Catégorie : Kronic concerts-rock

  • The Cure – 2016/11/15 – Paris Bercy

    The Cure – 2016/11/15 – Paris Bercy

    The Cure ont donné ce soir à Bercy un beau concert, le show d’un groupe de légende qui a marqué son époque plus que tout autre. Un concert sans trop de surprises sinon celle de nous ramener avec bonheur et sérénité aux années musicales de notre passé, mais un concert émouvant tant Robert Smith est le héros d’une génération, de plusieurs d’ailleurs si l’on en juge par la pyramide des âges de l’audience présente aujourd’hui.

    Et notre héros est concentré sur sa musique, sa guitare et son chant, un peu ailleurs. Il n’a jamais été vraiment loquace mais il donne l’impression maintenant de s’être retiré dans son monde, celui de sa musique et de ses mots, qu’heureusement il entrouvre légèrement à… 20 000 fans ce soir.

    Mal fagoté dans un sweat-shirt noir informe à zip et capuche, une rangée de colliers improbables au cou, ses cheveux filasses à la célèbre mise en plis en pétard qui commencent à grisonner voire à se raréfier, et le rouge à lèvres bien sûr ; c’est la panoplie classique curienne mais qui n’a plus grande importance au regard de l’œuvre. Elle est juste un rappel à la tradition, une fidélité de l’apparence qui fait partie de l’éthique du bonhomme. Sur sa guitare noire, une ligne de chiffres mystérieux…

    Le groupe a changé sa composition depuis son dernier passage en 2008. Porl Thomson a été remplacé par Reeves Gabrels, guitar-heroe qui a connu son heure de gloire avec David Bowie qu’il accompagna brillamment (instrument et compositions) une bonne dizaine d’années avec Tin Machine et l’époque Hearthing. Tatouages, cheveux courts et barbichette peroxydés, il est plus en retrait que lorsqu’il accompagnait Bowie mais il est vrai que Smith est lui-même un redoutable guitariste et le créateur. Avec David il faisait plus qu’accompagner, il partageait. L’amitié entre Gabrels et Smith daterait de leur rencontre lors du concert pour les 50 ans de David où défilèrent nombre des rockers amis et inspirateurs du maître ! En présentant Smith lors de cet évènement, Bowie parla de « one of the best exentric British band », ensemble ils jouèrent magistralement The Last Thing You Should Do et  Quicksand, Gabrels à leur côté !

    Simon Gallup est à la basse quasiment depuis le début du groupe, Roger O’Donnell aux claviers pour cette tournée et Jason Cooper à la batterie. Le light show est modeste, tout est pour la musique. Et quelle musique : presque trois heures d’une set-list historique ; 40 années d’hymnes qui ont ponctué nos vies.

    Evidemment le show est un peu plus tourné vers les tubes que les compositions plus fortes mais aussi plus torturées. Alors se succèdent Push, In Between Days, Just Like Heaven… Love Song, cette si jolie comptine offerte à Mary le jour de leur mariage : However far away/ I will always love you/ However long I stay/ I will always love you/ Whatever words I say/ I will always love you… Et, a priori, ils s’aiment encore.

    L’audience, toutes générations confondues, crie sa joie et danse sans compter mais lorsque retentit la guitare déchirante de Smith sur One Hundred Years on revient sur la période gothique la plus brillante du groupe : It does’nt matter if we all die… pas forcément la plus optimiste ! Puis le show se termine ensuite sur End.

    Le premier rappel se clôt sur le mystérieux et envoûtant A Forest: …I’m lost in a forest/ All alone/ The girl was never there/ It’s always the same/ I’m running towards nothing/ Again and again and again and again… Un cri qui se perd dans les étoiles de la nuit, scandé par une voix métallique étirée à l’infini sur une basse obsédante.

    Deux autres rappels viennent encore prolonger notre plaisir avant que notre Robert Smith s’en retourne en coulisses, guitare en bandoulière, d’un pas lent après avoir évoqué avec nous ce soir quelques étapes de 40 ans d’une inspiration incandescente qui le place au niveau des plus grands.

    Setlist : Open/ All I Want/ Push/ In Between Days/ Primary/ Pictures of You/ High/ Lovesong/ Before Three/A Night Like This/ The Walk/ Just Like Heaven/ Trust/ From the Edge of the Deep Green Sea/ The Hungry Ghost/ One Hundred Years/ End

    Encore I : It Can Never Be the Same/ Burn/ Play for Today (Not planned in the setlist)/ A Forest

    Encore II : Lullaby/ Fascination Street/ Never Enough/ Wrong Number

    Encore III : The Lovecats/ Hot Hot Hot/ Friday I’m in Love/ Boys Don’t Cry/ Close to Me/ Why Can’t I Be You?

    Warmup : The Twilight Sad

    Lire aussi : The Cure – 2008/03/12 – Paris Bercy
  • Garbage – 2016/11/05 – Paris Salle Pleyel

    Garbage – 2016/11/05 – Paris Salle Pleyel

    Garbage à la salle Pleyel, le groupe garage-grunge alternatif rue du Faubourg Saint-Honoré, un instant improbable ! Désormais dédiée à la variété et au rock pour concentrer le classique à la Philharmonie de Paris, la salle Pleyel a été reformatée avec une petite fosse au pied de la scène et des sièges et boiseries sombres pour le reste. Alors maintenant les classicos se tapent de monter Porte de Pantin quand les rockers se la coulent douce au centre de Paris en plein XVIIème arrondissement. Ou quand la musique joue de la mixité sociale !

    Le show retrace la carrière du groupe avec une setlist dédiée à tous ses hits et quelques intrusions dans leur dernier disque Strange Little Birds, le tout derrière une vaste tenture rose-mauve où des panthères vues de haut (le symbole du dernier disque) tournent autour du nom GARGAGE. Le groupe a un peu vieilli, plutôt moins que nous d’ailleurs. Mais leur rock est toujours tendu comme un arc alors ne boudons pas notre plaisir d’écouter Shirley en cheveux roses rapper Shut your Mouth à deux pas de la Place de l’Etoile.

    Elle est habillée d’un poncho-robe noir à fanfreluches porté sur un pantalon blanc à rayures noires verticales (ou l’inverse), coiffée d’un chignon-désordre avant de libérer sa chevelure lorsque la musique s’échauffera. Une large partie du devant de la scène reste libre pour laisser Shirley la parcourir nerveusement en larges cercles concentriques comme une lionne en cage.
    Les deux guitares lourdes et grasses font vibrer la salle lors des reprises quand Shirley leur laisse le devant de la scène. A grands moulinets de bras et d’effets de manches, les deux guitaristes, aussi bon instrumentaux qu’ingénieurs-son, font parler la poudre avec un faux air de vrais durs.

    Tout ce show est un peu moins souple et sexy que dans les années 90’ mais il s’agit toujours de vrai-bon rock américain de studio agrémenté du romantisme écossais live de leur chanteuse qui joue de sa voix et de son minois pour achever de séduire un public de fidèles qui n’en demande pas tant. Ce groupe uni depuis vingt-cinq ans, continue à sortir des disques et à faire des tournées. Il a la sincérité des vrais rockers rivée au cœur et avance comme un commando des SEALS soudé face à l’adversité. Le résultat musical est un vrai bonheur : une voix brillante, une personnalité iconique, une musique tellement énergique et un groupe diablement efficace, bref, du Rock pur et beau .

    Entendre Shirley déployer sa voix vocodée sur Paranoid et fond de guitares grinçantes reste un grand moment : I think I’m paranoid and complicated/ I think I’m paranoid, manipulated/ Bend me break me/ Anyway you need me/ All I want is you/ Bend me break me/ Breaking down is easy/ All I want is you.

