Catégorie : Autres no-musique

  • Les deux citations de la semaine

    Le progrès n’est que l’accomplissement des utopies.

    Oscar Wilde

    Heureusement que l’on n’a pas eu la paire.

    André Gide

    Gide parlait du Soulier de Satin, pièce assez obscure de Claudel

  • « Femmes du monde » de Titouan Lamazou au musée de l’Homme

    Exposition au musée de l’Homme des dessins et photos de femmes captés par Titouan Lamazou au cours de ses voyages. Il a délaissé la navigation pour les fusains et le résultat est très subtil. Il s’agit de femmes, de tous les continents. On les voit en peintures, en esquisses, en dessins, en photos. Elles accompagnent les messages politiques de Lamazou qui se révolte en poésie contre le sort de certaines d’entre elles. Il y a des œuvres très touchantes qui marquent le lien de leur auteur avec cet univers multicolore de la planète des femmes.

  • « L’atelier d’Alberto Giacometti » au centre Pompidou

    Exposition « L’atelier de Giacometti » à Beaubourg : toujours ces personnages longilignes, aux allures concentrationnaires, ces têtes frappées de stupeur, ces dessins crépusculaires.

  • La mort de Norman Mailer 

    La mort de Norman Mailer 

    Encore un immense écrivain américain qui nous quitte. Norman Mailer est mort aujourd’hui. Sa dernière œuvre venait de paraître : « Un château en forêt » venait de paraître, l’histoire imaginée de la vie d’Hitler. Après William Styron il y a juste un an, c’est un autre des géants de la littérature mondiale qui s’en va. Il n’y aura pas de suite à Harlot et son Fantôme. Par qui va-t-on remplacer tous ces artistes ?

  • Au musée Gustave Moreau

    Au Musée Gustave Moreau dans le IXe, l’ancienne résidence-atelier de ce peintre de la fin du XIXe siècle, on n’est pas fasciné par sa peinture inspirée par tout un fatras de religion et de mythologie antique, mais plus intéressé par cet intérieur artistique d’un hôtel particulier parisien.

  • Le « Mime Marceau » est mort

    Marcel Marceau décédé hier disait que l’art du mime:

    « donne au silence l’écho du temps et la pesanteur ailée de l’espace. »

  • « Un cœur invaincu » de Michael Winterbottom

    Ce film est la mise en image du livre bouleversant écrit par la femme de Danny Pearl, journaliste américain décapité par des terroristes islamiques au Pakistan en 2002. On retrouve à l’écran ce qui a fait l’intérêt du livre : l’émotion malgré la barbarie, l’insondable dignité de cette femme brisée face à l’incommunicabilité des civilisations. Marianne Pearl a appuyé ce film pour que son fils (elle était enceinte de son mari assassiné) découvre un jour ce que fut la fin de son père.

  • « Océanopolis » à Brest

    Visite du musée « Océanopolis » à Brest avec son intéressant aquarium et ses bassins Tropical, Polaire et Tempéré. Déjeuner sur le port face à l’embarcadère pour Molène et Ouessant tourné vers l’océan ; les bureaux des compagnies maritimes, les sociétés d’entretien de bateaux, les douanes… se succèdent sur les quais. Les grands navires sont chargés et déchargés par des grues gigantesques. Nous sommes sur l’Atlantique, alors le temps est plutôt gris, les rafales de vent font vibrer les structures des hangars, les Bars du Grand Large servent de la bière au tonneau. Plus loin la silhouette du porte-avions « Clémenceau » achève de rouiller dans la rade militaire dominée par un fort majestueux.

  • Le destin de Romain Gary

    Le destin de Romain Gary

    A l’écoute des entretiens de Romain Gary sur France Culture en 1969, juste à la sortie du roman « Adieu Gary Cooper », un livre culte de notre post-adolescence. Il parle de ses mille vies passées : exilé russe-résistant-pilote de la RAF-diplomate-cinéaste-metteur en scène, et de sa volonté aujourd’hui de poursuivre une quête intérieure grâce à sa vie d’écrivain qui suffirait à son bonheur au-delà des conquêtes et des kilomètres sur la planète. Il dit :

    Je considère que le bonheur est incompatible avec une multiplicité de vies.

    Il prédit qu’il ne vieillira pas vieux. Il se suicide en 1980, un an après la mort dans les mêmes conditions de Jean Seberg, l’actrice américaine qui fut sa femme.

  • Tintin

    Un étudiant congolais veut porter plainte contre Tintin au Congo pour racisme et autres billevesées ; et faire interdire la bande dessinée : la culture belge frémit !

  • « Weegee Dans la collection de Berinson » au musée Maillol

    Expo des photos Weegee au musée Maillol. Arpenteur des bas-fonds du New-York de la grande dépression des années 30-40, Weegee était le chroniqueur visuel des misères du monde urbain. Succession d’images en noir et blanc, violentes et simples, c’est un défilé de visions morbides sur des cadavres ensanglantés, des arrestations de police, des clochards endormis dans des cabines téléphoniques, des immeubles en feu, des graffitis racistes, bref toute une humanité dévastée au cœur de la vie nocturne de cette métropole de tous les excès.

