Catégorie : Histoire

  • Il y a 70 ans la défaite militaire française de Diên Biên Phu marquait le début du démantèlement de l’empire colonial

    Il y a 70 ans la défaite militaire française de Diên Biên Phu marquait le début du démantèlement de l’empire colonial

    Il y a 70 ans, le 7 mai 1954, le camp français retranché de Diên Biên Phu tombait devant les assauts des troupes communistes du Viêt Minh menées par le Général Giap. On parle de 8 000 morts côté vietnamien et 2 500 du côté français. A l’issue de la furieuse bataille qui dura près de deux mois, les vainqueurs vietnamiens emmenèrent plus de 10 000 prisonniers originaires de l’empire français dans une marche harassante de 700 km jusqu’à leurs lieux d’internement. Seuls 2 à 3 000 furent finalement libérés une fois la paix signée via les accords de Genève signé en juillet 1954, aboutissant notamment à l’évacuation du Vietnam du nord par la France.

    Les troupes françaises étaient composées, outre de soldats métropolitains d’active, de toute une série de recrues venant d’Indochine et d’Afrique mais aussi de la Légion étrangère qui avait recyclé nombre de soldats allemands après la défaite de 1945. Il se disait que l’on parlait plus le français du côté des troupes de Giap qui avait suivi l’enseignement colonial, que dans le camp français où la langue allemande était très présente…

    Cette défaite militaire fut d’abord le résultat de l’inconséquence des stratèges militaires français qui, en s’installant au nord de la colonie voulait couper les routes d’approvisionnement de la rébellion au Sud par les rebelles communistes du Nord. Le problème est qu’ils installèrent la corp expéditionnaire dans une cuvette d’environ 17 km sur 6, cernée par une ceinture de collines que les galonnés coloniaux pensaient inatteignable par le Viêt Minh. Mais contre toutes attentes, et hors de la vue des observateurs français, les Vietnamiens du nord ont transporté nombre de pièces d’artillerie, et leurs munitions, en pièces détachées, transportées à dos d’homme ou à bicyclette jusqu’à ces collines « inatteignables ». Une fois remontées et mise en batterie, elles ont taillé en pièces le camp français qui ne put plus être ravitaillé par air du fait de la destruction de la piste d’aviation. La fin de Diên Biên Phu n’était plus qu’une question de patience et de tonnes d’obus déversés sur la cuvette.

    Après la IIe guerre mondiale et la défaite japonaise dont les troupes occupaient les colonies asiatiques de la France et du Royaume-Uni, ces deux puissances sévèrement affaiblies pensèrent reprendre leurs activités coloniales « comme avant ». Il n’en fut rien et les mouvements d’émancipation des peuples de ces territoire exigèrent leurs indépendances parfois conquises par la force des armes. Mais les deux empires connurent le même sort, qui était écrit : la fin de la colonisation.

    Le problème spécifiquement français est que Paris ne comprit pas immédiatement le message de Diên Biên Phu et envoya immédiatement son corps expéditionnaire indochinois en Algérie où avait débuté, la même année 1954, une rébellion armée de lutte pour l’indépendance de ce qui était encore à l’époque un département français. On connait la suite : l’indépendance de l’Algérie en 1962 après une guerre qui ne disait pas son nom, des dizaines de milliers de morts et blessés des deux côtés, un déchaînement de barbarie largement partagé entre les parties. Contrairement à l’Indochine, les troupes militaires françaises étaient surtout composées d’appelés dont toute une génération (en train de s’éteindre) garda un traumatisme profond.

    La décolonisation du reste des territoires coloniaux français s’est heureusement déroulée plus pacifiquement dans le reste de l’Afrique, bien que la Françafrique substitua des relations postcoloniales perverses à une relation de domination obsolète. Depuis le XXIe siècle et l’apparition d’une philosophie de la « déconstruction » poussant dans certains cas à la victimisation, la responsabilité des ex-puissances coloniales est régulièrement mise en cause pour expliquer le sous-développement et les difficultés politiques actuels des anciens pays colonisés, d’où leur volonté de rompre définitivement avec les anciens colons comme au Mali, au Burkina-Faso ou au Niger. Le fait colonial français a été et il aurait mieux valu qu’il ne fut pas. Idem pour l’esclavage. On ne peut pas revenir en arrière, on doit par contre lancer, ou accélérer, le processus de décolonisation des confettis de l’Empire que sont les territoires dits « ultramarins » : Mayotte, la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie, les iles caraïbes, la Guyane et la Réunion. Et s’il faut payer des indemnités comme solde de tous comptes, il ne faut pas s’interdire de l’envisager.

  • De Wagner à l’Africakorps

    De Wagner à l’Africakorps

    Avec une grande subtilité les forces paramilitaires russes intervenant en Afrique sont en train de se rebaptiser « Afrikakorps » à la suite de la réorganisation de l’ancienne milice « Wagner » rendue nécessaire par « l’accident d’avion » (sans doute un attentat) qui a décimé son état-major dans la chute de l’avion qui l’emmenait de Moscou à Saint-Pétersbourg en septembre dernier.

    Lire aussi : La fin d’un clown sinistre

    La milice aurait été initialement nommée « Wagner » en référence au compositeur allemand dont la musique fascinait le chancelier Hitler et emportait l’enthousiasme des foules. Il se disait que l’un des cofondateurs de Wagner, décédé dans « l’accident », était acquis à la cause nazie et portait des croix gammées tatouées dans le cou. C’est lui qui aurait choisi le nom.

    Après la disparition de ces miliciens, l’Etat russe semble avoir repris la main sur l’organisation de ces soldats de fortune et trouvé le joli nom « Afrikakorps » pour les désigner. Afrikakorps c’était tout simplement la dénomination de l’armée nazie dans les déserts africains durant la IIe guerre mondiale. Initialement sous les ordres de Rommel, cette armée a conquis des territoires en Libye et en Egypte avant de devoir reculer face aux alliés, notamment à la suite de leur célèbre victoire à El-Alamein en novembre 1942. L’Afrikakorps déposa définitivement les armes en mai 1943.

    Compte tenu de cette histoire pas vraiment glorieuse il n’est pas bien sûr que ce nouveau nom soit très approprié vu du côté russe… En tout cas, sa référence à l’armée nazie ne semble pas vraiment cohérente avec la mission de « dénazification » que s’est fixée la Russie pour l’Ukraine et le reste du monde !

  • « Bye Bye Tibériade » de Lina Soualem

    « Bye Bye Tibériade » de Lina Soualem

    Lina Soualem représente la quatrième génération depuis son arrière-grand-mère qui a connu la « Nakba » en Palestine en 1948. Cette famille habitait Tibériade sur les rives du lac du même nom, lorsque la puissance mandataire, le Royaume-Uni, leur demanda de vider les lieux en quelques heures. La ville fut alors investie par des populations juives dont les forces paramilitaires avaient gagné la guerre l’opposant aux armées arabes levées pour s’opposer à la création de l’Etat d’Israël. Cette famille va alors errer à la recherche d’un point d’accueil qu’elle trouve dans le village de Deir Hanna, à une trentaine de kilomètres de Tibériade et désormais en territoire… israélien. C’est là que l’arrière-grand-mère installe sa famille sauf l’une de ses filles qui, dans la panique de l’exode, se retrouve dans un camp de réfugiés de Yarmouk en Syrie où elle passa une grande partie de sa vie, sans moyen de revoir sa famille, la frontière entre Israël et la Syrie étant fermée.

    C’est là que nait Hiam, la mère de Lina, l’aînée d’une famille de huit filles. Assez vite elle marque son indépendance et sa volonté de sortir d’un système patriarcal d’un autre âge. Elle veut être actrice, sortir avec des garçons puis se marier avec un Anglais dont elle divorcera rapidement… toutes choses difficilement acceptables par un père arabe traditionnel. Elle réussit à gagner la France, qui lui offre la double nationalité, pour vivre de son métier d’actrice. C’est là que nait sa fille Lina, d’un père d’origine algérienne. Diplômée d’histoire, elle devient actrice et réalisatrice. Son premier documentaire, Leur Algérie, est consacré à sa découverte de sa famille paternelle en Algérie. Le second est dédié aux femmes de sa famille palestinienne.

    Hiam a régulièrement ramené sa fille Lina, enfant, se baigner dans le lac de Tibériade dans les années 1990 et partager avec sa famille palestinienne. Son mari (dont elle a aussi divorcé) était vidéaste amateur et le film intègre nombre de passages de cette époque, ainsi d’ailleurs que d’images d‘actualité sur l’exode provoqué par la guerre de 1948. Les images contemporaines sont celles filmées par Lina lorsqu’elle ramène sa mère en Israël pour un retour sur les racines de la famille palestinienne. C’est surtout Hiam qui se raconte dans le film. C’est une histoire de famille, d’exil, de souvenirs gardés bien au chaud dans le cœur de chacun. Après le décès de la mère de Hiam, ses filles se retrouvent dans la maison de Deit Hanna avant qu’elle ne soit vendue. Ensemble elles vont ouvrir les boîtes à bijoux de leur mère, les albums photos revenant sur les épisodes familiaux heureux, Lina enfant dans les bras de son arrière-grand-mère déjà âgée, la peau parcheminée par le soleil méditerranéen sous son voile, lui parlant arabe, le mariage d’une de ses tantes et, toujours, le lac de Tibériade comme horizon.

