Catégorie : Autres no-musique

  • Musée Van Gogh d’Amsterdam

    Musée Van Gogh d’Amsterdam

    Le parcours du peintre néerlandais (1853-1890), de la naissance à la folie, qui se termine par son suicide, est exposé dans le beau musée d’Amsterdam qui porte le nom de l’artiste. Il y est expliqué le travail acharné que Vincent a produit pour atteindre le sommet de son art et l’influence qu’il aura sur la peinture du XXème siècle. Sa technique de l’association des couleurs, son style en touches de peinture (le pointillisme), ses dessins, ses séries, ses autoportraits, ses évolutions, ses innombrables correspondances (beaucoup avec son frère Theo) sur son travail sont précisément relatés

    On y revient sur son talent et ses comportements. Le séjour de Gauguin à Arles en 1988 au terme duquel Vincent se découpe une oreille avant d’être interné ; il continue à peindre à l’hôpital où il retournera plusieurs fois, dont certaines, volontairement. La théorie psychanalytique établit une attirance homosexuelle de Van Gogh pour Gauguin qui, devant l’impossibilité de se réaliser, aurait abouti à cette mutilation pour offrir une partie de lui à celui qu’il aimait… Qui sait ?

    Son frère Theo le ramène ensuite à Auvers-sur-Oise en 1989 où il reçoit un coup de revolver dans l’épaule dont il mourra en quelques jours. A priori un suicide mais d’autres rumeurs courent sur un accident ou un homicide de deux enfants qui tiraient aux pigeons dans le coin. Théo qui était atteint de la syphilis meurt quelques mois plus tard. Juste avant la mort de Vincent il venait d’avoir un enfant qu’il avait appelé… Vincent. La psychanalyse élabore encore une théorie sur ce suicide, meurtre symbolique de l’enfant de Théo. Les deux frères sont enterrés côte-à-côte dans le cimetière d’Auvers

    L’audioguide du musée répète à plusieurs reprises que le talent de Vincent n’est pas le produit de sa folie mais plutôt le fruit d’un travail acharné et de son génie, comme si les Pays-Bas, très fiers de leur artiste national ne voulaient pas que sa réputation planétaire soit entachée par l’hypothèse de la folie. Il n’est probablement pas évident de séparer l’âme du pinceau, mais qu’importe, l’œuvre est devant nous !

    Évidemment cet important musée n’a pas eu les moyens de racheter toutes les toiles de Van Gogh dispersées à travers la planète mais en présente suffisamment, agrémentées de nombreux dessins, pour remplir les trois étages consacrés au peintre et édifier les visiteurs.

    https://www.vangoghmuseum.nl/en

  • « Gérard Garouste » au Centre Pompidou

    « Gérard Garouste » au Centre Pompidou

    Le Centre Pompidou expose une vaste rétrospective de Gérard Garouste, peintre-sculpteur-graveur français né en 1946. C’est l’occasion de survoler le parcours de cet artiste multicarte qui a produit tableaux, dessins, décors (aussi bien au Palace [boîte de nuit], que dans des cathédrales ou au palais de l’Elysée), sculpture et gravures.

    L’homme est aussi en proie à ses ombres comme l’illustrent ses toiles sombres, torturées, souvent difficilement compréhensibles pour le néophyte. Sujet à la bipolarité Garouste a fait des séjours en hôpital psychiatrique pour tenter d’y soigner ses maux, notamment une relation difficile avec son père qui eut une attitude douteuse durant la dernière guerre, participant à la spoliation de biens appartenant à des juifs. Il s’est aussi rapproché des religions, jusqu’à se convertir au judaïsme. Il apprit l’hébreu et illustra plusieurs éditions de l’Haggada le livre de Pessah, la pâque juive, dont des extraits sont exposés.

    Le visiteur sort troublé par cette exposition énigmatique qui traduit la complexité de l’artiste Garouste animé d’une inspiration perturbante guidée par sa maladie dont il donne l’impression de vouloir s’échapper par tous les chemins que lui permet une créativité débordante, elle-même sans doute aussi le produit de la bipolarité.

