Catégorie : Kronic concerts-rock

  • Locus & Porco Rossa – 2007/05/19 – Paris le Café Montmartre

    Concert au Café de Montmartre avec Porco Rosso et Locus, une soirée de musique dans une cave parisienne. Des amateurs éclairés, connus sur MySpace, qui s’amusent et nous réjouissent. De la musique française mâtinée de pop/folk. Un samedi soir plein de bonheur.

    Les Porco sont en formation de quatre, le guitariste solo alternant sur un clavier. Yann développe une voix agile sous sa casquette. Des paroles parfois sentimentales sur une instrumentation maîtrisée qui n’hésite pas à se lâcher sur des solos rock appuyés. La musique coule naturellement sur une audience conquise.

    Locus est un groupe sophistiqué avec un duo rythmique percutant, Xavier un guitariste solo au touché Dire Straits et autre un duo au chant, simple et subtil : Hocine, chant et guitare électro-acoustique, avec Rosa. Ils sont tellement naturels ces deux là qu’on dirait de vieux professionnels. Leurs voix aériennes se superposent avec élégance sur des paroles douces, le live ajoute de l’énergie. L’ensemble est rythmé, harmonieux, simplement émouvant.

  • Lisa Gerrard – 2007/04/15 – Paris la Cigale

    Lisa Gerrard – 2007/04/15 – Paris la Cigale

    Lisa Gerrard au Grand Rex ce soir : ex-Dead Can Dance, elle nous a envoutés avec son compère Brendan Perry dans les années 1980/90. Ensemble ils ont créé une atmosphère musicale unique faite de noirceur et d’étranges sonorités en mode mineur.

    Lisa poursuit depuis une carrière solo ponctuées de disques et de BO. Le concert parisien est complet depuis longtemps. Les fans d’hier sont venus nombreux pour goûter à nouveau cette ambiance insondable, frémir encore à l’écoute d’une musique venue d’ailleurs, peut-être un peu de son Australie natale où elle se ressource  « J’habite dans le bush, ce qui me permet de m’éloigner du monde, de me connecter à ce que je désire vraiment, l’absolu. Je me considère d’ailleurs comme une Aborigène, parce que je suis née là-bas et que, comme eux, je suis complètement reliée aux vibrations de la terre et à un langage abstrait, façonné par des millions d’années d’humanité. »

    La scène majestueuse du Grand Rex est tendue de deux grandes tentures blanches qui dégoulinent sur un fond noir. Elle est accompagnée d’un pianiste et d’un clavier qui posent l’instrument majeur : sa voix, profonde, parfaite et bouleversante, froide comme un vent terrifiant qui dévale les pentes verglacées d’un Himalaya émotionnel. Les paroles n’ont pas d’importance, il y en a peu d’ailleurs, anéanties par le son.

    En robes longues, bleue puis blanc crème après l’entracte, elle est grande, blonde aux yeux bleus, statique devant son micro auquel elle s’accroche bizarrement, elle chante les yeux mi-clos, semblant ne pas savoir que faire de son enveloppe corporelle. Elle est comme une espèce de fantôme au-dessus duquel flotte son âme. On est hypnotisés par sa présence intergalactique, envahis par l’émotion sonore qu’elle diffuse. On est habités par cette voix lisse et d’outre-tombe, discrètement accompagnée de nappes de claviers électroniques. Elle nous emmène à travers l’odyssée d’un espace musical, intime et immense. Et entre les chansons, l’artiste envolée redescend sur terre où elle nous retrouve, éclatant de rire devant les applaudissements sans fin de la salle en adoration.

    Une soirée pleine de magie qui nous a donné la chair de poule. Lisa  nous a délivré une Voix immense sur des notes glaçantes.

  • The Stranglers – 2007/04/06 – Paris la Cigale

    The Stranglers – 2007/04/06 – Paris la Cigale

    Du bon, du très bon, de l’excellent Stranglers ce soir à la Cigale ! Et il ne reste que deux survivants de la formation d’origine !

    Après la prestation de BP ZOOM, le groupe rentre (à quatre musiciens seulement) sur scène. On fait le compte des absents : Paul Roberts qui a déserté pour un chemin en solo, Jet Black, remplacé par son roady de 25 ans, qui est à l’hôpital pour problèmes cardiaques et dont Burnel précisera malicieusement qu’il était baptisé The Hoover (l’aspirateur il y a quelques années…). Il reste donc Jean-Jacques Burnel et Dave Grenfield, à la basse et aux claviers, Baz Warne à la guitare qui a rejoint le groupe en 2000 et partage le chant avec Jean-Jacques.

    C’est du concentré de Stranglers, bien rugueux et tellement vigoureux. On y retrouve ce qu’on aime depuis les origines en 1975, une énergie sans faille, les tourments de la vie éructés dans des paroles coupantes et glaçantes, une basse folle et dominante qui marque le beat d’une vie comme le marteau-pilon frappe l’acier en fusion au cœur de la forge de nos âmes, une guitare cinglante et répétitive sur des nappes de claviers qui veulent adoucir la furie mais qui la rendent encore plus obsessionnelle. Baz chante, moins bien que Paul, mais avec la foi d’un vrai Stranglers, le roady frappe sa batterie avec l’application qu’il a mis à servir son Maître Jet tout au long des années de route. Et Burnel chante toujours avec cette voix embrumée et solitaire, comme revenue de tout, où la nostalgie pointe son nez à tout instant dans la violence contenue qu’elle exprime. Il parle, parfois, en français, notamment pour commenter le succès de leur dernier disque Suite XVI, des ventes jamais atteintes depuis 30 ans !

    Et pourtant les quelques morceaux récents joués ce soir paraissent dans la continuité parfaite du passé. Ils s’intègrent sans l’ombre d’un doute à cette œuvre envoûtante composée par les hommes en noir. Spectre Of Love ou l’amour sur le fil du rasoir : Salvation can be found in times like this/ I just need you and I’ve found mine. Relentless et son triste déroulé du temps qui passe en s’acharnant à nous détruire : The King sat on his throne wawed his hand at the sea/ Time made a fool of him and eveything he tried to be…/ Relentless time/ Relentless time.

    Ces nouveautés se sont coulées dans le moule des Stranglers et mariées avec bonheur aux classiques des Peaches, Nice ‘N’ Sleazy, Burning Up Time et autres Duchess ou Nuclear Device.

    Les Stranglers ont choisi ce soir de nous délivrer leur setlist idéale, l’incarnation de leur foi et de la permanence dans leur combat pour que la musique donne à chacun le moyen d’interpréter la vie telle qu’elle est, pas toujours parfaite, mais où l’émotion et les idées sont les clés de la survie.

    Et au final, une assemblée de jeunes seniors, reconnaissants et admiratifs, a scandé No More Heroes à la Cigale pour clôturer le show parfait des Stranglers, pilier de notre imaginaire musical.

    La set list : 5 Minutes/ Grip/ Spectre Of Love/ Nice ‘N’ Sleazy/ Death & Night & Blood/ Unbroken/ Peaches/ Always The Sun/ Golden Brown/ I Hate You/ Lost Control/ Summat Outnowt/ Walk On By / Relentless/ Burning Up Time/ All Day And All Of The Night/ Duchess/ London Lady/ Rappel 1 : Nuclear Device/ Dagenham Dave/ Rappel 2 : Hanging Around/ No More Heroes

    Lire aussi : The Film – 2005/12/01 – Paris la Maroquinerie
  • Bryan Ferry – 2007/03/26 – Paris le Grand Rex

    Bryan Ferry – 2007/03/26 – Paris le Grand Rex


    Bryan Ferry au Grand Rex, la salle attitrée de ses séjours parisiens, mais l’étoile aujourd’hui sur scène n’arrive plus à briller aussi fort que celles peintes au plafond du hall, inanimées et toujours resplendissantes. On en éprouve des regrets car l’homme est toujours tellement attachant. Son Dylanesque sorti quelques jours avant le show est intéressant. Trémolo vocal et orchestrations soignées civilisent le coté brut de la voix et des chansons de Bob Dylan.