    Un épisode émouvant est raconté par Hiam lorsqu’elle revient sur sa rencontre avec sa tante de Yarmouk après des décennies de séparation. Grâce à son passeport français elle put entrer en Syrie à sa recherche, et la retrouver dans ce camp gigantesque près de Damas, démantelé depuis.

    Ce film est plein de la douceur et de l’amour que porte Lina à son histoire et aux siens. Déracinée entre l’Algérie de son père, la Palestine de sa mère et la France où elle est née, elle reste travaillée par cette histoire de déchirement et d’exil. L’accueil que la France a prodigué à sa mère ne suffit manifestement pas à apaiser les tiraillements qui sont les siens au cœur de la violence de l’histoire du Proche-Orient et du Maghreb. Dans ce documentaire elle a su les exprimer avec subtilité et passion. Lors de la promotion du film, elle et sa mère ont fait savoir qu’elles ne souhaitaient pas s’exprimer sur la nouvelle vague de violence qui embrase actuellement le Proche-Orient.

  • « Le Belvédère – maison de Maurice Ravel » à Monfort l’Amaury

    « Le Belvédère – maison de Maurice Ravel » à Monfort l’Amaury

    Maurice Ravel (1875-1937), immense compositeur français, a passé les quinze dernières années de sa vie dans cette maison de Monfort l’Amaury acquise en 1921 grâce à un héritage. Il y composa certaines de ses grandes œuvres comme le Concerto pour piano en Sol, celui « Pour la main gauche » ainsi que le célèbre Boléro. La maison est de dimensions modestes, en dénivelé à mi-hauteur d’une colline. Elle est de forme triangulaire, faisant l’angle d’une allée qui descend en la contournant et d’une rue qui monte en serpentant autour du parc qui occupe le sommet de la colline. La façade ouest domine une vaste vallée de verdure et, au fond, on nous dit que se trouve Paris ; la nuit le faisceau lumineux de la Tour Eiffel se voit depuis Montfort. Ravel vivait ici avec ses deux chats siamois

    L’ensemble de la maison a été décoré par le compositeur qui avait des idées assez précises en la matière. Également tourné vers la technologie de l’époque, il y fit installer le téléphone, le chauffage central et un chauffe-eau à gaz, luxes assez rares dans les années 1920. Il avait un électrophone pour écouter ses disques de jazz. La demeure est un peu conçue comme une maison de poupée. Tout est étroit et restreint, sans doute aussi dimensionné pour les tailles et corpulences plus petites il y a un siècle qu’aujourd’hui. Mais Ravel aime aussi le lilliputien, les meubles et étagères sont méticuleusement décorés de multiples petits bibelots et porcelaines, de minuscules jeux mécaniques dont le compositeur raffolait. Chaque pièce a ses propres thèmes et couleurs. Ravel avait une fidèle servante et les menus servis étaient toujours les mêmes avec systématiquement en entrée des maquereaux au vin blanc. Il recevait ses amis, ses interprètes, Colette qui n’habitait pas loin et qui avait écrit le livret de L’Enfant et les Sortilèges. Régulièrement il faisait des allers-retours sur Paris pour fumer ses Caporal dans les clubs de jazz de la capitale.

    On arrive enfin dans la pièce où Ravel composait sur son piano à queue.

    C’est le vrai piano ! Un des visiteurs, musicien, portant religieusement sa propre partition du Tombeau de Couperin comme s’il avait voulu l’imprégner de l’esprit ravélien qui hante cette demeure, demande très timidement s’il peut au moins poser un doigt sur une touche pour en jouer une note, une seule, voit sa requête rejetée poliment par la guide. C’est sur ce piano que Ravel a tenté de jouer la partition du Concerto en Sol qu’il avait lui-même écrite mais dont la difficulté technique était telle qu’il dû y renoncer et faire appel à Marguerite Long pour créer l’œuvre. Il avait dédié la Toccata du Tombeau de Couperin à Joseph de Marliave, mari de Marguerite, lui-même pianiste, mort au champ d’honneur en 1914. La reproduction en plâtre de la main de Marguerite Long est exposée en bonne place dans la vitrine de l’entrée, à côté de ses gilets et vestons, car Ravel était très élégant, presque dandy. A gauche du piano, le portrait de sa mère, en face le sien enfant et, à droite, celui de son père. Il y a là l’essentiel et on ressent une forte émotion et du respect devant ce piano qui permit à Ravel de composer parmi les plus belles pages de la musique du XXe siècle. A défaut des touches en ivoire du clavier, on se permet d’effleurer le dessus du piano en partant…

    Aux pieds du petit escalier se trouve la chambre de Maurice avec sa salle de bains dans laquelle sont minutieusement ordonnés son matériel de rasage sur une étagère haute et ses instruments de manucure disposés sur une serviette dessinée en touches de piano sur celle du dessous. La pièce donne de pleins pieds sur une terrasse et le jardin japonais en contrebas, également aménagé par Ravel. A l’horizon, bien loin, il y a l’agitation parisienne.

    En quittant Monfort l’Amaury, le visiteur découvre que le comté de Monfort était lié au duché de Bretagne depuis le XIIIe siècle, d’où la profusion de références à Anne de Bretagne qui ramena ce compté à la couronne de France lors de la réunion définitive de la Bretagne à la France au XVIe. L’église de Monfort l’Amaury organise toujours un pardon breton autour de l’Ascension.

    C’était juste une petite heure dans le monde hors de portée d’un géant de la musique !

  • « Concerto pour violon et orchestre n°1 de Dimitri Chostakovitch » par l’orchestre philharmonique de Radio France

    « Concerto pour violon et orchestre n°1 de Dimitri Chostakovitch » par l’orchestre philharmonique de Radio France

    Sur le programme de cette soirée de l’orchestre philharmonique de Radio-France à l’auditorium de la Maison de la Radio c’est Petrouchka d’Igor Stravinsky qui est mis en avant alors que le sommet de ce concert fut le concerto pour violon et orchestre n°1 de Chostakovitch joué avant l’entracte. La violoniste norvégienne Vilde Frang, 38 ans, le joua magnifiquement sous la direction du chef finlandais Mikko Frank directeur musical de l’orchestre de Radio-France depuis 2015.

    En introduction est donné le sextuor à cordes en ré mineur de Borodine, composé en 1860, joué par deux violons, deux altos et deux violoncelles. Une œuvre courte et délicieuse pour nous mettre en condition.

    Puis vient le concerto de Chostakovitch, écrit en 1948, en plein cœur des dérives staliniennes du régime soviétique qui sévissait contre son peuple mais aussi contre ses artistes dont certains musiciens sont accusés de ne pas écrire de la musique suffisamment « patriotique » et en accord avec le « réalisme socialiste ». Nombre de ces artistes seront exécutés. Chostakovitch, accusé de « formalisme » est au cœur de ces polémiques idéologiques. Il a des comptes à rendre pour « déviance » à la police politique NKVD, des articles de la Pravda l’attaquent, il est obligé de retirer certaines de ses œuvres et doit faire son auto-critique en public, concéder des concessions artistiques dans son style d’écriture pour survivre…

    On ne sait pas bien si ce concerto pour violon a été écrit, ou amendé, pour correspondre au « réalisme socialiste », il semble en tout cas restituer une atmosphère sombre et torturée. Le violon solo et l’orchestre jouent en parallèle sur leurs propres lignes, se rejoignant parfois, évoluant souvent vers des accents dissonants et complexes. A un moment la soliste se lance seule dans une envolée un peu grinçante, un temps que le chef lui laisse diriger, avant d’être rejointe par les autres instruments. Vilde Frang joue debout durant tout le concert, sans partition et avec une virtuosité heureuse pour cette musique parfois terrifiante, faisant appel aux sentiments les plus poignants des auditeurs. Une œuvre tragique et importante, au diapason d’une époque trouble de la Russie soviétique qui a martyrisé ses artistes.

    Après l’entracte arrive Petrouchka de Stravinsky, qui se révèle une œuvre primesautière sur une musique printanière. Composé en 1911 sous la Russie tsariste, Petrouchka devint ensuite un ballet. On est loin des abymes de noirceurs dans lesquels nous plonge Chostakovitch mais c’est aussi une bonne façon de terminer un samedi soir à Paris.

    Ces trois compositeurs russes joués ce soir avec brio par l’orchestre de Radio-France nous rappellent avec tristesse combien les artistes de ce pays ont participé à l’édification de la culture européenne alors que les orientations politiques et militaires de ce pays-continent n’ont cessé de l’en éloigner !

  • « German occupation museum » de Guernesey

    « German occupation museum » de Guernesey

    28 juin 1940, l’armée allemande, qui n’a fait qu’une bouchée de la France après la bataille du même non entamée le 10 mai, bombarde le port de Guernesey de Saint-Pierre. Le 1er juillet, les premières forces aéroportées allemandes débarquent sur l’ile. Avec Jersey et les petites iles de l’archipel, ce furent les seules terres britanniques occupées par l’Allemagne qui y construit des fortifications similaires à celles du mur de l’Atlantique. La qualité du béton allemand ne s’étant jamais démentie, certaines subsistent encore sur la côte Ouest, voire ont été rénovées pour entretenir le souvenir.

