Catégorie : Histoire

  • La sagesse de Metternich

    La sagesse de Metternich

    Alors qu’il représentait l’empire d’Autriche au congrès de Vienne après la défaite cuisante de la France de Napoléon à la bataille de Waterloo, Metternich (1773-1859) annonça à l’ouverture de celui-ci en septembre 1814, alors que les troupes opposées à la France occupaient Paris :

    Ou bien la paix sera dictée par le désir de se venger de la France ou bien elle sera inspirée par le désir d’établir un équilibre aussi que parfait que possible entre les puissances.

    In « Grands diplomates » sous la direction d’Hubert Védrine – 2024

    L’Europe de cette époque était guerrière et sanguinaire, Napoléon fut d’ailleurs l’un de ses représentants les plus violents, elle avait en revanche des diplomates de talent. Pas sûr que ce ne soit toujours le cas aujourd’hui où les prémices de la cessation des combats qui s’annonce entre l’Ukraine et la Russie ne semblent pas reposer sur cette vision d’un équilibre mais plutôt sur celle de la vengeance.

  • « Musée international de la croix rouge et du croissant rouge » de Genève

    « Musée international de la croix rouge et du croissant rouge » de Genève

    Genève, capitale de la neutralité et siège de nombreuses institutions internationales, plus ou moins humanitaires, coule des jours heureux sur les bords du lac Léman où est présenté le Musée international de la croix rouge et du croissant rouge, entre le bâtiment de l’ancienne Société des Nations (SDN), celui du Haut-commissariat pour les réfugiés (HCR) ou de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). C’est lors de la bataille de Solférino en 1859, une boucherie napoléonienne comme tant d’autres, 40 000 soldats mis hors de combat en quelques jours, que Henri Dunant (1828-1910) prend conscience des conditions sanitaires désastreuses dans lesquelles sont pris en charge les blessés. A l’issue de cet épisode dantesque il écrit un livre « Un souvenir de Solférino » pour partager ses idées sur comment mieux prendre en charge les victimes. C’est ainsi que naîtra quelques années plus tard l’association d’aide humanitaire qui deviendra le Comité international de la croix rouge (CICR).

    Le musée revient sur les grandes opérations auxquelles participa, et œuvre toujours, le CICR. Photos, vidéos, ustensiles divers utilisés par les sauveteurs, explications historiques, enjeux géopolitiques, c’est beau comme l’antique et qui oserait contester l’utilité de ces actions censées compenser, au moins partiellement, la sauvagerie des hommes. Comme toutes organisations humaines celle-ci est sûrement perfectible, elle n’en est pas moins indispensable même si tellement dérisoire.

    Pour être plus efficaces et lever les éventuelles préventions des belligérants à négocier, les actions du CICR sont soumises à la confidentialité. Les négociations menées par l’organisation donnent lieu à des rapports qui ne sont pas publiés. Seuls les résultats concrets de ces négociations deviennent généralement publics, on ne connait pas les détails et les difficultés de ces discussions, y compris bien sûr pour celles qui n’aboutissent pas. On imagine aisément la patience et l’abnégation dont doivent faire preuve les membres du Comité pour essayer de faire s’entendre des ennemis jurés sur un minimum humanitaire à prendre en compte au cœur de leurs guerres.

    En rentrant chez lui le soir, le visiteur voit sur sa télévisions les ambulances du CICR procéder aux échanges d’otages dans la bande de Gaza entre Israël et la Palestine !

  • L’Algérie ne lâche rien dans son combat contre la France

    L’Algérie ne lâche rien dans son combat contre la France

    Lancée le 1er novembre 1954 par une nuit d’attentats contre les intérêts de la France coloniale en Algérie, qui a été appelée par la suite la « Toussaint rouge », la guerre d’indépendance s’est légalement terminée après huit années de sauvageries par la victoire de l’Algérie qui obtint en 1962 son indépendance politique et l’évacuation de l’armée et des fonctionnaires français. Conséquence directe pas complètement anticipée : environ un million de colons, parfois installés sur place depuis des générations, repartirent pour la France en quelques mois ; conséquence cette fois-ci plus prévisible, des dizaines de milliers de supplétifs algériens locaux de l’armée française, considérés comme des traîtres par les nouvelles autorités, les « harkis », furent massacrés sur place, souvent dans des conditions épouvantables.

    Nous sommes soixante ans plus tard, on pourrait croire les relations au mieux apaisées ou, au pire, distantes, après tant de temps et la disparition en cours des derniers acteurs de cette période mortifère. Mais non, les relations sont exécrables entre les deux ex-belligérants qui poursuivent le combat avec des moyens d’action certes moins guerriers mais qui restent très nuisibles. Cette guerre de décolonisation a laissé tant de traces que l’acrimonie entre les deux pays est toujours très vive avec des montées de tension régulières : menaces, injures, retours permanents à l’histoire qui décidément ne passe pas, rappels d’ambassadeurs puis retour de ceux-ci, voyages présidentiels reportés avant d’être effectués, réduction des visas délivrés par la France puis rétablissement de ceux-ci, affrontements mémoriels puis réconciliation, etc. Le dernier avatar de cette relation volcanique est la reconnaissance par Paris de la souveraineté du Maroc sur la Sahara espagnol, à contrecourant de la position des Nations-Unies qui prônent depuis toujours « le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » et l’organisation d’un référendum d’autodétermination dans ce territoire. Bien entendu l’Algérie soutient le mouvement indépendantiste du Sahara espagnol contre les visées du Maroc. La raison pour laquelle Paris a pris parti n’est toujours pas très claire, on se demande si c’est bien dans l’intérêt de la France.

    Lire aussi : Paris franchit le Rubicon de la discorde

    Un nouvel incident vient de se produire quand la France a tenté cette semaine d’expulser un citoyen algérien en situation légale sur le territoire avec famille et emploi mais qui consacrait une partie de ses loisirs à diffuser des messages de haine sur les réseaux dits « sociaux ». En l’occurrence il menace des opposants au régime algérien, qu’ils résident en France ou en Algérie. Ce n’était qu’un parmi bien d’autres mais il est tombé au mauvais moment. Dans une procédure expresse le ministère de l’intérieur l’a arrêté, révoqué son titre de séjour, puis mis dans un avion pour Alger, sous escorte policière. Arrivé à l’aéroport de la capitale algérienne, les autorités locales l’ont déclaré « interdit de territoire » et l’ont remis dans l’avion retour vers Paris. L’homme qui se fait appeler « Doualemn » semblait disposer d’un passeport algérien en règle mais Alger ne s’embarrasse pas de ce genre de détails lorsqu’elle peut faire la leçon à Paris. Dans un long communiqué le ministère « des affaires étrangères et de la communauté nationale à l’étranger » a du mal à cacher sa jubilation :

    …le ressortissant objet de l’expulsion vit en France depuis 36 ans. Il y dispose d’un permis de séjour depuis 15 ans. Il est père de deux enfants nés de son union avec une ressortissante française. Enfin, il est socialement intégré dans la mesure où il exerce un emploi stable depuis 15 ans.

    …en violation des dispositions pertinentes de la Convention consulaire algéro-française du 24 mai 1974, la partie française n’a cru devoir informer la partie algérienne ni de l’arrestation, ni de la mise en garde à vue, ni de la détention, ni encore de l’expulsion du ressortissant en cause. Bien plus, elle n’a pas donné suite à la demande de la partie algérienne d’exercer sa protection consulaire au profit du ressortissant concerné à travers le droit de visite.

    Et d’ajouter :

    Au vu de tous ces dépassements et de toutes ces violations des droits acquis par le ressortissant algérien sur le territoire français, la décision algérienne dans cette affaire est animée par le souci de lui permettre de répondre aux accusations qui sont portées contre lui, de faire valoir ses droits et de se défendre dans le cadre d’un processus judiciaire juste et équitable sur le territoire français.

    htttps://www.mfa.gov.dz/fr/announcements/ministry-of-foreign-affairs-statement-far-right-in-france

    Depuis cet incident les ministres se menacent par-dessus la Méditerranée mais à ce petit jeu Alger semble plus efficace. Sur la forme on se demande comment Paris a pu se mettre dans un tel imbroglio diplomatique. « Doualemn » a été placé dans un centre de rétention administrative en France mais il est très probable qu’il en sortira rapidement.

    Sur le fond rien n’est réglé et des citoyens algériens installés en France diffusent une propagande haineuse sans que Paris, engoncé dans un cadre légal et démocratique, ne puisse faire grand-chose, ou alors des tentatives vaines comme celle menée contre ce « Doualemn ». Paris soupçonne Alger de manipuler ces idiots numériques installés sur son territoire pour accentuer le chaos dans l’hexagone. C’est possible mais n’est pas démontré à ce stade. Hélas, il y a suffisamment de ressentiment de ces citoyens algériens contre le pays qui les accueillent pour ne pas avoir besoin de les inciter à lui nuire par tous les moyens à leur disposition. On touche ainsi du doigt le non-dit de cette haine : entre 4 et 6 millions de Français sont d’origine algérienne et des centaines de milliers d’Algériens, double-nationaux ou pas, y résident en permanence. C’est une espèce de syndrome de Stockholm dans lequel les anciens colonisés ont choisi de s’implanter dans le pays qui les a colonisés et contre lequel ils, ou leurs parents, ont combattu les armes à la main. Dans le lot, il y a quelques individus qui poursuivent le combat avec les armes de XXIe siècle et cherchent à nuire.

