Catégorie : Autres no-musique

  • « Vermiglio ou La Mariée des Montagnes » de Maura Delpero

    « Vermiglio ou La Mariée des Montagnes » de Maura Delpero

    Nous sommes dans un petit village de la montagne italienne, Vermiglio, à la fin de la deuxième guerre mondiale. Le film se passe entre l’église, le bistrot, l’étable et la demeure du maître d’école qui a huit enfants. C’est sans doute le personnage le plus touchant du scénario, il déploie toute son énergie pour faire sortir les enfants, dont les siens, de l’état de paysans illettrés auquel ils sont promis. Et puis il aime la musique, « la nourriture de l’esprit », et consacre une partie des maigres ressources de la famille à acheter des disques de Chopin qu’il passe sur son gramophone 78 tours pour inspirer des réflexions solitaires.

    Sa fille tombe amoureuse d’un sicilien qui s’est réfugié dans le hameau. La fin du conflit arrive, certains soldats reviennent dans le village, d’autres sont morts au combat, on ne sait pas bien de quel côté ils se battaient d’ailleurs, mais qu’importe la joie ou la douleur d’une mère est toujours la même lorsque son fils revient de la guerre… ou est déclaré mort. Le sicilien qui s’est marié entre temps avec la fille de l’instituteur décide de retourner dans son village pour y donner de ses nouvelles avant de revenir auprès de sa femme qui est enceinte de lui. Mais il ne reviendra pas.

    Le film va au rythme des saisons de la montagne et marque la lenteur et l’éternité de ce monde minéral dans lequel évolue le petit microcosme de ce village perdu dans les hauteurs et ses traditions. L’instituteur fait de son mieux pour pousser ses enfants dans l’échelle sociale mais il doit faire des choix douloureux par manque de moyens. Sa fille délaissée fait le voyage vers la Sicile pour découvrir la double vie de son mari…

    Il ne se passe rien dans ce film, seulement la vie qui déroule les petits évènements d’une communauté de montagnards durs à la souffrance, touchants dans leur dénuement, confrontés aux émotions ordinaires à une époque qui nous semble hors du temps. C’était simplement le mitan du XXe siècle.

    Vermiglio, un éloge de la lenteur !

  • Musée des Arts Décoratifs de Strasbourg

    Musée des Arts Décoratifs de Strasbourg

    Le Palais Rohan est situé sur la place de la cathédrale de Strasbourg. Inspiré du château de Versailles, en plus petit, il a été construit au début du XVIIIe siècle pour héberger l’épiscopat et la demeure du prince-évêque dont le premier, catholique, était un Rohan. Il devait aussi être dimensionné pour pouvoir accueillir le Roi de France. C’est sous Louis XIV que l’Alsace est devenue française. Les étapes suivantes la verront devenir germanique, puis de nouveau française. Elle adoptera la Réforme tout en maintenant l’une des plus majestueuse cathédrale catholique du Royaume.

    Le palais abrite aujourd’hui trois musées dont celui des arts décoratifs où le visiteur déambule dans les appartements somptueux où recevaient et évoluaient ces notables : salons de réception, antichambres, bibliothèques, boiseries, peintures, mobilier… tout n’est que luxe et flamboyance. Les révolutionnaires de 1789 ont remplacé certaines peintures comme ils ont coupé quelques têtes des statues de la cathédrale. Les Prussiens, puis les Allemands, ont bombardé Strasbourg, la Palais Rohan a un peu souffert puis tout ceci a été réparé, et même rénové par la suite.

    La chambre royale a accueilli Louis XV et Marie-Antoinette, séparément bien sûr !

    En sortant de toute cette magnificence le visiteur flâne sous les 140 mètres de la flèche de la cathédrale de Strasbourg. Quelle ville, quelle histoire.

    Palais Rohan – Strasbourg
  • « Personne n’y comprend rien » de Yannick Kergoat

    « Personne n’y comprend rien » de Yannick Kergoat

    Le journal en ligne Mediapart s’est spécialisé dans les enquêtes d’investigation concernant généralement le personnel politique français. Il a ainsi notamment dévoilé les scandales Cahuzac et Bettencourt-Worth. Depuis plusieurs années il s’est attaqué à l’hypothèse de fonds en provenance de Libye pour financer la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. Mediapart a décidé d’en faire un documentaire diffusé dans les salles de cinéma et, ce n’est sans doute pas un hasard, au moment où s’est ouvert le procès de l’ancien président de la République et certains de ses proches pour, notamment, corruption et association de malfaiteurs.

    Mediapart et Fabrice Arfi, son principal en quêteur, sont sans doute persuadés qu’il a eu un « pacte de corruption » entre le candidat aux élections françaises et le clan Kadhafi qui gouvernait alors la Libye, mais le documentaire est relativement factuel, la plupart des faits étant d’ailleurs reconnus par les accusés en ce moment au tribunal, sauf bien entendu le fait que des fonds libyens auraient été reçus par l’équipe de campagne Sarkozy.

    L’un des personnages centraux côté libyen est Abdallah Senoussi, beau-frère du dictateur, chargé de la sécurité intérieure du pays. A ce titre, la justice française l’a jugé coupable d’avoir organisé avec quelques comparses l’attentat contre le DC10 de la compagnie française UTA en 1989 qui a fait 170 morts. Ils ont été condamnés par contumace avec émission d’un mandat de recherche international.

