Catégorie : Histoire

  • ALEXIEVITCH Svetlana, ‘La Fin de l’homme rouge’.

    Sortie : 2013, Chez : Actes Sud.

    Prix Nobel de littérature 2015 Svetlana Alexievitch écoute et raconte la vie de l’Homme sovieticus durant la période trouble du passage du communisme au capitalisme. La Fin de l’homme rouge est le récit captivant de la vie de citoyens nés en URSS et vivant en Russie.

    On y croise les vieux dont certains ont connu le goulag et Staline et sont déboussolés dans cet nouveau pays aux mœurs si libérales. Ils regrettent souvent leur Union soviétique d’avant même s’ils ont eu à en souffrir dans leur chair. Ils pensent avec nostalgie à l’enthousiasme naïf des foules pour la construction d’un monde nouveau, pour le patriotisme inculqué dans les mentalités jusqu’aux sacrifices démesurés de la seconde guerre mondiale, ils rêvent à ce « grand pays », cet « empire » qu’était l’URSS. Le plus souvent ils ont pardonné à Staline et au « système », surtout quand ils constatent le pillage généralisé et la perte de tout sens moral auquel a donné lieu la libéralisation de l’économie.

    On y découvre les jeunes nés avec Gorbatchev mais indécis devant l’anarchie capitaliste sauvage qui a saisi la Russie et la perte de grandeur et de valeurs de leur pays.

    On y vit « l’âme russe » toujours tiraillée entre drames et souffrance, larmes et violence. On a le cœur parfois serré devant les témoignages de guerre, de camps, vécus avec tant d’abnégation par des citoyens désabusés. On a l’âme parfois emportée par le romantisme de ce peuple qui a guidé de si nombreuses actions d’éclat.

    Le sentiment unanimement partagé de tous ces témoignages est celui d’un Empire inspiré par Lénine et Pouchkine, qui s’est brûlé les ailes en essayant d’approcher ses utopies pour devenir un pays où l’argent, le bling-bling et l’inculture ont pris le dessus. Chacun espère secrètement un changement et replonge dans ses rêves de « socialisme à visage humain », du moujik au fonctionnaire. Seul le pillard de la nomenklatura, généralement ancien responsable du parti, se satisfait de la situation actuelle, hautement instable.

    Svetlana Alexievitch transcrit ces discussions avec poésie et sensibilité. On imagine qu’elle le fait également de façon objective. C’est une plongée au cœur d’une population qui a toujours été mis au banc d’essai des idéologies les plus violentes, du totalitarisme soviétique au capitalisme débridé. Un grand peuple pour un destin incertain !

  • « Une jeunesse allemande » de Jean-Gabriel Périot

    Une-jeunesse-allemandeUne jeunesse allemande, un documentaire de Jean-Gabriel Périot sur le groupe terroriste allemand Fraction Armée Rouge, encore appelé la « bande à Baader » et qui défraya la chronique dans les années 70’ en même temps que les Brigades rouges en Italie et Action Directe en France. Ce furent les « années de plomb » dans une vieille Europe qui se débattait idéologiquement entre les lambeaux du marxisme et les joies du capitalisme, le tout dans une ambiance de guerre froide Est-Ouest et d’agitation étudiante soixante-huitarde.

    Basé uniquement sur des images d’archive, le film raconte la sidération du peuple allemand devant ces combattants d’un autre âge défendant le prolétariat et la lutte des classes par les armes. Andreas Baader, Ulrike Meinhof, Gudrun Ensslin, Holger Meins sont les enfants de la génération nazie, tous nés durant la seconde guerre mondiale (sauf Meinhof, plus âgée, née en 1934). Le père de Baader est mort en 1945 sur le front russe. Ils ont du mal à vivre ce lourd héritage, surtout quand ils voient nombre d’anciens nazis toujours aux commandes de la République fédérale, dont le chancelier Kiesinger de 1966 à 1969.

    Comme la jeunesse de cette époque ils s’interrogent sur les options idéologiques possibles, du marxisme au capitalisme, avec dans le cas particulier de l’Allemagne, 25 ans après l’ouverture des camps, le poids de la culpabilité nationale. Ulrike Meinhof était journaliste dans un journal de gauche plus ou moins communiste, participait à nombre de débats télévisés et radiophoniques, de ce fait des archives la concernant sont plus nombreuses que pour ses acolytes.