    Les occupants appliquèrent leurs méthodes habituelles pour s’imposer face à une population pas vraiment accueillante. Une tentative de débarquement de commandos britanniques échoua en 1943. Après le débarquement en Normandie les alliés décidèrent de poursuivre la reconquête vers l’Est, sans prendre le temps de mener bataille dans les iles Anglo-Normandes qui ne seront libérées qu’en mai 1945. La dernière année d’occupation fut pénible car les liens avec la France libérée étant coupés, les iles Anglo-Normandes affrontèrent des difficultés pour nourrir leurs populations.

    Voir aussi : German Occupation museum

    Le musée a été édifié à l’initiative de Richard Heaume qui était gamin pendant la guerre et ramassait les douilles de balles sur les plages après la libération. Pièce par pièce il a constitué la collection exposée qui va des armes, aux uniformes et drapeaux des forces en présence, à nombre de documents écrits issus à cette sombre époque (ausweis, coupures de presse, affiches des occupants ou des résistants…). Il a également reconstitué des décors en grandeur réelle de l’environnement de cette époque : « occupation street » avec ses magasins et demeures, une pièce où un couple boit le thé en écoutant la BBC sur une radio cachée dans le tiroir, une prison où passèrent des juifs de l’ile avant d’être déportés, etc.

    On pourrait passer des heures dans ce petit musée artisanal tant la documentation accumulée est passionnante. C’est une très belle initiative privée pour garder la mémoire de cette sombre époque.

  • La Guinée « dissout » son gouvernement

    La Guinée « dissout » son gouvernement

    Sur une vidéo publiée sur le site Facebook de la présidence guinéenne, une troupe de galonnés en tenues de combat aux couleurs chamarrées annonce la « dissolution du gouvernement » en lisant intégralement un décret signé par le galonné président de la République à la suite du coup d’Etat de septembre 2021. Cette dissolution n’est pas motivée mais est-ce bien nécessaire de justifier les actes politique d’une junte militaire ?

    Voir : Dissolution en Guinée

    Les galonnés ont pris le pouvoir, sans provoquer de réaction négative de la population, alors ils l’exercent. C’est plus simple et plus clair ainsi !

    On parle moins en France de la Guinée car l’armée française n’y disposait pas de base militaire qu’elle n’a donc pas eu à évacuer comme au Mali ou au Niger. Mais rappelons que la Guinée du dictateur Sékou Touré fut l’une des premières colonies françaises devenues indépendantes (en 1958) à se rebeller contre le néocolonialisme en refusant par référendum de rester membre de l’Union française, une fiction juridique par laquelle la France de De Gaulle pensait retarder les indépendances africaines, ou, au pire, les encadrer, fiction qui n’a d’ailleurs pas duré bien longtemps.

    Le premier président fut Sékou Touré qui, comme nombre de ses coreligionnaires, avait aussi été député à l’assemblée nationale française avant l’indépendance de son pays. D’inspiration marxiste-léniniste il renonça à poursuivre la coopération avec Paris et s’orienta vers l’Union soviétique alors marraine des pays dits « non alignés ». Sékou Touré applique une politique socialiste et développe une sévère répression interne contre ses opposants. Ceux qui connaissent Conakry sont immanquablement passés sous le « pont des pendus », un pont du centre-ville où le dictateur faisait pendre (et laissait pendouiller les corps plusieurs jours) afin de montrer qui était le patron.

    Les relations diplomatiques rompues avec la France de De Gaulle furent rétablies sous Giscard d’Estaing. La Guinée ne fut jamais membre de la zone Franc et utilisait (et utilise toujours) sa propre monnaie nationale, le franc guinéen. Sékou Touré est mort d’une crise cardiaque en 1984 alors qu’il était toujours au pouvoir. Malgré la dictature sinistre et implacable qu’il a dirigée dans son pays, il est resté un héros pour ses nombreux admirateurs, en Afrique et au-delà car il a su s’opposer à l’ancienne puissance coloniale et mener sa route loin des méandres parfois nauséabonds de la Françafrique. Il a préféré le camp « socialiste » et ses méthodes violentes.

    Est-ce que la Guinée a plus souffert, ou s’est moins développée que les autres colonies françaises restées sous la « protection » de Paris après leurs indépendances ? C’est difficile à dire. Il y a certainement eu un déficit de démocratie si l’on compare la Guinée au Sénégal par exemple, mais c’est beaucoup moins vrai si l’on regarde le Tchad ou la Centrafrique où les régimes post décolonisation ont été largement aussi sanguinaires et meurtriers qu’en Guinée. Sur le plan du développement économique en général l’impression est qu’il n’y a guère de différence dans les résultats plutôt modestes atteints par tous ces pays de l’ex-Empire français.

    En revanche, côté français l’avantage politique de la réelle indépendance décidée par ce pays en 1958 est certain. Paris ne s’est pas compromis en stationnant des troupes dans le pays, n’a pas eu à maintenir artificiellement le cours de sa monnaie et, globalement, a dépensé moins de sous en Guinée que dans ses anciennes colonies qui lui sont restées affidées et qui, aujourd’hui, la rejette massivement. Bien sûr, quelques bétonneurs français ont peut-être moins bénéficié de contrats pour construire des routes, cela reste d’ailleurs à confirmer sur la durée, mais au niveau macro-économique français, la Guinée a sans doute coûté moins cher à Paris depuis son indépendance que les autres anciennes colonies.

    Alors l’agitation galonnée en cours à Conakry n’est finalement que la continuation des régimes qui se succèdent depuis 1958, d’autant plus qu’elle ne semble pas rencontrer d’opposition franche de la population qui est sans doute plus libre que du temps de Sékou Touré. La vraie démocratie sera peut-être pour plus tard.

  • « Victor Hugo tel que Juliette Drouet l’a connu », conférence de la société des Amis du Louvre

    « Victor Hugo tel que Juliette Drouet l’a connu », conférence de la société des Amis du Louvre

    La société des Amis du Louvre a invité l’universitaire Florence Naugrette, auteur d’une récente biographie de Juliette Drouet, et Gérard Audinet, directeur des Maisons de Victor-Hugo (1806-1883) à Paris-Place des Vosges mais aussi à Guernesey (Hauteville House) à deviser sur le rôle que jouât Juliette Drouet, maîtresse en titre de Victor Hugo (1802-1885), sur la personnalité et l’œuvre de l’écrivain.

    Ils nous déroulent l’incroyable destin de Juliette, bretonne née à Rennes, orpheline très jeune, pensionnaire d’un couvent parisien dont elle sort à peine adulte pour se livrer à une prostitution plus ou moins mondaine, avant de tenter sa chance comme actrice. C’est dans ce cadre qu’elle rencontre Victor Hugo et que naît ce coup de foudre qui va durer leur vie entière. Elle ne fut pas une très grande actrice semble-t-il et elle renonce assez rapidement à une carrière, décision facilitée lorsque Hugo s’engage à l’entretenir, elle et sa fille Claire Pradier. Hugo va alors emmener officiellement Juliette partout où il va vivre avec sa femme Adèle, qui elle entretient des relations équivoques avec Sainte-Beuve… Cette double vie n’empêche d’ailleurs pas l’écrivain de multiplier les conquêtes.

    Evidemment, à l’heure du féminisme un peu revanchard qui s’est fait jour au XXIe siècle, il est délicat de qualifier la frénésie affective et sexuelle de Hugo au XIXe, et ce jusqu’au crépuscule de sa vie, mais Juliette Drouet sera plus qu’une amante. Elle fut aussi sa muse, sa conseillère et sa partenaire. Elle lui a écrit au moins une lettre par jour durant 50 ans et ce sont 22 000 lettres que Mme. Naugrette a lues pour mener à bien ses travaux sur cette amante magnifique. Hugo fut par ailleurs un amant plutôt dictatorial voulant tout régir et surveiller dans la vie de Juliette.

    L’écrivain-poète, est également dessinateur et Juliette va couver le talent de son amoureux en exigeant toujours plus de lui dans ce domaine. Lorsqu’il quitte son appartement de la Place des Vosges qu’il occupe avec sa famille légitime elle lui installe un atelier de dessin chez elle dans le XIXe arrondissement où il dessine sous son regard amouraché. Une bonne part de la documentation préparatoire à ces dessins est accumulée lors de leurs voyages estivaux qu’ils partagent de façon tout à fait publique. Il développe un talent propre qui fait passer sa production de « dessin d’écrivain » au « dessin de Victor Hugo » qui veut traduire son âme et sa poésie. Et son cœur parfois où l’on voit ses initiales VH entremêlées avec des JD. Il offre nombre de ses dessins à Juliette encadrés dans des cadres souvent également peints par lui.

    Leur histoire d’amour se réalise aussi dans les lieux qu’ils partagent. A Paris ou dans les îles anglo-normandes Hugo laisse éclater sa créativité dans l’aménagement et l’ameublement de ses résidences familiales comme de celles de Juliette. Souvent ces dernières sont le miroir de celles d’Hugo. A Guernesey notamment Hauteville II, la maison achetée par l’écrivain pour sa maîtresse, est à l’image de Hauteville House occupée par lui et sa famille. Il développe une attention particulière pour l’ameublement en chinant des vieux meubles qu’il fait démonter et remonter selon ses instructions. C’est ainsi que l’on peut retrouver un bas de buffet réinstallé en haut d’une armoire car telle est sa fantaisie.

