Catégorie : Kronic concerts-rock

  • King Crimson – 2015/09/20et22 – Paris l’Olympia

    King_Crimson_20150920

    Retour réussi pour King Crimson reformé sous la houlette de son créateur-compositeur-guitariste de génie, Robert Fripp, 40 ans après la sortie de Red, le dernier album studio de la première période de ce groupe de légende qui, toujours sous l’inspiration de Fripp, emprunta nombre chemins de traverse, connut de multiple formations, créa d’incroyables hymnes au modernisme et influença fortement le rock contemporain.

    Rien de bien créatif aujourd’hui, sinon le personnel en partie renouvelé, mais l’objectif est plus revival que conceptuel. Soit, et pour ceux qui n’avaient jamais assisté aux concerts des années 70’, trois Olympia leur permettent de combler (en partie) ce manque.

    L’Olympia (aménagé en places assises) accueille le groupe qui se répartit en trois batteries sur la scène et quatre musiciens sur une estrade. Tout ce petit monde est en costume-cravate. En bas le trio inattendu de batteurs : Pat Mastelotto (déjà vu ces dernières années sur les tournées des différentes formations de King Crimson), Gavin Harrisson (qui joue aussi du méllotron) et Bill Rieflin ; au-dessus Mel Collins aux instruments à vent (historique du groupe qui joua avec lui dans ses années fondatrices et sur les disques de cette époque), Tony Levin, bassiste (qui accompagna la période King Crimson des années 80’ puis 2000), Jakko Jakszyk, chanteur-guitariste (à la sonorité de voix proche des chanteurs clés du groupe que furent Greg Lake et John Wetton) et l’irremplaçable Robert Fripp, 70 ans, toujours un casque audio sur les oreilles, assis sur un tabouret et branché au bout de ses fils raccordés à un mur de machines électroniques qui transforment le son de ses guitares au gré des morceaux.

    C’est de cette position qu’il entame le murmure de cordes allant crescendo jusqu’au déchaînement des accords qui lancent Larks’ Tongues In Aspic Part One pièce musicale emblématique du groupe déclinée au cours de ces décennies de sa partie I à la partie IV avec toujours plus de brio et d’énergie ! On ne pouvait mieux faire comme intro surtout quand, pour la première soirée, elle fut enchaînée sur Red. C’est un empilement de guitares métalliques en fusion mené avec brio par le maître qui marque le tempo. L’audience revient avec gourmandise quatre décennies en arrière…

    S’en suit un pêle-mêle de pièces extraites de toute l’épopée musicale que Fripp a menée avec tellement d’iventivité. On pensait le show tourné uniquement vers les premières œuvres du groupe mais la soirée a également abordé certaines morceaux des années 2000 co-écrites par Adrian Belew (Vroom, The ConstrucKction of Light) qui accompagna le groupe à la guitare et au chant avec brio de longues années dans la deuxième phase de sa vie et qui continue à tourner sur les Crimson ProjeKCt, sortes de déclinaisons à géométries variables du concept initial où la virtuosité l’emporte parfois sur l’inspiration. Fripp laisse aussi la place à des compositions de son trio de batteurs, des morceaux qui s’intègrent bien dans le show.

    Mais les spectateurs chavirent lorsque retentissent les hymnes Crimsoniens et que les couches de mellotron envahissent la cathédrale Olympia : Epitaph et cette confusion qui qualifie nos vies où la voix de Jakko Jakszyk porte bien cette si belle chanson ; Easy Money et ses riffs de guitares saturées ; In The Court of the Crimson Kings, l’hommage magnifique à une époque révolue ; et le final flamboyant sur 21st Century Schizoid Man, l’ode d’une génération : Death seed blind man’s greed/ Poets’ starving children bleed/ Nothing he’s got he really needs/ Twenty first century schizoid man.

    Et nous reviennent les mots de Pete Singfield, co-fondateur de King Crimson, producteur et paroliers des premiers albums : une poésie épique et douloureuse qui participa aussi à l’aspect fantasmagorique et révolutionnaire de la musique de King Crimson lorsqu’elle apparût, faisant des premiers albums du groupe de véritables OVNI dans le monde musical de cette époque.

    Picture in the City joué lors des deux concerts auxquels nous assistons marque ce décalage toujours ressenti d’une musique si extraordinairement contemporaine, le mélange des guitares et des saxophones, les voix étirées qui se superposent à l’infini, la montée du mugissement de guitare dans les aigus qui lance l’emballement général de tous les instruments vers une cacophonie si bien organisée :

    Concrete cold face cased in steel/ Stark sharp glass-eyed crack and peel/ Bright light scream beam brake and squeal/ Red white green white neon wheel.

     Dream flesh love chase perfumed skin/ Greased hand teeth hide tinseled sin/ Spice ice dance chance sickly grin/ Pasteboard time slot sweat and spin.

     Blind stick blind drunk cannot see/ Mouth dry tongue tied cannot speak/ Concrete dream flesh broken shell/ Lost soul lost trace lost in hell.

    On trouve dans l’œuvre de King Crimson à la fois les pièces émouvantes d’un répertoire romantique (Cadence and Cascade, Starless, I talk to the wind…) porté par des voix bouleversantes, mais aussi les créations annonciatrices du rock industriel où le déchaînement de l’électricité et le métal des guitares jouent dans la dissonance et le caractère obsessionnel de la musique répétitive. C’est l’illustration parfaite de ce rock qualifié de progressiste en ce qu’il a fait converger le rock et la musique contemporaine.

    Starless qui clôt les deux shows en est un parfait résumé. Un morceau de 20mn comme on en fait plus, véritable joyau que les deux guitaristes interprètent de façon magistrale, Fripp en développant cette petite ritournelle triste sur fond de méllotron qui entrecoupe le chant déchirant de Jakszyk, le même Jakszyk reprenant ensuite les commandes du morceau pour une longue injection de tension, note après note remontées sur le manche de sa guitare (décorée avec le dessin de In the Court…) avant un final démesuré et explosif où réapparaît la petite ritournelle reprise au méllotron dans le délire d’électricité, de boucles et d’aigus métalliques.

    La créativité exceptionnelle de Fripp explique la permanence de son influence à travers le temps. Cette reformation inattendue du groupe pour un retour sur son œuvre ressemble un peu à un adieu, comme le désir de ranimer celle-ci avant son dernier souffle. C’est du moins l’impression ressentie lorsque l’on voit le guitariste saluer la foule, les yeux plissés sous la lumière et avec toujours ce petit sourire énigmatique avant de disparaître en coulisses. Renaissance ou prestation finale, ces concerts furent bons à prendre, un nouveau moment partagé avec un musicien d’exception.

