L’accordéoniste Bogdan Nesterenko a présenté ce soir un nouveau programme et, toujours, son immense talent.
C’est avec une oeuvre de Rameau que le musicien ouvre la soirée qui sera centrée sur la danse, celles de son pays, joyeuses et entraînantes, d’autres venant de Norvège ; mais aussi des pièces plus tragiques, de Dvorak et l’immense Chaconne de Bach, écrite pour le violon, transposée ici pour accordéon, à la construction mathématique en 64 variations répétées sur 256 mesures, interposant une tonalité mineure entre deux majeures, alternant la virtuosité avec la méditation. Elle a été écrite par le Maître Bach à l’occasion de la mort de sa première épouse.
Bogdan marque un temps de silence, les yeux fermés, avant de se lancer dans ce monument de 15 minutes qui exige de son interprète autant de technique musicale que d’engagement émotionnel. Le résultat est époustouflant et laisse le public admiratif.
Deux pièces spécialement écrites pour l’accordéon sont aussi présentées ce soir. L’une d’un compositeur ukrainien, l’autre, plus contemporaine s’intitule « Guernica, 26 avril 1937 ». Ecrite par un compositeur espagnol, elle fait bien entendu référence au bombardement de la ville espagnole de Guernica par l’aviation des forces nazies et mussoliniennes en 1937. La composition évoque dans ses mouvements rapides la brutalité des bombes déversées par les avions félons et dans ses moments plus intimistes, la dévastation qui en résultat.
Entendre ce soir un accordéoniste ukrainien dont le pays est envahi par son voisin, jouer une pièce dédiée à Guernica, symbolise tristement la permanence de la barbarie du monde. Comme souvent, la musique essaye de panser les plaies.
Bogdan est non seulement un musicien flamboyant mais il est aussi un bon pédagogue, prenant le temps de nous expliquer le fonctionnement de son accordéon « Bayan » (ou accordéon de concert), 17 kg de mécanismes métalliques sophistiqués, et de nous présenter les oeuvres jouées ce soir.
Après un « bis » de Rameau, Bodgan reste un bon moment pour partager avec le public. On l’entend même parler ukrainien avec des compatriotes venus ce soir.
Lynn Goldsmith, née en 1948, est une photographe américaine qui a réalisé des photos inoubliables des plus grands artistes du monde du Rock ‘n’ Roll de la seconde moitié du XXe siècle. Elle a aussi composé nombre de pochettes de disques célèbres, dont celle de « Easter » de P. Smith, sorti en 1978, et dont la série est publiée dans l’ouvrage. Elle a noué une relation d’amitié avec Patti que ce livre dévoile par la sensibilité et la qualité de photos qu’il contient. Celles-ci couvrent majoritairement la deuxième moitié des année 1970 alors que Patti Smith est déjà une artiste reconnue et a produit des disques rock de légende avec le Patti Smith Group dont les musiciens lui resteront fidèles durant des décennies et qui figurent sur des clichés dans cet ouvrage.
Les photos de Lynn Goldsmith sont soigneusement posées et travaillées. Tout est pris en compte du décor aux vêtements, en passant par les attitudes. Mais le visage virginal de Patti est au centre de tout. Elle est belle, pure, charismatique, et on sait combien ses mots, ses musiques et ses concerts ont inspiré et guidé plusieurs générations. Seuls quelques textes illustrent ces photos. Ils sont signés Sam Shepard (son ami qui lui apprit la guitare), Fred Sonic Smith(son mari qui lui apprit la clarinette), Lynn Goldsmith et, bien sûr, quelques chansons-poèmes de l’auteure-compositrice-poète.
Lynn & Patti (qui photographie)
Tous ces clichés retracent le monde de Patti Smith : ses musiciens, ses amis (souvent les mêmes), sa famille (son frère Todd qui fut son manager et décéda brutalement en 1994, l’année de la disparition de son mari Fred Sonic Smith [fondateur du groupe MC5]), ses inspirateurs (Rimbaud, William Blake, William Burroughs). Bref, l’atmosphère qui a entouré cette artiste exceptionnelle au visage aussi bouleversant que sa vie fut, et continue d’être, tendue vers ses combats poétiques.
