Le journal Libération du 21 octobre a commis un article félon intitulé ‘« Hackney Diamonds», les Rolling Stones croulent des mécaniques’ consacré au dernier disque des Rolling Stones. Cet article déplorable et plein d’amertume est à charge contre les Rolling Stones. Qu’on en juge :
…ce disque est une monstruosité inattendue dans l’actualité de la pop qui nous subjugue jusqu’à nous faire douter du rôle de la musique enregistrée dans notre culture : un disque des Rolling Stones tellement factice et redondant qu’il nous hurle à chaque seconde qu’un nouveau disque des Rolling Stones ne sert à rien. … L’effet de contraste [du morceau Dreamy Skies, NDLR], est saisissant avec Driving Me Too Hard, morceau de vieux niqueur épuisé par un ou une amante insatiable ou l’horrible Bite My Head Off, boogie punk monté sur un riff de basse fuzzée à la Satisfaction, vaguement réminiscent d’un Clash (Safe European Home) et dont on réalise au bout de quelques minutes qu’il est supposé nous faire frémir d’émotion puisque la basse y est tenue par Paul McCartney. Las, c’est surtout l’occasion de vérifier quel mal le producteur Andrew Watt, notamment aux manettes du dernier Iggy Pop, fait au rock des anciens dans le terrain miné du contemporain, avec ses YouTube, TikTok, iPhone et consorts. etc, etc
Ces pisse-vinaigres de Libération ne se sont toujours pas remis de la trahison de leur ancien patron, fondateur de la Gauche Prolétarienne dans les années 1970 qui a quitté Libération avec un parachute doré digne d’un nabab du CAC40, après s’être marié avec une femme de l’âge de sa fille. Depuis ils dévident leur bile à longueur des colonnes de leur journal toujours entre deux faillites. Cela fait longtemps qu’ils ont perdu leurs illusions idéologiques qui se sont embrasées dans les feux de l’enfer de Sympathy for the Devil. Ces plumitifs (qui bénéficient de la niche fiscale des journalistes totalement imméritée et qui devrait être révoquée depuis longtemps) ne savent pas tourner la page. Et c’est particulièrement vrai pour la rubrique Rock qu’on ne lit plus depuis des lustres, mais qui fut un temps flamboyante (et pro-Rolling Stones).
Ce dernier disque des Rolling Stones n’est pas exceptionnel mais honnête et correct. On peut souhaiter aux journaleux rock de Libé de tenir aussi bien la plume que Keith Richards tient sa guitare à 79 ans !!! Le Monde et L’Humanité ont produit des critiques plus apaisées de Hackney Diamonds.
Le 24ème album studio des Rolling Stones, “Hackney Diamonds” est sorti ce matin. Le dernier, « A Bigger Bang », datait de 2005. Depuis Charlie Watts est mort, Mick Jagger a passé les 80 ans, Keith Richards 79 ans et Ron Wood 76. Le groupe était encore en tournée l’an passé en Europe, avec un passage par Paris et Lyon pour la France.
« Hackney Diamonds » est plutôt un bon cru. Des guitares énergiques, des claviers rythmés, des cuivres intermittents, sur la voix légendaire et l’harmonica titilleur du patron. Du rock, surtout, du blues, aussi, avec deux très beaux morceaux : Sweet Sound of Heaven, Lady Gaga choriste de luxe et Stevie Wonder invité de marque au piano, et une superbe reprise de Muddy Waters : Rolling Stone Blues. Elton John est également de la partie sur deux morceaux et Paul MacCartney sur Bite my Head Off, participations plutôt transparentes. Bill Wyman revient jouer de la bass sur Live by the Sword, un hommage à Charlie Watts dont des parties de batterie enregistrées avant sa mort ont été utilisées pour ce disque. Keith a le droit de chanter Tell me Straight.
Evidemment, depuis plus de 60 ans qu’il est sur la route, le groupe voit son futur se rétrécir mais la gloire lui survivra. Quelle bonne idée de mettre tout ceci en musique.
