune envie de quitter, petits poissons consentants pris au piège de la pieuvre dominatrice, nous nous laissons dévorer avec délice.

    S’ensuivent Joga et le déchaînement électronique de Earth Intruders. C’est le cri du centre de la terre, là où tout n’est que magma brûlant et d’où s’élève en une colonne volcanique le cri de Björk : We are the earth intruders/ We are the paratroopers/ Stampede of sharpshooters/ Voodoo… Le public captivé écoute religieusement l’éruption musicale qui s’échappe de la scène en coulées numériques et suit les pas de funambule de sa créatrice, voletant d’un incendie à une incandescence, dodelinant de la tête et contrôlant l’énergie.

    Puis viennent d’autres retours aux albums du passé avec I miss you, Army of me (terrifiant), Hyperballad, Hidden place, Pagan poetry, 5 years, Pluto. Qu’elle soit à coté du claveciniste pour une bouleversante ballade, aux pieds de ses choristes pour s’unir à elles où parcourant inlassablement la scène elle fait toujours preuve d’une incroyable présence, d’une fulgurante personnalité. Seul faille à ce contrôle total sur les évènements un léger tic qui lui fait jouer avec la langue avant ses phrases.

    On la croirait descendue du carrosse de Cendrillon pour nous délivrer le message d’un monde dont elle seule a les clés, celui d’une musique complexe et d’une poétique troublante. Telle une réincarnation évanescente du Petit Prince sur sa planète, elle a planté son arbre dont les racines nous enserrent dans une féérie de modernité et de subtilité.

    Derrière l’image idyllique et pure de ce petit lutin de l’électronique et de la modernité se cache en réalité une artiste accomplie, au sommet d’une inspiration qui synthétise tous les courants musicaux et visuels du monde d’aujourd’hui.

    L’unique rappel se termine sur un Declare Independance qui fait parler la poudre ! Les rythmes électronique s’entrechoquent et se superposent sur les hurlements libérateurs d’une Björk qui fait reprendre son hymne à tout le Parc : Raise the flag/ Raise the flag (higher, higher) ! Les écrans vidéo de chaque coté de la scène s’emballent sur des prises de la Reactable et autres écrans tactiles musicaux, machines sonores étranges manipulées par des apprentis sorciers qui en extraient des sons bouillotants et des rythmes furieux. Sous une cathédrale débridée de lasers hallucinés, les bras en croix Björk marque le beat infernal de son refrain sous une pluie de cotillons argentés puis soudainement tout s’arrête, laissant les spectateurs subjugués, mais un peu frustrés…, seulement 90 mn, l’artiste ne fait pas d’heures supplémentaires, on en aurait voulu tellement plus !

    Set list : 01. Brennið Þið Vitar, 02. Innocence, 03. Hunter, 04. Immature, 05. Jóga, 06. The Pleasure Is All Mine, 07. Hidden Place, 08. Pagan Poetry, 09. Anchor Song, 10. Earth Intruders, 11. Army Of Me, 12. I Miss You, 13. Mother Heroic, 14. Five Years, 15. Wanderlust, 16. Hyperballad, 17. Pluto

    Rappel: 18. Oceania, 19. Declare Independence

    Un nouvel outil musical est utilisé lors de la tournée Volta : La Reactable. Il s’agit d’une table à musique électro-acoustique développée par l’Université Pompeu Fabra de Barcelone qui permet à plusieurs utilisateurs de déplacer des objets sur une surface translucide créant ainsi différents types de son interférant entre eux. Le but est de déplacer des blocs appelés tangibles sur la table ronde rétro-éclairée de différentes formes modulables en fonction de leur emplacement et de leur nombre sur la Reactable. En déplaçant et en actionnant ces tangibles, l’interaction de ces derniers créé une sorte de synthétiseur virtuel créant des rythmes musicaux et des effets sonores représentés sur la table par des cercles et des sinusoïdales. Il existe seulement deux reactables dans le monde et Björk est ainsi la première artiste à en faire un usage grand public pour les concerts de la tournée Volta. Aucun apprentissage particulier n’est nécessaire pour l’utiliser, c’est un instrument collaboratif et intuitif.