    Setlist

    Subhuman/ I Think I’m Paranoid/ Stupid Girl/ Automatic Systematic Habit/ Blood for Poppies/ The Trick Is to Keep/ Breathing/ Sex Is Not the Enemy/ Blackout/ Magnetized/ Special/ Shut Your Mouth/ Even Though Our Love Is Doomed/ Why Do You Love Me/ Night Drive Loneliness/ Bleed Like Me/ Cherry Lips (Go Baby Go!)/ Vow/ Only Happy When It Rains/ Push It

    Encore : Sometimes/ Empty/ #1 Crush

    Warmup : Mensh (duo féminin guitaristes-chanteuses)

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  • PJ Harvey – 2016/10/21 – Paris le Zénith

    pj_harvey_2016-tour

    PJ Harvey, un nouvel album « The Hope Six Demolition Project » et une tournée ; PJ Harvey et son groupe si envoûtants, terriblement élégants et so british. Ce disque a été enregistré dans des conditions publiques plutôt originales.

    Lire aussi : PJ Harvey innove

    La bande arrive à la queue leu leu, frappant des tambours en bandoulière telle une fanfare militaire en cymbales et mirlitons. Polly Jean est au centre de la mêlée, accrochée à son saxophone, sa longue chevelure toujours encombrée de parements étranges, vêtue comme une vestale romaine mais en noir, comme ses musiciens. Le décor est très dépouillé, comme la gestuelle des musiciens, minimaliste. Peu de lumière, que des ombres, un vague décor ressemblant à des étagères en fond de scène qui prendra différentes colorations selon les éclairages, tout pour la musique.

    Le show commence par cinq morceaux du nouveau disque puis embraye sur le précédent Let England Shake. Le groupe est renforcé par une section cuivre, les musiciens troquent régulièrement leurs instruments contre des percussions et assurent souvent le chœur sur lequel se pose la voix aigüe et traitée de PJ, le tout donnant un aspect un peu folk traditionnel à cette musique qui s’éloigne de l’inspiration rock des origines pour aller vers plus d’obscurité et de méditation.

    Polly Jean accompagne ses textes de gestes un peu enfantins, un peu mime. Les mots disent la destruction des villes, celles provoquées par les guerres : How to stop the murdering? By now we should have learned-/ if we don’t then w’re a sham, bad overwhelms the good. (Al ine in the Sand). Autant Let England Shake narrait plutôt justement les ravages de la première mondiale, autant ce dernier disque fait un peu preuve d’une désarmante naïveté, opposant par exemple les chansons The Ministry of Defense avec The Ministry of Social Affairs… avec quelques poncifs de circonstance.

    Sur scène ce petit travers n’est que de peu d’importance tant le groupe pulse à l’unisson sous la baguette rigoureuse de son leader. PJ joue régulièrement de son sax épaulée par la sérieuse section cuivre qui se déchaîne de belle façon sur 50ft Queenie. Elle ne touche pas une guitare et ne dira mot de tout le show si ce n’est pour présenter ses musiciens, dont les ultra-fidèles John Parish et Mick Harvey.

    Le show se termine sur River Anacostia sur le final duquel tous les musiciens chantent a cappella sur le front de scène : What will become of us? avant de repartir comme ils sont arrivés.

    Impérieuse, elle contrôle à la perfection ce show du genre glaçant. Charmeuse, elle chante toujours merveilleusement bien. Créatrice, elle subjugue par son éclectisme et sa capacité à créer des spectacles habités !

    Setlist : Chain of Keys/ The Ministry of Defence/ The Community of Hope/ The Orange Monkey/ A Line in the Sand/ Let England Shake/ The Words That Maketh Murder/ The Glorious Land/ Written on the Forehead/ To Talk to You/ Dollar, Dollar/ The Devil/ The Wheel/ The Ministry of Social Affairs/ 50ft Queenie/ Down by the Water/ To Bring You My Love/ River Anacostia

    Encore : The River/ Is This Desire?

  • Bruce Springsteen & The E-Street Band – 2016/07/16 – Paris Bercy

    Bruce Springsteen & The E-Street Band – 2016/07/16 – Paris Bercy

    Bruce Springsteen et son E-street band sont de retour à Paris-Bercy dans le cadre d’une tournée anniversaire de l’album The River sorti en 1980. Du coup ils rejouent intégralement ce disque de légende, l’hymne d’une génération, plus quelques « bricoles » légendaires de leur immense répertoire, soit trois heures et demie d’un show endiablé devant une assistance déchainée et aux anges.

    Un concert de Springsteen est un puissant antidépresseur tant l’énergie dépensée, la magie de ce rock puissant et la justesse des textes portent à vouloir profiter de chaque instant pour aller jusqu’au suivant, mais c’est aussi un moment d’émotion car quarante ans de vie sont passés bercés par cette musique. Alors si Bruce et les siens ne produisent plus vraiment de nouveautés de cette envergure, on les remercie sans fin de continuer à être pour jouer et rejouer ces morceaux marqueurs de nos existences !

    C’est le deuxième show parisien, celui du 11 juillet a été interrompu de longues minutes par une panne d’électricité totale. Rien de tel ce soir malgré des pics de consommation quand les 15 musiciens sont sur le front de scène face à 15 000 spectateurs qui reprennent en chœur Hungry Heart… Sur I Wanna Mary You il fait monter deux amoureux sur scène qui se demandent ne mariage l’un l’autre, sur The River, bouleversant hommage à la vie de working class hero de sa sœur il sort son harmonica déchirant et nous brise le cœur une nouvelle fois, puis Roy déploie des arpèges un peu clinquantes sur son piano à queue pour introduire le poignant Point Blank, et le double vinyle est ainsi déroulé de bout en bout devant une foule assoiffée de rock.

    Comme ils n’allaient pas s’arrêter là, les musiciens enchaînent ensuite un medley de hits interplanétaires, de Badlands à Born to Run en passant par Dancing in the Dark, avant, épuisés et sereins, de rendre les armes après 32 chansons, 3h40 de concert. Le Boss revient pour un seul rappel acoustique sur Thunder Road :

    Climb in back
    Heaven’s waiting on down the tracks
    Oh-oh come take my hand
    Riding out tonight to case the promised land
    Oh-oh Thunder Road, oh Thunder Road oh Thunder Road
    Lying out there like a killer in the sun
    Hey I know it’s late we can make it if we run
    Oh Thunder Road, sit tight take hold
    Thunder Road.

    De la sueur, de la poésie, de l’électricité et de l’amour, Bruce Springsteen continue à transcender les foules et les générations. Quel bonheur, quelle puissance, quelle beauté !

    Setlist

    Iceman (tour debut)/ Lucky Town/ The Ties That Bind/

    The River

    Sherry Darling/ Jackson Cage/ Two Hearts/ Independence Day/ Hungry Heart/ Out in the Street/ Crush on You/ You Can Look (But You Better Not Touch)/ I Wanna Marry You/ The River/ Point Blank/ Cadillac Ranch/ I’m a Rocker/ Fade Away/ Stolen Car/ Ramrod/ The Price You Pay/ Drive All Night/ Wreck on the Highway

    Le reste

    Badlands/ The Promised Land/ Growin’ Up/ Because the Night (Patti Smith Group cover)/ The Rising/ Born in the U.S.A./ Born to Run/ Dancing in the Dark/ Tenth Avenue Freeze-Out/ Shout (The Isley Brothers cover)
    Encore:
    Thunder Road

  • Mogwai – 2016/07/03 – Paris la Philharmonie

    Ciné-concert dans le cadre du festival Days Off à la Philharmonie de Paris, le groupe écossais Mogwai joue en direct sur la présentation du film « Atomic : Living in Dread and Promise » réalisé par Mark Cousins. Film étrange et terrifiant sur l’énergie nucléaire dans ses bons et pires aspects. Habitué des bandes-son, le groupe avait déjà mis en musique un documentaire sur le footballeur Zidane. Aujourd’hui, le sujet est plus grave.