Ask the angels who they’re calling Go ask the angels if they’re calling to thee Ask the angels while they’re falling Who that person could possibly be
And I know you got the feeling You know, I feel it crawl across the floor And I know it got you reeling And honey honey the call is for war And it’s wild wild wild wild…
Cette soirée musicale en l’Eglise Saint-François de Sales de Paris, consacrée à Joseph Haydn (1732-1809) et Luigi Cherubini (1760-1842), nous est offerte par le Chœur et Orchestre Symphonique de Paris sous la direction de Xavier Ricour.
Il fait une chaleur caniculaire aujourd’hui à Paris, le Requiem de Cherubini vient apaiser les esprits par son ampleur et sa majesté. L’œuvre a été composée pour commémorer l’exécution de Louis XVI. Elle présente la spécificité de ne pas comporter de solistes. Le chœur unifié, toujours entre murmure et clameur, se pose avec élégance et à-propos sur la partition de l’orchestre. Ce requiem est très bien interprété ce soir et plonge le public dans un abyme de sombre méditation dont il met un long moment à sortir alors que s’éteigne les dernières notes de l’Agnus Dei.
C’est le dernier concert parisien du festival « Chopin au Jardin – 2025 » qui poursuit sa route cette fois-ci à Varsovie pour le mois de juillet avant de revenir en Franc, nous l’espérons tous, l’année prochaine. La programmation est aujourd’hui moins axée sur la virtuosité des précédents dimanches que sur la douceur et le romantisme. Tellement Chopin ! Weronika excelle dans cet exercice et ses trilles s’envolent dans les tilleuls du parc et le cœur des spectateurs.
« Chopin au Jardin – 2025 » au Parc Montsouris (Weronika Chodakowska, piano)
Quelle merveilleuse initiative que ce festival, qui de mieux pour représenter la Pologne que Chopin, ce génie qui a vécu une bonne partie de sa vie à Paris où il est d’ailleurs enterré. Parfois la musique réunit les peuples, aussi !
Programme
Polonaise n° 1 en ut dièse mineur, op. 26
Nocturne n° 1 en mi mineur, op. 72 posth.
Prélude n° 7 en la majeur, op. 28
Prélude n° 15 en ré bémol majeur, op. 28
Prélude n° 20 en do mineur, op. 28
Valse en mi bémol majeur (Sostenuto), WN 53
Ballade n° 2 en fa majeur, op. 38
Mazurka n° 1 en si bémol majeur, op. 7
Mazurka n° 4 en la mineur, op. 17 Mazurka n° 4 en fa mineur, op. 68
C’est la dernière prestation du chef d’orchestre finlandais Mikko Franck à la tête de l’Orchestre philharmonique de Radio-France dont il assure la direction musicale depuis 2015. Alors il y a de l’émotion ce soir, du brio et une surprise. La présidente de la radio publique vient même prononcer un discours d’adieu avant le concert. Petite faute de goût elle lit celui-ci sur un papier. Pour un discours de trois minutes avec quatre dates à mémoriser on aurait ou s’attendre à un peu plus de naturel de sa part.
La première partie commence avec un choral de Gustav Holst (1874-1934), compositeur britannique peu connu, puissamment chanté par un chœur de 80 chanteurs. Cette œuvre « Choral Hymns from the Rig Veda » est inspiré par la tradition hindoue et son texte fondateur le Rig Veda. La musique est moderne, inhabituelle, un peu dérangeante, écrite pour mettre en valeur la très belle partie chantée.
Le concerto pour piano n°5 « L’Egyptien » de Saint-Saëns (1835-1921) est interprété ensuite par Jean-Yves Thibaudet qui entre en scène vêtue d’une veste noire scintillante dont on apprend dans le programme qu’elle a été créée par Viviane Westwood, styliste égérie du mouvement punk-rock dans les années 1970, décédée en 2022. C’est elle notamment qui a habillé les Sex Pistols avec ces fameux T-shirts déchirés, parfois bariolés de croix gammées… Bref, les costumes de cette créatrice sont assez inhabituels dans le milieu de la musique classique.
Cette tenue flamboyante inspire le soliste qui interprète le concerto avec virtuosité. Ce joyau de la musique française est un enchantement. Le public en redemande et le pianiste revient pour interpréter « Pavane pour une Infante défunte ». De Saint-Saëns à Ravel, la transition est sublime.
La seconde partie démarre par une pièce non mentionnée au programme. Mikko annonce et accueille une violoncelliste « amie » qui interprète avec l’orchestre « Elégie » de Gabriel Fauré. C’est un sommet d’émotion et de déchirement. La composition et son interprétation brisent le cœur de l’assistance.
