Catégorie : Autres no-musique

  • « Les Olympiades » de Jacques Audiard

    Un film agréable sur la jeunesse du quartier parisien « Les Olympiades », autrement dit Chinatown sans le XIIIème arrondissement. On s’aime, on se quitte, on se retrouve, on travaille, on traîne, on se mélange… une existence de personnages sympathiques issus « de la diversité », chacun un peu affublé de ses stéréotypes d’origine et de ses histoires personnelles, mais le tout donne une image bienveillante de ce quartier surgit dans les années 1960, et asiatisé dans les années 1970.

    Il existait après la dernière guerre mondiale une zone industrielle sur les quais de Seine accueillant déjà une communauté asiatique travaillant dans les usines. Après la fermeture de ces ateliers, un programme de construction d’immeubles a été promu dans les années 1960 mais plutôt peu apprécié par les Parisiens. Lorsqu’à la fin des années 1970, les « boat-people » fuyant les régimes communiste au Vietnam et maoïste au Cambodge commencèrent à fuir leurs pays, ils trouvèrent refuge en France dans cette zone du XIIIème où existaient de nombreux logements vides, ils trouvèrent naturellement refuge dans ce qui est devenu le Chinatown parisien. Cet afflux des « boat-people » marqua aussi en France la réconciliation entre Sartre et Aron qui allèrent ensemble à l’Elysées demander des visas pour ceux qui fuyaient le communisme au risque de leurs vies en s’embarquant sur de frêles esquifs en mer de Chine. Quelques photos montrent ces deux-là en 1979 sur le perron de la présidence en compagnie d’André Gluksmann. Déjà très affaibli par plusieurs attaques cérébrales, Sartre décèdera en 1980.

    Les plus anciens ne peuvent s’empêcher de repenser à cette époque en visionnant le film d’Audiard, c’est aussi à celà que sert parfois le cinéma !

    Lire aussi : Paris XIII : un riche passé industriel

  • Du haut du Colisée

    Au cœur du Colisée, le visiteur français ne peut s’empêcher de méditer sur le fait qu’à l’heure où les empereurs romains dominaient le monde il y a plus de 2000 ans et présidaient aux combats de gladiateurs devant 50 000 personnes massées dans le Colisée, l’une des plus grandes œuvres de l’architecture et de l’ingénierie romaines, Astérix et Obélix, logées dans des huttes, chassaient le sanglier dans la forêt de Brocéliande…

    Voilà peut-être de quoi ramener le Français arrogant à un peu plus de modestie !

  • « Klimt. La Secessione e l’Italia » au Palazzo Braschi de Rome

    Klimt (1862-1918) est exposé dans le magnifique Palazio Braschi place Navonne (existe-t-il des palais romains qui ne soient pas magnifiques ?) qui retrace la vie de l’artiste et son rôle central dans la révolution artistique viennoise de la fin du XIXème siècle. Œuvres monumentales, décors de théâtre, compositions de collages de feuilles d’or et d’argent, tableaux baroques et libertins, il refuse l’académisme et crée la Sécession viennoise avec d’autres artistes pour dynamiter la vie artistique. Il est objet de vives critiques des conservateurs mais gardent le cap de l’innovation.

    Sa célèbre Frise Beethoven, ou ce qu’il en reste après reconstitution, également très critiquée, est exposée ici. Inspirée par la IXème de Beethoven, elle a reçu l’imprimatur de Gustav Malher et Auguste Rodin.

    Klimt, un artiste autrichien qui a su mettre un coup de pied dans la fourmilière du conservatisme artistique et accompagner le mouvement vers l’art contemporain !

