Lou Reed mixe 2 heures durant sur FIP ce soir, comme il fait une fois par semaine sur une radio new-yorkaise. C’est de la musique parfaitement inconnue pour le commun des mortels, sophistiquée, intello et parfois brutale ; des inconnus comme Growing, Vivian Girls, Pavement, Jucifer, Patrick Wolf, Bettye Lavette, Whites Rabbits, Parts and Labor, Thurston Moore, Panda Bear, John Zorn et heureusement deux/trois choses plus abordables comme Kings of Leon, Antony & the Johnson. Un monde à part !
Catégorie : Kronic musique
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« Let’s Get Lost » de Bruce Weber
Un beau film sur Chet Baker tourné il y a une vingtaine d’années, à la fin de la vie de cet artiste de jazz. Il parle de lui par onomatopées peu intelligibles. Les femmes de sa vie dissertent sur lui avec beaucoup plus d’emphase, explique sa douceur et ses perversités. On y revoit des prestations de son début de carrière, découvre des enregistrements en studio plus récents ; une voix si douce et charnelle, toute en rondeur, qui monte dans les aigus sans le moindre effort, qui passe le relai à une trompette du même registre, fragile et délicate. Il chante une très émouvante version jazzy d’Almost Blue d’Elvis Costello, au festival de Cannes, au milieu des starlettes. Un grand musicien, rongé, beaucoup par la drogue, sans doute un peu aussi par ses utopies.
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Chronique Rock‘n’People
Iggy & The Stooges
Après leur concert à Montréal le 4 août, Iggy & The Stooges se sont fait dérober le camion qui contenait l’intégralité de leur matériel. Gibson et Marshall ont prêté du matériel pour que se poursuive la tournée.
The Rolling Stones

The Sun, une espèce de Closer britannique, mais en quotidien, nous narre les nouvelles aventures de Ron Wood, l’excellent guitariste des Rolling Stones qui supplée aux défaillances de Keith Richard sur scène. Ce vieux Ronny a 61 ans, marié depuis 23 ans avec une femme âgée aujourd’hui de 53 ans, s’est embarqué dans une love affair avec une petite russe de 20 ans, Ekatarina. Nous suivons tous les détails, y compris les photos dénudées de la naïade publiées par son ex-boy friend, les déclarations de la femme de Ron, leur séjour en Irlande avec excès de vodka, le retour en clinique de désintox de Ronny. Bref, la vie d’un rocker en vue, dont les talents intéressent une petite fée de 40 ans plus jeune…
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Björk s’engage
Traumatisé par Björk qui conclut un concert à Shanghai en scandant « Tibet ! Tibet ! » à la fin de sa chanson Declare Independance, le gouvernement chinois veut bannir les artistes non politiquement corrects et réglemente que :
« Aucun artiste individuel ou groupe artistique impliqué dans des activités violant la souveraineté ne sera autorisé à se produire en Chine… [de même que les représentations qui] sapent le sentiment d’unité nationale, mettent en danger la sécurité nationale, attisent la haine ethnique, violent la politique religieuse et les coutumes ethniques et mettent en valeur la pornographie et les superstitions ».
Il semblerait également que les voyagistes chinois aient retiré la destination France de leur catalogue pour punir l’hexagone du mauvais accueil fait à leur flamme olympique sur les trottoirs parisiens.
Bon, les Chinois n’auront plus Björk et les Français auront moins de touristes chinois. Ça passera !
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Portishead – Interview 2008
Propos recueillis par Astrid Karoual et Rémy Pellissier pour Evene.fr – Avril 2008
Après dix ans d’attente, voici enfin le retour du mythique groupe de Bristol, pionnier du trip-hop et auteur en 1994 de l’énorme tube ‘Glory Box’. Après ‘Dummy’ et ‘Portishead’, le trio livre aujourd’hui un joyau inclassable, sobrement intitulé ‘Third’, et remplit le Zénith de Paris pour deux concerts exceptionnels.
Sorti d’une période d’épuisement physique et mental, Portishead semble aujourd’hui avoir retrouvé l’envie de composer, d’écrire, de jouer et de tourner. Les trois Anglais défendent ‘Third’ comme un premier album, et s’apprêtent à investir les scènes du monde entier avec une joie non dissimulée. Rencontre avec les deux musiciens « têtes pensantes » du trio, Adrian Utley et Geoff Barrow, enthousiastes comme deux enfants parlant de leur nouveau jouet. Ils se coupent la parole, se complètent, répondent sans emphase à nos questions. Entretien avec des stars à la simplicité déconcertante…
Vous n’aviez pas enregistré depuis le live à Roseland en 1998. Qu’avez-vous fait pendant ces dix années loin des médias ?
Adrian Utley : Ce n’était pas le dernier concert que nous avons fait ensemble. Après ça, nous étions partis pour une très grande tournée à travers le monde pendant quelques années. Nous avons été très fatigués pendant longtemps. Nos rapports étaient devenus un peu tendus et on a parlé de faire une pause, de faire d’autres choses à côté.
Geoff Barrow : Oui, nous étions exténués et le but de ce nouvel album était de dire quelque chose de différent. On y avait pensé en 1999. Pendant une très longue période, nous avons ressenti un sentiment de vide, le sentiment de ne pas faire les choses pour les bonnes raisons.
AU : Mais nous avons fait des choses diverses qui nous font nous sentir mieux. On a su tirer quelque chose de toute cette période. En 2001, on avait commencé à révéler notre nouvelle musique en Australie. C’était bien mais ça ressemblait plus à de la musique de film qu’à un album. On a donc arrêté pour faire d’autres choses très différentes. Puis, en 2004, on a recommencé à écrire et le résultat était plus convaincant.
GB : Je suis d’accord, mais ça restait toujours difficile. En 2006, nous avons été contactés par la maison de disques. On leur a dit qu’on avait sept morceaux et une année plus tard nous en avions six supplémentaires. On avait donc beaucoup de matériel sonore et on a dû procéder à une sélection…
AU : Il a fallu détruire beaucoup de musique pour réaliser une oeuvre unique. Parfois, l’idée était de prendre trois morceaux pour n’en faire plus qu’un. C’était manifestement prolifique, mais ça a pris beaucoup de temps.