  • « Peuls du Sahel » de Pascal Maitre à l’Académie des Beaux-Arts

    « Peuls du Sahel » de Pascal Maitre à l’Académie des Beaux-Arts

    Pascal Maître, photographe né dans l’Indre en 1955, lauréat en 2020 du Prix de Photographie Marc Ladreit de Lacharrière, expose ses photos sur les Peuls entre le Niger, le Mali et le Burkina-Faso à l’académie des beaux-arts. Les clichés sont superbes et leur présentation est aussi politique qui explique pourquoi et comment les Peuls ont intégré le djihadisme pour en constituer l’essentiel des troupes au Sahel. Entremêlée avec la rébellion des Touaregs contre le pouvoir central au Mali qui dure depuis (au moins) les années 1970, cette population Peul forte d’environ 70 millions de personnes n’a jamais su tenu compte ni des frontières ni des Etats mais, surtout, majoritairement composée de d’éleveurs-nomades elle s’est opposée de tous temps aux populations sédentaires, souvent violemment.

    Ces comportements corporatistes, ajoutés à l’influence religieuse musulmane, en ont fait des recrues de choix pour le terrorisme islamique. Plutôt bons guerriers, ils constituaient les troupes de chocs de la Libye de Kadhafi. Après l’effondrement du régime de ce dernier à la suite de l’intervention occidentale, ils ont regagné le Sahel avec armes et bagages.

    Au Mali, le gouvernement a armé certaines populations, notamment les Dogons, les érigeant en milices pour lutter contre l’islamisme. Il s’en est suivi nombre de massacres, de vengeances et de contre-massacres qui durent toujours, souvent autant pour des raisons ancestrales et claniques que du fait du djihadisme. Dans un cas comme dans l’autre, le résultat est similaire et les pays où se déroulent ces conflits sont à la dérive.

    Derrière les couleurs de ses photos, Pascal Maitre explique la triste réalité de cette population Peul avec réalisme.

    Milice Dogon anti-islamique
  • « Sans filtre (Triangle of Sadness) » de Ruben Östlund

    « Sans filtre (Triangle of Sadness) » de Ruben Östlund

    La palme d’or du festival de Cannes 2022 du réalisateur suédois Ruben Östlund : une fable en trois actes sur le cynisme du monde capitaliste, la futilité de ses acteurs et l’inégalité régnant sur la planète entre le Nord et le Sud. Un couple (1 homme et 1 femme) de mannequins superficiels, elle est « influenceuses » c’est-à-dire vendeuse de vide et de sa bonne mine, se retrouvent passagers sur une croisière de luxe. Ils y rencontrent un vieux couple de britanniques enrichis par le business des mines anti-personnelles, un oligarque russe riche et clinquant recyclé avec succès dans le capitalisme, le capitaine du navire, alcoolique et marxiste… bref, un concentré de l’Occident arrogant, servi par une armée de serviteurs philippins.

    Le bateau est pris dans une tempête (acte II), attaqué par des pirates et quelques survivants échouent sur une île en principe « déserte » (acte III) où la responsable philippine des toilettes du bateau va prendre le pouvoir car la seule sachant pêcher et faire le feu. La conclusion du film n’est pas vraiment optimiste…

    Le film est drôle et grinçant, les images parfois crues, la critique de notre société et l’appel aux bons sentiments un peu faciles. Pas sûr que cette deuxième palme d’or délivrée au réalisateur suédois soit véritablement méritée, mais le film est de qualité.

  • « L’origine du mal » de Sébastien Marnier

    « L’origine du mal » de Sébastien Marnier

    Un film noir dans lequel toutes les perversions humaines possibles fermentent dans un huis-clos familial pesant au cœur d’une superbe demeure de l’île méditerranéenne Porquerolles, au large d’Hyères dans le Var. Un père handicapé et manipulateur, sa femme futile et langue de vipère, sa fille ambitieuse et voulant prendre sa place, sa petite fille seule à réaliser qu’elle vit dans une famille de cinglées et une servante malsaine et mystérieuse. Dans ce nid de serpents à sonnettes débarque une femme à double vie qui vient encore ajouter au danger qui rôde dans ce microcosme en putréfaction.

