Catégorie : Kronic concerts-rock

  • Beck – 2014/09/11 – Paris le Zénith

    Beck_Morning-Phase

    Beck, le petit angelot blond californien continue son chemin musical qui passe ce soir par Paris après la sortie de son dernier CD Morning Phase.

    Habillé sobrement, jean et veste noire sur chemise rouge, et son éternel chapeau, sur des cheveux courts cette année. Le garçon passe plutôt anonymement, mais quand il s’empare de guitare et micro c’est une autre histoire…

    Créateur habile et original, mixant un grand nombre d’influences musicales, il surprend à chaque disque et on apprécie. L’atmosphère du moment est un peu bruitiste, misant plus sur les cassures que sur l’harmonie, sur les rythmes que sur les notes, les dissonances plutôt que la grâce. Mais le tout est enlevé et dynamique, marqué par les déhanchements du jeune homme qui donne de sa personne sans compter, arpentant la scène de long en large. Le concert est mené avec énergie par un Beck plus souvent en train de déambuler au micro pour mener la danse que sur le manche de sa guitare dont il est pourtant un virtuose.

    Il termine dans un déluge sonore en cernant la scène du ruban jaune de la police américaine « Crime Scene » pour revenir y présenter ses musiciens qui parodient Miss You et Billie Jean sur leurs instruments. A la fin du show on ne sait pas bien comment qualifier ce que l’on vient de voir : rap musical, hip-hop urbain, électro psychédélique…, du Beck tout simplement et son redoutable cocktail d’énergie et d’inventivité.

    Beck au Zénith ce soir : l’homme et son groupe sont toujours aussi déjantés, mixant une musique joyeuse et sophistiquée, pop, hip-hop, folk, rape, guitares grinçantes et rythmique azimutée !

    Warmup : The Ghost of a Saber Tooth Tiger (le groupe de Sea Lennon)

    Set list : 1. Devil’s Haircut/ 2. Black Tambourine/ 3. Loser Play/ 4. The New Pollution/ 5. Blue Moon/ 6. Gamma Ray/ 7. Hell Yes/ 8. Think I’m in Love/ 9. Tropicalia/ 10. Soul of a Man/ 11. One Foot in the Grave/ 12. Get Real Paid/ 13. Lost Cause/ 14. Unforgiven/ 15. Heart Is a Drum/ 16. Paper Tiger/ 17. Wave/ 18. Waking Light/ 19. Girl/ 20. Timebomb/ 21. E-Pro Play

    Encore: 22. Sexx Laws/ 23. Debra/ 24. Where It’s At (with band introduction & Snippets (Miss You, Axel F and Billie Jean)

  • Festival Rock en Seine – 2014/08/22>24 – Paris Parc de Saint-Cloud

    Festival Rock en Seine – 2014/08/22>24 – Paris Parc de Saint-Cloud

    Artic Monkeys

    Revoilà les Artic Monkey pour la première soirée de l’édition 2014 de Rock en Seine. C’est le groupe qu’il faut pour terminer en beauté cette journée de lancement et insuffler au festival l’énergie du succès. Les beaux gosses de Sheffield font du travail de précision et délivrent le rock urgent d’un Clash ressuscité. Outre ses déhanchements torrides, Alex Turner est un redoutable auteur-guitariste-chanteur dont la voix porte sur les grandes foules avec des mots simples et sociaux, et un charisme qui fait frémir les jeunes filles.

    De vrais professionnels du rock qui enflamment un stade en moins de temps qu’il n’en faut pour gominer une mèche rebelle ! Ils n’ont pas déçu.

    Setlist : 1. Do I Wanna Know?/ 2. Brianstorm/ 3. Dancing Shoes (With « Money Maker » by The Black Keys snippet)/ 4. Arabella (Extended)/ 5. Don’t Sit Down ‘Cause I’ve Moved Your Chair/ 6. Teddy Picker/ 7. Crying Lightning/ 8. Knee Socks (Extended outro)/ 9. My Propeller/ 10. I Bet You Look Good on the Dancefloor/ 11. Library Pictures/ 12. Old Yellow Bricks/ 13. One for the Road (Extended Intro)/ 14. No. 1 Party Anthem/ 15. Why’d You Only Call Me When You’re High? (Extended Intro)/ 16. Fluorescent Adolescent/ 17. I Wanna Be Yours (Extended outro)
    Encore : 18. Snap Out of It (Extended Intro)/ 19. When the Sun Goes Down (2014 debut)/ 20. R U Mine? (Extended outro)

    Artic Monkey -> Les Photos de Roberto

    Samedi 23 août 2014

    The Ghost Of A Saber Tooth Tiger

    Alliance inattendue entre Sean Lennon (le fiston musicien), guitariste-chanteur et Charlotte quelque chose, ex-mannequin recyclée à la basse. Les deux tourtereaux produisent un rock psychédélique du meilleur effet. Sean a la tête de son père quand il chantait peace & love dans un lit avec Yoko, cheveux longs et barbe au vent. Il se révèle un guitariste de talent et un compositeur inspiré.

    The Ghost Of A Saber Tooth Tiger -> Les photos de Roberto

    Portishead

    Ce show de Third nous l’avons tous vu déjà trois ou quatre fois mais à chaque apparition de Beth et ses garçons c’est toujours le même coup de poignard dans le cœur infligé par ce groupe d’exception qui diffuse sa sinistrose avec parcimonie sur la scène rock et via ses disques plutôt rares, trois à ce jour en vingt années de carrière.

    Le charisme de sa chanteuse Beth Gibbons est pour beaucoup dans le succès de Portishead et elle porte le projet musical de ce groupe avec une sensibilité à fleur de peau. Sa voix fluette n’est que douleur et si émotion et musique peuvent rimer, l’expérience d’un concert de Portishead (le nom d’une petite ville britannique du Somerset près de Bristol) en apporte la preuve convaincante.

    Bercés au courant trip-hop de Bristol (Massive Attack, Morcheeba, Tricky…) ces musiciens en déclinent une version bouleversante et subtile. Ce soir Beth ne quittera pas sa parka kaki à capuche dans la froidure de la soirée, accrochée à son micro, tendue vers la foule qui boit littéralement ses mots de souffrance. Très sérieusement encadrée par les musiciens d’immense talent dont Geoff Barrow, claviers et machines, l’un des fondateurs du groupe, et Adrian Utley, arrivé plus tard, un immense guitariste qui prouvera encore ce soir son talent.

    La set-list est classique, le groupe n’a que trois disques et donc pas un choix infini de chansons. Elles dégagent toutes l’âme des Portishead : un mix d’électronique et d’émotion. La froideur des machines juxtaposée à l’humanité de la voix de la chanteuse.

    Ce soir Portishead a une nouvelle fois submergé des spectateurs déjà conquis, dont le chroniqueur collé au premier rang sous la grande scène.

    Setlist : 1. Silence/ 2. Mysterons/ 3. The Rip/ 4. Sour Times/ 5. Cowboys/ 6. Wandering Star/ 7. Machine Gun/ 8. Over/ 9. Glory Box/ 10. Chase the Tear/ 11. Threads/ Encore : 12. Roads/ 13. We Carry On

    Portishead -> Les photos de Roberto

    Dimanche 25 août 2013

    Selah Sue

    Une magnifique découverte que cette chanteuse belge, soul et bluesy, à la voix incroyable et entraînante. La Miss déborde d’enthousiasme et affiche un sourire ravageur, il faut la voir et l’entendre rapper en talons hauts sur Raggamuffin, un must plutôt décapant. Compositrice de talent, coiffée d’une choucroute blonde, elle renverse la table d’une vague de fraîcheur. Cette Billy Holiday blanche chante avec un naturel désarmant, joue de la guitare avec encore plus de spontanéité. Le plus incroyable est qu’elle soit née à Louvain et non pas dans les champs de coton de l’Alabama…

    Lana del Rey

    Attendue comme l’héroïne toutes catégories de la soirée Lana del Rey fait une entrée magistrale en talons aiguille et petite jupette rose avec gros nœud dans le dos. Américaine jusqu’au bout des ongles, une longue dégoulinade de cheveux bruns sur les épaules, qu’elle passe beaucoup de temps à recoiffer, un visage froid comme sa musique, une voix puissante comme son marketing, mais pas beaucoup de feeling. On a un peu l’impression d’une cannette de Coca-Cola : sucrée, cool et pétillante, mais vite oubliée.

    A la fin du show elle descend dans l’arène communiquer avec ses fans qui sont nombreux et plutôt jeunes, selfies en rafale, l’un d’eux lui tend une clope dont elle marquera le filtre de ses lèvres roses. Elle fait le job, ses musiciens se fatiguent et quittent la scène avant qu’elle n’y soit remontée.