GB : Nous sommes vraiment ravis d’avoir fini. Pour moi c’est le meilleur disque qu’on ait réalisé, comme une sorte d’accomplissement. Nous en sommes très fiers.Avez-vous ressenti une pression de la part de la maison de disques pour réaliser un nouvel album ?
GB : Nous avons toujours eu la chance d’avoir une certaine liberté.
AU : C’est vrai, bien que nous ayons vendu des disques sous contrat, nous n’avons jamais ressenti de la part d’une maison de disques la pression de faire quoi que ce soit d’une manière particulière.
GB : Artistiquement, on a toujours eu le contrôle. Personne ne nous a dit ce que nous devions faire, quelle musique nous devions écrire, quel clip nous devions réaliser. Des gens ont essayé, mais pas longtemps…
AU : Pour le premier album ‘Dummy’, on n’a pas fait les choses « à l’américaine ». On a juste fait appel à des amis qui nous aidaient sans nous dire quoi faire. Sinon, ça serait devenu ridicule…
GB : Surtout que les majors préfèrent investir dans des trucs comme James Blunt…
AU : J’adore James Blunt… C’est un génie !
GB : Je sais que tu l’adores… (rires)Comment vivez-vous la forte attente du public pour ce nouvel album, après toutes ces années ?
GB : Nous ne voyons pas beaucoup le public ! Nous avons bien sûr un site internet et des blogs pour communiquer avec lui. Evidemment, les gens s’y intéressent, mais la pression, nous nous la mettons déjà nous-mêmes.
AU : Quand on se met à écrire de la musique, on n’a aucune idée de ce qui peut se dire alors on n’a pas vraiment de pression extérieure.Comment réagissez-vous à la critique ?
GB : Tous les critiques ont tort. Ils écoutent un disque ou vont à un concert et cherchent à saisir de quoi vous parlez, qui vous êtes. C’est stupide !
AU : Le problème vient surtout de la question du trip-hop. Tout le monde veut classer, étiqueter, chercher quelle sorte de trip-hop nous faisons. Mais on ne raisonne pas comme ça. Une critique qui disserte là-dessus a forcément tort. En même temps, je serais intéressé de lire des mauvaises critiques de l’album car elles ont parfois raison sur certains points, quand le journaliste sait de quoi il parle.
GB : En fait, c’est une question d’opinion. Les gens s’intéressent à différents aspects. Certains adorent vraiment ‘Glory Box’. D’autres préfèrent ‘Machine Gun’. Tout dépend des préférences musicales.L’album ‘Third’ est marqué par de nombreux changements au niveau des sons et des ambiances. Comment l’expliquez-vous ?
AU : C’est une façon naturelle de quitter ce qu’on était avant. Mais je pense que le sentiment partagé pendant la création a été le même que celui que nous avons toujours eu. Les nouveaux sons proviennent sûrement des musiques que nous écoutons, de nos sujets de discussion, de la façon dont nous pensons que la musique devrait être.
GB : Quand vous écoutez ‘Dummy’, ‘Portishead’, et enfin ‘Third’, vous pouvez voir la progression. C’est une progression naturelle. Parce que le son de ‘Dummy’ était absorbé par le « mainstream » et les médias, les gens se faisaient une idée de qui on était… Mais la manière dont on a procédé pour chaque morceau depuis le début est toujours la même.Quelles sont vos références et inspirations actuelles ?
AU : Nous sommes allés régulièrement écouter les autres groupes dans les festivals. Et quand on écoute les groupes autour de nous, ils ont toujours d’une certaine manière un peu d’influence sur notre propre musique. Nous avons écouté de la musique électronique, expérimentale…
GB : Ou regardé des songwriters en cherchant l’inspiration pour nos propres chansons…
Si l’on se projette, comment aimeriez-vous être perçus dans dix ans par le public ?
GB : Comme un groupe révolutionnaire, précurseur ou simplement comme un bon groupe…
AU : J’aurai 60 ans…
GB : Et moi 45 ! (rires) -
Daho : « Imposer quelque chose »
Samedi 24 Mai 2008
Daho: « Imposer quelque chose »Propos recueillis par Eric MANDEL
leJDD.frDans la foulée de son dernier album, L’Invitation, Etienne Daho parcourt la France depuis trois mois -et jusqu’en décembre- dans le cadre d’une tournée intimiste dans des salles à dimension humaine. Il sera à l’Olympia à partir du 3 juin prochain. Le JDD.fr l’a rencontré lors de son passage à Rennes. Interview…
Daho tout en haut
Comment se déroule cette tournée?
C’est un marathon invraisemblable. On joue presque tous les soirs, à un rythme soutenu, avec parfois six concerts par semaine. Le show est très long, presque 2h30, c’est assez athlétique. Moi qui n’aime que les shows à l’anglaise d’une heure un quart! En tant que spectateur, je me fais chier au bout d’une heure et demie. La précédente tournée était bien plus courte car j’avais d’autres projets, notamment la production d’albums d’autres artistes. Et puis c’était une tournée des Zéniths dans les grandes villes. Une tournée très différente car elle était basée sur la dynamique très rock et brute de l’album Réévolution. Dans le show, il y avait beaucoup de tubes, ce qui est très pratique dans des salles comme le Zénith. Là, on a opté pour une tournée plus intimiste avec moins de tubes.
Fatigué des grandes salles?
J’aime beaucoup les Zéniths, mais je préfère les endroits faits pour la musique. Jouer dans une salle où l’on est ensemble dans une espèce de petite transe, entre nous. Et puis je veux voir les gens, c’est important pour moi. Je n’aime pas être comme un lapin dans les phares, ne rien voir.
Les 19 et 20 mai derniers, vous avez fait escale à Rennes pour deux concerts très chargés émotionnellement…
Je jouais à domicile. Rennes représente une partie très importante de ma vie. J’ai tout connu ici. Je suis arrivé ici, j’avais huit ans. Je venais d’Oran. Je suis née une seconde fois à Rennes. Mon premier concert, c’était à Rennes. Dans la salle où je viens de me produire. C’est un peu comme si le jeune homme débutant me demandait des comptes aujourd’hui. « Alors, est-ce que ça correspond au rêve qu’on avait tous les deux? ». La réponse est oui. J’ai exactement les mêmes envies, faire des chansons, m’exprimer, partager. En tout cas, j’essaye de me faire plaisir. Comme ce jeune homme à l’époque…
Durant le concert, vous avez évoqué, avec la chanson Promesses, le souvenir de ce premier concert donné il y a 25 ans. Nostalgique?