    Au Café du commerce et sur les plateaux des médias conservateurs à courte vue (les deux ensembles se recouvrent souvent) on se demande comment une telle situation est possible et comment la France peut être ainsi « humiliée » par Alger ? Tous prônent la fermeté en s’agitant sur leurs fauteuils et Mme. Michu est prête à réenvahir l’Algérie derrière la bannière tricolore. La situation est plus subtile. D’abord il y a des intérêts économiques réciproques importants, dont la vente de gaz et de pétrole par Alger ainsi que des flux de business significatifs entre les deux pays. Y renoncer est techniquement possible mais il faudrait alors mettre en œuvre des solutions de remplacement qui ne sont pas à portée de main. Mais surtout la diaspora importante qui représente près de 10% de la population française rend inextricables les relations entre les deux pays qu’il est désormais quasi-impossible de détricoter. C’est la principale conséquence du fait colonial français. Par ailleurs, malgré les grandes espérances postindépendance, la mauvaise gouvernance des anciennes colonies poussent leurs citoyens à s’exiler. Et le plus simple, pour de nombreuses raisons, est encore de partir s’installer dans l’ancienne puissance coloniale. La tentation qui ronge certains sur les plateaux télévisés d’en finir des relations avec l’Algérie, de fermer l’ambassade de France dans ce pays, de stopper la délivrance de tous les visas et d’en reparler dans soixante ans n’est sans doute plus viable.

    On se souvient qu’après l’invasion par le Vietnam du Nord, communiste, du Vietnam du Sud, pro-occidental, et la réunification forcée des deux entités en 1975 sous la bannière d’une république « socialiste », en violation des accords de paix dits « de Paris » en 1973, les Américains ont rompu leurs relations diplomatiques avec le Vietnam, fermé leur ambassade et mis le Vietnam sous embargo commercial. Il fallut attendre 1995 pour que ces relations soient timidement rétablies et le premier ambassadeur américain envoyé en 1997 était un ancien pilote de bombardier de l’US-Air Force qui a servi durant la guerre du Vietnam et fut prisonnier durant six années. Tout un symbole… Aujourd’hui les Etats-Unis et la Vietnam sont plutôt considérés comme alliés dans cette région d’Asie du Sud-Est où la Chine fait figure d’épouvantail impérialiste.

    La France n’a pas choisi cette voie ferme avec l’Algérie et préféra tenter de construire des relations amicales avec ce pays immédiatement après son indépendance en 1962, malgré le lourd passif qui continue de flotter entre les deux nations. Il n’est pas sûr que ce fut une bonne option mais il est de toutes façons trop tard pour en changer. Cette situation paradoxale condamne les deux pays à s’entendre en faisant preuve d’intelligence et de subtilité, ce qui est loin d’être le cas ces dernières années des deux côtés de la Méditerranée… La tâche est rude et les deux capitales sont à cran. Avec un peu plus de discrétion et moins de tohu-bohu médiatique, on peut sans doute arriver à mieux maîtriser les nuisances d’une relation toxique entre l’Algérie qui n’aime définitivement pas la France et croit fermement que tout lui est dû puisqu’elle a été colonisée dans les conditions extrêmement brutales que l’on connait.

  • Le Sénégal et ses « collaborateurs »

    Le Sénégal et ses « collaborateurs »

    Alors que le Sénégal rend hommage aux « tirailleurs sénégalais » dont certains d’entre eux furent massacrés il y a 80 ans à Thiaroye près de Dakar par les troupes coloniales françaises alors qu’ils réclamaient le paiement de leurs arriérés de solde pour leur participation à la libération de l’Europe en 1945, un ministre sénégalais membre de l’actuel gouvernement a affirmé à la télévision locale que « « Les tirailleurs sont des traîtres qui se sont battus contre leurs frères, dans leur pays, pour de l’argent » (rapporté par Le Monde du 26/12/2024) en faisant référence à l’engagement des « tirailleurs », qui n’étaient d’ailleurs pas que sénégalais, dans la répression des révoltes en Afrique.

    Cette déclaration a provoqué un peu d’émotion dans le pays, d’autant plus que le nouveau président Bassirou Diomaye Faye né en 1980, élu en cette année 2024, ne peut guère être accusé de vouloir faire perdurer la compromission avec l’ancienne puissance coloniale française à qui il vient de demander de se préparer à rapatrier ses troupes toujours présentes au Sénégal. Le gouvernement a dû contredire son ministre.

    Cet incident est un classique du débat au sein des pays qui ont été occupés par d’autres. Les occupants ont forcément besoin de participations des occupés, à une échelle plus ou moins vaste, pour réussir leur besogne. Les occupants finissant généralement par s’en aller, plus ou moins piteusement, l’heure des règlements de compte est incontournable un jour ou l’autre. Ceux-ci sont plus ou moins violents, interviennent sur une période plus ou moins longue et la justice des pays libérés est plus ou moins présente dans le processus.

    En France l’épuration sauvage débutée en 1944 contre les « collaborateurs » a vite été remplacée par des procès menés selon le droit. On estime à environ 10 000 le nombre d’exécutions extra-judiciaires juste après la fin de la guerre mais d’autres chiffres plus élevés ont aussi circulé. En Algérie la répression contre les Harkis, les troupes supplétives de l’armée coloniale française, après l’indépendance du pays en 1962 a été sauvage malgré les engagements des nouvelles autorités de n’en rien faire, il y aurait eu entre 50 et 150 000 morts. Au Vietnam après la guerre américaine et la réunification du Nord avec le Sud sous l’autorité du parti communiste, des camps de rééducation à régime très sévère ont été mis en place pour remettre les déviants dans le droit chemin. Les plus anciens se souviennent de la panique des populations du sud qui ont fait le siège des ambassades occidentales en 1975 pour être évacuées par hélicoptères depuis le toit de l’ambassade américaine vers des porte-avions stationnés au large. En Afghanistan après l’annonce du départ des troupes occidentales en 2021, un gigantesque pont aérien occidental a été mis en place avant la date fatidique pour évacuer du pays plus de 100 000 personnes en deux semaines, dont nombre d’Afghans « vulnérables ». Bien évidemment dans ce genre d’opérations d’évacuation d’urgence on évacue des gens honorables et d’autres… probablement beaucoup moins. Ceux qui n’ont pas pu partir et se sont compromis avec les troupes d’occupation ont eu des comptes à rendre avec le pouvoir religieux afghan qui a pris la suite.

    Les « tirailleurs sénégalais » qui ont combattu avec les troupes coloniales françaises n’ont sans doute pas eu vraiment le choix, mais il y eut ceux qui se sont engagés et ceux qui ne se sont pas engagés. Nombre de pays mettent fin à ces drames via des lois d’amnistie, comme en France dès 1947. Mais le mieux est encore de ne pas envahir son voisin pour éviter les déboires post-occupation.

    On n’ose imaginer ce qui se passera dans le Donbass lorsque la guerre en cours entre la Russie et l’Ukraine se terminera… L’Histoire risque fort de se répéter quel que soit le vainqueur.

  • « Leni Riefenstahl. La lumière et les ombres » d’Andres Veiel

    « Leni Riefenstahl. La lumière et les ombres » d’Andres Veiel

    Leni Riefenstahl (1902-2003), actrice et réalisatrice allemande, belle et talentueuse, fut choisie par Hitler pour assurer la propagande du régime nazie, de la marche vers le pouvoir en 1933 jusque durant la IIe guerre mondiale. Elle accomplit cette tâche avec « talent » et ses films sur les grands rassemblements nazis à Nuremberg ont marqué par leur esthétique de la puissance brute, de même que le rendu de la gestuelle du Führer durant ses célèbres discours incantatoires a frappé les foules allemandes enthousiastes. Après la guerre elle se justifiera en affirmant avoir tout ignoré de la réalité du nazisme.

    A partir d’archives nombreuses le réalisateur allemand Andres Veiel trace un portrait édifiant de la cinéaste dans ce documentaire sans concession. Les interventions de Riefenstahl jusqu’à la toute fin de sa vie en 2003 (à 101 ans) montrent sa volonté de se justifier, probablement en réécrivant l’histoire en sa faveur. Très narcissique elle explique que si Staline ou Roosevelt lui avait demandé de produire des films à leur gloire elle les aurait réalisés comme elle l’a fait pour les nazis. Elle évoque accessoirement la brutalité de Goebbels qui voulut la séduire et avec qui elle partagea « plusieurs aventures ». Après la guerre, elle épouse un homme de 40 ans son cadet et continue de réaliser des films dont plusieurs reportages sur le peuple Noubas au Soudan. Par souci de justification et sans doute aussi par nombrilisme aigu, elle enregistre ou filme tous les éléments de sa vie post-guerre : conversations téléphoniques, interviews, vie conjugale et toutes sortes de rencontres médiatiques dont elle semble plutôt friande. C’est dans ces archives que pioche Veiel pour composer cet intéressant portrait, un peu effrayant.

