Catégorie : Autres no-musique

  • Décès de Miss Tic

    Décès de Miss Tic

    La célèbre grapheuse Miss Tic est morte ce 22 mai des suites d’une longue maladie. Elle nous a enchanté de ses pochoirs découverts au hasard des rues de Paris : des beautés pulpeuses qui affichent leur émancipation et leur sens de l’humour. Elles sont les avatars de cette artiste de rue crypto punk progressivement devenue l’égérie d’un monde urbain « branché ». Adieu Miss !

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  • « Varsovie 83, une affaire d’Etat » de Jan P. Matuszynski

    « Varsovie 83, une affaire d’Etat » de Jan P. Matuszynski

    Nous sommes en Pologne en 1983, le pays de l’Est le plus turbulent du bloc communiste, où la religion catholique a toujours aidé le peuple à lutter contre l’oppression marxiste un peu considérée comme l’antéchrist ! Basé sur une histoire vraie, le film détaille le processus de l’oppression dans lequel des forces de sécurité (la milice) se croient autorisées à toutes les pratiques non-démocratiques, les responsables de ces forces s’estimant investis de la mission divine de faire respecter l’ordre communiste quel qu’en soit le prix, en l’occurrence la mort d’un gamin « déviant » tabassé dans un commissariat par la milice.

    La machine répressive cherche alors à « régulariser » le crime pour l’attribuer à d’autres, ce qu’elle va réussir à faire avec un relatif mais incomplet succès. En 1983 la Pologne est déjà agitée de soubresauts démocratiques, attisés par la religiosité de la majorité de sa population mais la machine communiste est encore la plus forte à cette époque pour broyer les aspirations démocratiques d’une grande partie de sa population. Devant la publicité et l’émotion populaire provoquée par la mort violente de ce gamin, le pouvoir communiste en place se sent quand même obligé de se justifier, à défaut d’avoir pu cacher ce décès, la meilleure façon d’y arriver étant encore de faire porter le chapeau par un autre.

    Le film revient sur ce processus délétère du maquillage de la vérité, l’un des arts majeurs du communisme et des dictatures en général. Nous sommes en 1983, le communisme a encore quelques années à vivre et beaucoup y laisseront encore leur vie avant la « chute du Mur » et la débandade de l’idéologie afférente en Europe. On se souvient qu’il n’y eut pas d’intervention militaire du « grand frère » soviétique en Pologne lors des grandes contestations du communisme par le syndicat Solidarnosc. Le pouvoir polonais incarné par le général Jaruzelski décida de faire seul le travail de rétablissement de l’ordre et l’Union soviétique n’eut pas à intervenir directement comme elle le fit à Prague en 1968 par exemple.

    Ce fut peut-être encore pire en Pologne car ce sont des Polonais qui ont martyrisé d’autres Polonais. Les comptes n’ont jamais été vraiment soldés ni réglés dans ce pays que l’on voit de nouveau dériver vers les rivages dangereux de la « démocrature » tout en ayant choisi le camp occidental et l’abri financièrement rassurant de l’Union européenne. Le film illustre bien cette période trouble.

  • « THIS MUCH I KNOW TO BE TRUE – Nick Cave & Warren Ellis” de Andrew Dominik

    « THIS MUCH I KNOW TO BE TRUE – Nick Cave & Warren Ellis” de Andrew Dominik

    Nick Cave continue à mettre sa vie artistique en scène avec ce nouveau film « This is much I know to be true » tourné au printemps 2021. Il s’agit d’une prestation live avec son compère Warren Ellis, tournée dans une ancienne église transformée en studio, les peintures religieuses parent toujours les murs, l’intérieur du bâtiment a été dépouillé de tout élément architectural ou mobilier offrant ainsi un immense espace dédié à la prestation musicale. Au centre trône un piano à queue autour duquel se répartissent les deux musiciens. La scène est cernée par un grand cercle en rail sur lequel roulent des caméras. Des choristes et des cordes interviennent sur certains morceaux qui sont tous joués par nos deux compères : Nick au chant et au piano, Warren au violon ou au clavier. Ils interprètent des morceaux de « Ghosteen » (dont la tournée programmée en 2020 a été annulée pour cause de pandémie) et de « Carnage » .

    Lire aussi : Nick Cave & Warren Ellis – 2021/10/13 – Paris Salle Pleyel

    Le résultat est subtil, tout en inspiration, loin du monde matériel, tourné vers la magie qui inspire les grands artistes, et le tragique de la vie de Nick Cave. Voila qui compense quelque peu l’annulation de la tournée « Ghosteen » pour cause de pandémie et nous replonge dans la magie de la tournée « Carnage » l’an dernier.