    Pour avoir une idée du style assez empesé et encombré qu’il chérissait, il suffit de se rendre au musée installé dans son ancienne demeure de la Place des Vosges à Paris : meubles tarabiscotés en bois sombre, lourdes teintures murales, plus un centimètre carré libre sur les murs remplis de tableaux et de dessins…

    Lire aussi : Victor-Hugo. Dessins, « Dans l’intimité du génie » au Musée Maisons de Victor-Hugo

    C’est ensemble aussi qu’ils affrontent le malheur, à quelques années d’intervalle : la perte de Claire, la fille de Juliette (âgée de 20 ans) et de Léopoldine la fille de Victor (âgée de 19 ans).

    Et alors que Louis Napoléon Bonaparte, président de la IIe République mène son coup d’Etat en 1851 pour rétablir l’Empire dont il prend les commandes sous le nom de Napoléon III, c’est Juliette qui persuade Hugo de prendre la route de l’exil, lui évitant ainsi sans doute l’emprisonnement tant ses positions politiques, exprimées en tant que parlementaire élu de la seconde République, étaient opposées à la dictature qui se mettait en place par celui qu’il appellera « Napoléon le petit ».

    C’est ainsi que Victor Hugo, sa femme, ses enfants (au moins pour un temps) et sa maitresse vont partir à Bruxelles, puis vivre près de vingt ans à Jersey et Guernesey. Il ne reviendra à Paris qu’en 1870 après la capture de l’Empereur à la suite de la défaite militaire de la France à Sedan face aux Prussiens. Sa femme Adèle est morte en 1868, son fils Charles en 1871, puis son autre fils François-Victor en 1873. Il s’installe avec Juliette à son retour à Paris où ils reçoivent à leur table le tout Paris politique et artistique. L’écrivain qui est devenu sénateur va alors faire des accidents vasculaires cérébraux qui l’affaiblissent mais ne l’empêcheront pas de défendre ses causes de cœur que sont l’abolition de la peine de mort, le pardon à octroyer aux « communards ». Juliette meurt en 1883, deux ans avant Victor. Elle a transmis au neveu d’Hugo tout ce qu’elle avait accumulé sa vie durant concernant l’écrivain : dessins, œuvres, objets, correspondances, jusqu’aux décors de sa maison Hauteville II à Guernesey.

    A sa mort en 1885 Victor Hugo reçoit un hommage national et près de deux millions de personnes suivent son cercueil le jour de son transfert au Panthéon le 1er juin 1885. S’il fut incontestablement « homme du siècle », les conférenciers qualifient Juliette Drouet de « compagne du siècle » ! Pendant cinquante ans Juliette a déployé amour, admiration et dévouement pour Victor Hugo ce qui a aussi contribué à l’œuvre gigantesque de cet homme de légende.

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  • Dmitri Medvedev tout en subtilité

    Dmitri Medvedev tout en subtilité

    Traduite par Microsoft, la prose de l’ancien président russe durant la période 2008-2012 et toujours président du parti « Russie unie », pro-poutinien, depuis plus de dix ans, fait toujours dans la nuance… C’est étrange cette obsession du nazisme aujourd’hui chez les Russes. Leurs références à l’Ukrainien Bandera (1909-1959) pour justifier la guerre menée contre Kiev est permanente. Bandera fut un nationaliste ukrainien qui, durant la seconde guerre mondiale, s’est retourné contre l’Union soviétique avec l’aide des Allemands. Comme nombre d’Ukrainiens il n’avait pas gardé que de bons souvenirs de la soviétisation de son pays par Moscou…

    Dans la même période, le général de l’armée rouge Vlassov, fait prisonnier par les Allemands en 1942, est retourné par eux et se rallie à leur cause. Il fonde « l’armée russe de libération » qui combat aux côtés de la Wehrmacht. En France, nombre de volontaires ont également combattu aux côtés des Allemands. L’internationalisation de la révolution russe n’avait tout de même pas emporté l’enthousiasme de tous les peuples au point que certains d’entre eux se sont compromis avec l’idéologie nazie contre le « judéo-bolchevisme ». Beaucoup eurent des comptes à rendre après la défaite allemande. Le Français Jacques Doriot, ancien communiste qui a porté l’uniforme nazi, est mort lors du mitraillage de son auto par un avion en 1945 alors qu’il avait fui en Allemagne. Vlassov a été livré aux Soviétiques par les alliés après la défaite de Berlin, emprisonné, torturé, condamné et pendu avec ses généraux en 1946. Bandera réussit à échapper aux soviétiques juste après la guerre et à se réfugier en Suisse puis en Allemagne où il est retrouvé mort un jour de 1959, sans doute assassiné par les services secrets soviétiques du KGB.

    Durant ce conflit de la deuxième guerre mondiale, tous les pays alliés ont connu la dérive de certains de leurs citoyens, la Russie (ex-Union Soviétique) comme les autres. La justice est plus ou moins passée sur ces évènements peu brillants, des règlements de comptes ont également eu lieu, plus ou moins publics et étalés dans le temps. La Russie qui eut à déplorer environ 25 millions de morts dans ce conflit continue à en faire l’un des éléments fondateurs de son existence aujourd’hui, bien au-delà de la révolution bolchévique ou de son histoire tsariste. Le problème pour la partie occidentale est qu’elle utilise aussi cette référence pour justifier son invasion de l’Ukraine en février 2022.

    Dans son message, Medvedev assimile le président ukrainien Zelenski à Bandera et le chancelier allemand Scholz à Hitler. Le président russe Poutine, commandant en chef des armées russes, s’exprime généralement en public de façon plus mesurée mais sa pensée intime ne doit pas être très éloignée de celle de son âme damnée Medvedev. A moins que le nazisme supposé des dirigeants ukrainiens ne soit pour lui qu’un prétexte, qu’il n’en pense pas un mot mais l’utilise pour justifier sa soif de conquête de ses voisins, surtout quand ils furent intégrés à un moment ou un autre à l’Empire russe ou soviétique.

    On ne semble en tout cas pas vraiment sur la voie de l’apaisement dans la guerre d’Ukraine qui perturbe sérieusement l’ensemble de la planète…

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  • « La zone d’intérêt » de Jonathan Glazer

    « La zone d’intérêt » de Jonathan Glazer

    C’est un très bon film réalisé par le britannique Jonathan Glazer sur la vie domestique dans la maison du commandant du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, située aux pieds du mur qui la sépare des miradors du lager. Le thème de la vie « normale » de la population allemande, y compris celle résidant aux abords de camps, alors que la « solution finale » était en œuvre a été déjà abordé de nombreuses fois. Il l’est ici tracé de façon encore plus radicale et glaçante puisqu’il ne s’agit pas d’Allemands ordinaires mais de la propre famille de l’exécutant en chef avide d’améliorer la productivité de son entreprise morbide.

    Sa femme et leurs enfants sont d’une blondeur tout aryenne et organisent des goûters autour de la piscine dans le jardin aménagé avec amour avec l’aide d’un personnel mené à la baguette, sans doute extrait du camp, sous les fenêtres grillagées du camp et des cheminées crachant nuit et jour la fumée des corps qui y sont incinérés. Et quand Höss annonce à sa femme qu’il est muté ailleurs elle se désespère de devoir quitter ce petit « paradis » composé avec tout son art de femme d’intérieur. Sa mère, par contre, venue les visiter semble comprendre ce qui se passe et s’enfuit un matin sans demander son reste.

    Le génocide qui se déroule à deux pas de la piscine n’est jamais montré, seulement évoqué par le rougeoiement des cheminées et les bruits qui proviennent de derrière les murs, des bruits de répression, des hurlements, des coups de feu. Le spectateur averti sait évidement ce qu’il s’est passé derrière ces murs et réalise d’autant mieux l’anachronisme de la cohabitation entre la petite vie de la famille du commandant Höss et l’ampleur des tueries qu’il dirige à quelques mètres de là. Il n’est pas sûr que les plus jeunes qui iraient voir ce long métrage réalisent bien précisément de quoi il s’agit.

    Le film repose la question de ce que savait, ne savait pas ou ne voulait pas savoir le peuple allemand du génocide mené par le pouvoir qu’il avait porté aux commandes du pays via des élections régulières. Cette question est d’autant plus prégnante dans le cadre encore plus particulier de la famille Höss. Les psychologues freudiens parlent de « clivage », l’existence de deux « moi », l’un qui tient compte de la réalité, l’autre qui la « dénie et la remplace par une réalité produit par son désir », un mécanisme de défense permettant « d’éviter la tension psychique que la prise en compte par la conscience aurait provoqué[1] ». Peut-être un moyen d’accepter des ordres répugnants à tout être humain, de faire primer la discipline sur l’humanité…, on sait néanmoins que certains nazis exécuteurs de la « Shoah par balles » (mise en œuvre avant la mise ne service du gazage industriel des condamnés, notamment lors des premiers mois de l’avance des troupes allemandes vers l’Est en 1941) ont rencontré certains troubles devant l’ampleur des tueries qu’on leur demandait d’exécuter.

    Ce ne fut manifestement pas le cas de la famille Höss même si toutefois sa fiche Wikipédia indique que le commandant a souffert de ce qu’on appellerait aujourd’hui un « burn-out » durant quelques mois, sans que l’on sache s’il fut provoqué par un excès de « travail » ou un excès de remords. La même fiche indique que lors de ses confessions qu’il déroula en 1946 entre son arrestation et son exécution (sur le lieu de ses méfaits) Höss révéla qu’après avoir expliqué à son épouse la nature exacte de ses activités, celle-ci se refusa physiquement à lui. Ce point n’est pas abordé dans le film qui évoque néanmoins une relation sexuelle de Höss avec une détenue, sans doute juive, et le montre se laver consciencieusement ensuite de cette « souillure ».