    Narcisse du XXe siècle Riefenstahl veut se persuader qu’elle n’a pas compromis avec la barbarie nazie et cherche surtout à en convaincre le monde extérieur. Elle n’y réussit pas vraiment mais elle est probablement assez représentative de la masse des Allemands moyens qui se sont laissé aller à suivre une idéologie barbare, sans forcément y adhérer totalement. Cette indifférence a mené à la dévastation du XXe siècle et l’effondrement de la vieille Europe. Le mieux pour Riefenstahl aurait été de disparaître médiatiquement après la guerre, son narcissisme doublé d’une culpabilité, consciente ou pas, d’avoir été mêlée à de pareils évènements l’ont amenée à vouloir faire émerger sa propre vérité. Cela l’a au moins maintenue en forme puisqu’elle est porte centenaire.

  • De Gaulle vendu à l’encan

    De Gaulle vendu à l’encan

    La succession de Philippe de Gaulle, le fils de Mongénéral, décédé récemment met en vente des objets et documents personnels de Mongénéral qui étaient en possession de son fils. Ces biens vont donc être cédés à des privés et peut-être disparaître à jamais.

    La famille de Gaulle est-elle à ce point dans le besoin qu’elle doive mettre sur le marché des objets qui ont tout de même une valeur historique ? Un versement aux archives nationales n’aurait-il pas été plus opportun ?

    Si même les de Gaulle privilégient le commerce à l’Histoire, où va-ton ?

  • HALIMI Gisèle, ‘Le lait de l’oranger’.

    HALIMI Gisèle, ‘Le lait de l’oranger’.

    Sortie : 1988, Chez : Editions Gallimard / POCKET 11078.

    Gisèle Halimi (1927-2020) est une avocate franco-tunisienne, née dans une famille juive à Tunis, devenue célèbre pour son engagement constant en faveur du féminisme et des militants de l’indépendance algérienne qu’elle a défendus au risque de sa vie puisqu’elle fut régulièrement menacée par les tenants de « l’Algérie française ».

    Après la mort de son père, Edouard, en 1976, elle décide d’écrire un livre hommage dans lequel elle revient avec beaucoup d’affection et de douceur sur ce père aimant, mais aussi sur son enfance en Tunisie et les combats qu’elle a menés ensuite en faveur de la liberté. « Le lait de l’oranger » fait référence à l’oranger dans la cour de sa maison qu’elle arrosait en cachette du lait qu’elle refusait de boire le matin affirmant déjà un caractère affirmé. C’est l’incroyable destin d’une femme arcboutée sur des principes nobles et humanistes et dont les combats ont fait évoluer son époque.

    Le premier de ses combats fut celui de la défense des militants algériens en lutte armée contre la France coloniale à la fin des années 1950 et jusqu’à l’indépendance acquise en 1962. Lorsqu’ils étaient arrêtés, ces militants accusés de terrorisme, étaient présentés devant une justice d’exception, celle des tribunaux militaires dont les méthodes étaient plutôt expéditives et souvent totalement illégales. En application du droit, les accusés devaient être défendus par des avocats mais souvent ceux-ci étaient commis d’office, choisis au sein du barreau local et dont la neutralité n’était pas toujours assurée. Avec un certain nombre de collègues de métropole et d’Algérie elle a fait en sorte que les accusés soient défendus selon le droit français et s’est mise ainsi à dos beaucoup de monde Algérie. Elle était évidemment en faveur de l’indépendance, comme elle le fut de celle de la Tunisie, mais elle s’est basée sur le droit dans ses stratégies de défense, un droit que les tribunaux militaires violaient sans vergogne et avec tant d’allégresse qu’elle réussit à faire inverser le cours de certains procès.

    Avec l’aide d’un comité d’intellectuels français (Sartre, Beauvoir, Aragon, Germaine Thillon, et d’autres) elle a notamment sauvé la tête de Djamila Boupacha qui avait été impliquée dans une tentative d’attentat dans les rues d’Alger. Elle n’hésita pas à porter plainte contre le ministre de la défense Pierre Messmer qu’elle estimait responsable des méthodes employées par l’armée française en Algérie contre les terroristes : torture, aveux extorqués, viols… Elle a même été emprisonnée quelques jours à Alger lors de la tentative de putsch menée par des officiers français factieux en 1958, avant d’être libérée sans dommage pour elle suite à l’intervention de ses soutiens à Paris.

    Elle affronta aussi le FLN algérien (Front de libération national) qui n’était pas vraiment un parangon de féminisme… En 1962, après la signature des accords d’Evian qui incluaient une amnistie générale des combattants des deux côtés, Djamila Boupacha fut libérée ; hébergée chez la famille Halimi elle fit part à Gisèle de son désir de rester en France pour y faire des études. Le FLN ne l’entendit pas de cette oreille et exigea que Djamila lui soit « livrée » pour qu’elle rentre en Algérie. Devant les menaces du FLN contre sa famille, Gisèle accepta que Djamila rejoigne Algérie, même contre sa volonté affichée.

    Le second grand œuvre de sa vie fut celui de la libération de la femme à une époque où il y avait beaucoup à faire dans ce domaine. Elle partagea ses idées avec Simone de Beauvoir qui l’aida à forger sa stratégie en matière de féminisme. Elle fit beaucoup pour légaliser l’avortement. Elle devint ami de Jean-Paul Sartre qu’elle accompagna avec admiration et affection dans les dernières années de la vie du philosophe. Elle rencontra de Gaulle, Mitterrand, Giscard d’Estaing, fut élue député en 1981, occupa un poste d’ambassadeur de France à l’UNESCO.

    Et cette suractivité ne l’empêcha pas d’entourer ses parents, ses enfants et la fin de son père atteint d’un cancer à qui elle permit de réaliser un dernier grand rêve : être décoré de la légion d’honneur.

    C’est un parcours exceptionnel que celui de Gisèle Halimi, celui d’une femme d’honneur qui a défendu sa vie durant, avec intelligence et conviction, des principes d’humanisme. Contre vents et marées elle a combattu le colonialisme, la torture, la peine de mort, le patriarcat. Elle a été à l’origine d’avancées importantes dans ces domaines qui lui tenaient tant à cœur. Elle fut un personnage du Xxe siècle qui a participé à l’émergence de certaines des grandes idées de ce siècle. Décédée en 2020 elle eut les deux premières décennies du XXIe pour constater et, sans doute, déplorer l’affadissement intellectuel occidental d’une époque qui ne dénombre plus beaucoup de personnalités à sa hauteur.

  • « Lee Miller » d’Ellen Kuras

    « Lee Miller » d’Ellen Kuras

    Une production américaine avec ses biais habituels, notamment un peu de grandiloquence, mais un film qui a le grand mérite de faire porter le projecteur sur la photographe Lee Miller (1907-1977), une personnalité intéressante et émouvante qui a parcouru le XXe siècle et ses tragédies, dont elle ne s’est jamais vraiment remise, aggravées par ses propres drames qui ne sont à peine abordés dans le film dont son viol alors qu’elle était encore enfant.

    Emigrée des Etats-Unis vers l’Europe en tant que mannequin, elle devient photographe, rencontre les surréalistes Picasso, Cocteau, Eluard et Nush (qui apparaissent dans le film), devient la collaboratrice et amante de Man Ray, puis le quitte, réalise des photos de mode, se substitue à Man Ray dans nombre pour de ses commandes, repart aux Etats-Unis, revient au Royaume-Uni lorsque la IIe guerre mondiale éclate. Elle fait l’impossible pour être reconnue comme reporter de guerre pour Vogue et avoir accès au front, accès qui était alors refusé aux femmes. Finalement elle est envoyée à l’été 1944 à Saint-Malo où les combat entre les alliés et les Allemands font encore rage. Elle va suivre l’armée américaine dans sa marche vers l’Est, photographier l’ouverture des camps de concentration de Dachau et Buchenwald en avril 1945 où elle découvre l’indicible. Ses photos des déportés, survivants et morts, sont tellement effrayantes que Vogue refusera de les publier au Royaume-Uni. Elles ne seront dévoilées que dans l’édition américaine de Vogue. Le jour où Hitler se suicide à Berlin, elle accède à la demeure privée du Führer à Munich et fait prendre par son collègue-amant de guerre une photo d’elle en train de se baigner dans la baignoire d’Hitler !