    20 septembre 2015 22 septembre 2015
    Larks’ Tongues In Aspic Part One (« La Marseillaise » snippet by Mel Collins)

    Red

    Suitable Grounds For The Blues

    Radical Action (To Unseat The Hold Of Monkey Mind)

    Meltdown

    Pictures Of A City

    The ConstruKction Of Light

    Hell Hounds Of Krim

    Level Five

    Epitaph

    Banshee Legs Bell Hassle

    Easy Money

    The Letters

    Sailor’s Tale

    One More Red Nightmare

    Starless

    Encore : Devil Dogs Of Tessellation Row

    The Court Of The Crimson King

    21st Century Schizoid Man

    Larks’ Tongues in Aspic, Part One (« La Marseillaise » snippet by Mel Collins)

    VROOOM

    Radical Action (To Unseat the Hold of Monkey Mind)

    Meltdown

    Hell Hounds of Krim

    Suitable Grounds for the Blues

    The ConstruKction of Light (instrumental part only)

    Interlude (Jakszyk plays 2nd flute)

    Pictures of a City

    Epitaph

    Banshee Legs Bell Hassle

    Easy Money

    The Letters

    Sailor’s Tale

    The Light of Day (Jakszyk, Fripp and Collins cover) (first time live in Europe)

    One More Red Nightmare

    Starless

    Encore : Devil Dogs Of Tessellation Row

    The Court of the Crimson King

    21st Century Schizoid Man

  • Ride – 2015/05/27 – Paris l’Olympia

    Ride_Brixton

    Le chroniqueur retrouve un vieux fan des Ride au concert revival de ce groupe dont il n’avait jamais entendu parler… Ces cavaliers du shoegaze sur le retour se produisent à l’Olympia ce soir : ils avaient disparu depuis le milieu des années 90’ après avoir animé ce mouvement particulier où à force de forcer sur les effets pour créer des murs de guitares distordues, les musiciens passent leur temps à regarder leurs pieds pour savoir sur quelle pédale d’effet appuyer…

    Cela fait longtemps qu’ils ne sortent plus de disque mais ce soir ils font salle comble pour jouer ce que les spécialistes nous explique être un patchwork de leur carrière, mêlant des mélodies poppy avec de longs instrumentaux bruitistes. Un peu nonchalants, bons instrumentistes, ils tiennent la scène. La colonie britannique de Paris, les fans de toujours et les nouveaux venus leur réservent un franc succès.

  • Sophie Hunger – 2015/05/19 – Paris la Cigale

    Sophie_Hunger_The-Rules

    Sophie Hunger présente son nouveau disque Supermoon ce soir à la Cigale : toujours désarmante et surprenante, et toujours autant de tendresse. Jupette et bas noirs, talons hauts, cheveux en couette, après avoir joué deux titres récents elle nous fait part dans son français hésitant de son émotion de savoir que nous ne « l’avons pas oubliée » et que nous restons curieux de la musique qui lui passe par la tête.

    Le groupe est étagé sur des estrades de différentes hauteurs entourant le piano à queue sur lequel elle joue plus souvent que par le passé : un claviériste-trompettiste, un bassiste, un batteur et un guitariste l’accompagnent, tous vêtus de noir. Un light-show dépouillé composé uniquement de faisceaux blancs, tout est concentré sur la musique et la voix de Sophie.

    Ambiance détendue et chaleureuse, les musiciens passent allègrement d’instruments aux autres, des cordes au vent, Sophie échange guitares électrique et acoustique, piano et harmonica, les morceaux s’enchaînent avec élégance, commentés de ci de là par leur auteur interprète plutôt bavarde ce soir dans son français hésitant de suisse allemande.

    Jazzy, bluesy, frenchy, la musique de Sophie Hunger a pris un peu de poigne cette année, moins tragique mais toujours tendre. Même la reprise de Noir Désir Le Vent nous portera jouée auparavant presqu’a capella avec une légère guitare acoustique est aujourd’hui électrisé.

    Sophie auteure-compositrice-chanteuse-multi-instrumentiste et chef de bande délivre une musique plus sereine mais toujours à fleur de peau. C’est un vrai plaisir de passer ces moments musicaux avec une artiste de cette trempe qui déborde d’énergie et de bonheur de jouer. Elle ne remplit pas des stades mais nous laisse entrer dans un monde tout en subtilité, humour, romantisme et tendresse : tout ce dont nous avons besoin, bien loin de la furie abrutissante d’une pensée formatée en 140 signes sur Tweeter. Sophie Hunger : une Superman Women comme elle le scande dans la chanson qui clôt le second rappel.

    Petite faute de goût, sur son dernier disque elle reprend La Chanson d’Hélène écrite par Jean-Loup Dabadie pour le film Les Choses de la Vie dans les années 70’, et elle est accompagnée par… Eric Cantonna, un fouteballeur sur le retour. Heureusement le pousseur de baballe n’était pas sur scène ce soir.

    Setlist : Supermoon/ Fathr/ Love Is Not the Answer/ Heharun/ Queen Drifter/ Shape/ Spaghetti mit Spinat/ Das Neue/ Le vent nous portera (Noir Désir cover)/ Mad Miles/ We Are the Living/ Take A Turn/ The Capitalist/

    Encore : Walzer Für Niemand/ The Age of Lavender/ Superman Woman

    Encore 2 : Craze/ 1983

    Encore 3 : Train People

  • Angus & Julia Stone – 2015/04/23 – Paris le Zénith

    Angus & Julia Stone – 2015/04/23 – Paris le Zénith

    Après leur merveilleux concert du Casino de Paris en décembre dernier Angus & Julia Stone sont de retour au Zénith ce soir avec toujours la même douceur pleine de romantisme dans la musique de cette fratrie australienne. Des mots simples sur des ballades folks, des voix un peu lassées, la musique post-hippie du XXIème siècle.

    Enfants d’un père musicien ils ont poursuivi sa passion, séparément puis réunis. Natifs de l’Australie le pays des grands espaces où la vie semble libre, ils incarnent le coté apaisé de leur ile-continent. Chevelus-barbus, les cinq musiciens masculins entourent Julia-pleine-de-grâce qui partage le micro avec son frère Angus. Trois guitares aériennes pour accompagner deux voix éthérées, une rythmique en fond et des nappes de clavier. Parfois Julia danse seule dans un coin de la scène, portée par cette musique charmante. Souvent elle sourit devant son micro sans que l’on ne sache bien si elle s’adresse au public ou si elle ne fait qu’exprimer sa félicité intérieure de créer et partager cette musique de cœur. Angus ferme les yeux en chantant et susurre ses textes dans sa barbe.

    Angus et Julia, un couple musical furieusement romantique et tellement bienvenu !

  • The Dandy Warhols – 2015/03/14 – Paris le Trianon

    Les Dandy Warhols à Paris ce soir pour une gig de nos cow-boys and girl de l’Oregon ; pas de nouveau disque à l’horizon, juste le plaisir de jouer une set-list classique devant un public de fervents habitués qui ne manqueraient pour rien au monde l’un des (fréquents) passage des Warhols à Paris.

    Une musique qui pulse, jouée par des pro de la scène garage depuis des années. Ils ont le cuir tanné par les petites salles du monde entier qu’ils chauffent de leurs rythmiques entraînantes et si magnifiquement efficace. Pas de fioriture ni de chichi, du Rock, juste du Rock : deux guitares (Courtney et Pete), une key- bass (Zia) et une batterie (Brent). Une unité scellée par des années de route et une dizaine de disques depuis leur création en 1993.