I hear the sweet, sweet sounds of heaven Falling down, falling down to this earth I hear the sweet, sweetest sounds of heaven Drifting down, drifting down to this earth
Sweet Sounds of Heaven
The streets I use to walk on, are full of broken glass And everywhere I’m looking, there’s memories of my past
Whole Wide World
Mais les Rolling Stones ont la nostalgie heureuse et cet album est plein d’énergie. Et puis, un nouveau disque des Rolling Stones, cela fait tout simplement du bien !
Un lecteur attentionné nous signale que Hackney est un faubourg de l’Est de Londres, autrefois mal famé, où l’on pouvait se faire casser la vitre de sa voiture et subir un vol à la tire, d’où le design de la couverture du disque. « Hackney Diamonds » signifiait donc « verre brisé » en argot londonien en référence à ce qui pouvait vous advenir si vous baguenaudiez dans ce quartier qui s’est quelque peu gentrifié depuis.
Hackney Diamonds est dédié à Charlie Watts.
Le groupe profite aussi de cet évènement pour sortir en CD et DVD le concert intégral donné à l’Olympia de Paris en 1995 qui n’avait été diffusé jusqu’ici que sous forme d’extraits. Il s’agit de Totally Stripped. Un show d’un excellent cru !
J-D. Beauvallet fut l’un des rédacteurs en chef du magazine « Les Inrockuptibles » pour lequel il a réalisé nombre d’interviews de rockers de légende. Né en 1962, ce passionné de musique rock a longtemps résidé à Londres et s’est spécialisé sur la période 1980-1990 sans négliger les grands anciens. Cet ouvrage reprend certaines de ces interviews : Björk, Daft Punk, PJ Harvey, Pulp, New Order, Lana des Rey, Thom Yorke… mais aussi ceux qui les ont inspirés : Bowie, Bono, Bacharach…
La connaissance encyclopédique du rock de l’intervieweur rassure sans doute les interviewés qui paraissent sincères, voire appliqués, dans les réponses apportées à des questions le plus souvent intelligentes et qui prennent leur temps. Ils sont pour la plupart à mi-chemin de leur carrière déjà brillante dont le lecteur de 2023 connait la suite. En les écoutant on découvre pour tous cette idée de la musique rivée au corps depuis leur petite enfance et l’énergie qu’ils ont développée, contre vents et marées, pour créer et jouer ce qui irradiait de leur âme. Ils ont fait de la musique un indispensable projet de vie qui, additionné à leur incontestable talent, a permis de réaliser de grandes œuvres qui guident le cœur des fans passionnés mais moins actifs, ou moins talentueux, que leurs guides.
Le talent de Beauvallet est de les amener doucement à le livrer sur la relation qu’ils entretiennent avec leur art. A ce titre, ce recueil est passionnant mais reste un livre d’un spécialiste pour spécialistes du rock de la fin du XXème siècle.
Carlos Santana est un immense guitariste mexicain né en 1947, par ailleurs compositeur et chanteur. Ce documentaire retrace sa vie jusqu’à ce jour. Né dans une famille modeste, son père joue du violon dans de petits orchestres de musique mariachi, il commence la musique au violon avec son père avant de passer à la guitare à l’âge de huit ans. Il joue dans de petits clubs de Tijuana où sa famille s’est installée avant de rejoindre les siens qui ont émigré à San Francisco. Il se fait remarquer en jouant dans la rue avec le Santana Blues Band, par Bill Graham le manager du célèbre Fillmore West, qui va lui faire assurer les premières parties de groupes légendaires : Grateful Dead, Jefferson Airplane. Alors que le groupe n’a pas encore publié de disque il joue au en 1969 au festival de Woodstock où sa prestation a été immortalisée dans le film éponyme, avec celle de son batteur halluciné. Tout ce petit monde porte les cheveux longs et flotte en quasi-permanence bien haut dans les paradis artificiels. Santana raconte dans le documentaire qu’en arrivant en hélicoptère sur le festival, Jerry Garcia du Grateful Dead lui passe un acide en le rassurant qu’il ne jouera que tard dans la nuit et qu’il a donc tout son temps. En réalité son groupe est appelé sur scène dans l’heure suivante…
Ce sont les années hippies où des jeunes musiciens de génie vont se laisser emporter par la drogue et les illusions pour rejoindre le paradis des rockeurs de façon anticipée : Jimi Hendrix, Janis Joplin, et bien d’autres. Santana fait un choix moins mortifère et se place sous l’enseignement du maître spirituel indien Sri Chinmoy jusqu’au début des années 1980, ce qui assure sans doute sa survie.