    Le spectateur sort un peu abasourdi de sa séance devant l’accumulation des dérèglements sur lequel est fondé le scénario qui relève parfois du traité de psychiatrie. Un film qu’on peut voir.

  • « Habibi, les révolutions de l’amour » à l’Institut du monde arabe (IMA)

    « Habibi, les révolutions de l’amour » à l’Institut du monde arabe (IMA)

    Une exposition dispensable organisée par l’IMA avec des œuvres d’artistes du Maghreb et du Moyen-Orient sur l’homosexualité, dans ces régions généralement peu favorables à ce type de sexualité souvent criminalisée. Il s’agit de photos, de dessins, de peintures, de vidéos, d’installations. Les auteurs résident souvent en France et confirment par ces œuvres que l’homosexualité existe aussi dans les pays arabes. Certains avaient des doutes mais la route est encore longue avant qu’elle ne soit acceptée comme en Occident !

  • « Edvard Munch. Un poème de vie, d’amour et de mort » au musée d’Orsay

    « Edvard Munch. Un poème de vie, d’amour et de mort » au musée d’Orsay

    Le peintre norvégien Edvard Munch (1863-1944) est exposé au musée d’Orsay, en collaboration avec le musée d’Oslo. On découvre toute l’ampleur d’un œuvre marquée par les angoisses du peintre si visible sur ses toiles. Outre le célèbre « Cri » dont on ne voit aujourd’hui que le dessin préalable, les tableaux relatent les interrogations et les souffrances de leur auteur. On apprend d’ailleurs que, sujet à la dépression, il fit un long séjour en hôpital psychiatrique. Des autoportraits aux portraits des siens, on voit des personnages torturés dont les visages sont soit dissous, juste marqués par leurs contours, soit hantés par des yeux exorbités qui mangent des faces tristes, les faisant ressembler à des têtes de mort coiffées de chapeaux haut-de-forme. La mort de sa mère alors qu’il n’avait que 5 ans, puis de sa jeune sœur, le traumatisent et l’inspirent. Les tableaux représentant le corps de sa sœur sur son lit de mort devant lequel la famille se recueille, décliné en plusieurs versions, sont bouleversants.

    Les personnages sont empreints d’une pesante tristesse, figés dans une immobilité parfois troublée par une sorte de fusion avec les éléments du paysage, végétation et nuages sont alors emportés dans un tourbillon vers un ailleurs incertain. Les paysages d’Europe du Nord, lorsqu’ils apparaissent, sont ceux de vastes étendues, souvent gelées, ajoutant à la beauté glaçante de ces tableaux.

    Une belle exposition pour un peintre important.

    L’entrée au musée est libre le premier dimanche de chaque mois, il est donc particulièrement fréquenté par une foule de smartphones derrière lesquels se massent les visiteurs. Il faut batailler pour se rapprocher des toiles. Pas toujours très agréable mais une bonne nouvelle quand même de constater l’affluence dans ce très beau et actif musée parisien.

  • « La Mer » exposition photographique de Yann Arthus Bertrand & Brian Skerry au Musée maritime de La Rochelle

    « La Mer » exposition photographique de Yann Arthus Bertrand & Brian Skerry au Musée maritime de La Rochelle

    Le sympathique musée de la Mer sur le port de La Rochelle expose de sublimes photos de la mer et de son environnement en danger, prises par Yann Arthus Bertrand et Brian Skerry. C’est un pêle-mêle de couleurs et de magnificence, du plus petit au gigantesque, des hommes et des poissons, de l’eau et de l’espace… Bien sûr, certaines photos illustrent tristement les raisons du combat mené par les deux photographes pour sauvegarder la planète, et plus particulièrement son élément liquide, à suivre sur https://www.goodplanet.org/fr/.