Je n’ai aucune nostalgie, j’ai été heureux de retrouver l’endroit intact… il n’a pas bougé. A l’époque, j’avais fait cinq titres qui allaient devenir les chansons de Mythomane, mon premier album. Les Modern Guys faisaient les choeurs. Le groupe Marquis de Sade m’accompagnait. Son leader, Franck Darcel fut le premier à m’aider pour mes premières maquettes. Et ils étaient là à Rennes pour mon concert… Mon premier concert, c’était le grand plongeon, comme un saut en parachute, je m’étais fait violence, car je ne suis pas vraiment exhibitionniste, ce n’est pas le fond de ma nature. J’avais vomi avant le concert. Et en fait j’ai eu de très bonnes critiques, ça m’a permis de signer après avec une maison de disques. Je n’avais jamais fait de concert, sinon durant une scène aux toutes premières Transmusicales. Je jouais dans une espèce de groupe à géométrie variable, on faisait n’importe quoi, une sorte de happening. Et j’étais là, tellement bourré, pas loin du coma éthylique, et j’ai eu le hoquet pendant tout le concert, les gens croyaient que c’était la peur, en fait, non j’avais trop bu.
Durant votre tour de chant, vous parcourez 25 ans de carrière. Comment vous choisissez les chansons d’un concert?
Toutes les chansons sont la somme d’un tout. Ma discographie, c’est un livre et chaque album serait le chapitre de ce même livre. Le but était aussi de rendre digeste un concert long de deux heures et demi. J’ai pris au moins six mois pour déterminer la set-list. J’ai répété une quarantaine de chansons pour n’en retenir qu’une trentaine. L’objectif de base était de ne pas faire dans la nostalgie. Je suis un homme d’aujourd’hui avec un nouvel album que j’adore jouer sur scène. Il existe une cohérence à le mélanger avec d’anciennes chansons. Certaines se répondent, se complètent, sont en rupture, alternent légèreté et gravité… En fait, j’essaye d’imposer quelque chose. On passe par plein d’endroits et plein de moments. Le début du show ne tend pas la main, il n’y a pas de flatterie, aucune drague. Les gens sont un peu impatients, ils ont envie de bouger, de témoigner des choses… Mais c’est bien de retenir, de ne pas être dans une démarche facile. Au bout d’un moment, c’est bien aussi de les attraper par le slip et de dire: « bon voilà, on se lâche! ».
L’Invitation est un album assez hédoniste…
Oui, globalement, c’est « lâchons nous, bouffons la vie ». C’est le mot d’ordre de l’album: Carpe Diem. C’est sans doute le côté oriental que j’ai en moi, même de façon inconsciente… La vie est courte, on a souvent l’impression d’être immortel. Quelle erreur! Gamin, en Algérie, pendant la guerre d’indépendance, j’ai vu la mort de très près. J’étais dans l’appartement avec ma mère et ma soeur, l’appartement brûlait, j’ai failli me faire buter. J’avais quatre ans… Je me sens vraiment un survivant, j’ai failli mourir plusieurs fois. Très tôt, j’ai vécu avec cette conscience aiguë de la fragilité de la vie et de l’urgence de la protéger et d’en profiter.
L’une de vos chansons débute par cette phrase: « Je suis escorté par la chance ». C’est la clef de votre longévité?
Certainement. Je reviens de loin, je suis passé à travers beaucoup de choses, sans avoir altéré ou abîmé la personne que je suis vraiment. J’ai eu la chance de pouvoir avancer dans ma vocation. J’en suis excessivement conscient. J’ignore d’où elle vient, cette « baraka »… En même temps, la chance, ça se cultive. Elle n’arrive jamais par hasard. Il faut aussi savoir la provoquer.
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Madonna et les VIP
Henri Guaino a assisté au concert VIP de Madonna à l’Olympia. Après Chirac qui s’était également rendu au show de la madone au Parc de Sceaux dans les années 90, qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour paraître et racoler !
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A Bréhat
Au retour de l’île de Bréhat le bateau qui ramène les visiteurs en 10 mn sur le continent croise un petit voilier jaune qui zigzague au milieu des cailloux et dont la grande voile blanche est marquée des lèvres de Rolling Stones. Petit clin d’œil à Mick et Keith au milieu du canal de l’Arcouest !
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Du rock à la politique
Peter Garrett, ex-chanteur de Midnight Oil est ministre de l’écologie du gouvernement australien. Qu’est ce qu’on aimé les Midnight Oil durant les 80’s, dansé sur Beds are Burning :
How can we dance when our earth is turning/ How do we sleep while our beds are burning !
Et pourtant nous dansions quand même. Et Dead Heart, quel tube :
We carry in our heart the true country/ And that cannot be stolen/ We follow in the steps of our ancestry/ And that cannot be broken/…/ Forty thousand years can make a difference to the state of thing/ The dead heart lives here.
Allez, le leader d’un groupe qui a écrit de telles odes musicales à la planète a sa place au gouvernement, il sera largement aussi bon que les verts français dans les palais du VIIème arrondissement.
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« Land 250 » de Patti Smith à la Fondation Cartier
Land 250 c’est le nom du Polaroid à soufflet de Patti Smith qui l’accompagne dans la vie.
L’artiste dédicace le catalogue de ses photos et déambule au milieu des objets et des images de sa vie, toujours habillée comme l’as de pique, ses éternels godillots rangers punky, jean extra-usé et veste avachie de garçonne, lunette ronde intello, chevelure embrouillée, s’arrête à mon niveau, prend le temps d’échanger deux compliments et trois remerciements avec moi, je reste transi… Dieu descendu sur terre pour me parler, et je poursuis mon parcours dans la vie de cette artiste.