  • Le musée du Vatican

    Et l’incroyable accumulation de richesses et d’œuvres d’art se poursuit, cette fois-ci dans la Cité du Vatican. Les œuvres de Raphaëlle et de Michel-Ange, au-dessus des autres bien sûr, mais ce sont des siècles d’art occidental qui se déroulent sous les yeux des visiteurs pour finir en apothéose avec la chapelle Sixtine, dédiée à l’Assomption de Marie : plafonds peints durant trois ans par le seul Michel-Ange, ancien et nouveau testaments sur les murs de côté, le jugement dernier sur le mur du fond et une incroyable fresque au plafond représentant les étapes de la Genèse.

    Devant une telle accumulation de richesses, on doit aussi se souvenir qu’elles ont été extorquées à la sueur du front des chrétiens qui ont financé un Vatican dont les membres n’eurent pas toujours une attitude très compatible avec le message de la Bible. On apprend d’ailleurs, au hasard des déambulations dans les galeries, que les pièces où les papes Borgia et leurs affidés commirent leurs forfaits furent fermées et interdites à toute visite durant des décennies. C’est ce bon pape Paul VI qui les a rouvertes.

    Autrefois les citoyens payaient leurs impôts aux seigneurs et à l’Eglise. Ils payent désormais uniquement l’Etat avec éventuellement une redistribution ensuite de l’Etat vers l’Eglise comme en Allemagne par exemple. L’Eglise catholique est allée aussi vers un peu plus de frugalité dans ses modes de vie mais reste assise sur une montagne d’actifs de grande valeur.

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  • Le Palazio Altemps

    Le musée Altemps

    Un magnifique palais du XVIème, occupé par quelques cardinaux successifs, racheté par l’Etat en 1982 pour être restauré et transformé en un petit musée de « quartier ». Aussi intéressant pour le bâtiment lui-même que pour les sculptures exposées.

    Aphrodite

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  • Le Château Saint-Ange

    Ancienne forteresse construite par l’empereur Hadrien en 125 pour devenir son mausolée, recyclée en fort de défense puis en résidence papale, en prison et enfin en musée, son statut actuel. On y bénéficie aujourd’hui du haut des murailles d’une vue magnifique sur Rome après un parcours historique dans l’histoire de Rome.

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  • La Villa Médicis

    Possession française à Rome, la Villa Médicis a été achetée par l’Etat en 1803 pour accueillir l’Académie de France à Rome, crée par Louis XIV pour y former chaque année une dizaine d’artistes et qui fut abritée dans différents palais romain avant cette Villa Médicis au cœur de Rome.

    Elle existe toujours aujourd’hui avec la même mission. Des artistes comme les musiciens Berlioz, Bizet, Gounod ou Debussy l’ont fréquentées, mais aussi des écrivains, des peintres, des sculpteurs, des architectes, des restaurateurs d’art, des historiens d’art…

    Le palais est une merveille de style renaissance du XVIème siècle, bâti par un cardinal en 1564, racheté par un autre, Ferdinand de Médicis, en 1576. Ce dernier va enrichir le parc et le bâtiment. Au gré des changement de propriétaires, elle échoit à la France napoléonienne qui en maintient la vocation artistique. Financée depuis par les contribuables français, elle est ouverte à la visite sur réservation et il ne faut se priver d’une délicieuse plongée dans l’amitié culturelle franco-italienne symbolisée par ce lieu exceptionnel au centre de Rome.

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  • Galerie Borghèse

    Galerie Borghèse

    Scipione Caffarelli-Borghèse (1577-1633), cardinal, neveu du pape Paul V (Camille Borghèse), fit construire la villa Borghèse qui deviendra galerie du même nom, réunissant une richissime collection d’œuvres d’art : sculptures helléniques, romaines, de Gian Lorenzo Bernini, peinture du Caravage, de Raphaël, Bruegel, Rubens, Titien…

    La première pièce de ce magnifique musée expose une exceptionnelle sculpture en marbre signée Canova représentant la sœur de Napoléon (1780-1825), Pauline, mariée en secondes noces au prince Camille Borghèse. La subtilité des détails est stupéfiante de réalisme, les plis du matelas sous le poids de la princesse, le galbe du corps… On a du mal à imaginer que tout cette beauté est partie d’un bloc de marbre brut.