    Rock en Seine – les Autres

    Une bonne, une excellente cuvée 2007 pour le festival Rock en Seine, rendez-vous rock parisien de la fin de l’été, étalé sur trois jours et trois scènes cette année, pour nous remettre d’un été maussade. La programmation toujours plus remarquable, mais que vont-ils trouver l’année prochaine pour faire mieux ! La technique et l’organisation excellentes. Le Paris rock a été comblé une nouvelle fois. Seule fausse note, Huchon, président de la région Isle de France et initiateur/organisateur du festival ne résiste pas et colle sa photo en première page du programme gratuit, encravaté, stylo-or au dessus du parapheur ministériel, embonpoint républicain ; il aurait au moins pu enfiler un T-shirt Rock en Seine, cela lui aurait donné un air plus détendu, plus rock ‘n’ roll que diable !!!

    Warmup le vendredi, ambiance boueuse sur la grande scène du parc Saint-Cloud mais programme revigorant : Mogwai, une espèce de progrock instrumental, agréable avec ses longues envolées de guitares et ses voix vocodées ; The Shins et ses jolies mélodies pop-folk bien emmenées par un chanteur-compositeur-guitariste de talent ; The Hives un groupe de suédois complètement cinglés, punk-garage, lookés noir et blanc, auto-satisfaits et bruyants, virtuoses et sans complexe, qui déchaînent le parc ; et, et, et… Arcade Fire, de retour à Paris, puissant et prodigieux sous la presque pleine lune, bien qu’un peu moins nature qu’à l’Olympia en mars dernier. On est à la fois heureux de les voir en plein air où le volume et l’effervescence de leur musique s’exprime à profusion, mais un peu frustrés de devoir les partager avec 20 000 spectateurs. Et puis Régine était de mauvaise humeur ce soir, toujours à chigner pour un retour pas comme elle voulait, un réglage à fignoler, mais quelle musique, quel bonheur ! La set-list était sans grand changement, sauf l’absence regrettée de Poupée de cire Poupée de son (Régine était nerveuse nous l’avons dit). Tout le monde est rentré chez soi la joie au cœur et l’âme regonflée de toute l’énergie véhiculée par cette musique du nouveau monde.

    Samedi le terrain a commencé à sécher et Pravda ouvre le bal sur la scène de la Cascade : duo parisien, une bassiste style grande liane brune aux yeux bleus, habillées d’un fourreau noir, qui chante et joue de la basse comme elle tirerait à la Kalatch, son alter égo à la guitare peroxydé à la Billy Idol, une musique basique et efficace style The Kill ; Calvin Harris, un groupe écossais électro-funk énergique ; CSS et ses 5 musiciennes brésiliennes, fraîches, détendues, buvant des bières, faisant les folles, tirant des fusées à cotillons, fringuées multicolore, déchaînées sur la scène, déployant un rock dance très nouveau monde, très… Brésil ! Tout le monde est tombé sous le charme, il parait que la ministre de la culture était dans le public. CSS veut dire Cansei De Ser Sexy (Fatiguées d’Etre Sexy) mais elles sont en pleine forme les furies paulistes ; et en final les Rita Mitsouko qui ont bluffé la scène de l’Industrie avec un show très pro, très mesuré, la gestuelle contrôlée de Catherine Ringer, toujours moitié clownesque moitié déjantée, parfaitement adaptée au traitement de la musique. Fred est calme à la guitare électro-acoustique, lunettes noires et costar rayé, look mafieux barbu. La set-list est complète. Les quadras frétillent, les plus jeunes s’ennuient. Les Rita se permettent même une excellente reprise de Red Sails de Bowie avant le final sur Marcia Baila, et un dernier salut à deux au public qui, s’il avait insisté un peu plus aurait peut-être obtenu un rappel même si non programmé officiellement.

