Catégorie : Kronic musique

  • Angela Merkel et Nina Hagen vous saluent bien

    Alors que la chancelière allemande Angela Merkel va laisser la place après 16 années de pouvoir, l’armée allemande lui présente ses adieux en jouant un morceau choisi par elle de… Nina Hagen. Pour les plus jeunes, rappelons que Nina est une chanteuse née en Allemagne de l’est en 1955 au temps du mur. Elle sortit un premier hit à Berlin-Est : « Du hast den Farbfilm vergessen » (« Tu as oublié la pellicule couleur ») devenu mythique et c’est justement ce morceau choisi par Mme. Merkel que la Bundeswehr lui a joué en version instrumentale

    En 1978, elle a suivi à l’ouest son beau-père déchu de sa nationalité est-allemande, elle monte un groupe, le Nina Hagen Band, qui sort un disque éponyme révolutionnaire dans lequel elle fait déjà preuve d’une incroyable agilité vocale et d’un talent pour grimacer de façon clownesque qu’elle exprime sur scène (voir vidéo). Ses musiciens ont des allures improbables, moitié bande à Baader, moitié drag-queens, mais s’avèrent de redoutables instrumentistes. Elle a poursuivi ensuite sa carrière avec la production d’une vingtaine de disques plus ou moins réussis, agrémentés de quelques provocations dont elle a le secret.

    Une artiste originale à laquelle il était plutôt inattendu que la chancelière Merkel se réfère dans le cadre de sa cérémonie d’adieux à l’armée nationale. Un clin d’œil de cette grande dirigeante qui confirme en plus qu’elle a très bon goût. On ne sait pas à ce stade ce que Nina Hagen a pensé de ce choix…

  • Patti Smith en concert acoustique au Panthéon pour les 50 ans de FIP

    Patti Smith en concert acoustique au Panthéon pour les 50 ans de FIP

    Après ses deux concerts au Grand Rex en octobre, Patti Smith (75 ans) est de retour à Paris pour jouer au Panthéon dans le cadre de l’anniversaire des 50 ans de la radio FIP. Elle succède à Sting dans ce lieu majestueux. Elle est accompagnée de son fils Jackson à la guitare, sa fille Jesse aux claviers et de Tony Shanahan à la basse sur les derniers morceaux.

    Le show est diffusé sur FIP et réservé, sur place, à quelques happy few. Patti passe par quelques chansons de son répertoire plutôt peu jouées et une reprise de Bob Dylan. Elle chante avec sa voix grave et on l’imagine tout sourire sous ses cheveux gris, épanouie après toutes ces années de combat et d’écriture, mais toujours sincère et convaincue. Ce court concert se termine sur un People Have the Power plus apaisé que son habituelle version jouée en électrique le poing levé !

    People have the power to dream
    People have the power to strike
    People have the power to vote
    People have the power to love

    Et notre poétesse-punk tire sa révérence rappelant aux spectateurs « Don’t forget it: USE YOUR VOICE ».

    On peut la réécouter sur le podcast FIP, une radio de bon goût !

    https://www.fip.fr/emissions/live-a-fip/patti-smith-en-concert-au-pantheon

  • « Le pansement Schubert » à la salle Gaveau

    A la suite de la sortie de son récit « Le pansement Schubert », la violoncelliste et art-thérapeute Claire Oppert. Se produit ce soir avec son trio (violoncelle, piano [Roustem Saitkoulov, le mari] et violon [Maxim Vengerov]), le Dr Gomas, spécialiste des soins palliatifs, Éric Fiat, professeur de philosophie et d’éthique médicale et Elodie Navarre, comédienne.

    La soirée commence par l’andante du trio op. 100 de Schubert puis les pièces musicales sont ponctuées des interventions parlées. Claire Oppert parle avec beaucoup de sensibilité de son expérience musicale pour accompagner la douleur, le Dr Gomas de sa collaboration avec Claire dans le cadre d’un essai clinique pour suivre et mesurer les effets de la musique sur les patients, un effet généralement apaisant et le philosophe Fiat de la vie et de l’œuvre de Schubert (un peu romancée tout de même) avec une délicate admiration et des digressions vers La Fontaine. La dernière partie de la soirée voit revenir le trio accompagné de la comédienne qui lit quelques chapitres du livre de Claire Oppert pendant que les musiciens jouent les pièces qui sont citées dans ces chapitres et utilisées comme « pansement ».

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2021/04/oppert-claire-le-pansement-schubert/

    La salle Gaveau est pleine, sans doute en grande partie par des spectateurs qui ont croisé la maladie ou la souffrance chez leurs proches ou pour eux-mêmes. Tous sont admiratifs de voir ces esprits brillants et subtils consacrer leur art et leurs connaissances pour accompagner le cheminement des malades, le plus souvent vers leur fin. Tous se félicitent que notre vieille démocratie française consacre encore des ressources humaines et financières à cette noble tâche.