  • « Cancers » à la Cité des Sciences et de l’Industrie

    « Cancers » à la Cité des Sciences et de l’Industrie

    La maladie du cancer, vue sous toutes ses formes, exposée à la Cité des Sciences ; il y a de la technique médicale et biologique, de la sociologie, de l’humain et de l’histoire. C’est passionnant et transmis sous forme de vidéos thématiques et pédagogiques, d’interviews de scientifiques, de médecins et de patients mais aussi d’animations très claires faisant comprendre les mécanismes incroyablement pernicieux de ces cellules cancéreuses qui peuvent se développer dans l’organisme pour essayer de le tuer, ce qu’elles n’arrivent pas toujours à faire.

    Ces cellules sont programmées pour déconnecter les gènes habituellement chargés de bloquer la prolifération, de créer des canaux sanguins pour les alimenter, de contourner les barrières immunitaires qui, en principe, empêchent les agressions étrangères… Bref, on a une incroyable illustration de la malignité appliquée par ces corps unicellulaires microscopiques. C’est désarmant et pourrait presque faire croire au diable !

    Mais la créativité humaine n’est pas encore à court et l’on découvre des trésors d’inventivité déployés par la science pour combattre ce mal. Heureusement elle y parvient parfois. Des patients racontent leur parcours, parfois tragique, sur un mode dramatique ou rigolard, apportant la touche humaine nécessaire au centre de ce monde de combattants pour la survie.

  • « Ennio » de Giuseppe Tornatore

    « Ennio » de Giuseppe Tornatore

    Un très joli film documentaire sur le musicien italien Ennio Morricone (1928-2020) ; plutôt connu pour les bandes originales (BO) qu’il composa pour des films et qui sont devenues la bande-son des dernières décennies chez les cinéphiles et bien au-delà. Ce n’est sans doute pas la moindre de ses performances d’avoir écrit les musiques inoubliables de Pour une poignée de dollars, Il était une fois dans l’Ouest, Sacco et Vanzetti, Il était une fois en Amérique, Mission…

    Ennio voulait être médecin ; son père, trompettiste dans un groupe qui passait dans les cabarets de Rome, décida qu’il serait également trompettiste. Ainsi fut fait et Ennio, inscrit au conservatoire fit des études de musique classique poussées, sous l’aile protectrice du compositeur italien Petrassi, puis commença à vivre de sa musique. A défaut de pouvoir exploiter commercialement ses premières compositions classiques, il s’oriente vers les arrangements pour radios et télévisions, écrit quelques chansons avant sa grande rencontre avec son compatriote réalisateur Sergio Leone (1929-1989). La reconnaissance viendra rapidement et il composera des centaines de BO pour, entre autres, Bertolucci, Pasolini, Joffé, Malick, Tarentino, de Palma, Lautner… et tant d’autres. Il ne délaisse pas pour autant la composition classique et, dans les années 1990 il renoue avec la direction d’orchestre et dirige ses œuvres.

    Il a composé la musique de la célèbre Ballade de Sacco et Vanzetti dont le texte a été écrit par Joan Baez, est devenue un véritable hymne de la jeunesse des années 1970 engagée pour la lutte pour les droits civiques et contre la guerre menée par les Etats-Unis au Vietnam

    Le guide de ce documentaire est une interview, sans doute réalisée dans les dernières années de sa vie. Il y revient sur son parcours et ses rencontres, confortablement installé dans un appartement romain dont on devine toute l’élégance. Il décortique sa vie et le processus créatif qui lui permit d’écrire tant de monuments de la musique cinématographique en jouant sur les bruits de la vraie vie, la diversité des instrument (dont la flûte, manifestement l’un de ses préférés), l’art du contrepoint et l’inspiration de ses grand anciens (Bach). On sent au fond de lui une petite frustration d’avoir si bien réussi dans ce domaine qu’il n’ose qualifier de « mineur » mais il s’en fait une raison à la fin de sa carrière, d’autant plus que sa notoriété l’autorisa aussi à commettre des œuvres classiques.

    Ses propres mots sont complétés par les commentaires et appréciations de ses pairs, musiciens ou acteurs du monde cinématographique et culturel. On reconnaît notamment le rocker-poète américain Bruce Springsteen ainsi que Paul Simonon (ex-bassiste du groupe britannique The Clash).