    La suite est tout aussi tragique. Lee sombre dans l’alcool et ses dépressions se succèdent. En 1947 elle a un fils, Anthony, avec Roland Penrose dont elle partageait la vie à Londres en 1940. Elle continue son activité de photographe de façon intermittente. Après son décès en 1973 Anthony veille sur l’œuvre de sa mère (60 000 clichés). Selon le scénario il découvre ces photos après son décès et réalise le parcours suivi par sa mère au cœur de la barbarie européenne. Ces photos seraient restées relativement anonymes durant l’après-guerre jusque dans les années 1970, une époque durant laquelle il est vrai les horreurs de la guerre n’ont guère été révélées ni étudiées.

    Un film dispensable sur une femme exceptionnelle qui a développé une énergie hors du commun pour rendre compte du choc de la guerre. Elle y laissé son âme. En quittant la salle de projection, les spectateurs s’interrogent sur les hasards du destin qui transforme une femme issue du milieu éphémère de la mode en une reporter de guerre restée un modèle pour toute une profession.

  • « Musée de la reddition » à Reims

    « Musée de la reddition » à Reims

    Février 1944 le Gal Eisenhower est nommé commandant de toutes les forces alliées destinées à l’invasion de l’Europe occupée par l’Allemagne. Le débarquement en Normandie a débuté le 6 juin 1944, après de sérieuses batailles en Normandie les troupes alliés ont progressé vers l’Est.

    Février 1945, l’état-major allié « Supreme Headquarters Allied Expeditionnary Force – SHAEF » déplace son siège d’un château à l’ouest de Reims dans un lycée de la ville pour y diriger l’assaut final contre l’Allemagne. Les lycéens continuent à se rendre à leurs cours et croisent les militaires qui sont installés dans l’une des ailes du bâtiment. La présence du général à Reims Eisenhower est gardée secrète.

    30 avril 1945, Hitler se suicide avec Eva Braun dans son bunker berlinois écrasé sous les bombes soviétiques. Conformément au testament du dictateur nazi, c’est l’amiral Dönitz qui lui succède à la tête d’un Reich moribond. Il se consacre immédiatement à la négociation de la reddition allemande. Compte tenu des circonstances, la reddition fut prononcée, et acceptée, « sans conditions ». Le 7 mai Dönitz signe un accord/instruction pour la reddition de toutes les forces allemandes adressé au Gal Eisenhower.

    En 1977, il est décédé en 1980 en Allemagne après avoir été condamné à 10 ans de prison par le tribunal international de Nuremberg, il attestera de la validité de cette archive. Dans les premiers jours de mai Le Gal Jodl de l’état-major suprême allemand tente de négocier une reddition séparée avec les alliés et leur propose de poursuivre la guerre avec eux contre les soviétiques, il essuie un refus et, le 7 mai à 3h du matin il signe la reddition sans condition de l’Allemagne avec un général américain (Gal Walter Bedel-Smith) et un officier soviétique (Gal Ivan Sousloparov). Autour de la table siègent également un officier britannique (Major-General Strong) qui tient lieu d’interprète et un major-général français (Gal François Sevez) comme témoin puisque cet acte était finalisé sur le sol français. Jodl est entouré de deux militaires allemands. Eisenhower, d’un grade supérieur à Jodl est resté dans son bureau où il reçoit rapidement les trois allemands après la signature avant de prononcer son célèbre discours dans la salle où fut acté la reddition.

    Selon la presse anglosaxonne présent sur place, les signataires alliés demandèrent à Jodl s’il avait bien compris les termes de ka reddition. Il répondit « Yes » et ajouta en allemand :

    With this signature the German people and armed forces are for better or worse delivered into the victors’ hands. In this war which lasted more than five years both have achieved and suffered more than perhaps any other people in the world.

    Gal Alfred Jodl

    Seule concession accordée aux Allemands, un délai de presque 48h avant de rendre public la reddition afin de permettre au plus grand nombre de soldats et civils allemands de quitter les zones occupées par les Soviétiques pour rejoindre l’Ouest. Une délégation de journalistes avait été amenée sur place par les forces pour assister à la cérémonie avec engagement de respecter cet embargo de 48h. Evidement l’information fuita et dès le lendemain l’annonce de cette reddition s’affichait en première page des journaux mondiaux.

    Jodl sera condamné à mort à l’issue du procès de Nuremberg et pendu en 1946. Après son retour aux Etats-Unis Eisenhover effectua deux mandats de président de son pays de 1953 à 1961.

    La salle des cartes où fut signé l’accord est ouverte au public qui peut examiner, derrière une vitre, la table et les chaises de cantine où se sont rassemblés les officiers. Au mur s’étalent les cartes immenses du champ de bataille à la date du 7 mai. L’Union soviétique s’étant plainte que la cérémonie n’ait pas assez rendu hommage aux 25 millions de morts, civils et militaires, exigea qu’une nouvelle cérémonie se déroule à Berlin. Elle eut lieu le 8 mai (9 mai pour l’Union soviétique compte tenu du décalage horaire) et fut signée par trois généraux allemands dont Keitel, en présence de Joukov, chef d’état-major de l’Arée rouge et grand vainqueur de la bataille de Berlin, Tedder, officier général britannique de la Royal Air Force représentant les forces alliées, ainsi que deux témoins, de Lattre pour la France et Spaatz pour les Etats-Unis.

    Le musée rémois explique en détail les étapes de ces quelques semaines ayant mené à la reddition et le profil des personnages clé qui y participèrent, avec nombre documents d’époque et matériel photo et vidéo. Dans le musée se succèdent des groupes de jeunes encadrés par leurs professeurs d’histoire. La porte à côté, les lycéens vaquent à leurs occupations journalières. Sans doute ont-ils pris connaissance de ce qui s’est passé dans cet immeuble. Passionnant !

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  • “Dahomey” de Mati Diop

    “Dahomey” de Mati Diop

    Le film documentaire de Mati Diop évoque la restitution d’œuvres d’art africaines qui avaient été prélevées à l’époque coloniale. La réalisatrice se qualifie elle-même « d’afrodescendante », née d’un père sénégalais et d’une mère française. Son film porte l’ancien nom de l’actuelle République du Bénin avec laquelle le processus de retour des œuvres est le plus avancé avec un premier lot de 26 pièces sur 7 000 qui seraient encore détenues en France.

    Finalement cette question [la restitution] traverse mon travail. Mais aussi les films que j’ai réalisés à Dakar entre 2009 et 2019 s’inscrivent dans une démarche de retour. Un retour vers mes origines africaines, vers une part de moi-même trop longtemps ensevelie sous l’hégémonie de mon environnement occidental.

    Mati Diop (dépliant « Dahomey » de l’AFCAE – Association française des cinémas art & essai)

    La caméra suit la statue homme-oiseau du roi Ghézo depuis son emballage au musée du Quai Branly jusqu’à l’ouverture de la caisse au nouveau musée construit pour ce faire au palais présidentiel de la Marina à Cotonou. La statue parle d’une voix sépulcrale pour réciter un gloubi-boulga de proverbes africains et de considérations philosophiques de bazar. Plus intéressants sont les dialogues échangés dans un auditorium de l’université d’Abomey Calavi, rempli de jeunes discourant sur le thème de cette restitution. Certains crient au scandale que seulement 26 œuvres seulement sur 7 000 soient de retour au pays, d’autres rendent hommage au président béninois qui a lancé le processus, tous se plaignent d’une colonisation qu’ils n’ont pas connue, et de la France coupable de tous leurs maux.

    Les sous-titres en français de la voix sépulcrale en langue fon sont en écriture inclusive, chacun se vautre dans la victimisation, le « décolonialisme » transpire de partout, la culture « woke » déborde sur le rivage de Cotonou. Quelques éléments historiques sur les royaumes du Dahomey, sur les personnages représentés par ces statues, sur la colonisation française dans ce pays auraient pu donner un peu plus d’intérêt à ce documentaire.

    La bonne nouvelle est que la restitution des œuvres africaines détenues par la France a commencé. De la famille franco-béninoise Zinsou qui a initié ce retour, le film ne dit pas un mot.

    Statue homme-oiseau du roi Ghézo (« Dahomey »)
  • PéAN Pierre, ‘Main basse sur Alger – enquête sur un pillage / juillet 1830’.

    PéAN Pierre, ‘Main basse sur Alger – enquête sur un pillage / juillet 1830’.

    Sortie : 2004, Chez : Plon.

    Pierre Péan (1938-2019) est un journaliste d’investigation, plutôt tourné vers la polémique, qui s’est spécialisé dans les relations entre la France et l’Afrique, avant et après la décolonisation. Il nous livre ici sa version de la véritable raison de l’invasion de l’Algérie en 1830 par les troupes commandées par le maréchal de Bourmont, sous l’autorité du roi Charles X. Il apparaît que le dey d’Alger, le plus haut représentant ottoman sur place qui avait autorité sur Alger et une bonne partie du pays, était à la tête d’un trésor assez significatif qui aurait attiré les convoitises de Charles X pour financer ses opérations secrètes contre son opposition menée par Louis-Philippe car la révolte grondait en France et allait aboutir à la révolution de 1830 qui fit tomber Charles X et mena à son remplacement par Louis-Philippe. A priori les fonds volés au dey d’Alger arrivèrent bien tard et ne purent sauver la couronne de Charles X.