Une exposition pour fans hyperspécialisés, pleine de nostalgie et de poésie, d’énergie et d’espoir. Un film avec ses banjos-boys, interprétant Smells Like Teen Spirit et remerciant William Blake au générique. Un autre à Charleville-Mézières où elle erre sur la tombe de Rimbaud en récitant Une Saison en Enfer (elle va jusqu’à méditer dans les toilettes d’Arthur au fond du jardin). La célèbre session de Mapplethorpe la photographiant en vestale voilée de blanc pour la couverture d’Easter. Des photos timbres-poste prises tout au long d’une vie avec un vieux Polaroïd à soufflets, qui est d’ailleurs exposé. Des shoots des tombes de Walt Withnan, d’églises diverses, de croix de statues de cimetières. Beaucoup des symboles religieux : couronne d’épines, croix, etc. Des pièces squat où elle récite d’une voix profonde et sombre les proses de sa vie, des poèmes écrits par elle ou ses poètes favoris.
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« Berlin » de Julian Schnabel
J’ai vu ce soir, pétrifié d’admiration, le film de Julian Schnabel sur la tournée 2007 Berlin de Lou Reed. Un excellent complément du concert de l’an passé au Pavillon des congrès. Les gros plans permettent de mieux partager le travail créatif des musiciens. En bonus par rapport aux concerts français nous avons Antony (d’Antony & The Johnsons) qui chante dans les chœurs et interprète Candy Says en duo avec Lou pour le premier rappel.
La voix de Lou est terrifiante de gravité et de simplicité. Sa complicité avec Steve Hunter saute aux yeux. On sort de ce film le cœur serré.
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Le rock à l’affiche
Patti Smith en vedette en France pour les prochaines semaines : alors que son exposition sera inaugurée à la Fondation Cartier pour l’art contemporain le 28 mars, elle sera la rédactrice du numéro de Libération de mardi et la vedette d’une soirée Arte la semaine prochaine. Le film de Julian Schnabel sur la série des concerts Berlin de Lou Reed de l’an dernier sort mercredi prochain en salles. La culture rock est toujours vivante et résiste sans difficulté à la Star Academy, Dieu merci.
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Bjork soutient le Tibet
Bjork termine un concert à Shanghai en plaidant pour le Tibet. Le comité central du parti communiste chinois en est tout retourné.
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Patti Smith – Land 250
Patti Smith poursuit son histoire avec la France et choisit la Fondation Cartier pour l’art contemporain pour y réaliser Land 250 l’exposition consacrée à ses photos, petits cailloux blancs semés au long d’une route droite qui nous mènent vers un univers sombre et poétique. Il faut prendre le temps de se pencher sur ces jalons d’une vie extraordinaire, sur ces signes qui ont guidé une artiste multiforme extrêmement séduisante.
Land 250 c’est le nom du Polaroid à soufflet qui l’accompagne dans la vie depuis le début des années 70 et qui est d’ailleurs exposé dans une vitrine. L’exposition se tient dans la pénombre du sous-sol. Les photos, exclusivement noir et blanc, format timbre poste, sont exposées sur les murs. Au centre trônent quelques fauteuils club sur un tapis et autour de ce salon de circonstance pendent des écrans translucides sur lesquels sont projetés des films (noir et blanc, en fait plutôt noir et gris), les spectateurs se tenant sous une espèce de dais qui sonorise la projection sans (trop) déranger le reste de l’assemblée.
On y voit la mise en image, plus ou moins scénarisée, de Summer Cannibals et surtout de Smells Like Teen Spirit, le classique de Nirvana repris au banjo sur l’album Twelve. A l’écran, les banjo boys croisent le chat de Patti qui se faufile au milieu des bibelots de son appartement, s’arrêtant face au buste de William Blake. D’ailleurs Blake est au générique à coté de Kurt Cobain, le lien est osé. Un autre film, Still Moving, est consacré à la légendaire séance de photos de Mapplethorpe (également réalisateur du court métrage) qui firent la couverture de Wawe. Patti est jeune, vêtue comme une vestale de voiles blancs et usés, dans une pièce toute en tentures immaculées. Elle prend des poses improbables sous la direction de son ami si cher. Et la session se termine en explosion de colère et de noirceur.
A Charleville-Mézières ont la voit errer sur la tombe d’Arthur Rimbaud (a bad seed with a golden spleen) et méditer dans ses toilettes au fond du jardin en récitant Une Saison en Enfer. Dans Long for the City elle déambule dans sa ville de New York, violée par Donald Trump, mais au cœur de laquelle elle retrouve encore le passé qui se mêle au présent dans une certaine harmonie urbaine.
Les photos nous promènent aux Etats-Unis et au cœur de la vieille Europe, tout est immobile et comme en sustentation, on y voit surtout des statuts et monuments, du flou et des gris, beaucoup de ces cimetières où sont enterrés les artistes qui l’inspirent et l’accompagnent : Virginia Woolf, Rimbaud, Blake, Whitman, Susan Sontag. Seules les images de ses enfants viennent donner un peu de vie à cet album morbide.
Des vitrines sont dédiées à des thèmes particuliers illustrés de ses notes personnelles prises sur des cahiers épars, des feuilles de papier attrapées au vol, des enveloppes récupérées, des lettres à Robert Mapplethorpe, des moments partagés avec Paul Bowles, des lettres d’amour à son mari Fred « Sonic » Smith ; des souvenirs de tous ces morts qui l’entourent et la hantent.
De son écriture difficilement lisible elle note :
[No] light without shadow/ Rimbaud was a rolling stone/ Are all the prophets persecuted?/ He was so damn Young
Et soudain, au détour d’un dessin, l’artiste apparaît, déambulant au milieu des objets et des images de sa vie, toujours habillée comme l’as de pique, ses éternels godillots rangers punky, jean extra-usé et veste avachie de garçonne, lunette ronde intello, chevelure embrouillée, s’arrête, prend le temps d’échanger 2 compliments et 3 remerciements avec le chroniqueur transis… Dieu descendu sur terre parle à ses apôtres !
Un montage irréel clôture l’exposition : des films de vagues agitées dans ce qui pourrait être l’entrée de New-York, projetés au mur et sur un grand écran tendu parallèlement au sol, et une longue récitation lyrique qui plongent le spectateur dans une sombre méditation poétique, seulement bercé par la voix grave de Patti et les mouvements de l’océan. C’est en anglais (sophistiqué) bien sûr, mais qu’importe, le sens est aussi dans la musique.