Tout au long de sa carrière, sa musique restera de caractère latinos avec une profusion de percussions, un exceptionnel toucher de guitare et quelques solos restés légendaires.
Santana commente avec bonhommie dans le documentaire toutes les étapes de cette vie de musicien d’exception. On aurait pu passer plus de temps sur des extraits musicaux que sur ses interviews, mais qu’importe, son parcours est mémorable.
Carlos Santana (à gauche) au Pavillion de Paris (1978)
Anne Queffélec (née en 1948) ouvre ce dernier concert du festival 2023 par un hommage à la pianiste Catherine Collard (1947-1993) qui a été directrice de ce festival breton et, surtout, interprète majeur de Schumann, Debussy, notamment. C’est le trentième anniversaire de son décès. Elle joua souvent avec Anne Queffélec et à la tendresse exprimée par cette dernière au souvenir de son amie, on comprend l’affection profonde qui gouverna leur relation musicale et personnelle. Emportée brusquement par un cancer à 46 ans elle a dédié sa vie à la musique et, lorsque sa carrière connut un creux, elle se dévoua à partager sa passion avec les élèves des conservatoires et les spectateurs des festivals qu’elle organisait. Elle était la marraine de Gaspard Deheane, le fils aîné d’Anne Queffélec, né en 1987, qui partage la scène ce soir avec sa mère.
Le concert commence avec une sonate de Haydn (1732-1809) jouée par Anne qui enchaîne sur la sonate « Au clair de lune » de Beethoven (1770-1827). Le second fut l’élève du premier, peu de temps, mais suffisamment pour que Haydn identifie son génie. La pianiste nous explique que Haydn était un homme robuste et joyeux, qui vécut très longtemps pour son époque quand Beethoven fut une personnalité torturée ayant affronté de longues périodes de dépression, dues notamment à sa surdité qui va progressivement devenir totale et le couper du monde.
Il exprima ce désespoir à ses deux frères dans une lettre qu’il ne leur envoya finalement jamais et qui fut retrouvée après sa mort : le « Testament de Heiligenstadt » dont un extrait nous est lu ce soir :
Finalement condamné à la perspective d’un mal durable (dont la guérison peut durer des années ou même être tout à fait impossible), alors que j’étais né avec un tempérament fougueux, plein de vie, prédisposé même aux distractions offertes par la société, j’ai dû tôt m’isoler, mener ma vie dans la solitude, et si j’essayais bien parfois de mettre tout cela de côté, oh ! comme alors j’étais ramené durement à la triste expérience renouvelée de mon ouïe défaillante, et certes je ne pouvais me résigner à dire aux hommes : parlez plus fort, criez, car je suis sourd, ah ! comment aurait-il été possible que j’avoue alors la faiblesse d’un sens qui, chez moi, devait être poussé jusqu’à un degré de perfection plus grand que chez tous les autres, un sens que je possédais autrefois dans sa plus grande perfection, dans une perfection que certainement peu de mon espèce ont jamais connue – oh ! je ne le peux toujours pas, pardonnez-moi, si vous me voyez battre en retraite là-même où j’aurais bien aimé me joindre à vous.
Victor Hugo parlait de lui comme « ce sourd qui entendait l’infini ! ».
Cette différence de personnalité se sent parfaitement dans les variations de leurs deux sonates. Le déroulement mélancolique du premier mouvement de celle de Beethoven nous plonge effectivement dans les tréfonds de l’âme sombre de ce compositeur d’exception : simplicité des notes et lente progression vers l’abime. C’est un trésor ! Le troisième mouvement très enlevé marque comme une réaction contre la tristesse, Beethoven se révoltant contre sa maladie ? Il est joué de main de maître par Mme. Queffélec.