    La musique est à l’unisson avec la puissance malfaisante et inquiétante de l’atome. Habitués des longues plages instrumentales, les musiciens de Mogwai trouvent ici l’occasion rêvée d’exprimer leur inspiration électronique, parfois planante, parfois vigoureuse. Et alors que défilent à l’écran les images de la propagande nucléaire, ils jouent cachés dans l’obscurité sous l’écran, un peu à la façon du cinéma muet d’antan lorsqu’un orchestre mettait en musique des films alors que la pellicule ne savait pas ajouter le son à l’image.

    Atomic_2016Le groupe s’est produit à Hiroshima il y a quelques années et en est revenu concerné par l’atome. Sa réalisation de la bande-son de ce film en est aussi la conséquence. Leur musique pure et éthérée sait dire l’espoir et la dévastation qui sont la marque du documentaire qu’ils font parler, ajoutant leur propre interprétation et guidant celle de l’audience.

    Les musiciens s’éclipsent à la fin du film et laissent les spectateurs face à leurs pensées. On ne sait plus trop sur quel pied danser après ce spectacle bionique.

  • Neil Young & Promise of the Real – 2016/06/23 – Paris Bercy

    Neil Young & Promise of the Real – 2016/06/23 – Paris Bercy

    Trois ans après son dernier passage à Bercy avec les Crazy Horses, revoici Neil Youg avec les Promise of the Real, un groupe de gamins (deux guitaristes [tous deux fils de Willie Nelson], un bassiste, un percussionniste et un batteur) qui pourraient être les petits-enfants du Maître et qui entourent celui-ci dans la deuxième partie du show avec tendresse et efficacité.

    Neil est vêtu d’un ample T-shirt siglé « EARTH » (le titre de son dernier disque live, son combat de toujours finalement) sous son inévitable chemise de bucheron canadien et de son inénarrable chapeau feutre noir sur cheveux filasses, rouflaquettes blanches et opulentes. Il apparaît seul en scène, avec guitare et harmonica, pour un set acoustique qui donne la chair de poule à un public qui a connu le rock des années 70. Et c’est un doux retour sur Harvest avec After the Goldrush et Heart of Gold, la voix nasillarde fredonne ces refrains d’une génération dans l’émotion générale : I want to live/ I want to give/ I’ve been a miner for a heart of gold… Quelques chansons sont jouées aux claviers, dont un vieil harmonium sur lequel trône une botte de femme de mauvaise vie. De même que traîne sur la scène tout un fatras de totems indiens et d’amplis entassés les uns sur les autres.

    Et lorsque les Promise of the Real débarquent après le passage d’une simili-équipe de désinfection grimée en techniciens malfaisant de Monsanto qui enfument la scène comme s’ils déversaient des pesticides dans nos champs (son dernier disque studio s’appelle The Monsanto Years), le groupe continue sur la lancée de Harvest avec notamment le célébrissime et mélancolique Old Man. Et Neil de raconter comment il a apprécié la vision des campagnes françaises lors des voyages dans le bus de tournée. Après quelques mots en français il précise qu’il eut une girlfriend québécoise tout en levant les bras au ciel l’air de dire : « désolé » ou plutôt : « Mon Dieu, que le temps passe ! ».

    Et puis l’électricité se met à parler et l’on retrouve le Neil Young teigneux et pugnace, guitariste de génie, qui allonge à l’infini ses morceaux, accroché à sa guitare. Le son est puissant, les riffs lourds, les trois guitaristes unis s’échangent le front de la scène pour des solos de vieux grognards de la 6 cordes, laissant tout de même avec respect le Maître sous les spots qui lui réussissent si bien. Mais au cœur de l’ouragan électrique on retrouve son souffle alors que Neil se rapproche de son micro pour assumer de sa voix chevrotante ses paroles de révolté.

    Et lorsque le groupe se laisse aller à un rock furieux qui envahit Bercy de sons stridents, Neil Young déploie tous ses talents de guitariste grunge sur une Gibson élimée aux sons étranges, bien loin des ballades romantiques qui débutèrent la soirée et animent encore nos plus vieux souvenirs de l’artiste canadien. Trois heures plus tard, c’est sur le refrain repris à l’infini dans un délire de guitares « Keep on Rockin’ in the free World » que se termine un show éblouissant :

    …Got a man of the people,/
    says keep hope alive/
    Got fuel to burn,/
    got roads to drive./  /
    Keep on rockin’ in the free world,/
    Keep on rockin’ in the free world/
    Keep on rockin’ in the free world,/
    Keep on rockin’ in the free world…

    Setlist

    Solo intro to the set
    After the Gold Rush (After the Goldrush – 1970)/ Heart of Gold (Harvest – 1972)/ The Needle and the Damage Done (Harvest – 1972)/ Comes a Time (Comes a Time – 1978)/ Mother Earth (Natural Anthem) (Ragged Glory – 1990)
    with Promise of the Real
    Out on the Weekend (Harvest – 1972)/ Old Man (Harvest – 1972)/ Human Highway (Comes a Time – 1978)/ La vie en rose (Édith Piaf cover) (Piano and vocals Lukas Nelson)/ Someday (Freedom – 1989)/ Alabama (Harvest – 1972)/ Words (Between the Lines of Age) (Harvest – 1972)/ Winterlong (Decade – 1977)/ If I Could Have Her Tonight (Neil Young – 1969)/ Love to Burn (Ragged Glory – 1990)/ Mansion on the Hill (Ragged Glory – 1990)/ Western Hero (Sleeps with Angels – 1994)/ Vampire Blues (On the Beach – 1974)/ After the Garden (Living with War – 2006)/ Country Home (Ragged Glory – 1990)/ Everybody Knows This Is Nowhere (Everybody Knows This Is Nowhere – 1969)/ I’ve Been Waiting for You (Neil Young – 1969)/ Rockin’ in the Free World (Freedom – 1989)
    Encore:
    Like an Inca (Trans – 1982)
    Warmup : Charles Pasi

    La kronic de Julia :

    On a sweltering evening, Bercy’s Arena filled up with thousands of people – mostly in their fifties and sixties – ready to welcome one of the last living legends of the 20th century rock music history. Fresh beer does its best to cool throats in the moist air, and so, at 8.20pm it begins. Neil Young appears on stage, alone, as if he has just returned from work in a field. Dressed in faded black, a shapeless t-shirt with the word EARTH that covers his round belly, whilst an old dusty hat hides his face. Sat at the piano in the left corner of the stage, Neil Young strikes up the first notes of After the Goldrush, the iconic song of the Harvest album (1972). Then he switches for an old acoustic guitar and for 20 minutes strings together some of his most famous folk songs. Alone on stage and with no words for his audience, the 70year old Canadian musician and environmental activist doesn’t seem to care about us at all, which doesn’t foretell anything good…

    This is without taking into account his band, Promise of the Real, composed of two guitar players – Lukas and Micah Nelson, sons of country legend Willie Nelson –, a bassist, a drummer and a percussionist. With an average age around 25 – they could all be his grandsons – they bring a sudden freshness to the stage. Surrounded by this bunch of young guys in slim jeans and long hair, Neil Young seems boosted by a new energy and grabs a frayed Gibson Les Paul. Three hours of electric rock concert ensues, during which we all fear that he might suddenly fall onto the stage, laid low by a heart attack.

    However, nothing like this happens. On the contrary, Neil Young has never looked so young (forgive the unintentional pun). Despite several technical issues – out of tune guitars, broken pedals and so on – the show responds to all our hopes. At some point, one of the Nelson brothers sits at the piano and gives a heart-breaking rendition of La vie en rose. Bercy is in tears and is taken back to that evening of Friday 13 November 2015.