    Ce film aborde, sans y répondre, les insondables questions que posent toujours la représentation ou l’évocation des camps de concentration et d’extermination mis en place au cœur de la vieille Europe au mitan du XXème siècle, dont un dans l’Alsace occupée. Comment cela fut-il possible ? Un tel mécanisme de mise à mort aurait-il été possible en France ? Le peuple français aurait-il exécuté de pareilles instructions avec la même discipline ? Et moi, comment me serais-je comporté face à des ordres et des processus aussi abjects ? Chacun se plaît à répondre de façon certaine et optimiste à ces interrogations, se référant à son « niveau de civilisation », mais le comportement humain est en fait un vertigineux mystère, tout spécialement dans des conditions aussi tragiques.

    Petit détail, l’acteur jouant Höss est coiffé à la mode de l’époque, touffu sur le crâne et bien rasé derrière les oreilles… une mode qui a été reprise par les punks dans les années 1970, l’extrême droite dans les années 1980-2000 et, aujourd’hui, par les fouteballeurs et hélas, les millions de jeunes qui les vénèrent et ignorent certainement à quoi se réfère cette coiffure. Triste chose car ils n’iront sans doute pas voir le film.

    Christian Friedel dans le rôle de Rudolph Höss

    [1] Psychologueparis-7.fr/mecanismes-de-defense-clivage/


  • Annecy

    Annecy

    Le plateau des Glières

    Plateau des Glières, 1 400 mètres d’altitude, de grands pans de neige subsistent sur le plateau au pied des monts escarpés et bien plus enneigés. Les pistes de skis de fond croisent celles des marcheurs sur lequel se presse tout un petit monde en anoraks aux couleurs chamarrées qui se retrouve dans les anciennes fermes d’alpage transformées depuis en bars-restaurants servant fromage et charcuterie si fameux en Haute-Savoie.

    Le paysage est majestueux et l’atmosphère est douce. On en oublierait presque que ce plateau fut un haut lieu de la résistance durant la seconde guerre mondiale en 1943-1944. Difficile d’accès par les chemins, site idéal pour parachuter des armes, celles-ci étaient réceptionnées par les réseaux de résistance de la région jusqu’à ce que les Allemands se lassent et attaquent les Glières en mars 1944 avec des forces significatives faisant plus de 120 morts dans les rangs des maquisards.

    Un monument à leur mémoire est construit en 1973 par le sculpteur Emile Gilioli, inauguré par André Malraux, symbolisant le V de la victoire. Installés à la terrasse de « Chez Constance » dont la grand-mère nourrissait les résistants, souvenons-nous de ce moment d’histoire !

    Voir aussi

    Annecy

  • SIMON Claude, ‘Le cheval’.

    SIMON Claude, ‘Le cheval’.

    Sortie : 2015 (1958), Chez : Les éditions du Chemin de fer.

    Publié pour la première fois en 1958, ce roman de Claude Simon (1913-2005) parle du traumatisme des hommes de son temps qui ont vécu l’effondrement moral de l’Europe qui voit le fascisme y prendre le pouvoir dans les années 1930 et mener le continent à sa destruction au terme de la seconde guerre mondiale. Il a, de plus, perdu son père tué au cours de la guerre de 1914-1918. L’écrivain a fait son service militaire en 1934/1935, a voyagé ensuite, notamment en Espagne pour écrire sur la lutte à mort des Républicains contre le régime franquiste. Mobilisé en 1940, il est fait prisonnier par les Allemands en juin de la même année, s’évade, termine la guerre à Paris avant de mener son brillant destin d’écrivain qui le mènera jusqu’au prix Nobel de littérature en 1985.

    Ce court roman se déroule dans une unité de cavalerie (à cheval et non pas avec des chars), le narrateur, sans doute proche de Claude Simon lui-même, raconte les convois interminables de ces longues files de chevaux et de leurs cavaliers sur des routes improbables, souvent de nuit et sous une pluie glacée. Les dialogues entre les soldats sont courts, parfois légers dans cette atmosphère guerrière. Mais il n’y a pas de combats, seulement la possibilité de la mort qui rode. On ne sait pas où vont ces cavaliers. Ils ne le savent pas eux-mêmes, suivant le convoi qui, parfois, s’arrête de longs moments, comme lors d’un bouchon sur la route, avant de redémarrer lentement, sans doute vers Dunkerque et, pour les plus chanceux, une évacuation vers le Royaume Uni, ou vers de nouveaux combats dont ils sortiront morts, blessés ou prisonniers.

    Il y a des escales dans ce long cheminement vers l’inconnu. Parfois la troupe s’arrête dans un hameau où elle trouve un abri précaire dans des granges pour les hommes et les chevaux. Elle s’y mêle aussi à la vie des habitants qui continue. Les petits conflits locaux, des femmes qui passent et les émeuvent, des souvenirs de leur vie d’avant et des leurs laissés au village. Les guerriers partagent leur vie avec celles des chevaux qui les portent et leur sont indispensables. Une nuit l’un des chevaux, malade, agonise, couché sous un abri, veillé par les hommes qui ne sont pas complètement indifférents à sa fin. Il symbolise aussi la douloureuse défaite de l’armée française en cette année 1940.

    Avec ce récit Claude Simon a posé les bases de « La route des Flandres » qui sera publié en 1960. Son style est un merveilleux équilibre entre concision des thèmes et richesse des mots (le lecteur lambda doit régulièrement consulter son dictionnaire…). Le choix des termes et des phrases dénote comme la mélancolie de cet exode à travers un pays à la dérive. La camaraderie de soldats exilés est touchante malgré leur détachement face aux évènements. Nous sommes en pleine débâcle, mais on ressent comme une certaine douceur tragique dans cette atmosphère de pré-apocalypse.

    Sur leurs chevaux hagards les cavaliers-soldats parlent de Dieu !

  • GRANN David, ‘Les naufragés du Wager’.

    GRANN David, ‘Les naufragés du Wager’.

    Sortie : 2023, Chez : Editions du sous-sol.

    1740 : les royaumes d’Angleterre et d’Espagne se font la guerre pour leur conquêtes coloniales, une armada quitte Douvres pour passer la Cap Horn rattraper la flotte espagnole sur la côte pacifique du Chili. Le HMS Wager est l’un d’entre eux. Les conditions de vie à bord sont extrêmement dures, le scorbut fait des ravages, le commandement est autoritaire, les moyens de navigation sont hasardeux… la flotte anglaise est ravagée en tentant de passer le Horn et le HMS Wager s’échoue dans la tempête sur les rochers d’une île du Grand Sud. Les survivants se retrouvent sur une île rocheuse très inhospitalière dans ces latitudes.

    C’est une micro-société d’une centaine de personnes qui va se débattre pour survivre durant des mois. Les naufragés se battent contre les éléments qui sont en permanence déchaînés, certains s’élèvent contre la rigidité du règlement de la Marine de Sa Majesté qui continue à s’appliquer dans ce nouveau contexte, d’autres entrent en rébellion, des clans se constituent, se battent, se tuent et, finalement, vont mener deux tentatives séparées de retourner en Angleterre.

    Contre toute attente, certains vont réussir après des périples dantesques à rallier Londres où ils vont devoir rendre des comptes devant la justice royale et l’Amirauté qui veulent s’assurer que la discipline a été respectée, même aux antipodes, et que les coupables survivants, s’il y en a, seront châtiés. Certains écrivent et publient leurs aventures pour influencer l’opinion publique. Finalement les juges font preuve de clémence et préfèrent enterrer l’affaire avec diplomatie pour ne pas faire de vague en une période où l’Empire britannique veut affirmer sa domination sur les peuples du monde et la supériorité de sa cavillation sur celles des pays colonisés…

    Il s’agit d’une histoire vraie, célèbre dans l’histoire de la Marine royale et en Angleterre, que l’auteur a reconstituée à partir des archives. Les ressorts de la comédie humaine sont identiques au XVIIème et aujourd’hui. Autorité, rébellion, avidité, jalousie, individualisme, sens de l’intérêt général… tout est concentré dans ce microcosme insulaire aux conditions dramatiques, y compris une fin heureuse après l’épreuve pour certain. Un récit haletant qui se lit comme un polar.

  • A l’Hôtel de la Marine

    A l’Hôtel de la Marine

    Construit en 1748 sur la Place Louis XV, qui deviendra plus tard la Place de la Concorde, le futur Hôtel de la Marine est un bâtiment dédié au Garde-Meuble royal, organisme chargé de l’achat et de l’entretien du mobilier du roi. Il est ensuite le siège du ministère de la Marine pendant plus de 200 ans (la Kriegsmarine l’a même investit durant l’occupation allemande de la seconde guerre mondiale). Après le départ de son dernier occupant en 2015, le premier étage de l’hôtel a été magnifiquement rénové dans l’état où il était lorsqu’il avait la fonction de garde-meuble royal. C’est cette partie qui est ouverte à la visite avec un audio-guide légèrement infantilisant qui recrée des dialogues entre les personnages de l’époque au fur et à mesure du cheminement dans les pièces pour expliquer la destination de celles-ci : bureau, chambre, antichambre, salle-à-manger, etc.