C’est ensuite « Inlandsis » qui est interprété par l’orchestre. Ecrit par Camille Pépin (née en 1990), cette œuvre révèle la jeune compositrice française qui dédie son inspiration à la sauvegarde de la terre et de la nature. Ainsi, « Inlandsis » (terme qui désigne les immenses étendues de glace pouvant atteindre des milliers de mètres d’épaisseur) est inspiré par la fonte préoccupante des glaces. La pièce est à la hauteur de l’enjeu : tragique et glaçante. Avec cette sonorité moderne et ses accents liquides, « Inlandsis » est l’archétype de ce que la puissance du sentiment musical peut évoquer dans l’âme des auditeurs. Une remarquable composition. Camille Pépin est dans la salle, bien sûr, et est appelée sur la scène par Mikko pour partager le triomphe.
La dernière œuvre est le « Don Juan » de Richard Strauss (1864-1949). Cette composition, plus classique, retrace la vie du séducteur, de la frénésie de sa période conquérante à l’angoisse de sa fin qui approche. Elle est menée tambour battant par un orchestre joyeux qui se surpasse sous la baguette de son chef inspiré.
Cette belle programmation dans le très agréable auditorium de Radio-France à taille humaine rencontre un triomphe. Mikko Franck est acclamé pour cette soirée et ses dix ans de direction de l’orchestre. Alors qu’il revient sur scène pour la énième fois sous le tonnerre des applaudissements il fait signe aux musiciens de se lever pour partager ceux-ci, ils refusent, restent assis pour eux aussi applaudir le Maître et le laisser ainsi seul au firmament. Bel hommage.
Le chef finlandais, petite taille, cheveux blonds coupés courts et coiffés en brosse, grosses lunettes, toujours un t-shirt noir sous son smoking, un peu rondouillard, qui dirige le plus souvent assis, va donc aller poursuivre sa carrière sous d’autres cieux tout en revenant certainement à Paris comme chef invité de temps en temps. Il est réputé pour accorder une grande importance au fait de pouvoir se ressourcer dans la nature pour y forger sa créativité. Sans doute les prochains mois lui offriront cette opportunité.
L’auditorium de Radio-France, une espèce d’igloo de bord de Seine, à taille humaine, va continuer à nous ravir, cette fois-ci sous la baguette du chef néerlandais Jaap van Zweden pour l’Orchestre symphonique de Radio-France. Rappelons que Radio-France entretient un deuxième orchestre : l’Orchestre National de France. Pas sûr que les budgets publics de cette maison lui permettent encore longtemps de maintenir ce luxe…
Jérôme Soligny, journaliste musical, fan français numéro 1 de David Bowie, recycle ici des articles et interviews majoritairement publiés dans Rock & Folk dont il fut l’une des plumes de talent. Rainbow+ est la suite de deux volumes « Rainbowman » parus en 2019 et 2020. Il a par ailleurs publié des poèmes et des romans. Il a aussi écrit de la musique et sorti quelques disques.
Ce livre est destiné exclusivement aux fans-spécialistes de Bowie qui n’apprennent pas grand-chose à sa lecture mais qui se font toujours plaisir en revenant sur la carrière, la personnalité et les pensées de l’artiste britannique décédé en 2016 qui a marqué son époque.
Le seul problème après avoir fermé la dernière page est qu’il faut maintenant se précipiter pour acquérir les deux premiers volumes « Rainbowman » qui couvrent les périodes 1967-1980 et 1983-2016.
21 ans, filiforme, cheveux noirs bouclés, des chaussures noires vernies qui brillent sous le soleil du Parc Montsouris, Mateusz Dubiel a interprété Chopin ce soir avec toute la fougue de ses jeunes années. Il est déjà lauréat de moulte concours internationaux, dont deux fois le concours Frédéric Chopin à Varsovie. Le programme était plus enlevé que celui de dimanche dernier aux nuances plus romantiques.
« Chopin au Jardin – 2025 » au Parc Montsouris (Mateusz Dubiel, piano)
Mais quel bonheur d’entendre ces kyrielles de notes qui s’échappent du piano à queue comme une pluie de diamants, quelle fascination de suivre les doigts du pianiste qui remontent et descendent le clavier avec une stupéfiante dextérité, fruit d’années de travail. Un compositeur de génie, lui-même pianiste virtuose, interprété par un jeune artiste né 200 ans après son maître. Bravo et longue carrière à Mateusz ! Merci Chopin !!