    Nick Cave et son compère Warren Ellis continuent à mettre leur vie artistique en disques et en films, pour notre plus grand bonheur.

    Lire aussi : « 20 000 jours sur terre » de Iain Forsyth & Jane Pollard

  • Albert Edelfelt (1854-1905) – Lumières de Finlande

    Albert Edelfelt (1854-1905) – Lumières de Finlande

    Le Petit-Palais poursuit la découverte des peintres nordiques. Après son exposition sur L’âge d’or de la peinture danoise, le musée complète ce cycle nordique avec le peintre finnois Albert Edelfelt (1854-1905) qui fut à la fois un portraitiste hors pair de son époque et un naturaliste de grand talent.

    Installé à Paris durant quelques années il reste fidèle à sa Finlande natale où il retourne tous les ans et qui lui inspire de sublimes tableaux des rudes citoyens finlandais dans un environnement marin à la lumière merveilleuse. Certains tableaux sont tellement précis et lumineux qu’ils ont l’aspect d’une photo. Ils sont le fruit d’un très long travail et suivent parfois les d’aller-retours de l’artiste entre Paris et la Finlande pour qu’il puisse continuer à y travailler.

    Patriote sa vie durant, il illustra aussi les luttes de son pays contre les envahisseurs, notamment l’empire russe qui a toujours cherché à « russifier » sa patrie, et a d’ailleurs poursuivi cet objectif au XXème siècle. Un peintre et une œuvre intéressants.

  • « Les passagers de la nuit » de Mikhaël Hers

    « Les passagers de la nuit » de Mikhaël Hers

    Un film tendre et nostalgique de retour aux années 1980. L’histoire banale d’une mère (Charlotte Gainsbourg) de deux adolescents, cancer du sein, quittée par son mari, devant se recycler car n’ayant jamais travaillé et croisant la route d’une jeune femme junkie qu’elle accueille dans l’appartement familial qu’elle occupe en hauteur dans les tours parisiennes Beaugrenelle où elle va semer un peu d’amour et beaucoup de désolation.

    Avec son sourire désarmant Charlotte Gainsbourg joue à la perfection le rôle de la mère aimante et fragile, tendrement malmenée par ses ados qui tracent leur route, entre révolution et poésie. La reconstitution de l’époque est parfaite : bus à plateforme, poster des Dogs dans la chambre du fils, automobiles R16 sur les voies du berge pompidoliennes, téléphones à cadran, la bande son avec Lloy Cole et Television… Et tout se termine à peu près bien, sauf pour la junkie dont on ignore le sort final dont on peut craindre qu’il ne soit pas trop positif.  

    Un film est touchant !

  • « Contes du hasard & autres fantaisies » de Ryusuke Hamaguchi

    « Contes du hasard & autres fantaisies » de Ryusuke Hamaguchi

    Un film léger du cinéaste japonais Hamaguchi, coqueluche des bobos et des festivals de cinéma arty. Il est composé de trois scénettes séparées dans lesquelles des personnages s’entrechoquent avec les coïncidences de la vie et les surprises de l’amour. On y voit la séduction s’enrouler autour de la curiosité dans des environnements intimistes et les personnages qui se laisser porter par les hasards qu’ils ont eux-mêmes provoqués. C’est bien vu, agréablement joué et tout se termine généralement bien.

  • « Abd el-Kader » au Mucem

    « Abd el-Kader » au Mucem

    Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MUCEM), les pieds plongeant dans la rade de Marseille, la grande bleue scintillant sur les infrastructures arabisantes du bâtiment, quel autre grand personnage de l’histoire méditerranéenne pouvait mieux symboliser pour le musée cette attraction-répulsion des deux rives Nord et Sud de cette mer civilisatrice que la personne de l’Emir Abd el-Kader (1809-1883). Et quel puissant symbole de l’exposer au Mucem aux portes du Vieux Port de Marseille qualifiée par les Algériens eux-mêmes de « première ville arabe en venant de Paris ».

    Abd el-Kader est resté dans l’imaginaire franco-algérien comme un homme raisonnable, trahi par la France. Religieux certes, combattant l’invasion de 1830 de son pays par la France colonisatrice sans aucun doute, il accepta de signer des traités avec l’envahisseur français, reconnaissant son pouvoir sur l’Ouest algérien. Guerrier et administrateur, il remporte des succès militaires significatifs face à la brutalité de l’armée française du général Bugeaud notamment. Alors que Paris ne cesse de renier ses différents engagements en faveur de l’Emir, la guerre totale est menée contre lui qui doit finalement déposer les armes en 1847 contre la promesse de pouvoir s’exiler au Moyen-Orient.