    Le documentaire montre l’évolution du groupe jusqu’à la prise des armes et l’action violente contre le système capitaliste dont ils sont très majoritairement issus. Le combat s’achèvera faute de combattants, la grande majorité des allemands étant plus tournée vers la prospérité renaissante que l’action révolutionnaire, même si une certaine intelligentsia apportait un soutien moral au groupe. Jean-Paul Sarthe rendit d’ailleurs une visite restée célèbre à Andreas Bader emprisonné dont la légende dit qu’il en ressortit en assénant un lapidaire « Ce qu’il est con ce Baader ! » mais il continua néanmoins à contester les conditions de haute sécurité dans lesquelles étaient détenus les membres du groupe mis à l’isolement total.

    Au total ce ne furent que quelques dizaines de citoyens allemands qui furent membres de la bande et bien moins encore qui participèrent à l’action violente. Ils reçurent un temps le soutien de palestiniens chez qui ils étaient bien sûr allés se former : un détournement d’avion de la Lufthansa par des terroristes moyen-orientaux réclamant la libération des prisonniers Baader-Meinhof se termina par un assaut à Mogadiscio et la libération des otages.

    La grande majorité des membres du groupe Baader-Meinhof sont morts en prison dans des conditions qui ne sont pas encore parfaitement établies, les hypothèses possibles alternant entre suicide collectif (version officielle) et assassinats d’Etat. Ulrike Meinhof est retrouvée pendue dans sa cellule le 8 mai 1976, Gudrun Ensslin dans les mêmes conditions le 18 octobre 1977, Andreas Baader une balle dans la tête le même jour (l’arme lui aurait été remise par son avocat) et Holger Meins était mort suite à une grève de la faim le 9 novembre 1974.

    Un film troublant sur une époque que l’on pensait révolue… Mais le terrorisme a réapparu aujourd’hui dans les conditions que l’on connaît. Seule l’idéologie a changé, on est passé de Marx à Dieu mais la dévastation est la même. La similitude entre ces deux dérives est d’ailleurs frappante : dans les deux cas les enfants d’une nation en viennent à répandre la mort parmi les leurs en se laissant emporter par des slogans idéologiques aboutissant à la déraison.

  • GENEVOIX Maurice, ‘Ceux de 14 (2/4) – Nuits de Guerre’.

    Sortie : 1950 (édition définitive), Chez Flammarion.

    Second volume de « Ceux de 14 », outre l’environnement des tranchées, Genevoix s’y attarde sur la vie des combattants lorsque relevés par d’autres, ils profitent d’un jour ou deux de répit dans un village quelques kilomètres en arrière de la ligne de front.

    Lorsque ces villages ont été épargnés par les canons boches les officiers trouvent parfois une chambre dans une maison encore habitée par des femmes et des vieux (tous les jeunes hommes ont été mobilisés). Les hommes du rang s’entassent dans les granges toujours plus accueillantes que les tranchées.

    Dans les maisons villageoises encore habitées c’est alors un peu de chaleur, un lit et parfois quelques bons repas partagés avec les habitants. C’est plus rarement un rejet. C’est souvent un repos dans des maisons en ruines ou dans des caves peu confortables mais au moins quelque peu éloignées des boches bien que rarement à l’abri de leurs canons et de leurs snipers. Ce sont quelques instants un peu plus calmes où l’on peut écrire un mot à sa famille, dépioter et partager un paquet reçu, souvent boire un bon coup…

    Parfois une journée de permission permet à l’un de ces soldats de faire un aller-retour dans son village lorsque celui-ci est proche du front. C’est alors l’émotion des retrouvailles avec une mère ou une fiancée, et puis toujours l’heure du retour au front revient !

    La encore Genevoix s’étend sur la camaraderie et la solidarité de ces hommes, au repos comme au combat, malgré la terrible adversité de cette époque.

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  • GENEVOIX Maurice, ‘Ceux de 14 (1/4) – Sous Verdun’.

    Sortie : 1950 (édition définitive), Chez Flammarion.