    Ces quatre-là sont les doigts d’une même main et il n’y a pas besoin de se poser longtemps la question pour savoir si l’on prend une place pour leur concert lorsqu’ils s’annoncent du côté de chez vous ! Ne boudons pas notre plaisir et lorsque retentissent les accords tressautants de Bohemian… ou le long déchirement de guitare de Godless le Trianon d’un seul homme se lance dans une danse effrénée et ondulatoire pour accompagner le chant goguenard de Courtney, sorte de Lucky-Luke dégingandé qui a remplacé Jolly-Jumper par une guitare.

    Et lorsqu’il faut changer les cordes de Pete, Zia nous annonce « I’m gonna pi’ » pendant que Courntey improvise sur Every day should be a holiday. Les Warhols font partie de la famille alors on partage tout avec eux. Ils dégainent un rock un peu désabusé teinté de ce blues qui lui donne son âme. Ils nous servent leur rock rugueux comme notre grand-mère faisait revenir la potée dans son faitout : succulent et qui tient au corps.

    Les vingt dernières minutes du show sont éblouissantes avec l’enchaînement de tous les morceaux que l’on vénère et le final sur Boys better avec les moulinets de circonstance de Brent sur sa guitare : Boys had better beware./ You could seem to color your hair./ Or on a wig, you already spent./ All the dough to cover your rent… Pas de surprise donc, mais que du plaisir.

    Setlist : Be-in / Crack cocaine rager / Get off / Something you got to get over / The last high / I love you / Everyone is totally insane / Down like disco / Rev Jim / Well they’re gone / Good morning / And then I dreamt of yes / Plan A / Every day should be a holiday / Holding me up / All the girls in London / We used to be friends / Horse pills / Bohemian like you / Godless / Pete international airport / Boys better

  • Fauve Paris – 2015/03/12 – Bataclan

    Fauve_Logo

    Fauve au Bataclan ce soir au milieu d’une série de concerts parisiens dans toutes les salles disponibles. Ca ressemble à un marathon urbain, ce n’est que Fauve délivrant ses mots à des adolescents en adoration. Ce groupe jeune fondé en 2010 rencontre un incroyable succès auprès d’un public qui a son âge : vingt ans et moins. Ils s’affichent comme un collectif d’une vingtaine de membres dont les cinq musiciens de scène (chant, guitare, basse, batterie et clavier) mais aussi des vidéastes, des comédiens et les techniciens. Ils ne souhaitent pas mettre en avant les personnalités et se réfugient derrière le relatif anonymat du groupe.

    Ils jouent dans des lumières à contre-jour, donnent des interviews dans donner leurs noms, tournent des vidéos floutées où l’on ne distingue pas leurs visages…

    Le chant, plutôt la récitation, est assuré par un gamin binoclard qui saute dans tous les sens comme une sauterelle dévidant ses textes dans une logorrhée vitale sur fond de rythmes de guitares et de claviers, répétitifs et mélancoliques.

    Ils sont mignons les Fauve : casquettes-baskets-capuches délivrant un rap poétique d’adolescents tourmentés par la découverte de la vie et des filles. En fond de scène un grand écran découpé en cinq bandes verticales passe des vidéos à base de mobylettes, de paysages urbains, de flous colorés et de leur logo sur fond rouge flamboyant, sorte de F réduit en hashtag en référence à Fauve, lui-même rappelant le film Les Nuits Fauves qui avait tant marqué la jeune génération Sida dans les années 90 et dont le groupe ressert cette vie traquée.

    Ils ont joué ce soir avec l’énergie du désespoir et toujours une lumière au bout du tunnel. Ils sont une sorte de Rimbaud bionique devant un parterre de gamins déchaînés.

    Ils sont touchants les Fauve :

    Pour essayer d’aider les miens de la bonne façon / d’agir selon des nobles fins / et un jour enfin donner tort à cette voix qui me répète :

    « Tu seras dominant ou noyé / écrasant ou écrasé / carnassier ou dispensable / gagnant ou donnée négligeable

    Tu seras semblable à tes semblables / comme tout le monde ou dégradable / plus malin ou trou du cul / tortionnaire ou corrompu

    Tu seras battu et silencieux / ou bien cruel mais victorieux / rigoureux ou inutile / féroce ou détail futile

    Tu seras ce qu’on te dit / tu discutes pas / ici-bas c’est comme ça

    T’as compris le jeu petit merdeux ? C’est la roulette / tu choisis pas »

    Ah ouais ? Tu crois ça ?

    Et bah écoute / je sais pas pour toi / mais pour moi / ce sera

    La tête haute / un poing sur la table / et l’autre en l’air / fais-moi confiance avant de finir six pieds sous terre

    J’aurai vécu tout ce qu’il y a à vivre et j’aurai fait tout ce que je peux faire

    Tenté tout ce qu’il y à tenter / et surtout j’aurais aimé.

    Ils sont sympas les Fauve.

     

  • alt-J – 2015/02/04 – Paris le Zénith

    Alt-J_This_Is_All_Yoursalt-J au Zénith ce soir : on les avait découvert à Rock-en-Seine 2013 après la sortie de leur premier album An awesome wave, les revoici en France pour la sortie de This is all yours.

    Une musique ciselée et subtile caractérise ce groupe si jeune et intello. Quatre musiciens de Leeds qui se sont rencontrés à l’université où ils étudiaient la littérature et les beaux-arts. Macinstoch (d’où leur nom et le symbole du triangle), guitare et inspiration leur permirent rapidement de réussir dans le petit monde du rock indé. Des prestations scéniques dépouillées firent le reste pour les mettre en haut de l’affiche. A peine reconnu l’un des membres du groupe les quitte pour être remplacé. Si le chanteur guitariste Joe Newman et claviériste Gus Unger-Hamilton semblent les inspirateurs de la musique, le groupe se présente en tant que collectif sur scène où ils jouent en ligne face au public.

    Les couleurs impressionnistes de la couverture du dernier disque animent le light-show très dépouillé du concert. Nos quatre musiciens déploient leur œuvre avec délicatesse et fluidité. C’est un instant hors du temps porté par la voix haut perchée de Joe, parfois mal articulée mais qui s’ajoute comme le cinquième instrument de ce quatuor. Joe et Gus chantent souvent en duo délivrant des harmonies presque grégoriennes. Les notes des deux guitares très pures et très hautes sont accompagnées de couches de clavier discrètes et bien placées, le tout rythmé par une batterie sophistiquée.

    Les mots sont originaux : des chansons sur la mort de Capa en Indochine (Taro), sur la violence en référence au Leon (Matilda) de Luc Besson, sur l’amour… des phrases parfois étranges comme cette musique qui les porte haut, très haut, dans les limbes de nos rêves musicaux.

    alt-J un groupe inattendu et original, chantre d’une élégance dépouillée au cœur d’un monde d’excès et de vulgarité. alt-J une musique très pure et innovante créée par un quatuor de charme.

    Setlist : 1. Hunger of the Pine/ 2. Fitzpleasure/ 3. Something Good/ 4. Left Hand Free/ 5. Dissolve Me/ 6. Matilda/ 7. Bloodflood/ 8. Bloodflood Pt. 2/ 9. Leon/ 10. ❦ (Ripe & Ruin)/ 11. Tessellate/ 12. Every Other Freckle/ 13. Taro/ 14. Warm Foothills/ 15. The Gospel of John Hurt
    Encore : 16. Lovely Day (Bill Withers cover)/ 17. Nara/ 18. Leaving Nara/ 19. Breezeblocks

  • Laetitia Shériff – 2014/12/17 – Paris le Nouveau Casino

    Laetitia_Sheriff_2014

    Après une longue période en solo Laetitia Shériff présente un nouveau groupe et un nouveau disque Pandemonium, Solace and Stars. Le trio (2 guitares et batterie) assure la première partie de Bikini Machine.