    Près de vingt ans plus tard, un certain nombre de proches de Sarkozy (Brice Hortefeux, Claude Guéant, notamment) font le voyage de Tripoli et rencontrent… Senoussi. Ils se sont défendus ces derniers jours devant les juges qu’ils n’étaient pas au courant que le repris de justice était invité au dîner auquel ils participaient, et qu’ils n’ont pas voulu claquer la porte de la soirée pour éviter un « incident diplomatique ». La thèse du film est que la Libye monnayait un éventuel financement contre un élargissement du personnage par la justice française.

    Et on ne parle même pas ici de tout le petit monde interlope d’intermédiaires affairistes ou délinquants, évoqué dans le film, qui rôdent et servent d’intermédiaires douteux entre ces dictatures et des représentants de l’Etat français…

    La justice se prononcera bientôt mais quelle que soit la décision elle sera probablement contestée par la partie en défaveur de laquelle elle sera rendue. Quoi qu’il en soit on voit avec effarement, dans le documentaire et dans la vraie vie au tribunal, les petits arrangements que la France a mené avec le dictateur libyen initiateur d’actions de terrorisme international, sans parler de la gestion sanguinaire de son propre pays. Tout aussi consternant, dans le cadre de la réhabilitation du dirigeant libyen, la France a envisagé de lui vendre des centrales nucléaires civiles…

    La France s’est cassé les dents à plusieurs reprises en essayant de réhabiliter d’anciens dictateurs, probablement avec naïveté et bonne foi mais que ce soient Bachar El-Assad ou Mouammar Kadhafi, ces dirigeants ont à chaque fois renoué avec leurs mauvaises habitudes. Dictateur un jour, dictateur toujours !

    Paris devrait s’en souvenir alors que le nouveau dirigeant syrien est issu des mouvements terroristes islamiques et se tourne vers l’Occident, ou que le président russe, une fois la guerre d’Ukraine terminée, cherchera lui aussi à renouer. On doit pouvoir continuer les relations diplomatiques et commerciales avec les dictatures, mais le faire modestement, et sans leur vendre des centrales nucléaires ou les recevoir sur les Champs Elysées, ni bien sûr leur faire financer la politique intérieure française. C’est au moins une conclusion que l’on peut tirer de ce documentaire avant même toute décision judiciaire.

  • « Ribera – Ténèbres et lumière » au Petit-Palais

    « Ribera – Ténèbres et lumière » au Petit-Palais

    Le peintre espagnole Jusepe de Ribera (1591-1652) est exposé au Petit-Palais. Il a vécu presque tout sa vie en Italie où il est mort à Naples. Inspiré par son confrère italien Le Caravage (1571-1610) les atmosphères de ses tableaux sont toujours des plus sombres de part la lumière mais aussi de ce qu’il représente.

    L’exposition débute sur une série de portraits de gens du peuple peints avec une exceptionnelle précision sur leurs accoutrements, leurs gestes et, surtout, leurs visages dont la moindre ride est rendue avec une stupéfiante réalité, jusqu’à l’aspect parcheminé de la peau des vieillards. On se croirait devant des photographies.

    S’en suivent des scènes bibliques, Ribera fut inspiré par les plus macabres d’entre elles : les martyrs de Saint-André, de Saint-Sébastien, de Jésus. Le peintre s’attache à rendre la souffrance des suppliciés et le déchirement des chairs. Le dépeçage de Saint-Barthélemy est particulièrement repoussant et donne presque la nausée. Mais ces scènes ont manifestement fasciné l’artiste.

    On lui attribue la paternité du mouvement « Ténébrisme » qui détaille la violence et la brutalité de la réalité.

  • Le « Musée d’art naïf et d’arts singuliers » de Laval (MANAS)

    Le « Musée d’art naïf et d’arts singuliers » de Laval (MANAS)

    Comme beaucoup de villes moyennes de province, Laval met un point d’honneur à maintenir un musée des arts, le MANAS, installé dans le château de la cité dominant la Mayenne. L’exposition temporaire « Les Lisières » présentent les œuvres délicates de deux artistes, Belem Julien et Mathieu Schmitt, qui peignent à quatre mains des œuvres graphiques composées de traits extrêmement fins, qu’ils se passent et complètent l’un l’autre selon leur inspiration qui vient s’additionner à celle de l’autre, une méthode propre au surréalisme. Le résultat est subtil, entre bande dessinée et dessin fantasmagorique.

    Belem Julien et Mathieu Schmitt (Musée de Laval)

    Les autres salles de ce sympathique petit musée offrent diverses œuvres et installations, naïves ou singulières, autour desquelles le visiteur laisse divaguer son imagination avec légèreté et sans souci.

  • « Paquebots 1913-1942, une esthétique transatlantique » au musée d’Arts de Nantes

    « Paquebots 1913-1942, une esthétique transatlantique » au musée d’Arts de Nantes

    Le musée d’Arts de Nantes présente une jolie exposition tournée vers le grand-large. Nous sommes durant l’entre-deux guerres mondiales, les pays occidentaux rivalisent pour construire les paquebots transatlantiques les plus gigantesques et les plus luxueux qui, majoritairement, relient des Etats-Unis et la vieille Europe. Celle-ci se relève à peine de la dévastation que fut la Grande Guerre. Un foisonnement culturel sans précédent saisit Paris, Berlin, Londres… Le mouvement surréaliste tente de rendre le rêve réel. Et quoi de mieux que ces paquebots reliant l’ancien et le nouveau monde pour inspirer les rêveurs ? André Breton les a empruntés à de nombreuses reprises dans un sens et dans l’autre. Il a notamment accompagné les sculptures de Brancusi qui devaient être exposées à New-York. Le Corbusier s’est aussi intéressé à l’organisation de l’habitat dans un paquebot, « machine à voyager » lui qui concevait les logements qu’il a construit comme des « machine à habiter ».