    Après son superbe As Time Goes By, reprises de classiques jazz, Ferry poursuit dans les remakes de la musique qu’il a aimé. Et même de déclarer à Libération : « On m’a suggéré John Lennon -beau répertoire. Neil Young ? Je chanterais bien Lou Reed ; pour reconstituer son Velvet Underground, la touche New York… ». La suite est à venir, Bryan sur Pale Blue Eyes… ça pourrait être fameux !

    Le présent est pour Dylan : un groupe imposant avec un pack de trois guitaristes dont l’indéboulonnable Chris Spedding et un nouveau venu, Oliver Thompson, jeune blondinet androgyne fringué comme le pirate des caraïbes et plutôt virtuose. Toute une troupe de musiciens/choristes, sous la direction du maestro pianiste Colin Good, et qui fait un peu tapisserie.

    On se demande si le nombre est vraiment nécessaire sinon pour faire illusion à la baisse de régime de Ferry. Eh oui, l’artiste commence à se rapprocher de la ligne rouge. Un peu d’embonpoint, beaucoup de transpiration, lecture de ses textes… Tout ceci est un peu douloureux pour les quinquas assis dans les larges fauteuils en skaï usé du Grand Rex à qui il renvoie l’image de leur propre décrépitude. Alors pour nier cette triste réalité quelques spectateurs se croient obligés d’aller se dandiner dans les allées sur Don’t Stop The Danse. Mais il faut tenir le rythme…

    Bon, n’en rajoutons pas trop ! Ferry reste l’éternel séducteur à la voix de velours et lorsqu’il sort son harmonica sur Knockin’ On Heaven’s Door tout le monde fond d’émotion. Et quand démarre l’intro de Watchtower on suit le groupe avec enthousiasme sur cette version appuyée du classique dylanien repris par Hendrix, U2 et tant d’autres.

    La comète Ferry a voyagé depuis trois décennies dans un espace musical unique, fait d’énergie désabusée et de douceur revigorante, nous captant dans sa lumineuse attraction. Nous rentrons aujourd’hui dans une zone de turbulences mais faisons confiance à l’élégance innée de Bryan pour négocier au mieux un atterrissage en douceur.

    Set list : The ‘In’ Crowd/Kiss And Tell/ Just Like Tom Thumb’s Blues/ Positively 4th Street/ This Island Earth/ The Times They Are A-Changin’/ Knockin’ On Heaven’s Door/ Jealous Guy/ Don’t Stop The Dance/ Love Me Madly Again/ Body And Soul (Instrumental)/ When She Walks In The Room/ Casanova/ Simple Twist Of Fate/ Make You Feel My Love/ Gates Of Eden/ Tokyo Joe/ All Along The Watchtower/ A Hard Rain’s A-Gonna Fall/ Let’s Stick Together/ Love Is The Drug

  • The Musical Box – 2007/03/24-25 – Paris l’Olympia

    The Musical Box – 2007/03/24-25 – Paris l’Olympia

    Le groupe canadien The Musical Box continue à surfer avec talent sur la vague rétro et passe à l’Olympia nous réinterpréter Foxtrot et Selling England by the Pound. Après The Lamb… l’an passé, la recette est toujours efficace, la performance reste virtuose. Réservé exclusivement aux ultra-spécialistes nourris aux notes enrichies de Genesis. Les vieux fans de ce groupe de légende sont comblés par ce feed back sur leurs années 70’s et l’époque des opéras rock, quand l’ampleur de cette musique obsédait nos oreilles et les étranges contes de Peter Gabriel fascinaient nos neurones à la (vaine) recherche de créativité. Et tous n’ont pas eu la chance (ou l’âge suffisant) de les voir sur scène.

    Alors, après avoir tellement admiré cette musique et ses créateurs-interprètes, les revoir ce soir, même clonés, est un enchantement teinté de nostalgie. Il n’y a pas une note qui déroge au modèle, pas un costume qui n’est point d’époque. Comme si de rien n’était, Genesis est à nouveau devant nous et nous allège un peu du misérable petit tas de secrets de nos existences, accumulé au cours des trente années passées. L’Ange Gabriel revient dans nos consciences embrumées agiter le petit lampion de ses facéties et de son génie comme il l’a fait tout au long de nos existences : The sands of time were eroded by/ The river of constant change.

    A la sortie, dans les coulisses, François Gagnon le guitariste attend sagement devant les vestiaires. Il vient de nous jouer de manière envoutante les envolées électrifiées de Firth of Fifth, et nous explique qu’il n’avait pas l’âge d’écouter Genesis à l’époque mais a travaillé cette musique sur le tard pour la rejouer de façon si proche du modèle d’origine.

    On parle de la prochaine dissolution de The Musical Box. Ephémère et magnifique expérience d’une œuvre éternelle !


    Set list du 24 : Watcher of the Skies, Can Utility and the Coastliners, The Musical Box, Get’em out by Friday, Supper’s Ready, The Return of the Giant Hogweed

    Encore : The Knife, The Fountain of Salmacis

    Set list du 25 : Watcher of the Skies, Dancing with the Moonlit Knight, The Cinema Show, I Know What I Like, Firth of Fifth, The Musical Box, More Fool Me, The Battle of the Epping Forest, Horizon, Supper’s Ready

    Encore : The Knife

    Lire aussi : The Musical Box – 2005/05/18 – Paris l’Olympia

  • Molly Johnson – 2007/03/20 – Paris l’Européen

    Le Canada est à Paris, après le rock flamboyant d’Arcade Fire, le rock progressiste de The Musical Box voici venu le temps du jazz avec Molly Jonhson et du cabaret-pop de Lenni Jabour qui fait la première partie de ce concert à l’Européen.

    Lenni entre en robe vaporeuse pour s’installer résolument derrière le piano à queue. Elle interprète devant des spectateurs curieux ses douces mélodies aux mots sucrés. Frappant l’ivoire elle fait onduler ses épaules où trône un papillon tatoué qui prend son envol pour semer ses rimes dans nos cœurs attendris. Elle nous invite à cette ballade dans son monde léger, mais grave et envoutant. Chacun la suit dans cette pérégrination intime dans les rues de son âme peuplées de notes, bordées de nostalgie :

    I ride all night and I’m allright/…/ But it’s green where I go and no one knows me/ I ride – stripclub lights my only guide/ I’m awake more than in a long time.

    Molly lui succède avec son groupe. Métis black anglophone elle a l’assurance d’une professionnelle de longue expérience, des musiciens tranquillement excellents et même en guest star un accordéoniste français. Sa musique n’est que pure élégance, celle d’un jazz venu du nouveau monde : clair, doux et évident. Parfois mélancolique comme la vie qui passe, souvent joyeuse comme un dimanche dans les bras de l’être aimé :

    Let the world slip away/ On this almost perfect afternoon/ Can’t  we stay in bed all day/ Just this one day, this golden Sunday with you.

    Comme pour transcender le romantisme qui souvent marque ses compositions Molly parle avec profusion entre les morceaux, au milieu de grands éclats de rire, de son engagement dans la lutte contre le sida dans les pays pauvres pour introduire une très belle reprise de Streets of Philadelphia de Springsteen, du désir du Canada de garder le Québec dans la barque, …, mais c’est quand elle chante qu’elle séduit définitivement son audience. Une voix qui vagabonde sur les chemins ordinaires de la vie, mis en musique avec tact et harmonie.

    almost-April 2007 (a note on a napkin, in a corner cafe in the 4e)

    Monsieur,
    bonne nuit –
    I expect to dream
    of kings and café crèmes,
    stars and stairs,
    of thin arms and thin air.
    Believe you me darling: the world has changed
    a pocket’s worth only –
    but enough so my eyes changed colour again
    and I can write your name with my broken pen
    S-E-I-N-E
    I’ll laugh out loud like I used to, then
    at how even your smallest of smiles
    can lift the lovely dresses of one million mademoiselles.