    Ecrivain du XXème siècle, Maurice Genevoix a été mobilisé en 1914, a combattu contre les « Boches » dans les tranchées, y a été gravement blessé et, surtout, dans les années qui ont suivi, a mis sa remarquable plume au service du témoignage de cette guerre aussi sanglante qu’absurde.

    Le livre premier y raconte la vie hallucinante dans les tranchées de Verdun où tout n’est que boue, eau, humidité et mitraille. D’ordres en contre-ordres les sections de fantassins vont et viennent d’une tranchée à l’autre, attaquent et comptent leurs morts, ou restent stoïques et comptent les heures qui passent avant la relève. Les « Boches » sont en face de l’autre coté des barbelés, parfois à quelques dizaines de mètres. Les collines se prennent et se perdent. Les artilleries dévastent le paysage et réduisent les hommes en bouillie.

    Et dans cette atmosphère morbide, Genevoix décrit la camaraderie émouvante qui unit ces soldats au cœur du désastre. Ils partagent la même haine du Boche même s’ils ne comprennent pas forcément les enjeux de cette guerre. En-a-t-elle d’ailleurs sinon la folie des hommes. Ils ont l’espoir de s’en sortir vivant et pas trop amochés. Alors lorsque tonnent les canons ils se partagent des petits riens au fond de leurs tranchées, écrasés par la peur, un peu de tabac, des souvenirs du village, quelques prunes cueillies dans un champs au détour d’une marche harassante d’un point à un autre…

    Ils sont « le Peuple du Front » dont Genevoix fut acteur et témoin. La dédicace de ce recueil de quatre volumes « Ceux de 14 » mentionne : « A mes camarades du 106. En fidélité à la mémoire des morts et au passé des survivants ».

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  • D’où a bien pu naître la femme ?

    Un débat théologique de fond est engagé pour savoir si la femme est née « de la côte d’Adam » ou « à côté d’Adam ». Certains spécialistes remettent en question la traduction de la bible qui est bien évidemment sujette à de sérieux doutes quand on sait que l’original a été écrit sur des supports qui n’ont pas survécu au temps. Le texte a donc été recopié à de multiples reprises au cours des siècles et traduit successivement en plusieurs langues. On imagine aisément combien il a été altéré au cours de ces différentes étapes.

    L’exemplaire en notre possession édité en 1949 par La Maison de la Bible sise à Genève stipule dans la Genèse :

    « Alors l’Eternel fit tomber un profond sommeil sur l’homme, qui s’endormit ; il prit une de ses côtes, et referma la chair à sa place. L’Eternel Dieu forma une femme de la côte qu’il avait prise de l’homme et il l’amena vers l’homme. Et l’homme dit : Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair ! on l’appellera femme, parce qu’elle a été prise de l’homme. C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair. »

    Les féministes affirment que cette rédaction a marqué le statut de la femme depuis 2 000 ans et explique sa domination par l’homme. Evidemment, si on croit que de pareilles sornettes aient pu influer le caractère humain, le fait que la femme serait née « à côté » d’Adam aurait pu changer la face du monde.

    En vérité, il est maintenant assez probable que l’homme et la femme soient nés de l’évolution d’une microscopique bactérie ayant traversé l’univers il y a des millions d’années, soit bien avant l’écriture de la bible. C’est ainsi ! Et quoi qu’il en soit, l’homme aurait dominé la femme car c’est ainsi que cela se passe dans la plupart des races animales. La grandeur de la race humaine est de se rendre compte de l’imperfection d’une telle domination et d’y mettre fin (très) progressivement.

    Laissons la bible à ses illusions et travaillons le sujet des inégalités sur la planète entre les humains, Dieu ne sera pas contre.

  • Les privilèges

    PDG_20150804C’est l’anniversaire de la nuit du 4 août 1789 au cours de laquelle les révolutionnaires français et leur assemblée constituante ont aboli les droits et privilèges féodaux. La Butte-aux-Cailles fête l’évènement avec le parti de gauche et des « chansons révolutionnaires en yiddish », un hommage à Serge Torrano, cheminot militant communiste-libertaire décédé en début de cette année, etc. Le tout sur la place de la commune, beau programme ! Il reste encore des militants dans ce pays.