    Un dernier reniement français empêche son exil vers l’Orient et il prend finalement la route de la prison (Toulon, Pau, puis Amboise) avec sa suite. Un courant d’intellectuels européens prend fait et cause pour lui et pousse Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III le libère en 1952 et lui octroie une pension annuelle. Il prend alors la route de la Turquie puis de la Syrie où il décédera en 1883.

    Cette exposition retrace de façon équilibrée le parcours de celui qui est devenu un héros de l’Algérie moderne, considéré par le pouvoir actuel en Algérie comme le véritable fondateur de l’Etat algérien. Descendant d’une famille de l’aristocratie religieuse soufi il s’est transformé en chef de guerre pour combattre l’envahisseur mais il n’échappa pas non plus à une certaine ambiguïté en négociant avec la France, ce qui continue à lui être reproché par certains extrémistes des deux bords de cette relation franco-algérienne si constamment houleuse 60 ans après l’indépendance.

    Voir aussi : Marseille – Cassis

  • « Les fantômes d’Orsay » de Sophie Calle

    « Les fantômes d’Orsay » de Sophie Calle

    Sophie Calle, toujours décalée, de nouveau surprenante, jamais à court d’idées auxquelles personne ne pense sauf cette artiste plutôt unique, née en 1953.

    A la fin des années 1979 la gare parisienne d’Orsay était désaffectée et promise à une transformation de qualité pour devenir ce très beau musée public d’Orsay. De passage devant cet immense bâtiment, Sophie Calle a forcé quelques portes pour se retrouver dans un ancien hôtel, lui aussi désaffecté, le « Palais d’Orsay », qui faisait partie intégrante de la gare au temps de sa splendeur. Cinq étages, les premiers commencent déjà à être occupés par ouvriers et architectes qui, progressivement, montent dans les étages. Sophie élit domicile dans la chambre « 501 » du cinquième étage où elle passe des journées de méditation plusieurs mois durant.

    Et dans cet environnement délabré, presque dévasté, par des années d’abandon, elle divague dans les chambres et les couloirs pour y recueillir les traces de ce que fut ce lieu du temps de son activité. Radiateurs arrachés, poignées de porte volées, tuyauterie coupées, moquettes vermoulues, plafonds écaillés, literies abandonnées, billets d’instructions données au gérant, fiches de séjour de clients inconnus ou connus (Marcel Déat), ou dont elle reconstitue la vie… Tout cet univers inspire l’imagination débridée de l’artiste qui cherche à reconstruire ce qui fut. Les objets de sa curiosité sont soit exposés eux-mêmes, soit sous forme de photographies, chacun assorti d’un cadre en haut duquel figure en encre noire leur description clinique et scientifique (forme, destination, composition…) puis, en encre bleue, une interprétation de ce qu’ils pourraient être dans un autre monde ou un autre temps. Les textes sont de l’archéologue Jean-Paul Demoule, en parfaite harmonie avec la douce folie de Sophie Calle.

    Quarante années plus tard, à l’occasion de la crise sanitaire qui ferme les musées, elle passe une nuit dans le musée d’Orsay. A l’emplacement de la chambre « 501 » est maintenant installé un ascenseur donnant accès aux bureaux administratifs du musée. Encore une occasion inespérée de construire des liens entre les anciennes fonctions du « Palais d’Orsay » et la nouvelle destination de ce même lieu !

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2017/11/exposition-sophie-calle-au-musee-de-la-chasse-et-de-la-nature/
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    Détective secrète du passé attentive à toutes les incongruités qui le composent, experte en observation des coïncidences de la vie, inventeuse de liens improbables entre les évènements et ceux qui les vivent, Sophie Calle nous régale encore de la mélancolique inventivité dont elle fait preuve dans cette exposition !

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2010/10/sophie-calle-rachel-monique-au-palais-de-tokyo/
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  • « Murina » de Antoneta Alamat Kusijanovic

    « Murina » de Antoneta Alamat Kusijanovic

    Un village croate perdu au bord de la mer Adriatique dans un décor de rêve, un chef de famille, ancien marin, nerveux et patriarcal, une femme soumise ancienne Miss Croatie et une fille jeune adulte Julija qui rêve d’ailleurs et se voit mal suivre la voie de sa mère dans ce pays qui n’est pas vraiment ouvert à la libération de la femme. Père et fille plongent ensemble pour chasser les murènes.

