Catégorie : Notes de lecture

  • BOURAOUI Nina, ‘Poing mort’.

    Sortie : 1992, Chez : Folio 2622.

    L’histoire courte et morbide d’une vieille gardienne de cimetière dont Nina Bouraoui retrace l’enfance étrange, pleine de monstres et de terreur. Il ne s’agit que de douleur, d’arrachement, de solitude mêlées entre présent et passé, bref, de cendres remuées au gré de la violence de la vie.

  • HUGONNIER Hugues, ‘Changer de modèle économique’.

    Sortie : 2011, Chez : Economica. Court opuscule destiné à remonter le moral des français sur le thème « notre pays a des atouts si nous voulons bien le réformer ». Un peu catalogue de mesures bateau, un peu liste d’illusions, ce livre professoral assène quelques vérités et des pistes d’idées, comme celle de contenir à 3% non pas simplement le pourcentage de déficit budgétaire par rapport au PIB mais plutôt le cumul du pourcentage de déficit et du pourcentage de croissance par rapport au PIB, de façon à pousser les Etats à redresser leurs finances publiques en période de croissance et à autoriser le déficit budgétaire en cas de décroissance.

  • Quignard Pascal, ‘Les désarçonnés’.

    Sortie : 2012, Chez : Grasset. Un livre étrange , le septième tome du cycle « Le Dernier Royaume », un style complexe et contemporain, « Les désarçonnés » ne sont pas faciles à aborder… Composé d’une succession de courts chapitres centrés sur une pensée, une référence littéraire ou philosophique ou historique, une comparaison, ce livre de Quignard donne l’impression de post-it collés dans un ouvrage, il n’y a pas trop de fil conducteur, on passe d’une époque de l’Histoire à une autre, qu’importe la pensée de l’auteur se développe et s’expose aux lecteurs étonnés.
    Il n’est pas écrit sur la couverture s’il s’agit d’un roman, d’un essai, d’un récit, c’est au lecteur de se faire son idée, il s’agit d’un Quignard.

  • Leys Simon, ‘Les habits neufs du président Mao’.

    Sortie : 1971, Chez : Editions Ivrea. Simon Leys (Pierre Ryckmans de son nom légal), écrivain-essayiste-sinologue belge est l’un des premiers intellectuels à avoir dénoncé l’escroquerie sanglante que fut la révolution culturelle dans la Chine de Mao à la fin des années 60. Il explique dans cet ouvrage comment cet révolution dite « culturelle » ne fut en fait qu’une bataille d’appareil dans laquelle Mao s’est battu pour reprendre le pouvoir absolu qui était en train de lui échapper. Pour ce faire il n’a pas hésité à manipuler les masses, les lançant les unes contre autres à grands coups de slogans ineptes et pour finalement rétablir l’armée comme fer de lance de son pouvoir réinstauré.
    Il y eut des centaines de milliers de morts, des liquidations de dirigeants, des exécutions d’intellectuels, des humiliations, des délations, des déplacements massifs de populations, des combats soi-disant idéologiques, un recul économique du pays, tout ceci au profit de l’égo surdimensionné d’un seul homme dont la presse vante les apparitions dans des termes ridicules, risibles si l’on ne parlait pas de féroce dictature : « L’instant le plus heureux, que de notre vie entière nous n’oublierons jamais, est arrivé ! L’orient est rouge, le soleil paraît ! Notre grandiose maître à penser, grandiose chef, grandiose général en chef, grandiose pilote, le président Mao, le visage rose et radieux, le corps robuste s’avance d’un pas ferme et prend place sur l’estrade… »
    Simon Leys a dénoncé cette idéologie absurde et la coupable indulgence d’une partie de l’intelligentsia européenne et notamment française à l’endroit de la dictature chinoise. Il fut même interdit d’enseignement en France par les actions sous-marines de quelques sinologues français béats… avant que cette intelligentsia ne réalise la vérité quelques décennies plus tard.

  • Tillion Germaine, ‘La Traversée du Mal’.