  • La reddition

    La reddition

    7 mai 1945, Jodl signe la reddition militaire de l’Allemagne à Reims. Les signataires conviennent de garder le secret jusqu’au 8 mai afin de laisser encore un peu de temps aux populations allemandes pour passer en zone alliée, de l’autre côté de ce qui sera bientôt le rideau de fer.

    Le lendemain à Berlin l’acte définitif est signé au quartier général soviétique par Keitel et une brochette de militaires nazis.

    C’est la fin d’un carnage qui aura fait plus de 50 millions de morts. C’est l’aboutissement d’une tragédie dans laquelle la vieille Europe s’est compromise d’une façon définitive et qui n’a pas fini de produire ses effets délétères.

    L’acte de reddition

  • Le centenaire d’un génocide en Arménie

    Après des années de lutte l’Arménie a réussi à faire reconnaître le génocide de son peuple en 1915 par l’Empire ottoman (environ 1,5 millions de morts) par la quasi-totalité de la planète, excepté la Turquie qui a succédé à l’Empire accusé. Le terme génocide est juridiquement bien cadré depuis l’extermination des juifs par les nazis. On passe du massacre de masse au génocide lorsqu’il y a une véritable intention politique de faire disparaître un groupe d’hommes pour raison ethnique, raciale ou religieuse. Il semble bien que le parti des Jeunes Turcs  et ses dirigeants aient eu cette intention en 1915.

    Le pouvoir actuel turc refuse d’admettre officiellement avoir commis un génocide. Il a fallu attendre le président Chirac et son discours du Vel d’Hiv en 1995 pour que la France officielle admette sa participation aux rafles nazies en 1942 (« La France, patrie des Lumières et des Droits de l’Homme, terre d’accueil et d’asile, la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à leurs bourreaux. »). Les pouvoirs qui s’étaient succédés à Paris depuis la libération n’avaient pas varié en affirmant unanimement, de de Gaulle à Mitterrand que « Vichy n’était pas la France ». Cette fiction a été nécessaire un moment pour reconstruire la Nation puis, le moment venu, la vérité connue de tous a pu être admise. Le déni du génocide arménien est un des éléments fondateurs de la Turquie moderne. Il tombera, un jour…

    La reconnaissance par le reste du Monde n’est pas allée de soi. La chute de l’Empire ottoman après la 1ère guerre mondiale, la deuxième guerre mondiale suivie de la guerre froide, n’y ont pas aidé. Les Etats-Nations avaient autres choses à faire. La communauté arménienne s’est battue avec conviction pour atteindre ce but, qui ne l’est encore que partiellement puisque la Turquie s’y refuse toujours formellement. Cette lutte a été appuyée par du terrorisme : ciblé avec les exécutions de dirigeants turcs dans les années 20, puis aveugle avec dans les années 80 des attentats comme ceux de l’Asala (Armée secrète arménienne de libération de l’Arménie) sur l’aéroport d’Orly en France qui tue 9 personnes au comptoir de Turkish Airlines. Le chef du commando a été arrêté, fait 17 ans de prison en France puis a été extradé vers l’Arménie et on ne parle sans doute plus de ces choses-là avec Erevan.

    Evidemment il s’agit aussi de religion : l’Arménie est chrétienne depuis des lustres, a été l’alliée des croisées, à l’origine d’une très riche Histoire, se targue de culture européenne, etc. L’Occident la regarde toujours avec affection.

    Alors aujourd’hui la communauté internationale se presse à Erevan, capitale de l’Arménie pour célébrer ce centenaire. L’Arménie est devenue véritablement indépendante en 1991 après la fin de l’Empire soviétique, pour immédiatement entrer en guerre contre l’Azerbaïdjan à cause de revendications territoriales. Pays enclavé, Erevan est fâché ou en guerre avec deux de ses pays frontaliers : la Turquie et l’Azerbaïdjan ; la frontière avec la Géorgie est en partie fermée pour cause de rébellion de la minorité arménienne de ce pays, et celle avec l’Iran fait 35 km. Au cœur d’une région à forte activité sismique, l’Arménie est régulièrement l’objet de tremblements de terre dévastateurs.