    Tout n’est que dorures, lustres, boiseries et meubles précieux. Toute la magnificence de l’artisanat du XVIIIème siècle s’exprime face au majestueux spectacle de la place de la Concorde avec l’assemblée nationale comme horizon. On imagine que les maris du ministère de la marine qui étaient encore présents dans le bâtiment il y a dix ans devaient s’en disputer les bureaux La pièce d’angle place de la Concorde / rue Saint-Florentin, avec vue en enfilade sur la rue de Rivoli, était sans doute affectée à l’amiral tant son exposition est superbe.

    Un magnifique bâtiment historique !

  • Sur les chemins de la guerre au Proche-Orient

    Sur les chemins de la guerre au Proche-Orient

    Israël est en pleine campagne de bombardement de la bande de Gaza avec l’objectif de « détruire » le mouvement terroriste religieux Hamas qui a mené les attaques du 7 octobre qui ont fait environ 1 400 morts côté israélien en une journée. 360 000 réservistes ont été rappelés et l’armée israélienne est en train de masser des troupes en nombre important autour de la bande de Gaza où les autorités de Tel-Aviv annoncent une prochaine incursion, sans doute à hauts risques.

    La diaspora israélienne rejoint son pays et l’on voit des reportages télévisés où de jeunes israéliens rallier leur pays en déployant leur drapeau national et chantant l’hymne israélien avec enthousiasme. C’est un peu effrayant et rappelle les soldats français qui partaient au front en chantant en 1914. La guerre s’est terminée quatre ans plus tard avec un bilan de 18 millions de morts…

  • Un nouveau front ouvert en Israël

    Un nouveau front ouvert en Israël

    Le mouvement religieux Hamas qui détient le pouvoir dans la bande de Gaza et qui prône la disparition d’Israël a lancé une attaque significative contre Israël ce samedi 8 octobre. Des miliciens du mouvement ont franchi la frontière par air (à l’aide d’ailes volantes motorisées), par mer et, surtout, par terre pour commettre des exactions dans les villages et kibboutz alentour. Il apparait que les terroristes islamiques se sont déchaînés contre les civils qu’ils rencontraient les tuant, souvent dans des conditions barbares. Il y aurait plus de 1 000 morts israéliens et une centaine d’otages faits prisonniers et emmenés à Gaza.

    De façon assez incompréhensible, l’armée israélienne (« Tsahal ») semble avoir été débordée et en effectif insuffisant pour faire face à l’ennemi. Il lui a fallu 3 ou 4 jours pour reprendre le terrain et repousser l’ennemi. Dès le samedi, l’armée de l’air israélienne a déclenché une sévère campagne de bombardement, qui dure encore, contre cette bande de Gaza qui est un immense ghetto peuplé de 2,3 millions de palestiniens vivant dans des conditions impossibles. Ce minuscule territoire résulte de l’armistice de 1949 et a accueilli nombre des réfugiés palestiniens de l’époque qui ont fui la Palestine par suite de la création de l’Etat d’Israël en 1948 et de la guerre israélo-arabe qui s’en suivit. Elle a été occupée successivement par l’Egypte de 1948 à 1967, puis par Israël de 1967 (à la suite de la « Guerre des 6 jours ») à 2005, année où l’armée et les colons israéliens sont rapatriés à l’intérieur des frontières israéliennes reconnues par le droit international.

    Aucune des puissances occupantes n’a pu inverser le cours des choses dans ce territoire palestinien qui est devenu une marmite bouillonnante, non viable, sans aucun espoir d’avenir, terreau favorable au développement du terrorisme islamique. La non-application des accords de paix successifs et le désintérêt progressif de la cause palestinienne par le monde arabe a transformé cette question de Gaza en un problème insoluble. La communauté internationale est également impuissante, la décision initiale des Nations-Unies de 1947 d’un plan de partage de la Palestine prévoyant la création d’un Etat juif et d’un Etat arabe, n’a jamais pu être mise en œuvre, pas plus que les résolutions suivantes après différentes guerres. Le formidable espoir qu’avait causé le voyage en 1977 du président égyptien Sadate venu rendre visite en Israël au premier-ministre Menahem Begin s’est éteint avec l’assassinat de Sadate en 1981 par des terroristes islamiques égyptien. Il en reste tout de même l’accord de paix entre l’Egypte et Israël, qui tient toujours.

    Presque vingt ans plus tard, en 1993, sont signés les « accords d’Oslo » entre Israël et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) qui stipulent le retour aux décisions des Nations Unies (notamment la fameuse « résolution 242 » de 1967), c’est-à-dire, en gros, la solution à deux Etats…

    Les dirigeants israéliens expliquent que le pays est en guerre et que « le Hamas va être détruit ». Une offensive terrestre contre la bande de Gaza est en cours de préparation. On ne sait pas comment elle risque de se terminer, sans doute mal. Evidemment en ces temps de retour aux conflits de territoire sanglants (Ukraine, Haut-Karabagh, « Kurdistan » …) celui-ci est particulièrement malvenu. L’Occident soutient plutôt Israël et le « Sud global » plutôt la partie arabe. Bien entendu l’Occident est accusé de « double-standard » en acceptant les bombardements et le blocus de Gaza par Israël ainsi que la non-application du « droit international » prévoyant la création d’un Etat palestinien, alors qu’il conteste les bombardements russes en Ukraine en se rangeant derrière le droit international… Que l’on soit dans un camp ou l’autre, il est difficile de contester ce « deux poids, deux mesures ». Dans le monde d’aujourd’hui où les organisations internationales censées éviter ou régler les conflits par consensus ne sont plus vraiment opérationnelles, chacun choisit son camp en étant persuadé d’avoir raison au regard de ses propres normes morales et de gouvernance.

    Le problème est que ces normes que l’on pensait devenues universelles sous l’égide des Nations-Unies une fois révélés les horreurs du nazisme au cœur de la vieille Europe, ne le sont plus vraiment. En réalité chaque pays voit midi à sa porte et s’estime en droit d’agir (ou de se retenir) selon son propre système de valeurs. Le concept de droit de l’homme n’est pas le même à Moscou qu’à Berne, même si tous les pays ont plus ou moins adopté en 1948 la Déclaration universelle des droits de l’homme dans le cadre des Nations Unies. D’ailleurs, l’Union soviétique et le bloc de l’Est s’étaient abstenus lors du vote de 1948 contestant le principe d’universalité, l’Arabie saoudite s’est également abstenue en opposition à l’égalité homme-femme, Israël n’existait pas encore et n’a donc pas voté. On voit déjà qu’à l’époque de leur fondation les « droits de l’homme » n’avaient pas le même sens partout dans le monde. La situation n’a fait qu’empirer depuis.

    L’évolution de la situation du Proche-Orient marque un échec collectif cinglant au regard de toutes les tentatives de règlement qui ont échoué. Les différentes parties sont aujourd’gangrenées par les extrémistes religieux, les hommes de paix ont été éliminés : le président égyptien Sadate a été assassiné par des islamistes, le premier ministre israélien Yitzhak Rabin a été assassiné en 1992 par un extrémiste religieux juif pour son rôle actif dans les accords d’Oslo (il avait serré la main du Palestinien Yasser Arafat à Washington dans le cadre des accords d’Oslo) ! Les religions juive et musulmane sont instrumentalisées pour pousser à des comportements d’un autre âge.

    Les armes sont en train de parler une nouvelle fois. Pas facile de rester optimiste !

  • Le retour de Felix Dzerjinski à Moscou

    Le retour de Felix Dzerjinski à Moscou

    Après avoir réhabilité le drapeau rouge de l’Union soviétique pour l’armée russe, Moscou a inauguré une statue de Felix Dzerjinski (1877-1926). Il fut l’un des chefs majeurs de la révolution bolchévique de 1917 et fut chargé de mettre en place une police pour lutter contre « l’ennemi de l’intérieur ». Le moins que l’on puisse dire est qu’il s’est acquitté de sa tâche avec conscience et efficacité. Il a été l’un des organisateurs de la « terreur rouge » durant la guerre civile et a été à l’initiative de la création de la Tcheka, devenue Guepeou, l’ancêtre du KGB de sinistre mémoire, devenu FSB après la chute de l’URSS. Membre du comité central du parti communiste de l’URSS il serait mort d’une crise cardiaque à la suite d’une réunion de cette institution particulièrement agitée en juillet 1926. Une autre hypothèse parle d’un empoisonnement sur ordre de Staline.

    C’est sous son autorité que la police politique soviétique a mené sur une très grande échelle les déportations et exécutions de masse. Il est coresponsable de dizaines de millions de morts et fut l’un des piliers sur lequel Staline assis la terreur soviétique dont les conséquences sont toujours visibles aujourd’hui. Sa statue a longtemps trôné Moscou devant le siège du KGB sur la place Loubianka. Après la dissolution de l’URSS en 1991 il a été estimé plus décent de déboulonner cette statue.

    Les années 2000 voient le retour à l’idéologie soviétique en Russie comme dans certains pays de son pré-carré sur fond d’antioccidentalisme. La guerre menée en Ukraine par Moscou depuis février 2022 s’accompagne d’une féroce campagne de retour aux idées et aux pratiques d’antan. C’est ainsi qu’une copie de la statue de la Loubianka vient d’être rétablie dans un quartier plus « discret » de Moscou. Dzerjinski peut être comparé dans l’histoire au Himmler du régime nazi, le réhabiliter dans sa « gloire » est un acte qui en dit long sur la volonté de Moscou de revenir en arrière.