    Mais arrive un ami croate qui s’est enrichi et vit aux Etats-Unis. On apprend qu’il fut l’ancien patron du père, l’ancien amoureux de la femme. Julija n’est pas insensible à son charme et voit en lui la possibilité d’échapper à son enfermement familial fait d’autorité, de violence, de jalousie, de frustrations, et sans perspectives autres que la reproduction d’un système d’un autre âge. Même sous le ciel bleu il est des quotidiens qui ne soulèvent pas l’enthousiasme et la sérénité.

    Pas sûr que le scenario aurait été aussi réussi si la mer était moins bleue et les mensurations de Julija moins attrayantes.

  • « Seule la terre est éternelle » de François Busnel et Adrien Soland

    François Busnel, présentateur d’émission littéraire sur la télévision publique française, ami et admirateur du grand écrivain-poète américain Jim Harrison (1937-2016) a coréalisé et diffuse ce mois-ci un documentaire tourné sur son ami durant la dernière année de sa vie. C’est un film troublant qui montre Harrison physiquement à bout de souffle : se déplaçant avec peine, la bouche édentée, le cheveu hirsute, l’élocution difficile, je discours ralenti… pas sûr que ce fut le bon moment pour tourner ce documentaire qui ne donne pas une très bonne image de l’écrivain à ceux qui connaîtrait mal son œuvre.

    La caméra filme Harrison dans ses pérégrinations à travers le Nebraska, le Wyoming, l’Arizona, le Montana, le Michigan, bref, dans toute cette Amérique des grands espaces qui a tant inspiré l’auteur qui commente les montagnes, les rivières, les arbres qu’il aime tant et qui le rassure. Il parle du triste sort réservé aux Indiens natifs par les colonisateurs européens devenus américains, de son combat contre les serpents à sonnettes qui ont tué l’un de ses chiens… Il cite René Char comme sa fidèle épouse depuis 54 ans. Il parle de sa passion pour ce qui se mange… et se boit. Il aborde peu son œuvre elle-même, c’est dommage.

    Mais il faut retourner à cette œuvre grandiose et des romans qui sont de véritables épopées mêlant la nature « éternelle » aux personnalités complexes de ses héros dans l’Amérique contemporaine. Des tournages complémentaires étaient prévus au printemps 2016 mais Jim Harrison s’éteint le 26 mars de cette même année dans sa maison en Arizona.

  • « L’ombre du mensonge » de Bouli Lanners

    Phil, un vieux rocker belge se réfugie en Ecosse, sur une île désolée et magnifique, habitée par une communauté presbytérienne d’un genre plutôt rigoriste. Il y traite ses AVC à répétition dont l’un lui fera perdre la mémoire pour un temps dont Millie profitera pour le séduire au prix d’un stratagème basé sur son absence de souvenirs.

    Dans la beauté infinie et sauvage des paysages écossais cette étrange histoire d’amour va suivre son cours, même une fois la mémoire de Phil recouvrée et malgré la culpabilité de Millie, jusqu’au dernier AVC qui cette fois-ci sera final au terme d’une merveilleuse romance comme l’écrira Phil à Millie dans une lettre posthume.

    Le film questionne sur la mémoire et son influence sur nos actes, celle qui a disparu du fait de la maladie, celle que l’on fuit pour changer de vie, celle qu’on laisse après la mort aux êtres que l’on a aimés. Une très belle œuvre.

  • Raymond Depardon / Kamel Daoud. Son œil dans ma main. Algérie 1961-2019.

    Raymond Depardon / Kamel Daoud. Son œil dans ma main. Algérie 1961-2019.

    1961, la guerre d’Algérie est en train de se terminer, l’indépendance du pays est en cours de finalisation via les « accords d’Evian » qui seront signés le 18 mars 1962, les extrémistes pro-Algérie française de l’OAS (Organisation de l’Armée Secrète) se déchaînent et ensanglantent le pays comme la métropole, le FLN algérien (Front de Libération Nationale) n’est pas en reste, un jeune photographe de 19 ans est envoyé à Alger puis à Evian pour graver sur la pellicule ces instants historiques, il s’appelle Raymond Depardon.