  • « Renoir Landscapes » à la National Gallery de Londres

    Un enchantement de lumière, un foisonnement couleurs inspirés des paysages de Seine autour de Paris, de Normandie, du sud de la France, de Venise ou d’Alger. Les vues marines de la Méditerranée débordent de bleus, de nuances subtiles dans lesquelles on se perd en rêveries infinies. Les musées britanniques sont superbement entretenus, les audio guides merveilleusement documentés. Ah, la culture de notre vieille Europe déclinée sur les bords de la Tamise, quel bonheur !

  • « Gilbert & Georges » à la Tate Modern de Londres

    On découvre le monde étrange de ces deux zigotos, fait de gémellité et de symétrie, d’homosexualité, d’auto-contemplation et de dérision. D’immenses compositions murales faites de photographies, de dessins et d’humour ; l’atmosphère est aussi glacée que le papier photo utilisé. Tout paraît symétrique mais ce n’est qu’asymétries de couleurs, de personnages et d’horizons. Très intéressant et original.

    On quitte la galerie en passant par une salle Rothko toute en teintes ocres et obscures.

  • « David Lynch, The Air is on Fire » à la Fondation Cartier

    Exposition David Lynch à la Fondation Cartier : sombre, inquiétant, ou le cheminement difficilement compréhensible de la création chez cet artiste américain multi-facettes. Des tableaux déroutants mi-peinture mi-sculpture, des montages numériques sur base d’anciennes photos érotiques, des décors recréés, des photos de grisaille industrielle, d’environnements tristouilles. Les personnages, réels ou figurés, sont dévastés, tronçonnés, torturés, floutés. Bacon, Lynch, Rothko…, quel sang coule dans les veines de ces géants, quelle confusion transite leurs neurones hallucinés pour produire un tel chaos ?

    Lynch est aussi musicien. Il a donné un concert lors de l’inauguration où de pressait le tout Paris intello. Il organise des soirées nomades en mai où il présentera des musiciens qu’il aime et dont la musique est liée de près ou de loin à l’univers de l’artiste.

  • « Sargent & Sorolla, peintres de la lumière » au Petit Palais

    Les peintres de la lumière, l’américain Singer Sargent et l’espagnol Joaquim Sorolla sont exposés au Petit Palis. Ils se sont croisés à Paris fin XIXe début XXe et ont partagé les mêmes visions de lumière qu’ils déclinent de façon éblouissante dans des portraits tout en clair obscurs et des paysages de plein air.

  • « Maurice Denis » au musée d’Orsay

    Maurice Denis (1870-1943) à Orsay : peintre fin XIXe début XXe siècle dont on a remarqué l’affiche de l’exposition sur les murs de Paris. Il a été l’ami de Bonnard, Gide, Chausson…, le leader-créateur du mouvement des « Nabis » (prophètes en hébreux) qui revendiquent Gauguin comme modèle et veulent transposer la nature sur un mode expressif et décoratif. Il commet une peinture très dépouillée, tirant sur la BD, en couleurs pastel. Beaucoup de représentations du petit Jésus et de sa maman la Vierge Marie mais ne nuit pas trop à l’ensemble.

  • « Le cauchemar de Darwin » d’Hubert Sauper

    Darwin Nightmare au cinéma L’Etrepôt, un film documentaire hallucinant sur le désastre de l’Afrique où l’on voit des Illiouchines ukrainiens débarquer des cargaisons d’armes au bord du Lac Victoria et en repartir chargés comme des mules de filets de perches du Nil, le tout au milieu d’une population ravagée par le sida et la famine. C’est une ambiance de désastre permanent, les putes côtoient les éclopés, les mercenaires racontent leurs souvenirs d’Angola en buvant des bières tièdes, le lac Victoria est écologiquement ravagé par l’introduction de la perche du Nil, terrible prédateur, qui a bouffé tout ce qui vivait dans le 2ème lac de la planète par sa superficie. Bref, l’Afrique erre dans le néant et Darwin s’en retourne dans sa tombe et tout ceci se passe aujourd’hui !

  • Nuit Blanche… assurément !

    Nuit Blanche… assurément !

    Je passe une partie de la nuit à parcourir les créations culturelles contemporaines de La Nuit Blanche. Programme en papier glacé signé par Delanoé, directeurs artistiques melting-pot, foules en deux-roues, agents d’accueil bigarrés, RATP et Batobus qui font des heures supp., l’art contemporain a fondu sur Paris, me laissant perplexe et frigorifié !