    Dimanche, tout est sec, les remugles des toilettes publiques se mêlent aux senteurs des merguez, les festivaliers se préparent au final. Kings of Leon  délivre sa gouaille sudiste en plein soleil, un climat de circonstance pour ce groupe qui évolue de façon très favorable : voix déchirée par le bourbon et les cigarettes, guitares claquantes ou grinçantes, la grande scène est transformée en une immense et joyeuse salle de saloon ; Faithless est beaucoup moins séduisant, un genre de sous Massiv Attack avec rythmes obsédants et synthés démodés, conduits par Rollo Amstrong la sœur de Dido. Un afro-européen sur le devant dévide son trip-hop chaloupé en maillot Puma pendant que les indo-européens derrière assurent la logistique. Pas inoubliables bien qu’entraînant. Et puis… Björk que certains présentent comme une attraction pour bobos alors qu’elle est devenue la fiancée de Paris en ce jour inoubliable.

    L’emmerdeur patenté du concert rock

    Alors que le show est commencé, il tente une percée vers le premier rang un gobelet de bière tenu en équilibre au-dessus de la tête.
    L’emmerdeur patenté se déplace en bande, avec une ribambelle de cinq ou six crétins qui se tiennent par la main et poussent, poussent, poussent, quoiqu’il se passe devant eux. Ils marchent sur les pieds, renversent de la bière au passage sur les spectateurs déjà pressurisés telles des sardines dans leur boîte, empêchent l’environnement proche de profiter du concert.
    Comme dans notre bas monde la mauvaise éducation et la goujaterie payent souvent très bien, l’emmerdeur patenté qui n’a pas fait le pied de grue trois heures durant pour tenir sa place dans les premiers rangs, obtient finalement le même résultat, sans l’attente…
    Le pire est quand l’emmerdeur patenté se rend compte qu’il ne peut plus progresser et s’arrête juste sur vos pieds. Il faut alors le persuader de poursuivre sa poussée plus loin, au besoin à coups de pieds sournois, voire à coups de coudes vicieux. Mais l’emmerdeur patenté est tellement insupportable que l’on arrive à devenir très créatif pour le chasser.

  • Architecture In Helsinki – 2007/08/03 – Paris Arène de Montmartre

    Concert Architecture in Helsinki en plein air aux arènes de Montmartre dans le cadre du festival Paris Quartier d’Eté. Il fait doux et calme sur les hauteurs de Paris. Les gradins de pierre des arènes sont pleins, une mini scène a été montée à leurs pieds. L’ambiance est festive. Paris Quartier d’Eté, toujours là où il faut !

    Les Architecture débarquent à la nuit tombée : un groupe australien (comme ne l’indique pas son nom) bien déluré, une bande de jeunes créatifs et cool. Le leader chanteur/guitariste en bermuda/chemise à fleurs, le bassiste blanc grimé en bushman avec locks et barbe, une chanteuse bien en chair et en T-shirt aux motifs aborigènes, et trois autres musiciens. Tout ce petit monde déboule à l’instant du vol de Singapour pour se retrouver à Montmartre, légèrement décalé mais toujours plein d’énergie et d’enthousiasme, buvant des quantités industrielles de bière, s’échangeant les instruments au hasard des morceaux et nous délivrant une musique neuve et artisanale, pleine de cassures de rythmes, de vocalises improbables, agrémentée d’un coup de trombone à coulisse de temps en temps, de drums électroniques et de l’esprit des antipodes. Une espèce de Talking Heads descendu de l’Ayers Rock.

    Après le rappel, les musiciens vendent leurs CD et des T-shirts en sirotant des bouteilles de Bordeaux au goulot. Histoire de confirmer l’essai, les Architecture seront de retour à Paris à la rentrée. A ne pas manquer.

  • Lou Reed – 2007/06/26 – Paris le Palais des Congrès

    Lou Reed – 2007/06/26 – Paris le Palais des Congrès

    – Hey Lou Reed/ Do you hear me?/ I don’t want to be no one…/ Does it get cold and alone/ When you’re all on your own in NYC?/ Lisa says, Caroline says, Candy says she wants to be with me…

    chante The Servant  sur son dernier disque sorti en 2006, How To Destroy a Relationship. L’influence morbide du poète new-yorkais est toujours prégnante sur la musique d’aujourd’hui…

    Ce soir Lou Reed plante son décor au Palais des Congrès à Paris pour y jouer l’intégrale de Berlin, plus de trente années après sa sortie. Berlin, une ville où Lou n’avait jamais mis les pieds avant d’écrire son chef d’œuvre, Berlin le disque le plus déprimant de l’histoire du Rock ‘n’ Roll, mais Berlin la pièce maudite de l’un des artistes le plus influent de son temps.