    Pas facile de survivre dans de telles conditions. On se demande si cette entité n’est pas condamnée à être baladée d’empires en catastrophes au gré des hasards de l’Histoire. Elle est pour le moment dans les mains de l’Empire des créanciers multilatéraux et bénéficie de la générosité d’une nombreuse diaspora à travers la planète. Idéalement il conviendrait qu’elle se réconcilie avec au moins un de ses voisins pour assurer son développement économique… mais ce n’est pas encore vraiment d’actualité.

  • Trébeurden en 1942…

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  • Le cinéma documentaire soviétique à la libération des camps

    ImpressionLe Mémorial de la Shoah expose un intéressant travail d’analyse historique de la filmographie soviétique de la deuxième guerre mondiale, plus particulièrement consacrée au récit des massacres commis par l’envahisseur allemand et la barbarie nazie qui s’est exprimée avec tant de sauvagerie au fur et à mesure de l’invasion vers l’Est.

    Manquant de matériel, soumis aux contraintes des besoins de la propagande soviétique, les caméramans russes sont quasiment les seuls à filmer la vérité des crimes de guerre allemands au fur et à mesure où l’armée rouge a repris du terrain vers l’Ouest après Stalingrad en 1942. Les alliés occidentaux les ont vues, mais plus tard.

    Les soviétiques ont découvert les charniers en Ukraine ou dans les pays baltes, ouverts un certain nombre de camps d’extermination, au besoin ils ont re-monté certaines scènes de libération avec des figurants quand il n’y avait pas de caméraman au moment opportun. Les images de la libération d’Auschwitz datent de deux ou trois jours après le véritable évènement.

    L’exposition explique l’ambiguïté de certaines utilisations d’images mais laissent entendre qu’il n’y a pas eu de manipulation de la vérité au-delà du fait que la judéité des victimes juives étaient cachée de même que l’engagement communistes d’autres victimes. La propagande soviétique ne voulait pas que le peuple ne se dise que cette guerre ne concernait que les juifs et les communistes, et ne se désintéresse du conflit. Pour impliquer l’ensemble de la population dans cette grande guerre patriotique, la propagande exploitait les images pour illustrer la barbarie des nazis contre les paisibles citoyens soviétiques, peu importait qu’ils soient communistes ou autre.

    La volonté soviétique était également, dès 1941, d’accumuler des preuves des crimes de guerre pour le jour de la victoire. Les nazis ont d’ailleurs pris conscience assez vite de l’énormité de leurs actes et voulut en détruire les preuves en déterrant les ossements des charniers pour les incinérer, en tuant immédiatement les prisonniers ayant participé à l’effacement de ces preuves, destruction des camps (Treblinka était revenu à l’état de forêt à la fin de la guerre…).

    Une partie de ces matériels cinématographiques a été présenté au tribunal de Nuremberg comme preuves à charge. L’exposition montre des extraits de ces films documentaires, mais aussi de fictions tournées peu après les évènements, de photos et de textes de l’époque.

  • 2ème Division Blindé

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    Le char de la 2ème division blindée qui a libéré Paris en 1945, décore toujours le carrefour de Bourg-la-Reine.

  • Duclos à Malakoff

    Duclos_MalakoffLa bonne vieille ville de Malakoff affiche fièrement son gymnase Jacques Duclos ! Rappelons pour les plus jeunes que Duclos fut un communiste invétéré, responsable du parti clandestin en France durant l’occupation alors que son patron Maurice Thorez, déserteur de l’armée française avait fui à Moscou. Elu de 1926 à sa mort en 1975, avec quelques éclipses, il a été de tous les combats du communisme français : blessé à Verdun durant la première guerre mondiale, soutien du pacte germano-soviétique en 1939, fuite en Suisse et déchéance de son mandat suite au refus de désavouer le pacte précité, fidélité jamais démentie à Staline, appui aux républicains espagnols, se fait soigner à Moscou, soutien l’URSS qui réprime en 1956 l’insurrection hongroise et en 1968 le printemps de Prague, membre actif du mouvement communiste international, éditorialiste à l’Humanité, opposant aux guerres coloniales françaises, à la déstanilisation, on en passe et de meilleurs !

    Il ne doit pas avoir beaucoup de lieux ou de monuments célébrant son nom. Le gymnase de Malakoff est discret.