    Lire aussi : Retour en fanfare de la faucille et du marteau à Moscou

  • LFI révise son histoire de France

    LFI révise son histoire de France

    L’union de la gauche issue des élections législatives de 2022, dénommée « Nouvelle union populaire, écologique et sociale » (NUPES), dont on ne sait toujours pas s’il faut prononcer « Nupesses » ou « Nupss », est en train de se déchirer entre son parti principal, La France Insoumise (LFI) dirigée par Jean-Luc Mélanchon et « coordonnée » par Manuel Bompart, se distingue par le niveau de ses injures tous azimuts, y compris contre les autres partis composant cette nouvelle union.

    Ces derniers temps c’est le chef du parti communiste français (NUPES), Fabien Roussel, qui est la cible privilégiée des attaques du clan LFI. Il vient récemment d’être comparé à Jacques Doriot par Sophia Chikirou, députée LFI et actuellement empêtrée dans des affaires financières de surfacturation de prestations effectuées par sa boutique de « communication » à LFI. Un peu lassé de se faire insulter par l’état-major de LFI, Roussel s’achemine sans doute vers la sortie du PCF de la NUPES. C’est à cette occasion que Mme. Chikirou l’a comparé à Doriot (1898-1945).

    Sans doute pas grand monde dans l’électorat de la NUPES ne sait qui est ce Monsieur Doriot. Les plus jeunes apprendront à cette occasion que le garçon, après une valeureuse participation à la guerre de 1914-1918 il fut décoré de la Croix de guerre puis devient chef des Jeunesses communistes. A ce titre il séjourne deux ans en Union soviétique (1921 & 1922) où il prend fait et cause pour le parti bolchévique puis consacre son engagement à diffuser la bonne parole soviétique à travers les partis communistes européens. Puis il sera élu maire et député. Dans les années 1930 il va s’éloigner du communiste dont les grandes lignes sont arrêtées à Moscou, l’opposition portant sur la meilleure façon de lutter contre le fascisme qui montre son nez en Allemagne et risque de s’étendre dans les pays avoisinants. En 1934 il est exclu du PCF. Outré de cette sanction il va progressivement se rapprocher de l’Allemagne nazie par rejet du communisme. En 1936 il crée le Parti populaire français (PPF) qui prône la « révolution nationale » et le pacifisme. Mobilisé en 1940 sous le drapeau français il gagne une seconde Croix de guerre sur le front avant d’être démobilisé. Après la signature de l’armistice en juin 1940 il se rapproche du gouvernement de Pétain puis commence à sérieusement dériver vers la collaboration avec l’Allemagne jusqu’à porter l’uniforme allemand sur le front de l’est contre les soviétiques. Après le débarquement de 1944 en Normandie il fuit en Allemagne. Sa voiture est mitraillée par un avion en février 1945, il est tué. Il n’a jamais été établie clairement si l’avion était allemand ou allié.

    La comparaison Doriot/Roussel établie en toute délicatesse par Mme. Chikirou a dû faire particulièrement plaisir au récipiendaire de l’insulte. Même si Fabien Roussel en tant que patron du PCF doit aussi assumer une lointaine responsabilité des errements du parti communiste durant la seconde guerre mondiale, le comparer à Jacques Doriot qui a porté l’uniforme de la Wehrmacht durant cette guerre manque pour le moins d’empathie et de subtilité. Cela marque les comportements des élus LFI qui ont rallié en force l’assemblée nationale après les élections législatives de 2022 avec plus de 140 députés dont 72 pour LFI qui se sont illustrés par leurs tentatives multiples de blocages institutionnels, insultes proférées à la tribune et dans les couloirs, chahuts divers, bref, des comportements de gougnafiers dans l’un des palais de la République qu’ils contestent puisqu’ils veulent en créer un VIème, sans doute à leur image.

    Ainsi va la vie démocratique, ils ont été élus régulièrement, alors ils siègent et utilisent toutes les ficelles du système qui a été fondé sur la base de députés de bonne foi et non d’élus qui utilisent des méthodes de forbans pour nuire au fonctionnement fluide de l’assemblée nationale. Les concepteurs de la Vème République avaient une bonne anticipation de la capacité de nuisance des partis politiques qui, déjà, jouaient contre l’intérêt national sous la IVème, au bénéfice des combines partisanes, ont incorporé dans la constitution toute une série d’outils (article 49.3 entre autres) permettant de passer outre les blocages d’élus de mauvaise foi. Les insultes ou les références historiques douteuses peuvent être sanctionnées en application du règlement intérieur de l’assemblée, et elles le sont généralement, tant que LFI n’a pas la majorité dans l’assemblée…

    Si les électeurs ne veulent plus de tels errements il suffit de ne plus voter pour de tels représentants. En attendant, ils sont là et prospèrent avec l’argent de la République.

  • VEIL Simone, ‘ L’Aube à Birkenau’.

    VEIL Simone, ‘ L’Aube à Birkenau’.

    Sortie : 2019, Chez : POCKET 18395.

    Récit recueilli par David Teboul (cinéaste-photographe)

    Simone Veil (1927-2017), magistrate et femme politique française du quatrième quart du XXème siècle, fut surtout une femme au destin des plus singulier. Simone Jacob de son nom de jeune fille est issue d’une famille juive non pratiquante, « laïque », mais respectueuse de la tradition. Son père est architecte à Paris et sa mère est femme au foyer. Encore enfant la famille est confrontée à la crise de 1929 et s’installe à Nice pour essayer d’en atténuer les conséquences économiques sur le foyer. Adolescente elle voit monter le nazisme en Europe, l’antisémitisme s’aggraver, la guerre éclater et, finalement, elle est arrêtée avec une partie de sa famille, déportée en mars 1944 (elle a 17 ans), survit et en revient en mai 1945. Cette terrible épreuve la marque à tout jamais et explique sans doute en partie l’affection dont elle a bénéficié auprès des français même si peu d’entre eux ont réalisé l’ampleur du traumatisme de la déportation. L’épreuve et la perte des siens lui ont probablement donné cette hauteur de vue qui l’a distinguée du reste du monde politique auquel elle a participé un peu malgré elle.

    Elle a vécu dans un milieu aimant avec ses deux sœurs et son frère. Tous seront déportés et seules les trois sœurs reviendront vivantes. A partir des années 1970, alors que le voile commence à se lever sur la réalité de la Shoah et de la déportation en général, Mme. Veil s’implique personnellement dans la transmission de cette histoire en participant à nombre de débats et de visites pédagogiques ou officielles à Auschwitz-Birkenau. Le récit fait à David Teboul revient calmement sur cette progressive descente aux enfers, de sa petite enfance heureuse au cœur d’une famille qui croyait plus que tout à la protection de la République française sur tous ses citoyens et qui n’envisagea pas un instant de fuir devant la montée de la barbarie.

    Par une effet d’un heureux hasard, Simone put rester durant toute sa déportation avec sa mère et sa sœur aînée Milou, participant toutes les trois aux « marches de la mort » lorsque les allemands évacuèrent Birkenau devant l’avancée de troupes soviétiques. Sa mère ne résistât pas à l’épuisement et à la maladie, mourut à Bergen-Belsen. Sa sœur aînée Milou, bien très malade réussit à survivre et à revenir. Le dévouement de la mère pour ses deux filles est racontée de façon bouleversante par Simone, son inquiétude, son optimisme et son sens du sacrifice pour que ses filles « s’en sortent ». Son décès dans la misère des camps est une épreuve dont cette gamine de 17 ans ne s’est jamais vraiment remise et dont elle parle toujours avec une grande émotion. Son père et son frère déporté en Lituanie ne revinrent jamais sans que l’on connaisse les conditions précises de leur assassinat. Sa sœur Denise, engagée dans la résistance, rentrera vivante de Ravensbrück. Elle est décédée en 2013 à Paris. Milou est morte dans un accident de voiture en 1952, nouveau traumatisme pour Simone qui en avait fait sa mère de substitution.

    Le récit est complété par des rencontres-dialogues provoquées par Teboul entre Simone et sa sœur Denise (1924-2013), Simone et Marcelline Loridan-Ivens (1928-2018), compagne de déportation et amie intime de Simone, Simone et Paul Schaffer (1924-2020) rencontré à Birkenau et avec qui un dialogue s’engage sur l’éternelle question de savoir pourquoi les alliés n’ont pas mis fin à l’holocauste en cours alors qu’ils en étaient informés, au moins à partir de 1943, sinon avant ? Simone Veil est mesurée et perspicace, comme souvent, dans son analyse et avance que la priorité des alliés était de gagner la guerre le plus vite possible, pas de se préoccuper de la situation des déportés. Paul Schaffer avance au contraire que les dirigeants occidentaux ont craint de disperser la force militaire pour « sauver des juifs » ce que leurs électeurs leur auraient ensuite reproché…

    Avec Marcelline Loridan-Ivens on découvre leur vraie complicité quand, sur le lit conjugal de Simone avenue Vauban, elle fume des joints en compagnie de l’auteur… avant que Simone n’ouvre en catastrophe la fenêtre pour aérer les odeurs de cannabis, son mari ayant téléphoné pour annoncer qu’il rentrait une demi-heure plus tard. Nous sommes dans les années 2000, Simone a plus de 70 ans et Marcelline tout autant. Elles sont toutes deux le jour et la nuit, l’une magistrate et ministre, l’autre artiste écrivaine-réalisatrice mais leur proximité forgée à Auschwitz ne se démentira jamais comme celle entretenue avec tous ses camarades de déportations, dont les « filles de Birkenau » comme les appelle Loridan-Ivans. Ensemble elles ont survécu à la mort et la déshumanisation des camps d’extermination allemands, personne ne peut d’après-elles même imaginer ce que fut cette barbarie. Le secret de cette terrible expérience elles eurent besoin de le retrouver entre elles leur vie durant ce qu’elles firent avec constance et une profonde solidarité jamais démentie.