    Elle est sympa Laetitia, et pugnace. Elle ne doit pas avoir une vie très facile mais elle s’accroche à la musique avec toute sa foi, de concerts en banlieue à des premières parties dans de petites salles parisiennes. Quelques jours avant ce concert le groupe s’est fait dérober tout son matériel et ses instruments sur un parking d’hôtel à Evry. Ainsi va la vie de galère des artisans-musiciens… mais parfois aussi le Dieu des guitaristes jette un œil sur la planète (peut-être même aussi la police)… et tout ce matériel a été récupéré un mois plus tard.

    Bref, tout est rentré dans l’ordre pour ce mini-concert ce soir et l’énergie retrouvée de la musique en groupe. Le nouveau guitariste Thomas Poli est jeune et brillant. La batterie de Nicolas Courret  ajoute l’énergie qui manquait un peu aux prestations solo de ces dernières années. Et le groupe déploie ses nouvelles compositions.

    Un disque sympathique, comme son auteure qui diffuse toujours la même joie de jouer sur scène. C’est du rock, un peu lancinant, plutôt moderne, excitant et bien envoyé. Ça fleure bon l’urbanité déshumanisée et ça envoie quelques éclairs d’un génie déchaîné sur de longs instrumentaux très rocks à deux guitares, mais aussi quelques larmes de tendresse : Be strong, you’re not alone/ Can’t you realise all the things you’ve done/ Minds make noise since you’re gone…

    Après le vol de leurs instruments, Laetitia avait écrit sur son site web : « Nous n’arrêterons jamais ! » C’est aussi pour cela qu’on l’aime et qu’on la soutient, outre sa musique que l’on adore. Laetitia est une vraie rockeuse.

  • Angus & Julia Stone – 2014/12/09 – Casino de Paris

    Angus & Julia Stone – 2014/12/09 – Casino de Paris

    Angus & Julia Stone : une vague de douceur et de romantisme nous a emportés ce soir au Casino de Paris ! La fratrie australienne accompagnée d’une bande de musiciens chevelus et barbus, moitié cow-boys, moitié hippies nous vient des mers du Sud et fleure bon la maison bleue sur la colline de San Francisco dans les années 60’, mais ne boudons pas notre plaisir.

    Angus et Julia sont chacun chanteur-guitariste-auteur-compositeur, ont mené des carrières solo avant de se retrouver depuis trois albums. L’avant-dernier Down The Way est illustré de photos de famille sépia au hasard des paysages démesurés de leur pays-continent, le dernier disque montre nos deux musiciens assis au coucher du soleil face aux lumières floues d’une ville sans fin. Le ton est donné et l’atmosphère de leur musique est résumée par ces images.

    Angus & Julia Stone, un duo de chanteurs folks, émouvants et complices, qui se passent le relais du chant et des guitares mais qui ne sont jamais aussi magnifiques que lorsqu’ils chantent ensemble, elle avec voix polissonne aux intonations parfois un peu nasillardes, lui dans les graves avec une articulation des mots à peine prononcée, une voix fatiguée, comme revenue de tout. Elle est élégante et joue (bien) de la guitare et de la trompette avec ongles vernis et talons hauts, il est débraillé avec un look de bucheron, cachant ses cheveux filasse sous un bonnet de laine.

    Le fond de scène est transformé en ciel intergalactique bleu sombre sur lequel brillent des étoiles. Les lumières sont tamisées, le groupe se complait dans une obscurité rassurante qui laisse flotter leur musique douce dans l’atmosphère. Tout n’est que grâce et délicatesse pour cette soirée musicale qui coule sur les spectateurs comme la mélodie du bonheur.

    Après l’intro dynamique de Heartbreak le groupe alterne entre électricité et acoustique, elle ou lui, elle et lui. Parfois elle danse, solitaire, en ombres et lumières derrière les amplis, toute à sa musique dans ses propres nuages. Le groupe de chevelus chapeautés qui les entoure fait plus que bien son travail en accompagnant discrètement et efficacement nos deux héros. Ils jouent leur répertoire, sans surprise ni aspérité, mais en déployant cette douceur qui est leur marque de fabrique et donne envie de profiter des petits choses qui enluminent la vie de tous les jours. Il y a de l’ampleur dans cette musique qui ne néglige pas quelques envolées rythmiques et électriques avant de revenir sur le ton plus raffiné de la ballade. Un concert des Stone c’est un feu de bois un soir d’été au cœur du bush avec ses amis, rien de spécial, juste un peu de poésie qui passe.

    Angus & Julia Stone (2014)

    Sur le rappel Santa Monica Dream, que Julia joue et chante sur le devant de la scène, une histoire triste d’amour et de rupture, elle pleure en terminant cette complainte : I’m somewhere, you’re somewhere/ I’m nowhere, you’re nowhere/ I’m somewhere, you’re somewhere/ I could go there but I don’t…/ Goodby to my Santa Monica dream/ Fifteen kids in the backyard drinking wine/ You tell me stories of the sea/ And the ones you left behind…

    Julia en Angus s’étreignent longuement avant de quitter les Casino sur la pointe des pieds et de laisser l’assistance toute à son émotion et son ravissement. C’était juste un peu de grâce dans un monde sauvage.

    Setlist : A Heartbreak/ Main Street/ For You/ Crash & Burn/ Private Lawns/ Big Jet Plane/ You’re the One That I Want 
(John Travolta & Olivia Newton-John cover)/ Draw Your Swords/ The Wedding Song/ Yellow Brick Road/ Heart Beats Slow/
    Encore : And the Boys/ Santa Monica Dream

  • The Specials – Paris Bataclan – 30 novembre 2014

    The_Specials

    The Specials… le retour au Bataclan ! On se souvient de ces groupes en noir-et-blanc qui ont animé la scène ska des années 80’, mouvement musical importé de la Jamaïque et assaisonné à la sauce londonienne : UB40, Madness, The Selecter et les bien nés The Specials. Du reggae blanchi au harnais de la créativité musicale de cette fin de XXème siècle : punk, new wave, zouk, reggae, cold wave, etc. Bob Marley est leur héros commun sur fond de contestation de la ségrégation raciale qui fait encore des ravages des deux côtés de l’Atlantique. Leur engagement politique et leur goût de la fringue feront le reste et leur succès.

    Le premier disque des Specials est produit par Elvis Costello ce qui est plutôt un bon départ ! Il est illustré de ces damiers noirs et blancs qui seront l’image de ce groupe jouant sur sa mixité musicale et ethnique. Deux-trois autres albums suivront, plusieurs séparations et reformations, pour aboutir à cette nouvelle tournée qui passe par Paris.