    Queens of the Stone Age

    Les papes du hard-rock blueseux font le final du festival mais fatiguent le chroniqueur qui les abandonne à leur sort au bout de vingt minutes.


    120 000 spectateurs sur cinq scènes réparties sur le parc de Saint-Cloud, peu de pluie, pour sa douzième édition le festival rock parisien affiche un succès complet.

  • Portishead – 2014/08/23 – Paris Parc de Saint-Cloud

    Portishead – 2014/08/23 – Paris Parc de Saint-Cloud

    Ce show de Third nous l’avons tous vu déjà trois ou quatre fois mais à chaque apparition de Beth et ses garçons c’est toujours le même coup de poignard dans le cœur infligé par ce groupe d’exception qui diffuse sa sinistrose avec parcimonie sur la scène rock et via ses disques plutôt rares, trois à ce jour en vingt années de carrière.

    Le charisme de sa chanteuse Beth Gibbons est pour beaucoup dans le succès de Portishead et elle porte le projet musical de ce groupe avec une sensibilité à fleur de peau. Sa voix fluette n’est que douleur et si  émotion et musique peuvent rimer, l’expérience d’un concert de Portishead (le nom d’une petite ville britannique du Somerset près de Bristol) en apporte la preuve convaincante.

    Bercés au courant trip-hop de Bristol (Massive Attack, Morcheeba, Tricky…) ces musiciens en déclinent une version bouleversante et subtile. Ce soir Beth ne quittera pas sa parka kaki à capuche dans la froidure de la soirée, accrochée à son micro, tendue vers la foule qui boit littéralement ses mots de souffrance. Très sérieusement encadrée par les musiciens d’immense talent dont Geoff Barrow, claviers et machines, l’un des fondateurs du groupe, et Adrian Utley, arrivé plus tard, un immense guitariste qui prouvera encore ce soir son talent.

    La set-list est classique, le groupe n’a que trois disques et donc pas un choix infini de chansons. Elles dégagent toutes l’âme des Portishead : un mix d’électronique et d’émotion. La froideur des machines juxtaposée à l’humanité de la voix de la chanteuse.

    Ce soir Portishead a une nouvelle fois submergé des spectateurs déjà conquis, dont le chroniqueur collé au premier rang sous la grande scène.

    Setlist : 1. Silence/ 2. Mysterons/ 3. The Rip/ 4. Sour Times/ 5. Cowboys/ 6. Wandering Star/ 7. Machine Gun/ 8. Over/ 9. Glory Box/ 10. Chase the Tear/ 11. Threads/ Encore : 12. Roads/ 13. We Carry On

  • Shannon Wright – 2014/07/17 – Paris le Nouveau Casino

    © Magali Boyer

    Shannon Wright toujours fidèle à sa musique tourne en France après la sortie de don dixième album : In Film Sound en 2013, ce soir au Nouveau Casino dans le cadre du Colors Music Estival.

    Habillée de ses incontournables jeans et basket, noyée sous ses cheveux roux, dévouée à sa guitare elle est accompagnée d’un bassiste et d’un batteur, mais c’est elle qui tient le devant de la scène. Le concert est sombre et percutant. La guitare claque des accords répétitifs sur lesquels Shannon place sa voix et des mots, pas toujours très gais, sur le monde qui nous entoure. Parfois monte la colère et les six cordes produisent un déluge sonore qui semble échapper à son contrôle, son chant se transforme en cri et on la dirait accrochée à une guitare folle.

    Quelques moments de répit lorsqu’elle s’installe au piano pour jouer Bleed :

    Won’t somebody/ Come and shade/ This bleeding heart/ It’s so helpless/ And out of shape/ Oh, this heart// So I’ll wait/ I’ll wait for you…

    avant de revenir à la violence de l’électricité.

    Shannon Wright traîne son inspiration indé sur les (petites) scènes du monde Rock ‘n’ Roll qui n’ont pas encore trop compromis avec la face commerciale de ce business. Vicious Circle est la modeste boutique (française) de production qui arrive encore à aider ces musiciens underground à créer et à survivre. Elle a tourné des années aux Etats-Unis, jouant dans des motels déserts, couchant dans un van. Elle a pensé abandonner la route et la musique, puis elle est revenue vers cette vie, sans doute sans trop d’alternatives possibles. Ce n’est probablement pas l’audience du Nouveau Casino qui va lui permettre de gagner son année, mais au moins a-t-elle encore un réceptacle où exposer son art.

    Elle vit recluse en Caroline du Nord avec son fils qu’elle élève seule. On pourrait vouloir la classer dans la catégorie des artistes maudits sauf qu’à la sortie de ses concerts on sait combien la musique donne un sens à sa vie, il n’est que de la voir nous saluer avec reconnaissance, avant de s’éclipser, pour s’en convaincre. Par sa hargne et sa volonté, elle éclaire notre quotidien, elle nous démontre une fois encore que de la noirceur peut sortir un art majeur.

    Shannon Wright, une artiste méconnue et sous-estimée.

    Warm up : MellaNoiseScape

  • Etienne Daho – 2014/07/05 – Paris la Cité de la Musique

    Et revoici Etienne Daho de retour sur scène au Festival Days Off de la Cité de la Musique. Son dernier disque Les Chansons de l’Innocence Retrouvée est sorti fin 2013, la tournée de promotion prévue début 2014 a été reportée à la fin de cette année pour raison de santé du bonhomme qui, semble-t-il, a connu des heures difficiles sur une table d’opération. Pour faire patienter son monde, il fait trois concerts en ce début d’été : l’intégrale de Pop Satori le 1er juillet, Pop Hits ce soir et Tombé pour le France à la salle Pleyel le 8 juillet où il recevra de nombreux amis musiciens.

    Ils entrent sur scène tous vêtus de noir et lunettes foncées sauf le claviériste en blouson banc et entame le thème de Pop Satory, Daho est sur le devant entre deux caisses sur lesquelles il frappe en rythme. Son costume noir est relevé d’une collerette couleur bordeaux, lui donnant un petit air clergyman plutôt bien porté…

    On le sent pétrifié de trac comme à son habitude et d’ailleurs il rate l’intro des Attractions désastre, arrête ses musiciens pour reprendre ce texte récité : M’avez-vous déjà vu quelque part ?/ Rafraîchissez-vous donc la mémoire/ Extasié devant une toile de Witsen/ A Rome, Londres ou Rennes/ Vous m’appeliez Etienne/ Cherchant le magicien et sa dose/ New York, Café Reggio, je suppose…/ En plein cœur de l’ivresse/ Au milieu du chaos/ Accoudé à un bar, vous m’appeliez… Daho !

    Il introduit Edith Fambuena qui vient renforcer le groupe sur Saudade. En 1990 ils étaient à New York pour enregistrer Paris Ailleurs avec Nile Rodgers, qui fit défaut. Edith traînait par-là, et elle joua sur l’une des meilleures réalisations d’Etienne. Ce soir avec quatre guitaristes cette version de Saudade claque au vent et emporte le concert vers plein de joie.

    Le show a été baptisé Pop Hits alors la set-list est un concentré des étapes musicales de Daho, qui furent aussi les nôtres, au moins pour certaines. Ce n’est qu’au milieu du concert qu’il jette ses lunettes noires et poursuit cette soirée musicale avec sa bande de musicos soudée et efficace. Les morceaux coulent naturellement sur un public qui se laisse dériver avec plaisir sur les chansons de sa jeunesse. Et puis lorsque la nostalgie pousse par trop à l’introspection les riffs d’Epaule Tatoo enflamment l’atmosphère, la rythmique obsédante de Tombé pour la France pulse dans l’air surchauffé. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, Daho est un vrai musicien de scène qui sait monter un show et diriger un groupe.

    Jean-Louis Piérot (le pendant d’Edith Fambuena dans les Valentins) monte sur scène pour le rappel des Chansons de l’innocence retrouvée après le toujours émouvant Ouverture.

    Daho, on l’adore ! Il est timide avec ses airs de quinqua qui ne sait pas vieillir, ses rimes ne sont pas toujours très riches mais sa musique est douce à l’oreille et au cœur, des ritournelles adolescentes que l’on se surprend à encore écouter avec émotion trente années après leur création…

    Il sait mettre en rock de qui aurait pu rester de la variété ne serait-ce ses inspirations swinging London. Daho est fidèle en musique avec ses fans, ses potes musiciens et ceux qui l’inspirent. Et d’ailleurs Debby Harry susurre Call Me sur L’étrangère dans son dernier disque. Jean-Louis Piérot, un autre vieux compagnon de route (le pendant d’Edith Fambuena dans les Valentins) monte sur scène pour le rappel des Chansons de l’innocence retrouvée.