    Programme

    • Franz Schubert, Trio op. 100, II. Andante
    • Franz Schubert, Impromptu op. 90 n°3
    • Piotr Tchaïkovski, Trio op. 50, I. Pezzo elegiaco
  • Rolling Stones pas morts

    rue de la Butte-aux-Cailles (Paris XIIIème)

    Et d’ailleurs ils sont en tournée aux Etats-Unis d’Amérique.

  • Charlie Watts est mort

    Charlie

    1941-2021

    Charlie, le légendaire batteur des Rolling Stones depuis 1963 est mort ce matin, à 80 ans. Il précède ainsi la tournée des adieux du « plus grand groupe de rock’n’roll du monde » que la rumeur annonçait pour l’année prochaine. Le garçon a continuellement apporté stabilité et élégance au cœur de la tornade musicale et comportementale des Stones, sans jamais se mettre en avant. Régulièrement ovationné lors des concerts du groupe, il se levait modestement lorsque son nom était cité par Mick Jagger et adressait un petit sourire au public.

    Evidemment, la mort annoncée des musiciens des Rolling Stones nous rappelle que la nôtre est aussi au bout du chemin. Vu leur mode de vie, il semblait pourtant improbable que Ron Wood, Mick Jagger, Keith Richards et même Charlie meurent de vieillesse dans leur lit, c’est pourtant ce qui est en train de se passer. C’est tout de même une bonne nouvelle qui nous permit de bénéficier de la création de ces enfants terribles, la bande son de plusieurs générations !

    Charlie Watts, une vie bien remplie, beaucoup de bonheur distribué lors de concerts et d’enregistrements de légende : un artiste utile et bienveillant s’en est allé…

  • « Bowie Odyssée » au Palace

    Une vraie exposition pour fans de Bowie est proposée par le théâtre parisien Le Palace, autrefois haut lieu des nuits parisiennes et scène de concerts de légende dans les années 1970/1980. Il y a les photos, célèbres, de Mick Rock sur la période Ziggy Stardust, celles moins connues de Pierre Terrasson dans les années 1980, et tout un bric-à-brac d’objets plus ou moins cultes que seuls les amoureux transis de la vedette ont pu accumuler au cours de leurs vies. Classés chronologiquement dans des bacs vitrés, chacun consacré à un disque, c’est un amoncellement de collectors : billets de concert, pins, photos de journaux et magazines, articles de presse, quelques partitions, parfois des lignes écrites de « la main de Dieu » sur un papier à lettres d’hôtel, etc.

    Un écran de télévision diffuse quelques courtes interviews de Bowie menées par Yves Mourousi et Michel Drucker, sans grand intérêt. Radio-France a ouvert sa discothèque en exposant les pochettes des 33 tours de Bowie dans leurs multiples versions avec des indications sur les influences musicales reçues par l’artiste, ses disques live, ses collaborations avec d’autres musiciens (Mick Jagger, Steve Ray Vaughan, Bing Crosby…), ses bandes originales pour le cinéma, ses participations au théâtre, ses reprises… Un juke-box joue les morceaux célèbres, et moins.

    Une exposition indispensable pour tout fan de Bowie qui se respecte, dispensable pour le reste de la population, mais il ne sera pas dit qu’un évènement Bowie se déroule à Paris sans que votre serviteur y participe.

    Sans doute le véritable instant d’émotion de cette visite est ressenti par les seniors lorsqu’ils remettent le pied dans ce théâtre où ils assistèrent à tant de concerts inoubliables : Iggy Pop, Magazine, Devo, UB40, Robert Fripp (leader de King Crimson qui joua ses frippertronics dans la petite salle du sous-sol), et bien d’autres. On ne se souvenait plus que cette salle était de dimensions si modestes mais que de fantastiques souvenirs musicaux remontent à la surface dès que l’on foule le bitume de la rue du Faubourg Montmartre !

  • OPPERT Claire, ‘Le pansement Schubert’.

    OPPERT Claire, ‘Le pansement Schubert’.

    Sortie : 2021, Chez : Denoël.

    Claire Oppert, née en 1966, est une violoncelliste diplômée du conservatoire Tchaïkovski de Moscou. En parallèle à sa carrière de concertiste elle consacre son talent et sa passion aux malades, particulièrement ceux en fin de vie. Diplômée en philosophie et en art-thérapie elle confronte la musique qu’elle joue à des autistes en institution, des seniors dans un établissement pour personnes âgées dépendantes et dans un hôpital de soins palliatifs. Elle est même salariée de ce dernier établissement dans lequel elle participe un jour par semaine à un essai clinique sur les effets de la musique sur la souffrance. L’essai est baptisé le « pansement Schubert » car elle a maintes fois constaté le caractère apaisant sur les patients de l’andante du célèbre trio opus 100 du compositeur.