    Cuivres joyeux, cordes féminines, guitares tressautantes, chœurs entraînants, percussions dynamiques, costards bien mis, look impeccable, les Specials allument le Bataclan et font le show ce soir. Terry Hall le chanteur blanc et Lynval Golding l’irremplaçable guitariste-rythmique et chanteur se passent le devant de la scène pour animer un spectacle de haute qualité et de grande nostalgie. 30 ans plus tard c’est un vrai bain de jouvence ! L’énergie du ska transporte une assistance habillée en noir-et-blanc de circonstance, transpirant sur les rythmes de cette musique post-punk animée d’un incommensurable enthousiasme. Une génération de quinqua (bien passée) se retourne sur son passé militant abandonné en cours de route. Heureusement il reste le bonheur de cette musique engagée mais joyeuse.

    Set-list : Ghost Town/ Friday Night, Saturday Morning/ Do Nothing/ International Jet Set/ Stereotype/ Man at C&A/ Rat Race/ Hey Little Rich Girl/ Blank Expression/ It’s Up to You/ Why?/ Doesn’t Make It Alright/ Nite Klub/ (Dawning of a) New Era/ Do the Dog (Rufus Thomas cover)/ Gangsters/ Monkey Man (Toots & The Maytals cover)/ Concrete Jungle/ A Message to You, Rudy (Dandy Livingstone cover)/ Little Bitch/ Too Much Too Young

    Encore : Guns of Navarone (The Skatalites cover)/ Enjoy Yourself (It’s Later Than You Think) (Tommy Dorsey & His Orchestra cover)/ You’re Wondering Now (The Skatalites cover)

  • Bryan Ferry – 2014/11/21 – Paris Palais des Sports

    Brian_Ferry_2014_b

    Ahhhhhhhhhhhhhhhhh ! Bryan Ferry ce soir au Palais des Sports : comment tant d’élégance, de fidélité et de tact dans un monde où tout n’est que chaos et vulgarité ? Son dernier disque Avonmore est un joyau où se croisent ses amis musiciens au hasard des morceaux : Johnny Marr (The Smiths), Niles Rodgers (Chic, à la guitare rythmique si caractéristique), Marcus Miller (bassiste jazzy hors catégorie), Mark Knopfler (Dire Straits), son fils Tara à la batterie, l’ineffable Fonzi Thornton aux chœurs et d’autres encore. La couverture est composée d’une photo noir et blanc de l’artiste lorsqu’il devait avoir dans les 20 ans. Il en a aujourd’hui presque 70 et ce retour sur sa jeunesse donne lieu une œuvre mélancolique, à l’écriture et la composition brillantes, chantée avec une voix brumeuse et éthérée que l’on avait entraperçue sur As time goes by, superbe disque de reprises des classiques de jazz qui ont bercé sa formation musicale.

    Il entre sur scène, aminci, vêtu d’un impeccable smoking dont la veste noire est imprimée de motifs floraux-cachemire, d’un raffinement tellement… Bryan Ferry. Le groupe est étagé sur la scène avec le clavier, une dynamique batteuse et une sax/clavier en hauteur ; deux choristes, deux guitaristes et un bassiste plus bas. La mixité est toujours assurée sur les shows de Ferry.

    Le concert démarre sur Re-make/Re-model qui nous ramène aux années Roxy Music, celles qui après tout ont forgé notre artiste… et notre jeunesse. La set list est parfaite, mélangeant les époques, nos souvenirs et l’actualité brillante d’Avonmore qui sera introduite lors du cinquième morceau avec Driving Me Wild à la rythmique obsédante. Evidemment la légendaire guitare rythmique de Niles Rodgers présente sur le disque n’est pas tout à fait égalée sur scène mais les duettistes guitaristes tiennent leur rôle mieux que bien, celui sur le devant, vêtu punky tout en noir de pieds en cap, couvre-chef compris, se fend même de quelques solos bien appuyés.

    Sur l’instrumental Tara, Bryan sort en coulisses pour revêtir un costume velours bleu-gris sur chemise foncée et le voilà reparti sur ce chef d’œuvre très peu joué sur scène que représente Take A Chance With Me : Heaven knows, I believe/ Won’t you take a chance with me/ Sometimes I get so blue/ People say I’m just a fool/ All the world, even you/ Should learn to love the way I do// I was blind, can’t you see/ Through the long lonely night/ Heaven knows, I believe/ You can take a chance with me…

    Seul au piano Ferry chante une bouleversante version de More than This laissant s’exprimer cette voix qui se bonifie avec le temps et semble de plus en plus irréelle, comme désincarnée, mais tellement humaine et si bien contrôlée. Il atteint un stade que l’on pense ultime de perfection, fruit de ces quatre décennies de carrière et de représentations sur toutes les scènes du monde. Cette évolution vers une musique et un chant plus intériorisés est sans doute aussi celle d’un parcours personnel qui le mène à l’orée de ses 70 ans, une période de la vie où l’on se consacre à l’essentiel plutôt qu’aux fanfreluches du glam-rock dont Roxy Music et Ferry furent les hérauts en leur temps.

    Passent ensuite l’excitant Loop de Li puis Avalon, Casanova… Bryan Ferry laisse le devant de la scène tour à tour à chacun de ses musiciens, la saxophoniste plutôt menue que l’on connaît depuis plusieurs tournées (habillée généralement soit un minishort soit en combinaison ultra-moulante, option 2 pour ce soir) souffle dans ses instruments à vent comme si elle avait un coffre de cantatrice fait le spectacle plus souvent qu’à son tour ; incorrigible Bryan…

    Ferry marque le rythme de son habituel frappement du poing droit dans sa paume gauche, il salue son public à la fin des morceaux en une révérence démarrée avec un grand moulinet de bras. Et il termine son concert d’exception une écharpe bleue enroulée autour du coup pour siffloter le si célèbre final de Jealous Guy qu’il a chanté les yeux fermés et clôt cette prestation de rêve avec un rappel unique : Virginia Plan.

    Au-delà de cette gestuelle maintenant classique il semble mettre une distance grandissante avec son public dans sa façon d’être et les thèmes nostalgiques de ses chansons : I’m a soldier of fortune/ An ambassador of pain/ I had the world on a string/ Then I threw it all away… Il s’élève dans les sphères hors de portée de sa musique et de ses pensées. Ne serait-ce le bonheur du concerts on ressent presque de la tristesse à vivre cet éloignement.

    Bryan Ferry nous a rejoué ce soir le catalogue de 40 ans de musique et de bonheur, un catalogue qui est aussi celui de notre vie qui passe.

    Setlist : Re-Make/Re-Model (Roxy Music song)/ Kiss and Tell/ Slave to Love/ Ladytron (Roxy Music song)/ If There Is Something (Roxy Music song)/ Driving Me Wild/ Stronger Through the Years (Roxy Music song)/ Loop de Li/ Reason or Rhyme/ Tara (Roxy Music song)/ Take a Chance with Me (Roxy Music song)/ Don’t Think Twice, It’s All Right (Bob Dylan cover)/ More Than This (Roxy Music song)/ Avalon (Roxy Music song)/ Casanova (Roxy Music song)/ Love Is the Drug (Roxy Music song)/ Let’s Stick Together (Wilbert Harrison cover)/ Jealous Guy (John Lennon cover)/ Virginia Plain (Roxy Music song)

    Warm up : Juliette Armanet

  • Llyod Cole – 2014/11/15 – Paris Gaîté Lyrique

    Llyod_Cole_02

    Lloyd Cole nous fait l’amitié de venir chanter ce soir à la Gaîté Lyrique comme il en a pris l’habitude tous les deux ou trois ans. Il débarque seul avec ses deux guitares et un cahier de partitions posé sur un chevalet qu’il consulte fort peu d’ailleurs.