Une merveilleuse exposition (pour spécialistes tout de même) qui laisse un goût étrange, celui de l’univers d’une poétesse mélancolique qui a su transcender les ingrédients amers d’une vie underground. Une artiste qui pour survivre a plongé ses racines vers les étoiles pour y capter la sève de la création. Une grande Dame qui n’a jamais abdiqué (People Have the Power). On aime l’accompagner au long des proses de sa vie comme l’on aime passionnément la musique de cet ange beat, depuis plus de 30 ans, depuis Horses.
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Changement d’époque au Chelsea Hotel
Stanley Bard, fondateur et animateur du Chelsea Hotel de New-York, est débarqué par ses actionnaires. Après le CBGB fermé il y a quelques mois c’est un autre mythe du New-York underground qui s’efface pour cause de rentabilité insuffisante. Andy Warhol, Lou Reed, Patti Smith, Arthur Miller, Jean Baudrillard, William Burroughs, Milos Forman, Denis Hopper et tant d’autres ont été accueillis par Stanley pour y créer cette culture urbaine et poétiquequi irrigue nos veines.
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Radiohead – Interview 2008
Après avoir violenté l’industrie musicale en proposant son nouvel album, Radiohead prend tout le monde à rebours et l’édite en CD. Thom Yorke et Ed O’Brien reviennent pour nous sur ce disque conçu dans la douleur.
C’était le 10 octobre dernier, il y a à peine plus de deux mois, et on a l’impression que c’était il y a déjà un siècle : Radiohead prenait tout le monde (médias, industrie, fans) par surprise en sortant un album, In Rainbows (le premier depuis Hail to the Thief en juin 2003), uniquement en téléchargement. Et en proposant aux internautes d’en fixer eux-mêmes le prix, avant de leur donner la possibilité d’acquérir pour Noël une édition très luxueuse, onéreuse et limitée, en forme de coffret vendu par correspondance.
Cette méthode, qui se passait des services d’une maison de disques et faisait tout reposer sur les épaules du groupe et de son management, a fait beaucoup de bruit, des journaux télévisés aux quotidiens économiques. Et elle a peut-être légèrement éclipsé la majesté même de l’album, son élégance centrale. Car, tout en utilisant des méthodes de distribution inédites et révolutionnaires, qu’eux seuls pouvaient se permettre, les musiciens de Radiohead livraient en même temps un album chargé de doute et de mélancolie, composé à l’ancienne et ne durant pas plus que le temps nécessaire : c’est-à-dire celui de deux faces de vinyle. Joli paradoxe à l’ère du tout-numérique et de l’immatérialité croissante de la musique.
Et puis, quelques semaines plus tard, comme pour prendre tout le monde à revers et aller à l’encontre des analyses qui voyaient en eux des révolutionnaires du net, prêts à mettre à bas l’industrie du disque, Thom Yorke et ses copains ont choisi de sortir leur disque dans un format de CD classique, mis dans les bacs le 31 décembre. Histoire que les vieux fans puissent eux aussi le ranger sur leurs étagères ? Peut-être, mais sans doute aussi pour pointer le fait que, quel que soit le format ou la manière de l’acheter, un album demeure avant tout cela : un moment de musique qui nécessite un investissement (financier, affectif) de la part de son auditeur.
Dans dix ans, on écoutera encore In Rainbows, en ayant sans doute oublié les circonstances de sa sortie : on n’en retiendra que la belle et gracieuse facture. Qui a nécessité, selon le chanteur Thom Yorke et le guitariste Ed O’Brien, beaucoup d’errements et de remises en question.
ENTRETIEN
Quel effet cela fait-il de parler d’un album qui est sorti il y a deux mois et que beaucoup de gens ont déjà téléchargé et écouté ?
Thom Yorke – Quand l’album est sorti sur le net, il ne s’est rien passé pour nous : nous étions chacun chez soi, à attendre… Et quelques semaines plus tard, il nous a fallu en parler, et c’était une situation étrange, qui inversait l’ordre habituel des choses. Mais c’était plutôt agréable d’expliquer ce que nous cherchions à faire.
Ed O’Brien – Ce qui est agréable, c’est surtout de ne plus être confrontés à cette question typique et terrifiante de la part des journalistes : “Pourriez-vous expliquer à nos lecteurs ce qu’il en est de ce disque, à quoi il ressemble et comment il sonne ?” Quelle délivrance !
Comment avez-vous perçu les diverses interprétations de ce disque ?
Thom – Pour être franc, nous sommes certainement les deux personnes qui ne lisent jamais rien du tout, jamais, de ce que l’on écrit sur le groupe. Nous ne lisons aucune chronique, aucune analyse. Tout ce que nous avons appris, nous le savons à travers ce que nous répètent des journalistes qui nous interviewent à propos de ce qui a été écrit ou raconté.
Ed – Apparemment, il y a eu des choses invraisemblables échafaudées sur cet album, des théories développées par les cercles de fans les plus hardcore, qui écoutent sans doute le disque à l’envers, histoire d’y trouver des indices.
Thom – Ma stratégie est de confirmer toutes les interprétations, de dire oui à toutes les hypothèses. Parce qu’après tout je n’ai envie d’énerver ni de contrarier qui que ce soit…Finalement, est-ce si important de sortir In Rainbows en CD ?
Thom – Extrêmement important. C’était même l’une des conditions indispensables pour pouvoir agir comme nous l’avons fait. Pour deux raisons : la première est que nous ne sommes pas d’accord avec l’idée que l’internet serait la solution à un quelconque “problème” – de fait, nous ne sommes pas non plus d’accord avec cette vue de l’esprit qui voudrait qu’il existe un monde parallèle, le monde virtuel de l’internet, dans lequel les choses seraient meilleures… Ensuite, nous n’aimions vraiment pas l’idée de travailler si dur sur un album et que les gens qui aiment la musique ne puissent pas en posséder un exemplaire, comme nos autres disques. Cela nous semblait bête, obtus.