Gaspard succède à sa mère sur le Steinway pour interpréter un autre trésor de délicatesse et d’à-propos avec « Clair de lune » de Debussy (1862-1918). Il accompagne notre méditation dans la pure beauté de cette musique pendant que le soleil se couche sur la mer derrière la baie vitrée où est placé le piano. Un instant d’absolu.
Suivent les Fantasiestückes de Robert Schumann (1810-1856). Encore une histoire douloureuse : Robert est empêché de se marier avec Clara Wicks (1819-1896) par les parents de celle-ci. Alors ils échangent des lettres journalières et, surtout, Robert compose pour Clara qui fut une pianiste exceptionnelle. Ces morceaux ont été écrits à cette époque de frustration mais la musique est allante, comme pour transcender ce sentiment négatif. Il y a de l’espoir dans les rythmes. Les deux musiciens finirent par se marier en 1840 avant que Schumann ne sombre dans la folie dix années plus tard et meurt dans un asile en 1856. Plus tard, Brahms (1833-1897), inspiré par Clara écrira son Concerto pour piano n°1.
La mère et son fils interprètent ensuite Schubert (1797-1828) à quatre mains après qu’Anne nous eut expliqué que « jouer à 4 mains ce n’est pas 2 fois plus facile, au contraire ! ». Encore un génie emporté dans la fleur de l’âge après avoir eu le temps de composer une œuvre magistrale, peu reconnue de son vivant. Anne et Gaspard échangent leur position entre le Rondo et la Fantaisie et nous offrent l’émouvant spectacle de la transmission du talent de la plus ancienne au plus jeune, tous deux réunis sur cette musique et leur amour familial. Œdipe doit voler au milieu des notes mais qu’importe, il est écrasé par Schubert.
Le rappel est « un retour aux sources » comme l’introduit Gaspard : une cantate de Bach transcrite pour piano à quatre mains.
Anne Queffélec reprend alors le micro pour remercier les spectateurs de participer par leur présence et leur enthousiasme à faire vivre la musique qui reste aussi le meilleur moyen de communiquer avec ceux qu’on aime, même quand ils nous ont quittés.
Ces deux interprètes remarquables nous ont emmené bien loin dans ce romantisme du XIXème siècle : douleur et génie pour un monde géants.
Robbie Robertson, fondateur canadien né en 1943, est mort à 80 ans ce 9 août. Guitariste, il a fondé le groupe The Band connu pour avoir accompagné Bob Dylan lors de sa mue vers l’électrique en 1965. Le groupe vivra aussi sa vie indépendamment de Dylan, sortira plusieurs disques et fera l’objet d’un superbe film de Martin Scorsese à l’occasion de son concert d’adieu le 25 novembre 1976. The Band a joué au festival de Woodstock en 1969.
Robertson continue ensuite à sortir des disques solos en collaboration avec de grands artistes comme Peter Gabriel, Eric Clapton, Trent Reznor… Il est mort de maladie, en musicien, sans doute pas loin de sa guitare.
Sergueï Rachmaninov (1873-1943), pianiste russe virtuose, compositeur majeur du XXème siècle, est célébré cette année par le festival de piano de la Roque d’Anthéron. Anna Geniushene et Lukas Geniusas, tous deux d’origine russe, nés à Moscou respectivement en 1991 et 1990, couple à la ville, jouent à deux pianos des œuvres du Maître, russe également.
Le premier morceau est une transcription de Rachmaninov pour deux pianos de La Belle au bois dormant, le célèbre ballet de Tchaïkovski. Le second a très fortement influencé le premier mais on préfère les œuvres originales de Rachmaninov. La suite n°1 pour deux pianos, hommage posthume au même Tchaïkovski (1840-1893), tend au sublime, tragique et enlevée, au milieu du chant des cigales de l’Espace Florans situé en extérieur au milieu des platanes. La dernière œuvre « Danses symphoniques » composée en 1940 est l’une des dernières écrites par Rachmaninov décédé en 1943. Elle est déjà nimbée de sonorités et de rythmes jazzy marquant le XXème siècle américain où est exilé le musicien depuis 1917. Elle termine en apothéose une soirée musicale de verdure et de virtuosité.