    Après être entré sur scène avec un « …cela faisait si longtemps » il nous quitte confondu en remerciements, comme rassuré d’avoir tenu la distance. Tout le monde est aux anges.

    Setlist : Satori Pop Century/ Des attractions désastre/ L’Homme qui marche/ Saudade/ En surface/ Le Grand Sommeil/ Soleil de minuit/ L’Invitation/ Des Heures Hindoues/ L’adorer/ Tombé pour la France/ Sortir Ce Soir/ Comme un boomerang/ Le Premier Jour/ Epaule Tatoo/ La Peau dure

    Encore : Ouverture/ Les Chansons de l’innocence (Diskönoir extended)

    Encore 2 : Bleu comme toi

  • The Rolling Stones – 2014/06/13 – Paris le Stade de France

    2014 on Fire

    Les Rolling Stones sont de retour à Paris ce soir pour un concert propre et de bon goût au Stade de France. Les places sont parties vite, le marché secondaire est resté actif, donc abordable pour les retardataires dont votre chroniqueur-serviteur. Joyeuse ambiance multi-générationnelle, comme d’habitude. On se presse avec vers sa place avec son verre de bière siglé Rolling Stones on Fire, et éventuellement quelques autres produits dérivés généreusement commercialisés par ce groupe de légende.

    Une première partie britannique, The Struts, qui nous fait gentiment attendre les héros. Selfies, sandwichs, Kronenbourg et papote animent une assistance pas très attentive à ce warm-up sympathique.

    C’est sur Jumpin’ que les Stones entrent en scène : Mick, bras écartés, chemise mauve-veste verte, Keith chemise turquoise-blouson noir à broderies blanches-bandana rasta-écharpe bleue, Ron en rouge et orange, Charlie en T-shirt bleu ; et c’est parti pour une nouvelle soirée avec ces rockeurs décidément infatigables.

    A l’issue de cette ouverture, Mick nous gratifie d’un « Ca va les filles… », déclenchant le hourvari féminin que l’on imagine, avant de reprendre en fanfare You Got Me Rocking et It’s Only R’n’R. Puis la nuit tombe doucement et l’on reprend ses esprits avec la mélancolique ballade Wild Horses :

    I know I’ve dreamed you a sin and a lie/ I have my freedom but I don’t have much time/ Faith has been broken tears must be cried/ Let’s do some living after we die/ Wild horses couldn’t drag me away/ Wild, wild horses we’ll ride them some day… Wild, wild horses reprennent ensemble Keith, Mick et Lisa (toujours de la partie).

    Après les deux morceaux de Keith, belle surprise, Mick Taylor déboule sur Midnight Rambler qu’il agrémente d’un long solo de guitare, bluesy à souhait, rappelant aux jeunes l’immense guitariste qu’il est toujours après un passage de quelques années dans le groupe.

    Encore une surprise pour le rappel qui s’ouvre non pas su Satisfaction mais sur You Can’t Always Get What You Want par un chœur de jeunes filles (qui se dandinent en rythme avec Lisa) repris par le Stade de France sentant sa fin arriver.

    Et puis Keith lance Satisfaction, rejoint par Mick Taylor et chanté par Mick Jagger vêtue d’une longue queue de pie mauve, avant le classique feu d’artifice final.

    C’était un nouveau concert des Rolling Stones.

    Moins de gigantisme, pas de B-stage, peu de course hystérique à travers la scène immense, une set-list classique et bien emballée, le modèle pour grand stade plein de fans de tous âges, les Stones sont devenus presqu’aussi sages que nous, même s’ils restent bien plus jeunes.

    Setlist : Jumpin’ Jack Flash/ You Got Me Rocking/ It’s Only Rock ‘n’ Roll (But I Like It)/ Tumbling Dice/ Wild Horses/ Doom and Gloom/ Bitch/ (by request) Out of Control/ Honky Tonk Women/ You Got the Silver (Keith Richards on lead vocals)/ Can’t Be Seen (Keith Richards on lead vocals)/ Midnight Rambler (with Mick Taylor)/ Miss You/ Gimme Shelter / Start Me Up/ Sympathy for the Devil/ Brown Sugar

    Encore : You Can’t Always Get What You Want (with Choir Ensemble Vocal Allegri)/ (I Can’t Get No) Satisfaction (with Mick Taylor)

  • Graham Parker & the Rumours – 2014/06/12 – Paris la Cigale

    Graham Parker a adoré se produire solo au New Morning en septembre dernier alors il revient à Paris, et avec The Rumour cette fois-ci. C’est le groupe avec lequel il a vécu ses meilleurs moments musicaux. Séparés à la fin des années 80’, certains membres du groupe continuèrent à collaborer de ci de là sur les albums solos de Graham, mais le chœur n’y était plus vraiment. Ces albums connurent un relatif succès, surtout auprès des fans de la première heure qui n’ont jamais oublié le sommet que fut et reste dans leur discothèque Squeezing out Sparks.

    Alors lorsque parvint aux oreilles des fans la rumeur de la reformation de Graham Parker & The Rumour, pour un disque et peut-être une tournée, la folie s’empara de ces quinquas-sexas dont certains n’avaient jamais vu la Rumeur sur scène ! La tournée fut d’abord limitée au Royaume-Uni, noblesse oblige, puis élargie à la Cigale ce soir. Ouf !

    Et voici notre petite bande de joyeux papys à peine rouillés qui débarquent et entament le show sur Fool’s Gold devant un public… assis dans des fauteuils, la Cigale est effectivement en configuration seniors. Graham porte un pull et veste beige clair, comme sa guitare acoustique, ses guitaristes Brinsley Schwarz et Martin Belmont sont en chemises hawaïennes.

    La setlist contient du neuf et du vieux, mais que du bon. White Honey, Howlin’ Wind : Swing time is here children, for large and small/ Let’s dance before the fever is upon us all/ Yeah it’s a strange religion, without any god/ The preacher walks with innocence spares the rod/ And I know a howlin’ wind runs through here blowin’ every day/ Yeah a howlin’ wind runs through here takes my breath away…

    Et puis Lady Doctor, Stick to Me…  un vrai bonheur pour tout le monde et y compris pour les musiciens qui s’activent : des guitares agiles, un orgue envoutant et balancé, des rythmes animés et cette voix rocailleuse si particulière de Graham posant le tout.

    N’y tenant plus au milieu du show, les quinquas-sexas se rassemblent au premier rang au pied de la scène pour se trémousser au souvenir de leurs belles années.

    Parker introduit le rappel seul avec You can’t be too strong, une émouvante chanson sur l’avortement, puis Passion is not ordinary word, Don’task me question et Soul shoes.

    Evidemment tout ceci fait peu faire un peu daté mais c’est l’honneur de Graham Parker de continuer à jouer pour notre plus grande joie. C’est la musique d’une époque, celle du post-punk, celle du commencement de la désindustrialisation et du chômage de masse dans nos contrées de la vieille Europe, celle de la désillusion occidentale que Parker et sa bande ont ponctué de virgules musicales. Ces concerts des 70-80’ étaient parfois violents, il pouvait y avoir de la castagne, les temps étaient hargneux. L’un de leur disque live s’appelle d’ailleurs : The Parkerilla, tout un symbole !

    Le plus incompréhensible est que ce groupe et son leader n’aient jamais vraiment dépassé le succès d’estime auprès d’un public spécialisé. Un peu à la façon de Springsteen ils ont chanté la vie des vrais gens avec leur poésie urbaine et un feeling musical touchant.

    Graham Parker & The Rumour : nous y étions ce soir !

  • Arcade Fire – 2014/06/03 – Paris le Zénith

    Arcade Fire nous offre ce soir un concert gigantesque au Zénith après la sortie de son double CD Reflektor, qui assoit définitivement ce groupe dans la catégorie des très grands. La scène est uniformément blanche, le groupe renforcé par une section cuivre et un duo de percussionnistes, il y a des instruments partout sur plusieurs étages. Costumes bigarrés et musiciens joyeux, mélodies et paroles brillantes, profusion d’imagination et de créativité, rythmes endiablés, c’est la magie du Rock ‘n’ Roll dévalant du nouveau monde !

    Win vêtu d’un pantalon bleu marine parsemé de yeux de Bouddha, tel la stupa d’un temple népalais, et une veste cuivrée, Regine en robe à paillettes et gants roses laissant pendre  aux poignets de longs rubans de même couleur. Le reste du groupe est chamarré, courant déjà en tous sens sur Reflektor joué pour lancer un concert déjà volcanique. Rythmique saccadée, électronique en renfort, une voix portée aux nues, Regine dansant comme une diablesse, Win moulinant sa guitare debout sur les enceintes, le reste de la bande tressautant comme branché sur le courant alternatif ; laissez-vous porter par la vague Arcade Fire !