  • Les Khmers rouges au tribunal de l’Histoire

    Les Khmers rouges au tribunal de l’Histoire

    Au Cambodge, les deux dirigeants khmers rouges survivants viennent d’être condamnés à la prison à perpétuité : Nuon Chea et Khieu Samphan. Ils ont respectivement 88 et 83 as, ont fait appel du jugement et ne passeront sans doute pas beaucoup de temps en prison. Le gouvernement cambodgien ne souhaite pas aller plus loin dans le jugement des responsables du génocide khmer. Il faut dire que le premier ministre est lui-même un ancien officier subalterne khmer rouge et que d’autres khmers rouges ont intégré l’administration du pays. Le tribunal mixte constitué entre l’Onu et la Cambodge pour juger de ce génocide avait déjà été très compliqué à mettre en œuvre.

    Après tout, restons en à ces deux personnages pour peu qu’ils soient effectivement condamnés afin de clôturer l’un des plus sinistres épisode politique et génocidaire de la seconde moitié du XXème siècle. Il est fascinant de voir comment ce malheureux petit pays a d’abord été copieusement bombardé par les forces américaines dans les années 60/70, en lutte contre le Vietnam du Nord communiste, puis s’est livré à l’expérience des Khmers Rouges pour quatre terribles années à partir d’avril 1975 avant d’être chassés du pouvoir par le Vietnam en 1979.

    Une clique d’intellectuels maoïsants, souvent formés dans les universités françaises (Khieu Samphan est diplômé de la Sorbonne), ont appliqué méthodiquement leur culture mao : vider les villes (dès le lendemain de leur installation aux commandes) et mettre les urbains dans les champs, créer l’Homme nouveau en expurgeant ses tendances bourgeoises à force de rééducation, massacre des récalcitrants, etc. Et tout ceci abouti au massacre de deux millions de personnes, un quart de la population, en quatre ans. Le tout sous le regard de la communauté internationale, plutôt indulgente, au début de l’expérience en tout cas. Comme toujours avec les régimes totalitaires, les Khmers Rouges arrivent à faire participer une partie du peuple à son propre génocide, c’est la caractéristique du Mal !

    Une partie de l’intelligentsia française (dans les années 70’s, Sartre est toujours très actif sur les restes de la Gauche Prolétarienne) fut intéressée par cette expérience que certains auraient voulu approcher en France. Même dans leurs rêves les plus fous, ils n’auraient pas imaginé un contexte plus parfait pour l’application d’un maoïsme pur et dur. Il s’en suit une coupable indulgence à l’encontre d’un régime qui s’avèrera génocidaire. Même Le Monde a chroniqué favorablement l’installation des Khmers Rouges au pouvoir.

    Il est vrai qu’il est toujours facile de refaire l’Histoire après coup. On ne pouvait pas, en 1975, parier sur le génocide. On pouvait en tout cas savoir qu’un gouvernement d’idéologues est toujours générateur de dérives, on le voit encore aujourd’hui, hélas ! Le plus terrible dans cette affaire est que les Khmers Rouges continuèrent des années durant à être reconnus comme seuls représentants officiels du Cambodge, même après leur chute, car la communauté occidentale ne voulait pas leur substituer un gouvernement mis en place par le Vietnam communiste…

    Le génocide Khmer est aussi un avatar de la lutte de l’époque contre le communisme international, d’où l’engagement américain (et de leurs alliés) au Vietnam. Le communisme s’est (presque totalement) effondré en 1989 mais cette victoire a été obtenue aux prix de sévères déroutes sur la planète, dont l’arrivée de pouvoirs communistes dans les années 70’s dans nombre de pays en Asie et en Afrique.

  • Delbo Charlotte, ‘Auschwitz et après – II. Une connaissance inutile’.