    Monsieur, oh also:
    how terribly I will miss you,
    and I don’t even know you
    (drifting off to sleep).

    C’était une soirée avec deux poètes canadiennes !

  • Arcade Fire – 2007/03/19 – Paris l’Olympia

    Arcade Fire – 2007/03/19 – Paris l’Olympia

    Arcade on Fire

    Incroyable concert d’Arcade Fire ce soir à Paris. Un souffle gigantesque a balayé l’Olympia, un énorme enthousiasme a électrisé les 3 000 chanceux spectateurs du premier show français de la tournée Neon Bible.

    Après la prestation sympathique des trois jeunes donzelles britanniques de Electrelane, l’entracte n’en finit plus de s’éterniser face à l’amoncellement d’instruments installés sur les différents niveaux de la scène. Les bières circulent dans la foule compacte et surexcitée, les cigarettes s’allument en douce puis les lumières, enfin, s’éteignent. Des bibles électroniques sont reproduites à l’infini sur les écrans et rien ne se passe. Mais la porte d’entrée des spectateurs s’ouvre sur notre joyeuse bande qui se fraye, difficilement, un chemin, portant guitares, violons, archets et porte voix pour s’installer au milieu de la fosse. Et ils entament Wake Up au mégaphone au milieu de spectateurs hallucinés : Somethin’ filled up my heart with nothing’, someone told me not to cry. But now I’m older, my heart’s colder, and I can see that it’s a lie…

    Ils rejoignent la scène et le spectacle continue. Une bande de doux cinglés prennent alors le contrôle d’un improbable show, Arcade Fire est à Paris ; provenance : Montréal, Canada ; destination : le sommet infini de notre désir de musique. Black Mirror démarre sous les spots et nous découvrons onze illuminés accrochés à leurs instruments : guitares, cordes, cuivres, micro et mégaphone, même une vielle branchée sur un ampli. Les mecs ont des allures d’émigrants vers la grande Amérique, les filles sont en robettes noires à nœud-nœuds, on les croirait sorties de l’école catho du coin : I walked down to the ocean/ After wawing from a nightmare/ No moon no pale reflection/ Black mirror black mirror.

    Black mirror black mirror black mirror… et sa rythmique pesante nous fait plonger du haut d’une falaise pour monter à l’assaut du grand fleuve de tous nos sens. Ce groupe impressionnant nous emmène au plus profond de notre plaisir cérébral, déchaînant un torrent de jouissance ébahie. C’est un bouillonnement d’énergie à coté duquel le barrage des Trois-Gorges relève du siphon de lavabo. On coule dans le ressac des riffs, on pousse fort pour aspirer une nouvelle goulée d’air frais pour replonger en apnée dans une folie rythmique et vocale. Les compositions de Neon Bible nous sont lancées comme des bouées ! Les reprises de Funeral ajoutent à la furie ambiante.

    Sur scène c’est un véritable capharnaüm. Les uns courent en drumant tout ce qui leur tombe sous la main, les autres échangent leurs instruments entre les morceaux. Les femmes violonistes tiennent tambourins et archets dans leurs deux mains et chantent dans leurs micros en même temps qu’elles jouent et dansent. Tous sèment le sillon profondément creusé dans le terreau de notre lobe musical.

    Win Butler, chanteur-guitariste texan et Régine Chassagne, chanteuse-multi-instrumentistes canadienne, forment le cœur du réacteur Arcade Fire. Le premier a des allures et une voix à la David Byrne. Régine ballade ses airs polissons de long en large sur la scène en mimant une gestuelles saccadée, comme stroboscopée.

    Au milieu du show elle nous dévide une impressionnante version rock de Poupée de cire Poupée de son, malaxée à l’aune d’une inspiration torride et urgente. En écoutant ce feu, Gainsbarre a du apprécier, rigoler et allumer une Gauloise au paradis des poètes. Et lorsqu’après avoir joué Ocean of Noise sur l’orgue d’église perché en étage Régine descend pour appuyer au piano les accords obsédants de Rebellion (Lies) le barrage qui arrivait encore un peu à canaliser l’énergie explose brutalement déversant sa fureur sur la fosse de l’Olympia : Everytime you close your eyes. Lies!!!/ Ouhuhuhuh, ouhhuhuhu, ouhhuhuhu… Tout a cédé, les spectateurs balayés tressautent sous l’assaut du flot des notes et des voix, le sol n’est plus que vibration, la foule en syncope ondule mécaniquement, onze musiciens d’anthologie ont tiré la bombe et déclenché le feu nucléaire d’une émotion totale : Everytime you close your eyes. Lieieieieieieies!!!

    Les musiciens terminent sur Intervention, aussi épuisés que les spectateurs. La scène est dévastée, les cœurs sont chavirés, les esprits bouleversés. Après le rappel des Neighbourhood #2 et #3 les parisiens refusent de quitter la fosse sans revoir les Arcade. Vingt minutes d’acclamations vaincront nos guerriers qui reviennent, déjà habillés pour sortir, et jouent un inattendu In the Backseat !

    Ce soir nous avons eu l’aperçu d’une œuvre collective, oh combien, composée et jouée par un groupe unique et inclassable. Il y a l’inspiration des grands espaces dans cette musique et l’énergie du Nouveau Monde dans ses rythmes et ses décibels, des textes sombres et puissants ; une musique accomplie, permanente, émouvante, riche, novatrice, qui nous colle à leurs auteurs/interprètes comme de la limaille à un aimant. Un vrai bonheur, foisonnant, luxuriant, épuisant, fascinant. C’est l’ouragan Arcade Fire, tout simplement !

    Set list => Wake Up, Black Mirror, Keep The Car Running, No Cars Go, Haiti, Poupee de Cire/Poupee de Son [France Gall cover], Black Wave/Bad Vibrations, My Body is a Cage, Neon Bible, The Well And The Lighthouse, Ocean of Noise, Rebellion (Lies), Neighbourhood #1 (Tunnels), Intervention
    Encore : Neighbourhood #2 (Laika), Neigbourhood #3 (Power Out) ,
    Encore 2 : In the Backseat

  • Nine Inch Nails – 2007/02/21 – Paris l’Olympia

    Avec Nine Inch Nails c’est un mythe du rock moderne qui s’installe à Paris pour deux soirées. Le public ne s’y est pas trompé qui a sur-réservé les deux shows depuis plusieurs semaines. L’unique membre permanent du groupe est son leader-créateur, Trent Reznor, un junkie-poète de 40 printemps, petite taille-grande énergie, homme d’excès-nature destructrice. Il fait les gros titres des rubriques intellos underground pour sa capacité à créer une musique dévastatrice, à détruire son environnement matériel et sa propre personne. Le label de Reznor s’appelle Nothing Records !

    Il est le parangon du rock industriel, une sorte de mixage urbain entre une électronique résolument glaciale et sophistiquée, avec un rock dur et hargneux. La violence qui en résulte est intergalactique et volcanique. Des éruptions solaires qui projettent loin et longtemps leurs scories incandescentes. Le décor est comme il se doit industriel, façon hangar de forge, crépusculaire. De larges lampes métalliques pendent au bout de longs fils, les lumières viennent du fond de la scène, des fumées diffusent tout au long du show faisant apparaître les musiciens en ombres chinoises. On croirait des ouvriers penchés sur le serpent rougeoyant expectoré d’un haut fourneau digne de Zola !