Programme
Grande valse brillante en la bémol majeur, op. 34 n° 1
Nocturne n° 2 en mi bémol majeur, op. 55
Quatre mazurkas, op. 41
n° 1 en do dièse mineur
n° 2 en mi mineur
n° 3 en si majeur
n° 4 en la bémol majeur
Scherzo n° 4 en mi majeur, op. 54
Étude n° 11 en la mineur, op. 25
Berceuse en ré bémol majeur, op.57
Polonaise-Fantaisie en la bémol majeur op. 61
« Chopin au Jardin – 2025 » au Parc Montsouris (Mateusz Dubiel, piano)« Chopin au Jardin – 2025 » au Parc Montsouris (Mateusz Dubiel, piano)
La jeune pianiste polonaise Kamila Sacharzewska a ébloui le parc Montsouris pour le deuxième concert du festival « Chopin au Jardin » de cette année 2025. D’une radieuse jeunesse (elle est née en 2001) et d’un talent affirmé elle a interprété son programme à la perfection. Habillée d’une robe longue bleue nuit sur laquelle se déroulent ses longs cheveux châtain-clair, un fin bracelet d’or au poignet gauche, elle s’assoit devant son piano à 17h précises après une courte présentation du festival par la représentante de l’Institut polonais de Paris.
Elle marque une dizaine de secondes de méditation silencieuse avant chaque pièce, le visage fermé tourné vers le clavier blanc et noir. On se demande où la mènent ces instants solitaires, peut-être demande-t-elle la force à Chopin ? Ou alors se récite-t-elle en accéléré les partitions qu’elle n’a pas sur son piano, tout sa prestation est bien entendu servie par cœur ? Kamila joue et vit sa musique avec son âme. Ses yeux bleus fermés elle affiche l’amorce d’un sourire sur les moments romantiques (la Valse brillante), dure et crispée sur les pièces plus énergiques (les Mazurkas) elle joue merveilleusement les compositions éternelles de son compatriote Frédéric Chopin. L’inspiration sans limite du compositeur polonais interprétée avec la grâce et le brio de cette jeune artiste de 24 ans suffisent à remplir de bonheur les spectateurs du Parc Montsouris.
Programme
Grande valse brillante en mi bémol majeur, op. 18
Polonaise en fa dièse mineur, op.44
Quatre mazurkas, op. 24
n°1 en sol mineur
n°2 en ut majeur
n°3 en la bémol majeur
n°4 en si bémol mineur
Sonate pour piano n°2 en si bémol mineur, op. 35
Polonaise en la bémol majeur, op. 53 (Héroïque)
Cette année le rose est la couleur choisie par le festival pour illustrer le programme et les affiches. Oui, définitivement oui, avec l’œuvre gigantesque de Chopin et des interprètes de cet acabit, on peut voir la vie en rose.
Les grilles du parc sont décorées d’un parcours photographique retraçant la vie d’une autre héroïne polonaise : Maria Sktodowska Curie. Deux promenades seront organisées dans Paris sur les traces de Chopin le 15 juin et de Marie Curie le 22. Elles se termineront toutes deux devant le kiosque du parc Montsouris juste pour le démarrage du concert du dimanche.
La chanteuse de jazz sud-coréenne Youn Sun Nah a donné ce soir un charmant concert au Carré Magique dans le cadre d’une tournée européenne. Fluette et délicate lorsqu’elle parle à son public, en (bon) français, elle a fait des études musicales et vit partiellement dans l’hexagone, sa voix devient puissante et lyrique lorsqu’elle interprète les standards inscrits à son répertoire. Sous son casque de cheveux teints en blond elle porte une longue chemise de soie bleue-turquoise et un pantalon noir. Elle est accompagnée par Bojan Z, un claviériste virtuose né à Belgrade.
Elle chante Björk, Tim Buckley, Grace Slick (du groupe californien Jefferson Airplane dont elle interprète le classique White Rabbit), Tom Waits Elle reprend My Funny Valentine et la bouleversante chanson Just Sometimes écrite par Norma Windstone en rappel.