    Les œuvres exposées sont sous forme d’affiches publicitaires, de tableaux, de photographies et, même, d’accessoires embarqués dessinés par des designers de renom qui ont produit des fauteuils, de la vaisselle, la décoration des parties communes.

    Le paradoxe de ces navires se trouvait dans les lignes extrêmement épurés de la coque et des infrastructures, pour des raisons aérodynamiques, et la richesse des aménagements intérieurs art-déco, au moins pour les 1ères classes. Ces bateaux respectaient une stricte « lutte des classes » et les passagers de la troisième étaient bien sûr beaucoup moins bien lotis. Les années 1930 furent aussi celles du renforcement des migrations vers les Etats-Unis d’européens fuyant la barbarie nazie. Les paquebots transportèrent aussi des réfugiés en grand nombre vers New-York, participant ainsi à la géopolitique de l’époque.

    Le temps de ces grands navires est désormais passé pour le transport des passagers mais les images de ces paquebots font toujours rêver comme le montre cette exposition. Mais c’est aussi la nostalgie d’une époque.

  • « Bruno Liljefors – La Suède sauvage » au petit Palais

    « Bruno Liljefors – La Suède sauvage » au petit Palais

    Le petit Palais expose Bruno Liljefors (1860-1939), peintre animalier suédois qui a consacré son œuvre à la nature et aux animaux qui la peuplent. La Suède semble être particulièrement bien lotie en matière de biodiversité, au moins à l’époque. Des rivages de la mer Baltique aux forêts cette nature est foisonnante et le pinceau de Liljefors nous émerveille. Avec un sens du détail époustouflant il arrive à représenter des scènes animales d’une incroyable réalité. Chasseur et athlète, le peintre parcourt inlassablement la nature qui l’entoure pour examiner les animaux qui semblent le fasciner. Comme il n’est pas facile de faire poser un lièvre ou un renard, il lui arrive de déposer des animaux empaillés dans leur environnement pour les peindre plus à l’aise. Il travaille également à partir de photographies qu’il prend lui-même. Il a surtout un sens de l’observation très aiguisé et un grand talent pour restituer ce qu’il voit.

    Ses tableaux de chats jouant avec leurs proies sont fascinants. Inspiré par l’art japonais, certaines petites peintures sont présentées ensemble dans un pêle-mêle cuivré, comme des coups d’œil sous des angles différents assemblés dans le même cadre. Il peint aussi des tableaux de grandes dimensions le plus souvent consacrés aux oiseaux marins : des aigles de mer déployant leurs ailes gigantesques en se disputant un repas composé d’un oiseau plus petit, un vol d’oies sauvages au crépuscule sur la Baltique… Ses représentations sont photographiques, minutieuses, révélant une technique hors pair et, surtout, la magnificence de la nature suédoise.

    Bruno Liljefors

    Une nouvelle branche de cette peinture nordique si attachante.

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  • « Oh, Canada » de Paul Schrader

    « Oh, Canada » de Paul Schrader

    Un film intimiste et émouvant de Paul Schrader, basé sur l’un des derniers romans de son ami Russel Banks, Foregone : un citoyen américain (joué par Richard Gere) installé au Canada après avoir fui la conscription pour la guerre du Vietnam, devient documentariste. En fin de carrière, atteint d’un cancer, il accepte de devenir lui-même le sujet d’un documentaire tourné par l’un de ses anciens élèves, en présence de sa femme (interprétée par Uma Thurman). C’est un long monologue, illustré par des flashbacks, où s’entrechoquent les affres de la fin de vie, la volonté de laisser des traces, l’objectif de faire la lumière sur ce que furent sa vie, ses engagements, ses amours. Alors au milieu d’un tournage chaotique interrompu régulièrement par l’infirmière qui veille sur le malade, se mêlent la réalité, les petits arrangements avec celle-ci, les rêves et les illusions d’une vie percutée par les déchirements d’une époque.

    Banks est mort d’un cancer en 2023, Schrader a 78 ans et est lui-même malade, Richard Gere à 75 ans porte toujours beau sous ses cheveux blancs… Tous ces artistes voient l’échéance se rapprocher dans leur vraie vie. Ce beau film synthétise élégamment les angoisses qui sans doute aussi les étreignent.

  • « Heinz Berggruen – Un marchand et sa collection » au musée de l’Orangerie

    « Heinz Berggruen – Un marchand et sa collection » au musée de l’Orangerie

    Berrgruen (1914-2007) fut un galeriste et marchand d’art allemand. Issue d’une famille juive il quitte l’Allemagne pour les Etats-Unis, dont il acquiert la nationalité, en 1936. Après la IIe guerre mondiale il s’établit à Paris, fréquente les surréalistes et ouvre une première galerie Place Dauphine, puis la déménage rue de l’Université. Il rencontre Picasso, Klee, Matisse… Très intéressé par le cubisme il collectionne les œuvres de Picasso et de Georges Braque. Il organise moulte expositions de ces artistes modernes, devient ami de Picasso qui écrit son nom « Bergrruen », doublant le ‘r’ au lieu du ‘g’ sur ses dédicaces et correspondances. Les nombreux catalogues de ces expositions sont également présentés par l’Orangerie. Joliment conçu et édités, ils illustrent les passions du collectionneur-galeriste pour ces peintres du XXe siècle qu’il côtoya de près.