    Ce soir Lou Reed nous rejoue le disque de nos nuits d’encre. Il a rameuté Steve Hunter, le guitar-hero de Rock and Roll Animal, le virtuose démoniaque de l’intro légendaire de Sweet Jane ! Bob Ezrin le producteur de l’époque est de la partie, Julian Schnabel a tourné un documentaire sur les shows de New York qui sera présenté aux festivals du film de Venise et de San Sebastian, Emmanuelle Seigner la nouvelle égérie rock underground (chanteuse du groupe Ultra Orange, sévèrement inspiré par le Velvet, et femme de Roman Polanski) joue Caroline dans les films projetés durant le concert, et nous, les purs, sommes là à nous presser dans les escaliers de cette salle généralement consacrée aux assemblées d’actionnaires… Mais après tout, nous détenons des titres sur la Lou Inc. depuis le temps que cet artiste diabolique capte nos investissements émotionnels et nous en reverse les dividendes de sang et de larmes.

    Un chœur d’adolescentes, des cuivres et des cordes viennent adoucir l’électricité et enrober la voix chevrotante de celui qui va nous narrer une fois encore l’histoire sordide et blafarde de Jim et Caroline.

    Le concert démarre sur les accords de Steve, à la guitare acoustique, coiffé d’un bonnet de marin breton et d’une blouse d’hôpital psy bleu pâle, accompagnant les vestales sur le refrain de Sad Song. Le ton est donné : triste ! Puis vient le piano bastringue émergeant d’un cabaret berlinois interlope où se pressent espions, putes et Gi’s :

    In Berlin/ By the wall/ We were five foots ten inches tall/ It was very nice/ Candelight and Dubonnet on ice

    Et Jim et Caroline nous entraînent à la suite de leur histoire d’amour underground et son cortège de jalousie, de violence, de drogue, de déchirure et de mort. Une atmosphère glaçante et parfaitement rendue par un son épuré et simpliste au milieu d’une mise en scène statique et quasiment sans éclairage. Les jeunes chanteuses en aubes falotes ondulent au long des mesures marquées par la voix profonde de Lou. L’ambiance cathédrale de la salle donne à l’ensemble un air de messe maudite. On dirait que la musique s’échappe de catacombes où seraient entassés les ossements blanchis d’une époque révolue, pour atteindre nos cœurs corrompus par le temps. Une époque où violence et poésie savaient encore se marier, où des artistes pouvaient écrire la vraie vie et en tirer de purs sanglots.

    Les rumeurs les plus folles ont couru sur les conditions d’enregistrement de ce disque : Lou perdu dans les drogues, Ezrin en dépression à l’issue des sessions, les cris déchirants de ses propres enfants appelant leur mère, enregistrés sur The Kids. Et l’album est devenu une icone majeure de l’œuvre de Reed qui a marqué et marque encore des générations de musiciens et d’amateurs éclairés.

    Et alors que Jim et Caroline entament leur descente vers les abysses, le Maître nous fait défiler les 10 titres ce cet album d’exception. Men of Good Fortune est un must. L’enchaînement Caroline Say II / The Kids / The Bed / Sad Song est une douleur infinie qui nous vrille l’âme, alors que nous accompagnons Caroline au bout de sa route ; ses enfants enlevés, ses poignets ouverts, sa vie s’en va dans un flot de sang et notre stupeur est à la hauteur de ce désastre : And I said oh oh oh oh oh oh what a feeling.

    Comment des mélodies aussi simples, une voix aussi monocorde, des mots aussi triviaux peuvent-ils déclencher un tel torrent émotionnel sinon du fait du noir génie de leur auteur ? Et notre artiste ne semble guère se soucier de ce qu’il provoque. Il joue, tranquillement accroché à sa guitare, plutôt absent, revenu de tout, carrément ailleurs dans son monde de mots et de notes.

    Après les derniers accords de Sad Song il laisse un peu attendre la salle avant de lui offrir en rappel Sweet Jane / Satellite of Love / Walk On the Wild Side / Rock Minuet, toujours avec autant de nonchalance. Et Steve nous refait note pour note le Sweet Jane solo. Nous sommes touchés au cœur.