    Sortie : 1970, Chez : Les Editions de Minuit. Le tome 2 des 3 volumes de « Auschwitz et après ». Plus personnalisé que « Aucun de nous ne reviendra », l’auteur y parle d’elle et de ses compagnes, de leur vie de tous les jours, si tant que l’on puisse parler de vie à Auschwitz ou Ravensbrück. Leur volonté à continuer de vivre encore un jour de plus, leur touchante solidarité, l’objectif de ne pas s’effondrer, de garder leur mémoire pour ne pas « se perdre soi-même ». Le texte est entrecoupé de poèmes en prose sur les morts qui s’en vont, la beauté qui se dissous, l’ignominie des conditions de la survie…
    Et puis Georges est évoqué, ce mari à qui elle eut quelques minutes pour dire adieu dans une cellule de la prison de la Santé avant son exécution, puis son propre départ vers les camps pour faits de résistance.
    Ce journal se termine sur la sortie de Ravensbrück en avril 1945 lorsque que quelques milliers de survivantes sont remises à la Croix-Rouge suédoise, la difficulté qui déjà affleure de retourner au monde d’en dehors le camps, et un dernier poème « Prière aux vivants pour leur pardonner d’être vivants » :… Je reviens/ d’au-delà de la connaissance/ il faut maintenant désapprendre/ je vois bien qu’autrement/ je ne pourrais plus vivre.
    Une lecture glaçante qui rend muet de douleur et de respect devant ces martyrs de l’idéologie nazi.

  • Delbo Charlotte, ‘Auschwitz et après – III. Mesure de nos jours’.

    Sortie : 1971, Chez : Les Editions de Minuit. Sans doute le volume le plus bouleversant des trois tomes de « Auschwitz et après » ! Les deux premiers parlaient de l’horreur des camps et décrivaient l’instinct de survie de l’auteur. « Mesure de nos jours » raconte l’après, le retour à la vie normale, la gestion du souvenir dans un environnement de gens qui n’ont pas connu Auschwitz. L’étrange sentiment que l’expérience vécue vous a porté dans un monde à part de celui des humains et puis cette insondable amitié-solidarité avec celles qui en sont aussi revenues, et ce jusqu’à la fin des temps. Après les premiers jours du retour à Paris à la sortie de Ravensbrück, Charlotte Delbo parle, toujours avec cette douceur désespérée, de la vie d’après, la sienne et celles de certains de ses camarades, se mettant dans leur peau pour raconter. Celles qui se sont plongées dans l’hyperactivité, celles qui ont retrouvé une famille, celles qui n’en n’ont plus, celui qui a été accusé d’avoir trahi son réseau… Des tranches de vie de ces martyrs qui ont du continuer à exister quoi qu’il leur en ait couté. L’ineffaçable souvenir cauchemardesque de l’horreur qui marque le restant de leur vie.
    « Quand on a regardé la mort/ à prunelles nues/ c’est difficile de réapprendre/ à regarder les vivants/ aux prunelles opaques »
    « Ce que je veux dire quand je dis qu’ils ne comprennent pas, personne ne peut comprendre. Au moins doivent-ils savoir. »
    « Je ne suis pas vivante. Je suis morte à Auschwitz et personne ne le voit. »
    « Qu’il nous ait fallu une volonté surhumaine pour tenir et revenir, cela tout le monde le comprend. Mais la volonté qu’il nous fallu au retour pour revivre, personne n’en a idée. »

  • Génocides, ghettos et autres joyeusetés du siècle…

     

    Double expositions au Memorial de la Shoah sur les ghettos juifs durant la deuxième guerre mondiale et le génocide rwandais de 1994. A l’heure où l’Europe voit revenir au premier plan des partis extrémistes et nationalistes, ces rappels historiques ne font pas de mal. Mitterrand disait : « le nationalisme c’est la guerre » lors des guerres de Balkans des années 90’s. A méditer !

  • L’effondrement de l’Europe a commencé là

    Exposition sur les grilles du jardin du Luxembourg rue de Médicis de photos actuelles des champs de bataille de la 1ère guerre mondiale, y compris outre-mer. Les commentaires rappellent l’incroyable boucherie que fut cette guerre qui le début de l’effondrement de la vieille Europe dans sa propre barbarie.

    A voir sur https://www.fieldsofbattle1418.org/index.html

  • Privilégier le multilatéralisme

    C’est le vingtième anniversaire du génocide rwandais contre tes tutsis et le pouvoir en place continue à distiller les accusations contre la France qui aurait participé à la préparation et à l’exécution de ce terrible génocide rwandais contre les tutsis. On reste assez incrédules face à un tel soupçon : comment est-il même concevable que des français, qui plus est l’armée, aient pu massacrer des tutsis au bout de l’Afrique dans les années 90 ? Et pour quoi faire ?