I realize sometimes Just how I miss you
Elle démarre le show en produisant une petite mélodie répétitive à partir de son téléphone mobile. Elle utilise également sur un morceau un mini-orgue de barbarie, réduit à la taille d’une machine à calculer, qu’elle tient dans une main pendant que l’autre tourne la manivelle qui déclenche la mélodie sur laquelle elle chante délicatement.
Originale dans certains morceaux elle modifie parfois sa voix pour monter dans les trilles vocaux, se bouche le nez pour évoquer la tonalité rocailleuse de Tom Waits, ou pour produire des exercices de bouche en accompagnant Bojan qui joue de la batterie sur le capot et les cordes du piano à queue.
Mais le plus souvent elle est juste une merveilleuse chanteuse, contrôlant parfaitement sa voix, pour interpréter des classiques éternels transcrits pour l’atmosphère jazzy dans laquelle elle excelle.
C’est la réédition d’un légendaire concert du Pink Floyd… sans public, tourné dans les arènes de Pompéi en 1971. Déjà diffusé en plusieurs versions depuis cinquante ans, cette nouvelle sortie, disponible au cinéma et en DVD, a fait l’objet des restaurations, son et image, permises par la technologie modernes appliquées sur le négatif original en 35mm retrouvé récemment. C’est Steven Wilson qui a été chargé du mixage-son.
Michka Assayas nous a dévoilé les petits secrets du tournage dans son émission Very good trip sur France Inter. Aucun concert n’avait jamais été organisé dans ce site, mais un jour qu’Adrian Maben le visitait, il s’aperçut à la sortie qu’il y avait perdu ses papiers. Il obtint l’autorisation d’y retourner alors que l’amphithéâtre était vide de ses visiteurs et là lui vint l’idée d’un concert dans ce théâtre de plein air millénaire. Ce ne fut pas simple de convaincre le groupe, alors en pleine session d’enregistrement de Dark side of the moon, d’obtenir les autorisations nécessaires des autorités puis d’organiser la logistique nécessaire pour le film. On ne voit dans l’enceinte que les quatre musiciens britanniques et leur équipe de techniciens.
L’enregistrement fut interrompu à de nombreuses reprises par des coupures de courant ce qui laissa quelques loisirs aux musiciens pour se promener sur les pentes du Vésuve au milieu des nappes de lave glougloutantes, et au réalisateur de tourner les images du site et du volcan qui ponctuent le film. Compte tenu de ces difficultés techniques, une partie des morceaux furent joués et enregistrés au retour à… Paris. Cela se remarque clairement même si des images de Pompéi sont diffusées en fond d’écran de la prestation parisienne. Mais qu’importe tant les musiciens et leur musique sont exceptionnels !
Le film est superbe et, si vous n’avez que 10 mn à y consacrer, regarder/écoutez Echoes – part I, extrait du disque Meddle, qui sortit quelques semaines plus tard. On y voit les musiciens torse-nu sous le soleil italien, concentrés sur leur musique, indifférents aux aller-et-venues des techniciens tout autour d’eux. Ils paraissent complètement pénétrés de leur musique psychédélique qu’ils ont interprétée live en une prise unique. La prestation du guitariste David Gilmour, qui vient de remplacer Syd Barrett l’un des cofondateurs du groupe, est impressionnante. Cheveux longs au vent, tel une statue romaine, il extrait de sa guitare et assène le nouvel évangile de ces années 1970 au cours desquelles le Pink Floyd a révolutionné une partie du rock. La partie chantée en duo entre Gilmour et Wright est une vague de douceur après la stridence des solos de guitare. Du grand art !
Overhead the albatross hangs motionless upon the air And deep beneath the rolling waves In labyrinths of coral caves The echo of a distant tide Comes willowing across the sand And everything is green and submarine
Toute une époque, dont la musique n’a rien perdu de son intérêt. D’ailleurs David Gilmour reviendra en solo donner un concert dans ce théâtre en 2016 où, bien sûr, il rejouera des morceaux de choix des Pink Floyd en plus de ses propres compositions.
La mort de David Johansen (1950-2025) ce 28 février marque la fin du groupe de rock New York Dolls dont il était le chanteur et l’un des fondateurs. Formé en 1971 le groupe fut le phare américain du punk avec Iggy Pop et ses Stooges ainsi que le Velvet Underground et les Ramones bien sûr. Outranciers et provocateurs, grimés façon glam rock ils ont effrayés la ménagère de moins de 50 ans et participé à la rénovation du rock à cette période. Le groupe s’est dissout, reformé et redissout mais c’est au cours de la période 1971-1977 qu’il laisse une trace indélébile dans le rock américain. Johansen a aussi mené une carrière solo et sorti également une demi-douzaine de disques en son nom propre.