    En cheminant dans les vastes salles on découvre aussi comment l’art baroque, né en Italie à la fin du XVIème siècle, a introduit le mouvement, l’exubérance des formes, la couleur et les effets dramatiques dans tous les domaines artistiques. Dans la galerie, de nombreuses sculptures de Bernini (1598-1680) permettent de comprendre cette évolution. Artiste favori de Scipione Borghèse il produit au début du XVIIème des sculptures éblouissantes exposées ici. Il sculpte le marbre comme de la pâte-à-modeler et produit des œuvres sublimes d’une incroyable maturité avant même d’avoir passé ses vingt ans. Il illustre à merveille, dans son domaine, le passage de l’art de la Renaissance au baroque dans la sculpture.

    Les aléas de la famille Borghèse poussèrent Camille, beau-frère de Napoléon, époux de Pauline, à vendre la collection familiale à l’Etat français en 1807. Il en récupèrera une partie après la chute de l’Empereur, avant que l’Etat italien ne rachète l’ensemble en 1902 à une famille en mauvaise santé financière.

    Le bâtiment abritant cette extraordinaire collection est située au faîte d’une colline boisée deminant la Piazza des Polulo. Aujourd’hui, une exposition temporaire de Damien Hirst est mixée dans le musée et vient se heurter aux œuvres baroques qui constituent ce palais d’une incroyable richesse. Les inspirations baroques des époques s’entrechoquent et donne à ce curieux mélange son aspect flamboyant.

    Le dernier Borghèse dont on ait entendu parler fut Junio Valerio Borghèse (1906-1974), officier sous-marinier sous Mussolini, ayant poursuivi le combat aux côtés des Allemands, fut condamné après la dernière guerre. Libéré en 1949, il se recycla dans l’extrême droite et aurait même été impliqué dans une tentative de coup d’Etat en Italie en 1970.

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  • « Chefs-d’œuvre photographiques du MoMA – la collection Thomas Walther » au musée du Jeu de Paume

    Thomas Walter est un collectionneur allemand qui a constitué dans les années 1970 une collection de photos « avant-gardistes » de la première moitié du XXème siècle qui sont exposées au musée du Jeu de Paume. Il s’agit de clichés en noir-et-blanc, souvent expérimentaux, de portraits, de mouvements, d’objets, qui retracent les courants dadaïstes, du Bauhaus, du surréalisme… bref, des photos complexes qui ne déclenchent pas trop d’émotion mais plutôt de l’intérêt pour les recherches menées à l’époque sur ce nouveau médium :

    Il y a cent ans que le photographie est inventée, elle vient seulement d’être découverte.

    Laszio Moholy-Nagy – 1930 (artiste et théoricien de la photographie)
  • « Damien Hirst, Cerisiers en Fleurs » à la Fondation Cartier

    Damien Hirst, artiste britannique né en 1965 à Bristol, expose à la Fondation Cartier sa série sur les cerisiers. Familier d’installations plutôt morbides avec des cadavres d’animaux, plus ou moins découpés, dans des bains de formol, il s’est aussi concentré sur le spot painting consistant en l’accumulation de petits cercles de couleurs différents disposés de façon géométrique ou aléatoire sur une toile. Aujourd’hui il étend le concept aux cerisiers dont les fleurs figurent le spot painting. Les toiles sont gigantesques et les couleurs sublimes. Chacune est peinte sur un fond de ciel à dominante bleue, mais chaque fois subtilement différents. Les fleurs de cerisiers sont marquées dans une palette de roses avec des touches de vert et de bleu. Elles sont peintes en un petit amas épais de peinture, comme un pâté fait par un gamin, et multipliées à l’infini.

    Le résultat est sublime !