    Nous sommes en Italie alors l’émotion est toujours palpable. Et nous sommes en présence d’un véritable musicien à l’infinie créativité qu’il a mise au service du média cinéma avec un immense brio.

  • « Rifkin’s Festival » de Woody Allen

    « Rifkin’s Festival » de Woody Allen

    Le dernier film, dispensable, de Woody Allen : l’histoire d’un mari d’un âge certain qui suit sa jeune épouse, assistante d’un réalisateur français, au festival du film de San-Sebastian en Espagne. Des idylles se nouent pour chacun des membres de ce coupe décalé. Ou comment l’amour durable déjà difficile à maintenir dans l’absolu, l’est encore plus dans la différence d’âge, et encore pire dans la superficialité du monde du cinéma. De jolies vues et couleurs de la cité espagnole sous le soleil !

  • Musée Albert-Kahn de Boulogne

    Musée Albert-Kahn de Boulogne

    Abraham Kahn (1860-1940) a réussi dans les affaires puis, fortune faîte, a lancé un projet philanthropique visionnaire : « Les archives de la planète » afin de constituer des bases de données (photographiques, cinématographiques et documentaires) sur un monde dont il pressentait que les transformations en cours rendraient bientôt caduques le style de vie, d’où sa volonté de documenter ce monde en disparition. Pour ce faire il finança des équipes de géographes et de reporters pour parcourir la planète et documenter le monde.

    Une partie de ce travail est exposée par le musée via un immense mur de petites images et, en grands formats, sur différents écrans où le visiteur peut faire défiler celles-ci par thèmes avec affichage de commentaires.

    Après ce parcours dans le passé, le très agréable parc offre un havre de paix et d’apaisement dans des jardins composés avec harmonie, en référence également à différentes régions du monde.

    Après la grave crise économique de 1929, Albert Kahn du mettre fin à ses activités philanthropiques par suite de sa mise en faillite. Heureusement son œuvre lui a survécu.

    Lire aussi : Paris 1910-1937 : Promenades dans les collections Albert-Kahn à la Cité de l’Architecture
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  • La Vallée aux Loups de Chateaubriand

    La Vallée aux Loups de Chateaubriand

    La Vallée aux Loups (Châtenay-Malabry), dans la chambre de Juliette Récamier au 1er étage de la maison que Chateaubriand occupa de 1807 à 1816, une historienne de l’art narre l’histoire de Juliette, princesse mondaine tenant salon culturel, qui avait Paris à ses pieds, et, surtout, Chateaubriand dans son cœur. Ils partagèrent l’amour puis une longue amitié. Il lui dédia ses Mémoires d’Outre-tombe. François-René, vicomte de Chateaubriand, grand séducteur, marié à une femme riche qu’il n’aimait pas mais qu’il respecta, avait aussi une sœur aînée Lucile, neurasthénique, avec laquelle il partageait un lien chaste mais fort et qui dédia sa vie à son frère cadet écrivain (elle se serait suicidé).

    Sous les cèdres du Liban centenaires plantés par Chateaubriand erre l’âme du grand auteur qui justement consacra les dix ans qu’il passa dans la vallée à entretenir son jardin et écrire une bonne partie de son œuvre.

    Lire aussi : La vallée de Chateaubriand
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  • « Decision to leave » de Park Chan-wook

    « Decision to leave » de Park Chan-wook

    Le magnifique film du réalisateur sud-coréen Park Chan-wook qui a reçu le prix de la mise en scène du festival de Cannes 2022 : « Decision to leave » ! Un policier aux brillants états de service se voit embarqué dans deux affaires de maris morts, peut-être assassinés, avec la même épouse, une immigrée chinoise en Corée au charme troublant et parfois venimeux. Les deux enquêtes vont être bousculées par le désir et l’amour qui interviendront de façon désynchronisée et jamais au bon moment pour le couple improbable de l’enquêteur et de la soupçonnée.