    Officiellement l’expédition de 1830 fut initiée pour se venger de l’affront diplomatique qui vit le dey « souffleter » le consul de France pour une histoire de dette française (déjà…) non réglée à Alger. Péan affirme que ce ne fut qu’un prétexte car la véritable motivation était de mettre la main sur le magot estimé à plusieurs milliards d’euros en valeur d’aujourd’hui. Une part fut quand même remise au Trésor public et rentra officiellement dans les caisses de l’Etat français, mais une autre partie, non négligeable, aurait été orientée vers les fonds secrets à la disposition du roi, le solde étant pillé par les officiers et les soldats de l’expédition.

    La thèse du sac d’Alger est fort plausible, elle n’est d’ailleurs pas incompatible avec celle du coup d’éventail porté par le dey au consul. A l’époque, lorsqu’un empire européen envahissait un pays africain ce n’était pas pour y conter fleurette et d’ailleurs l’Algérie fut annexée à la France au royaume de France en 1834 après une conquête violente.

    Par contre, ce que Péan ne dit pas dans son enquête c’est d’où venait ce trésor du dey d’Alger ? Tout à son souci permanent de plonger dans la noirceur de l’histoire de France il semble en oublier que les pratiques ottomanes n’étaient pas non plus particulièrement tendres à l’égard des pays occuppés par l’empire ottoman… Les Barbaresques ont écumé la Méditerranée durant des siècles à partir du XVIe, moitié-pirates, moitié-corsaires, le principe était que des navires musulmans attaquent les bateaux chrétiens, notamment pour y capturer de futurs esclaves. Nombre de villes côtières du nord furent aussi razziées par les Ottomans qui remontèrent jusqu’en Grande-Bretagne et même en Islande pour exercer leur traffic d’esclaves. Alger était l’une des places fortes de la piraterie ottomane. L’origine du magot du dey d’Alger pillé par la France en 1830 n’était sans doute pas aussi blanche que la colombe mais Pierre Péan reste muet sur ce sujet…

  • MERLE Robert, ‘La mort est mon métier’.

    MERLE Robert, ‘La mort est mon métier’.

    Sortie : 1952, Chez : Editions Gallimard / Le livre de Poche n°688|68.

    C’est un classique de Robert Merle (1908-2004), écrit 7 ans après la fin de la 2e guerre mondiale et la libération des camps de concentration et d’extermination mis en place par l’Allemagne nazie, qu’il fait bon de relire. L’auteur a lui-même été mobilisé en 1939 comme agent de liaison avec les forces britanniques, fait prisonnier dan la poche de Dunkerque et est resté en captivité jusqu’à 1943.

    Librement inspiré de la vie de Rudolph Höss (1901-1947) qui fut commandant du camp allemand d’extermination d’Auschwitz-Birkenau et expérimenta, puis mis en œuvre la « solution finale », sous l’autorité de Himmler patron de l’armée SS. Dans ce livre, Merle imagine ce que fut la vie de Höss, son éducation rigoureuse, son sens du « devoir » et de l’obéissance, son idéologie nazie. Il s’est basé sur les mémoires écrites par l’officier SS emprisonné avant d’être pendu sur le gibet d’Auschwitz, sur le lieu même de ses crimes. Il eut également accès aux comptes-rendus des psychologues qui ont dialogué avec Höss alors qu’il était en prison à Nuremberg avant de comparaître comme témoin au procès international des dignitaires nazis dans cette ville.

    Une très importante littérature a été produite après la guerre pour tenter de comprendre comment la patrie qui avait donné naissance à Bach, Brahms et Goethe avait pu également produire l’idéologie nazie mortifère qui créa l’effondrement de l’Europe et la mort de millions de personnes dont six millions de juifs qui étaient désignés comme l’ennemi définitif de la nation allemande. Le camp d’Auschwitz-Birkenau et son commandant ont souvent servi de cadre à ces analyses tant leur cas s’est révélé paroxystique de la barbarie de ce siècle.

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    « La mort est mon métier », paru assez rapidement après la guerre, en tout cas bien avant la somme d’ouvrages, de films et d’études sur le phénomène nazi au XXe siècle, raconte simplement l’éducation rigoureuse, voire militaire, subie par le jeune Rudolph, sous l’empire d’une foi chrétienne moyenâgeuse. Engagé à 17 ans lors de la première guerre mondiale, il est passé ensuite « naturellement » dans les corps francs qui luttent contre le communisme, avant de finir encore plus « naturellement » dans les SA puis la SS en adoptant ses codes raciaux sinistres.

    Ecrit à la première personne, Höss se raconte et affirme sa détermination totale pour exécuter les ordres et sa volonté d’optimiser les « flux logistiques » des déportés pour que les objectifs d’extermination fixés par sa hiérarchie soient atteints. La déshumanisation du SS fait bien entendu froid dans le dos d’autant plus qu’elle a été confirmée dans la vraie vie, les témoignages et interrogatoire qu’il a produits brillant tous par leur glaçante indifférence face à l’œuvre de mort qu’il accomplissait. Il « faisait son devoir » en se concentrant sur « l’aspect technique de sa tâche » ne cessera-t-il d’affirmer devant ses juges admettant juste qu’il se rendait compte seulement maintenant que ce qu’il avait fait n’était pas bien. Il n’a jamais nié ses actes ni renié l’idéologie qui les avait inspirés.

    Rudolph Höss (1945 – procès de Nuremberg)

    Ce livre de Robert Merle a le mérite d’avoir été l’un des premiers à se pencher sur le sujet, en 1952. Le choix du format-roman lui a permis de synthétiser le personnage tout en faisant œuvre d’historien. Son style clinique semble correspondre à la froideur indifférente que Höss afficha sa vie durant, jusqu’aux pieds du gibet qui a mis fin à son séjour sur terre. Il ne répond bien entendu pas à la question de « comment tout ceci a-t-il été possible au cœur de la vieille Europe ? » mais il rappelle bien à propos que les dérives sont toujours possibles dès que la dictature s’empare des âmes et de la liberté des hommes.

  • PEYREFITTE Alain, ‘C’était de Gaule 3/3’.

    PEYREFITTE Alain, ‘C’était de Gaule 3/3’.

    Sortie : 2000, Chez : Editions de Fallois / Fayard.

    Voici le troisième et dernier tome du magistral récit écrit par Alain Peyrefitte sur sa collaboration avec le Général de Gaulle. Il s’agit ici des dernières années de pouvoir de 1966 à 1970, année où le Général est mort à Colombey-les-Deux-Eglises d’une rupture d’anévrisme sept mois après avoir quitté l’Elysée.

    Sous la plume agile de Peyrefitte on revient sur les grandes étapes que la France a franchi guidée par son président visionnaire. L’aboutissement de la force nucléaire, le passage de la bombe A et la bomber H, les grands défis industriels comme le supersonique Concorde, l’instauration de la participation en entreprise, la relance de la recherche et le soutien à la science, la sortie du commandement militaire de l’OTAN, la régionalisation, la relation avec le « Canada français », l’opposition à la guerre américaine au Vietnam et, bien sûr, les « évènements » de 1968 puisque c’est ainsi qu’est désignée la révolte étudiante, jusqu’à sa démission.

    Quelles que soient les fonctions gouvernementales qu’il occupait durant cette période, Alain Peyrefitte est resté en contact relativement étroit avec le président et a couché sur le papier le fruit des entretiens ou réunions auxquels il participait. « Il vous aimait bien » lui a dit Mme de Gaulle le jour des obsèques de son mari.

    On reste subjugué par la fulgurance de la pensée de ce grand chef telle que racontée par l’auteur. Sans doute Peyrefitte est-il dans l’admiration totale du personnage mais son honnêteté intellectuelle ne fait pas de doute et il revient en détail sur les possibles interrogations de De Gaulle lorsqu’il quitte secrètement la capitale en proie aux émeutes pour rallier le Général Massu, son compagnon d’armes, en garnison à Baden-Baden. La légende voudrait que Massu ait remonté le moral d’un Général déprimé pour le regonfler avant de le renvoyer « au front » à Paris. Peyrefitte défend la thèse que tout était organisé par le président qui déroulait une tactique sous son contrôle et qui voulait simplement s’assurer de la fidélité de l’armée pour gérer la situation au cas où il devrait faire appel à elle.

    Ce long récit est évidemment traversé des phrases chocs prononcées par de Gaulle lors des conseils des ministres sur différents sujets et dont il n’y a pas grand-chose à changer 50 ans plus tard. En voici un petit florilège.