    Dans ce livre-récit Claire raconte ses extraordinaires expériences durant lesquelles elle cherche à accompagner en douceur et en élévation les douleurs et l’approche de l’échéance finale de personnes maltraitées par la maladie. Ce sont une trentaine de courts chapitres, d’une page ou deux, pour chaque moment musical partagé avec un patient. Chacun de ces chapitres est précédé d’une page ou deux consacrées à la mise en contexte au début du livre, puis à des réflexions existentielles et poétiques sur la musique, la vie et la mort.

    « La musique est voix.
    La mort à venir est une source d’effroi qui ne sait se dire.
    La voix du violoncelle tente de délier l’étau du silence.
    Elle convie une communauté d’émotions et un partage,
    En dépit des peurs terrifiantes,
    Des désordres du cœur,
    Des éclats de rage.
    La voix du violoncelle lutte à sa façon contre la désertion suprême.
    Elle atteste la possibilité de l’abandon d’une maîtrise.
    Elle relie les êtres en présence
    Au lit du mourant. »

    Claire Oppert exprime avec beaucoup de sensibilité les angoisses qui, on l’imagine, traversent ces patients s’acheminant vers une mort certaine à court terme et, le plus souvent, douloureuse. Elle constate les effets « relaxant » des notes qu’elle joue mais, réaliste, mesure aussi combien il est délicat de valider ceux-ci de façon scientifique. Il semble, on dirait, peut-être… que les malades souffrent moins en entendant Schubert, même lorsqu’ils sont déjà plongés dans le coma. Les équipes soignantes partagent aussi cette hypothèse, mais qui sait ce qu’il se passe vraiment lorsqu’il s’agit de quitter la vie ? On veut croire avec Claire Oppert que la musique adoucit le passage vers la mort.

    Elle exprime également la joie qu’elle ressent en partageant sa musique dans ces conditions avec une audience différente de celle à laquelle son art la destine. La fréquentation continue de ce monde la mort donne à ceux qui la partage une hauteur de vue souvent exceptionnelle. Claire Oppert est de ceux-là. On croise aussi dans ce livre les équipes médicales admirables qui entourent les patients, dont l’excellent docteur Gomas, patron du centre de soins palliatifs de Sainte Perine, qui a intégré le violoncelle dans ses protocoles de soins et Claire dans ses équipes. Comme il est rassurant pour les vivants de savoir que de telles personnalités se consacrent avec passion à accompagner les mourants !

  • Bunny Wailer est mort

    Bunny Wailer est mort hier dans un hôpital de Kingston en Jamaïque, son pays. En 1963, il a fondé The Wailers, avec Bob Marley et Peter Tosh, qu’il a quitté en 1974 pour mener une carrière solo. Marley continuera avec le groupe renommé Bob Marley and the Wailers, ils feront aimer la musique reggae-jamaïcaine au monde entier.

    Bunny était le dernier survivant de ces trois légendes de la Jamaïque !

  • SIMMONS Sylvie, ‘I’m your Man – La vie de Leonard Cohen’.

    Sortie : 2018, Chez : Editions L’Echappée.

    Une biographie de 500 pages, sensible et documentée, de Sylvie Simmons, une admiratrice de la première heure, journaliste musicale, dont la vie et l’âme ont été influencées par les mots du grand poète canadien né en 1934.

    Jeune homme séduisant issu d’une famille juive d’ascendance polonaise émigrée à Toronto, d’un milieu plutôt favorisé, Leonard se révèle rapidement un poète un peu brumeux, grand séducteur à la personnalité mesurée et bienveillante, travailleur acharné, perfectionniste obsessionnel ; il gardera ce profil sa vie durant manifestant une empathie à l’égard de tous et récoltant une admiration sans borne de ses fans tout au long de sa longue carrière artistique. Ses œuvres littéraires ayant un faible succès commercial, il s’oriente vers la musique où il rencontrera beaucoup plus de reconnaissance.

    Alors on suit le parcours exceptionnel de Leonard Cohen à travers le milieu artistique nord-américain pendant une période qui fut particulièrement féconde et marquante. Habitant du monde il réside à Hydra en Grèce, à Toronto au Canada, à New-York aux Etats-Unis puis Los Angeles, et dans les avions qui le mènent constamment d’un lieu à l’autre. Amoureux compulsif, ses plus belles chansons sont inspirées par cette étrange objet qu’est l’amour. Dépressif cyclothymique, il soigne ses états d’âme à force d’addictions et de méditations. Poète convaincu, il travaille des années sur ses textes et ses musiques pour en sortir de pures joyaux. Mystique impénitent, il suit les enseignements de sages zen, bouddhistes, sans jamais abandonner son attachement à sa religion juive dont il étudie les textes sans relâche.