    Et l’enfer de la forge c’est la musique délivrée par ce gang américain, ce sont les paroles de ruine composées par Trent, c’est sa voix blanche hurlée dans le micro à en défaillir, c’est un rythme assommoir, des sons dissonants, des silhouettes démoniaques, menés un Reznor souvent en retrait laissant le devant de la scène à son guitariste, inquiétant et virtuose.

    Il n’y a pas de fil conducteur de cette musique si étrange mais tout de même une évidence, celle d’un monde post nucléaire qui survit dans la jungle urbaine dévastée. L’atmosphère est pesante, la performance est étourdissante mais son auteur reste touchant dans le développement de sa vision apocalyptique du monde. Il y va d’un univers de bande dessinée de science-fiction dans lequel tout est terrifiant mais avec un coté naïf, limite enfantin, qui adoucit les mœurs.

    A bien regarder sur les crédits du double album phare de Nine Inch Nails : « The Fragile », on trouve des remerciements à David Bowie et on découvre la présence d’Adrian Belew (ex guitariste chez Zappa et Bowie, désormais membre déjanté à part entière de King Crimson, instrumentiste de génie) aux guitares sur plusieurs morceaux. Evidemment, ces deux la ne pouvaient que traîner dans l’univers étrange et saturé de Reznor.

    Après deux heures de show, le groupe nous laisse pantois sur le parquet de l’Olympia, repu de rock, les oreilles bourdonnantes et le cœur avec les NIN qui ont su libérer un tel flot d’énergie et de violence un soir d’hiver à Paris. Il n’y a pas de rappel, les guitares ont été brisées sur les amplis pour le final.

    Setlist => Somewhat Damaged, Last, March Of The Pigs, Something I Can Never Have, Ruiner, Closer, Burn, Gave Up, Help Me I’m In Hell, Eraser, Wish, The Big Come Down, Survivalism, Only, Suck, The Day The World Went Away, Dead Souls [JOY DIVISION], Hurt, The Hand That Feeds, Head Like A Hole.

  • Isobel Campbell & Mark Lanegan – 2007/01/30 – Paris le Trabendo

    Isobel Campbell & Mark Lanegan – 2007/01/30 – Paris le Trabendo

    Isobel Campbell et Mark Lanegan au Trabendo ce soir, l’attelage improbable de l’ex-chanteuse violoncelliste écossaise de Belle and Sebastian et d’un chanteur californien de Quenns of the Stone Age, qui développe une musique froide et mystérieuse comme une aurore boréale sur la nuit polaire.

    Mark a rencontré Isobel à Glasgow à l’occasion d’un concert des Quenns… Ces deux la partiront à Los Angeles mêler leurs humeurs maussades et aériennes pour sortir ce petit joyau de Ballad of the Broken Seas qu’ils nous jouent ce soir agrémenté de quelques nouveautés.

    Il a la voix éraillé d’un vieux bluesman usé par la route, la vie, le bourbon et les cigarettes. Elle a la grâce, blonde et éthérée, d’un ange descendu des Highlands, un pays où la vie est rude. Ils chantent un blues/folk/pop mélancolique et subtil, touchant et minimal. Elle susurre des mots à peine audibles sur la voix toute en basse de son partenaire. Elle est l’auteur de ces compositions qui évoquent les grands espaces et le vide ordinaire de nos vies, à l’image des photos du disque prises dans la chambre d’un motel au milieu de nulle part.

    Il ne se passe rien sur scène, juste deux musiciens qui discrètement nous délivrent leur bande sonore, innovent et dérivent de leurs chemins habituels, se retrouvent pour fusionner sur une nouvelle route. Et quand Isobel s’empare de son cello, c’est encore un peu plus de nostalgie entêtante qui descend sur nous : Against my will to these sad shores/ An unknown force has drawn me/ Bound unto a future shaped by ancestors before me/ Day on day I march the beat to someone else’s drum/ I have searched far foreign lands there’s nowhere left to run…

    Un petit rappel et s’en vont silencieusement, nous laissant dans nos rêves inachevés du miracle d’une rencontre musicale et exigeante partagée avec nous le temps d’une soirée parisienne. Simplement de la musique et de l’émotion, du talent et pas de prétention.

  • Archive – 2007/01/20 – Paris le Zénith

    Après être apparu dans un secret show acoustique pour MySpace.com le 11 janvier à l’aquarium du Trocadéro Archive a donné ce soir au Zénith une éblouissante démonstration, électrique cette fois-ci, de son talent et de sa capacité à faire couler de l’émotion pure dans les veines des 6 000 spectateurs du concert parisien, complet depuis plusieurs semaines. Le groupe a joué jusqu’à n’en plus pouvoir et trois rappels n’ont pas suffi à apaiser un public français bouleversé par la performance.

    Lights ouvre le show, morceau éponyme de leur dernier disque, 20 minutes de montée en tension où l’ambiance froide des claviers du départ est progressivement complétée par l’entrée en scène des musiciens et instruments sur fond de vidéo montrant une lampe de bistrot qui se balance lentement au bout de son fil. L’électronique et les machines s’unissent pour atteindre à leur apogée un déchaînement électro-rock de rythmes et de volume portés par l’incroyable voix de Pollard Berrier qui énonce tous les motifs de souffrance sur la planète terre : It hurts to feel/ It hurts to hear/ It hurts to face it…. Outre Pollard, le collectif de chanteurs à géométrie variable est composé de Dave Pen et Maria Q, trio parfait qui rentre dans le moule Archive comme s’il y était né. Ils se succèdent sur scène ou aux guitares suivant le sombre sillon profondément tracé par le duo créateur, Darius Keller et Danny Griffiths.

    Toute la bande est de noir vêtu, tel un groupe de clergymen délivrant le catéchisme sonique de notre siècle décadent. Collé à ses machines, Darius fait des pompes sur ses claviers comme un sage juif devant le mur des lamentations !  Danny coiffé d’une casquette de base-ball beaufesque appui sur des boutons et lance des machines. Steve Harris, le seul instrumentiste véritablement virtuose de l’équipe avec le batteur, guitariste good looking guy, portrait craché de Zidane, danse sur scène aux rythmes syncopés qu’il impose à ses cordes. Dave perdu sous une tignasse rebelle se lance à corps perdu dans des vocalises puissantes et insuffle la gégène à sa guitare noire. Et puis il y a Maria, et la, tout s’arrête ! Pour ceux qui ignorent ce que peut être l’émotion pure de la musique, il leur suffit sans doute d’écouter Maria chanter I will Fade pour être convertis. Sa voix éthérée s’envole dans l’espace silencieux d’un Zénith qui a religieusement déposé les armes aux pieds d’un ange pour fuir avec lui dans le réconfort d’une nostalgie entêtante : And you never see me walking towards you/ I you did I would surely fade/ And you never see me trying to hold you/ I you did I would surely fade away.

    Les morceaux se succèdent sans intermède ni respiration. 2 heures 30 d’une ambiance musicale aux harmonies en mode mineur dont les pics de violence hypnotique ne font pas oublier la douleur d’une vision désenchantée de la vie. On ne parle ici de quêtes sans espoir, d’échecs sans rémission, d’amours carbonisés. Le coté trip-hop répétitif de la construction musicale achève de nous persuader que l’espoir n’est pas pour demain. Archive nous délivre tout ceci en un cocktail nostalgique, qui mêle Massive Attack et les Pink Floyd, dans une humeur définitivement européenne. Darius et Dany, quinquagénaires désabusés infiltrent leurs accords synthétiques au milieu des boîtes à rythmes et des boucles de bass, réinventent des sons évidents qui portent, enrobent, insufflent les voix sublimes de notre trio de chanteurs au service de leurs guides.