  • Guide et médiation

    On ne dit plus un « guide » dans un musée mais on parle de « médiation ». Dans les musées parisiens, les ex-guides portent désormais un badge « Médiation ».

  • « La collection Morozov – icônes de l’art moderne » à la fondation Louis Vuitton

    C’est l’histoire de deux frères russes, Mikhaïl (1870-1903) et Ivan (1871-1921) Morozov, dont les arrière-grands-parents étaient serfs dans la Russie tsariste et le père un très riche industriel. Ils vont recevoir très tôt une éducation artistique et, à leur majorité, poursuivre les affaires familiales tout en constituant progressivement une collection de peinture impressionnante grâce à leur goût certain. A la révolution, les tableaux sont confisqués par le pouvoir bolchévique, Ivan s’enfuit en Finlande et mourra en 1921 loin de son pays natal, Mikhaïl étant, lui, décédé jeune avant la révolution.

    Considérés comme incompatibles avec le « réalisme-socialiste » certains tableaux (notamment les impressionnistes puis las avant-gardes fauves et cubistes) furent interdits de présentation durant la terreur stalinienne, mais, malgré tout, l’ensemble de la collection fut mis à l’abri hors de Moscou en Sibérie pour le protéger durant la seconde guerre mondiale.

    C’est une grande partie de cette collection, désormais exposée dans les musées d’Etat russes, qui est accrochée dans la fondation Louis Vuitton. L’accumulation de chefs d’œuvre est impressionnante, donnant une idée de la sensibilité artistique (et de la fortune) des Morozov. Manet, Corot, Monnet, Toulouse-Lautrec, Degas, Bonnard, Denis, Gauguin, Van Gogh, mais aussi Picasso et des peintres russes.

    L’ensemble des salles de la fondation est consacré à cette collection. Vu l’architecture du bâtiment dans lequel il n’y a pas une pièce aux murs droits, on se perd un peu dans les étages et les numéros de pièces, mais qu’importe, tout est beau (sauf le bâtiment de la fondation…)

  • « Eugénie Grandet » de Marc Dugain

    Marc Dugain, romancier et réalisateur, met en scène le roman de Balzac. On y retrouve l’atmosphère sombre et calfeutrée de la famille Grandet vivant de la viticulture à Saumur au XIXème siècle. Comme la demeure familiale, le film suinte l’humidité et la moisissure, la solitude d’Eugénie, la fille unique, que son père ne veut pas marier par refus de devoir constituer sa dote, les cancans des notables de la ville et, surtout, le patriarcat sévère d’une époque révolue.

    La subtilité de Balzac à décrire la comédie humaine est magnifiquement retranscrite dans le scénario du film. Dugain le termine sur une note moderne et optimiste en laissant Eugénie libre et sereine face à son destin, alors que Balzac l’a fait retourner à sa condition en la mariant finalement avec un notable après le décès de ses deux parents.

  • « Vivian Maier » au Musée du Luxembourg

    Le musée du Luxembourg expose Vivian Maier (1926-2009), photographe américaine qui, sa vie durant, a photographié la vie quotidienne de rue à New-York puis Chicago, principalement durant les années 1950/1960 dans une Amérique conquérante. Cela donne de superbes instantanés pris sur le vif. On voit l’œil de l’artiste-photographe, les clichés ont tous les attraits du naturel mais sont merveilleusement réfléchis. Vivian Maier avait l’habitude de filmer en Super-8 les scènes sur lesquelles elle prenait ensuite ses photos. Certains de ces films sont diffusés dans l’exposition. Les photos sont très majoritairement en noir-et-blanc, la couleur n’apparaissant qu’à la fin de son œuvre.