    Lou salue, Lou offre des fleurs aux vestales qui nous ont tiré des larmes sur Sad Song, Lou embrasse Ezrin et puis Lou s’en va de son pas indifférent.

    Ce soir il a créé Berlin ! Nous étions la pour partager ce moment d’anthologie.

  • The Rolling Stones – 2007/06/16 – Paris le Stade de France

    The Rolling Stones – 2007/06/16 – Paris le Stade de France

    Hummm… les Rolling Stones sont en ville, une ambiance de merguez flotte au-dessus du Stade de France, 80 000 fans sont en train de migrer vers Saint-Denis pour s’abreuver autour de leur point d’eau, pas encore trop asséché par le temps ! Enfin, pas tout à fait 80 000 car les tribunes tout en haut du stade sont vides, couvertes par des bâches au logo lingual pour cacher la misère !

    Le deuxième show de la tournée A Bigger Bang, annulé en 2006 pour cause de chute de cocotier de Keith dans une ile du Pacifique, a lieu ce 16 juin 2007. La famille est de retour ! Nous ne manquons cette cérémonie désormais classique et venons rendre hommage à la persévérance de nos papys qui nous accompagnent dans nos rêves musicaux depuis si longtemps. Bien sûr on se raconte toujours un peu les mêmes histoires lors de ces réunions mais l’atmosphère est chaleureuse, la technique impressionnante et le blues est toujours le blues… alors pourquoi s’en priver même s’il faut pour cela reporter à la semaine prochaine ses courses d’été aux Galeries Farfouillette. Même Fillon est venu faire un peu de présence, félicité par Mick, et légèrement sifflé par l’assistance.

    Pas de surprise pour ceux qui ont déjà vu les premiers shows de cette tournée mondiale qui dure maintenant depuis deux ans, mais toujours beaucoup de plaisir à partager les performances de ce groupe fidèle et inusable. Et puis toujours cette montée d’adrénaline lorsque retentissent les premiers riffs du concert, ceux de Start Me Up en l’occurrence.

    Quelques perles avec Waiting On A Friend joué par Mick à la guitare électroacoustique, un hommage à James Brown I’ll Go Crazy et une belle version de Can’t You Hear Me Knocking, bluesy à souhait, à grand renfort de solos de sax, de guitare (Ron) et d’harmonica.

    Keith s’emmêle un peu dans ses paroles et ses accords sur Happy et I Wanna Hold You, accroché à sa vieille guitare éraflée, mais le public lui accorde toujours un succès d’estime et une définitive indulgence.

    La B-stage avance puis recule sans un couinement, tout est bien réglé. Le feu d’artifice final illumine le ciel sur les derniers accords de Jumping Jack Flash. Nos quatre tontons reviennent pour un dernier salut et chacun rentre chez soi, satisfait d’avoir constaté que la famille est toujours en forme.

    La set-list : Start Me Up/ Let’s Spend The Night Together/ Rough Justice/ All Down The Line/ She Was Hot/ Waiting On The Friend/ Can’t You Hear Me Knocking/ I’ll Go Crazy/ Tumbling Dice/ — Introductions/ Happy (Keith)/ I Wanna Hold You (Keith)/ It’s Only Rock’n Roll (to B-stage)/ It’s All Over Now (B-stage)/ You Got Me Rocking (B-stage)/ Honky Tonk Women (to main stage)/ Sympathy For The Devil/ Satisfaction/ Brown Sugar/ Jumping Jack Flash (encore)

  • The White Stripes – 2007/06/11 – Paris le Zénith

    The White Stripes – 2007/06/11 – Paris le Zénith

    Icky Thump le dernier disque des White Stripes ne sera en vente que la semaine prochaine dans les bacs parisiens mais déjà l’on sait que sa couverture est en noir et blanc, une première pour ce groupe qui a fait du rouge et blanc sa marque de fabrique. Faut-il s’attendre à une révolution ? Cette soirée au Zénith prouvera qu’il n’en est rien. Et pourquoi d’ailleurs faudrait-il changer quoi que ce soit à ce duo incroyable qui nous délivre un rock pur forgé aux sources du blues ?