    L’exposition est principalement composée des toiles et gravures de Picasso et Klee permettant aux visiteurs de plonger dans les univers novateurs de ces artistes moderne. A la fois marchand d’art et collectionneur on n’apprend pas grand-chose de l’imbrication de ces deux rôles tenus par Berrgruen, sinon qu’il abandonna le premier dans les années 1980 pour se consacrer au second jusqu’à sa mort en 2007. Il a donné beaucoup des œuvres acquises à différents musées, en vendu d’autres. On suppose que sa carrière de marchand lui permit de financer sa passion de collectionneur. Cette complémentarité réjouit le visiteur.

  • « Pop forever, Tom Wesselmann & Cie… » à la fondation Louis Vuitton

    « Pop forever, Tom Wesselmann & Cie… » à la fondation Louis Vuitton

    La fondation Louis Vuitton consacre les quatre étages de son bâtiment baroque du bois de Boulogne à une flamboyante exposition dédiée au Pop Art, centrée autour de l’artiste américain Tom Wesselmann (1931-2004). C’est évidemment un festival de couleurs flashy et une vision de l’Amérique triomphante de l’après-guerre. Beaucoup de toiles et installations révèlent l’intérieur consumériste états-uniens de ménages moyens qui découvrent tout ce que leur apporte la civilisation de consommation dont leur pays est le porte-étendard. Une simple étagère de cuisine est représentée en relief et en trois mètres de hauteur avec son grille-pain, la radio, la prise électrique et un bocal de sauce ketchup. Le Pop Art qui a parfois été défini comme la création entre l’art et la vie exprime pleinement ici cette inspiration.

    Très intéressants sont surtout les portraits épurés de blondes patinées sur fond de ciels bleus ou de soleil éclatant sur des plages de rêve. Sourire Colgate d’un blanc immaculé, corps sculpturaux à peine évoqués par leurs contours très épurés, bouches immenses et souriantes peinturlurées de rouge carmin, tétons représentés comme des boutons, vernis à ongles brillant… Certains personnages sont afro-américains, à une époque où ils étaient peu représentés.

    Wesselmann s’est lancé dans des séries comme « Mouths », « Foot paintings », « Nudes », qui chacune expriment une joie communicative, parfois une sexualité heureuse, toujours un sens de la couleur vive éblouissant. L’artiste fut appelé durant la guerre de Corée et participa à l’interprétation des photographies militaires aériennes. Peut-être cette implication dans la première guerre de l’ère post-Hiroshima inspira aussi son œuvre vers plus de naïveté et de bonheur, comme pour transcender le bruit du canon qu’il avait entendu de très près ? Il est un enfant du « rêve américain » mais s’autorise à en critiquer avec humour et talent la prédominance commerciale.

    De gigantesques installations métalliques sont également présentées sur lesquelles Wesselmann a travaillé la matière pour la transformer en murs irréguliers desquels émergent des pans en reliefs torturés en formes abstraites, le tout recouvert de ces couleurs toujours éclatantes.

    L’exposition présente également des œuvres de ses contemporains qui ont investi le Pop Arts : Andy Warhol, Jeff Koons, Roy Lichtenstein, Yves Klein, d’autres plus jeunes et moins connus, mais tous furent inspirés par ce monde de BD, de magazines et de merveilleux.

    A voir absolument pour les amateurs du Pop, l’art d’un XXe siècle occidental triomphant !

  • « Leni Riefenstahl. La lumière et les ombres » d’Andres Veiel

    « Leni Riefenstahl. La lumière et les ombres » d’Andres Veiel

    Leni Riefenstahl (1902-2003), actrice et réalisatrice allemande, belle et talentueuse, fut choisie par Hitler pour assurer la propagande du régime nazie, de la marche vers le pouvoir en 1933 jusque durant la IIe guerre mondiale. Elle accomplit cette tâche avec « talent » et ses films sur les grands rassemblements nazis à Nuremberg ont marqué par leur esthétique de la puissance brute, de même que le rendu de la gestuelle du Führer durant ses célèbres discours incantatoires a frappé les foules allemandes enthousiastes. Après la guerre elle se justifiera en affirmant avoir tout ignoré de la réalité du nazisme.

    A partir d’archives nombreuses le réalisateur allemand Andres Veiel trace un portrait édifiant de la cinéaste dans ce documentaire sans concession. Les interventions de Riefenstahl jusqu’à la toute fin de sa vie en 2003 (à 101 ans) montrent sa volonté de se justifier, probablement en réécrivant l’histoire en sa faveur. Très narcissique elle explique que si Staline ou Roosevelt lui avait demandé de produire des films à leur gloire elle les aurait réalisés comme elle l’a fait pour les nazis. Elle évoque accessoirement la brutalité de Goebbels qui voulut la séduire et avec qui elle partagea « plusieurs aventures ». Après la guerre, elle épouse un homme de 40 ans son cadet et continue de réaliser des films dont plusieurs reportages sur le peuple Noubas au Soudan. Par souci de justification et sans doute aussi par nombrilisme aigu, elle enregistre ou filme tous les éléments de sa vie post-guerre : conversations téléphoniques, interviews, vie conjugale et toutes sortes de rencontres médiatiques dont elle semble plutôt friande. C’est dans ces archives que pioche Veiel pour composer cet intéressant portrait, un peu effrayant.