    60 ans plus tard, alors qu’il retrouve ces clichés, il décide les publier dans le cadre d’une exposition partagée avec l’écrivain algérien Kamel Daoud (né en 1970) qui ajoute de très beaux textes à ces photos marquantes d’une époque qui s’évapore, celle d’une présence française dans ce pays du Maghreb après 130 années de colonisation dont certaines furent marquées par une violence insigne. En 2019, Daoud et Depardon reviendront à Alger et à Oran (la ville où réside Kamel Daoud) pour ajouter quelques photos contemporaines, également en noir et blanc, sur lesquelles seuls quelques panneaux publicitaires marquent un vrai changement d’époque.

    Les textes de Kamel Daoud ne sont pas des commentaires des clichés mais une longue méditation, inspirés par ceux-ci, sur le temps et l’histoire qui ont marqué tragiquement ce pays, ses habitants, ses héros et ses démons, le poids des pères fondateurs de l’Algérie qui ont obtenu l’indépendance à la force de l’épée et qui est parfois dur à porter pour la génération suivante, celle de Daoud.

    A ne pas manquer, un film documentaire à la fin de l’exposition réunissant les deux protagonistes qui y poursuivent leur dialogue dont la hauteur laisse incrédule face au niveau tellement déplorable de la relation politique franco-algérienne !

  • « Juifs d’Orient – Une histoire plurimillénaire » à L’institut du monde arabe

    Après une exposition consacrée au pèlerinage musulman de La Mecque en 2014 puis une autre dédiée aux chrétiens d’Orient en 2017, voici la dernière centrée sur la troisième religion monothéiste du monde arabe, retraçant l’histoire de la communauté juive d’Orient présente dans la région depuis la haute antiquité. De Jérusalem à Babylone, sous les empires romain comme grec, les juifs ont vécu autour de la Méditerranée, y ont déployé des centres de culture et de connaissance, déroulé les pages de la Torah et écrit celles du Talmud. Au gré des conquêtes ils ont dû s’adapter au pouvoir des princes, reconstruire les temples détruits et assurer la transmission de leur croyance.

    Nous sommes à l’Institut du monde arabe alors l’exposition est plutôt centrée sur la cohabitation des juifs à partir de la conquête musulmane à partir vu VIIème siècle. Bien sûr tout ce petit monde a cohabité dans les mêmes villes, commercé ensemble, parlé la même langue, traduit les mêmes textes, connu des périodes de guerre, d’autres de paix, mais en terre musulmane les chrétiens et les juifs vivaient sous le statut de « dhimmi » qui les considérait comme inférieurs même s’il leur procurait une protection juridique, statut un peu comparable à celui des « indigènes musulmans » octroyé par le colon français en Algérie.

    Au XIVème siècle, l’expulsion des juifs d’Espagne va entraîner la création des communautés juives « séfarades » qui prirent alors le chemin du Maghreb, de l’Empire ottoman ou de l’Europe. Les guerres coloniales du XIXème puis mondiales du XXème, ajoutées à l’antisémitisme persistant, vont encore entraîner des mouvements importants des populations juives. La plupart ont quitté le monde arabe et se sont retrouvées en Israël crée en 1948 ou dans d’autres pays, essentiellement occidentaux.

    Sont exposés nombre d’objets liés à cette culture juive et, pour la période plus récente, de photos des communautés et des monuments qu’elles ont érigés dans tout cet Orient « compliqué » La dernière partie de l’exposition est consacrée à la création de l’Etat d’Israël et ses conséquences dans la région : guerre de 1948 contre les arabes, expulsion des palestiniens (la « Nakba ») d’Israël, expulsion des juifs d’Egypte par Nasser, fuite des juifs d’Irak… Des vidéos reviennent sur les drames provoqués par tous ces exodes et leur brutalité.

    Dans une tentative un peu désespérée l’Institut du monde arabe cherche à montrer l’amitié indéfectible entre les peuples d’Orient quelque soit leur religion. C’est un peu naïf mais, heureusement, l’honnêteté historique avec laquelle a été réalisée cette exposition permet finalement au visiteur de comprendre qu’il s’agit plus d’une histoire de guerre de religions et d’exode que d’unité entre les peuples. Certes l’histoire est partagée, mais ces communautés faisaient « chambre à part » et parfois se séparaient dans la violence. Nous en sommes d’ailleurs toujours là !

  • M Shed Museum – Bristol

    Intéressant musée consacré à l’histoire de la vie à Bristol, ville portuaire du sud-ouest de l’Angleterre, dont l’économie prospéra aux XVIIème et XVIIIème siècles grâce à l’esclavage et de la colonisation, pas joli-joli mais bien relaté dans ce musée moderne et pédagogique. Edward Colston (1636-1721) est représentatif de cette période, il a toujours des rues et monuments à sa gloire dans Bristol mais sa statue a été déboulonnée et jetée dans le port en 2020 bien qu’il fut aussi un bienfaiteur de la ville au développement de laquelle il consacra une partie de ses richesses acquises avec le « commerce triangulaire ». Cette triste histoire explique aussi le caractère divers de sa population qui est particulièrement concernée par ce passé.