    Un immense écran en fond de scène diffuse des images parfois aussi folles que cette musique. Des mobiles descendent du plafond puis y remontent, suivis par des jeux de miroirs. La scène est un immense capharnaüm au service d’une musique jubilatoire.

    Reflektor, la chanson, est suivie de Flashbulb Eyes, deux morceaux du dernier disque, puis retour à Funeral avec un diabolique enchaînement de Neighborhood #3 (Power Out) et Rebellion (Lies)… Le public est déjà debout depuis l’entrée des artistes, y restera jusqu’à leur départ, et reprend sans fin les Lies-Lies–Ouh-ouh-ouh… de Rebellion. Quelle énergie, quel enthousiasme, quelle richesse musicale, et ce dès les premières minutes d’un concert d’anthologie.

    Le rythme se calme un peu avec The Suburbs joué au piano par Win, Regine à la batterie et les violons lancinants de cette ballade triste sur des ados de la banlieue, à Toronto ou ailleurs : You always seemed so sure/ That one day we’d be fighting/ In a suburban war/ Your part of town against mine/ I saw you standing on the opposite shore/ But by the time the first bombs fell/ We were already bored/ We were already, already bored/ Sometimes I can’t believe it/ I’m movin’ past the feeling…

    Et le concert se poursuit dans une débauche d’électricité et ce désarmant naturel avec lequel joue cette bande de potes-musiciens, soudés par leur art et une joie de vivre, qui transforme les notes en or liquide, et un public parisien en une foule extatique et déchaînée. Ils sont comme ça nos canadiens, ils abattent l’ouvrage comme les arbres dans les forêts du grand Nord, comme les iceberg dans la baie du Saint-Laurent, rien ne résiste à leur extraordinaire enthousiasme, la musique fusionne les multiples instruments avec les voix, les rythmes agitent les corps et donnent le cap ; mais jusqu’où iront-ils ?

    Une B-stage est dévoilée pour le rappel sur laquelle se trémoussent deux danseurs grimmés en Daft Punk pendant que le groupe joue Get Lucky des… Daft Punk. Le final sur un divin et inoubliable Wake Up, des canons explosent, couvrant le Zénith de confettis pendant que sur scène défilent des danseurs la tête couverte d’énormes masque en carton-pâte les grimant en personnages de contes de fée. Un final éblouissant pour un concert d’anthologie.

    Setlist : 1. Reflektor/ 2. Flashbulb Eyes/ 3. Neighborhood #3 (Power Out)/ 4. Rebellion (Lies)/ 5. Joan of Arc/ 6. Rococo/ 7. Month of May/ 8. The Suburbs/ 9. The Suburbs (Continued)/ 10. Ready to Start/ 11. Neighborhood #1 (Tunnels)/ 12. Ocean of Noise/ 13. My Body Is a Cage (alternate shortened version)/ 14. We Exist/ 15. No Cars Go/ 16. Haïti/ 17. Afterlife/ 18. It’s Never Over (Oh Orpheus) (Régine on B-stage)/19. Sprawl II (Mountains Beyond Mountains) (‘Damian Taylor Remix’ intro)

    Encore: Get Lucky (Daft Punk song) (Paft Dunk on B-stage)/ 20. Normal Person/ 21. Controversy (Prince cover)/ 22. Here Comes the Night Time/ 23. Wake Up

    Et le chroniqueur passa le début du show à l’infirmerie près de l’entrée des artistes du Zénith pour y accompagner un camarade blessé, l’occasion de faire papote avec un personnel de santé dévoué et sympathique, et d’assister depuis le conteneur infirmerie au lancement de Reflektor, un véritablement tremblement de terre faisant vibrer tout l’environnement. Impressionnant et peut-être un peu trop fort tout de même…

    Le camarade claudiquant a été bien soigné !

  • Prince – 2014/06/01 – Paris le Zénith

    Prince and the 3RD-Eyes-Girl pour deux concerts presqu’improvisés au Zénith, le premier à 18h, le second à 21h : un must ! Le chroniqueur chanceux ira aux deux et en ressortira un peu submergé par le funk.

    Il faut dire que ces shows valent le déplacement et que le héros de la soirée est vraiment et définitivement un génie de la guitare. Accompagné de ses redoutables amazones Prince entre en scène vêtu d’un ensemble chasuble-pantalon couleurs pastels, coiffé afro à la Angela Davis, une guitare multicolore flamboyante. Derrière lui une batteuse blonde (Ida Nielsen), une guitariste punky (Donna Grantis), côté gauche du crâne intégralement rasé et longue natte côté droit, talons compensés et cuir noir, une Mad-Max de la 6 cordes, et enfin une bassiste les cheveux plaqués par un anneau frontal style squaw (Hannah Welton-Ford).

    Le groupe démarre Let’s Go Crazy et le Zénith s’enflamme. Prince  fait le spectacle, tressaute, appelle son public et se déchaîne sur ses cordes avec une incroyable dextérité et un naturel à faire se jeter dans la Seine tous les apprentis guitaristes. Le son est puissant et l’atmosphère électrique. Il repose parfois sa guitare et c’est pour s’en donner encore plus à cœur joie, dansant comme monté sur ressorts. Une voix qu’il emmène presqu’aussi haut que sa guitare, s’autorisant des cris stridents pour relancer le public.

    Pour les non spécialistes tout ceci frise le chaos mais un chaos jouissif. Le funk est ainsi, un affolement général des sens porté à son paroxysme. Il y a de l’improvisation c’est sûr, et l’on voit les girls attentives aux singeries du Maître pour ne pas rater une reprise ou un final. Elégamment il leur laisse tour à tour le devant de la scène. Mais il y a surtout une ligne directrice déroulée par l’homme de l’art qui n’est jamais meilleur que lorsqu’il cumule guitare et micro laissant pantois ses admirateurs qui se demandent comment ce petit paquet de nerfs peut générer une telle énergie.

    Cela tourne parfois un peu à la démonstration de cirque mais il faut laisser parler le musicien. Purple Rain vient bien sûr clôturer le premier show. Il sera repris au piano lors du second concert à la fin du premier rappel, lui-même suivi encore suivi de trois nouveaux rappels ! Il fallait bien sûr être présent pour les deux shows.

    Prince and the 3RD-Eyes-Girl: une expérience à ne pas manquer même si le funk ne vous motive que modérément.

  • Nine Inch Nails – 2014/05/29 – Paris le Zénith

    Les Nine Inch Nails sont à Paris pour un show au Zénith et la présentation du dernier album : Hesitation Marks. Trent Reznor continue à mener ses musiciens et son public sur le chemin sophistiqué d’un rock industriel, bruitiste et technoïde. Après des errements discographiques divers et intéressants comme le récent Ghosts, presque serein avec ses sonates électroniques, nous voici revenu sur du plus classique avec Hesitation Marks dont David Lynch a signé l’une des vidéos (Came Back Haunted).

    Débardeur et gros muscles, Trent lance le show avec Me, I’m Not puis Copy of A extrait du dernier disque. Les rythmes sont oppressants avec plus de machines que d’instruments : I am just a copy of a copy of a copy/ Everything I say has come before/ Assembled into something into something into something/ I am never certain anymore/ I am just a shadow of a shadow of a shadow/ Always trying to catch up with myself/ I am just an echo of an echo of an echo/ Listening to someone’s cry for help…

    Déjà des éclairages blancs crus stroboscopent le fond de la scène uniformément noir et affolent nos rétines. Lorsqu’arrivent des guitares c’est pour servir des notes graves et répétitives ou des éruptions insensées de cordes martyrisées dans les aigus sur lesquelles les hurlements de Reznor achèvent de composer ce magma musical.

    Accroché à son pied de micro Reznor le secoue sur les rythmes saccadés de sa versification, marquant les ruptures en brandissant les bras vers le ciel, puis alternant avec clavier ou guitare. Vers le milieu du show se dévoile l’immense écran faisant la largeur de la scène (déjà vu à Rock en Seine 2013) sur lequel diffuseront d’étranges images, parfaitement raccord avec la musique, des collisions intergalactiques, des ondes de liquide amniotique ; parfois l’écran se scindent en cinq rectangles sur lesquels se placent les musiciens devant d’infinies variations style Vasarely. L’écran est translucide et le batteur apparaît soit devant, soit derrière se mêlant alors aux images fantasmagoriques courant le long des diodes électroluminescentes et se déversant sur le public. Ce show est aussi un spectacle d’ingénieurs, qui sont parfois les musiciens eux-mêmes.