    The gig reached its peak when the band played a 20-minutes long rendition of Rockin’ In the Free World, Young’s political and environmental manifesto from 1989:

    I see a woman in the night With a baby in her hand Under an old street light Near a garbage can/ Now she puts the kid away,/ and she’s gone to get a hit /  She hates her life,/ and what she’s done to it/ There’s one more kid/ that will never go to school/ Never get to fall in love,/ never get to be cool./ Keep on rockin’ in the free world,/ Keep on rockin’ in the free world/ Keep on rockin’ in the free world,/ Keep on rockin’ in the free world./  We got a thousand points of light/ For the homeless man/ We got a kinder, gentler,/ Machine gun hand/ We got department stores/ and toilet paper/ Got Styrofoam boxes/ for the ozone layer/ Got a man of the people,/ says keep hope alive/ Got fuel to burn,/ got roads to drive…

    The stage is electrified; Corey McCormick, the bass player is jumping on the spot, reminding me of a young Flea in the best years of the Red Hot Chili Peppers. It all comes to an end after a 15-minutes long encore. The band, like the audience, is exhausted, but they still find enough energy to form a circle and bounce like a group of kids. Neil Young is one of them and proves one more that he is not ready yet to join this Earth that he loves and defends so ardently.

  • Louise Attaque – 2016/06/01 – Paris la Cigale

    Louise Attaque – 2016/06/01 – Paris la Cigale

    Louise Attaque est de retour ce soir à la Cigale avec un nouveau disque : Anomalie. Ce groupe qui rencontra un succès fantastique dans les années 90’, mêlant avec bonheur rock et poésie (en français), a rencontré un immense succès qui ne s’est pas démenti ce soir, dix ans après leur dernier disque. Des spectateurs déchaînés ont transformé la Cigale en trampoline géant, reprenant tous en chœur la plupart des morceaux du groupe. Les trois membres historiques sont appuyés par un batteur et un claviériste plus récents.

    Gaëtan Roussel, l’âme de cette formation, joue de la guitare, chante, gigue et affiche le sourire éclatant de son bonheur de la scène. Depuis A Plus Tard Crocodile (2005), il a vécu sa vie et mené de fructueuses collaborations musicales plutôt réussies, avec Bashung, Vanessa Paradis… notamment, ainsi qu’une carrière solo originale ponctuée de deux CD (Ginger et Orpailleur) et autant de tournées.

    Son style reste le même : grande bringue au crâne glabre, voix érayée et sur-vitaminée si caractéristique, décrochant en bout de phrase, comme cassée pour avoir trop crié ; une voix qui sait aussi se faire romantique pour porter certains de ses mots plein de tendresse. Guitariste rythmique de talent, parolier délicat, funambule des mots, Gaëtan a retrouvé des vieux potes de Louise Attaque et leur bonne humeur fait plaisir à voir et à partager. Le groupe déploie tout ce que le rock pensé par des êtres sympas, intelligents et créatifs peut procurer.

    Ce nouveau disque est aussi une excellente occasion pour revenir sur ces tubes qui nous ont dynamités il y a 20 ans Léa, Les Nuits Parisiennes, Ton Invitation… joués avec toujours le même enthousiasme débordant et communicatif. Mais le temps passe, tout de même, malgré les apparences, comme vient nous le rappeler le violon virevoltant sur L’Insouciance :

    …J’improviserai encore, c’est promis
    Qui a dit que c’est long la vie?
    Et l’insouciance qui me fuit
    Voila le vide qui me réduit…

    Ce groupe en pleine maturité continue à nous chanter la chanson de nos vies, elle est gaie ou elle est triste, mais elle nous accompagne au long de ces années plus ou moins insouciantes.

    Vive Louise Attaque !

    Setlist : Ton invitation/ Avec le temps/ Anomalie/ Si l’on marchait jusqu’à demain/ Il n’y avait que toi/ L’insouciance/ Léa/ La plume/ Du grand banditisme/ La chute/ Sur un volcan (La Maison Tellier cover)/ Tu dis rien/ Qu’est-ce qui nous tente ?/ Savoir/ Amours/ Les Nuits parisiennes/ J’t’emmène au vent
    Encore : Si c’était hier/ Arrache-moi/ Chaque jour reste le nôtre/ Ta douleur
    (Camille cover) (avec The Seasons)
    Encore 2 : Un peu de patience (Acoustic)

  • Arno – 2016/05/20 – Paris Le Trianon

    Arno_2016
    Arno est de retour à Paris avec un nouveau disque Human Incognito, produit comme le dernier par John Parish, compagnon de route de PJ. Harvey. Vieux lion à la crinière blanchie dans les salles de rock et au hasard de ses illusions perdues, belge flamboyant (d’Ostende) parlant le langage du prolo sentimental en anglais, français comme en flamand, Arno nous revient avec sa gouaille et tout son cœur pour un album et un concert de choix.

    On retrouve sur scène son talentueux et barbu guitariste habituel qui marque le coté rock du concert avec ses riffs hargneux mais aussi ses arpèges en mode mineur pour accompagner les morceaux nostalgiques dans lesquels Arno dévoile toute sa tendresse. Un bassiste, un batteur et un claviériste complètent l’équipe. Le light-show est tout en clair-obscur avec cinq gros projecteurs d’ambiance, suspendus et tournés vers l’assistance.

    Arno, toujours vêtu de noir, comme à son habitude, nous dévoile ses sentiments à travers ses chansons aux textes souvent provocateurs, toujours délicieux. Parfois assis sur sa chaise il sort un harmonica. On le croirait sorti d’un bar à marins du port d’Ostende, dans une ambiance de cargos rouillés, de harengs fumés et de femmes de petite vie. De sa voix rocailleuse il sait nous émouvoir avec ses déclarations d’amour à la vie, à l’humanité, à ses femmes, et à sa mère avec ce bouleversant classique dédié à sa mère : Dans les yeux de ma mère/ Il y a toujours une lumière/ L’amour je trouve ça toujours/ Dans les yeux de ma mère.

    Mais il sait aussi réveiller les foules avec ses accents de vieux punk et ses mots de hippie démodé, balançant son pied de micro d’une main à l’autre, hurlant comme si sa vie en dépendait, balançant de grands coups de cymbales. Le premier titre de son dernier disque se nomme : I’m just an old motherfucker… All to soon, smart too late/ Young too short stupid too long/ there time in life, you have to protest/ there time in love, you have to take a rest. Tout un programme !

    Rugueux et tendre, le rocker flamand n’a rien perdu de son énergie et de son humour. Chroniqueur du temps qui passe, il jette un regard nostalgique sur une époque révolue et sur une humanité à la dérive. Entouré d’un vrai groupe de rock qui joue avec efficacité Arno représente une espèce d’OVNI dans le monde rock-variété francophone, une valeur sûre et originale.


    Arno dans la collection « Histoires de… »

  • The Dandy Warhols – 2016/05/10 – Paris le Trianon

    The Dandy Warhols @ le Trianon, Paris, 10/05/2016

    The Dandy Warhols à Paris : rien de nouveau sous le soleil du Trianon ce soir pour les cow-boys de l’Oregon, sinon un nouveau disque ‘Distorland’ ! Le quatuor états-unien adepte du rock garage fait maintenant figure d’institution. Ils traînent leurs bottes sur les scènes spécialisées du monde où ils réjouissent les initiés. Ce soir n’a pas dérogé aux bonnes habitudes l’assistance avec un mix bien choisis de leurs nouvelles compositions et des anciennes.

    Zia est habillée d’un délicieux chemisier à pois qui masque ses tatouages et, avec ses cheveux longs, lui ferait donner le bon Dieu sans confession, ce qui n’est pas vraiment le genre de la maison… Ses trois acolytes sont à leur habitude chevelus et peu prolixes, déroulant leur musique un peu mystérieuse et si entraînante. Des guitares, des effets, des contre-jours et la voix de Courtney, une inspiration rock psychédélique de cordes et de sueur, il n’en faut pas plus pour enflammer le public parisien.

    On se rappelle l’excellent film documentaire Dig (2004, à revoir) narrant les aventures croisées des Warhols et du Brian Jonestown Massacre dans les années 90’. Il y avait à l’époque beaucoup de violence et d’excès de toutes sortes dans ce rock expérimental-psycho, attisés par la concurrence artistique entre Courtey Taylor-Taylor et le toujours leader du Brian Jonestown : Anton Newcombe. Celui-ci continue sur sa lancée quand les Dandy Warhols ont sans doute un peu compromis avec leurs exigences premières, produisant une musique plus abordable et moins déstructurée, pour notre plus grand plaisir.