    Mais ce musée est aussi riche sur l’époque plus contemporaine de la ville, ses quartiers colorés, son développement industriel, ses innovations culturelles. Bristol est aussi et surtout la ville qui consacra le mouvement Trip-Hop avec les grapheurs (Banksy), les groupes Massive-Attack, Portishead, Tricky… qui ont inventé ce genre musical si spécifique, un tiers DJ, un tiers électronique et un tiers rock plus classique, fusionnant le rap, le jazz, le RnB en des tonalités sombres, des traitements de voix chanté-parlé, des nappes de claviers, des boucles et des samples, des basses surpuissantes sur des textes urbains. Leur présence ne saute pas aux yeux du visiteur lambda, mais leurs âmes planent au-dessus de la ville. En cherchant bien on trouve encore sur les murs de la ville quelques graphes signés de Banksy ou des siens.

    Dans le froid et l’humidité très britanniques des rues de Bristol en hiver, cette visite au M Shed réchauffe les cœurs et les corps.

  • Musée des Phares et Balises – Phare du Créac’h à Ouessant

    L’ancienne salle des machines du phare du Créac’h a été recyclée en un petit musée sur cette activité des « Phares et Balises » propre aux pays comme la France qui ont une importante longueur de côtes maritimes. Désormais alimenté par EDF, le phare n’a plus besoin de produire sa propre énergie, et encore moins celle de l’ile, ce qu’il fit jusque dans les années 1970.

    On voit dans le musée des films documentaires sur la vie des gardiens de phare à l’époque où il y en avait, des explications scientifiques sur la fameuse « lentille de Fresnel » (les souvenirs de classes de sciences physique remontent vaguement à la mémoire du visiteur) appliquée à la signalisation maritime, des exemplaires desdites lentilles et des souvenirs du temps où ces phares étaient habités. L’automatisation de ceux-ci et les aides modernes à la navigation ne les ont pas rendus inutiles. Ils continuent de briller, et pas seulement comme emblème du Finistère.

  • « Licorice pizza » de Paul Thomas Anderson

    Une jolie histoire d’amour dans le Los Angeles des années 1970 entre Gary (15 ans), étudiant joyeux et boutonneux suractif, et Alana (25 ans), assistante d’un photographe. Avant de se tomber dans les bras ils sont partenaires dans des business improbables, dont un magasin de waterbeds, puis de flippers. Gary regorge d’idées farfelues pour occuper un temps que ses études semblent lui laisser assez libre. Alana ne fait pas d’études, n’en a sans doute pas fait, et se laisse embarquer dans les projets de son cadet, puis tombera sous son charme

    Ce film drôle, léger et vif, se termine bien et sa musique est chapeautée par Johnny Greenwood, le génial guitariste-compositeur de Radiohead, ce qui ne gâche rien.

  • « Arthur Rambo » de Laurent Cantet

    Un film intéressant inspiré par un fait divers de 2016, l’histoire de Mehdi Meklat, jeune « beur » d’une vingtaine d’années, issue d’une famille modeste originaire « de la diversité », animateur du média « Bondy Blog », chroniqueur sur la radio publique, écrivain. Avec sa bande il diffuse avec énergie et enthousiasme le message d’une banlieue qui bouge et qui réussit. Happé par le tout Paris intello-progressiste qui adore ce modèle, jusqu’à ce qu’une série de tweets nauséabonds refassent surface. En même temps qu’il s’affichait dans le beau monde, notre héros publiait au début des années 2012 des messages antisémites, homophobes, négrophobes, islamophobes ou misogynes, bref, tout le monde y passait et dans un registre pour le moins sans limite.