    Narcisse du XXe siècle Riefenstahl veut se persuader qu’elle n’a pas compromis avec la barbarie nazie et cherche surtout à en convaincre le monde extérieur. Elle n’y réussit pas vraiment mais elle est probablement assez représentative de la masse des Allemands moyens qui se sont laissé aller à suivre une idéologie barbare, sans forcément y adhérer totalement. Cette indifférence a mené à la dévastation du XXe siècle et l’effondrement de la vieille Europe. Le mieux pour Riefenstahl aurait été de disparaître médiatiquement après la guerre, son narcissisme doublé d’une culpabilité, consciente ou pas, d’avoir été mêlée à de pareils évènements l’ont amenée à vouloir faire émerger sa propre vérité. Cela l’a au moins maintenue en forme puisqu’elle est porte centenaire.

  • « L’histoire de Souleymane » de Boris Lojkine

    « L’histoire de Souleymane » de Boris Lojkine

    Dans ce film de Boris Lojkine, Souleymane est un immigré guinéen qui a déposé une demande pour bénéficier du statut de réfugié politique en France. Il est livreur à vélo pur une société de livraison mais utilise le compte d’un homme camerounais qui le « sous-traite » et le rackette au passage. Il est coaché par un autre guinéen qui le prépare à son entretien devant l’OFPRA (l’Office français de protection des réfugiés et apatrides) en essayant qu’il se fasse passer pour l’opposant politique au régime guinéen qu’il n’est pas. Bien sûr, il faut aussi payer pour ce coach de circonstance qui fournit de faux documents.

    Alors Souleymane pédale toute la journée pour porter des repas chez des consommateurs plus ou moins aimables, pour chercher son argent chez le Camerounais qui le vole, pour fuir le Guinéen à qui il doit, pour attraper le bus, ou le rater, qui l’emmène se nourrir et dormir dans un foyer. Il lui reste peu de temps pour préparer son entretien avec l’OFPRA. L’agente de cette administration a déjà entendu dix fois cette fausse histoire de réfugié politique et le pousse, avec beaucoup de douceur, à révéler sa vraie histoire. Le spectateur ému a tendance à croire cette nouvelle version, mais peut-être est-ce une autre fable ?

    Ce film est aussi émouvant que désespérant en ce qu’il marque l’irrépressible attrait des citoyens de pays pauvres pour migrer vers les pays riches, et l’incapacité de ceux-ci à accueillir tous les premiers. Le scénario serait partiellement inspiré de la vraie vie de l’acteur amateur Abou Sangaré. Il déroule la situation de façon intelligente sans sombrer dans les polémiques de Café du commerce sur ce sujet très sensible de l’immigration, régulière comme illégale. Selon que l’on s’attache au cas personnel de Souleymane ou à la problématique générale de l’accueil des immigrés dans un environnement souvent hostile, le regard est différent. Les spectateurs ressortent sans doute de cette séance avec les idées qui étaient les leurs en y entrant.

  • « Au boulot » de Gilles Perret et François Ruffin

    « Au boulot » de Gilles Perret et François Ruffin

    François Ruffin, journaliste-documentariste-député du groupe écologiste, après s’être fâché avec Jean-Luc Mélanchon, le patron propalestinien de LFI (La France Insoumise), avait réalisé en 2016 un documentaire hilarant sur le combat gagné d’un salarié licencié du groupe LVMH contre le capitaine d’industrie Bernard Arnault.

    Il rempile cette année avec moins de réussite sur le thème de la « réinsertion des riches ». Ce documentaire lui a été inspiré suite à une émission de radio, « les Grosses Têtes », à laquelle il participait, et au cours de laquelle une des animatrices, Sarah Saldmann, prononce des mots violents contre les chômeurs qu’elle traite de « feignasses, d’assistés, de glandus, de gens qui ne foutent rien et qui sont entretenus par mes impôts ».

    Mme Saldman s’affiche juriste mais semble passer bien plus de temps sur les plateaux médiatiques populaires qu’a étudier le code civil. Elle est située à mi-chemin entre Nabilla (avec moins de poitrine et un peu plus de neurones) et Nadine Morano. Elle ajoute un « grave » devant ses adjectifs dans une phrase sur deux. Elle est jolie et affiche une langue bien pendue, d’où son statut de chroniqueuse sur les ondes pour lesquelles elle a tout de la « bonne cliente ». Sa vie semble organisée entre CNEWS, les cocktails chez les grands bijoutiers et les brunchs au Royal Monceau. Devant l’impossibilité de dialoguer avec elle sur le thème des « assistés », François Ruffin lui propose à l’antenne de partager la vie des smicards à 1 300 EUR/mois pendant quelques mois. Avec un certain courage, elle accepte la proposition mais pour une semaine seulement. C’est cette plongée dans un univers inconnu d’elle que Ruffin va filmer.

    Leur première rencontre se déroule à l’hôtel Plaza Athénée où elle commande un croque-monsieur à la truffe coûtant 54 EUR ce qui laisse Ruffin coi. La suite la voit livrer des paquets, nettoyer des toilettes dans maison d’accueil pour personnes précaires, faire le ménage avec une aide de vie chez un malade, etc… mais aussi dans un rendez-vous de haute couture où elle se sent manifestement plus à l’aise qu’avec les pèlerins d’Emmaüs.