    Setlist : Be-In/ Crack Cocaine Rager/ Get Off (listed as Shakin on setlist)/ Pope Reverend Jim/ STYGGO/ I Love You/ The Last High (Zia played bass)/ Plan A/ Search Party/ Every Day Should Be a Holiday (Courtney acoustic solo)/ The Grow Up Song (Courtney acoustic solo)/ Well They’re Gone/ Good Morning/ Baby, Come Back (The Equals cover)/ You Are Killing Me/ We Used to Be Friends/Solid/ Bohemian Like You/ Godless/ Pete International Airport / Boys Better / Zia Outroset
    Warmup : Happyness

    Dandy_Warhols_Logo-2

  • Mickey [3D] – 2016/04/15 – Paris le Trianon

    Mickey3D_2016

    La kronic sur Mickey [3D] 2016

    Mickey [3D] nous revient avec un nouveau disque, Sebolavy, qu’il présente au Trianon à un public parisien toujours fervent. Il s’agit de chanson française, douce et ironique, recyclée au rock de Montbrison, simple et élégant. 20 ans d’existence du groupe Mickey3D puis en solo sous le nom de Mickey [3D], des compositions sorties pour d’autres artistes, 6 ans depuis le dernier disque, bref il était temps de renouer avec ce musicien.

    Mickey est toujours habillé de son éternel polo bleu et ne quitte pas sa guitare rythmique. Il est accompagné d’un guitariste, d’une claviériste-accordéoniste et d’une rythmique basse / batterie. L’atmosphère est rock, la voix profonde et posée, les riffs des guitares entraînants. La superposition des guitares électro-acoustique et électrique donne un caractère bluesy à cette musique fine et agréable. Le concert mène son rythme et passe au gré de chansons coupantes et délicieuses. Des mots tendres et parfois désabusés, une chanson intitulée François sous la Pluie marque gentiment ses déceptions politiques du moment et ses inquiétudes sur l’avenir.

    La couverture de Sebolavy est composée d’une photo noir-et-blanc de Sophie Scholl à qui il rend hommage par la chanson La Rose Blanche, résistante allemande contre les nazis, exécutée à 21 ans pour trahison. Une chanson triste qui se termine tout de même sur une note peut-être un peu optimiste : Les idiots ne l’emportent jamais/ Et le ciel a tout filmé…
    Le show d’un grand enfant (la quarantaine ?), un peu amer sur le temps qui passe et la jeunesse qui l’inquiète. Mais après tout le titre de son dernier album Sebolavy n’est qu’un clin d’œil au langage de cette jeunesse : C’est beau la vie, malgré tout !

  • Television – 2016/04/02 – Paris la Philharmonie

    Television – 2016/04/02 – Paris la Philharmonie

    C’est l’histoire du disque culte d’un groupe de légende : Television a écrit Marquee Moon en 1977 à l’orée de la période du protopunk américain, qui fut si productive, lorsque les poètes du rock underground new-yorkais se bousculaient au bar du Chelsea Hotel, entre Jimi Hendrix, Bob Dylan et les écrivains de la beat generation. Patti Smith et Lou Reed ont assisté aux premiers concerts de Television au CBGB’s, ils en ont assuré la promotion.

    Sortis du bouillonnement culturel américain inouï d’une époque révolue, épris de poésie et de musique, auteurs-compositeurs-chanteurs-guitaristes, Thomas MiIller et Richard Meyer se rebaptisent Verlaine pour l’un, en hommage au poète Paul, et Hell pour le second, en référence à la Saison en enfer de Rimbaud, et ils créent ensemble Television en 1973 qui ne survivra que le temps de deux disques, mais aura une influence considérable sur les décennies rock qui suivirent. Chacun a continué ensuite une carrière solo avec plus ou moins de succès mais ils restent pour toujours au Panthéon des musiciens du XXème siècle.

    Marquee Moon fut une étrange création venue de nulle part sinon des cerveaux suroxygénés de leurs auteurs. L’œuvre s’imbrique avec celle de Patti Smith, Horses, sorti l’année précédente. C’est d’ailleurs Mapplethorpe (compagnon de Patti) qui pris la photo de couverture des deux albums. On retrouvera ces deux-là tout au long d’un parcours poétique et musical. Efflanqués et fiévreux, « les poings dans leurs poches crevées », ils ont créé la musique de l’avenir.

    Television a innové avec un jeu de deux guitares entremêlées déroulant des arpèges complexes avec une rythmique basique sur laquelle se pose la voix tendue et aigue de Verlaine. Pas d’électronique, aucun traitement, juste le naturel de l’électricité et la tension du chant. Les textes sont poignants et toujours récités/déclamés avec la voix plaintive si caractéristique de Verlaine :

    Do I, Do I?
    belong to the night?
    Only only
    Only tonight.
    All the ladies
    Stay inside.
    Time may freeze.
    A world could cry.
    All this night running loud
    I hear the whispers I hear the shouts.
    And tho they never cry for help…

    Guiding light

    Alors ce soir, dans le cadre de l’exposition « The Velvet Underground – NewYork extraganza », Television vient rejouer Marquee Moon, intégralement, dans la petite salle de la Philharmonie de Paris devant un parterre de quinqua/sexa nostalgiques d’une époque et toujours admiratifs du foisonnement d’idées, de musiques, de rythmes, de poésies, bref de l’inspiration infinie qui a caractérisé les musiciens new-yorkais des 70’s. Il y a peu de survivants, le temps est passé, la drogue et sa destruction aussi.

    Television_2016

    Patti Smith rejouait Horses à l’Olympia l’an passé pour les 40 ans de ce disque clé. Television est là ce soir, il précède John Cale, dernier fondateur du Velvet Underground, qui sera demain sur la grande scène pour un hommage à son compère Lou Reed et à tout ce que ces pionniers ont su déclencher.

    Ce concert est plaisant, cette musique est toujours passionnante, à peine datée, souvent copiée, mais nous sommes 40 ans après sa création, alors à défaut de surprise, elle provoque encore de l’émotion. Au terme de ces années underground volcaniques et mortifères, après les décès récents de Lou Reed et David Bowie, Patti Smith et Tom Verlaine sont en train de refermer doucement la page d’une époque musicale révolutionnaire.

    Setlist : Intro/ See No Evil/ Elevation/ Prove It/ Torn Curtain/ Venus/ Friction/ Guiding Light/ Marquee Moon
    Encore: Sapphire

  • Massive Attack – 2016/02/26et27 – Paris le Zénith

    Massive Attack – 2016/02/26et27 – Paris le Zénith

    Massive Attack publie un disque 4 titres : Ritual Spirit, dans un minimalisme d’une beauté froide, et consacre deux dates à Paris pour terminer sa tournée européenne. De nouveau ils viennent diffuser leur trip-hop aux relents si sombres à l’image de la confusion de notre monde. C’est le retour du son de Bristol avec ses hérauts du chaos sur fond de basses massives, d’électronique troublante et de voix susurrant une poésie de l’absurde. La puissance de ce groupe reste dévastatrice et fascinante. Elle est mise au service de l’engagement politique de ses membres et d’une vision musicale qui glace le sang.

    En formation classique : double batteries, un bassiste (Winston Blissett), un guitariste (Angelo Brushini), 3D et Daddy G aux voix et claviers-machines, ainsi que Martina Topley Bird, Horace Andy et Shara Nelson en intermittents chanteurs de luxe pour des prestations époustouflantes.