    Les acteurs de ces enquêtes amoureuses pratiquent le téléphone intelligent avec dextérité, laissant ou trackant traces et manipulations qui aboutiront finalement aux révélations menant à la vérité. La beauté et l’élégance du policier et de l’objet de son investigation amoureuse sont troublantes.

    La mise en scène est faite de tiroirs qui s’ouvrent les uns dans les autres avant que tout ne s’éclaire. Les prises de vue sont originales, à travers les yeux d’un mort, d’un téléphone mobile, de jumelles, du ciel et, finalement, de la marée qui monte emportant les espoirs d’une fin heureuse. Un excellent film à l’originalité asiatique

  • « Charles Camoin – Un fauve en liberté » au Musée de Montmartre

    « Charles Camoin – Un fauve en liberté » au Musée de Montmartre

    Une visite au charmant petit musée de Montmartre est toujours un délice. Dans un embrouillamini d’escaliers donnant sur de petites pièces d’exposition, il retrace l’histoire de ce quartier, annexé à Paris en 1860, qui fut un creuset de la peinture française jusqu’à l’entre-deux guerres où les artistes se déplacèrent vers Montparnasse, laissant la Butte Montmartre aux touristes et à Dalida.

    Picasso, Renoir, Utrillo, Braque… ont fréquenté les bistrots de la butte, le Bateau-Lavoir notamment où ils forgèrent leur créativité devant force verres d’absinthe. Le dernier étage d’un des deux bâtiments du musée abrite l’ancien atelier de Suzanne Valadon et son fils Maurice Utrillo. De la vaste verrière de la pièce on aperçoit la petite vigne de Montmartre et, à l’opposé, le cimetière du « village ».

    L’exposition temporaire est consacrée à Charles Camoin (1879-1965), peintre lumineux qui s’inspira des couleurs de Saint-Tropez et des atmosphères de Montmartre pour décliner son œuvre. Il resta fidèle à la Butte où il décède dans son atelier en 1965. Il devint également célèbre dans le milieu de la peinture pour des motifs juridiques : après avoir déchiré et jeté une partie de ses toiles en 1914, il s’aperçut que les débris avaient été reconstitués et les tableaux vendus par un marchand. Dans un arrêt célèbre, la Justice reconnaîtra la continuité de la propriété du peintre sur ces toiles reconstituées, inaugurant ainsi le droit de la propriété intellectuelle.

  • « Love Songs – Photographies de l’intime » à la Maison européenne de la photographie

    « Love Songs – Photographies de l’intime » à la Maison européenne de la photographie

    Intéressante exposition à la Maison européenne de la photographie (MEP) qui réunit des séries de quatorze photographes de différentes nationalités que l’on suit avec un casque gracieusement mis à disposition des spectateurs diffusant des chansons douces (ponctuées d’horripilantes publicités, nous sommes sur Youtube…), de Gainsbourg aux Cure.

    L’amour est représenté sous toutes ses formes : tragique lorsqu’il accompagne une amante japonaise mourante ; jeune et passionné (photo ci-dessus) entre deux artistes, elle japonaise, lui chinois ; violent lorsque mêlé à l’héroïne que s’injectent des adolescents des rues (Larry Clark) ; romantique lors d’une lune de miel asiatique…

    Mais c’est surtout leur amour présenté par des photographes de talents chacun avec ses yeux et selon sa mise en scène. On ne sait pas forcément ce qui relève de la mise en scène ou de l’intimité, mais qu’importe, le visiteur y trouve ce qu’il ressent et se réfère à sa propre histoire, au hasard de la déambulation dans les galeries.

    If you start making pictures about love, it’s impossible.
    But you can make pictures, and you can be in love.
    That way, people feel the authenticity of what you are doing.

    Emmet Gowin

    « Another Love Story »

    En se dirigeant vers la sortie une exposition complémentaire « Another Love Story » donne accès à un roman-photo composé de petits formats et de textes explicatifs raturés.

    C’est l’histoire d’une femme qui découvre que son amoureux mène une double vie avec une autre qu’elle contacte et qu’elle rencontre pour mettre fin à l’imposture. Elle-même photographe, elle recrute un modèle pour rejouer le parcours félon de son amoureux perdu. Malgré la peine, c’est une belle façon de mettre en scène cette déchirure en lui gardant un caractère léger.