    Cheveux gris, il porte beau ses 55 printemps, habillé avec négligence, rasé d’il y a quelques jours, il est notre troubadour de passage, notre charmeur britannique qui ne se lasse pas de nous ravir avec sa voix de velours sur ses compositions délicates.

    Après ses années électriques avec The Commotions dans les 80’, le garçon continue d’assurer une production musicale régulière, un peu folkeuse, un peu électrique, c’est selon. Ses tournées sont fidèles, acoustiques et le plus souvent solitaires. Mais en 2010 il jouait avec son small ensemble de deux guitaristes acoustiques nous délivrant tous à trois un sommet de poésie. Il était à La Maroquinerie l’an passé pour nous présenter Standards, un retour vers le rock, alors cette année il nous rend juste une visite de courtoisie pour entretenir le souvenir de sa musique douce et sa voix mélancolique.

    Plein d’humour britannique il fait un peu dans l’autodérision entre ses chansons, taquine un excité de l’aïe-phone qui le filme en contrechamp du pied de la scène et en le menaçant de ses foudres s’il publie son double-menton sur YouTube.

    Mais surtout il chante ses compositions en s’accompagnant de sa guitare dont il joue avec dextérité. Il fait infuser tant de romantisme et de souvenirs dans l’âme des quinquas qui se pressent à chacune de ses venues à Paris. Il nous sert bien entendu quelques classiques réinterprétés solo, ce soir nous aurons les larmes aux yeux sur Jennifer : Jennifer we can’t go wrong let’s do it right now/  Maybe you were a little hasty/ But they say love is blind/ Now her name on you/ Jennifer in blue/ Jeeeenifer in blue…

    Il a accompagné le parcours des post punks qui ont maintenant, avec lui, l’âge de raison. Il écrit cette musique charmante, la joue, aligne les tournées, maintient un site web intéressant (https://www.lloydcole.com) sur lequel il blogue régulièrement, explique ses projets, développe ses archives, bref, du rocker au crooner il reste un musicien dédié corps et âme à son art, pour notre plus grand bonheur.

    Lloyd en 2015

    Lloyd and The Commotions en 1987

  • Metronomy – 2014/11/01 – Paris le Palais des Sports

    Les Metronomy sont au Palais des Sports ce soir avec leur pop tressautante et entêtante. Un groupe de quatre britanniques mené par Joseph Mount, multi-instrumentaliste, chanteur et auteur-compositeur, avec Anna Prior batterie et chant, Oscar Cash multi-instrumentiste et Olugbenga Adelekan, bassiste et animateur scénique ! Pour la tournée ils sont renforcés par un cinquième compère.

    La scène est léchée et proprette sur fond de nuages roses, on dirait une pièce montée pour un mariage. Les musiciens sont tous habillés à l’identique : costume crème sur chemise foncée. Olugbbenga, portrait craché de Patrice Lumumba, fait le spectacle. Joseph avec sa guitare accrochée très haut pose sa voix nasillarde sur ses musiques, Anna placée en hauteur et au milieu de la scène fait les chœurs derrière ses fûts et les deux autres assurent derrière claviers, guitares et micros.

    La musique, souvent instrumentale, coule comme un torrent au milieu des rochers, agrémentée de petites ritournelles de clavier qui lancent les morceaux en nous ramenant aux années 80’. Le groupe est agile et malin, l’ambiance est dansante et détendue, quelques chansons nostalgiques calment une assistance un peu midinette. Boules à facettes et guirlandes clignotantes ajoutent la touche kitsch de circonstance.

    Metronomy, un groupe sympa et formaté poppy-FM qui nous fait passer une soirée gentillette, pourquoi bouder son plaisir ?

    Setlist : 1. Holiday/ 2. Radio Ladio/ 3. Love Letters/ 4. Everything Goes My Way/ 5. The Look/ 6. I’m Aquarius/ 7. Reservoir/ 8. She Wants/ 9. Side 2/ 10. Corinne/ 11. The Upsetter/ 12. Heartbreaker/ 13. Boy Racers/ 14. Month of Sundays/ 15. The Bay/

    Encore : 16. Love Underlined/ 17. You Could Easily Have Me

  • Yann Tiersen – 2014/10/27 – Paris Olympia

    Yann Tiersen, en concert à l’Olympia pour la sortie de son dernier disque : Infinity dont le bleuté de la couverture provient sans doute de l’Islande qui fut l’une des sources d’influence de ce disque mais pourrait aussi évoquer l’Atlantique à Ouessant où l’artiste breton a enregistré nombre de ses albums.

    Un groupe de multi-instrumentistes accompagné de deux choristes, des tonalités étranges, des accents inconnus, des origines celtes (et des Iles Féroé pour cet album), des instruments originaux, des langues nouvelles, c’est la musique du grand large qui débarque à l’Olympia ce soir.

    Toujours mystérieux Yann dirige le concert sans un mot, ajoutant les xylophones sur des paroles en islandais, de l’ukulélé sur des textes parlés en breton ou des guitares douze cordes sur un anglais plus classique, délivrant avec brio des solos introspectifs au violon ou au piano. Les morceaux joués sur scène s’étirent en longueur se transformant progressivement en montée d’adrénaline soigneusement orchestrées.

    Cette musique est une longue mélopée, sombre et sophistiquée, qui explose parfois en tempête. C’est la musique des grands vents de l’Atlantique qui souffle le froid sur les têtes mais réchauffe les âmes par la précision et l’originalité de sa construction. Yann Tiersen, de formation classique, a développé une œuvre plutôt inclassable, elle est symphonique et régionale, progressiste et appliquée, elle est l’inspiration originale d’un artiste qui mène sa barque loin des modes et jamais très loin de la puissance de l’Océan.

    Setlist : 1. Meteorites/ 2. Slippery Stones/ 3. Ar maen bihan/ 4. A Midsummer Evening/ 5. Palestine/ 6. Dark Stuff/ 7. La Dispute/ 8. La Crise/ 9. Steinn/ 10. In Our Minds/ 11. Chapter 19/ 12. Rue des cascades/ 13. Grønjørð/ 14. The Gutter/ 15. The Crossing/ 16. Vanishing Point/ 17. Lights/

    Encore : 18. La Longue Route/ 19. Sur le fil/ 20. Till the End

    Encore 2 : 21. Le Quartier/ 22. Ashes

  • London Grammar – 2014/10/22 – Paris le Palais des Sports

    London Grammar au Palais des Sports ce soir : musique glaçante et dépouillée dans la lignée de XX ou d’Agnes Obel, mais avec la puissance vocale d’Hannah Reid en plus. Cette musique est dans l’air du temps. C’est un peu le retour de la cold wave, The Cure revisité par l’électronique et une voix féminine, et tout de même un peu moins d’inspiration mais ils en sont à leur premier disque.