    Sortie : 1997, Chez : Arlea. Un court livre d’entretien entre Jean Lacoutur et Germaine Tillion inspiré de l’interview de l’ethnologue sur l’émission « A voix nue » de France Culture. Elle revient sur ses premières missions dans les Aurès dans les années 30, ses expériences de la résistance en 40, de sa déportation à Ravensbrück, de son engagement contre la torture en Algérie, de ses très nombreux écrits. Bref, une femme juste qui a traversé un siècle de barbarie sans perdre sa foi sur la nécessité d’améliorer le Monde.

  • Leroy Aymeric, ‘King Crimson’.

    Sortie : 2012, Chez : Le Mot et le Reste. L’histoire d’un groupe de légende mené par l’un des guitariste compositeur les plus prolifiques et original du monde du Rock : Robert Fripp. Depuis sa première apparition en 1969 jusqu’à sa nouvelle tournée annoncée pour septembre 2015, King Crimson a connu de multiples réincarnations en réunissant d’immenses musiciens (Greg Lake, Ian McDonalds, Adrian Belew, Tony Levin, Mel Collins, Pete Singfield,…). Il a considérablement influencé le courant du rock progressif même si Fripp a toujours rejeté cette appellation pour son groupe.
    Une musique complexe et sophistiquée qui est passée en 40 ans des nappes de mellotrons aux déluges répétitifs de guitares électroniques, le groupe a constamment innové sans concession avec les modes des époques traversées. Il en reste un œuvre contemporaine de première ordre qui n’est pas forcément d’un abord très aisé.
    Fripp organise par ailleurs la documentation de cette histoire musicale sur un site (www.dgmlive.com) sur lequel sont publiés tous les matériaux disponibles du groupe : son, images, vidéos, soit gratuitement soir à des prix très abordables. On y trouve également divers blogs d’une richesse infinie, de Fripp lui-même et d’autres membres des diverses formations et projets musicaux auxquels il a participé.
    Aymeric Leroy est manifestement un fan de la première heure de King Crimson qui est de nouveau sur la route en cette année 2015, il va falloir prévoir une ré-édition augmentée !

  • Moitessier Bernard, ‘La longue route’.

    Moitessier Bernard, ‘La longue route’.

    Sortie : 1971, Chez : Arthaud.

    Bernard Moitessier, le poète de l’Océan, revient sur sa course autour du monde en 1968 sur Joshua, son voilier de 12 mètres. Loin du fracas de la modernité il passe dix mois en mer dans le cadre d’une course organisée pour quatre concurrents. A une époque où il n’y a ni radio ni GPS, il raconte cette solitude maritime alors qu’il passe les grand caps des mers du Sud. Une communion avec les éléments et son bateau dont il parle comme d’une femme.

    Et puis alors qu’il a passé le Cap Horn et est censé remonter vers le Nord et la ligne d’arrivée en vainqueur au Royaume-Uni, il décide de continuer dans le Sud et catapulte un message sur un cargo disant : « Je continue sans escale vers les îles du Pacifique, parce que je suis heureux en mer, et peut-être aussi pour sauver mon âme ». Il repasse la Cap de Bonne Espérance et termine à Tahiti, où il passera une partie de sa vie, comme tant de marins.
    C’est l’histoire d’une véritable aventure humaine où le rêve et la méditation se mêlent à l’exploit.

  • George Susan, ‘Les usurpateurs (Comment les entreprises transnationales prennent le pouvoir)’.

    Sortie : 2014, Chez : Seuil. Susan George, présidente d’honneur du mouvement altermondialiste « Attac-France », franco-américaine expliquent comment un pouvoir non démocratique, celui des entreprises transnationales, non élu, prend le pas sur le pouvoir élu. C’est le jeu du lobbying effréné de ces intérêts privés, c’est la prééminence de la puissance économique sur le politique, c’est une vieille histoire, hélas…
    Par des des exemples précis comme celui du traité de libre-échange en cours de négociation (plus ou moins opaque) entre l’Union européenne et les Etats-Unis où le point d’achoppement majeur réside sur le pouvoir que l’on voudrait donner au secteur économique d’attaquer les Etats devant des chambres arbitrales privées si leurs décisions nuisaient aux intérêts des entreprises.
    C’est encore le pouvoir diffus pris par le forum de Davos qui déploie son influence et ses pressions sur les pouvoir étatiques pour orienter leurs décisions.
    L’aboutissement ultime du libéralisme serait que l’Etat soit considéré comme un tiers comme un autre dans le jeu économique. Nous n’en sommes pas encore là mais la frontière peut être parfois ténue entre lobbying et intérêts malsains. La puissance économique et financière si elle était seule juge tournerait rapidement à la dictature. Les Etats (si possible démocratiques) sont en principe en place pour assurer que l’intérêt général des citoyens est placé au-dessus de tout. La tâche est rude et ils peinent de plus en plus à la réaliser.