    Ruiné par une manageuse indélicate à la fin des années 2000, il bouscule un peu ses projets et repart sur la route, pour se refaire, à plus de 70 ans pour trois années de tournées mondiales qui déclenchèrent une critique enthousiaste dans le monde entier et un succès d’estime et commercial majeur. Dans le même temps il continue à produire des disques et des livres de poésie jusqu’à son dernier souffle en 2016.

    Ces dernières années de création ont été particulièrement fécondes et ont élevé ce « juif errant » au statut de légende. Sylvie Simmons a pu interviewer une grande partie de son entourage et mener de longues conversations avec Leonard pour aboutir à ce portrait amoureux d’un homme au profil simple et au mental tellement complexe, pétri d’humour et de sens de l’autodérision, créateur inlassable qui laisse une œuvre monulentale du XXème siècle.

    Lire aussi : Leonard Cohen – 2012/09/29et30 – Paris l’Olympia, Leonard Cohen – 2009/07/07 – Paris Bercy, Leonard Cohen – 2008/11/26 – Paris l’Olympia

  • « Jimi Hendrix « Hear my train a comin » » de Bob Smeaton (2013)

    Un beau documentaire diffusé par Arte sur Jimi Hendrix (1942-1970), guitariste et musicien-auteur-compositeur de génie, fauché dans la fleur de l’âge à 27 ans après une carrière fulgurante et quatre disques de légende, il a marqué le rock du XXème siècle. Le film de Bob Smeaton retrace la vie de cet artiste unique à la personnalité douce et timide hors de la scène, libérée et extravertie lorsqu’il joue devant son public.

    Inspirée par le blues, Hendrix a joué et chanté du rock. Sa voix légère se posait sur l’électricité de ses cordes, il chantait merveilleusement bien et maniait sa guitare comme un démon. Les images d’archive nous rappellent son jeu volcanique ; nous avons tous déjà vu des dizaines de fois ces fameux extraits où il met le feu à sa guitare à Monterey, ou crée les hurlements des bombes sur l’hymne américain improvisé à Woodstock, etc.

    La musique aurait sans doute été différente si Jimi avait survécu.

  • BYRNE David, ‘Qu’est-ce que la musique ?’.

    Sortie : 2017, Chez : Philharmonie de Paris – Editions.

    David Byrne fut la tête pensante du groupe Talking Heads qui à la fin des années 70′ a intellectualisé le mouvement post-punk new-yorkais en produisait une musique originale et plutôt sophistiquée. Ils étaient quatre potes qui se sont rencontrés dans une école d’art et David prendra le leadership du groupe au point de fatiguer ses compères, malgré une inventivité dont ne pouvaient se prévaloir les autres musiciens du groupe. Une fois celui-ci dissous au début des années 1990, David Byrne a continué une carrière solo en favorisant de multiples incursions dans des genres musicaux les plus variés et des collaborations avec de nombreux d’artistes dont certains débordaient largement le domaine musical. Il a notamment réalisé des films, joué dans certains comme acteur, composé des bandes originales, participé à des aventures théâtrales… Bref, avec Davide Byrne on n’est jamais déçu et la nouveauté est toujours au coin du bloc. En 2018 encore il présenta sur la grande scène de la Philharmonie de de Paris sa nouvelle œuvre « American Utopia » : un concert de rock mis en scène comme une pièce de théâtre, une réussite.

    « Qu’est-ce que la musique ? » est une sommité dans laquelle Byrne explique le monde dans le quel il vit depuis sa naissance en 1952. S’en suivent 450 pages historiques, factuelles, réflexives, existentielles sur la musique et nous. En fait, surtout sur la musique et David Byrne !

    On passe en revue la place de la musique dans la culture de l’Humanité, les révolutions de l’apparition et du développement des techniques d’enregistrement qui l’ont fait passer d’un moment éphémère et convivial à un processus renouvelable et personnel, la place de la représentation en concerts dans la créativité des musiciens (et leurs revenus…). On revient sur le célèbre « CBGB », tripot new-yorkais où jouèrent les groupes précurseurs de l’underground américain : Talking Heads, Blondie, The Ramones, Patti Smith, Television, Sonic Youth. Byrne avec un souci du détail qui l’honore va même jusqu’à publier un plan de ce lieu mythique pour expliquer comment les musiciens de tenaient par rapport aux spectateurs. Les amateurs de rock de cette époque apprécient…

    Plusieurs chapitres sont consacrés à la technique qui façonne la musique, de l’analogique au numérique, des bricolages sur bandes magnétiques de cassettes aux boucles électroniques auto-générées par des algorithmes devenus eux-mêmes créatifs. La musique est aussi une industrie et David Byrne nous explique les liens commerciaux existant entre maisons de disques, producteurs, interprètes, compositeurs, auteurs. Tout ça n’est pas simple et les plus grands se sont parfois fait embobiner par le business. Mais à la fin il reste toujours… la musique, présente d’ailleurs depuis le début puisque d’après l’auteur les Néandertaliens jouaient déjà de la flûte (taillée dans un os) et que la Bible démarre sur « Au début était le verbe », c’est dire que tout à commencé avec un son !