Ed – En enregistrant le disque, je me souviens que Nigel Godrich (producteur attitré de Radiohead – ndlr) s’énervait tout le temps et disait sans cesse : “Je déteste ce putain d’internet”.
Thom – Oui, mais en même temps, il passait des heures à lire les commentaires sur le net. Mais pourquoi faire ça ? Pourquoi lire tout cela ? Il ne faut pas se fier aux écrits de quelqu’un qui ne vous dit pas les choses face à face.La décision de sortir In Rainbows sous forme de mp3 a-t-elle changé quoi que ce soit dans le montage ou la composition du disque ?
Thom – ça n’a rien changé du tout. Ça n’a pas été un problème dans la composition et ça n’a affecté en rien le résultat final. Le problème était juste de trouver la manière la plus adéquate pour que les morceaux aillent bien ensemble : ça a l’air tout simple à dire, mais c’est vraiment un putain de cauchemar à faire. Car, joués dans un certain ordre, les morceaux de cet album peuvent être trop lourds à digérer, peu supportables. Surtout, nous avons délibérément décidé de nous tourner vers le modèle des disques classiques qui duraient quarante-cinq minutes – ou même moins s’il s’agit de certains albums de Marvin Gaye… C’est de cette manière, je crois, que l’on fait les déclarations les plus frappantes, celles auxquelles l’auditeur revient, donne du temps, encore et encore. Sinon, les choses mettent trop de temps, s’étirent et l’on perd intérêt à s’y plonger.
A mesure de l’écoute, le disque se fait plus mélancolique, et il est très différent en cela de Hail to the Thief, qui l’a précédé il y a quatre ans.
Thom – Oui, d’une certaine manière. Mais nous devions aussi débuter l’album par quelque chose de très énergique, parce que nous avons été loin pendant si longtemps… Il nous fallait trouver la meilleure façon de donner des portes d’entrée aux gens, ainsi que des moments de repos au sein du disque, tout en restant très cohérents avec cette idée de réaliser la meilleure chose possible. Et puis aussi, j’espère qu’arrivés à un certain point de l’écoute, les gens se retrouvent totalement perdus, sans savoir à quoi s’attendre. J’espère que cet album les met dans un état d’esprit ouvert à toutes les possibilités.
C’est en tout cas un disque moins en colère, moins énervé contre son époque.
Thom – Oui, mais j’ignore pourquoi.
Est-il plus intimiste parce qu’il a fallu plus de temps pour le faire ?
Ed – Je crois que c’est le temps de la vie qui s’est imposé à nous. Je réécoutais The Bends et j’ai été frappé d’entendre à quel point ce disque était colérique, geignard, avec beaucoup d’énergie, mais habité par énormément de colère. Il y en avait aussi beaucoup dans Hail to the Thief. Mais pour cet album-ci, la colère n’était pas l’émotion la plus appropriée. Par exemple, une des choses que j’ai adorée cette fois dans les paroles de Thom, c’est leur intemporalité. Les premières lignes du morceau House of Cards, “I don’t wanna be your friend, I wanna be your lover” (“Je ne veux pas être ton ami, je veux être ton amant”) pourraient être tirées d’une chanson de Sam Cooke, de Stevie Wonder, de Prince. Ces mots frappent juste, dans quelque chose de très intime.
Thom – Hail to the Thief essayait de débuter une bagarre, un combat. Mais je crois qu’en enregistrant In Rainbows j’étais très las d’absorber le monde extérieur dans notre musique. Et la nature intime de cet album est une sorte de réponse personnelle à un étrange climat de peur générale. C’est notre manière de fermer les volets, de laisser l’instinct de survie nous guider : ne faire confiance à rien d’autre et ne se fier qu’aux gens autour de soi.Etait-ce aisé à accomplir ? Qu’y avait-il de profondément différent cette fois-ci ?
Thom – Je travaille avec ce que j’ai, je fais avec les moyens du bord. Pour le moment, j’en ai plus qu’assez du copier-coller. Mais aussi du “stream of consciousness” (littéralement, le “flux de conscience” – ndlr), du fait de coucher mes pensées sur des pages et des pages. Cette fois-ci, le premier jet s’est imposé la plupart du temps. C’est sans doute la première fois que je m’en remets autant à mon instinct. D’habitude, les chansons mettent du temps à sortir, je réfléchis beaucoup à leur signification. Là, j’ai tenté d’éviter ce processus et de tout cracher, tout faire jaillir d’un coup. Ce que je redoutais en faisant des interviews, c’était de devoir expliquer toutes ces choses que j’ai en fait écrites de manière très spontanée.
Ed – Il y a eu des moments très semblables à ce que nous faisions avant. Mais il était évident qu’il y avait des choses différentes en train de se dérouler là. Et ce n’est qu’après coup, durant les interviews, que j’ai compris, en entendant Thom s’exprimer, s’analyser, qu’il avait vraiment changé des choses, mais aussi que cette fois il ne voulait pas trop expliquer ses textes. Personnellement, j’ai été très touché par les paroles de cet album, par ce qu’elles racontent sur la condition humaine et comment elles touchent à l’universel : après tout, nous ne sommes pas différents des autres hommes.Après toutes ces années, est-ce toujours une joie d’enregistrer un album ?
Ed – Cette fois, nous avons souffert au début des sessions d’un vrai manque de confiance en nous. Il y avait donc moins de moments drôles que d’habitude. Nous avions tout de même la volonté de travailler très dur. Mais nous n’avions pas vraiment de fondations sur lesquelles reposer. Nous doutions beaucoup. Depuis Ok Computer, nous sommes devenus très bons dans l’exercice qui consiste à reporter les décisions, à ne pas trancher sur des choix de morceaux, à perdre le fil d’une chanson. Puis, nous avons compris au fil des sessions qu’il fallait faire davantage confiance à nos instincts et à nos sentiments profonds : c’est ce que j’ai appris de plus important durant la réalisation de cet album.