    Le plus extraordinaire dans la vie de cette artiste fut qu’elle était gouvernante d’enfants et photographe seulement « amatrice ». Elle vécut une vie modeste et connut quelques difficultés financières au temps de sa vieillesse où elle fut aidée par les frères Gensburg qu’elle avait gardé durant 17 ans et qui lui restèrent fidèles. Ses négatifs (150 000 images) étaient déposés dans un garde-meubles dont elle avait du mal à payer les factures. Ils furent mis en vente par son créancier et c’est à ce moment en 2007, deux ans avant sa mort, qu’elle obtint une reconnaissance après les publications de ses photos sur Internet.

    Une très belle exposition de photos de la rue américaine, spécialement pour ceux qui se retrouve dans cette époque du début post guerres-mondiales, celle du rêve américain !

  • Paul Valéry à Sète

    Tombe de Paul Valéry au cimetière marin de Sète

    Epitaphe

    O récompense après une pensée
    Qu’un long regard sur le calme des dieux

  • A Lyon

    Musée des Confluences à Lyon

    Au musée des Confluences de Lyon une exposition « Jusqu’au bout du monde – regards missionnaires » aborde les histoires de ces missions religieuses envoyées par l’occident à travers le monde pour l’évangéliser avec plus ou moins de succès.

    « Ne mettez aucun zèle, n’avancez aucun argument pour convaincre ces peuples de changer leurs rites, leurs coutumes et leurs mœurs à moins qu’elles ne soient évidement contraires à la religion et à la morale. Quoi de plus absurde de transporter chez les Chinois, la France, l’Espagne, l’Italie ou quelque autre pays d’Europe ? »

    Instruction de la Congrégation de la Propagande Fide, 1659

    C’eut été bien que les puissances occidentales méditent cette réflexion avant d’aller envahir les tropiques ces derniers siècles. Vous remplacez « à moins qu’elles ne soient évidement contraires à la religion et à la morale. » par « à moins qu’elles ne soient évidement contraires à la démocratie et aux droits de l’homme » et vous avez l’explication des batailles perdues des XXème et XXIème siècle. La récente défaite occidentale en Afghanistan illustre jusqu’à l’excès l’absurdité de ces errances politico-militaires.

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  • « Un village » exposition Madeleine de Sinéty au Centre d’Art GwinZegal de Guingamp

    « Un village » exposition Madeleine de Sinéty au Centre d’Art GwinZegal de Guingamp

    Merveilleuse exposition de photo au centre d’art GwinZegal aménagé dans l’ancienne prison de Guingamp : Madeleine de Sinéty (1934-2011), photographe, est passée par hasard en 1974 dans le petit village breton de Poilley. Elle fut tellement séduite par ce lieu et ses habitants qui l’adoptèrent rapidement qu’elle s’y installa durant dix années et pris plus de 60 000 photos de la vie de ce bourg rural, resté un peu à l’écart de la modernité. Elle a ainsi marqué sur la pellicule une époque révolue dont les derniers contemporains, qui étaient alors des enfants, disparaissent progressivement.

    Ce fonds photographique n’a jamais été trié par Madeleine avant sa disparition, et à peine montré. Ce n’est qu’en 2020 que son fils et le centre d’art GwinZegal décidèrent de monter cette exposition en extrayant environ 200 photos de cette masse dont le volume avait déjà diminué d’environ 30% par suite d’un dégât des eaux dans le lieu où elle était stockée.

    Les photos exposées débordent de l’empathie et la tendresse que leur auteure éprouve à l’égard des habitants de Poilley dans tous les évènements de leur rude vie de paysans bretons. On y voit les récoltes, les cochons que l’on tue, les chevaux de trait à une époque où le tracteur était rare, les matchs de football, les crêpes qu’on lance au-dessus de la poêle, les mariages, les bals, les intérieurs très modestes que l’on imagine sans eau courante ni sanitaires, les enterrements, et il y a surtout les habitants, jeunes et moins jeunes, des gamins malicieux sur une remorque pleine de pommes, des vieux à casquettes, des femmes âgées en sabots. La bouteille de cidre ou de rouge n’est jamais loin ni l’alambic tracté passant dans le village pour fabriquer « la goutte ».