    Trois musiciens londoniens, jeunes, tellement jeunes : un guitariste (Dan Rothman), un batteur multi-instrumentistes passant de ses caisses aux claviers (Dominic « Dot » Major) et Hannah au chant (et parfois au piano droit). Pour cette tournée une section de cordes les accompagne, installée en hauteur au fond de la scène du Palais.

    L’éclairage est minimaliste tout en lumière bleutée et feutrée. Un mur de panneaux lumineux clignote parfois au fond interrompu de temps à autres par des faisceaux lumineux étroits striant la scène.

    Un peu patauds sur scène ils se cachent derrière leur musique : des ritournelles de piano et de guitare dans les aigus, qui enrobent la voix d’Hannah, une voix douce et puissante, un peu plate, avec très peu de vibrato et pas mal de réverbération, une voix qui est la marque du groupe avec la mélancolie qui baigne l’atmosphère générale des mots et des notes. Elle vocalise parfois jusqu’en des trilles improbables tout en parcourant la scène d’une marche lente. Elle donne vie à cette musique plutôt sans aspérité.

    Hannah écrit les textes, à l’image de la musique composée par les garçons. Des histoires de solitude, d’hiver, de chemins vides comme sur Wasting My Young Years : You crossed this line/ Do you find it hard to sit with me tonight?/ I’ve walked these miles but I’ve walked ’em straight lined/ You’ll never know what was like to be fine/ I’m wasting my young years/ It doesn’t matter if…/ I’m chasing old ideas/ It doesn’t matter if…

    Un concert sympathique pour un groupe qui doit maintenant confirmer ce premier essai plutôt réussi.

    Set-list : 1. Hey Now (Extended Intro)/ 2. Darling Are You Gonna Leave Me/ 3. Interlude/ 4. Shyer/ 5. Wasting My Young Years/ 6. Flickers (Extended Version with… more)/ 7. Sights/ 8. Stay Awake/ 9. Nightcall (Kavinsky cover)/ 10. Strong

    Encore : 11. Metal & Dust

    Live Paris – 4 chansons

  • Selah Sue – 2014/10/13 – Paris la Gaîté Lyrique

    Selah-Sue

    Après son passage sur la grande scène de Rock en Seine en août dernier, revoici Selah Sue pour quelque chose de plus intimiste à la Gaîté Lyrique mais tout aussi fantastique. Habillée de noir avec ses cheveux blonds en choucroute verticale, la chanteuse belge est montée sur ressorts et branchée sur piles. Un sourire ravageur, une voix à la Billy Holliday, des mimiques de rappeur de banlieue et une élégance toute féminine, elle déroule un concert charmant et dynamique. D’une jeunesse touchante mais d’une aisance redoutable, entourée par une bande de musiciens sympathiques et efficaces, Selah déploie l’incroyable faculté musicale de sa voix soul/jazz devant une assistance aux anges.

    Elle est aussi déchaînée dans les morceaux rappés qu’émouvante sur les chansons douces qu’elle joue seule à la guitare (et avec talent). Elle vocalise comme si elle était sous sa douche, monte dans les aigus avec une voix légèrement enrouée, délivre des vibratos de légende, maîtrise une diction parfaite sur les textes ragga et mène son concert avec force et bonheur.

    Selah Sue se glisse dans le moule de la musique soul-rap avec délice, tressaute sur ses rythmes syncopés et nous emporte sur ses vibrations magiques :

    The rhythm is magic, and it gets me up, again and again/ I feel like I’m flying, it lifts me up, again and again/ Do you know what it can do to you? Crazy vibes/ You must know what it can do to you, crazy vibes/ ’Cause today oh,/ I’ll show ya/ I’ll blow ya mind/ Oh until the vibes go crazy/ The vibes go crazy/ ’Cause today oh/ Crazy vibes.

    [

  • Agnes Obel – 2014/10/05 – Paris l’Olympia

    Agnes-Obel
    Agnes Obel est une artiste danoise chanteuse-compositrice-pianiste, sorte d’OVNI croisant aux alentours de la planète pop sans jamais vraiment y atterrir, gardant toujours un œil sur Debussy et John Cale pour délivrer une musique à la beauté répétitive et délicate.

    Un déluge de cheveux blonds torsadés sur un tailleur noir, accompagnée d’un trio à cordes à l’élégance aussi discrète que scandinave, Agnes alterne entre un piano à queue et un clavier sonorisé. Elle chante en jouant des deux instruments une musique très pure, très simple, très triste, très belle. Une inspiration classique, un accompagnement sur un mode répétitif pour une voix délicate.

    Le fond de la scène est composé d’une espèce de papier aluminium froissé qui sera éclairé de lumières chaudes tout au long du show lui donnant parfois une allure d’aquarium. Etrange, comme le reste…

    Le piano est léger, évanescent et dynamique, les mesures montent et descendent dans les aigües, les cordes assurent les basses et la voix se pose dans cet écrin comme un murmure chaud et mélancolique.

    L’ensemble donne une idée de pureté musicale comme rarement entendue. Agnes reconnaît dans ses influences Erik Satie, Portishead et Björk, on ne saurait mieux dire. Ses mots sont aussi intimistes que ses notes : Do you want me on your mind or do you want me to go on/ I might be yours as sure as I can say/ Be gone be faraway/ Roses on parade, they follow you around/ Upon your shore as sure as I can say/ Be gone be faraway/ Like fuel to fire.

    Le résultat est un équilibre fragile maintenu sur le fil de la beauté pure et envoutante par cette musicienne d’inspiration quasiment divine. Quel talent pour une musicienne d’à peine 30 ans !

  • Blonde Redhead – 2014/09/22 – Paris le Trianon

    Blonde_Redhead_Barragan-a

    Les Blonde Redhead sortent un neuvième album, Barragán, qu’ils présentent ce soir au Trianon. Les trois artistes sortent des coulisses pour entamer l’instrumental Barragán introduisant le show, comme le disque. Kazu porte une jupette blanche, des bottes d’indien apache, jouant la partie de flute sur son synthé délicatement posé sur les arpèges ciselées d’Amadeo. Nous baignons dans une douce pénombre, déjà envoûtés par l’atmosphère romantique de cette nouvelle étape musicale du groupe new-yorkais.

    Des guitares sophistiquées, une rythmique moderne et la voix de Kazu toujours sublime et brumeuse qui nous emporte vers les nuages à grand renfort d’échos électroniques, la recette est toujours efficace, appliquée aujourd’hui à une musique plus posée et introvertie. L’ancien Falling Man nous ramène aux grandes envolées guitaristiques des Blonde d’antan, Kazu à la basse ; annonçant l’excellent et nouveau Mind to be Had et son obsédante ritournelle de clavier jouée par une Kazu  dansant dans un déluge de cheveux balancés à tout va et perdue dans ses pensées, sur laquelle Amadeo place ses notes aigües de guitare et son chant étiré jusqu’à la déchirure :  I never wanted your life/ You needed so you were mine/ I never let you be mine/ All I want to be in you mind…

    Dans la grâce et l’élégance, ce trio soudé mène son chemin musical qui enchante un Trianon enthousiaste. Ils jouent de la musique ensemble depuis vingt ans, et mène leur barque a priori sans trop de compromission. On les imagine vivre dans la plus parfaite entente artistique mais qui sait ce que réserve le processus créatif en termes de conflits ? Le résultat musical de cette collaboration parle de beauté, de nostalgie et d’émotion, tellement bien synthétisé dans le final Seven Two que Kazu chante délicatement, coiffée d’un chapeau melon : You stare an abyss,/ and the abyss stares back at you.