    Le fond de la scène est tendu d’une immense toile rouge unie sur laquelle les musiciens joueront aux ombres chinoises comme unique light show. Mais nous ne sommes pas la pour la débauche technologique simplement pour écouter et voir la réincarnation de Jimmy Hendrix en extra-terrestre blanc venu de l’Ouest : Detroit, USA. Et le blanc débarque tout en rouge accompagné de Meg qui s’installe derrière ses futs. A peine les lumières éteintes, la guitare rouge et blanche siffle déjà des feulements de saturation sous les arcanes gonflées des toiles (rouges…) du Zénith parisien.

    Le son brut du groupe envahit l’atmosphère comme une épaisse fumée de sous-bois enflammés, humide et grasse qui pénètre les tympans pour s’y déposer en strates indélébiles. Après notamment un redoutable Dead Leaves, il faut attendre le quatrième morceau du show pour découvrir le titre éponyme du disque Icky Thump qui est enchaîné avec Effect and Cause, autre nouveauté pour laquelle Jack a ressorti une vieille électroacoustique au bois constellé de zébrures, une de ces guitares qui a traîné dans les bars du Tennessee (les White’s habitent Nashville) et arbitré des bagarres d’ivrognes.

    Après cette première envolée, le public est déjà à genoux alors que Jack poursuit son combat de gladiateur pour maîtriser les hurlements de sa guitare qui vit son propre destin sous les doigts de fée qui terminent les biscoteaux d’athlètes émergeant du T-shirt rouge moulé.

    De la chevelure noire en bataille de Jack qui lui cache le visage, monte une voix aigüe et maîtrisée aux accents hard-rockeux mais à l’inspiration tellement blues dans ses vibratos et ses menaces qu’elle en fait le fils spirituel de Muddy Waters et B.B. King. Si ça n’était pas encore évident pour certains, il est désormais clair que ce garçon a replanté l’étendard de la musique américaine si haut que peu de musiciens de sa génération pourront aller le chercher.

    I Think I Smell A Rat déclenche un ouragan avec ses riffs qui claquent sous le dôme comme des éclairs, c’était sur White Blood Cells en 2001 comme The Same Boy… Sans répit Jack accroché à sa guitare parcourt la scène rouge où il alterne les micros face au public, ou sur un orgue d’anthologie peint en rouge vif dont il joue pendant que les accords de ses cordes vivent leur vie dans un délire de larsen sur-saturé, ou encore à coté de Meg White, aussi souriante sous sa frange de cheveux noirs qu’elle est violente sur ses peaux. Complice de toujours elle assure la rythmique de façon désarmante mais oh combien efficace. Et il n’y a pas besoin de plus, elle fait ce qu’il faut.

    Retour au calme provisoire avec Cold Cold Night chanté sur le devant de la scène par Meg à qui le public fait un triomphe en se demandant encore comment ce petit ange qui susurre avec tant de délicatesse :

    Come to me again/ In the cold cold night/ You will know that it’s warm inside/ And you’ll come run to me/ In the cold cold night

    est capable de batte le beat de Icky Thump ? Les démons du Mississippi certainement !

    Ball And Biscuit pour terminer le premier set et puis les rappels qui annoncent l’apothéose de Seven Nation Army joué devant un Zénith qui sent venir sa fin : And I’m bleeding, and I’m bleeding, and I’m bleeding/ Right before the lord/ All the words are gonna bleed from me and I will think/ No more/ And the stains coming from my blodd/ Tell me go back home.

    Tout n’est plus que sueur et déchaînement, stupeur et tremblement, lorsque Jack et Meg debout sur les enceintes tentent d’apaiser le brasier qu’est devenu le Zénith en se prenant en photo devant les spectateurs, au Polaroïd dont ils jettent les épreuves dans la foule. Jack offre des roses à Meg et ils repartent sereinement après nous avoir délivré le message de la grande Amérique, celui de racines violentes et ambigües, créatives et dissolues, multiples et exceptionnelles, irriguées par le sang du Rock ‘n’ Roll qui a engendré les plus belles pages de la musique de notre temps ! C’est bon, c’est bon, c’est bon.