Le programme
Tchaïkovski/Rachmaninov : Suite de La Belle au bois dormant
Rachmaninov : Suite pour deux pianos n°1 opus 5 “Fantaisie-tableaux”
Rachmaninov : Danses symphoniques opus 45b
Bis
Rachmaninov : Six morceaux pour piano Opus 11 Valse n°4
Le musicien français Jean-Louis Murat (1952-2023) est mort ce 25 mai à l’âge de 71 ans. Rocker bougon et poète, il était fermement attaché à son Auvergne natale où il réside et enregistre ses disques. Ses textes sont empreints de poésie et sa musique souvent originale, empruntant parfois des voies électro intéressantes.
Merveilleux concert pour les deux pianos de Martha Argerich et Lahav Shani : Prokoviev et Rachmaninov, des œuvres un peu virtuoses, mais surtout Ravel sublimement interprété dans « Ma mère l’Oye » et « La Valse » par Martha (81 ans) et le jeune et talentueux Lahav Shani de 34 ans. Lorsque, la main dans la main, souriants, ils saluent l’assistance il y a un peu du passage de relais entre ces deux pianistes. La légende argentine peut être rassurée sur la solidité de la génération qui suit.
Et pour ceux qui en douteraient, ils interprètent à quatre mains, pour l’un des bis, la symphonie des oiseaux de Saint-Saëns : bouleversant !
Sortie : 2021, Chez : Editions Gallimard, collection Hoëbeke.
Pascal Bouaziz, musicien, auteur-compositeur, poète, est un inconditionnel de Leonard Cohen dont il connait la vie et l’œuvre sur le bout des doigts. Il choisit dans ce livre de revenir sur dix caractères de cet artiste éternel : l’éternel étranger, le séducteur, le juif errant, le déprimé, etc. Ce n’est pas une biographie mais une plongée dans la personnalité de cet étrange créateur illustrée de magnifiques photos de Leonard.
L’écriture est sensible, les mots sont documentés, les petites histoires racontées sont souvent déjà des classiques, mais qu’importe, on aime bien les relire. Mais surtout, Bouazic rentre dans les textes des chansons-poèmes de Cohen ce que, par paresse, le spectateur non anglophone ne fait pas assez, et les restitue dans le contexte de la vie de l’artiste.
Un très joli livre pour nous rappeler combien Leonard Cohen fut un artiste important de son époque et combien ses mots peuvent continuer à nous inspirer.
On peut écouter l’excellente émission de Michka Assayas sur France-Inter : neuf épisodes sur l’œuvre de l’artiste britannique qui a marqué son époque. Michka est le nouveau Bernard Lenoir chroniquant le rock sur les radios publiques, largement à la hauteur de son prédécesseur. Il fait preuve d’une immense culture rock qu’il partage avec bonhommie.
Le guitariste et chanteur-compositeur américain Tom Verlaine est mort hier à 73 ans (1949-2023). C’est l’un derniers représentants du rock underground américain qui s’échappe ainsi. Il a fondé le groupe éphémère Television en 1973 avec Richard Hell. Leur célèbre disque Marquee Moon, comme le premier disque du Velvet Underground (celui avec la banane) a été peu vendu en son temps mais a été écouté par tout ce qui comptait de la scène new-yorkaise de cette époque. Verlaine a influencé nombre de musiciens de l’époque et a continué une carrière solo discrète. Son nom de scène était un hommage au poète français.
Il joue sur Horses (1975) et Gone Again (1996) de Patti Smith qui doit désormais se sentir bien seule… C’est le crépuscule d’une époque musicale, ils sont tous en train de partir.