Thom – Plus on laisse les choses traîner, plus on a l’impression d’être dans un vide intersidéral. Plus exactement, Nigel a dû nous sortir de la merde alors même que nous y étions très profondément enfoncés. Nous ne savions même pas si nous avions envie de continuer. Bien sûr, il y avait ces chansons que nous aimions et nous avions envie de les terminer, mais sans être certains d’y parvenir. A un moment, j’ai pensé être maudit, pris dans un tourbillon infernal. Nigel nous a souvent poussés à trancher, à terminer les choses. La plupart du temps, nous trouvions une bonne idée et on ne s’en occupait plus, on ne voulait la reprendre que le lendemain, ou une prochaine fois. Heureusement, Nigel était là pour nous dire que là, c’était le meilleur moment pour finir le morceau, pas demain, pas une autre fois.L’âge a-t-il joué un rôle dans cette crise ?
Thom – Oui, bien sûr. Nous avons pris une longue période de pause et avons pu avoir chacun le luxe de passer du temps au sein de nos familles, de voir nos enfants naître et grandir. Le premier mois où l’on se met dans cet état d’esprit, tout le reste est effacé et on n’est plus certain de la réalité qui précédait, de l’autre vie. Pour chacun de nous, il y a une stricte séparation entre la vie privée et la vie de musicien : nous ne souhaitons pas et ne voulons pas mélanger les deux. Lorsque je suis en famille, j’oublie tout et je me pose souvent des questions du genre : “Ai-je vraiment fait tout cela ? Ai-je réellement fait partie d’un groupe connu à un moment de ma vie ?” Mais bon, au bout d’un moment, nos familles se sont mises à nous jeter dehors : “Allez, va bosser un peu, retourne travailler.”
Ed – Quand on est avec la famille, tout est pour la famille. Et avec le groupe, tout est pour le groupe. Quand je reviens de tournée, je rentre à la maison, j’oublie ce qui vient de se passer et je me mets à la vaisselle ! Mais en même temps, que c’est difficile de tout cloisonner, de ne pas laisser une partie de sa vie nourrir un peu l’autre ! C’est une lutte.Cela implique une part de schizophrénie ?
Thom – Oui, totalement.
Sortir l’album en mp3 était-il une manière de chercher à faire les choses sur une autre échelle ?
Thom – Une des conditions impératives pour continuer le groupe était de le faire à un rythme et à une taille qu’il nous est possible de contrôler, pour ne plus nous sentir comme une partie d’une entité bien plus vaste que nous et que nous ne servions qu’à nourrir. Quand nous avons voulu sortir In Rainbows en mp3, il n’y avait que dix personnes impliquées, assises autour d’une table, chez moi.
Combien auriez-vous payé pour télécharger cet album s’il n’avait pas été le vôtre ?
Thom – Je vais m’attirer des ennuis en disant que j’ai téléchargé notre album sans rien payer… Mais je n’avais plus d’exemplaire et il m’en fallait un pour ma mère…
Ed – J’aurais sans doute payé 5 livres (7 euros). Personnellement, je vais acheter dix exemplaires du coffret luxueux et limité qui sort et je vais demander une petite remise aux autres.Joseph Ghosn
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Morrissey se lâche au NME
Interview de Morrissey au New Musical Express qui provoque l’émoi au Royaume-Uni :
« Les frontières de l’Angleterre ont été submergées (…) On a soldé l’Angleterre (…) Si vous vous promenez dans le quartier de Knightsbridge, vous n’entendrez plus un seul accent anglais. Vous entendrez des accents de la planète entière, mais aucun accent d’ici (…) Vous ne pouvez pas dire : “Allez, tout le monde peut venir habiter chez moi, installez-vous sur mon lit, prenez ce que vous voulez, faites ce que vous voulez”. Ça ne marcherait pas (…) Ce que l’Angleterre est devenue n’a rien à voir avec ce qu’elle était. C’est déplorable, nous avons tant perdu au change… ».
Pour sûr ce n’est pas très politiquement correct et le Moz est coutumier du fait. Cela ne nous empêchera pas d’aller assister à son concert de février prochain, c’est un musicien flamboyant.
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Concert de l’orchestre du conservatoire de Paris à la salle Pleyel
Cet orchestre de musiciens talentueux joue : L’Oiseau de feu de Stravinsky, le concerto en sol de Ravel et Tableaux d’une Exposition, une pièce de Moussorgski orchestrée par Ravel. Des professionnels de 20 ans qui jouent avec l’enthousiasme de leurs jeunes années. Ils remportent un franc succès. Le deuxième mouvement du concerto de Ravel une expérience musicales des plus émouvantes.
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Fred Chichin est mort
Fred Chichin, guitariste des Rita Mitsouko, est mort hier d’un cancer foudroyant. Nous l’avions encore vu en août dernier au festival Rock en Seine où les Rita Mitsouko nous avaient gratifiés d’un set de toute beauté nous rappelant toutes ces années où ils incarnèrent le glam-rock français, depuis Marcia Baila en 1985 jusqu’à leur dernier disque cette année Variety. Adieu l’artiste !

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Brisa Roché : interview
Un vent folk nommé Brisa Roché
Après The Chase qui lui avait valu toutes les éloges, Brisa Roché, Californienne exilée à Paris, sort le 5 novembre un nouvel opus appelé Takes. Ce disque, chanté entièrement en anglais, clôt définitivement la parenthèse jazz ouverte par la jeune et jolie femme qui avait fait de Saint-Germain des Prés son terrain de scène en débarquant chez nous. Elle se recentre sur ses racines : du folk, teinté de psychédélisme, de country. Une voix toujours si particulière et des sons un peu rétros. Une somme de délicatesse. Elle répète sa tournée à Lille, au local de Marcel et son orchestre.
Que fais-tu à Lille, Brisa ?
« Je répète depuis mardi mon passage à l’émission live le Pont des artistes, qui sera enregistré mercredi et diffusé le 27 octobre sur France Inter. Je reviendrai ensuite préparer mon premier concert à La Maroquinerie à Paris, le 13 décembre. »Cet album était prévu en mars, avec une date à la Cigale, à Paris. Pourquoi ce retard ?