    Le dernier chapitre « Harmonia Mundi » conclut sur la musique « géométrie de la beauté ». On y apprend au détour d’un paragraphe que Byrne est atteint du syndrome d’Asperger qui rend les interactions sociales plus difficiles mais permet à ceux qui en sont atteints de développer une hypersensibilité et un imaginaire abondant.

    Cet essai est un livre de fan des Talking Heads, de David Byrne, du rock en général et tout particulièrement de l’époque underground des trois dernières décennies du Xxème siècle. Extrêmement analytique il permet à Byrne de partager sa connaissance d’un monde dont il est acteur et à ses fans de se rapprocher un peu de cette création musicale qui guide leurs vies.

  • Florian Schneider du groupe Kraftwerk est mort

    Florian Schneider (1947-2020)

    On apprend aujourd’hui que Florian Schneider, musicien de génie, cocréateur du groupe allemand Kraftwerk en 1970 inventeur de la musique électronique, est mort il y a quelques jours d’un cancer foudroyant sans rapport avec le coronavirus. Avec son complice Ralf Hütter ils ont innové et significativement influencé la musique et l’esthétique contemporaines du rock. Le groupe continuait à tourner encore récemment mais Florian avait mis fin à sa collaboration en 2009. Lors du passage du groupe l’an passé à Paris, Ralf menait le groupe.

    Lire aussi : Kraftwerk – 2019/07/13 – Paris la Philharmonie

    Evidemment c’est le crépuscule des rockers baby-boomers. Après David Bowie, Leonard Cohen, Lou Reed, pas plus tard qu’hier encore Dave Greenfield, et bien d’autres, tous ces artistes nés dans années 40’ et 50’ sont en train de nous quitter. D’ailleurs ils n’ont que 10 à 15 ans de plus que nous. Notre propre crépuscule ne manquera pas d’arriver également. Toute cette génération de musiciens en voie de disparition ne fait que nous précéder…

  • Dave Greenfield est mort

    Insuffisance cardiaque, hospitalisation et coronavirus ont emporté cette nuit Dave Greenfield, claviériste du légendaire groupe post-punk The Stranglers. Cofondateur du groupe en 1975 il a été de tous les albums et de toutes les tournées depuis 45 ans. Il a ajouté des claviers et des petites ritournelles, reconnaissables entre toutes, à la musique brute du groupe, marquant ainsi son parfum new-wave. Pas sûr qu’il soit aisément remplaçable tant sa personnalité et sa musique marquent les Stranglers depuis presqu’un demi-siècle.

    Rest in Peace Dave, tu fais partie des très grands !

  • Décès de Christophe

    Le musicien Christophe est décédé cette semaine à 74 ans d’un emphysème plus ou moins accéléré par le coronavirus baladeur. C’est un drôle de parcours que celui de cet artiste français, fils d’immigrés italiens, chanteur tendance yé-yé dans les années 60’ il était devenu ces dernières années une puriste du son et des productions sophistiquées, une sorte de Brian Eno à Montparnasse, produisant des musiques étranges et mystérieuse. Il cultivait par ailleurs son image d’oiseau de nuit, lunettes teintées et long cheveux blonds, dormant le jour, travaillant la nuit sur ses machines. Un personnage et un musicien intéressant !

    Il a rejoint Lou Reed et David Bowie au paradis des rockers. Sa fille a suggéré au corps médical de Brest (où il avait été transporté en réanimation) de lui passer Just a Perfect Day et Heroes pour ses derniers instants. Un homme de goût !

  • Rock Fictions de Carole Épinette

    Rock Fictions de Carole Épinette

    Carole Épinette (http://www.karoll.fr/) est photographe, notamment de musiciens rocks. Elle publie dans ce livre certaines de ses photos en noir et blanc sur lesquelles elle a demandé à des connaissances d’écrire un texte. Ces rédacteurs improvisés ont ainsi livré leurs mots inspirés par les images. Ce peut-être un souvenir provoqué par une image (l’adolescence au temps des Cure « I’m running toward nothing, again and again and again… »), purement fictionnel (un écrivain raconte comment Francis Black des Pixies a bloqué son escalier durant 40 jours) ou juste nostalgique (une photo d’Anna Calvi et la mort d’un père).