    Sur l’économie monétaire (il était conseillé par Jacques Rueff sur le sujet), 12/01/1966

    « L’augmentation des salaires publics n’est pas incompatible avec la stabilité monétaire, à une condition : qu’elle soit en rapport avec la progression du revenu national. »

    Sur le système carcéral 02/03/1966

    « Un système trop libéral : des libérations conditionnelles dans réelles conditions. On libère à tort et à travers pour avoir des places – et c’est vrai pour les pires, comme on l’a vu avec ce repris de justice qui a assassiné un malheureux policier alors qu’il devait être en de purger sa peine. S’il n’y a pas assez de places dans les prisons, il faut en construire; »

    Sur l’Algérie 22/03/1966

    « L’Algérie est fragile. Les Algériens n’ont pas encore trouvé d’autre moyen d’exister que de nous haïr. Ce n’est pas une solution sûre pour l’avenir. »

    Sur la réunification de l’Allemagne 11/09/1966

    « Pour la France, il n’est pas acceptable que l’Allemagne ait la bombe atomique. D’ailleurs, il n’est pas non plus dans l’intérêt de la France qu’elle redevienne un Etat centralisé comme le Reich, ni qu’elle retrouve ses anciennes frontières, ni qu’elle soit réunifiée. Ca nous arrange qu’elle soit coupée en deux, qu’elle soit fédérée en onze Länder, qu’elle soit cantonnée dans les frontières de 1945, qu’elle n’ait qu’une armée conventionnelle. »

    Sur la souplesse de la Constitution septembre 1966

    « Cette Constitution a été faite pour gouverner sans majorité. Je ferais appel, comme en 1958, à des hommes nouveaux, des techniciens, des spécialistes qui ne se soient pas compromis dans les luttes politiques, mais qui soient respectés pour leur compétence. »

    Sur la non-prolifération du nucléaire 22/02/1967

    « L’affaire de la non-prolifération du nucléaire touche au fond des choses. Ou bien l’on désarme vraiment et pour tout le monde. Mais les Américains ne veulent pas. Ou bien on se borne à tenir les autres à l’écart de la course aux armements. Mais cela n’est plus que du chiqué et suscite des réactions. Pour nous, la question est celle du désarmement. Donc, nous ne nous mêlons pas de la concertation sur la non-prolifération. »

    Sur l’Allemagne 09/11/1966

    « La Guerre froide s’atténuant, l’Allemagne est à la dérive et, Adenauer disparu, la vérité apparaît aux Allemands. Il est à craindre que, faute de rechercher des arrangements avec les Russes, l’Allemagne reste en porte-à-faux. Mais Dieu sait où elle peut aller. Il faut donc rester en contact avec elle, l’orienter vers des voies pacifiques et veiller à ce qu’elle ne tourne pas mal. Mais en pareil cas, elle aurait beaucoup de monde contre elle ! »

    Sur la contraception (loi Neuwirth) 07/06/1967

    « Il ne faut pas faire payer les pilules par la Sécurité Sociale. Ce ne sont pas des remèdes ! Les Français veulent une plus grande liberté des mœurs. Nous n’allons quand même pas leur rembourser la bagatelle ! »

    Sur la relation à instaurer avec le Québec 11/09/1966

    « Maintenant que nous avons décolonisé, notre rang dans le monde repose sur notre force de rayonnement, c’est-à-dire avant tout sur notre puissance culturelle. La francophonie prendra un jour le relais de la colonisation ; mais les choses ne sont pas encore mûres. Le Québec doit être une pièce maîtresse de la francophonie. »

    Sur l’Education nationale 16/01/1968

    « J’ai horreur des sociologues, des psychologues, des psycho-sociologues et des psychopédagogues. Ce sont tous des fumistes ou des communistes. »

    Sur les nouveaux désirs du peuple 23/05/1968

    « Le désir général de participer, il se manifeste particulièrement dans la jeunesse. Et le désir d’améliorer la condition matérielle, il ne se manifeste pas spécialement chez les plus défavorisés, mais plutôt chez les cadres, qui naturellement entraîne les autres.
    Ainsi, tout le monde veut plus qu’il n’a. Et tout le monde « veut s’en mêler », « être consulté », « participer ». »

    Sur les émeutes de 1968, 27/05/1968

    « On a eu grand tort de laisser ces manifsestations se poursuivre et s’enchaîner. On a eu grand tort de libérer les quatre étudiants détenus. On a eu grand tort d’ouvrir la Sorbones aux émeutiers. S’il y a encore des fauteurs de troubles, il faut les mettre hors d’état de nuire. Je vous ai dit et je vous répète : il aurait fallu en ramasser 500 tous les soirs. »

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  • « The ratlines »

    « The ratlines »

    On se souvient qu’après la reddition de l’Allemagne en août 1945, les chefs nazis qui avaient survécu ont tenté d’échapper à la justice des vainqueurs en cherchant à fuir le continent européen. Pour beaucoup la destination fut l’Amérique du Sud, mais aussi certains pays du Proche et Moyen-Orient. Alois Brunner, notamment, adjoint d’Adolph Eichmann s’est recyclé en Syrie où il aurait été conseillé d’Hafez El-Assad (1930-2000), père de l’actuel président Bachar El-Assad, pour monter ses services secrets. Il serait mort à Damas dans les années 1990 ou 2000 et serait enterré dans cette capitale. Les fuyards nazis ont bénéficié de l’aide de réseaux (dont certains liés à l’Eglise catholique) pour échapper à leur arrestation. On les a baptisés « the ratlines », les lignes des rats !

    On constate aujourd’hui que les « lignes » fonctionnent en sens inverse pour les tortionnaires du « Sud global » qui, lorsqu’ils fuient leur pays, viennent plutôt se réfugier en « Occident collectif » (expression utilisée par le pouvoir russe) où ils se sentent sans doute mieux protégés et pris en charge. C’est ainsi que Rifaat El-Assad, le frère d’Hafez, qui s’était illustré dans divers massacres lorsqu’il était militaire puis vice-président, s’est réfugié à Paris dans les années 1980 après sa tentative de coup d’État contre son frère. A la tête d’un confortable patrimoine immobilier dans l’hexagone via un réseau de prête-noms il est rattrapé par les justices de différents pays européens dont la française qui le condamne en 2021 à quatre années de prison pour biens mal acquis et saisi 90 millions d’euros de patrimoine immobilier. Pour échapper aux poursuites occidentales il est alors contraint de rentrer en Syrie où il bénéficie d’une sorte d’absolution prononcée par Bachar, son neveu.

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    Plus récemment, nombre de tortionnaires rwandais impliqués dans le génocide des Tutsis en 1994 sont venus se réfugier en France, dont l’épouse du président Hutu Habyarimana (assassiné au début des massacres et dont le parti avait planifié ce génocide), elle-même plutôt favorable au « Hutu-power », et qui s’y trouve toujours. On a découvert en 2020 que l’un de ceux qui avait financé les massacres, Félicien Kabuga, vivait en France sous une fausse identité avec une partie de sa famille depuis de nombreuses années. Sa famille l’y avait fait venir pour bénéficier de soins médicaux. Il a été arrêté après avoir été démasqué et n’est qu’un exemple parmi bien d’autres.

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    On apprend aujourd’hui (Le Monde du 20/07/2024) qu’un ancien gouverneur syrien vient d’être arrêté aux Etats-Unis où il vivait sous son identité réelle depuis 2020 après avoir menti dans ses documents d’immigration pour obtenir un visa. Il a été directeur de prison en Syrie, puis gouverneur d’une province syrienne, le tout sous la présidence de Bachar El-Assad. On peut supposer que ce personnage ne récitait pas que des poésies dans l’exercice de ses fonctions… Il n’est pas précisé pourquoi il a souhaité émigrer de Syrie mais sans doute était-il devenu contestataire du régime qui n’a pas l’habitude de faire de quartiers, même en faveur de ses meilleurs ex-serviteurs lorsque ceux-ci sont tombés en disgrâce.

    Au-delà des situations particulières de criminels en déshérence, le plus fascinant dans ces affaires est leur tendance naturelle à venir s’installer dans les pays occidentaux après avoir commis des actes qu’ils savent répréhensibles au regard du droit de ces pays, profitant des largesses de ceux-ci et de leurs politiques en faveur des droits de l’homme qui rend difficile le refus d’accueil. La justice des pays occidentaux est généralement en mesure de les juger, ou de les livrer à la justice internationale, mais après un processus démocratique qui peut durer des années et, sous réserve bien entendu, de les avoir identifiés et localisés. C’est le côté sombre de l’Etat de droit qui considère tout le monde sur un pied d’égalité jusqu’à preuve juridique du contraire. Les tyrans le savent et en jouent à leur bénéfice. Un nombre infime de ceux-ci sont finalement arrêtés mais beaucoup passent au travers des mailles du filet démocratique et poursuivent une vie paisible à l’ombre du droit de leurs pays d’accueil. Grandeur et décadence de la démocratie !