    La suite du concert se déroule dans ce chaos des sens propre aux NIN et laisse abasourdi mais réjouis un public de spécialistes. Les prestations live de ce groupe sont un incroyable choc musical et visuel, une plongée au cœur d’une violence que l’on croit hors de tout contrôle. Elle est le fait de la créativité de son fondateur et seul membre permanent, Trent Reznor, qui donne de longues interviews pour expliquer ses peurs, ses désirs, sa méthode, ses inquiétudes que sa musique soit mal reçue de ses fans, ses ambitions d’originalité et de complexité tout au long du processus créatif… Sur YouTube il a l’image d’un homme posé et analytique, négatif complet de son personnage démoniaque sur scène. Créateur multicartes il écrit des musiques de film, des scénarios de séries TV, anime un groupe avec sa femme, mais c’est toujours vers Nine Inch Mails qu’il revient, à la fin. C’est le grand oeuvre de sa vie, un aboutissement rarement égalé dans le monde plutôt varié du rock ! Et c’est aussi une musique bien américaine, excessive comme seuls ont su l’être certains groupes transatlantiques (Iggy Pop, Devo, Metallica, The Brian Jonestown Massacre…).

    Une mention spéciale à Robin Fink, son guitariste à la coiffure étrange, qui a fait des allées et venues dans ce groupe et qui en est un des éléments clés.

    Setlist : 1. Me, I’m Not/ 2. Copy of A/ 3. The Beginning of the End/ 4. March of the Pigs/ 5. Piggy/ 6. Reptile/ 7. Survivalism/ 8. Gave Up/ 9. Sanctified/ 10. Closer/ 11. Disappointed/ 12. Find My Way/ 13. The Warning/ 14. The Great Destroyer/ 15. Eraser/ 16. Wish/ 17. The Hand That Feeds/ 18. Head Like a Hole

    Encore : 19. The Day the World Went Away/ 20. Hurt

  • The Stranglers – 2014/04/07 – Paris l’Olympia

    The Stranglers – 2014/04/07 – Paris l’Olympia

    The Stranglers à Paris à l’occasion du quarantième anniversaire de leur formation, c’et le Ruby Tour, à l’Olympia et filmé par Arte, excusez du peu pour un groupe rebelle !

    La même équipe habillée de noir : JJ, Dave (qui a inscrit sur de a face de ses claviers visible du public « No fromage, no concert ! »), Baz et le batteur remplaçant de Jet (toujours présent sur les affiche mais absent sur scène) ; quatre cadre stylés peinture classique avec écrans électroniques à l’intérieur diffusant de l’image stranglerisée (y compris de vieux films comme les stripteaseuses sur le live d’époque de Nice ‘N’ Sleazy) ; une set-list idéale revenant avec bon goût sur ces quarante dernières années de nos vies musicale ; les fans anglais habituels avec bière et T-shirts vintage ; bref une magnifique soirée qui n’eut que l’inconvénient de nous rappeler le temps qui passe.

    Après la ritournelle de Valtzinblack qui annonce leur entrée, ils attaquent sur Toiler on the Sea et No More Heroes (habituellement réservé au rappel) et on adore. Suivra assez rapidement un magnifique enchaînement parlé-chanté, JJ sur La Folie et Baz sur Midnight Summer Dream, deux chansons au romantisme noir, plutôt rarement chantées sur scène :

    Woke up on a good day/ And the world was wonderful/ A midnight summer dream had me in its spell/ I dreamt about an old man/ Sat and watched the rain all night/ He couldn’t sleep a wink as all the drops fell/ He told me of the beauty/ Hidden in our foreheads/ He told me of the ugliness/ We show instead…

    Et pendant que se déroule ce rêve estival la panthère stylisée de Feline bondit entre les quatre écrans. Reconnaissante et émue, la foule chantera Happy Birthday à ses héros musiciens.

    S’en suivent des classiques hargneux mais toujours adoucis d’une once d’ironie comme une reprise de Dionne Warwick entre Nice ‘N’ Sleazy et Duchess ! Le show se termine sur Hanging Around et le rappel reprend sur Norfolk Coast et Something Better Change, du sérieux donc. Et quand les lumières se rallument la musique étrange de Meninblack diffuse dans la salle pour accompagner notre sortie.

    Les Stranglers ont notre âge, c’est triste, mais quel réjouissant spectacle de constater qu’à notre différence, ils n’ont rien lâché.

    Setlist : 1. Toiler on the Sea/ 2. No More Heroes/ 3. Was It You?/ 4. Threatened/ 5. Summat Outanowt/ 6. Peasant in the Big Shitty/ 7. Peaches/ 8. La Folie/ 9. Midnight Summer Dream/ 10. Golden Brown/ 11. Always The Sun/ 12. Thrown Away/ 13. Never To Look Back/ 14. Nuclear Device (The Wizard of Aus)/ 15. Skin Deep/ 16. Time to Die/ 17. Lowlands/ 18. Nice ‘N’ Sleazy/ 19. Walk on By (Dionne Warwick cover)/ 20. Freedom Is Insane/ 21. Duchess/ 22. Five Minutes/ 23. Hanging Around
    Encore : 24. Norfolk Coast/ 25. Something Better Change/ 26. All Day and All of the Night (The Kinks cover)
    Encore 2 : 27. Tank

    Lire aussi : The Stranglers – 2012/04/13 – Paris l’Olympia
  • King Crimson – 2014/03/13 – Paris le Trabendo

    Une bande de frappadingues de la guitare ont envahi le Trabendo ce soir : The Crimson ProjeKCt ! Admirateurs du rock progressiste et en premier lieu du légendaire groupe King Crimson, ils ont pour la plupart, à un titre ou à un autre, approché la Maître Robert Fripp, roi des Crimson et l’un des musiciens les plus originaux du rock depuis les années 70’s.

    Le concept du show ce soir s’articule autour de deux groupes (i) The Power Trio avec Adrian Belew (guitare & chant), July Slick (bass) et Tobias Ralph (batterie), un trio de virtuoses donnant dans l’expérimental et de (ii) The Stick Men, Tony Levin (stick), avec Markus Reuter (stick) et Pat Mastelotto (batterie) un autre trio d’exception.

    On ne présente plus Belew qui a joué pour Zappa, Bowie, Talking Heads, et assuré guitares, chant et compositions pour le nouveau King Crimson reformé par Fripp il y a 30 ans. Sa virtuosité est proprement incroyable mais toujours plus utile lorsqu’elle est encadrée par un leader fort. July et Tobias sont des gamins qui n’ont pas connu les années prog rock mais dont la créativité et la technique en font de parfaits descendants.

    Les Stick Men se composent de géants : Levin qui a joué de la basse pour Gabriel puis aux débuts du nouveau Crimson avec Pat Mastelotto à la batterie. Le troisième, Reuter, est un allemand que l’on croirait plutôt venu de la planète Mars. Il a participé aux master classes Guitare Craft animées par Fripp. Avec Levin ils utilisent des touch guitars, instruments à larges manches où les 6 à 12 cordes sont frappées avec les doigts des deux mains eu lieu d’être pincées. Cette technique permet des compositions complexes jouées avec accompagnement et mélodie par un seul guitariste.

    Et d’ailleurs Markus introduit, seul, le show avec une longue envolée cérébrale dans laquelle sa guitare semble transformée en orgue de cathédrale, l’inspiration de Maître Fripp n’est pas loin. Les autres musiciens le rejoignent alors pour interpréter une bordée de morceaux King Crimson Belew laisse parler sa virtuosité sur des thèmes connus. Il n’est plus seul sur le devant de la scène ce qui est aussi bien et limite un peu ses singeries habituelles…

    Par la suite de Power Trio et les Stick Men se croiseront sur scène, partageront quelques chansons selon des formations ad-hoc. Larks’ Tongues in Aspic Part Two, morceau référentiel de King Crimson est merveilleusement joué sur les sticks puis complété par un des solos décadents de Belew qui rejoint alors les Sticks Men. Ces derniers révèlent toute leur technique avec des interprétations symphoniques de l’Oiseau de Feu (Stravinsky) dont on se souvient qu’il ouvrait tous les concerts de Yes, et de Breathless, un morceau de Fripp extrait de son album solo Exposure.

    Le Power Trio nous fait découvrir ses créations complexes sur lesquelles Belew s’amuse avec une guitare toujours plus joyeuse et délirante. Il nous gratifie même d’une récréation durant laquelle sa guitare se transforme en sonorités de piano.