  • de Gaulle Anthonioz Geneviève, ‘La Traversée de la nuit’.

    Sortie : 1998, Chez : Seuil.

    Ravensbrück 1945 : la guerre mondiale deuxième du nom se termine mais les camps d’extermination nazis sont encore pleins. Geneviève, nièce du Général de Gaulle y est emprisonnée pour fait de résistance. Ses tortionnaires la tirent soudain de son baraquement et de son commando de travail pour l’enfermer dans un cachot individuel.

    Craignant son exécution, elle raconte les quelques jours d’angoisse alors vécus, séparée de ses camarades de combat et de douleur. Les mots sont d’une grande simplicité et débordent d’émotion. C’était la barbarie au cœur de notre vieille Europe.

    Il lui aura fallu 50 ans pour revenir sur cette expérience en 60 pages bouleversantes.

  • Blum Bruno, ‘Lou Reed – Electric dandy’.

    Sortie : 2014, Chez : Le Castor Astral.

    L’histoire passionnée de Lou Reed par Bruno Blum, célèbre journaliste-écrivain du rock. Lou Reed co-fondateur du groupe de légende The Velvet Underground, Lou Reed colérique et exigeant, déprimé et créateur, drogué et inspiré, décédé fin 2013 à 72 ans alors que peu d’admirateurs auraient parié sur une mort paisible dans son lit.
    Lou Reed a éclos dans l’entourage d’Andy Warhol en 1966 et initié un mouvement musical et poétique qui inspira nombre de groupes par la suite. Sombre et urbain, il raconte dans ses textes la dévastation des quartiers de New-York à cette époque où se croisent dealers et intellectuels de la beat generation.
    Il crée un son brutal et sophistiqué, techno et contemporain, sans arrêt en recherche d’innovation n’hésitant pas provoquer la critique et ses fans pour l’emmener sur les chemins d’avant-garde qui sont ceux qu’il fréquente.
    Une fois séparé du Velvet, fâché avec tous ses amis, il traversera des périodes désertiques avant de renaître dans les années 90 et d’être enfin reconnu comme l’artiste majeur de son temps. Il surfe alors de disques en opéra, de poèmes en créations littéraires, de concerts sublimes en comportements exécrables. Il terminera son œuvre avec Lulu, une histoire sordide mise en musique avec Metallica, un groupe de hard-rock, dernier clin d’œil à son public un an avant sa mort en octobre 2013.
    Pas tout à fait une dernière œuvre car des kilomètres de bandes magnétiques inédites sont amenées à ressortir des tiroirs dans les années à venir.
    Outre l’histoire musicale de Lou, Bruno Blum chronique par le menu détail un grand nombre d’enregistrements sous de multiples versions de l’œuvre de géant que fut Lou Reed, finalisant ainsi la troisième (et sans doute dernière) version de sa biographie reedienne. Une référence !

  • Moraly Jean-Bernard, ‘Jean Genet – La vie écrite – biographie’.

    Sortie : 1988, Chez : Editions de la Différence. La vie de Jean Genet reconstituée mais avec des zones d’ombres jamais vraiment levées : celle d’un rebelle qui s’est jeté à corps perdu dans l’écriture comme pour accomplir une mission divine. L’écrivain a connu un parcours houleux, de foyers de l’assistance sociale en séjours en prison, de la comédie française aux camps palestiniens, il a été de toutes les révoltes de son temps, aux cotés de Sartre et des Blacks Panthers notamment. Il a écrit pour le théâtre, des romans, des journaux, des articles, avant de mourir d’un cancer et d’être enterré à Larache au Maroc.
    Reste maintenant à découvrir son œuvre.