    Lire aussi : LORIDAN-IVENS Marceline, ‘L’amour après’.

    Alors qu’elle était ministre de la santé en charge de la loi sur la légalisation de l’avortement en 1974 elle est l’objet d’insultes de la part de la droite dont certains représentants (Jacques Médecin notamment) assimilent l’avortement à des pratiques nazis, faisant référence aux fours crématoires, particulièrement subtil alors qu’ils s’adressent à une ancienne déportée… Elle résiste avec dignité à ces comportements de basse fosse et la loi est adoptée faisant d’elle le parangon de la libération de la femme dans un genre apaisé et intelligent.

    Cette génération de celles et ceux qui furent enfants dans les camps dans les années 1940 a presque disparu maintenant. Ce sont les derniers témoins de la barbarie totale qui a sévit sur notre vieille Europe à qui cet émouvant récit redonne une dernière fois la parole !

    Lire aussi :
    Delbo Charlotte, ‘Auschwitz et après – III. Mesure de nos jours’.
    Delbo Charlotte, ‘Auschwitz et après – II. Une connaissance inutile’.
    Delbo Charlotte, ‘Auschwitz et après – I. Aucun de nous ne reviendra’.

  • PEYREFITTE Alain, ‘C’était de Gaule 2/3 « La France reprend sa place dans le monde »‘.

    PEYREFITTE Alain, ‘C’était de Gaule 2/3 « La France reprend sa place dans le monde »‘.

    Sortie : 1997, Chez : Editions de Fallois / Fayard.

    C’est le deuxième tome des trois rédigés par Alain Peyrefitte (1925-1999), homme politique et écrivain, qui fut ministre de l’information et porte-parole du gouvernement à partir de 1962 pour cinq ans avant de poursuivre une carrière ministérielle jusqu’en 1981. C’est au titre du porte-parolat du gouvernement de De Gaulle et qu’il aura des entretiens particuliers avec le Général après chaque conseil de ministres. En tant que ministre de l’information il était le seul autorisé à prendre des notes en conseil des ministres. Dès sa prise de fonction gouvernementale il décide de consigner pour l’Histoire tous ces entretiens qu’il publie dans les trois volumes de « C’était de Gaulle ».

    « Après avoir donné l’indépendance à nos colonies, nous allons prendre la nôtre »

    Ce volume commence par traiter de la politique d’indépendance vis-à-vis des Etats-Unis qui inspira de Gaulle tout au long de ses années de pouvoir : alliance, certainement oui, mais indépendance du commandement militaire français qui ne doit pas dépendre de Washington pour la défense de la France ; d’où le développement de la force nucléaire française et la sortie du commandement intégré de l’OTAN et à sa conséquence immédiate : le démantèlement des bases américaines présentes sur le sol français depuis l’après-guerre. Obnubilé par l’objectif de rétablir la grandeur de la France après le désastre de 1940 il est guidé par cette nécessité.

    La grandeur c’est le chemin qu’on prend pour se dépasser. Pour la France c’est de s’élever au-dessus d’elle-même, pour échapper à la médiocrité et se retrouver telle qu’elle a été dans ses meilleures périodes.

    22/03/1964

    « Il faut que les Américains s’en aillent »

    Il n’est pas certain que si « les soviets » envahissaient l’Europe les Etats-Unis viendraient automatiquement son secours, malgré les accords, alors il veut une France indépendante capable d’appuyer sur le bouton nucléaire toute seule et être ainsi sanctuarisée.

    Aujourd’hui, la guerre atomique remet en cause tous les engagements. Vous imaginez un Président des Etats-Unis prenant le risque de condamner à mort des dizaines de millions d’Américains en vertu d’un traité d’alliance ?
    Comment voulez-vous être sûr que le Président des Etats-Unis pressera sur le bouton, si le destin du peuple américain n’est pas directement menacé ? On peut être sûr du contraire.

    29/09/1963

    Les institutions

    Sa volonté d’indépendance s’élargit aussi à la fonction présidentielle qui doit être libre des querelles partisanes, d’où la modification de la constitution de 1962 pour établir l’élection du président au suffrage universel : « le pouvoir de doit dépendre d’aucun parti, y compris celui qui se réclame de moi. »

    Il règle au passage son sort au quinquennat mis en place en 2000 par l’un de ses lointains successeurs, Jacques Chirac :

    Le risque, si on fait coïncider l’élection présidentielle et l’élection législative, c’est que la Président devienne prisonnier de l’Assemblée, c’est-à-dire des partis. Les deux consultations, dans la foulée, résulteraient de combinaisons électorales. … Il n’y a pas forcément accord parfait entre la majorité qui a élu le Président et la majorité législative. Mais le Président doit pouvoir se tirer d’affaire tant qu’il n’est pas désavoué par le peuple.

    30/04/1963

    Dans l’atmosphère plus détendue de ses entretiens entre quatre yeux avec Peyrefitte, le général se laisse aller à quelques jugements définitifs, mais toujours clairvoyants, sur la presse notamment (« en réalité ce sont des décadents. Ils présentent toujours le côté catastrophique, misérable et lamentable des choses. C’est une tendance qui a toujours caractérisé les décadents ! »), l’Algérie indépendante, certains de ses collègues présidents d’autres pays, l’Eglise de France (« ce n’est pas le patriotisme qui l’étouffe. »), les partis politiques… C’est toujours succulent.

    François Mitterrand qui se présente aux élections présidentielles de 1965 en prend pour son grade lorsque de Gaulle raconte son passé vichiste (« Il avait travaillé pour Vichy avec tant de zèle que ça lui a valu la francisque. Il était entré dans ce corps d’élite. »), ou leur rencontre à Alger à l’hiver 1943-44 où le général lui propose de rejoindre une unité combattante, ce qu’il refuse. Il le qualifie de « Rastignac de la Nièvre » ou « d’arsouille ». Et alors que Mitterrand nommé secrétaire général intérimaire du ministère des Anciens combattants et Prisonniers (il s’est ensuite prétendu ministre) organise des manifestations à la libération pour obtenir la tête de son propre ministre (Henri Frénay), il est convoque par de Gaulle au ministère de la Guerre qui lui a laisse deux solutions : soit il n’est pas responsable des manifestations organisées par son mouvement et il exige sa démission immédiate, soit il est le chef et il signe immédiatement l’engagement aujourd’hui, sinon de Gaulle le met en état d’arrestation à la sortie de ce bureau. Mitterrand a opté pour la seconde alternative…

    « Il faut bien que l’intendance suive »

    En 1964, avec Giscard d’Estaing ministre des finances, il met en place un plan de stabilité destiné à rétablir l’équilibre du budget et de lutter contre l’inflation.

    La rigueur s’impose à tous. Ce n’est pas seulement un problème d’équilibre des dépenses et des recettes, mais il faut que la part de l’Etat dans l’économie soit contenue. Sinon on va non seulement vers une inflation proprement dite qui emporte la monnaie, mais vers une inflation du rôle de l’Etat au sein de la société. Nous avons atteint une limite qu’il ne faut pas dépasser. L’Etat doit veiller aux équilibres ; à plus forte raison, il ne doit pas lui-même mettre en danger l’équilibre par sa propre masse.

    02/04/1964

    A cette époque les prélèvements obligatoires représentaient 34% du PNB, elles en représentent aujourd’hui plus de 55%…


    Les autres thèmes abordés dans cette première moitié des années 1960 sont tous aussi passionnants : les premières actes postindépendance des anciennes colonies africaines, leurs coups d’état, les interventions militaires françaises pour y « remettre de l’ordre », l’Algérie bien sûr qui se débat dans ses contradictions internes tout en continuant à lorgner vers Paris, l’aide au développement à ces pays neufs, la communauté européenne à six membres et ses luttes intestines pour la défense des intérêts de chacun, la relation franco-allemande après le départ du Chancelier Adenauer et la signature du traité de l’Elysée, l’engagement américain au Vietnam qui s’intensifie, sans oublier les questions internes, la transformation de la France rurale, l’émergence du premier ministre Georges Pompidou qui succédera au général, tant d’autres sujets qui sont ceux d’un pays en pleine restructuration, dirigé par un homme de grande valeur.

    Ces conversations dévoilent un président conscient de sa valeur, sûr de ses objectifs dont la finesse d’analyse et de jugement inspirent de l’admiration, dont l’intelligence supérieure force le respect quand on le voit maîtriser de haute main des sujets dont il n’est pas si familier, et ne délaissant pas un humour dévastateur ce qui ne gâche pas les choses.

    Vivement le tome III.

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