    Dans une des « cellule » de la prison, une vidéo récente montre les interviews de villageois, qui étaient des gamins lorsque la photographe habitait Poilley, racontant comment elle travaillait et, surtout, combien elle avait été complètement intégrée à la vie du bourg.

    Bref, une tranche de vie douce et émouvante sur la rude vie d’un petit village breton à l’intérieur des terres, avant qu’il ne soit saisi par la modernité. Le catalogue de l’exposition contient des extraits du journal tenu par Madeleine de Sinéty qui fit œuvre d’ethnologie derrière son appareil comme devant sa feuille blanche.

    Le visiteur découvre à cette occasion le projet astucieux de reconversion de la prison de Guingamp en lieu culturel : https://gwinzegal.com/actualites.

  • « Tinane » de Julia Ducornau

    Le film d’horreur qui a obtenu la Palme d’Or au dernier festival de Cannes : une gamine se fait greffer un bout de titane dans le cerveau pour la sauver à la suite d’un accident d’automobile, et tout va déraper. A la recherche de son père absent elle va en trouver un de substitution qui, lui, cherche un fils disparu. Quelques assassinats plus tard, elle expire en accouchant d’un bébé moitié titane moitié humain…

    Le spectateur émotif s’accroche à son siège et doit fermer les yeux lors de certains passages particulièrement dérangeants. La réalisatrice Julia Ducournau semble une femme plutôt « originale », le résultat est film primé, dérangeant et complètement « barjot ».

  • « Nomadland » de Chloé Zhao

    Un beau film de la réalisatrice chinoise Chloé Zhao (vivant aux Etats-Unis d’Amérique) sur ceux que le chagrin et le vide poussent sur la route : on suit les pérégrinations de Fern qui, après la mort de son mari et la fermeture de son usine, part crapahuter dans le pays aux commandes de son van dans lequel elle habite. C’est une histoire de « route », une histoire de fuite, une histoire d’exil… Elle croise la communauté hétéroclite de ses coreligionnaires vivant de petits boulots durant des étapes plus ou moins longues au cœur de l’Amérique profonde, mais toujours reprenant la route comme attirés par le néant magnifique des grands espaces pour absorber une peine ou, tout simplement, résoudre leur besoin de liberté, tous unis par leur slogan :

    I’ll see you down the road!

    Le film est lent, méditatif comme il sied à ce sujet. Les paysages américains se prêtent merveilleusement à cette balade mystique au milieu de nulle part mais où se retrouve le personnage de Fern, toujours un peu perdue dans ses pensées, bienveillante et accrochée à sa solitude, très bien interprété par Frances McDormand.

  • « Benedetta » de Paul Verhoeven

    Un film de Verhoeven un peu voyeur, un peu provocant, un peu sanguinolent… peu intéressant, basé sur une histoire vraie est-il annoncé sur le générique du début ; nous suivons au XVIème siècle les mésaventures d’une nonne régulièrement saisie par le démon qui la plonge dans le stupre lesbien et le mensonge avant que Jésus ne la reprenne sous son aile protectrice en la ramenant au remord et à la prière. Tout y passe, les stigmates de la crucifixion, une statue de vierge transformée en godmiché, la voix de Dieu sortant de la bouche de Benedetta, les amours saphiques sous les arches du couvent, les visions d’un Dieu immaculé venu sauver la pécheresse, le bucher des sorcières, la peste rédemptrice…

    On pense plus aux scènes de masturbation simulée il y a quelques années par Madonna sous un crucifix dans ses concerts sur Like a Virgin qu’à un film sur la vie austère dans un couvent italien dans les années 1500, d’autant plus que les dialogues sont parfaitement contemporains. Mais après tout, il doit arriver parfois que les nonnes pèchent ce qui est censé exciter le spectateur, du moins est-ce le pari du réalisateur. Un film dispensable.