  • Dolorès O’Riordan – 2007/06/06 – Paris le Bataclan

    Dolorès O’Riordan – 2007/06/06 – Paris le Bataclan

    L’égérie anorexique des années 90, ex-leader des Cranberries est de retour à Paris avec un agréable album solo Are You Listening? Toute de noir vêtue, comme il se doit, des cheveux de jais, les yeux bordés d’eyeliner sombre, elle est accompagnée d’un combo de guitaristes gitans, costauds bardés de tatoos et plutôt habiles, à coté desquels elle paraît toute pitchounette. Mais la gracieuse irlandaise est aujourd’hui pleine d’énergie positive. Elle déboule à la guitare électrique sur les riffs lourds de Zombie qui nous ramènent au bon vieux tempsle Bataclan est déjà en transe ! La voix est forte mais toujours rêveuse. Dolorès est souriante et bavarde

    Les nouvelles compositions coulent comme l’eau de source Angel Fire, Apple Of My Eye, Ordinary Day, Black Widow… et se mêlent harmonieusement aux anciens morceaux datés sinistrose, l’époque où l’on se demandait toujours avec angoisse si Dolorès allait vaincre ses démons et survivre un nouvel hiver. Alors aujourd’hui elle s’empare d’une guitare acoustique d’un blanc immaculé pour dédier Ordinary Day à sa fille : Beautiful girl/ Won’t you be my inspiration/ Beautiful Girl/ I’ll never let you down, juste les sentiments ordinaires d’une maman revenue de la bulle névrotique Cranberries pour se consacrer à la vie de tous les jours ; elle chante Apple Of My Eyes, une jolie love song sur un mari qui tarde à rentrer, Black Widow et la dévastation du cancer sur un être proche.

    Tout ceci est un peu calibré FM, doux et parfois sombre, mais on aime cette artiste inspirée. Elle ne voit pas toujours le temps qui passe sous son jour le plus gai mais elle nous en restitue l’essence avec beaucoup de délicatesse. Le public en adoration la couvre de fleurs et de billets tout le concert durant, pavoise un drapeau irlandais et ne la laisse plus partir sur le final de Dreams : Oh my life is changing everyday/ Every possible way/ Though my dreams, it’s never quite as it seems/ ’cause you’re a dream to me.

    La set list : Zombie/ Angel Fire/ Animal Instinct/ Apple Of My Eye/ Ordinary Day/ Ode To My Family/ Human Spirit/ Stay With Me/ Black Widow/ Pretty/ When You’re Gone/ I Can’t Be With You/ Loser/ Salvation/ When We Were Young// Encore : Just My Imagination/ October/ Linger/ Dreams

  • Patti Smith – 2007/05/28 – Paris l’Olympia

    Patti Smith – 2007/05/28 – Paris l’Olympia

    Patti est de retour à Paris pour un de ces shows « chair de poule » comme seuls les artistes d’un autre monde savent en délivrer. Et toujours lorsque cette poétesse incomparable entre en scène elle exhume toute notre vie musicale cachée dans le lobe émotion de nos cerveaux. Comme dans un dernier soupir elle nous accompagne sur la frontière ténue entre le plaisir musical et l’introspection intime. Une grande dame qui superpose avec tellement de subtilité les mots et les notes sous l’étendard du Rock ‘n’ Roll le plus pur.

    Les fidèles Lenny Kaye, guitariste, affublé comme toujours de ses gilets démodés, et Jay Dee Daugherty à la batterie, emmènent une set list idéale où se mêlent quelque unes des reprises objet de son dernier disque Twelve et les jalons musicaux d’un parcours exceptionnel entamé il y a 30 ans avec Horses. La tignasse grisonnante (elle vient d’avoir 60 ans) et toujours fringuée comme l’As de Pique, cette musicienne de légende nous fait partager ses révoltes comme ses nostalgies avec la foi d’une survivante. Sa voix n’a pas pris une ride. Elle en use et en abuse avec adresse et parfois violence.