  • « Mizrahim, les oubliés de la terre promise » de Michale Boganim

    « Mizrahim, les oubliés de la terre promise » de Michale Boganim

    Michale Boganim est issue d’une famille juive maroco-ukrainienne installée au Maroc. Dans les années 1950, le père, Charlie, décide d’émigrer vers Israël avec les siens. Michale y est née en 1977, à Haïfa. L’arrivée en « terre promise » est rude : le pays toujours entre deux guerres est à construire entre désert et mer Méditerranée, les juifs sépharades (venant d’Afrique du Nord) baptisés « Mizrahim », bien que majoritaires en nombre, sont plutôt mal considérés par les juifs aschkenazes (venant d’Europe centrale où ils ont affronté la Shoah) qui trustent le pouvoir et l’influence dans la nouvelle nation israélienne créée en 1948. Les Mizrahim sont installés en périphérie, sans qu’on leur demande vraiment leur avis, dans des villes dîtes « de développement », où ils sont censés travailler à la construction du pays dans des conditions de vie difficiles.

    Charlie militera pour tenter d’améliorer le sort des Mizrahim qui le révolte. Il est membre du mouvement des « Panthères Noires » israélien qui, sur le modèle de son jumeau américain, combat pour la reconnaissance des droits d’une communauté opprimée. Moins violent que son homologue noir-américain, le mouvement exercera quand même une influence politique en Israël avant de sombrer dans l’oubli. Finalement, la famille décide de reprendre la route de l’exil, cette fois-ci vers… la France, à Arcueil en région parisienne. Michale a 7 ans. Elle fera plus tard des études de philosophie et d’anthropologie (sous la direction de Jean Rouch).

    Le présent documentaire est mené sous la forme d’un road-movie suivant la route que refait Michale, avec sa propre fille de 6 ans, du Maroc à Israël puis Antony. Elle raconte ce périple en voix off, les espérances et désillusions de ceux qui l’ont suivi, de la génération de ses parents et des suivantes.

    Il s’agit bien sûr d’exil, de tout quitter pour une nouvelle vie qui n’est que rarement à la hauteur des attentes qui ont provoqué la difficile décision du départ, tout laisser derrière soi sans beaucoup d’espoir de retour. Mais il y a aussi ce concept un peu fou de « terre promise » qui a fait advenir tant de déceptions. De la Bible à la vraie vie, le fossé est parfois infranchissable. Le film nous fait repasser dans les différentes villes où fut trimballée la famille Boganim et, à chaque étape, s’exprime le sentiment d’exclusion des Mizrahim par les Achkénazes. Le plus fascinant est de voir la similitude des modes de vie entre ces sépharades élevés avant leur émigration vers Israël, depuis des générations, en terre arabe, avec les arabes israéliens, eux-aussi citoyens de seconde zone. Ils parlent les mêmes langues (l’arabe et l’hébreu), partagent la même allure physique, les mêmes habitudes alimentaires, écoutent la même musique… Ils auraient pu réussir à s’entendre pour, peut-être, bâtir une terre de paix en Israël. Hélas, les dogmes religieux et les ambitions politiques ont empêché cette réconciliation qui semblait possible, voire naturelle.

    Michale Boganim montre dans ce documentaire qu’il y a les rêves et puis il y a la « vraie vie » et celle-ci n’est que rarement à hauteur des premiers. Mais peut-être que seuls les rêves les plus fous poussent l’homme à se transcender avant, progressivement, de retomber dans une routine parfois mortifère ? La création d’Israël après la Shoah est à cet égard un modèle du genre !

    A sa mort, Charlie sera enterré à Jérusalem qu’il visitait chaque année depuis Antony. Seule la mort lui a permis, peut-être, de se réconcilier avec la « terre promise » pour y vivre un exil apaisé et définitif. Le film lui est dédié.