  • Carrère Emmanuel, ‘Le Royaume’.

    Sortie : 2014, Chez : P.O.L. Carrère relit les évangiles et nous le fait savoir. Il y a quelques années il fut croyant, noircissant des cahiers de notes avec les pensées que lui inspirait cette foi passagère. Des années plus tard il se replonge dans ces écrits et en profite pour réaliser un travail considérable d’historien de la Bible. Non seulement il la relit, ainsi que nombre de textes et travaux connexes, mais il l’interprète et nous la raconte à sa manière. On suit ainsi les pérégrinations des apôtres Luc et Paul à travers l’Empire romain pour y répandre le message de Jésus. Là où l’information manque dans la Bible il ajoute ses propres interprétations.
    Le texte original étant un peu longuet et ennuyeux, le travail de Carrère l’est aussi. 630 pages sur la vie de Paul et Luc, on aurait pu faire plus concis. Ce que n’expliquent ni l’original ni son exégèse, c’est comment ce message a pu traverser les millénaires en provoquant tant de fureur !

  • Langaney & Clottes & Guilaine interrogés par Simonnet André & Jean & Jean interrogés Dominique, ‘La plus belle histoire de l’Homme’.

    Sortie : 1998, Chez : Points P779. « La plus belle histoire de l’Homme » ou comment l’homo-sapiens a progressivement colonisé la planète et lancé notre espèce. Du chasseur-ceuilleur à l’agriculteur, des petits groupes mobiles aux sédentaires, de la solidarité des débuts à l’instauration du pouvoir, et comme un marqueur de cette histoire de l’Humanité, l’art rupestre qui a traversé les millénaires et a finalement arrêté d’être produit seulement au XXème siècle !
    Ce livre est composé de trois dialogues avec un généticien sur la conquête du territoire, un conservateur du patrimoine sur la conquête de l’imaginaire et un historien sur la conquête du pouvoir.
    Passionant et mystérieux.

  • Young Neil, ‘Une autobiographie’.

    Sortie : 2012, Chez : Points P3111.

    L’itinéraire d’un hippie canadien de génie : à presque 70 ans, Neil Young se décide à raconter sa vie. Musicien hors pair de sa génération, poète subtil de notre monde, il a bercé tant d’autres existences de ses mélodies et de ses mots ! Sa vie a été celle de la génération Woodstock avec un talent inégalé. Il a participé à de multiples projets musicaux depuis ses débuts, est resté fidèle à son groupe de base le Crazy Horse, a bricolé le son sa vie durant, traversé l’arrivée du numérique, composé des chefs d’œuvres, compromis ce qu’il fallait avec l’industrie, vécu l’utopie hippie sur la cote californienne et… rendu heureux des millions de fans.

    On apprend aussi sa passion pour les vieilles voitures américaines qu’il veut transformer en véhicules électriques, son projet de révolutionner la qualité sonore des baladeurs, les épreuves de sa vie avec deux enfants handicapés.

    Bien sûr il est question de beucoup de morts et de regrets dans ce livre. Des musiciens fauchés par la drogue à une époque elle était considérée comme favorisant la création, et puis des artistes atteints par la limite d’âge qui n’a pas encore frappé Neil, compositeur et guitariste de légende, déplaçant encore les foules comme à Paris en 2013 avec Crazy Horse.

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2013/06/neil-young-crazy-horses-20130606-paris-bercy/
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    Le journal d’un homme attachant.

  • Dupont-Monod Clara, ‘Le roi disait que j’étais diable’.

    Sortie : 2014, Chez : Grasset. Les années du XIIème siècle durant lesquelles Aliénor d’Aquitaine fut mariée avec Louis VII, réunissant ainsi le duché d’Aquitaine et le royaume des Francs. Alors que le roi est pieux et introverti, elle est froide et ambitieuse. Le roman donne la parole à l’un et à l’autre pour narrer les mêmes évènements, du mariage à la croisade, de la répression de Vitry à la promotion de l’art à la cour. Un petit roman vif qui remet en mémoire l’Histoire de cette époque, finalement éternellement identique lorsqu’il s’agit de Pouvoir.

  • Lydon John, ‘La rage est mon énergie’.