    Mais le plus réjouissant sont les morceaux de King Crimson joués par les deux formations réunies : Red est à cet égard un moment de pur jouissance, deux batteurs, quatre guitaristes, un son fulgurant, les sinusoïdes vertigineuses de l’inspiration fripienne, le métal en fusion de la guitare de Belew, le lyrisme de la bande et leur joie de redonner vie à ce morceau d’anthologie datant de 1974. Le public grisonnant est aux anges, les métalleux n’ont qu’à bien se tenir ! On est toujours frappé à la réécoute de ce morceau par ses harmonies étranges, ses cassures de rythmes, comprenant comment il annoncait le futur King Crimson et sa musique répétitive. L’album Red sera le dernier de la formation initiale de King Crimson qui du coup n’en fera pas de tournée promotionnelle. Les concerts de notre époque réparent cette injustice et de belle manière ! Le dernier morceau est Indiscipline, datant de l’album Discipline de 1981. Parfait pont entre l’ancien et le nouveau groupe où Belew se lance dans des tortures sonores de sa guitare qu’il tord, au propre et au figuré, pour en extraire un déluge sonique.

    Petit clin d’œil, il lance ensuite seul le rappel avec les premières mesures de In The Court of The Crimson King.

    Quelle plaisir de voir ces musiciens continuer à donner une réalité au concept crimsonnien : un désordre ordonné. Et ils le font avec virtuosité et bonheur, de vrais artistes ! Robert Fripp est parait-il en froid avec Adrian Belew. Il vient d’annoncer la reformation de King Crimson, sans Adrian. Que donnera cette nouvelle déclinaison du concept ? Le groupe doit tourner à la rentrée prochaine aux Etats-Unis et, en attendant, Fripp continue de maintenir un étonnant site web aussi déjanté que la bande à géométrie variable qu’il anime depuis 40 ans avec tant de brio.

    Setlist : 1. Markus Reuter Soundscape/ 2. B’Boom (King Crimson song)/ 3. THRAK (King Crimson song)/ 4. Dinosaur (King Crimson song)/ 5. Frame by Frame (King Crimson song)/ 6. Sleepless (King Crimson song)/ 7. b (Adrian Belew cover) (Adrian Belew Power Trio)/ 8. Neurotica (King Crimson song) (Adrian Belew Power Trio)/ 9. Crack in the Sky (Stick Men cover) (Stick Men)/ 10. Cusp (Stick Men cover) (Stick Men)/ 11. Larks’ Tongues in Aspic, Part Two (King Crimson song) (Stick Men with Adrian Belew)/ 12. Three of a Perfect Pair (King Crimson song) (Stick Men with Adrian Belew)/ 13. Matte Kudasai (King Crimson song) (Adrian Belew & Tony Levin)/ 14. Young Lions (Adrian Belew cover) (Adrian Belew Power Trio)/ 15. e (Adrian Belew cover) (Adrian Belew Power Trio)/ 16. Open, Pt. 3 – Truncheon (Stick Men cover) (Improvisation track performed by Stick Men)/ 17. Breathless (Robert Fripp cover) (Stick Men)/ 18. The Firebird Suite (Igor Stravinsky cover) (Stick Men)/ 19. One Time (King Crimson song)/ 20. Red (King Crimson song)/ 21. Indiscipline (King Crimson song)/

    Encore: 22. The Court of the Crimson King (King Crimson song) (Adrian Belew solo)/ 23. Elephant Talk (King Crimson song)

    Encore 2: 24. Thela Hun Ginjeet (King Crimson song)

  • BRMC – 2014/02/24 – Paris le Trianon

    BRMC – 2014/02/24 – Paris le Trianon

    Moins d’un an après leur dernier passage au Trianon en mars dernier, voici les Black Rebel Motorcycle Club de retour à Paris. C’est la poursuite de la la promotion de Specter At The Feast, mais surtout la continuation de la vie de ce groupe fait pour la route et les salles sombres. Et d’ailleurs ils nous informent que ce soir marque la fin d’une tournée d’un an.

    A l’extinction des lumières nos trois complices vêtus de noir se glissent derrière leurs instruments : Robert en cuir et capuche, Peter en cuir et Leah en T-shirt. Dans des lumières bleues tournoyantes ils entament Fire Walker, qui introduit le nouveau disque, avec son rythme pesant de basse et la voix plaintive de Robert : Sweet birds, in the cage/ Sweet birds, in the cage… et s’en suivront, dans l’ordre, les 11 morceaux de Specter at the Feast.

    Ce disque est une perle noire dans un écrin de blues. Une œuvre de maturité ; simplicité et évidence marquent l’ambiance de ces 12 morceaux. L’inspiration est sombre, comme toujours, mais atteint ici une sorte de troublante sérénité. Cachés derrière capuche et lumières tamisées en clair-obscur, ces rockers de l’au-delà nous invitent à les rejoindre pour une longue balade blues. Leurs mots sont souvent mélancoliques, il y est question d’amours impossibles, de relations distendues, de communication perturbée, il y est question de l’Autre sans qui rien n’est possible : You are the quiet in my soul/ You are the pieces of gold/Won’t you shine/ Why won’t you shine/ I will walk till I’ve no shadow/ I will walk till I’ve no shadow… (Lullaby)

    La présentation intégrale sur scène de ce disque est un cadeau sans prix pour les spectateurs parisiens. Les Blacks y délivrent leur âme ! Evidemment certains restent sur leur faim devant le rythme de ce disque et du concert et regrettent les longues envolées de guitares grasses auxquels nous étions habitués. Aujourd’hui nous sommes plus dans le romantisme. Etrange atmosphère pour ce groupe définitivement rock mais c’est le mood du moment, alors laissons-nous aller.

    Une fois achevé la relecture de Specter at the Feast sur Loose Yourself, le groupe revient sur ses classiques et un domaine plus familier et dynamique (Berlin, Beat the Devil’s Tattoo…). Mais on ne reste jamais loin de la mélancolie ambiante avec un rappel acoustique (sans micro) sur Mercy et Shuffle Your Feet.

    Le show se termine sur le classique Whatever Happened to My Rock ‘n’ Roll (Punk Song), retour aux sources et le Trianon s’enflamme une dernière fois.

    Les BRMC changent et nous le font savoir avec brio. Ils restent néanmoins inspirés par le blues et c’est ce qui fait notre bonheur. Ce dernier disque est risqué, marque une étape qui, soyons en sûrs, sera reçu par les aficionados de ce groupe d’exception.

    Setlist : 1. Fire Walker/ 2. Let the Day Begin (The Call cover)/ 3. Returning/ 4. Lullaby/ 5. Hate the Taste/ 6. Rival/ 7. Teenage Disease/ 8. Some Kind of Ghost/ 9. Sometimes the Light/ 10. Funny Games/ 11. Sell It/ 12. Lose Yourself/ 13. Beat the Devil’s Tattoo/ 14. Ain’t No Easy Way/ 15. Berlin/ 16. Conscience Killer/ 17. Screaming Gun/ 18. Rifles/ 19. White Palms/ 20. Stop/ 21. Spread Your Love

    Encore : 22. Mercy/ 23. Shuffle Your Feet/ 24. Whatever Happened to My Rock ‘n’ Roll (Punk Song)

  • Anna Calvi – 2014/02/15 – Paris le Trianon

    Anna Calvi – 2014/02/15 – Paris le Trianon

    Anna Calvi de retour au Trianon avec un nouveau disque : One Breath, au design de couverture aussi crépusculaire que le précédent (Anna Calvi) : gros plan de sa bouche sur premier, gros plan d’un œil sur le second. La révélation rock de 2010 repart en tournée et fait preuve sur scène de la même volcanique fulgurance !

    Le trio de 2012 (batterie, percussions-clavier et guitares) est accompagné cette année d’un claviériste-bassiste. Anna est habillée de noir, montée sur d’improbables talons aiguilles, blondeur à frisures et rouge à lèvres, elle regarde l’assistance avec un air un peu hautain, plutôt ailleurs et c’est quand elle joue sur ses guitares éraillées qu’on la sent revivre et s’exprimer.

    Démarrage sur Suzanne & I qui s’enchaîne sur un incroyable puzzle de virtuosité vocale et instrumentale, alternant les moments d’intimité, Sing to Me : Got on your skin, colder than night/ The last of the one, the one we divide/ Lying so still, lying so still here/ Sing to me, beautiful one, murmuré comme au confessionnal, avec des instants de fureur volcanique, les refrains de Cry, les rythmiques de Love of my Life…

    Elle reprend un troublant Fire de Bruce Springsteen entamé d’une voix caverneuse, comme extra-terrestre, au gré de la rythmique pesante de ce morceau et de son célèbre refrain : …’Cause when we kiss, fire ; on ne peut mieux dire !