  • GARY Romain, ‘Ode à l’homme qui fut la France’.

    GARY Romain, ‘Ode à l’homme qui fut la France’.

    Sortie : 1997, Chez : Editions Gallimard (2000)

    Romain Gary (1914-1980), homme flamboyant aux mille vies, écrivain de génie, pilote de guerre, Compagnon de la Libération, a rendu hommage à Charles de Gaulle (1890-1970) en publiant des articles en anglais dans la presse anglo-saxonne à l’occasion d’évènements importants qui ont marqué la vie politique du fondateur de la Ve République, jusqu’à sa mort en 1970.

    L’engagement de Gary pour la France libre incarnée par de Gaulle est connu, l’admiration qu’il portait au personnage l’est un peu moins. Né dans l’empire Russe au temps des tsars ; de confession juive sa famille fuit les persécutions d’abord en Pologne puis dans le sud de la France. Mobilisé en 1939 il rejoint de Gaulle à Londres en juillet 1940 et fera partie toute sa vie du pré carré du Général.

    Il a été naturalisé français en 1935 et on sent dans ses textes qu’il partage le profond sentiment de respect pour la France qu’il partage avec de Gaulle et qui a guidé leurs vies entières. Peut-être même d’autant plus qu’il est né russe. Ce sentiment de « grandeur » de la France, un peu indéfinissable mais qui dépasse les humains en leur inspirant des actes de bravoure hors du commun. Tous les deux sont faits de ce bois de la résistance, du sacrifice et de l’honneur.

    Ces articles sont suivis des lettres adressées par de Gaulle à Gary après qu’il lui eut envoyé chacun de ses livres à leur parution. On découvre avec amusement, par exemple, que de Gaulle a lu en 1969 « Adieu Gary Cooper », un beau roman sur les utopies brisées d’une jeunesse en mal de nouveaux idéaux. Il répond à l’auteur par une lettre du 22 juillet 1969, soit quelques semaines seulement après sa démission de la présidence de la République :

    Mon cher Romain Gary,


    Il fallait bien que vous vous saisissiez de la « jeunesse ». A condition que celle-ci soit étrange, bariolée et désespérée. Si vous le faisiez, il fallait bien que ce soit de tout votre talent et que celui-ci atteigne son maximum. Voilà qui est fait dans votre « adieu, Gary Cooper ».


    En vous remerciant de l’avoir écrit juste au moment où j’ai bien pu bien le lire, je vous demande de croire, mon cher Romain Gary, à ma fidèle amitié.


    C. de Gaulle

    La fidélité était aussi une qualité cardinale chez les Compagnons de la Libération qui seront les seuls, avec l’Armée, à être autorisés à accompagner le Général dans sa dernière demeure après son décès quelques mois plus tard, le 9 novembre 1970.

  • Septembre 1966, à bord du croiseur De Grasse

    Septembre 1966, à bord du croiseur De Grasse

    A une suggestion que lui fait Alain Peyrefitte de dissoudre l’assemblée nationale, de Gaulle répond :

    Quelle idée ! Les Français ne comprendraient pas. Nous ne sommes pas l’Angleterre. Il n’y a vraiment pas de raison d’écourter le mandat. La dissolution est une arme précieuse qu’il ne faut pas émousser. Pourquoi renvoyer une Assemblée où il y a une majorité et essayer de la remplacer par une Assemblée où il n’y en aurait peut-être pas ? L’opposition ferait sa campagne contre cette décision injustifiée. Elle pourrait bien entraîner la conviction des électeurs. Ensuite, je serais privé pendant un an de la capacité de dissoudre la nouvelle Assemblée. La Ve République, c’est la stabilité. La dissolution n’est faite que pour résoudre des crises.

    Cette Constitution a été faite pour gouverner sans majorité. Je ferais appel, comme en 1958, à des hommes nouveaux, des techniciens, des spécialistes qui ne se soient pas compromis dans les luttes politiques, mais qui soient respectés pour leur compétence.

    Vous me voyez choisir comme Premier ministre un chef de l’opposition ? Vous me voyez installer Mitterrand à Matignon ? Ça voudrait dire que la légitimité du gouvernement reposerait non sur celle du Président de la République, mais sur celle de l’Assemblée ! Ça voudrait dire qu’on retournerait à la IVe ! Non, non !


    In « C’était de Gaulle » tome III, Alain Peyrefitte

    Transmis au président Macron qui vient de dissoudre l’assemblée nationale dont la nouvelle composition est nettement moins favorable au parti présidentiel.

  • Vous avez aimé Abdelkader ? Vous allez adorer Christian Tein !

    Vous avez aimé Abdelkader ? Vous allez adorer Christian Tein !

    Alors que l’hexagone se noie dans les campagnes électorales et va devoir sans doute affronter l’arrivée des extrêmes au pouvoir, ça continue à défourailler en Nouvelle-Calédonie. Nous en sommes maintenant à 9 morts dans cet archipel depuis le déclenchement des émeutes au mois de mai dernier. Les troubles, blocages et barrages se poursuivent malgré le renforcement très significatif des forces de sécurité venues de la métropole.

    Une petite dizaine des meneurs identifiés ont été mis en examen et la justice a décidé de les incarcérer en France et non pas sur le territoire. Il s’agit notamment de Christian Tein, un chef kanak indépendantiste considéré comme le responsable de la cellule de coordination des actions de terrain (CCAT), cellule qui semble avoir dirigé les émeutes et les exactions sur place.

    Bien évidement les émeutes sont reparties dès que leur incarcération « en France » a été rendue publique. Ils ont aussitôt été qualifiés de « prisonniers politiques » et leur libération immédiate est exigée par les émeutiers pour qu’ils quittent leurs barricades.

    Cette situation inextricable montre une nouvelle fois l’impasse dans laquelle se trouve la République française face à cette colonie. Il y a tout de même eu 9 morts à ce jour dans la guérilla urbaine qui a duré deux semaines et à laquelle il n’a jamais complètement été mis fin. Si l’Etat français n’avait rien fait il aurait violé ses propres lois. S’il agit comme il l’a fait il est accusé de colonialisme.

    L’histoire nous rappelle l’imbroglio provoqué dans l’Algérie colonisée par l’arrestation et la déportation en France de l’émir Abdelkader (1808-1883), chef religieux et militaire algérien qui a fomenté la résistance contre l’envahisseur, remporté quelques victoires avant de rendre les armes en 1847. Transféré en France où il bénéficia tout de même d’un statut de prisonnier privilégié il est ensuite autorisé à émigrer à Damas en échange de l’engagement de ne plus fomenter de troubles en Algérie. En résidence surveillé à Toulon, Pau puis Amboise, il devint la coqueluche de l’intelligentsia française et européenne qui se bousculait pour le visiter dans les années 1850. Il décéda en 1883 après être presque devenu un ami de la France… Il a depuis des rues et des places à son nom dans des communes de l’hexagone.

    Il n’est pas sûr qu’en ce XXIe siècle de tous les excès l’indépendantiste Christian Tein soit aussi conciliant avec la puissance coloniale que ne le fut Abdelkader à la fin de sa vie. L’intransigeance de ses troupes sur le terrain qui sont en train de relancer la guérilla en Nouvelle-Calédonie ne va pas faiblir non plus. La République est dans une impasse dont la seule voie de sortie est l’indépendance de ce territoire le plus vite possible en offrant aux non-kanaks la possibilité de venir s’installer en France.

    Lire aussi : « Abd el-Kader » au Mucem

  • « Paris brûle-t-il ? – Quand le cinéma réinvente la Libération » au musée de la Libération de Paris

    « Paris brûle-t-il ? – Quand le cinéma réinvente la Libération » au musée de la Libération de Paris

    1964 le livre « Paris brûle-t-il ? » est publié par le célèbre duo d’écrivains franco-américains Dominique Lapierre et Larry Collins. Le livre est inspiré de la libération de Paris qui eut lieu vingt ans auparavant. Un peu récit, un peu roman, il retrace les grands faits qui ont rendu cet évènement possible. Le titre repose sur la question qu’aurait posé Hitler au Gal von Choltitz, commandant militaire de la place en ce mois d’août 1944 après lui avoir donné l’ordre de détruire la ville plutôt que de la livrer intacte aux alliés. Le livre et le film présentent Choltitz comme celui qui n’a pas appliqué les instructions de son chef et aurait ainsi « sauvé » Paris de la destruction. Les historiens ont montré depuis que nombre d’ouvrages avaient été minés et que si l’ordre d’allumer les mèches n’avait pas été donné c’était plus en raison des circonstances, l’insurrection de Paris était lancée, que de la bonté d’âme du général.

    Le film est réalisé par René Clément deux années après la publication du livre sous forme d’une superproduction hollywoodienne ressemblant par certains aspects au film « Le jour le plus long », film américain légendaire sorti en 1962 sur le sujet du débarquement du 6 juin 1944.