    Suivant le rituel désormais récurrent les messages-slogans défilent sur les immenses écrans électroniques du fond de scène tels les horaires d’avions dans un hall d’aéroport. Et les mots diffusés jusqu’à l’écœurement parlent de la barbarie en Syrie, de la désespérance des gigantesques mouvements de population qui enflamment le Moyen-Orient et autres contrées. Sur l’un des longs et lugubres instrumentaux du show, un dialogue entre un pilote de drone en train d’ajuster une cible humaine, et sa base, s’affiche sur les écrans alors que les guitares se déchaînent pour accompagner l’embrasement final. Les mots sont simples et soulignés par les images terribles de tous les conflits qui tuent sur cette planète dans le désert d’indifférence et d’égoïsme où vit le reste du monde plus préoccupé par les cours de la bourse que par la guerre.

    Trois des quatre nouveaux morceaux sont joués avec la participation d’Azekel sur Ritual Spirit, un londonien dont la voix haut perchée réverbère et résonne à l’infini sous les arches métalliques du Zénith. Take It There déploie ses arpèges mineurs et son brouillard de mots. Sur le disque Tricky a repris du service mais c’est Daddy G qui entonne ce soir son refrain crépusculaire : She’s with me, we share the pain/ Treat the girl like licorice/ She’s so soft and ticklish/ Take you there, and take your time/ Take your time/ Take you there, you’ll lose you mind/ Take you there, and take your time…

    Voodoo in My Blood a donné lieu à la sortie d’une formidable vidéo dans laquelle l’actrice britannique Rosamund Pike joue une danse ensorcelante avec un OVNI qui a pris possession d’elle qui n’est pas sans rappeler l’incroyable performance d’Isabelle Adjani en pleine crise d’hystérie dans un couloir de métro dans… « Possession ». Sur scène les Young Fathers qui assuraient la première partie viennent épauler leurs maîtres, y compris dans leur message politique.

    Le reste de la set-list (identique pour les deux concerts) est plus classique avec quelques envolées éblouissantes sur Angel, Inertia Creeps et Future Proof, notamment, qui restent les marqueurs du groupe. Hélas celles-ci furent interrompues par les problèmes techniques le premier soir poussant le groupe à quitter la scène sur Future Proof, 3D plutôt énervé. En réalité les spectateurs n’ont pas vraiment identifié de changement dans les conditions soniques du show mais les musiciens ont sans doute l’oreille plus fine. Durant quinze minutes des ingénieurs trifouillent les câbles et les machines avant que le show ne reprenne. Le lendemain nous fûmes réconciliés avec des Massive Attack de meilleure humeur qui produisirent un show d’un excellent cru.

    Martina Topley Bird a envouté le Zénith avec sa grâce intergalactique, ses tenues de guerrière du désert, son maquillage de squaw apache et surtout cette voix profonde et douce qui donne instantanément la chair de poule. Sur Paradise Circus, seule sur une ritournelle de clavier et la rythmique elle danse entre les couplets d’une manière mystérieuse et enfantine, rien que le cheminement de ses mains et ses doigts dans l’espace est un concentré d’élégance pendant que s’égrènent la mélopée lancinante sur laquelle elle pose sa voix : Love is like a sin, my love,/ For the one that feels it the most/ Look at her with a smile like a flame/ She will love you like a fly will never love you again.

    Encore à l’affut de collaborations productives, cette année les Young Fathers et Azekel ont apporté un peu de jeunesse aux bases du groupe sans en dévier l’inspiration pour le son urbain et troublant qui remporte toujours le même succès en France.

    Set list 27/02 : United Snakes/ Clock Forward/ Risingson/ Paradise Circus/ Ritual Spirit/ Girl I Love You/ Psyche (Flash Treatment)/ Future Proof/ Jupiter (with lyrics from Martina Topley Bird’s Poison)/ Teardrop/ Angel/ Inertia Creeps/ Safe From Harm/ Take It There/ Voodoo in My Blood/ He Needs Me/
    Encore : Unfinished Sympathy/ Splitting the Atom
    Warm up: Young Fathers

    Set list 26/02 : United Snakes/ Clock Forward/ Risingson/ Paradise Circus/ Ritual Spirit/ Girl I Love You/ Psyche (Flash Treatment)/ Future Proof (band leaves stage due to technical issues)/ Jupiter (with lyrics from Martina Topley Bird’s Poison)/ Teardrop/ Angel/ Inertia Creeps (aborted, restarted then… more )/ Safe From Harm/ Take It There/ Voodoo in My Blood/ He Needs Me/
    Encore : Unfinished Sympathy/ Splitting the Atom
    Warm up: Young Fathers

    Massive_Attack_2016-03

  • Heather Nova – 2016/02/16 – Paris l’Alhambra

    Heather_Nova_2014

    Heather Nova passe à l’Alahmbra avec un groupe ramassé et plutôt acoustique, un garçon multi instrumentiste contrebasse/violoncelle/guitare/clavier et une batterie jazzy. Toujours simple et belle, des fleurs tropicales enroulées autour de son pied de micro elle chante et joue de la guitare avec grâce, une voix à la Joan Baez, très pure et un peu brumeuse, un folk poppy teinté de mélancolie. Cela fait un peu chapelle, un peu boyscout et fleure bon une ambiance hippie qui aurait pris un coup au moral. Heather a beau être née sous le soleil des Bahamas elle décline des balades plutôt tristounes que son vibrato rend parfois tragiques.

    Qu’importe, tout ceci est beau et doux, cette voix nous porte comme une brise d’automne, légère mais déjà un peu fraiche : Hey don’t cry, the night is almost through/ And I’ll be here to hold and comfort you/ Sometimes you’ll look out on dark and stormy skies/ But darling remember the sun will always rise/ And bring the light, and bring the light (The Sun will always rise – 2005).

    Setlist : 1. Treehouse/ 2. I Wanna Be Your Light/ 3. Girl On The Mountain/ 4. Island/ 5. Sea Glass/ 6. Paper Cup/ 7. The Archaeologist/ 8. Winter Blue/ 9. Walking Higher/ 10. Moon River Days/ 11. London Rain/ 12. Lie Down In The Bed You’ve Made/ 13. Fool For You/ 14. Sea Change/ 15. I’m Air/ 16. Like Lovers Do/ 17. This Humanness/ 18. The Sun Will Always Rise/ 19. Sugar
    Warmup : Mishka

  • Tame Impala – 2016/01/31 – Paris le Zénith

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    Tame Impala est au Zénith ce soir pour y dérouler sa musique psychédélique, un genre que l’on croyait un peu périmé amis que le groupe australien remet à l’ordre du jour avec brio. Originaire de Perth, sur la côte ouest sur l’océan indien, apparu en 2008, le groupe est celui d’un homme : Kevin Parker, sorcier de l’électronique et du home-studio, auteur-compositeur, guitariste et chanteur. Jeune, grand et mince, les cheveux longs sur les épaules, grand foulard autour du cou il joue pieds nus sur la scène du Zénith pendant que des images de synthèse sont projetées sur le fond. On croirait les fonds d’écran de Windows 95.

    Le reste du groupe porte à peu près le même âge et d’identiques vêtements. Ils ressemblent à une bande d’étudiants poètes mais lorsque parle la musique c’est une toute autre histoire ! Ils sont de vrais pros et jouent un son très sophistiqué, traité à l’électronique à un niveau assez élevé. Les guitares se mêlent aux boucles de claviers pour enrober la voix haut placée de Kevin, qui paraît presque surnaturelle. Le son est fort et le rythme enlevé, le concert coule dans nos veines comme un fleuve de modernité. Cela ressemble à une sorte de mélange entre Pink Floyd et Supertramp, revu et corrigé à l’aune de l’électronique de notre siècle numérique.

    Une fois passé le vent vigoureux de cette musique, il n’en reste plus grand-chose dans nos esprits, seulement le souvenir d’un show exécuté à la perfection et de cette voix planant très haut dans les octaves sur des boucles obsessionnelles en un résultat étrange et coloré.