    Le Zénith vibre lorsque démarrent les arpèges d’Again chanté par Dave qui apparaît transcendé par cette mélodie sans fin qui s’enroule autour de lui. L’harmonica déchirant souligne la question lancinante : If I was to walk away from you/ Could I laught again… L’audience ondule lorsque le même entame Fuck U et règle ses comptes avec l’objet de ses tourments : There’s a space kept in hell with your name on the seat/ So fuck you anymay. Dans la peine comme la vengeance, Dave est convaincant et cette musique infiniment belle. You make me feel nous ramène à 1999. Roads nous est offert en deuxième rappel, une reprise de Portishead à la mélancolique et si proche inspiration ; suivi d’un terrifiant Numb pour clôturer le show. Mais le Zénith ne veut pas se vider alors Archive, en formation réduite, entoure Pollard qui interprète A taste of blood à l’émotion si subtile qui ne pouvait mieux terminer cette soirée troublante.

    Setlist : Lights, Noise, Bridge scene, Veins, I will fade, Headspace, You make me feel, Fuck U, Black, Sane, Sit back down, Again, Pulse rappel 1 : Fold, Programmed, System, rappel 2 : Roads (portishead), Numb, rappel 3 (!): Taste of blood.

  • Brisa Roché – 2006/12/06 – Paris le Café de la Danse

    De retour de l’enregistrement de son deuxième disque dans le sud de la France et sur la route de New-York pour son mixage, Brisa Roché s’arrête pour une soirée parisienne. Après An Pierlé en octobre, le Café de la Danse, si parisien, nous réjouit pour une nouvelle soirée pleine de notes mutines et de sensibilité féminine. Brisa, artiste américaine vaguement californienne exilée à Paris, habite en fait la planète musique depuis longtemps. Auteur-compositeur-interprète, elle joue de la guitare (modèle « Destroyer »), parle en français avec un accent américain des plus charmants, elle est belle, est entourée d’excellents musiciens à qui on ne raconte pas d’histoire.

    Son premier disque The Chase, signé chez le célèbre label Blue Note, est un joyau jazzy qu’elle interprète sur scène de façon plus rocky et énergique, pour notre plus grand bonheur. Nous aurons aussi quelques nouvelles chansons dans leur version provisoire en attendant qu’elles soient mises en boîte. Et même une reprise de Girl’U want superbement interprétée, pleine de chaleur et d’à propos, loin de la folie de l’original créé par Devo !

    L’artiste chante et nous parle d’une voix polissonne et chaleureuse. Elle nous emmène dans un voyage intérieur largement ouvert aux vents et influences d’une vie aussi riche que ses inspirations. Un passé underground, des courts de chant à 2 ans, la manche dans le métro, des écoutes multiples, une sincérité désarmante, une fraîcheur préservée, une imagination délicieuse, bref, le cocktail d’une existence pérégrine sur les chemins de traverse, le long des cordes d’une guitare, qui génèrent une personnalité touchante et une musique tendre et décalée.

    Tout le Café de la Danse a été renversé par ses éclats de rire au micro, fronçant les sourcils et plissant son petit nez, nous expliquant qu’elle a oublié de brancher sa guitare. Toute l’assistance est tombée définitivement amoureux de cet ange virevoltant entre les notes et les mots.

  • Festival les Inrocks – 2006/11/12 – Paris la Cigale

    Cuvée 2006 du Festival des Inrocks : c’est l’étape de la Cigale ce dimanche après-midi, le festival se produit aussi dans différentes villes françaises. Et c’est toujours un régal de programmation multiformes, du neuf et du classique, de l’éphémère et du durable, bref, une atmosphère très « Inrocks ».

    Tapes’n Tapes pour commencer, quatre américains crasseux de Minneapolis qui joue un rock garage à tendance punky sans grand intérêt sinon de nous faire patienter pour la suite des évènements, le temps que la salle se remplisse.

    Arman Melies un folkeux français mélancolique et séduisant, jouant de sa guitare électro-acoustique et de ses ordinateurs avec brio. Une espèce de Robert Fripp local, échappé d’une planète poétique où il dessinait des moutons. A réécouter.

    Plan B : un rappeur encapuchonné, éructant devant une batterie, avec une puissance terrifiante et, il faut le dire, une présence fascinante. Il empoigne parfois une guitare histoire de marquer d’un peu de mélodie une logorrhée incompréhensible qui véhicule dédain et violence. C’est… impressionnant et expressif. Il pousse même le vice à rapper sur un sampling de Radiohead. A ne pas écouter dans son salon pour une soirée romantique, mais vaut le déplacement.

    The Pipettes : trois girls britanniques fringuées comme pour une publicité d’aspirateurs Hoover des années 50 qui délivrent une pop surannée et sympathique. Du look et du rythme pour un cocktail indolore et joyeux.

    Jarvis Cocker nous revient après l’aventure Pulp et quelques productions et participations de/à différents projets musicaux. Son disque solo The Jarvis Cocker Record sort le lendemain dans les bacs français. Grand échela binoclard, il est entouré d’une bande de requins de studio très pro et, quand il ne nous raconte pas sa vie interminablement entre les chansons, joue une musique dynamique, moins immédiatement séduisante que ses exploits pulpiens. Il faudra écouter avec attention son nouvel opus pour en découvrir les subtilités cachées. En attendant, ça joue bon et fort des mélodies légèrement sophistiquées qui font plaisir à entendre et accompagnent une voix de velours toujours aussi profonde et troublante, parfaitement appropriée à ses textes foisonnants, fruit de l’imagination débordante de cet artiste attachant.

    Merci les Inrocks de maintenir ce rendez-vous rock au cœur de Paris qui donne des forces à l’orée de l’hiver urbain !

  • Kaiser Chiefs – 2006/11/08 – Paris le Trabendo

    Cinq garnements sont descendus de Leeds au Trabendo ce soir pour nous jouer un rock sympathique et dynamique. Sortis de l’anonymat en 2005 avant sans doute d’y retourner un jour ou l’autre, les Kaiser Chiefs s’amusent et nous distraient agréablement, sur les traces de Franz Ferdinant. Sur le devant de la scène, le chanteur Ricky Wilson assure le show et regonfle musiciens et public lorsque cela s’avère nécessaire. C’est un peu le retour de la britpop : des guitares acérées sur des mélodies sucrées reprises en chœur par la troupe, des ritournelles surlignées par trois notes ânonnées sur un clavier. C’est correctement écrit, bien emballé et joyeusement interprété !

    A force d’avoir tourné dans des salles qu’on imagine enfumées et assuré les premières parties des U2, le groupe et son staff atteignent maintenant un bon niveau de professionnalisme. Le Trabendo est une salle idéale pour siroter une bière en écoutant du live. Kaiser Chiefs est tombé à point pour nous y faire passer une soirée onctueuse.

  • Antony & the Johnsons – 2006/11/07 – Paris l’Olympia

    Antony & the Johnsons – 2006/11/07 – Paris l’Olympia

    Antony & the Johnsons se produisent à l’Olympia sur une mise en scène de Charles Atlas. Le nouveau héros de la scène new-yorkaise qui fait se déplacer les plus grands, Lou Reed chante sur son dernier disque I’m a bird now, nous ouvre ce soir son monde tragique et bouleversant. Antony c’est d’abord une voix troublante dont le vibrato diffuse la douceur et la délicatesse d’un oisillon tombé dans les bas-fonds d’un monde acharné à l’écraser et qui regarde malgré tout vers le ciel dans l’espoir de retrouver l’illusion de son nid. Cette voix à l’amplitude vertigineuse transcende la souffrance de son auteur, elle incarne ce personnage torturé qui se tient devant nous, tout de noir vêtu. Lorsqu’il chante, ses mains se tordent en mouvements désordonnés, on a l’impression d’un processus douloureux et infiniment solitaire.

    Les cordes et le piano qui l’accompagnent se cachent derrière cette voix sublime juste pour marquer la tonalité et laisser s’envoler le flot de ses vocalises.