C’est le cent-cinquantième anniversaire de la naissance de Maurice Ravel, le 7 mars 1875 à Cibourne (Pyrénées-Atlantiques). Ce grand compositeur français est célébré un peu partout cette année dont à la Philharmonie de Paris qui organise une exposition centrée sur le Boléro, sa création la plus emblématique. Que les ravéliens se rassurent on y découvre aussi beaucoup d’éléments liés à la personnalité et au génie de Ravel, au-delà du « simple » Boléro.
L’exposition débute par un film de l’œuvre jouée en version orchestrale (sans danseur). Plus loin on découvre une section dédiée à des vidéos de différentes exécutions du Boléro dans le temps et aux films qui se sont inspirés du Boléro ou l’ont tout simplement utilisé comme musique. Il a été composé en 1928 comme une œuvre de ballet à la demande de l’amie de Ravel, Ida Rubinstein, danseuse et mécène du musicien, qui commande une pièce de « caractère espagnol ». Natif du sud-ouest, il connait bien la culture hispanique mais par suite d’un embrouillamini de droits sur des œuvres espagnoles qu’il comptait orchestrer il décide de se lancer dans une œuvre radicalement moderne et originale.
Bâti sur une très simple et obsédante rhythmique à deux mesures, le Boléro n’est fait que d’un seul mouvement composé de deux mélodies qui se succèdent et se répètent avec des instruments de plus en plus nombreux, progressivement surajoutés les uns aux les autres, amenant jusqu’au paroxysme final. La construction est mathématique et retranscrite sur un schéma électronique présenté sur un écran. L’inspiration est exceptionnelle d’inventivité et de puissance.
Dans un commentaire facétieux l’auteur dira :
Mon chef-d’œuvre ? Le Boléro, bien sûr ! Malheureusement, il est vide de musique.
Ravel – 1928
Le Boléro est créé en novembre 1928 au Palais Garnier sur une chorégraphie d’Ida Rubinstein. Il rencontre un franc succès auprès de la critique et il reste aujourd’hui mondialement connu et révéré. En 1928 Ravel rencontre déjà un succès international et il peut se permettre des expérimentations. Celle-ci est de toute grandeur. Elle a été composée dans sa maison de Montfort-l’Amaury, C’est dans cette même demeure, l’année suivante, qu’il composera ses deux sublimes concertos pour piano avant que ses troubles neurologiques ne finissent par l’emporter le 28 décembre 1937 après quatre années de quasi-silence musicale dues à la maladie.
De nombreuses photos et quelques vidéos montrent le compositeur dans ses jours heureux, visitant ses régions de prédilection. Ses voyages musicaux, aux Etats-Unis notamment où il dirigea ses œuvres, rencontra George Gershwin et Bessie Smith. Ses inspirations et ses amitiés musicales. De nombreuses photos nous montrent cet homme de petite taille, toujours tiré à quatre épingles, plutôt souriant, souvent fumant une cigarette. Des bibelots exposés dans sa maison de Montfort-l’Amaury sont présentés à la Philharmonie revenant ainsi sur sa passion pour les petits mécanismes et l’extrême souci du détail avec le lequel il les collectionne et les expose. Même son nécessaire de rasage est soigneusement déposé sur un tissu noir-et-blanc rappelant le clavier d’un piano. Ce maniérisme prête à sourire lorsqu’il s’applique à la décoration de sa salle-de-bains mais il provoque l’admiration quand il concerne le strict ordonnancement des thèmes musicaux du Boléro.
Comme toujours, la Philharmonie est à la hauteur des artistes qu’elle expose : visites-guidées, atelier-exposition pour familles, bibliographie spécialisée, concerts. Tout est fait pour faciliter la découverte de ce grand compositeur.
Ce soir l’Orchestre philharmonique de Strasbourg (OPS) dirigé par Aziz Shokhakimov (né en 1988 en Ouzbékistan) depuis 2021 accueille le jeune pianiste Alexandre Kantorow (né en 1997 d’un père français d’origine russe, lui-même chef d’orchestre) pour interpréter le concerto pour piano n°4 de Beethoven. Une pièce de Nina Senk, compositrice contemporaine slovène précède Beethoven et la symphonie n°4 de Brahms conclut la soirée après l’entracte.