    Setlist :  Intro/ Let It Happen/ Mind Mischief/ Why Won’t They Talk to Me?/ It Is Not Meant to Be/ The Moment/ Elephant/ Yes I’m Changing/ The Less I Know the Better/ Eventually/ Why Won’t You Make Up Your Mind?/ Oscilly/ ‘Cause I’m a Man/ Apocalypse Dreams

    Encore : Feels Like We Only Go Backwards/ New Person, Same Old Mistakes

  • The Maccabees – 2016/29/01 – Paris la Cigale

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    The Maccabees, une bande de rockers-beaux-gosses-créatifs britanniques, à faire tomber raide-dingue toute jeune fille passant dans un rayon de 100 mètres autour de l’un d’eux ! Mais ils sont bien plu que ça : un groupe de trois guitaristes, un bassiste, un batteur, assistés pour les tournées d’une claviériste-sampleuse, tous plein de fraîcheur et d’originalité. Le résultat est détonnant, jeune et électrique. C’est du rock indépendant enflammé et positif comme seul le Royaume-Uni sait en générer année après année. Alors on se régale à suivre les jeux de guitares nerveuses et saccadées de ces jeunes gens pressés qui accompagnent la voix chaude du chanteur, lui-même guitariste.

    Ca pulse généreusement et sans complexe, ça riff à tout va, ça saute sur scène comme des gamins joyeux. Déjà bien connu outre-Manche les Maccabees ne font pas salle comble ce soir, c’est dommage, un problème de promotion bien plus que de talent. On aimerait découvrir de pareils groupes plus souvent, énergie punk et sourires ravageurs. Du rock excellent et sophistiqué, tout simplement !

    Warm-up : Johnny Lloyd

  • Richard Hawley – 2015/11/25 – Paris l’Alhambra

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    Dix jours après les attentats religieux islamistes du Bataclan, Richard Hawley est à l’Alhambra, et nous aussi. Chemise à carreaux, blouson et pantalon de jeans, revers sur boots, mèche rebelle, l’homme à la guitare Gretsch déploie toujours la même élégance sous ses allures de cow-boy. Il est accompagné de quatre musiciens dont un deuxième guitariste et un claviériste. Ils viennent d’enregistrer Hollow Meadows, un disque doux et subtil dont ils vont picorer les morceaux au cours du concert, entrecoupé de retours à des standards plus anciens.

    Richard joue comme d’habitude devant un pupitre qu’il n’a pas l’air de vraiment consulter. La musique coule et s’écoule délicieusement. Les morceaux sont rallongés par de brillants solos de guitare marquant le contraste avec la voix de velours du crooner britannique. Le son est comme calfeutré, même la guitare prend parfois des sonorités de six-cordes hawaïenne s’envolant vers les cocotiers et le ciel bleu.

    Richard chante la mélancolie des amours perdus et la nostalgie du temps qui passe dans un monde qui n’est pas fait pour les romantiques comme dans Wich Way qui ouvre le show :

    I’m learning to trust this time/ In the jungles of this life/ I’m asking which way do I go?/ Give me some directions please,/ Solid ground is all I need/ Won’t you tell me, which way do I go?/ Which way do I go?

    Quelques solos bien sentis marquent un peu de révolte et rappellent que le garçon fut guitariste co-fondateur de l’un des groupes phares de la BritPop : Pulp. Issu de Sheffield ce groupe a donné un concert d’adieu en 2013 (après dix ans d’inactivité), Richard Hawley est toujours sur la route. Avant le final There’s a Storm Comin’ il s’exprime sur la terreur du Bataclan quelques jours plus tôt et salue Paris et les spectateurs de son concert.

    Setist: Which Way/ Tonight the Streets Are Ours/ Standing at the Sky’s Edge/ I Still Want You/ Leave Your Body Behind You/ Sometimes I Feel/ Open Up Your Door/ Tuesday pm/ Time Will Bring You Winter/ Down in the Woods/ Don’t Stare at the Sun/ Heart of Oak/ There’s a Storm Comin’
    Encore: Coles Corner/ The Ocean

  • Garbage – 2015/11/07 – Paris le Zénith

    Garbage – 2015/11/07 – Paris le Zénith

    Garbage est revenu sur scène et dans les bacs en 2012 avec Not Your Kind of People et a priori ils ont aimé puisque les revoici avec le 20 years Queer Celebration tour histoire de fêter en musique la sortie de leur premier album et le début de ce groupe flamboyant de rock alternatif, plutôt rock qu’alternatif d’ailleurs.

    Réunion improbable d’une chanteuse écossaise (Shirley Manson) et de quatre soudards américains musiciens-producteurs (dont le batteur Butch Vig qui a produit Nevermind de Nirvana), le groupe s’est monté un peu par hasard et n’était pas vraiment destiné à durer au-delà de quelques séances d’enregistrement à Madison dans le Wisconsin, mais le succès est venu et après quatre disques sortis entre 1995 et 2005 ils sont revenus en 2012 après une longue pause.

    Le show démarre avec une vidéo de la famille Garbage au cours de ces 20 années passées, puis le premier morceau joué derrière un voile translucide où s’agite notre petite bande en ombres chinoises avant le plat de résistance et la reprise de l’album Garbage. Shirley est toute de rose vêtue et bas-résille noirs. Rose comme la couleur des plumes d’autruche qui ornent la couverture de l’album, et de ses cheveux ce soir. Un boa en plumes roses dégouline du pied de micro… comme il y a vingt ans !

    Les recettes sont les mêmes : un mur de sons de guitares traitées à l’électronique sur lequel se pose la voix forte et belliqueuse de Shirley appuyée par le beat mécanique de la batterie. La puissance américaine teintée de subtilité britannique, le résultat est toujours redoutable et le show passe sans que l’on ne s’en aperçoive.

    Les musiciens sont un peu moins démonstratifs, Shirley est un peu plus bavarde et souriante, peut-être pour se reposer des kilomètres qu’elle parcourt toujours sur scène derrière son micro. Sur My Lovers’s Box elle s’empare d’une guitare rose dont elle joue en chantant, sur la pointe de pieds, tendue vers le public, et sur Stupid Girl elle sautille comme au bon vieux temps : Stupid girl/ Can’t believe you fake it/ Stupid girl/ Stupid girl/ All you had you wasred it…

    Un peu moins d’urgence et de déchaînement chez les Garbage mais toujours de l’énergie à revendre : une puissance sophistiquée, un son soigné, des mélodies plus que bien ficelées, la fidélité contre vents et marées de ce club des cinq toujours soudé et la personnalité hors du commun de Shirley (et ses cheveux rose fluo) qui tient le devant de la scène avec autorité devant ses boys, il n’en faut pas plus pour réjouir un public aux anges !

    Setlist

    Alien Sex Fiend (20 Years Queer video intro)/ Subhuman/ Supervixen/ Queer/ Girl Don’t Come/ As Heaven Is Wide/ The Butterfly Collector (The Jam cover)/ Not My Idea/ Trip My Wire/ Milk/ Fix Me Now/ My Lover’s Box/ Sleep/ A Stroke of Luck/ #1 Crush/ Stupid Girl/ Dog New/ Only Happy When It Rains/ Vow/

    Encore : Kick My Ass (Vic Chesnutt cover)/ Driving Lesson/ Cherry Lips (Go Baby Go!)/ Push It

    Warm-up : Dutch Uncles

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  • Archive – 2015/10/30-31 – Paris Le Zénith

     

    Archive_2015

    Et revoici les Archive avec nouveau disque, Restriction (suivi d’un album de remix : Unrestricted) et tournée de promotion, ils sont pour deux soirées au Zénith de Paris. Un nouveau et excellent guitariste, Mickey Hurcombe, remplace Steve Harris en tournée avec Gary Numan (oui, vous avez bien lu : Gary Numan, toujours actif !), Maria Q n’est pas là et Holly Martin assure la partie féminine des chants.

    Le reste du groupe est stable ne serait-ce la nouvelle coiffure de Pollard Berrier, les chevaux raides dans le dos et chapeau d’indien, une vague allure de squaw. En fond de scène trois écrans rectangulaires diffuseront une atmosphère vidéo plutôt sobre.