    Le film montre la chute de Karim (Mehdi Meklat à la ville), d’autant plus brutale qu’elle se déroule en direct sur les réseaux dits « sociaux » sur lesquels grenouillent une jeunesse sans profondeur, un smartphone greffé à la main. L’histoire se termine sur la fuite du héros abandonné par son éditeur, sa fiancée, ses amis car il est devenu par trop radioactif. Karim meurt par où il a pêché. A l’écran comme dans la vraie vie Karim-Mehdi plaide le fait que son avatar « Arthur Rambo » (« Marcelin Deschamps » dans la vrai vie) n’est qu’un personnage fictif au travers duquel il « questionne la notion d’excès et la provocation »…

    Il est des choses qu’il vaudrait mieux ne pas penser, ou à tout le moins, si on les fait siennes, ne pas publier. Si on les formalise il faut en assumer la responsabilité et affronter l’immanquable polémique qui arrive lorsque l’on est un homme public. C’est ce qu’il a plus ou moins fait car il y a probablement dans Karim-Mehdi aussi une part sombre qui endosse plus ou moins consciemment les écrits de « Marcelin Deschamps ». Karim-Mehdi montre à quel point le talent peut être ravagé par une histoire personnelle trouble, un passé qui ne passe pas. Son dilemme relève sans doute de la psychologie. Sa réussite éphémère dans un milieu aussi prompt à l’accueillir qu’à le rejeter l’a empêché de prendre le contrôle de sa double personnalité qui a finalement explosé en plein envol !

  • « Alberto Giacometti – André Breton, Amitiés surréalistes » à l’Institut Giacometti

    « Alberto Giacometti – André Breton, Amitiés surréalistes » à l’Institut Giacometti

    L’atelier de Giacometti (1901-1966) était sis rue Hippolyte-Maindron dans le XIVème arrondissement de Paris. Revendu par sa veuve le lieu n’a plus de lien avec l’artiste ou sa famille mais une fondation à son nom est installée dans un magnifique hôtel particulier en style art-déco qui était utilisé par l’artiste-décorateur Paul Follot, rue Victor Schoelcher dans le même arrondissement, face au cimetière Montparnasse et à côté de la résidence où vécut Simone de Beauvoir, quelques numéros plus loin dans la même rue.

    Institut de recherche sur l’œuvre et la pensée de l’artiste qui a participé au groupe du Surréalisme emmené par André Breton. L’atelier de Giacometti de 23m² est reconstitué à l’entresol et les autres pièces offrent une intéressante diversité dans leur décoration, servent de présentoir pour certaines œuvres et de présentoirs pour des lettres, des dessins et des livres mêlant Breton et Giacometti et leur « amitié surréaliste ». Il y a également de grandes bibliothèques remplies des écrits du mouvement et de Giacometti ; elles sont en libre consultation pour les visiteurs.

    Evidemment, le surréalisme est une affaire de spécialistes. Le néophyte est rapidement dépassé par les concepts de ce mouvement poétique et artistique de l’entre-deux guerres définit par son leader Breton comme un :

    « …automatisme psychique pur, par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale… »

    Tout est dit…

    On suit les étapes du surréalisme auxquelles participa Giacometti de près ou de loin. Tout ce petit monde est évidemment traversé par la révolution bolchévique et l’avenir radieux offert par l’URSS de Staline. L’affaire Aragon vient agiter le groupe : le poète, compagnon de route du parti communiste français, écrit un poème laudateur au retour d’un voyage en URSS ce qui entraîne son exclusion des surréalistes. Giacometti lui-même fera l’objet d’une exclusion le jour où il voulut sculpter des têtes à ses statuts., un impardonnable retour vers la culture bourgeoise…

    Ces surréalistes furent des gens un peu étranges, les dialogues qu’ils maintinrent entre eux sont débridés mais on pressent qu’ils furent créatifs et annonciateurs de l’art contemporain. Eluard, Dali, Picasso, Giacometti, Miro, Ernst et bien d’autres ont approchés Breton et son mouvement. Avec de tels artistes, tout n’est sûrement pas à jeter dans le surréalisme même si l’on n’y comprend pas grand-chose !

    L’exposition aujourd’hui commence par ce dialogue exposé au-dessus de la reconstitution de l’atelier du sculpteur :

    Breton : qu’est-ce que l’art ?
    Giacometti : c’est une coquille blanche dans une cuvette d’eau.
    Breton : qu’est-ce que la tête ?
    Giacometti : c’est la naissance des seins.
    Breton : qu’est-ce que ton atelier ?
    Giacometti : ce sont deux petits pieds qui marchent.