    Durant les 13 chansons du show, 13 femmes montent l’une après l’autre sur une mini-scène, tournant sans fin sur elle-même, pour être projetées sur le grand écran derrière le groupe. Jeunes ou vieilles, minces ou rondes, modernes ou classiques, c’est la féminité qui s’expose derrière l’artiste masculin/féminin et cette ambigüité est le thème majeur de ses textes et de sa douleur.

    On a le souffle coupé par les flots d’émotion qui nous submergent en vagues de mélancolie. C’est le propre de l’artiste d’extérioriser ses sentiments. La réussite d’Antony est à cet égard proprement incroyable ! Tout est posé la où il le faut pour arriver à composer un joyau de pureté et de dépouillement. Il y de multiples inspirations dans cette musique : soul, blues, mais surtout la formidable énergie créatrice d’un auteur à part, guidé par un mal-être qu’il met en notes chaleureuses. Et là n’est pas la moindre des contradictions de cette musique étrange, elle est interprétée avec tellement d’âme qu’elle en devient douce !

    Le rappel Man is the Baby est chanté au milieu des 13 femmes dispersées sur la grande scène.

    Forgive me, Let live me
    Bless my destiny
    Set my spirit free
    Weakness sown, Overgrown
    Man is the baby.

    L’assistance reste muette de bonheur mais sans arriver à se dégager de cette tristesse qui imprègne la performance artistique de ce chanteur/compositeur d’exception. Sa fragilité effraie, son désespoir est contagieux, son monde est obscur. Mais quelle beauté tirée de toute cette noirceur !

  • An Pierlé & White Velvet – 2006/10/06 – Paris le Café de la Danse

    Jolie surprise ce soir au Café de la Danse, An Pierlé & White Velvet nous offrent un concert de toute beauté après une récente prestation télévisée promotionnelle sur Campus ! C’est un délice de découvrir ce groupe flamand déjà aguerri par quelques disques et années de route, mais encore peu connu en France.

    On parle de Rock ‘n’ Roll bien sûr, mais aussi de douceur ; cette musique originale et scintillante est portée par la voix et la présence d’An : sauvage et féline, blonde et délurée. Elle est la belle et la bête d’une musique enflammée où sa voix est capable de gronder tout autant que de câliner. Son amoureux est à la guitare, ensemble ils composent et écrivent cette musique souple et variée. C’est une histoire d’amour et d’harmonie des plus inspirées. Deux choristes, un clavier, une guitare rythmique et un batteur font du monde et du son sur cette petite scène de la Bastille.

    De très fines compositions, bâties sur une montée progressive de tension, démarrées par An au piano et une voix mystérieuse se terminent en rocks énergiques et syncopés. L’amplitude vocale d’An fait merveille pour donner âme et sensibilité à cette musique ciselée. Une reprise de David McWilliams : The Days of Pearly au milieu du show, un deuxième rappel avec C’est comme ça des Rita Mitsouko, confirment la curiosité musicale du groupe, outre la référence au Velvet Underground.

    An Pierlé & White Velvet, une affaire de séduction de nouveau à l’affiche parisienne en mars 2007.

  • Massive Attack – 2006/08/30 – Paris le Bataclan

    Massive Attack – 2006/08/30 – Paris le Bataclan

    De retour d’une tournée estivale dans les festivals du sud de la France, Massive Attack s’arrête à Paris pour trois soirées dans la capitale fin août. La bande étant plutôt habituée des salles gigantesques on se réjouit de profiter des Massive dans un espace plus humain, ce soir le Bataclan.

    Le groupe de Bristol n’a pas sorti de nouveau disque depuis 100th Window en 2003, sinon un best of cette année : Collected agrémenté de quelques inédits. On sait la gestation de ses créations toujours très longue. On dit qu’ils accumulent les heures d’enregistrement. On imagine l’intensité des discussions artistiques pour arriver au degré de pureté et d’absolu de leur musique. Un nouveau disque est annoncé pour bientôt : Weather Underground  !

    Le Bataclan trépigne lorsque s’éteignent les lumières vers 21h. Deux imposantes batteries occupent la scène et marquent le son de cette soirée d’un beat aussi puissant que mécanique. Elles cernent un clavier. Cette ligne d’arrière subit de plein fouet la lumière qui irradie du fond de la scène : un mur de diodes luminescentes, un gigantesque équaliseur dont les éléments suivent le cheminement mystérieux de cette musique venue d’ailleurs. Le mouvement de la lumière et la variation des couleurs sont un spectacle en eux-mêmes avec toujours la sophistication la plus extrême travaillée à l’infini pour la rendre évidente.

    Sur le bord de la scène, devant les guitares, défile le collectif des voix. On distingue à peine les lèvres qui les expirent. C’est un théâtre d’ombres qui marque l’exploit unitaire de cette musique. Tout le show est joué à contre-nuit, les silhouettes des musiciens se dessinant en mouvement dans le flash des lumières qui violent les rétines alors que diffuse un son aux harmonies mineures et aux rythmes obsédants.

    Si le verbe synthétiser a un sens technique, les Massive Attack lui insufflent une volonté artistique : la synthèse des influences ethniques, la fusion des rythmes, l’incandescence des lumières et des harmonies aboutissent à cette incroyable puissance délivrée live par ce groupe.

    Derrière la musique il y a des mots qui surnagent, une poésie rap majoritairement écrite par le blanc Robert del Naja (3D), ce soir habillé en officier de marine de sa Majesté, et Grant Marshal (Daddy G) le longiligne black fondateur du groupe. Des mots imperceptibles qui tombent, diffus, confus. C’est le trip-hop de Bristol qui exhale la consanguinité de l’Afrique exilée en Jamaïque dans le sang de la traite, revenue se fondre sur les côtes de l’Empire britannique. Des mots qui scandent les sentiments présupposés universels : Don’t be afraid/ Open your mouth and say/ Say what your soul sings to you.

    Compositeur/graffiteur, habitué de la scène mondiale, 3D s’efface avec élégance derrière l’équipe de chanteurs-compositeurs qui interprètent ses morceaux. Car Massive Attack est d’abord une histoire de partage : de Daddy G, dont les duos d’outre-tombe avec 3D sont parmi les morceaux les plus troublants, à Horace Andy et ses airs de vieux sage africain à la voix chaude et chevrotante, de Liz Frazer, la voix féminine et émouvante présente ce soir sur scène, habillée d’une djellaba bambara, à Sinead O’Connor sur 100th Window, des réalisateurs pour qui le groupe a écrit des musiques de film à tant d’autres musiciens, ce groupe partage, synthétise et transcende !

    Massive Attack nous a délivré ce soir une musique sombre et poétique, fruit de l’unité d’un commando de musiciens bioniques, mi-DJs mi-chercheurs, dédiés à la création d’un son en phase avec notre temps : technologique et humain à la fois, avec des montées d’intensité paroxystiques qui attaquent tous les sens sans espoir de rémission et des moments d’extase romantique où des voix vaporeuses s’étagent avec douceur au milieu de vagues de claviers Teardrop on the fire/ Fearless on my breath/ Water is my eye/ Most faithful mirror/ Fearless on my breath.

    Les lumières se rallument, ou plus exactement les diodes luminescentes s’éteignent sur scène. L’assistance reste sous le choc de la violence d’une confrontation avec cette musique inqualifiable, composée et jouée avec un grand talent. Peut-être sous l’effet du light-show ou d’une salle aux dimensions plus modestes qu’à l’habitude, mais on a ressenti plus de proximité avec le groupe, une musique plus colorée, moins radicale. Ou simplement est-ce l’aboutissement de musiciens atteignant l’âge de raison, celui de l’apaisement où la révolte est maintenant canalisée vers la qualité de l’écriture.

    On attend Weather Underground, fébrilement !