  • « A la rencontre du Petit Prince » au musée des Arts décoratifs

    « A la rencontre du Petit Prince » au musée des Arts décoratifs

    C’est une délicieuse plongée dans le monde romantique et philosophique d’Antoine de Saint-Exupéry, écrivain-pilote-explorateur-philosophe-rêveur, qu’offre cette exposition organisée par le musée des Arts décoratifs autour des manuscrits du Petit Prince conservés habituellement aux Etats-Unis d’Amérique, à New York où cette œuvre a été écrite durant les années de guerre (1942-43).

    L’exposition complète les manuscrits avec de nombreux documents familiaux dont les lettres à sa mère qui montrent Saint-Ex écrivant tous les jours à sa Maman, lui soumettant ses projets d’écrits et de dessins, s’impatientant lorsqu’elle ne lui répond pas assez vite… Il y a aussi de nombreux dessins et esquisses, des poèmes de jeunesse, on apprend également qu’enfant il voulait devenir poète plutôt qu’écrivain.

    Il y a surtout l’atmosphère si touchante, et doucement désespérée, de l’œuvre de Saint-Exupéry, une infinie humanité cachée derrière ce qui apparaît comme de la naïveté mais qui révèle en fait une véritable philosophie de la vie basée sur une observation avisée du monde et des hommes.

    Petite déception, l’accrochage du musée n’est pas optimal. Beaucoup de documents écrits sont exposés dans la pénombre, et pas toujours à une bonne hauteur, ce qui rend leur lecture malaisée. D’autre part, si les manuscrits, très raturés, sont reproduits et dactylographiés à côté des vitrines, ce n’est pas le cas de nombre d’autres documents qui sont difficiles à déchiffrer.

  • « Gallen-Kallela – Mythes et nature » au Musée Jacquemart-André

    « Gallen-Kallela – Mythes et nature » au Musée Jacquemart-André

    Les musées parisiens poursuivent leur cycle sur les peintres d’Europe du Nord, aujourd’hui : l’artiste finlandais Akseli Gallen-Kallela (1865-1931) au Musée Jacquemart-André. Inspiré par les mythes fondateurs de son pays il peint ceux-ci et soutient la nation finlandaise en pleine refondation contre une russification rampante. Il est aussi imprégné des paysages infinis du Grand Nord : les forêts sous la neige, le soleil de minuit reflété sur les lacs gelés, sa maison-atelier de Kalela perdue au milieu des bois…

    Ces peintures d’une nature gelée invitent à la méditation. Le visiteur ressent le grand froid et l’impassibilité de ces paysages vierges d’un monde inconnu en Europe de l’Ouest.

    Le lac Keitele, 1905

    Lire aussi : Albert Edelfelt (1854-1905) – Lumières de Finlande & « L’âge d’or de la peinture danoise (1801-1864) » au Petit Palais
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  • « Drive my car » de Ryusuke Hamaguchi

    « Drive my car » de Ryusuke Hamaguchi

    Un metteur en scène en vue monte « Oncle Vania » de Tchekhov, à Hiroshima. Une jeune femme est mise à sa disposition pour le conduire en voiture. Une étrange relation va s’établir entre eux au hasard des coïncidences de la préparation de la pièce. L’un et l’autre ont un passé douloureux en mémoire dont l’évocation va les rapprocher sans que l’amour ne les réunissent, sans doute trop de différence d’âge, certainement des origines socio-culturelles très éloignées.

    C’est une histoire de perte et de douleur, un récit sur la rédemption après la disparition d’êtres aimés ou détestés. C’est la tristesse et l’espoir qui va réunir ces deux personnages si touchants afin qu’ils arrivent à regarder vers le futur, chacun de leur côté.

    Evidemment, Hamagouchi, jeune cinéaste (43 ans) s’adresse à une clientèle cinéphile plutôt élitiste, film de 3 heures dans le contexte d’une pièce de Tchékhov jouée en japonais et en langage des signes coréen, mais les sentiments intimes évoqués sont universels. Peut-être aurait-il pu légèrement réduire la durée du film en résumant un peu plus dans le scénario les passages consacrés à la préparation d’ « Oncle Vania » ?