    Un final de rêve sur l‘enchaînement Desire, puis Love Won’t Be Leaving, son refrain scandé de l’amour qui ne nous quittera pas, les murmures susurrés d’une voix polissonne et un long solo qui tend au mystique, la tête renversée, laissant parler la fureur de ses cordes. Puis l’artiste rend les armes, dépose sa guitare à ses pieds et quitte discrètement la salle laissant ses spectateurs proprement abasourdis par tant de talent.

    D’une culture classique elle mêle de multiples influences dans ses compositions dont l’interprétation sur scène est un spectacle époustouflant. Rarement une artiste donne à ce point l’impression d’un engagement si total, émotionnel et technique, dans sa musique. Voix et guitare sont l’extériorisation d’une même vision qui exprime le coté sauvage de la force créatrice, et avec quel éclat !

    Ce deuxième album s’enfonce dans des profondeurs plus personnelles de l’artiste qui dévoile des faiblesses et des souffrances oh combien sublimées par cette musique fauve.

    Setlit : Suzanne & I/ Eliza/ Sing to Me/ Suddenly/ Cry/ Rider to the Sea/ First We Kiss/  I’ll Be Your Man/ Love of My Life/ Piece by Piece/ Carry Me Over/ Bleed Into Me/ Fire (Bruce Springsteen cover)/ Desire/ Love Won’t Be Leaving

    Encore : A Kiss to Your Twin/ Blackout / Jezebel (Frankie Laine cover)

  • Suzanne Vega – 2014/02/12 – Paris le Divan du Monde

    Suzanne Vega – 2014/02/12 – Paris le Divan du Monde

    Suzanne Vega au Divan du Monde : quelle douceur, quelle intelligence des mots et de la musique, quel talent ! Et cette année elle nous revient avec un nouveau disque : Tales From the Realm of the Queen of Pentacles dont un exemplaire est exposé sur le tabouret où l’artiste pose ses ustensiles musicaux.

    Formation à deux sur scène, l’inséparable Gerry Leonard officie aux guitares. Comme il se doit Suzanne démarre sur Marlene on the Wall, habillée de noir, chapeau claque et rouge à lèvres, ses yeux bleus pétillants sous sa chevelure rousse, elle nous raconte l’histoire de Marlene on the wall qui regarde ses prétendants vaincre et périr, un sourire en coin, alors que le narrateur est amoureux :

    But the only soldier now is me
    Im fighting things I cannot see
    I think its called my destiny that I am changing
    Marlene on the wall!

    Cette chanson emblématique doit dater de 1985…

    Enchaînement sur Caramel, puis l’entrée dans le nouveau disque avec Fool’s Complaint : des cartes du tarot qui s’affrontent, la Reine de Pentacles contre le Fou. La presque totalité du nouveau disque sera jouée avec parfois des moments plutôt rocks comme sur I Never Wear White et les guitares cinglantes de Gerry. Une succession de très belles chansons aux textes troublants. Ces nouvelles et belles compositions sont entrecoupées de retours sur le passé : Tom’s Dinner (avec un superbe arrangement de guitares), Solitude Standing, Gypsy… qui plongent l’assistance dans une douce mélancolie.

    Un premier rappel, émouvant hommage à Lou Reed, lui aussi new-yorkais, avec Take a Walk On the Wild Side, la légendaire rythmique de ce morceau jouée sur une guitare acoustique 12 cordes par Gerry. Et puis In Liverpool demandé à l’applaudimètre, précédé de la petite histoire que certains connaissent déjà : celle d’un amoureux de Suzanne lorsqu’à 18 ans elle faisait un séjour en Angleterre et vécut une première romance estivale qui se termina lorsque l’un retourna à Liverpool et l’autre à New-York City, la mort dans l’âme. Elle lui a écrit Gypsy et envoyé la chanson. Des années plus tard, de passage à Liverpool, elle écrira In Liverpool en souvenir de cet amour inoubliable. Cette chanson nostlagique clôt notre soirée :

    In Liverpool
    On Sunday
    No reason to even remember
    you now…

    Et Suzanne reprend sa route : passagère romantique du temps qui passe, poète élégiaque de nos innocences perdues, musicienne agile, artiste fidèle qui nous enchante depuis tant d’années de sa voix brumeuse et de ses harmonies en mode mineure, Suzanne Vega, une artiste qui tient une place à part dans nos cœurs.

    Setlist : Marlene on the Wall/ Caramel/ Fool’s Complaint/ Crack in the Wall/ Jacob and the Angel/ Small Blue Thing/ Gypsy/ The Queen and the Soldier/ Don’t Uncork What You Can’t Contain/ Song of the Stoic/ Solitude Standing/ Left of Center/ I Never Wear White/ Luka/ Tom’s Diner/ Walk on the Wild Side (Lou Reed cover)/ Horizon (There Is a Road)/ In Liverpool

  • Gaëtan Roussel – 2013/12/02 – Paris la Cigale

    Gaëtan Roussel est un type sympatoche en diable qui se démène pour écrire une musique dynamique et délicieuse, alors quand il sort des disques et les présente en concert, on ne se prive pas de les acheter et de s’y rendre !

    Orpailleur est sorti depuis peu, Gaëtan teste sa prochaine tournée à ce soir la Cigale. Un grand escogriffe toujours vêtu de noir, le crâne rasé qui se plisse sous l’effort, beaucoup d’électronique, deux choristes et un light show style Vasarély-années 70’s. Ca pulse, ça pétille, ça flashe… De la musique et de l’énergie sur des rythmes syncopés et des textes touchants. Des arrangements technos sur d’anciennes chansons : Inside Outside qui n’en finit plus dans les claquements de riffs, de bass et les déhanchements des choristes de notre artiste, la foule adore… Il ne joue quasiment plus de guitare sur scène, alors il trimballe sa carcasse un peu maladroitement sur le devant de la scène.

    Des nouvelles chansons en ode à la simplicité, à l’énergie éolienne, à toutes ces petites choses de la vie ! Gaëtan se révèle aussi plein de douceur et d’humanité lorsqu’il prêche pour la poésie sur la chanson du même nom : En cas d’alerte ou d’incendie/ Penser à avoir de la poésie/ En cas de clash ou d’inertie/ Penser à avoir de la poésie…  ou lorsqu’il nous et en garde contre la barbarie : C’est presque un prénom/ Presque un pays/ C’est une invitation/ C’est presque un prénom/ C’est presque un fruit/ C’est une tentation…

    En rappel il jouera une reprise des Talking Heads, son groupe fétiche : Road to Nowhere, un duo avec Rover sur Vielles Canailles, et puis La Barbarie.

    Un concert de Gaëtan Roussel c’est un grand coup de vent de fraîcheur  dans notre monde cynique et désabusé, à consommer sans modération.

  • Simple Minds – 2013/11/24 – Paris l’Olympia

    Les Simple Minds reviennent à l’Olympia ce soir. Rien de bien neuf sur la planète des Simple Minds depuis des années, sinon les incontournables rééditions de vieux disques pour un groupe qui n’a plus d’inspiration. Mais le concert de ce soir est centré sur leur musique des années 80 et la perle discographique de la bande : Once Upon a Time, un opus brillant de 1985 alors que le groupe était encore jeune et créatif. Le chroniqueur ému se souvient d’un concert dans les arènes de Nimes en juillet 1986, avec Robin Clark invitée pour les chœurs, et Jim Kerr bondissant sur les harmonies envoutantes et les rythmes flamboyants de cette musique née d’une new wave régénérée et joyeuse.

    Alors ce soir les héros écossais sont (un peu) fatigués, mais ils provoquent encore des ondes de plaisir lorsque retentissent les premières note de Waterfront suivie par tant d’autres classiques du groupe pour finir sur Alive an Kicking. C’était toute une époque où le moral occidental était un peu meilleur, l’espoir et l’amour un peu plus présents et la musique autrement plus joyeuse. Tout ceci s’est effondré avec le Mur, avec la gouvernance de nos Etats décadents, avec la démesure d’un monde financiarisé et effrayant, bref, avec toutes les certitudes que chantaient des troubadours comme les Simple Minds :

    Is this the age of the thunder and rage/ Can you feel the ground move ’round your feet/ If you take one step closer, it’ll lead to another/ The crossroad above is where we meet/ I shout out for shelter, I need you for something/ The whole world is out, they’re all on the street/ Control yourself, love is all you need/ Control yourself, in your eyes/ Sanctify yourself, sanctify/ Be apart of me, sanctify/ Sanctify yourself, sanctify/ Sanctify yourself, set yourself free!