    Le documentaire est surtout intéressant en ce qu’il montrer une Sarah Saldmann dont on se demande vraiment si elle fait des efforts pour paraître aussi nunuche ou si c’est son état naturel. Était-ce prévu dans le scénario qu’elle débarque en talons hauts et couverte de bijoux pour faire la livreuse ou s’est-elle habillée ainsi « naturellement » pour sa première journée avec les smicards ? Elle verse malgré tout quelques larmes devant l’engagement de la garde-malade qu’elle seconde quelques heures durant. Ruffin joue son rôle, toujours malin, privilégiant l’humour à l’invective. On comprend mieux son divorce avec LFI…

    Le spectateur reste indécis, et un peu déçu par le documentaire, comme Ruffin affiche l’être devant l’échec de sa tentative de réinsertion de cette nunuche des beaux quartiers et des plateaux télévisés.

  • « L’Âge atomique – Les artistes à l’épreuve de l’histoire » au musée d’art moderne de Paris

    « L’Âge atomique – Les artistes à l’épreuve de l’histoire » au musée d’art moderne de Paris

    Nous voilà ramenés à l’An Mil, chaque matin nous serons à la veille de la fin des temps. […] Après la mort de Dieu voici qu’on annonce la mort de l’homme. […] Il n’y a plus d’espèce humaine. La communauté qui s’est faite gardienne de la bombe atomique est au-dessus du règne naturel car elle est responsable de sa vie et de sa mort : il faudra qu’à chaque jour, à chaque minute, elle consente à vivre. Voilà ce que nous éprouvons aujourd’hui dans l’angoisse.

    Jean-Paul Sartre, Les Temps Modernes – octobre 1945

    L’atome a inspiré les artistes et le musée d’art moderne de Paris (MAM) expose quelques œuvres qui en ont résulté, parfois morbides, souvent existentielles. L’exposition est à la fois artistique et documentaire tant l’aspect géopolitique du nucléaire est inséparable de l’art qui le représente.

    Tout d’abord, la découverte de la radioactivité, avec l’invisibilité de ses rayons, a fasciné ces artistes qui rivalisent d’ingéniosité pour matérialiser l’invisible, ce qu’ils réussissent plutôt bien. Un photographe contemporain a pris des photos de sites sur lesquels ont eu lieu des essais de bombes atomiques en parsemant ses clichés lors de leur développement de parcelles de terre irradiée. Le résultat final fait apparaître de petits éclats lumineux sur la photo en surimpression du paysage. Les surréalistes se sont saisis du sujet, Duchamp a conceptualisé la théorie de « l’inframince », Dali a représenté l’atome… Mais il y a aussi un mur entier dédié à des dessins d’enfants japonais réalisés en 1945 peu après le feu nucléaire. Ils expriment l’horreur vue au travers les yeux de ces gamins. Bouleversant !

    Après les deux seules utilisations (à ce jour) de la bombe nucléaire comme arme de guerre, à Hiroshima et Nagasaki au Japon en 1945, une « esthétique » de la bombe s’est développée et de multiples représentations de son champignon atomique ont été produites. Le MAM en présente certaines sous forme de peintures, de films, d’installations… Ce champignon, il est vrai, a quelque chose de fascinant en ce qu’il émane de la créativité humaine et peut aboutir à son autodestruction.

    Une salle entière est consacrée au « colonialisme nucléaire » ou comment les puissances détenant la bombe ont réalisé leurs essais en dehors de leurs territoires métropolitains : Iles Bikini pour les Etats-Unis, Kazakhstan pour l’Union soviétique, Algérie puis Polynésie pour la France. On y voit même une vidéo du président français Chirac justifiant la reprise des essais nucléaires français à Tahiti en 1995, expliquant que le taux de radioactivité naturelle est plus élevé à Paris qu’en Polynésie…

    Nous savons aujourd’hui que bien que nous ne puissions « faire » la nature au sens de la création nous sommes tout à fait capables de déclencher de nouveaux processus naturels, et qu’en un sens par conséquence nous « faisons la nature », dans la même mesure que nous « faisons l’histoire ». Nous n’avons atteint ce stade qu’avec les découvertes nucléaires, où des forces naturelles sont libérées, délivrées, pour ainsi dire, et où ont lieu des processus naturels qui n’auraient jamais existé sans l’intervention directe de l’action humaine.

    Hannah Arendt, « Between Past and Future » 1954

    L’exposition est troublante, comme l’est l’intrusion du nucléaire dans le domaine de l’art.

  • « Dans les pas d’Anatole Le Braz » à Ploumilliau

    « Dans les pas d’Anatole Le Braz » à Ploumilliau

    Un petit village breton des Côtes d’Armor, célèbre pour sa charcuterie, temps frais et grisonnant, le bistrot de la place de la mairie sert une potée bretonne et au sortir de ce déjeuner roboratif les convives traversent la place pour découvrir une exposition consacrée à l’écrivain Anatole Le Braz (1859-1926) dans la « salle du conseil ».

    Fils du pays, né à 50 km d’ici dans la commune de Duault, ayant habité Ploumilliau, professeur de philosophie et de lettres, il fréquente Ernest Renan, commence à publier des ouvrages « bretonnants » dans les années 1890. Son œuvre et sa vie sont consacrés à la Bretagne, et plus spécialement au Trégor. Il faut peut-être lire les livres de ce personnage de la Bretagne littéraire.

    D’après sa fiche Wikippédia, il est l’arrière-grand-père de la musicienne Tina Weymouth, bassiste du groupe américain Talking Heads, élément majeur du post-punk américain, et créatrice du groupe Tom Tom Club avec son mari, Chris Frantz, également batteur des Talking Heads.