  • Radiohead – 2006/08/26 – Paris Parc de Saint-Cloud

    Dans la nuit tombante sur le festival Rock en Seine Radiohead démarre son show sur Airbag. Le public est déjà en transe. Les lumières baignent la scène d’un bleu électrique qui ne sera déchiré que par des éclairs orangés sur certaines montées de tension. Les deux écrans de chaque coté des musiciens et le grand du fond retransmettent des petits écrans virtuels projetant les images déformées de webcams fixes. Ce n’est pas évident à décoder (surtout pour le 30 millième spectateur, tout là-bas au fond de la pelouse) mais un concert de Radiohead se mérite.

    Le quintet britannique déroule un impeccable show assaisonné live. Les élucubrations électro-mystiques des albums Kid A, Amnesiac ou Hail To The Thief passent remarquablement sur scène où le groupe démontre toute la subtilité de ces compositions. Thom place sa voix plaintive et aigüe au-dessus du son de son groupe historique de musiciens d’exception : les trois guitares savent ajouter le feu sur une rythmique syncopée par l’électronique comme les trois guitaristes peuvent aussi pianoter sur des synthétiseurs remplaçant la magie violente du pincer des cordes électriques par le mystère des volutes bioniques émanant d’improbables ordinateurs.

    On aurait pourtant cru le contexte d’une foule en plein-air peu propice à une telle complexité musicale. Nous avions l’esprit étriqué et tellement peu imaginatif ! Les morceaux sont joués comme sur les disques, sans compromission aucune. Il est rassurant de voir une audience de 25 années d’âge moyen partager avec dévotion cette communion cérébrale avec une musique venue d’ailleurs, une musique à la sombre élégance, toute en émotion et en modernisme, en recherche et en aboutissement, qui alterne des pages sinistres avec une énergie vitale et revigorante. Une musique faite pour la nuit, celle d’un compositeur étrange dont la tête est pleine de ce qui s’avère tout simplement être une prodigieuse inspiration. Une musique qui parle aux tréfonds de notre âme jusque parfois en ébranler les fondements.

    Lorsque Radiohead revient à des moments plus classiques de son œuvre le public souffle et reprend en cœur Paranoid Android, Airbag ou Karma Police (qui clôture le show). Le retour sur OK Computer rassure à peine tant il paraît maintenant acquis que ce groupe affronte avec bonheur les pistes escarpées de la création. On en profite tout de même ! Sans vouloir trop en demander, on aurait même pu écouter Creep

    Plusieurs bonnes nouvelles ce soir : (i) Radiohead reste un groupe de scène majeur à la créativité unique et l’intellectualisme brillant, (ii) on trouve à Paris sans difficultés 40 000 personnes pour passer une nuit d’été avec la bande après les 80 000 des Rolling Stones à peine un mois plus tôt et (iii) il reste des saucisses et de la bière dans lesquelles on peu noyer les dernières effluves de Karma Police qui tournent encore en boucle dans nos oreilles ébahies : This is what you get…

     

    La set list de Radiohead

    1. Airbag 2. 2+2=5
    3. The National Anthem
    4. My Iron Lung
    5. Morning Bell 6. Fake Plastic Trees 7. Videotape
    8. Nude 9. The Gloaming
    10. Paranoid Android

    11. All I Need 12. Pyramid Song 13. Lucky 14. The Bends
    15. I Might Be Wrong
    16. Idioteque 17. Everything In Its Right Place Encore: 18. You And Whose Army
    19. Bodysnatchers 20. There There
    21. Karma Police

     

  • Festival Rock en Seine – 2006/08/26 – Paris Parc de Saint-Cloud

    4ème année du Festival Rock en Seine : toujours une excellente programmation générant un franc succès, toujours un temps pluvieux donnant à l’ensemble un petit air woodstockien et toujours un grand plaisir de pouvoir assister à deux journées non-stop de rock en plein air dans le parc de Saint Cloud.

    La journée du samedi est affichée « complet » depuis plusieurs semaines, la venue de Radiohead n’y est pas pour rien. Rock ‘n’ Folk fait sa couverture sur Thom Yorke, quelques radios et journaux généralistes annoncent la venue de ces extra-terrestres. Succès d’estime dans la presse grand-public qui ne comprend pas grand-chose à cette musique mais pressent quelque chose d’important. Alors on en parle ! Vers 10h du matin le samedi, le cours de la place sur ebay est dans les 150 euros. Quelques puristes revendent à prix coûtants, il faut les trouver.

    Les acteurs de la scène parisienne alignent leurs stands publicitaires au milieu des vendeurs de saucisses. On se réchauffe dans la friture d’oignons et la bière blonde. Un petit passage sur l’expo Jean-Baptiste Mondino, clipeur-shooter du Rock, déificateur de la guitare, qui place sur ses très belles et très glacées photos les musiciens anonymes au même rang que Mick et Madonna.

    Il y a trois scènes cette année, une de plus qu’en 2005 et une raison supplémentaire de se ronger les sangs pour décider qui privilégier. Beck et Rodiohead étant annoncés sur la grande scène, le chroniqueur va donc directement y tremper son stylo. Il n’en sortira plus, bloqué-compressé-pressurisé par les 30 à 40 000 fans qui vont progressivement s’agglutiner dans son dos. Et tant pis pour Skin ou The Rakes prévus sur la scène de la cascade.

    Dead 60’s, Beck et Radiohead

    15h30, Taking Back Sunday arrive de New York pour jouer un rock de bellâtres, brut et lisse, sans intérêt. Ils sont suivis par Phoenix, quatre parisiens dont on parle qui sont allés écrire-enregistrer leur dernier disque dans l’ancienne Berlin-Est, et délivre un son pop agréable et sincère.

    Il est 18h, l’espace libre se raréfie, les gouttelettes qui tombent parfois du ciel n’arrivent plus à atteindre le sol. Les choses sérieuses s’annoncent. Les Dead 60’s  remportent un franc succès sur un style revival des rythmes ska. Ces quatre de Liverpool aux origines mélangées sont énergiques et hargneux, riffs reggae et basses appuyées, la foule essaye d’onduler.

    Lorsque Beck entre en scène, la pelouse est noire de monde. L’américain aux longs cheveux blonds est habillé gilet noir sur chemise blanche, coiffé de chapeau et lunettes noires. La ressemblance avec Dylan est recherchée. L’originalité de l’élève égale celle du Maitre. Une mini-scène est installée au fond de la vraie, occupée par des marionnettes représentant le groupe, agitées par des marionnettistes aux bouts de leurs fils, filmées par un opérateur et retransmises sur grands écrans où l’on ne verra que les puppets. La prestation de Beck est surprenante, comme son dernier disque. Le chanteur mélancolique de Sea Change s’est transformé en musicien hip-hop, animant un groupe de joyeux déjantés jouant avec beaucoup de brio pour accompagner un non moins brillant compositeur et metteur en scène. Durant ce qui ressemble à un entracte, un clip projeté montre les puppets aller saccager la loge des Radiohead. C’est la très très bonne surprise de la soirée, ce groupe américain est époustouflant d’originalité artistique et de vitalité musicienne. Beck en est le maestro royal et imperturbable, même lorsque que ses acolytes s’attablent devant un banquet servi sur scène, bientôt transformé en batterie collective et hystérique. Comme il n’est que le faire-valoir des héros de la soirée, Beck laisse une pelouse frustrée de n’avoir point droit à un rappel.

    La nuit tombe sur Saint-Cloud. Les allers-retours avec les baraques à frittes sont stoppés depuis longtemps, chaque place abandonnée étant inexorablement comblée par un mouvement de foule conséquent.

    Dans la nuit tombante Radiohead démarre son show sur Airbag. Le public est déjà en transe. Les lumières baignent la scène d’un bleu électrique qui ne sera déchiré que par des éclairs orangés sur certaines montées de tension. Les deux écrans de chaque coté des musiciens et le grand du fond retransmettent des petits écrans virtuels projetant les images déformées de webcams fixes. Ce n’est pas évident à décoder (surtout pour le 30 millième spectateur, tout là-bas au fond de la pelouse) mais un concert de Radiohead se mérite.