« J’ai changé de maison de disques. J’étais chez EMI, et puis ça a complètement bougé là-bas. Tout a été bousculé, les équipes, les manières de travailler… Il n’y avait plus de place pour ce disque. Alors je suis partie. L’album va sortir chez Discograph. En plus, je suis en train de reformer le groupe. »Ce projet dépasse le simple cadre musical, il n’y a qu’à regarder la photo de l’album, très sensuelle…
« Je ne m’attendais pas à ce qu’on la remarque. Je trouvais au contraire que la pochette du premier disque (avec son seule visage) était beaucoup plus « pornographique ». Je ne l’ai jamais aimée. Là, je ne vois rien de sexuel. J’ai toujours été à l’aise avec le corps nu. Quand je travaille, quand je suis en pleine puissance de moi-même, je suis toujours nue ou à moitié nue. Je me sens moi-même, naturelle. Quant à ce genre de culotte, j’en ai plein. Je les porte en short, en maillot de bain… »
Cette photo peut faire penser à la première scène de Lost in translation avec Scarlett Johansson, en culotte, debout sur le lit. Et puis il y ce côté Björk… Elle s’interroge.
« Scarlett Johansson ? Quelle scène ? Ah oui, ça me fait plaisir, mais je n’y ai pas pensé au moment de la séance photo. Björk ? Non, le regard n’est pas pareil… » Elle semble en avoir un peu assez de cette comparaison.
Et puis il y a les micros et les casques, qui t’habillent…
« C’est un signe fort. J’ai enregistré la maquette toute seule. Ça a changé ma vie d’être égal à égal avec des garçons qui me parlaient de logiciels que je ne maîtrisais pas. Là, même le mixage, je suis allée à New-York et j’y ai vraiment participé. »Tu voulais que rien ne t’échappe ?
« Oui, j’ai été déçu par le premier disque, dont je ne suis pas très fière. Celui-ci, c’est moi. Il y aura d’ailleurs un artwork livré avec le disque, avec des photos, et j’espère publier une nouvelle. J’ai enregistré les maquettes seule, dans mon village de Californie, à six heures au nord de San Fransisco. La ville s’est arrêtée en 1969. On écoute toujours Hendrix, Janis Joplin, Jefferson Airplane, les Stones, Joni Mitchell ou du bluegrass, voire de la country, Arlo Guthrie ou Johnny Cash. Mon enfance a été baignée dans cette culture folk, hippies. Ce sont mes racines et ce disque a été influencé par cet endroit. »Tu étais chez tes parents ?
« Non, dans une chambre du village. J’ai enregistré quarante morceaux en 18 jours. J’avais des textes, mes musiciens avaient composé des mélodies et moi aussi. Ça a été très intense, j’ai travaillé jour et nuit. J’avais pris l’habitude de composer à vélo, de m’arrêter et d’enregistrer avec mon petit enregistreur cassette. Mais pas là, je n’avais pas le temps. Je suis allée courir trois fois et j’ai fait une radio live, c’est tout. »Pourquoi quarante morceaux, d’ailleurs autant que pour le premier ?
« Avec EMI, on avait prévu 20 morceaux en anglais et autant en français. Mais mes traductions n’étaient pas terribles…» Elle sourit.Et donc sur ce disque, il n’y a plus de chanson en français…
« Non, il y en a bien trois qui ne sont pas sur le disque, dont un duo, mais je pense que je n’en ferai rien. »Il n’y a plus non plus Seb Martel… (guitariste de M)
« Non, j’aurais bien aimé, mais il est très occupé.»Ni de jazz…
« Non, le jazz a correspondu à une période de ma vie, entre 24 et 29 ans (elle en a 33). Pour le moment, c’est fini pour moi le jazz. C’est une façon de vivre et j’ai trop de respect pour ça. Encore une fois, j’ai vraiment préféré me replonger dans mes racines. Ça sonne folk, et même un peu country sur «Whistle». »Cette chanson reste vraiment en tête, c’est toi qui siffle ?
« Oui. Au début, on l’a fait tous ensemble. Mais ce n’était pas terrible. Alors je siffle seule. J’espère pouvoir faire siffler le public en concert. »Tu répètes donc dans le local des Marcel.
« Oui, je ne les connais pas, mais j’ai vu leurs affiches, elles sont très drôles. Quant à Lille, ça me fait penser un peu à Amsterdam. Je n’ai pas eu le temps de visiter beaucoup car on répète toute la journée. Je suis juste allée courir une fois, au bord du canal (la Deûle). C’est pas que je sois très sportive, mais je suis gourmande, alors je compense. Ici, la nourriture est bien riche. En plus, on est allée manger chez les uns et les autres, surtout chez les parents de l’équipe d’A gauche de la Lune (son tourneur, basée à Lille). Je reviens de dimanche à mardi et peut-être un peu après pour préparer le premier concert du 13 décembre à la Maroquinerie, à Paris. »Tu appréhendes ?
« Non, j’ai hâte. Je patiente depuis mars, il faut que ça sorte. Je ne me suis pas ennuyée pendant tout ce temps, mais dans ces moments, tu as tendance à rester chez toi, à ne pas aller dans les fêtes, puisque tu n’as rien de sorti, de chaud… »Qu’on t’assimile au mouvement néo-folk, avec Devendra Banhart… te plaît ?
« Devendra Banhart, je l’ai juste croisé pendant la promo, rien de plus. Je me suis toujours senti un peu exclue des familles. J’ai grandi dans un milieu rural, un peu seule, un peu sauvage. Alors quand on m’assimile à ce mouvement, je dirais que socialement, ça me plairait d’être avec eux. Je pourrais faire partie de quelque chose. Après, musicalement, je me dis qu’à notre âge, on doit avoir eu plus ou moins les mêmes influences. Mais chacun fait des choses différentes. »Tu sors un disque, tu as eu quelques difficultés avec ta maison de disque, comment tu vois l’avenir du marché?
Elle mime de se tailler les veines et de s’égorger. « Ça me donne envie de pleurer. Je vois mon avenir en tant qu’artiste encore plus précaire que prévu. On nous parle des tournées, mais moi, en tant que spectatrice, je ne me vois pas acheter quatre places de concerts par semaine. Pour l’instant, la technologie nous dépasse. Peut-être qu’une surprise, une solution va sauver tout le monde. Mais c’est l’inconnu. »Propos recueillis par LAURENT DECOTTE.
Photos KARINE DELMAShttps://musique.blogs.lavoixdunord.fr/archive/2007/10/19/un-vent-folk-nomme-brisa.html
19.10.2007