  • « Anora » de Sean Baker

    « Anora » de Sean Baker

    Le film a reçu la palme d’or du festival de Cannes 2024, l’histoire d’une danseuse gogo, Anora, dite Ani, baragouinant un peu le russe du fait de ses ascendances, prestant ses services dans une boîte de striptease des quartiers russes de New York. Elle y rencontre un fils-à-papa russe, Ivan, dont la seule activité semble être de dépenser sans limite les sous accumulés par son père oligarque resté à Moscou mais qui a délégué une bande de pieds-nickelés arméniens pour surveiller le jeune fiston livré à lui-même et à ses dollars probablement pas très bien acquis.

    Ivan fait d’Ani son escort de luxe. Entre deux soirées bling-bling et trois rails de cocaïne, ils déboulent à Las Vegas en jet privé et s’y marient sur un coup de tête. La nouvelle atteint Moscou d’où l’oligarque et sa harpie de femme slave aux yeux bleus déboulent à New York dans un autre jet privé afin de démarier les tourtereaux. Il ne saurait être question que le fils de famille reste uni avec une « prostituée ». Il s’en suit des scènes rocambolesques dignes de Tarentino, les flots de sang en moins.

    Le film est plutôt drôle pour traiter des sujets graves : prostitution à New York et décadence russe. Pas sûr qu’il était nécessaire de lui délivrer une palme à Cannes.

  • « Chefs-d’œuvre de la Galerie Borghèse » au musée Jacquemard-André

    « Chefs-d’œuvre de la Galerie Borghèse » au musée Jacquemard-André

    Le musée Jaquemart-André rouvre après un an de travaux. Le visiteur ne voit d’ailleurs pas vraiment de changement par suite de cette rénovation qui devaient sans doute concerner plus la structure du bâtiment que son apparence comme intérieure. L’exposition de réouverture est le fruit d’un partenariat avec la Galerie Borghèse de Rome qui a prêté une quarantaine d’œuvres à Paris.

    C’est l’occasion de retracer le parcours de Scipion Caffarelli-Borghese (1577-1633), cardial romain qui fit construire la fameuse Villa Borghèse devenue désormais un musée dans lequel est exposé la richissime collection accumulée par le cardinal grâce à sa fortune accumulée via les taxes papales. On plonge ici au cœur de l’art de la Renaissance sous toutes ses formes. Les visiteurs peuvent admirer une formidable galerie de portraits de Raphaël, Titien, Le Caravage, et même de Rubens et quelques peintres européens du Nord étant passés par Rome. Ce sont des hommes et femmes de pouvoir qui sont portraiturés : nobles, bourgeois ou artistes. Les visages de ces personnages sont le plus souvent représentés sur un fond sombre mettant en valeur la finesse de leur représentation et le choix subtil des couleurs. D’ailleurs les murs sur lesquels sont accrochés les tableaux répartis dans huit pièces sont aussi peint en couleurs foncées, on se croirait dans l’obscurité de Saint-Agostino devant un Caravage…

    Evidemment les grandes sculptures présentes dans la Villa Borghèse ne peuvent pas être transportées en dehors de la Rome alors seuls quelques exemplaires des plus petites sont à Paris pour cette exposition dont une de Bernini.

    C’est un peu de la magie de Rome qui a été transportée boulevard Haussmann !

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  • « Lee Miller » d’Ellen Kuras

    « Lee Miller » d’Ellen Kuras

    Une production américaine avec ses biais habituels, notamment un peu de grandiloquence, mais un film qui a le grand mérite de faire porter le projecteur sur la photographe Lee Miller (1907-1977), une personnalité intéressante et émouvante qui a parcouru le XXe siècle et ses tragédies, dont elle ne s’est jamais vraiment remise, aggravées par ses propres drames qui ne sont à peine abordés dans le film dont son viol alors qu’elle était encore enfant.

    Emigrée des Etats-Unis vers l’Europe en tant que mannequin, elle devient photographe, rencontre les surréalistes Picasso, Cocteau, Eluard et Nush (qui apparaissent dans le film), devient la collaboratrice et amante de Man Ray, puis le quitte, réalise des photos de mode, se substitue à Man Ray dans nombre pour de ses commandes, repart aux Etats-Unis, revient au Royaume-Uni lorsque la IIe guerre mondiale éclate. Elle fait l’impossible pour être reconnue comme reporter de guerre pour Vogue et avoir accès au front, accès qui était alors refusé aux femmes. Finalement elle est envoyée à l’été 1944 à Saint-Malo où les combat entre les alliés et les Allemands font encore rage. Elle va suivre l’armée américaine dans sa marche vers l’Est, photographier l’ouverture des camps de concentration de Dachau et Buchenwald en avril 1945 où elle découvre l’indicible. Ses photos des déportés, survivants et morts, sont tellement effrayantes que Vogue refusera de les publier au Royaume-Uni. Elles ne seront dévoilées que dans l’édition américaine de Vogue. Le jour où Hitler se suicide à Berlin, elle accède à la demeure privée du Führer à Munich et fait prendre par son collègue-amant de guerre une photo d’elle en train de se baigner dans la baignoire d’Hitler !