    A défaut de preuves patentes d’une telle participation il reste avéré que la France a soutenu, y compris militairement, le gouvernement rwandais de l’époque dans le cadre d’accords de coopération comme notre pays a eu le tort d’en signer avec toute une palanquée de pays africains. Ce gouvernement était hutu, l’ethnie majoritaire, et sans doute mieux élu que bien dans bien d’autres pays du continent. La France avait-elle des indices que ce gouvernement, ou tout au moins sa frange extrémiste, concoctait l’extermination de sa minorité tutsi ? Cela parait difficile à imaginer. Les citoyens optimistes tableront plutôt sur une vaste incompétence du monde diplomatico-humanitaire qui n’a pas su anticiper ce génocide ni stopper quand il le fallait la coopération avec un Etat pré-génocidaire. Peut-être une partie plus réaliste de ces diplomates pensait pouvoir amener à une meilleure coopération entre hutus et tutsis ? Ils ont à tout le moins été bernés.

    La conclusion première de tout ceci est qu’il ne faudrait en aucun cas soutenir bilatéralement quelque régime que ce soit, au sud de Marseille ni à l’est de la ligne Oder-Neisse… mais laisser cette tâche aux institutions multilatérales pour au moins partager la responsabilité en cas de dérive. C’est plus facile à dire qu’à faire, parfois moins efficace. La gestion du démantèlement de la Yougoslavie a été menée au niveau multilatéral et européen, avec du bon et du tragique, mais sans doute de la moins mauvaise façon possible compte tenu des intérêts des différents Etats engagés : les français pro-serbes, les allemands pro-croates, les russes pro-salves, etc. Et finalement les principaux protagonistes de ces conflits fratricides se sont retrouvés à un moment ou à un autre devant la justice internationale.

    L’implication directe et bilatérale de la France hier au Rwanda, aujourd’hui au Mali ou en Centrafrique est une source de difficultés, peut-être pavée de bonnes intentions, mais des voies solitaires à éviter en cette époque mondialisée où n’importe quel tweet en 140 signes peut faire tomber un gouvernement et diffuser la rumeur.

  • Delbo Charlotte, ‘Auschwitz et après – I. Aucun de nous ne reviendra’.

    Sortie : 1970, Chez : Les Editions de Minuit. Un livre bouleversant de Charlotte Delbo, résistante communiste, déportée en 1943 à Auschwitz puis Ravensbrück avec un groupe de 230 femmes françaises déportées politiques dont 49 s’en sortiront, avec une obsession partagée : témoigner. C’est ce que fait Charlotte Delbo avec cet ouvrage tragique mais poétique, intemporel. C’est un long murmure sur l’horreur, il n’y a pas d’histoire, pas de personnage, juste quelques prénoms parfois évoqués. Les mots percutent pour dire ce que fut l’inhumanité de cette période terrible, la prose provoque le malaise et l’admiration du lecteur, il y a une pureté maléfique dans cette écriture. Avec ce livre court et simple on croit approcher l’insondable traumatisme moral et physique de ces déportés.

  • Grossman Vassili, ‘Vie et destin’.

    Sortie : 1962, Chez : Le Livre de Poche 30321. La suite (1 200 pages supplémentaires) de « Pour une juste cause » où l’on suit les pérégrinations de la famille Chapochnikov des ruines de Stalingrad en 1942 à Moscou, les aventures du commissaire politique aux armées Krymov, des champs de bataille aux cellules de la Loubianka, où l’on confronte les tireurs d’élite allemands et russes qui errent comme des loups dans Stalingrad dévastée, où l’on voit l’essence des partis totalitaires (nazi et communiste-staliniste) continuer à répandre leur venin même au cœur de l’enfer…
    Grossmann développe ici une analogie entre les totalitaismes acteurs morbides de cette deuxième guerre mondiale qui lui valut bien des critiques et l’interdiction de son livre en URSS. C’est sans doute seule la mort de Staline en 1953 qui l’a sauvé du goulag pour crime de lèse-majesté.
    Cette suite de deux romans est une œuvre majeur pour comprendre le Xxème siècle, une véritable épopée vécue par Grossmann qui était alors correspondant de guerre au plus près des combats.