    C’est une touchante association de héros et d’inspiration. Après tout la musique est aussi faite pour ça, Carole Épinette sait bien le rendre dans cet ouvrage.

  • A tribute to David Bowie – Haupstrasse The Berlin Years 1976 – 1978

    1976, David Bowie s’installe à Berlin dans le quartier de Schönberg (Hauptstrasse 155) pour 3 ans. Il y composera et enregistrera une grande partie de la trilogie berlinoise, dont le sublime enchaînement Low-Heroes qui marqua la musique rock du XXème siècle. Il y produit également deux albums du renouveau artistique et humain de son ami Iggy Popp qui habitait alors avec lui.

    Usé par les abus divers de sa vie passée à Los Angeles, Bowie est venu se ressourcer dans cette ville si créative à cette époque, et s’imprégner de l’art expressionniste qui le fascinait tant en ce lieu historique. Ce petit livre de photos paru en 2013 revisite les lieux fréquentés par Bowie (et souvent aussi Pop) ainsi que les artistes qui l’on inspiré. Emouvant !

  • CHEMAM Mélissa, ‘En dehors de la zone de confort, de Massive Attack à Banksy’.

    Sortie : 2016, Chez : Edition Anne Carrière.

    Mélissa Chemam, journaliste, a plongé dans l’histoire de Bristol et de ses artistes pour nous raconter l’extraordinaire explosion musicale et culturelle qui transcende cette ville située à 250 km à l’ouest de Londres. Cité portuaire au passé esclavagiste honteux, peuplée d’une forte communauté antillaise et africaine, elle a connu un passé rebelle et continue à se révolter de temps à autres. Depuis le mouvement d’émancipation des populations noires dans les années 60′, elle est à l’origine d’une formidable explosion culturelle basée sur ce joyeux mixage humain. Mélissa nous emmène au long de ce brillant parcours bristolien en suivant l’histoire du groupe Massive Attack et du graffeur Banksy, deux des plus belles réussites artistiques de la ville.

    Un groupe de potes, Robert Del Naja (3D, d’ascendance italienne), Grant Marchall (Daddy G, originaire de la Barbade aux Antilles), Adrian Thaws (Tricky) et Andrew Vowles (Mushroom) traînent chez les disquaires et dans les bars de la ville plutôt qu’à l’école, bricolent des sound systems, vivotent en faisant les DJs dans des soirées arrosées et, surtout, laissent leur imagination les porter. Ils ont été fascinés par l’énergie débridée du mouvement punk, qui s’éteint en ce début de la décennie 80′, et qu’ils mélangent avec l’amour du reggae et du dub que leur ont insufflé leurs amis jamaïcains. Ils ne sont pas musiciens, 3D est graffeur-peintre et couvre les murs de Bristol de ses œuvre (embarqué parfois par la police pour ses dessins qui choquent la bourgeoisie locale). Ils montent le collectif The Wild Bunch (L’Equipée Sauvage) qui se transformera en Massive Attack (attaque massive d’avant-garde) à la fin des années 80′. Leur premier album s’intitule Bleu Lines sort en 1991 et sonne comme un coup de tonnerre dans l’univers musical européen.

    L’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher, les guerres au Moyen-Orient, forgent l’engagement politique du groupe qu’il ne cessera d’afficher. Robert Del Naja se sent particulièrement concerné par l’histoire et la responsabilité britanniques dans cette région, leurs shows diffusent nombre de messages sur ce conflit et l’activisme néfaste des Etats-Unis qui a pris la suite de celui de Londres.

    Ils collaborent avec toute une bande bristolienne qui gravite les uns autour des autres et qui invente de Trip-Hop, sorte de fusion entre le psychédélisme (le trip) et le hip-hop (le rap naissant) qui fait fureur à l’époque. Leur musique est mélancolique et urbaine, leurs paroles mystérieuses (majoritairement écrites par 3D) et minimalismes. Ils aspirent toutes les inspirations qu’ils trouvent pour inventer le « bristol sound ». Massive Attack est un collectif à géométrie variable qui se transforme progressivement de sound system en véritable groupe avec des instrumentistes et des voix variées et renouvelées. Ses prestations scéniques deviennent progressivement un spectacle époustouflant, sombre et total.

    Pointilliste à l’extrême 3D met un temps infini à transformer ses idées en sons et images. Il recherche toujours le travail collectif et affronte quelques déceptions au hasard des pérégrinations de ses acolytes. Au moins Horace Andy, chanteur reggae jamaïcain légendaire, est embarqué sur tous les disques et toutes les tournées, les autres vont et viennent mais le son est toujours celui de Massive Attack dont Robert Del Naja est le sorcier. Le groupe produit également des clips vidéo musicaux très originaux et novateurs, ainsi que de nombreuses musiques de films et séries.