    Set list : 1. Barragán/ 2. Lady M/ 3. Falling Man/ 4. Hated Because of Great Qualities/ 5. Love or Prison/ 6. Mind to Be Had/ 7. No More Honey/ 8. Spring and by Summer Fall/ 9. Melody/ 10. Dripping/ 11. Melody of Certain Three

    Encore : 12. The One I Love/ 13. Defeatist Anthem (Harry and I)/ 14. 23

    Encore 2 : 15. Equus/ 16. Seven Two

  • Molly Johnson – 2014/09/17 – Paris le New Morning

    Molly_Johnson_20140917

    Molly Johnson à Paris, chanteuse métisse noire-canadienne, tout en voix et en charme, et en trio avec un pianiste et un contrebassiste. Châle blanc sur robe noir, une fleur blanche dans les cheveux, et nous voilà partis pour un voyage de délices. Son dernier album Because of Billie, reprises de Holiday, doit paraître dans les prochains jours. Un peu lassée d’être comparée à l’américaine, elle explique qu’elle est ce qu’elle est à cause de son égérie mais pas sur terre pour la remplacer. Ce disque est un hommage et une prise de pouvoir.

    Quelle plaisir de se laisser porter par la voix langoureuse de Molly et la rythmique chaloupée de ses deux acolytes. On plane doucement sur ces sonorités soul et jazzy. Ne serait-ce l’inconfort des chaises, on aimerait se laisser couler dans de grands fauteuils de velours rouge de part et d’autre d’un âtre où crépiteraient les bûches alors que dehors tomberait la neige du grand nord canadien.

    La révolte noire de Billie Holiday a été passée à l’adoucisseur de Molly. Les temps ont changé grâce au combat méritoire de la génération précédente, l’heure est à la musique apaisée même si l’engagement reste fort. L’artiste mène ses activités philanthropiques en parallèle à sa carrière.

    Qu’elle chante Billie Holiday ou ses propres compositions, tout n’est que nostalgie et beauté dans cette voix si remarquable. On en oublierait facilement les misères du monde et de nos vies mais le tragique de Billie reprend rapidement le dessus : My days have grown so lonely/ For you I cry, for you dear only/ Why haven’t you seen it/ I’m all for you body and soul [Body and Soul – BH]

    Molly Johnson a joué pour la première fois au New Morning en 2003, plus de dix ans plus tard elle rencontre toujours le même succès d’estime dans les petites salles parisiennes : une voix cajoleuse, une artiste enjôleuse, une soirée délicieuse. A bientôt l’artiste !

  • Massive Attack – 2014 – Festival de Carcassonne & Paris la Fête de l’Humanité

    Massive Attack – 2014 – Festival de Carcassonne & Paris la Fête de l’Humanité

    Le Festival de Carcassonne égaye cet été avec une sympathique programmation de théâtre, de danse et de musique, répartie entre le On (payant) dans le théâtre Jean Deschamps de la ville fortifiée, et le Off (gratuit) dans la vieille ville de Carcassonne. La musique nous emmène de Don Govianni à Elton John, Etienne Daho, Franz Ferdinand… et Massive Attack ce soir.

    Formation habituelle, concert déjà vu et entendu, on ne se lasse que rarement des Massive Attack même si on attend un peu de renouveau dans le show. Ah, si, une innovation : John Baggott, clavier n’était pas là ! Du coup Daddy G et 3D passent un de temps assis derrière des machines, le son est un peu plus dur sans les nappes de claviers habituelles.

    Confortablement installés dans le superbe décor de ce théâtre de plein air au cœur des remparts de la cité historique Carcassonne, on se laisse enivrer par la musique des musiciens de Bristol, leaders de ce courant trip-hop qui berce notre imaginaire et sa mélancolie depuis les années 90s. Les messages politiques un peu désuets continuent de défiler sur les écrans de diodes du fond de scène, les Massive Attack restent un groupe engagé et le font savoir.

    On a déjà vu tout ceci ? Mais qu’importe… pourvu qu’on ait l’ivresse ! Et la fascination est toujours bien présente devant ce spectacle halluciné des rythmes et des lumières dans lequel se fondent chanteurs,  chanteuses et instrumentistes pour faire battre le tempo de notre temps décadent mais jouissif. Les guitares cinglantes, les basses vrombissantes qui font vibrer no artères, le feulement des voix passées par mille canaux électroniques avant d’atteindre nos oreilles, et l’atmosphère crépusculaire de cette musique venue d’ailleurs :

    Incandescent light at doors/ In adolescent menopause/ In little clicks you got the music stops/ The needle sticks and the penny drops/ The summer’s gone before you know/ The muffled drums of relentless flow/ You’re looking at stars that give you Vertigo/ The sun’s still burning and dust will blow/ Honey scars I’ll keep you near/ Our blood is gold nothing to fear/  We killed the time and I love you dear/ A kiss of wine we’ll disappear/ The last of the last particles/ Divisible invisible/ The last of the last particles/ Divisible invisible

    Pas de clavier donc pas de final sur l’incroyable montée en tension de Atlas Air chanson construite autour d’une petite ritournelle de synthé se transformant progressivement en déluge de grandes orgues, dommage…

    Le lendemain sur le off on découvre Cats on Trees sur une petite place en centre-ville ombragée par les platanes et animée par les tables de bistrot : un couple, lui à la batterie elle aux chant et claviers accompagnés par un ensemble de cordes, des mélodies sucrées sur une orchestration sympathique et une voix chaude, un excellent after !

    On aime les Massive Attack dans la chaleur de Carcassonne en juillet, et on les adore dans le froid militant de la Fête de l’Humanité en septembre. Car ils sont revenus en France en cette fin d’été morose, cette fois-ci pour un véritable acte militant aux côtés du Parti communiste qui les honore (sic) de cette invitation. Mais le militant communiste à la Courneuve est bien moins attentif que le bobo de Carcassonne, alors ça discute pendant le concert, ça picole, ça va et ça vient, ça rigole bruyamment dans une joyeuse ambiance de camaraderie et de merguez. Mais qu’importe pourvu qu’on ait l’ivresse…

    Deux concerts de Massive Attack dans l’été, l’année musicale est complète d’autant plus qu’elle s’enrichit d’un show de Portishead au festival Rock en Seine. Ecouter le trip-hop de Bristol et puis mourir : The last of the last particles/ Divisible invisible !

    Fête de l’Huma/ 1. Battlebox 001/ 2. United Snakes/ 3. Risingson/ 4. Paradise Circus/ 5. Girl I Love You/ 6. Psyche/ 7. Future Proof/ 8. Teardrop/ 9. Angel/ 10. Jupiter/ 11. Inertia Creeps/ 12. Safe From Harm

    Encore : 13. Incantations/ 14. Splitting the Atom/ 15. Unfinished Sympathy