On est un peu écrasé par ces œuvres et fasciné par le brio des interprètes. Le spectateur néophyte se sent peu qualifié pour porter un jugement sur ce concert, sinon pour faire partager l’intense plaisir ressenti en laissant porter par ces mélodies pour cette soirée musicale agréablement pimentée par la pièce contemporaine de Senk jouée en ouverture.
Cette charmante pièce de théâtre musical raconte l’histoire du groupe punk féminin The Slits, (« Les Fentes » en français) créé à Londres à la fin des années 1970. La mise en scène est de Justine Heynemann qui partage l’écriture avec Rachel Arditi. Le personnage central est Viv Albertine, la guitariste du groupe. Les acteurs sont aussi musiciens et réinterprètent sur scène certains classiques de l’époque : Femme Fatale (Lou Reed), Tumbling Dice (The Rolling Stones), et surtout, I Wanna Be Your Dog (Iggy Pop) qui est déclinée en différentes versions dont le final éblouissant, conforme à l’original.
And now I’m ready to close my eyes And now I’m ready to close my mind And now I’m ready to feel your hand And lose my heart on the burning sands
And now I wanna be your dog And now I wanna be your dog…
I wanna be your dog – The Stooges (1969)
Et l’on replonge avec délices dans l’histoire brûlante de cette époque rebelle où des jeunes sortis de nulle part ont monté des groupes de rock déjantés pour contester le système, Margaret Thatcher et la Reine Elisabeth, dans un délire de drogue, de violence, mais aussi de musique. L’acteur masculin joue avec talent Mick Jones qui fut l’amant de Viv mais aussi le guitariste du groupe légendaire The Clash qui prit les Slits sous son aile protectrice. Il a la même allure dégingandée que Mick qui portait des pantalons fit sur ses longues cannes, une chemise rouge col relevé et des bretelles. Il joue aussi pour quelques apparitions le rôle de Sid Vicious, le bassiste des Sex Pistols qui traînait dans ce milieu punk clochardisé, avant de mourir d’une overdose après avoir été soupçonné d’avoir tué sa fiancée à coups de couteau.
Ari Up, la chanteuse fut la plus jeune du groupe et la plus charismatique. Sa mère est également jouée sur scène car elle fut la productrice du groupe pendant ses quelques années d’existence. Une voix off raconte ce que sont devenus tous ces personnages une fois la vague punk retombée. Ari est morte d’un cancer en 2010 en laissant ses enfants à la garde de sa mère remariée avec… John « Rotten » Lydon, l’ancien leader des Sex Pistols. Viv a surmonté diverses addictions avant de devenir écrivain. Palmolive, la batteuse espagnole, a quitté les Slits, joué dans d’autres groupes et vit toujours aux Etats-Unis avec un mari et un fils.
La pièce est pleine d’énergie, les actrices sont délicieuses, leur double talent musical et théâtral est admirable. Mais la pièce donne une certaine impression de légèreté alors que l’époque était tragique, la mort rodait autour de tous ces groupes qui vivotaient dans un nihilisme destructeur. Leur slogan était « No future » !
Finalement leur musique eut un futur, le groupe s’est reformé dans les années 2000 à l’initiative d’Ari mais avec d’autres musiciens et le punk a durablement influencé le rock moderne.
Marianne Faithfull, musicienne, compositrice, actrice, s’est éteinte à Londres où elle était née 78 ans plus tôt. Britannique jusqu’au bout des ongles, elle était la fille d’un officier du renseignement anglais et d’une aristocrate autrichienne. Elle est devenue célèbre pour son interprétation de la chanson As tears go by écrite par les Rolling Stones en 1964 et délaissée par le groupe car pas assez rock. Elle avait 18 ans, ce fut le début d’une vie intriquée avec celle des Rolling Stones au cours de laquelle elle a plongé dans tous les excès du rock de cette époque.
Comme son amie Anita Pallenberg elle a aimé et partagé la vie de certains des membres fondateurs des Rolling Stones. Elle a survécu à ce maëlstrom toxico-amoureux et a reparu dans les années 1980 avec le disque Broken English, mélangeant des compositions personnelles et des reprises. S’en suivirent différents albums, dont Before the Poison en collaboration avec PJ. Harvey et Nick Cave, et des tournées souvent émouvantes.