Après le récent décès de Jeff Beck, c’est un autre géant de la guitare qui vient de s’éteindre. L’américain David Crosby (1941-2023) est mort ce 19 janvier à 81 ans. Il fut un compositeur-chanteur-guitariste de légende à travers les groupes The Byrds et CSN&Y ([David] Crosby, [Stephen] Still, [Graham] Nash & [Neil] Young), et une très riche carrière solo.
Issu du mouvement hippy il participe à son évolution psychédélique en fréquentant et collaborant avec tous les groupes californiens des années 1960-1970 : Jefferson Airplane, The Grateful Dead… Folkeux électrifié et électrisant, spécialiste des harmonies vocales-polyphoniques et des accordages étranges de guitare, mixant rock, folk, jazz dans une inspiration toujours bouillonnante, c’est un immense musicien de plus qui a rejoint le paradis des rockers. Sa survie jusqu’à 81 ans relève du miracle tant il d’adonna à toutes les addictions les plus dures de son époque. Malgré une vie sens dessus-dessous, un caractère affirmé qui le fit se fâcher avec la plupart de ses coreligionnaires, et tout spécialement ceux avec qui il composa ses plus belles mélodies, il publiait encore sa musique en 2021, ForFree.
En 2016 il créait le groupe The Ligthouse Band avec de jeunes et talentueux musiciens dont deux merveilleuses choristes avec lesquelles il poursuivait ses polyphonies si caractéristiques et déclarait : « I felt that I didn’t have any choice but to leave that band that I’m absolutely glad I did. ». Un disque live était encore produit l’an passé.
Le musicien britannique Jeff Beck (1944-2023) est mort ce 10 janvier. Guitariste de génie, il a joué dans les Yardbirds, notamment avec Jimmy Page pendant une courte période, avec Rod Stewart et Ron Wood dans le Jeff Beck Group. Il est invité par David Bowie sur la tournée de Ziggy Stardust, on le voit notamment sur Jean Genie dans le documentaire récent Mooage Daydream. Et il joue avec une multitude d’autres musiciens, Eric Clapton notamment. Dans sa carrière solo il se laisse aller vers le jazz-rock, style dans lequel il compose des morceaux étonnants.
Virtuose, il était aussi techno et a travaillé le son sa vie durant, sur ses guitares traditionnellement d’un blanc immaculé. Il tournait encore récemment et est passé à l’Olympia en 2018.
L’information est passée plutôt inaperçue en cette fin d’année 2022 mais Jet Black (Brian John Duffy de son vrai nom), le batteur des Stranglers est mort le 6 décembre, à 84 ans. Il a été un peu le père fondateur de ce groupe post-punk dans les années 1970, le plus âgé de la bande et sans doute le plus musicien aussi. Féru de jazz il a adapté son jeu à la musique plus rock du groupe.
En proie à de l’asthme depuis son enfance il ne tournait plus avec les Stranglers depuis 2012 mais, semble-t-il restait musicalement un membre actif du groupe, notamment sur les enregistrements studio. Après la mort du claviériste Dave Greenfield suite d’une Covid, le bassiste Jean-Jacques Burnel est le dernier historique du groupe, Hugh Cornwell ayant quitté la bande en 1990 pour poursuivre une carrière solo.
Mais les Stranglers produisent toujours de la musique : ils seront à l’Olympia en mars prochain et leur dernier disque est sorti en 2022 et s’appelle « Dark Matters », on ne saurait mieux dire !
Vivienne Westwood (1941-2022) est morte en décembre dernier. Styliste iconoclaste elle fut l’égérie du mouvement punk dans les années 1970. Compagne de Malcom McLaren, le sulfureux manager des Sex Pistols elle a « habillé » les membres de ce groupe phare provocateur de l’époque. Sa boutique « Sex » sur King’s Road à Londres servait de quartier général aux punks naissants. Chrissie Hynde (The Pretenders) ou Glen Matlock (premier bassiste des Sex Pitols) y étaient vendeurs. Il se dit que McLaren fit passer leur première audition à Johnny Rotten et Sid Vicious du Sex Pistols dans le magasin. Les « créations » vestimentaires de Westwood ne sont pas d’un goût particulièrement subtil comme les fameux T-shirts déchirés ornés de croix gammées ou de représentations de Karl Marx, du cuir, des zip… C’était le style punk.