    La suite est tout aussi tragique. Lee sombre dans l’alcool et ses dépressions se succèdent. En 1947 elle a un fils, Anthony, avec Roland Penrose dont elle partageait la vie à Londres en 1940. Elle continue son activité de photographe de façon intermittente. Après son décès en 1973 Anthony veille sur l’œuvre de sa mère (60 000 clichés). Selon le scénario il découvre ces photos après son décès et réalise le parcours suivi par sa mère au cœur de la barbarie européenne. Ces photos seraient restées relativement anonymes durant l’après-guerre jusque dans les années 1970, une époque durant laquelle il est vrai les horreurs de la guerre n’ont guère été révélées ni étudiées.

    Un film dispensable sur une femme exceptionnelle qui a développé une énergie hors du commun pour rendre compte du choc de la guerre. Elle y laissé son âme. En quittant la salle de projection, les spectateurs s’interrogent sur les hasards du destin qui transforme une femme issue du milieu éphémère de la mode en une reporter de guerre restée un modèle pour toute une profession.

  • « Musée Le Vergeur » à Reims

    « Musée Le Vergeur » à Reims

    Hugues Krafft (1953-1935) est un bourgeois d’origine allemande, né à Reims, de familles (paternelle comme maternelle) richement dotées, qui consacra sa vie à parcourir le monde avec son appareil photo en bandoulière. Il en revint avec force écrits et matériels photographiques qu’il publie et présente à l’occasion de conférences géographiques. Homme du monde il acquiert l’hôtel Le Vergeur en 1910 qui sera très endommagé au cours de la guerre de 1914-1918 et qu’il s’attachera à reconstruire et que l’on visite aujourd’hui, au milieu des souvenirs de voyages menés sur la planète entière, avec un attrait particulier pour les origines extrême-orientales.

  • « Les graines du figuier sauvage » de Mohammad Rasoulof

    « Les graines du figuier sauvage » de Mohammad Rasoulof

    Nous sommes en Iran après la mort de Mahsa Amini, étudiante iranienne d’origine kurde et de religion sunnite, arrêtée pour port de son voile non conforme. La ville de Téhéran est parcourue de manifestations de protestation contre ce qui ressemble fortement à un assassinat dans les locaux des services de sécurité. Le scénario du film de Mohammad Rasoulof nous emmène au cœur d’une famille bourgeoise iranienne tiraillée entre les tensions qui déchirent le pays depuis l’instauration de la dictature religieuse après la destitution du Shah d’Iran en 1979. Le père est enquêteur au ministère de la justice et, à ce titre, est impliqué dans la répression féroce que la police islamique mène contre les manifestants avec nombre d’exécutions décidées contre ceux-ci. Il est lui-même embrigadé par la propagande du régime qu’il sert tout en étant troublé par les décisions qu’il prend dans le cadre de ses fonctions. Son épouse est partagée entre son mari qu’elle aime et leurs deux filles, l’une étudiante, l’autre lycéenne, toutes deux en révolte contre le conservatisme de leur pays et… de leur père.

    Cette atmosphère familiale est à l’image de celle de l’Iran, écrasé sous la botte d’un pouvoir religieux moyenâgeux mais qui reste soutenu par une partie significative de la population. Comment concilier Dieu et le pouvoir temporel qui permet de développer un pays et sa population ? L’Iran n’a pas trouvé la solution et sa jeunesse aspire à une gouvernance éclairée sur un modèle plus ou moins occidental qui, notamment, permette l’émancipation des femmes maintenues, au nom de Dieu, dans un statut inférieur.

    Le film est parsemé d’images réelles des manifestations prises à l’aide des téléphones des manifestants illustrant la violence de la répression policière. La classique opposition entre les jeunes générations et leurs parents est ici exacerbée par l’aspect religieux qui rend non négociable la parole de Dieu pour gouverner le pays. C’est en son nom que plus de 500 manifestants ont été tués dans les rues, des milliers d’autres arrêtés et certains pendus après des simulacres de procès. Dans le film la foi du père dans ses certitudes religieuses le mène à appliquer les mêmes méthodes répressives contre sa propre famille qui se défend. Les choses ne vont pas se terminer très bien.

    Cette œuvre qui a reçu un prix spécial du jury au festival de Cannes 2024. Il laisse le spectateur fort peu optimiste sur l’avenir à court terme de l’Iran. La parole de Dieu apparaît irréconciliable avec les ambitions d’une jeunesse éprise de liberté et de Lumières. Les pays occidentaux ont eux aussi été confrontés à l’immobilisme et l’arbitraire religieux à un moment ou un autre de leur histoire. Ils en sont sortis en suivant des chemins différents. En France, les Lumières ont abouti à la laïcité, aujourd’hui remise en cause par une partie de sa population. Dans d’autres pays occidentaux le retour du fanatisme religieux veut rétablir la prééminence de la parole de Dieu sur la gouvernance des hommes. Personne n’est à l’abri d’un retour de l’obscurantisme et l’Iran ne semble pas prêt d’en sortir tant les religieux ont verrouillé le pouvoir dans leurs mains.

    D’ailleurs, le réalisateur Rasoulof qui a fait l’objet d’une nouvelle condamnation à 8 ans de prison en mai dernier pour « collusion contre la sécurité nationale », a fui clandestinement son pays pour pouvoir participer au festival cannois cette année. Auteur de différents films et documentaires critiquant le régime il avait déjà été emprisonné à plusieurs reprises.

    Après sa fuite d’Iran il a déclaré :

    J’ai toujours pensé que si je restais en prison pendant des années, je n’aurais ni la force ni la capacité de faire ces films… donc je dois d’abord les faire, et puis après, il sera toujours temps de rentrer et d’aller en prison.

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