    Malgré le formatage intellectuel marketé par l’industrie du disque et en dépit de l’abrutissement des masses généré par les médias, elle reste sereine et convaincue de son message, de sa mission. Lorsque Patti joue de la clarinette sur Are You Experienced  de Hendrix, se fait accompagner par un luth sur Smells Like Spirit de Nirvana, ou déclame des poésies après avoir chaussé ses lunettes rondes, ce sont les Dieux qui parlent aux Dieux. Et quand elle soulève petits et grands sur Rock ‘n’ Roll Nigger et Because The Night elle ne voit pas de réel motif de dévier de sa route, celle de la sincérité brute d’une rockeuse qui a voulu changer le monde avec des chansons et des poèmes. Et elle y a réussi puisqu’elle donne du rêve, elle diffuse de l’énergie, elle montre la nécessité de savoir s’indigner, elle oriente la vie de chacun vers le cœur et l’intelligence quand tout dans notre monde moderne tend à faire dériver les individus vers l’illusoire et l’égoïsme.

    Patti reste avec Lou Reed la grande prêtresse de la poésie underground. Ils ont traversé cette période à part, parfois excessive, mais tellement américaine, qui a si fortement influencé le Rock d’aujourd’hui. Et d’ailleurs Lou sera à Paris dans quelques jours… L’un et l’autre nous convient régulièrement à ces messes dites bien sûr sur un mode différent mais ils ne manquent jamais de communiants pour partager cette musique des anges qui parfois se transforment en démons, mais parfois seulement !

    La set list : Privilege/ Redondo Beach/ Birdland/ Are You Experienced/ Free Money/ Within You Without You/ Southern Cross/ Pastime Paradise/ White Rabbit/ Because The Night/ Pissing In A River/ Soul Kitchen/ Peaceable Kingdom/ Gloria/ Smells Like Teen Spirit/ Rock n Roll Nigger/ Helpless

  • Orchestral Manoeuvres in the Dark – 2007/05/25 – Paris l’Olympia

    Orchestral Manoeuvres in the Dark – 2007/05/25 – Paris l’Olympia

    Les adolescents synthétiques et fringants d’Orhestral Manoeuvres In The Dark (OMD) sont de retour pour un best of de leur carrière à l’Olympia. Pour la circonstance le parterre de la salle est en configuration quinquas avec sièges numérotés. Andy McCluskey and Paul Humphreys ont créé OMD à la fin des 70’s à Liverpool sur les traces de Kraftwerk et Gary Numan. Pop sucrée et claviers sophistiqués, on a aimé leurs ritournelles dont la justesse n’avait d’égal que leur caractère obsessionnel. Enola Gay… et bien d’autres ont fait la joie des DJ’s de l’époque. Les remix de Tesla Girls résonnent encore dans nos oreilles comme les glaçons dans les verres de GinTo. Alors on pouvait se faire remballer par des filles farouches, pas d’importance, on oubliait ces déconvenues sur les pistes de danse sous les stroboscopes fous d’Electricity.

    Deux claviers surélevés entourent la batterie, un immense écran sur le fond et Paul qui chante devant, avec parfois une guitare ou une basse. L’électronique a remplacé les Mellotrons. Le tout relève d’une esthétique très épurée. Le light show et les projections sont modernes et superbes. Andy et Paul ont vieilli, ils affichent un look à la  Gilbert & Georges et d’ailleurs certaines des scènes visuelles sur l’écran feraient bonne figure dans une exposition du vieux couple anglais.

    Il reste la musique, toujours entraînante et bien roulée. La voix d’Andy n’a pas pris une ride, les compositions tiennent encore la route et l’on ne va pas brûler ce qu’on a aimé. Les rythmes envoûtants poussent presque les spectateurs les plus vigoureux à esquisser quelques pas de danse, embourbés dans leurs fauteuils inconfortables. OMD est revenu et la setlist nous repasse la décennie 80 en 1h30 d’un concert plaisant.

    Set list : Architecture And Moralit/ Sealand/ The New Stone Age/ Georgia/ She’s Leaving/ Souvenir/ Joan Of Arc/ Maid Of Orleans/ The Beginning And The End/ Messages/ Tesla Girls/ (Forever) Live and Die/ If You Leave/ Pandora’s Box/ Talking Loud And Clear/ So In Love/ Locomotion/ Sailing On The Seven Seas/ Enola Gay/

    Encore : Walking On The Milky Way/ Electricity/ Romance Of The Telescope