Amazing Grace, un superbe film de Sydney Pollack sur un enregistrement d’Aretha Franklin en 1972 dans une église de la banlieue de Los Angeles. Quasi oublié, jamais terminé, emberlificoté dans des problèmes techniques (image et son mal synchronisés) puis de droits, la Diva refusant la publication à la fin de sa vie, ce n’est qu’après son décès l’été dernier et grâce aux techniques modernes que le film a pu enfin être terminé et, enfin, diffusé. Le résultat est unique !
Aretha et son équipe avaient
décidé d’enregistrer en live un disque reprenant les classiques du gospel dans cette petite église de Watts.
Elevée par un père pasteur de l’Eglise baptiste dont les prêches font à l’époque
le tour des Etats-Unis d’Amérique. Dès son plus jeune âge elle chante avec ses sœurs
lors des offices de son père. Chez eux à Detroit on croise Martin Luther King,
Duke Ellington et autres gloires de la musique et de l’émancipation des noirs,
souvent des deux à la fois d’ailleurs. Très vite les talents d’Aretha explosent
et elle deviendra la Lady Soul, composant peu, interprétant beaucoup, et de quelle manière, les classiques
du gospel, de la soul et du rhythm and blues. Sa voix couvre cinq octaves et
développe une sensibilité à laquelle il est difficile de rester indifférent,
elle joue également (bien) du piano.
Ces deux soirées de Los
Angeles donnèrent lieu à l’édition d’un disque Amazing Grace, du titre de l’un des cantiques qu’il contient et
dont Aretha produit une bouleversante version de plus de dix minutes : Amazing
grace, how sweet the sound,/ That saved a wretch like me!/ I once was lost but now I’m found,/ Was blind, but now, I see./ …/ The
Lord has promised good to me,/ His word my hope secures;/ He will my shield and
portion be,/ As long as life endures.
Dans l’église elle est accompagnée d’un magnifique chœur dirigé par un flamboyant leader, d’un charismatique pasteur au piano et d’un quatuor guitare-bass-orgue-percussions. Un public d’une centaine de personnes donne l’ambiance du direct, on y reconnait Mick Jagger et Charlie Watts. Tout ce petit monde est très majoritairement afro-américain, coiffé de coupes afro encombrantes ou de choucroutes défrisées de l’époque, pattes d’éph. et nœuds de cravate énormes, costumes chamarrés. Le chœur et l’audience sont fébriles, se lèvent en hurlant dès que la Diva pousse sa voix dans les extrêmes, on est toujours entre transe et hystérie, le tout sous couvert d’une musique alternant mysticisme et performance. Sur le mur du fond de l’église, un grand tableau symbolise Jésus, sans doute dans le Jourdain.
Aretha chante divinement,
au piano où devant un pupitre de prêcheur, les yeux fermés, en communication directe
avec le Seigneur, mais si humaine pour inspirer les spectateurs avec cette voix
au-delà du sublime. Une grande dame et un film qui fera date.