Crazy love is all around me Love goes crazy given time But I know somehow you’ll find me Love is crazy love is blind
Crazy Love (Before the Poison 2004)
Elle publie aussi des livres autobiographiques, fait des apparitions dans des séries à la télévision et des films.
Junky céleste, Marianne Faithfull a papillonné dans ce monde rock, des années 1960 à nos jours, qui a fasciné plusieurs générations. Elle s’y est brulé les ailes mais a pu continuer de déambuler avec charme et talent sur la planète du Rock ‘n’ Roll. « Faithfull » se traduit en français par fidèle. Elle l’a été à la musique et ses histrions, nous le resterons à sa mémoire.
La plate-forme Concert d’Arte accorde la place qu’elle mérite à l’artiste Laufey autrice-compositrice-interprète islandaise de jazz. Islandaise d’origine chinoise, une voix digne des plus grandes avec un vibrato délicieux. 25 ans, belle comme le jour, multiinstrumentiste… on se demande comment elle peut accumuler tant de talents !
Arte Concert permet de découvrir l’artiste américaine Beth Hart en concert à l’Olympia de février 2020 avec trois musiciens, deux vieux routiers blanchis sous le harnais des tournées rock à la bass et la guitare, un jeune batteur dont les ancêtres devaient ramasser le coton en Alabama. Elle est une rockeuse, blanche et bluesy, pulpeuse et tatouée à la voix puissante et inspirée, façon Janis Joplin.
Robert Plant, 76 ans, le légendaire chanteur britannique du non moins légendaire groupe de rock énergique Led Zeppelin, poursuit une brillante carrière solo depuis la fin du groupe en 1980, via différente formations et associations. Arte concert diffuse en ce moment un concert donné en 2024 avec son dernier groupe Saving Grace : trois vétérans chevelus, tatoués et professionnels (guitares et batterie) et une chanteuse, Suzi Dian, également accordéoniste. Ils développent ensemble un blues mâtiné de folk, ou l’inverse, avec beaucoup de grâce. Plant a gardé sa voix dans les aigus même si, l’âge aidant, elle est un peu moins stridente. Il mène ce groupe avec discrétion et harmonie. Le vieux musicien a roulé sa bosse sur toutes les scènes du monde dans le fracas du hard-rock et du mode de vie associé, il est maintenant apaisé et consacre tout son talent à une musique folk intimiste et inspirée, toujours très bien entouré de musiciens de talent.
Après Bale où a été tourné ce concert, Saving Grace était de passage à Paris ce mois d’octobre.
Un vieux vinyle exhumé des année 1970 : « Irish Tour’74 » de Rory Gallagher, à réécouter sans modération. Rory (1948-1995) fut un immense guitariste irlandais. L’album est un double live de blues-rock où s’exprime le génie du musicien. C’est du blues rugueux, parfois grincheux mené de main de maître par ce guitariste de légende qui chante avec une énergie dévorante. Il est mort bien jeune, à 47 ans. La surconsommation d’alcool et de médicaments en seraient la cause.
C’est le dernier concert du festival ce soir qui accueille le Trio Wanderer (piano, violon et violoncelle) pour interpréter un joli programme.
Le Trio n°1 de Bedrich Smetana compositeur tchèque (1824-1884) qui composa cette œuvre après la mort de sa fille de 5 ans, comme une thérapie face au drame, avec un premier mouvement particulièrement lancinant et douloureux avant que les deux derniers mouvements redonnent goût à la vie.
« La Vallée d’Oberman » est une transcription pour trio d’une composition pour piano de Liszt (1811-1886). Entreprise par un de ses élèves elle a été finalisée par Liszt lui-même, qui par ailleurs était un soutien musical et financier de Smetana. Cette œuvre invite à la méditation avec un sublime dialogue entre violon et violoncelle.
Et après l’entracte les Wanderer interprètent le Trio pour piano et cordes n°4 de Dvorak (1841-1904) composés de six danses enthousiasmantes dans une atmosphère slave, entre rire et larmes.
Rappelons-le, « Wanderer » signifie vagabond/voyageur en allemand. Ce fut un beau voyage musical offert ce soir.
Bis : Musique Gitane, Haydn & Elégie, composée par le gendre de Dvorak