    Tout ceci est un peu daté mais a existé alors laissons-nous porter par la nostalgie, et d’autant plus qu’une fois les lumières rallumées, la sono joue Jean Genie en hommage à Bowie dont ce titre a inspiré le nom du groupe écossais (Hes so simple minded he can’t drive his module…)

    Setlist : Broken Glass Park/ Waterfront/ I Travel/ Once Upon a Time/ All the Things She Said/ Mandela Day/ Promised You a Miracle/ Glittering Prize/ Theme For Great Cities/ Someone Somewhere in Summertime/ This Fear of Gods/ The American/ Love Song/ See the Lights/ Don’t You (Forget About Me)/ Let It All Come Down/ New Gold Dream (81-82-83-84)

    Encore : Book of Brilliant Things / Speed Your Love To Me (instrumental)/ Sanctify Yourself/ Alive and Kicking

  • Nick Cave & the Bad Seeds – 2013/11/19 – Paris le Zénith

    Nick Cave & the Bad Seeds – 2013/11/19 – Paris le Zénith

    Nick Cave & The Bad Seeds au Zénith ce soir pour un concert flamboyant après la sortie de son dernier disque: Push the sky away à la couverture polissonne et dépouillée.

    Nick Cave, artiste australien touche-à-tout, punk-rocker à ses débuts, écrivain, poète, scénariste, compositeur de bandes originales, fondateur des Bad Seeds depuis les années 80, il promène son look de dandy sur les scènes du monde à la tête d’un groupe de vieux grognards qui manifestent une efficace complicité musicale.

    Habillé ce soir de son habituel costume noir, la chevelure permanentée de la même couleur, il alterne du micro au piano, saute comme un cabri pour diriger l’orchestre et envoûte la salle de sa voix de crooner.

    A ses cotés le vieux compagnon Warren Ellis, la barbe au vent sur son costume strict, guitare, violon et pitreries. Il démarre le show avec les notes lancinantes à la guitare de We No Who U R sur lesquelles apparaît notre héros puis ils enchaînent Jubilee Street, deux morceaux emblématiques de l’atmosphère sombre du dernier disque. La montée en tension de Jubilee se termine en apothéose où tout s’emmêle dans un déchaînement bruitiste : guitares, claviers, batteries pour atteindre au sublime lorsque Warren s’empare de son violon, jouant arc-bouté, dos au public, une stridence explosive avant de lancer son archet dans les airs quand Nick marque la fin du jeu par un de ces sauts désarticulés dont il a le secret : On Jubilee Street there was a girl named Bee/ …The problem was she had a little black book/ And my name ws written on every page/ … I am alone now. I am beyond recrimination/ Curtains are shut/ The furniture has gone/ I am transforming/ I am vibrating/ I’m glowing/ I’m flying/ Look at me now/ I’m flying/ Look at me now.

    Le ton est donné et le show sera de la même facture. Des moments de gravité entrecoupés d’instants de folie menés par un artiste original et envoutant, menant une espèce de glam-rock relooké XXIème siècle !

    Il y a du blues dans cette musique, il y a des restes de punk dans sa folie (Barry Adamson, ex-Magazine, a fait partie des Seeds), il y a de la poésie dans les textes de Nick Cave et comme le narre la chanson qui clôt le set : And some people say that it is just Rock and Roll/ Oh but it gets right down to your soul/ You’ve gotta just keep on pushing/ Keep on pusching/ Push the sky away…

    Setlist : We No Who U R/ Jubilee Street/ Tupelo/ Red Right Hand/ Mermaids/ The Weeping Song/ From Her to Eternity/ West Country Girl/ God Is in the House/ People Ain’t No Good/ Into My Arms/ Higgs Boson Blues/ The Mercy Seat/ Stagger Lee (Fred Waring & His Pennsylvanians cover)/ Push the Sky Away

    Encore : We Real Cool/ Papa Won’t Leave You, Henry/ Deanna

  • Bob Dylan – 2013/11/13 – Paris le Grand Rex

    Bob Dylan – 2013/11/13 – Paris le Grand Rex

    Bob Dylan est à Paris pour trois soirées. Un mythe de la culture américaine, mondiale et de la musique folk. 73 ans, musicien, poète, peintre, observateur de la vie sociale, engagé politique, amoureux flamboyant lorsqu’avec Joan Baez il défilait contre la guerre du Viêt-Nam, inspirateur majeur de la musique du XXème siècle, annoncé pour le prix Nobel de littérature, décoré par la majorité des pays de la planète… bref, une référence de la culture occidentale n’avait plus joué à Paris depuis 20 ans.

    Sa venue déclenche une ferveur certaine dans le monde intello-médiatique français, et même politique puisqu’il semble que le principe de la remise de sa légion d’honneur ait été discuté pour cause d’apologie de la drogue…, finalement tout est rentré dans l’ordre et la République a décoré le grand homme.

    L’entrée du Grand Rex est cernée par des clones de Dylan qui jouent Blowin’ in the Wind pour les spectateurs faisant la queue pour gagner leur place à plus de 100 euros.

    Bob Dylan est devant nous ce soir, coiffé de son éternel chapeau Stetson et habillé en Santiag et cravate cow-boy. L’homme est fragile, un peu chancelant devant son micro et chaudement soutenu par ses musiciens dont Charlie Sexton à la guitare. Dylan lui ne jouera pas de guitare, on dit ses doigts handicapés par le rhumatisme. Par contre il joue du piano debout et sort son harmonica de temps à autres.

    Sa voix, de tous temps nasillarde, est maintenant dévastée par les années, et sans doute les cigarettes. A peu près incompréhensible pour ceux qui ne connaissent pas par cœur les vers du poète, il termine certaines phrases par des décrochements dans le aigus comme un adolescent en pleine mue. C’est étrange mais on ne s’y arrête pas.

    Il paraît planer sur le nuage du vieil homme qu’il est devenu, proche de la sagesse. Sans trop d’attention pour son public énamouré, guère plus jeune que le héros. Il joue son concert et tient son rôle, celui d’un mythe qu’il n’a jamais voulu être, rejetant avec constance le rôle de porte-parole d’une génération que la critique a voulu accrocher à ses vestons.

    Il est probablement l’un des musiciens les plus repris de toute l’Histoire du rock et tant de débutants ont gratouillé leurs guitares sur Blowin’ In The Wind.

    Le concert est organisé en deux sets entrecoupés d’un entracte. Le rappel se termine bien sûr sur Blowin’ In The Wind : How many roads most a man walk down/ Before you call him a man?/ How many seas must a white dove sail/ Before she sleeps in the sand?/ Yes, how many times must the cannon balls fly/ Before they’re forever banned?/ The answer my friend is blowin’ in the wind/ The answer is blowin’ in the wind.

    Le public touché par cette légende dont il a partagé les visions, quitte doucement le théâtre en sifflotant dans le vent de ses illusions perdues.

    Setlist : Set 1

    Things Have Changed/ She Belongs to Me/ Beyond Here Lies Nothin’/ What Good Am I?/ Duquesne Whistle/ Waiting for You/ Pay in Blood/ Tangled Up in Blue/ Love Sick

    Set 2

    High Water (For Charley Patton)/ Simple Twist of Fate/ Early Roman Kings/ Forgetful Heart/ Spirit on the Water/ Scarlet Town/ Soon after Midnight/ Long and Wasted Years

    Encore : All Along the Watchtower/ Blowin’ in the Wind

  • Morcheeba – 2013/11/07 – Paris l’Olympia

    Et revoilà les Morcheeba à Paris pour la deuxième fois en 2013, année de la sortie de leur dernier disque Head Up High ! C’est propre et naturel, léché et enthousiasmant, Sky tient la vedette et minaude sur nouvelle robe blanche à frou-frou. Elle rit à gorge renversée, se retourne pour faire briller son dos dénudé sous les sunlights et elle continue à nous envoûter de son exceptionnelle voix black-soul utilisée sur le registre trip-hop des Morcheeba.

    La setlist est renouvelée par rapport à juillet dernier, le groupe dispose d’un répertoire fourni et d’une inspiration originale qui ne rend pas nécessaire des tournées ampoulées aux setlists rigoureusement identiques. Ils nous offrent même une reprise tropicale de Let’s Dance de David Bowie.

    Concert agréable qui se roule dans la félicité des spectateurs.

    Lire aussi : Morcheeba au Trianon

    Setlist : Make Believer/ Never an Easy Way/ Part of the Process/ The Sea/ Gimme Your Love/ Shoulder Holster/ Otherwise/ Let’s Dance (David Bowie cover)/ Crimson/ Trigger Hippie/ Blindfold/ Release Me Now

    Encore : I’ll Fall Apart/ Rome Wasn’t Built in a Day/ Face of Danger