    Le show démarre sur le nouveau hit du moment : Feel It, un morceau rythmé avec son refrain en riffs de guitare accrocheurs, enchaîné sur Fuck You et Danger Visit puis quelques morceaux toujours bien enlevés histoire de maintenir ce démarrage rock au cours duquel apparaît Holly en mini-jupette à paillettes sur Violently. Un ralentissement émouvant sous un ciel étoilé et elle interprète les deux morceaux romantiques du dernier album : Black And Blue et End Of Our Days, c’est beau comme une larme, l’écho utilisé à profusion étire sa voix et les nappes de claviers dans l’espace obscur du Zénith, Dave et Pollard y ajoutent quelques arpèges de guitares discrets, le tout est bien empaqueté, lisse comme la voix de la chanteuse : Time is the key/ Give me your heart/ And you will see what I see/ Turning in circles to find what you seek/ This is the feeling I want to release// Take all my pain/ I am just a soul to be lost in your hate/ Take me wherever your spirit will fade/ I will be with you till the end of our days…

    Les choses sérieuses reprennent ensuite avec quelques références archivennes de choix : You Make Me Feel, Bullets (et un très beau duo vocal Dave & Pollard : bullets are the beauty of the blistering sky/ bullets are the beauty and I don’t know why/ personal responsibility/ personal responsibility…). Le concert prend de l’épaisseur et de l’énergie avec ces morceaux emblématiques de l’histoire du groupe, dont le final sur Numb de 2004, puis le rappel avec Lights et sa montée de tension hallucinée.

    La set-list des deux shows successifs sera à l’identique, à la virgule près, leur interprétation également. Comme avec ce dernier disque Restriction le groupe voit son originalité un peu ralentie, mais on s’en contente rien que pour le plaisir de ces finals interminables où s’entassent riffs de guitare, boîtes électroniques et claviers, jusqu’à l’explosion. C’est la marque de fabrique des Archive dont la production discographique de ces dernières années est impressionnante. Et on annonce déjà nouveau CD et tournée pour fin 2016 ! Leur musique reste une sorte de progressive rock remixée à la sauce du Trip-Hop, ceux qui ont aimé les Genesis et autres King Crimson et Yes des années 80 adorent aujourd’hui Archive, et même bien d’autres si l’on en juge par la jeunesse de l’assistance, comme quoi il y a une vie en dehors du Hip-Hop, bonne nouvelle.

    Setlist des 2 concerts : Feel It/ Fuck U/ Dangervisit/ Finding It So Hard/ Crushed/ Conflict/ Violently/ Black And Blue/ End Of Our Days/ Kid Corner/ You Make Me Feel/ Bullets/ Distorted Angels/ Baptism/ Ladders/ Numb
    Rappel : Lights
    Première partie : BRNS

  • Zappa plays Zappa – 2015/10/20 – Paris le Trianon

    Zappa

    Dweezil Zappa, fils de l’immense Franck Zappa, entretient la mémoire de son père en jouant sa musique partout à travers le monde avec une affectueuse fidélité et la virtuosité paternelle. La famille s’écharpe un peu par réseaux sociaux interposés sur des histoires sordides de droits et d’utilisation du nom « Zappa », mais qu’importe, Dweezil est sur la route avec un groupe un peu déjanté à… la Zappa qui nous fait replonger avec délice dans l’ambiance moderno-jazzy-inventive créée par son père

    Contrairement à celui-ci, il ne chante pas et n’apparaît pas comme un show man d’exception, il se contente de jouer de la guitare avec attention et brio, laissant l’animation du concert à ses cinq complices, tous jeunes et multi-instrumentistes, dont Sheila Gonzales aux instruments à vent, claviers et chant et Ben Thomas qui joue de la guitare et affiche la voix et la folie de Franck. Le groupe rejoue l’album « One Size Fits all » qui fête ses quarante ans. Même sans connaître sur le bout des doigts la discographie de Zappa père, on retrouve sans l’ombre d’un doute l’aimable folie musicale que le Maître impulsait dans ses compositions et dans ses concerts.

    Le résultat est un mélange inclassable de délire musical : des dissonances, des constructions, des improvisations, le tout sous un déluge de notes, d’instruments qui s’interpellent et se répondent, de parties chantées-parlées, de cris, de trios chantés à la perfection par le claviériste, le bassiste et Sheila, et des guitares bien sûr, des guitares éruptives qui nous emportent.

    C’est riche et c’est brillant, créatif et improbable, jubilatoire et unique, cette musique n’a pas pris une ride. Lorsque Dweezil attaque les solos, on se laisse porter avec jubilation par les mélodies acrobatiques qu’il interprète à la perfection.

    Ils sont tous les enfants du grand Franck Zappa, ensemble ils font vivre et perdurer cette musique venue d’une autre galaxie. Bravo et merci à eux.

  • Morrissey – 2015/09/26 – Paris l’Olympia

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    Morrissey toujours vaillant (malgré des rumeurs ayant courues sur son état de santé) passe à l’Olympia ce soir pour sa visite annuelle à Paris. Son dernier disque Word peace is not of your business est sorti il n‘y a pas si longtemps en 2014. L’artiste vient également de publier un premier roman : List of the Lost, après ses superbes mémoires Autobiography en 2013, publiées chez la célèbre maison d’édition de littérature classique Penguin Classics, excusez du peu !

    Vêtu de noir et accompagné de son groupe habituel de merveilleux musiciens, il pioche dans son infini répertoire, avec quelques retours bienvenus sur l’époque magique des Smiths. Et toujours cette voix de velours enjôleuse et troublante qui sait se déchaîner sur les riffs électriques de ses guitaristes ou se faire romantique sur les rythmes plus mélancoliques. Outre ses incomparables talents d’écriture et sa présence sur scène, Morissey développe surtout un chant très caractéristique, une voix à la fois chaude mais sans vibrato, claire et limpide, un peu désincarnée. C’est sa marque de fabrique qui reste inchangée avec le temps qui passe.

    Il trébuche sur une reprise d’Elvis Presley qu’il faudra redémarrer à plusieurs reprises, il nous informe qu’il sera le lendemain au concert de Charles Aznavour, il laisse le devant de la scène à Gustavo Manzur pour des solos de guitare flamenco, le tout, comme d’habitude avec de grands effets de fils de micro en parcourant la scène.

    Pendant Meat is Murder sont projetés de films d’abattage d’animaux peu ragoutants : l’artiste est constant dans sa promotion du végétarisme. Le reste de la set-list est un vrai bonheur qui touche au cœur, un parcours dans la création de cet artiste hors norme qui est si large qu’il faudrait des heures de concert pour la cerner. Ce soir nous avons picoré l’un des répertoires les plus flamboyants du rock et terminé comme il se doit sur une chanson des Smiths : The Queen is dead, boys/ And it’s so lonely on a limb/ Life is very long, when you’re lonely.

    Setlist : 1.Suedehead/ 2. Alma Matters/ 3. Speedway/ 4. Ganglord/5. Staircase at the University/ 6. Kiss Me a Lot/ 7. You’ll Be Gone (Elvis Presley cover) (the song was restarded twice… more)/ 8. World Peace Is None of Your Business/ 9. Yes, I Am Blind/ 10. I’m Throwing My Arms Around Paris/ 11. Boxers/ 12. The Bullfighter Dies/ 13. Oboe Concerto/ 14. My Dearest Love/ 15. The World Is Full of Crashing Bores/ 16. Meat Is Murder (The Smiths song)/ 17. Mama Lay Softly on the Riverbed/ 18. Everyday Is Like Sunday/19. I Will See You in Far-Off Places/ 20. What She Said (The Smiths song)

    Encore : 21. The Queen Is Dead (The Smiths song)

    Lire aussi : Morrissey, ‘Autobiography’.
    Morrissey – 2008/02/04 – Paris l’Olympia
    Morrissey – 2006/04/11 – Paris l’Olympia