    Les artistes orbitant autour de Bristol sont légion. Portishead (du nom d’une ville toute proche) marque aussi son empreinte dans le paysage. Les musiciens s’échangent et s’influencent. Les producteurs aussi. Tricky (le mauvais garçon de la bande) qui participe aux deux premiers disques avant de partir vivre sa vie musicale en solo. Martina Topley-Bird (ex-épouse de Tricky), revenue en force et en beauté sur l’album Heligoland et la tournée qui s’en suit. Neneh Cherry née à Stockholm et rapidement installée à Londres, après avoir collaboré avec les Slits croise la route des Massive Attack dont elle épouse le premier producteur et pour laquelle 3D signe quelques titres. Il y en bien d’autres tant ce groupe inspire à tous l’envie de travailler avec lui.

    Autre enfant de Bristol, Banksy n’est jamais bien loin non plus. Admirateur de Robert lorsque celui-ci n’était que grapheur de rue, il est resté très proche du collectif et a mené sa barque depuis. Son ironie un peu désespérée et son engagement politique l’ont toujours fait voguer dans l’univers des Massive…

    C’est un beau livre, pour initiés ou ceux qui veulent le devenir, sur ce groupe et la fantastique histoire d’une bande d’adolescents multiculturels qui ne connaissaient rien à la musique mais dont la curiosité et la créativité leur ont permis de synthétiser le son de notre époque : nostalgique, urbain et politique. Depuis vingt ans ils sont les têtes chercheuses de ce Trip-hop qui est l’âme de Bristol.

  • BRUNNER Vincent, ‘Sandinista ! 12 décembre 1980, The Clash fait sa révolution.’

    Sortie : 2019, Chez : Le Castor Astral / « A Day in the Life ».

    Au début des années 90′ un adolescent s’étant initié au groupe britannique The Clash avec des rééditions, découvre, dix ans après sa sortie, Sandinista ! le triple album vinyle du groupe sorti en 1980. Il se fait alors la promesse d’écrire un jour un livre sur cette œuvre révolutionnaire du rock. En 2019, Vincent Brunner respecte sa promesse en racontant l’histoire de ce disque et des douze mois de la vie des quatre Clashs durant sa réalisation entre la Jamaïque, New-York et Londres.

    6 faces, 36 morceaux, des influences musicales multiples : punk, rock, reggae, dub, ska, rap, rockabilly, des messages politiques révolutionnaires variés (la guerre, la drogue, les inégalités…), des invités nombreux : Mickey Dread (1954-2008, pape du reggae jamaïcain), Norman Watt-Roy (bassiste de Ian Dury), Ellen Folley (chanteuse « fiancée » de Mick Jones, guitariste du groupe), Tymon Dogg (musicien violoniste pote de Joe Strummer (1952-2002, chanteur-guitariste du Clash), Mickey Gallagher (claviériste de Ian Dury, et dont les enfants chantent une version de Career Opportunities, un classique punk du groupe), et d’autres. Cet album intelligent marqua un moment clé dans l’histoire du rock ou comment l’énergie punk pouvait être recyclée dans un rock plus subtil et ouvert.

    L’enregistrement du disque démarre à Kingston en Jamaïque compte tenu de l’attachement du groupe pour le reggae, et particulièrement celui de Paul Simonon, le bassiste, élevé dans le quartier jamaïcain de Londres. Hélas, les Rolling Stones sont passés par là quelques mois auparavant et ont distribué de l’argent un peu partout pour avoir la paix dans ce pays en voie de développement soumis à une violence politique aigüe. Le Clash n’a pas les moyens de faire de même et de toute façon un tel comportement serait contraire à ses principes. Après l’enregistrement d’une seule chanson (Junco Partner) au studio Channel One de Kingston ils sont obligés de quitter la place rapidement sous la pression des gangs et racketteurs locaux.

    Après avoir laissé quelques illusions à Kingston, le groupe écrit et enregistre la suite de l’album à New York, ville mythique pour les quatre britanniques qui, tous révolutionnaires qu’ils s’affichent, restent fascinés par cette cité créatrice et sordide à l’époque par certains aspects. Ils vont y rester plusieurs mois, Joe se consacrer aux textes, Mick à la musique, Topper (Headon, le batteur) à ses addictions pendant que Paul est absent car tourne un film au Canada sur feu Sex Pistols.