Les Sex Pistols et Vivienne se sont promus les uns les autres. Les premiers connurent une carrière éphémère mais leur influence fut décisive pour les décennies suivantes. La seconde a duré à coups de provocations et présentait encore des collections à la veille de son décès à 81 ans.
Elle avait rebaptisé sa première boutique : Too Fast to Live, Too Young to Die, mais tout à une fin !
La Cité de la Musique consacre une exposition au musicien nigérian, d’ethnie yoruba, Fela-Kuti (1938-1997). Fils d’une militante des droits de la femme à une époque où l’Afrique n’était pas vraiment éveillée au féminisme, et d’un pasteur, il se forme à la musique à Londres et éveille sa conscience politique au contact des militants des droits civiques aux Etats-Unis. Il revient au pays armé de ce double cursus pour y mener son combat politique contre une dictature galonnée qui ne lui fait pas de cadeaux. Ses concerts sont des messes qui durent des heures dans un chaos organisé où il s’affuble de costumes sophistiqués et bariolés au milieu de nombreux musiciens et danseuses. Il chante, joue du saxophone et dirige sa bande en fumant sans cesse des joints XXL. Sa maison et son club à Lagos sont des colonies où se retrouve toute une faune d’artistes, de militants, de pique-assiettes et où l’armée nigériane aime venir faire des descentes plutôt violentes.
Les slips de Fela…
L’exposition détaille l’environnement créé par ce personnage un peu ubuesque avec photos, coupures de presse, vidéos d’interviews, références à ses guides (Kwame Nkrumah, Sandra Izsadore, Malcom X…), ses costumes flamboyants, les slips multicolores dans lesquels il aimait parader au milieu des siens, les messages politiques qu’il assénait avec pas de mal de simplisme. Il a créé des mouvements politiques aussi fumeux qu’éphémères : Movement of the People (MOP), Young African Pionneers (YOP). De ses révoltes il n’est d’ailleurs pas resté grand-chose tant le Nigeria demeure un pays hors de contrôle et la pensée politique de Fela étaient idéaliste et peu structurée. On dirait aujourd’hui qu’il était un homme « déconstruit » …
Mais Fela était avant tout un musicien et c’est dans ce domaine qu’il s’est le mieux exprimé en créant le mouvement « afrobeat », sorte de mix entre jazz et musique africaine, aux rythmes hallucinés marqués des cuivres et des percussions. C’est encore par ce média que l’artiste nigérian a été le plus performant. La Cité de la Musique offre aux visiteurs de longs extraits des incroyables concerts que dirigeait ce joyeux trublion.
Terry Hall, le chanteur blanc leader du groupe multicolore de ska The Specials est mort ce 18 décembre. La musique militante de ce groupe a marqué l’Angleterre post-punk des années 1980. Ces artistes ont mixé des influences musicales reggae, ska et new-wave pour donner une musique riche et dansante partagée avec d’autres groupes comme Madness, The Beat, UB40, Dexys Midnight Runners. Les Specials, habillés mods, étaient sans doute un plus engagés que les autres en faveur des droits sociaux et contre le racisme dans un pays secoué par la politique dure menée par Mme. Thatcher à la tête d’un gouvernement conservateur.
Le groupe s’était reformé ponctuellement en 2014 pour une tournée de concerts dont un à Paris, bien sûr.
Christine McVie est décédée à 79 ans ce 30 novembre. Elle fut chanteuse et claviériste du groupe Fleetwood Mac et épouse de John McVie le bassiste historique du groupe britannico-américain. Créé en 1967 le groupe a rencontré un franc succès avec Rumours, sorti en 1977 et vendu à 40 millions d’exemplaire. Avec Stevie Nicks, américaine, elle formait le duo blond de charme épaulant une solide équipe de guitaristes masculins dans cette musique blues-rock, à la fois percutante et parfois romantique.