    L’exposition revient sur les circonstances de tournage du film et particulièrement les interférences de celui-ci avec la politique. Nous sommes en 1966, 22 ans après la Libération, nombre des acteurs de cette époque sont encore vivants et le Parti communiste français (PCF) est très puissant. Chacun veut s’assurer que le film va présenter une image positive de sa participation aux évènements. Le choix des acteurs est fait généralement en accord avec les personnages réels, ou leur famille lorsqu’il ne sont plus vivants : Bruno Crémer pour le Colonel Rol-Tanguy, Alain Delon pour Chaban-Delmas, Claude Rich pour le maréchal Leclerc. Les acteurs jouant Hitler et Choltiz sont stupéfiants de réalisme. Des interviews de certains d’entre eux sont montrées sur des écrans, et parfois même aussi leurs rencontres avec les personnes qu’ils interprètent.

    L’exposition revient de façon très intéressante sur les choix de réalisation qui ont amené à enjoliver certaines actions, en censurer d’autres, pour rester « politiquement correct ». Le PCF semble avoir été particulièrement attentif à la manière dont fut représenté son rôle dans la Libération de Paris. Le colonel Rol-Tanguy, militant communiste, chef des Forces françaises libre (FFI) de Paris en août 1944, membre du comité central du parti à l’époque du tournage, est même délégué par celui-ci auprès du réalisateur en une sorte de « conseiller mémoire » chargé de veiller aux intérêts du PCF dans le film.

    Des images d’époque ont très directement inspiré certaines scènes du film et le musée présente des montages du réel et de la fiction. Certaines autres archives n’ont pas été utilisées, sciemment, pour ne pas nuire à l’image de la résistance : celles des femmes tondues ou des actes de vengeances exercées contre des soldats allemands prisonniers. Des courriers d’époque montrent combien producteur, réalisateur et acteurs ont été sensibles aux aspects politiques de la représentation de la Libération dans leur film, au risque de prendre quelques libertés avec la réalité.

    Figure aussi une lettre de Maurice Papon, alors préfet de police de Paris, au réalisateur sur des considérations d’occupation de l’espace public durant le tournage, c’était avant qu’il ne devienne ministre sous la présidence Giscard d’Estaing en 1978, puis qu’il soit condamné en 1998 pour complicité de crimes contre l’humanité pour son implication dans la déportation de juifs durant la seconde guerre mondiale alors qu’il était secrétaire général de la préfecture de la Gironde. Son procès retentissant a mis à jour toutes les ambiguïtés du personnage qui fut également en contact avec les réseaux de résistance à la fin de la guerre. Il bénéficia d’ailleurs de nombreux témoignages en sa faveur durant son procès. Il rentrait dans la catégorie des « vichysto-résistants ». Il n’évita pas la condamnation à 10 ans de prison mais fut libéré au bout de trois ans, pour « raisons médicales » et décéda en 2002.

    La vie et le procès de Papon démontrent combien la vraie vie peut être trouble et ses fils difficiles à démêler. Le film « Paris brûle-t-il ? » a opté quant à lui pour une vision manichéenne de l’histoire, c’est ce qui fait le défaut principal de cette épopée et l’intérêt de cette exposition qui rétablit la réalité de façon intelligente.

    Lire aussi : Musée de la Libération de Paris – musée du général Leclerc – musée Jean Moulin

  • PHILBY Kim, ‘Ma guerre silencieuse’.

    PHILBY Kim, ‘Ma guerre silencieuse’.

    Sortie : 1968, Chez : Nouveau Monde (2024).

    Kim Philby (1912-1988) a fait partie du célèbre « groupe des 5 de Cambridge », recrutés dans les années 1930 par les services secrets soviétiques comme agents doubles pour trahir la Couronne Britannique. Ils ont réussi à rester invisibles des services de contre-espionnage pendant des décennies. Pire, Philby exerça des fonctions importantes au sein des services secrets britanniques jusqu’à ce qu’il démissionne en 1954 devant les soupçons qui s’accumulaient contre lui. A la veille d’être finalement démasqué, il fuit en URSS où il retrouve 2 du groupe des 5 (Burgess et McLean) qui l’ont précédé. Il y poursuit sa « carrière » comme agent du KGB, l’espionnage soviétique, sans jamais manifester le moindre regret au sujet de sa trahison et avant de décéder à Moscou en 1988.

    Ses mémoires ne sont pas très révélatrices de ses motivations et donnent l’impression de beaucoup d’autocensure. Il n’en dit guère plus sur la matérialité de ses trahisons ni sur les moyens utilisés pour transmettre les informations à ses agents traitants du KGB. On sut par la suite qu’il révélât des secrets importants aux Soviétiques et causa des dommages significatifs aux services occidentaux, sans parler de la vie des agents qu’il dénonça. Il parle dans ce livre de l’organisation des services secrets britanniques durant la guerre et après celle-ci, de la collaboration avec FBI et CIA lorsqu’il fut envoyé en poste à Washington en 1950. Par contre il détaille un peu plus la montée des soupçons contre lui, son rappel à Londres et les interrogatoires serrés qu’il y subit. Mais il écrit surtout par allusions sans trop préciser ce qu’il fit ni comment on le lui reprocha.

    La trahison puis la fuite en URSS des 3 de Cambridge, en pleine guerre froide, provoqua à l’époque un scandale considérable en Occident. L’histoire confirma ensuite que ce groupe d’agents doubles avait agit par pure conviction communiste. On aurait aimé en savoir un peu plus par la plume de Philby mais il est quasiment muet sur ce sujet.

    « Nous trahissons pour rester loyaux » leur fait dire John Le Carré dans un de ses célèbres romans d’espionnage directement inspiré de la vie de Kim Philby.

  • MERVIN Yves, ‘Joli mois de mai 1944 – La face cachée de la Résistance en Bretagne’.

    MERVIN Yves, ‘Joli mois de mai 1944 – La face cachée de la Résistance en Bretagne’.

    Sortie : 2013.

    Les mémoires d’un militant communiste breton dans les Côtes d’Armor (ex-Côtes du Nord), Edouard Quemper (1925-2015) qui fut jeune résistant durant la guerre. Il mena d’abord quelques actions qu’il qualifie lui-même comme symboliques à l’arrivée des occupant allemands dans sa région fin juin1940. Mais il s’engagea en novembre 1943 dans l’organisation des Francs-tireurs et partisans (FTP, affiliée au Parti communiste [PC]) et pris alors plus de risques. Edouard Quimper ne dit mot du pacte germano-soviétique signé en 1939 et rompu en juin 1941 par l’invasion de l’URSS par l’armée allemande. Ce n’est bien sûr que fin 1941 seulement que les organisations communistes se lancèrent dans la résistance contre les Allemands, puisque jusqu’à juin 1941 ils étaient amis…

    M. Quemper mena ensuite une longue carrière de permanent du parti et fut élu dans différentes assemblées : conseil général, mairie de Saint-Brieuc (adjoint aux sports), fédération communiste du département… Engagé avec son parti dans la lutte contre la guerre coloniale française en Indochine, il est arrêté avec son groupe alors qu’ils bloquaient un train transportant des armes pour le corps expéditionnaire en 1950. Ils passent sept mois en prison avant d’être acquittés par la Justice.

    Ces changements de cap n’ont pas toujours été faciles à suivre dans les campagnes bretonnes sous occupation allemande. Ceci ajouté aux tendances criminelles de certains individus plus préoccupés de piller ou de régler leurs comptes villageois que de défendre la patrie, permet à l’auteur de clôre son ouvrage par une conclusion lapidaire qui a créé un peu d’émotion, on le comprend.

    Le nombre de Bretons tués par la résistance […] serait au moins trois fois plus élevé que les Allemands disparus dans les combats. Cette proportion interpelle. Elle démontre que la Seconde guerre mondiale a été, en Bretagne, une guerre civile avant d’être une guerre de libération et que la résistance a été plus dangereuse pour les Bretons que pour les Allemands.

    La résistance communiste, en Bretagne comme ailleurs, suivait les instructions du Parti avec pour objectif de prendre le pouvoir au sortir de la guerre, ce que le Général de Gaulle réussit à empêcher, mais ce qui créa nombre de malentendus, parfois sanglants, sur le terrain et dans les états-majors. Il n’est pas sûr que les dérives décrites soient particulières à la Bretagne.

    Le livre est une longue narration de petits évènements documentés par M. Mervin qui a manifestement fait des recherches poussées dans les archives encore disponibles sur cette période trouble. Il évoque également le cas du nationalisme breton qui aurait pactisé avec l’occupant par rejet du centralisme français. Aujourd’hui encore bruissent des rumeurs et des menaces dans les villages bretons qui abritent les descendants des acteurs de cette époque.

    La ligne choisie pour ce livre manque un peu de hauteur, d’une vue d’ensemble qui permette de mieux appréhender les enjeux de la résistance bretonne. C’est aussi la raison pour laquelle il a été si fortement contesté à sa sortie en 2013.