  • « Pinault collection » à la Bourse de Commerce de Paris

    Passionné par l’art contemporain auquel il consacre une partie de sa fortune et de son temps, l’homme d’affaires breton François Pinault (85 ans) a investi l’ancienne bourse de commerce de Paris pour y exposer les artistes qu’il chérit. Un accord passé avec la mairie de Paris a permis à cette municipalité de racheter le bâtiment à son propriétaire de l’époque, la chambre de commerce et d’industrie, puis loué à Pinault pour 50 ans. Celui-ci a pris en charge les travaux de rénovation confiés à l’architecte japonais Tadao Andō et le résultat est intéressant avec la construction d’un vaste cylindre de béton qui cerne le rez-de-chaussée sous une magnifique verrière et une fresque en circonférence placée sous celle-ci symbolisant les différents continents du monde et le commerce mondialisé, notamment celui des colonies et de l’esclavage…

    Les expositions présentées sont évidemment contemporaines, voire très contemporaines ! Dans l’auditorium est projeté un film d’une interview de François Pinault qui fait par de l’émotion qu’il éprouve régulièrement devant les œuvres qu’il acquiert en espérant toujours que c’est celle de « demain matin » qui déclenchera la passion la plus profonde à faire partager à ses visiteurs qui restent parfois un peu dubitatifs devant ces œuvres.

    Il est éminemment sympathique que cet homme de business réinvestisse une partie de sa fortune dans l’art plutôt qu’à Wall-Street, ce qu’il doit faire aussi. Cette fonction de sponsor de l’art satisfait certainement aussi l’égo de son initiateur, le nombre de fois où le nom « Pinault » est cité ou écrit est impressionnant, mais c’est sans doute la rançon à payer pour le voir investir le secteur de l’art où les moyens de l’Etat sont plus limités.

    On voit aujourd’hui les œuvres de Bertrand Lavier, des objets exposés dans les vitrines du rez-de-chaussée, un aspirateur On voit aujourd’hui les œuvres de Bertrand Lavier, des objets exposés dans les vitrines du rez-de-chaussée, un aspirateur superposé sur une armure, un Karcher, un miroir obscurci par les traces d’un nettoyage au savon, etc. ; celles de l’Américain David Hammons : un panneau de basket converti en lustre, un tapis de sol constellé de tâches chewing-gum et présenté sur fond bleu-nuit comme s’il était une constellation de galaxies, trois chats (naturalisés) dormant au sommet de trois gigantesques tambours africains, etc. ; un film de Stan Douglas montrant le processus créatif de la composition d’une œuvre musicale jazz-funk-afrobeat durant six heures et dont les séquences sont projetées selon un classement déterminé par un ordinateur ; les photos noir-et-blanc du japonais Nobuyoshi Araki à qui la mort de sa femme semble avoir inspiré des clichés érotiques.

    Les toilettes du rez-de-chaussée sont « non binaires », trois portes s’offrent aux visiteurs : « H », « F » et « H/F ». Un médiateur guide les indécis.

  • « Finding Fella » d’Alex Gibney

    C’est un film documentaire de 2014 sur l’une des légendes de la musique africaine, Fela Kuti (1938-1997), né au Nigeria, dont l’action et l’influence ont largement dépassé le domaine culturel et débordé sur la sphère politique d’un pays malmené par des dictatures militaires et civiles, dévasté par la guerre civile du Biafra (1967-1970).

    Fela a créé le genre Afrobeat, sorte de fusion entre le jazz, de funk, pimenté d’inspiration africaine désordonnée. Ses chansons durent 30 minutes en moyenne, il joue du saxophone, chante et soliloque avec 20 danseuses sur scène et nombre de musiciens, fume des quantités astronomiques de cannabis et soulève l’enthousiasme des foules, d’abord au Nigeria, puis au travers de tournées mondiales.

    L’homme revendique haut et fort son africanité. Il ne quittera jamais Lagos, la capitale économique tentaculaire du Nigeria, où il fonde la « République de Kalakuta », une espèce de communauté débridée où vit son harem, ses enfants et toute une population dont il pourvoie aux besoins alimentaires et médicaux. Déjà affublé de deux ou trois épouses, il décide de se marier en grandes pompes avec ses 27 danseuses… Il s’entoure également d’un gourou ghanéen qui le fera pas mal dériver des sentiers de la raison. Il fait de nombreux séjours en prison où il est sérieusement malmené par les forces de sécurité des régimes successifs du pays, parmi les pires de l’Afrique du XXème siècle qui a été plutôt performante dans ce domaine. Il meurt du SIDA en 1997, maladie dont il contestait l’existence, comme une partie du continent.

    L’inspiration musicale et politique de Fela est sans doute plus intéressante que son mode de vie. Il laisse une discographie impressionnante et fut une personnalité marquante du continent africain.

    Le cinéma d’art et essai L’Escurial dans le XIIIème arrondissement parisien a ressorti ce documentaire des cartons où il dormait et produit un groupe amateur d’Ivry en prologue du film :