    Comme tout événement populaire, il y a le peuple et les files d’attente conséquentes. Après avoir retrouvé mes potes cyclistes devant une bière au Delaville Café, décidément de plus en plus hype, nous nous tapons une première heure de queue devant l’ancien hôpital Saint-Lazare dans les arbres duquel sévissent quelques acrobates chorégraphiés façon Roi de la Jungle. La performance physique est impressionnante ne serait-ce une musique live quelque peu agaçante à coté de laquelle Stockhausen joué par Boulez passe pour une Nocturne de Chopin… Une artiste monte et descend dans toutes les positions imaginables le long d’une corde lisse accrochée à une câblerie végétale dans une sorte de ballet mi-téléphérique, mi-Homme. Elle est souple la bougresse, et affiche une technique remarquable qui la fait se mouvoir verticalement avec une facilité déconcertante. De temps en temps elle fait une pause dans un filet suspendu où l’attend un de ses comparses avec qui elle « s’exprime corporellement » via des attouchements de pieds, de mains, de corps, avant de redescendre le long de son fil d’Ariane la tête en bas. Pendant ce temps, un troisième larron s’agite au sol dans ce qui doit être des mouvements de danse moderne, caressant au passage quelques spectateurs esbaudis.

    On n’arrive pas trop à identifier le début ni la fin du show, alors quand la foule commence à onduler vers la sortie, on suit et on laisse Jane suspendue à ses lianes pour se retrouver face (i) à des murs intérieurs sur lesquels sont projetés des vidéos immobiles : plans fixes d’un aéroport, d’une meute de chiens de chasse vue d’un arbre, etc. (ii) un mur extérieur où s’affichent des mots et phrases en écriture automatique que l’on peut lire depuis une batterie de transats installés façon promenade des Anglais, mais désertés par l’assistance pour cause de froid de canard.

    Et l’on passe ensuite dans la cour suivante à la reconstitution d’un chantier de travaux publics où s’agitent une petite troupe en casque jaune, dont deux donzelles, debout sur un tas de sable, égrenant dans un micro une succession de chiffres pendant que des ingénieurs, toujours en casque canari, consultent des ordinateurs. Il fait de plus en plus froid alors on laisse ce petit monde à sa créativité.

    Interloqués, en sortant on relit le programme qui parle de :

    musique donnant l’urgence, la temporalité, la certitude du présent…

    et je passe sur :

    l’atmosphère qui est à l’œuvre permanente, à la nuance et au vertige… le sens devenu sensation et la sensation des sens.

    Encore sous l’émotion du choc culturel, on hésite à poursuivre ce vaste itinéraire contemporain de la Nuit Blanche de peur de ne pouvoir s’en remettre, sans parler du rhume qui couve. Bon, mais les potes nous appellent pour les rejoindre dans la communion des Caresses de Marquises. Soyons fous puisque nous sommes encore vivants ! Et va pour les Marquises caressantes.

    On se retrouve sur une balustrade qui surplombe les quais de la gare de l’est et là, toujours transis, nous contemplons les rails de la SNCF, à la poétique industrielle si marquée, éclairés aléatoirement par des spots clignotant en rythme sur une musique gargouillante. On s’attend à voir émerger E.T. de la salle des pas perdus. Les spectateurs entassés prennent des photos en pagaille de ce spectacle peu commun et on imagine les impressionnants diaporamas qui émergeront de cette séance pour animer les longues soirées d’hiver. Un point rapide sur le programme nous apprend que nous sommes ici en présence d’une œuvre qui :

    est non seulement inventée mais apprise et développée en temps réel.

    Les potes sont déjà repartis pour les Buttes Chaumont pour la création Les Marmottes Vocales. C’en est trop pour votre serviteur qui heureusement est toujours avec deux copines plutôt dubitatives et nous décidons un repli stratégique sur le Delaville pour faire le bilan de cette soirée. Dans l’escalier de la gare nous croisons une jeune femme en train de photographier une bétonneuse Bouygues, ne figurant a priori pas dans le programme des créations contemporaines. On imagine qu’elle est chef de chantier TP reconvertie en espionne industrielle, ou que les Marquises caressantes lui ont grillé les synapses.

    Le mot de la fin revient à un anonyme spectateur : « tout ceci est très Jack Lang » ! On ne peut mieux dire.

    Il est deux heures du mat et le Delaville est fermé. Bad news ! On se replie sur le troquet d’en face pour écluser dans la bière une nuit de création contemporaine. Je résume : tout ceci est éminemment sympathique, volontaire, tendance, structurant, généreux, et le succès populaire atteint est rassurant sur les limites du décervelage que la Star’Ac exerce sur les neurones de nos concitoyens sous l’égide appliquée et consciencieuse de Le Lay le (très) laid. Mais je suis décidément trop traditionaliste pour partager une quelconque émotion face à ces élucubrations contemporaines. Heureusement ma bonne fée me rappelle que la modernité c’est justement la manière dont on traite la tradition. À la bonne heure et à l’année prochaine pour la Nuit Blanche 2005.

    Rehve 10/2004