    Le groupe est arrivé aux Etats-Unis déjà fort d’une certaine réussite commerciale (l’album London Calling a été très bien reçu) et du succès de ses tournées frénétiques qui lui ont donné une certaine aisance financière. Les musiciens sont logés dans de bons hôtels et profitent aussi de la vie sociale new-yorkaises pour des rencontres variées

    Le résultat est magique, le groupe se bat avec CBS pour que le triple album soit commercialisé à un prix acceptable pour ses fans, le disque sort dans les bacs le 12 décembre 1980. L’accueil de la critique est mitigé. Le groupe organise alors une tournée avec des résidence dans différentes villes : 15 jours au Bond International Casino de New York en mai 1981 avec des rappeurs et du hip-hop en warmup, de Niro, Scorsese, Ginsberg… dans les spectateurs, 8 concerts au théâtre de Mogador à Paris deux mois plus tard où se pressent notamment Rachid Taha (Carte de Séjour qui collaborera ensuite avec Mick), Manu Chao (La Mano Negra), Jean-François Bizot (fondateur du magazine Actuel et de Radio Nova), MC Solaar et, notamment, votre chroniqueur.

    Après ce fantastique et novateur album, le Cash sortira Combat Rock qui rencontra un franc succès commercial (Rock the Casbah, Should I stay or Should I Go). Un dernier album Cut the Crap est commercialisé après que Mick et Topper aient été virés. Joe dissout alors The Clash et ce fut bien ainsi. Il meurt brusquement en 2002 à 50 ans d’une malformation cardiaque qui n’avait jamais été diagnostiqué. The Clah restera un groupe majeur du rock du XXème siècle dont Sandinista ! fut l’œuvre la plus originale.

  • ALBERTINE Viv, ‘De fringues, de musiques, de mecs’.

    Sortie : 2014, Chez : Libella – 10/18 5419.

    Viv Albertine est la guitariste britannique cocréatrice du groupe punk féminin The Slits (Les Fentes…) créé à Londres à la fin des années 70′. Née en 1954 en Australie mais revenue très jeune au Royaume-Uni avec ses parents et sa sœur, elle évoque ses souvenirs et nous fait vivre l’enfance d’une gamine anglaise issue d’une famille moyenne, aspirée par la musique et la révolution punk. Plus intéressée par la vie des rues et des salles de concert que par l’école, elle voit éclore Bowie, les Sex Pistols, King Crimson, Patti Smith, se passionne pour Lennon, Zappa, Cream, Syd Barrett, Lou Reed… et tous les autres. Elle vit au cœur de l’ouragan du punk à Londres, nihiliste et créatif. Le tableau sera complet en ajoutant le sexe (plutôt beaucoup) et la drogue (plutôt modérément)

    Les fringues et le look sont (déjà) une préoccupation majeure. Les punks ont produit une mode plutôt voyante et provocante, une des caractéristiques du mouvement. Tout ce petit monde dès qu’il a quelques pounds de coté s’habille dans la boutique de fringues « SEX » tenue par Vivienne Westwood (toujours en activité), la compagne de Malcom McLaren, l’un des initiateurs et animateurs du mouvement.

    Avec Viv on retrouve tous les acteurs de cette période magique, so british. Elle est la fiancée de Mick Jones (The Clash), monte un premier groupe avec Sid Vicious (The Sex Pistols), fréquente les squats, Malcom McLaren, John « Rotten » Lydon… Avec ses copines elles montent The Slits dans lequel elle tient le poste de guitariste et d’organisatrice. Les quatre filles ne connaissent ni la musique ni les instruments (comme d’ailleurs la plupart des musiciens punks de l’époque), mais qu’importe, elles ont le feu sacré, de l’énergie à revendre, et puis elles travaillent un peu le sujet pour être à la hauteur de leurs collègues masculins. Ari « Up », la jeune chanteuse allemande a un charisme et un enthousiasme sans limite, la joie de la scène fait le reste. Le groupe tourne, publie deux ou trois disques puis se disperse avec l’extinction du mouvement.

    1980 : la fête est finie, Mme. Thatcher gouverne le Royaume, les survivants retournent progressivement à une vie « normale », le rock se professionnalise mais l’étincelle punk a allumé un brasier qui ne s’éteindra plus et qui inspire encore nombre de ses acteurs.

    Viv travaille maintenant dans le cinéma, se marie, après moulte difficultés donne naissance à une fille, affronte un cancer, divorce, remonte sur scène pour une gig avec les éphémères New Slits, enterre nombre de ses amis (Ari « Up », Polly Styren, Malcom McLaren) puis 30 ans après la fin des Slits entame une carrière solo plus apaisée où elle chante ses compositions en s’accompagnant à la guitare. Installée à Londres, elle se consacre désormais à l’écriture.

    Les historiques du punk, du moins ceux qui ont survécu, ont maintenant atteint l’âge où l’on écrit ses mémoires. Celles de John Lydon (marié avec la mère d’Ari « Up ») parue en 2015 comme celles aujourd’hui de Viv Albertine montrent que le mouvement punk ne fut pas seulement sordide et mortifère, image bien facile retenue par le commun des mortels, mais s’est surtout avéré comme un fantastique incubateur de musique nouvelle, énergique et joyeuse auquel se réfèrent encore les plus grands.