    Le quintet britannique déroule un impeccable show assaisonné live. Les élucubrations électro-mystiques des albums Kid A, Amnesiac ou Hail To The Thief passent remarquablement sur scène où le groupe démontre toute la subtilité de ces compositions. Thom place sa voix plaintive et aigüe au-dessus du son de son groupe historique de musiciens d’exception : les trois guitares savent ajouter le feu sur une rythmique syncopée par l’électronique comme les trois guitaristes peuvent aussi pianoter sur des synthétiseurs remplaçant la magie violente du pincer des cordes électriques par le mystère des volutes bioniques émanant d’improbables ordinateurs.

    On aurait pourtant cru le contexte d’une foule en plein-air peu propice à une telle complexité musicale. Nous avions l’esprit étriqué et tellement peu imaginatif ! Les morceaux sont joués comme sur les disques, sans compromission aucune. Il est rassurant de voir une audience de 25 années d’âge moyen partager avec dévotion cette communion cérébrale avec une musique venue d’ailleurs, une musique à la sombre élégance, toute en émotion et en modernisme, en recherche et en aboutissement, qui alterne des pages sinistres avec une énergie vitale et revigorante. Une musique faite pour la nuit, celle d’un compositeur étrange dont la tête est pleine de ce qui s’avère tout simplement être une prodigieuse inspiration. Une musique qui parle aux tréfonds de notre âme jusque parfois en ébranler les fondements.

    Lorsque Radiohead revient à des moments plus classiques de son œuvre le public souffle et reprend en cœur Paranoid Android, Airbag ou Karma Police (qui clôture le show). Le retour sur OK Computer rassure à peine tant il paraît maintenant acquis que ce groupe affronte avec bonheur les pistes escarpées de la création. On en profite tout de même ! Sans vouloir trop en demander, on aurait même pu écouter Creep

    Plusieurs bonnes nouvelles ce soir : (i) Radiohead reste un groupe de scène majeur à la créativité unique et l’intellectualisme brillant, (ii) on trouve à Paris sans difficultés 40 000 personnes pour passer une nuit d’été avec la bande après les 80 000 des Rolling Stones à peine un mois plus tôt et (iii) il reste des saucisses et de la bière dans lesquelles on peu noyer les dernières effluves de Karma Police qui tournent encore en boucle dans nos oreilles ébahies : This is what you get

    La set list de Radiohead

    1. Airbag 2. 2+2=5
    3. The National Anthem
    4. My Iron Lung
    5. Morning Bell 6. Fake Plastic Trees 7. Videotape
    8. Nude 9. The Gloaming
    10. Paranoid Android

    11. All I Need 12. Pyramid Song 13. Lucky 14. The Bends
    15. I Might Be Wrong
    16. Idioteque 17. Everything In Its Right Place Encore: 18. You And Whose Army
    19. Bodysnatchers 20. There There
    21. Karma Police
  • Sigur Ros – 2006/07/06 – Paris l’Olympia

    Pas facile d’être un groupe islandais avec des chansons au format long, incompatible avec la FM, des textes en… islandais et des harmonies et instruments bizarroïdes. Björk nous a déjà fait le coup alors les radios ont du mal à se lancer dans la promotion de Sigur Ros (qui veut dire Rose Victoire, le prénom de la sœur du leader). Et pourtant, ce groupe dont le membre le plus âgé n’a pas trente ans, joyaux de créativité, a développé un fan-club, jeune et fidèle, qui vénère ces musiciens venus du froid. Le concert du 16 novembre dernier à l’Élysée Montmartre était déjà sur-réservé depuis plusieurs mois, alors nos islandais sont revenus ce 6 juillet à l’Olympia pour nous présenter le même show post-sortie de Takk, leur dernier disque, probablement le plus abordable.

    Et nous fument aussi totalement bouleversés par cette seconde apparition qui toucha à la beauté pure. A l’extinction des lumières, la scène est masquée par un voilage transparent lorsque la musique démarre. Des projecteurs jouent sur les musiciens créant des effets d’ombres chinoises alors que monte l’intensité des notes pour s’achever dans un déluge de rythmes et de volume sur le groupe qui apparaît en direct après la disparition du voilage. Jón þór birgisson (Jónsi), longiligne chanteur-guitariste-inspirateur du groupe joue de sa voix éthérée, très haut-perchée, comme d’un instrument, posant des mélodies puissantes sur des textes en islandais ou en « hopelandic », un langage inventé pour meubler les compositions à un stade où les mots exprimés n’ont plus grande importance, les notes seules, générant le fluide vital du partage dans l’âme des spectateurs.

    Rapidement rejoint par le quartet de cordes qui a assuré la première partie, les quatre musiciens de Sigur Ros développent une musique fascinante, définitivement ancrée à leur Islande natale, aussi mystérieuse que cette ile du grand Nord. Jónsi joue sur sa guitare électrique avec un archet déclenchant un son profond et sans attaque, le bassiste utilise parfois un stick sur ses cordes pour marquer la rythmique, les xylophones viennent régulièrement ajouter une touche d’exotisme glacial à l’ensemble. On est devant une musique expérimentale dont les pièces sont toutes originales et dont la combinaison sait nous parler.

    En se laissant pénétrer par ces sons étranges à la synthèse si parfaite, nous gagne le mystère des volcans de Reykjavik qui se mélangent aux glaciers pour produire le bien être sublime des geysers nous baignant de leur vigoureuse félicité. C’est le feu et la glace réunis dans une troublante alchimie menée par l’archer du Maestro Jónsi à la voix placée au-dessus de tout, cette voix que l’on croirait sortie du Cri de Munch !

    L’ensemble est stratosphérique, indéfinissable, nous comblant d’une sereine et infinie plénitude. Il y a du Radiohead dans cette capacité tranquille à rester en-dehors de sentiers battus et à développer une mélancolie mélodique pourtant si facile à vivre et à digérer.

    Le final est rejoué derrière le voile sur un jeu de stroboscopes hypnotiques accompagnant la montée de tension progressive de la musique vers une ultime explosion. Cette violence nous mènera au terme de cette inoubliable soirée musicale d’un autre type.

    Revenant des coulisses à deux reprises, l’ensemble des musiciens applaudit les spectateurs durant de longues minutes pour nous rappeler que Takk en islandais veut dire « merci ».

  • Nouvelle Vague – 2006/06/14 – Paris le Bataclan

    Deux jours après l’apparition dans les bacs de Bande à Part, Nouvelle Vague revient au Bataclan. Le concept est le même, la reprise de standards new wave assaisonnés à l’inspiration Collin/Libaux et susurrés par des princesses aux voix de velours. Camille vogue vers d’autres cieux et est numériquement remplacée par un guitariste chanteur antillais : Gérald Toto.

    Le dernier disque présente des morceaux de Echo & the Bunnymen, The Buzzckocks, The Lords of the New Church, Billy Idol, New Order, The Cramps, Bauhaus, Heaven 17 et d’autres qui viennent compléter sur scène les classiques habituels de la formation. L’ambiance est plus bluesy, un poil plus reggae, un soupçon moins latinos que sur le premier disque.

    Gérald, grimé Kingston fashion, nous joue une incroyable version rasta de Heart of a Glass de Blondie et terminera le show avec Relax de Francky goes to Hollywood sur la même veine.

    Le cérémonial reste bien agencé, le collectif de chanteuses/chanteur se succède au micro. La véritable vedette de cette soirée est la musique, celle composée par ces groupes de légende qui ont bercé nos années 80 !

    Il n’est pas sur que ce concept Nouvelle Vague justifie un troisième disque. Mais le duo Collin/Libaux a sans doute plus d’un tour dans son sac.