    Sortie : 2014, Chez : Seuil. L’autobiographie de « Johnny Rotten » leader-fondateur-chanteur du groupe punk Sex Pistols qui a dynamité la scène rock dans la deuxième moitié des années 70s. Il a survécu au mouvement punk, aussi fulgurant que nihiliste, et c’est déjà un signe qu’il fut plus malin que bien d’autres, notamment son pote « Sid Vicious », bassiste éphémère du groupe, mort à 21 ans emporté par l’héroïne et la folie.
    Johnny raconte son enfance dans les quartiers populaires de Londres où dans les années 60 les gamins jouaient encore dans les ruines de la seconde mondiale non encore reconstruites…, son adolescence dans les squats, sa passion pour la musique (X-Ray Spex, Status Quo, New York Dolls, Ramones, David Bowie…), la baston dans les concerts et l’incroyable révolte punk qui a engendré un fantastique renouveau du rock post hippie-flower-power, puis la création des Sex Pistols, groupe d’un disque unique et d’exploits sociétaux d’un genre plutôt particulier.
    Après l’explosion en vol des Pistols, le garçon continue une route musicale (un peu) plus calme avec son nouveau groupe PiL (Public Image Limited), s’installe aux Etats-Unis (New-York puis Los-Angeles) où il vit encore et a même obtenu la nationalité américaine.
    Marié avec Nora dont la fille était la chanteuse du groupe punk féminin The Slits, il perd un peu de notre temps à narrer ses participation à des émissions de télé-réalité dont il aurait sans doute pu se passer, mais même la révolte a une fin !
    Ce récit nous replonge dans le Royaume Uni thatchérien où une bande de gamins hirsutes aux cheveux verts et rouges ont secoué le cocotier culturel de la Couronne et diffusé sur le reste de la planète une formidable vague d’énergie rock… dont les effets se font encore ressentir.

  • Manset , ‘Visage d’un dieu inca’.

    Sortie : 2011, Chez : Folio 5540. La rencontre de Bashung avec Manset autour du dernier disque d’Alain, sorti quelques mois avant sa mort d’un cancer, dans lequel Manset a signé trois chansons et où Bashung reprend également « Il voyage en solitaire ».
    Les deux artistes qui ne s’étaient jamais véritablement croisés se retrouve dans Paris autour de ce dernier disque pour en partager la construction et le succès. Manset parle de cette rencontre avec un style mystérieux et poétique. 120 pages harmonieuses sur une création qui a réuni deux artistes français uniques, un moment éphémère où se mêlent admiration, amitié et création et aboutit à une ouevre véritable.

  • De Luca Erri, ‘Le tort du soldat’.

    Sortie : 2012, Chez : NRF Gallimard. Le court récit de trois destins qui se percutent sur fond de Kabbale, de chasse aux anciens nazis, d’écrits hébreux et d’amour filial. Enlevé et profond, hanté par le souvenir des horreurs du XXe siècle.

  • Morrissey, ‘Autobiography’.

    Sortie : 2013, Chez : Pengui Classics.

    L’autobiographie du chanteur-compositeur-co-fondateur des Smiths (avec le guitariste Johnny Marr), groupe météorite des années 80s post punk. Publié par les éditions très littéraires Penguin Classics, l’ouvrage semble écrit d’une traite, il n’y a pas de chapitres, à peine des sauts de paragraphe, on dirait du Proust ! Avec une belle énergie le rocker raconte son enfance et sa vie d’homme, tournées vers la musique comme un viatique. Réputé pour sa dépression permanente il n’en donne pas l’image dans ces pages vigoureuses où l’urgence de vivre emporte tout : « Life is Only Now ».

    De Manchester à Los Angeles en passant par Rome, on suit les pérégrinations de l’artiste et son voyage intérieur dans la création, d’abord avec les Smiths, puis en solo. De la musique il est finalement assez peu question, comme si ses disques et ses paroles en disent assez. On passe du temps dans les méandres légaux qui ont suivi l’éclatement du groupe de Manchester, dans ses démêlés avec les maisons de disque, des musiciens qui vont et qui partent, parfois avec fracas, mais c’est aussi ça la vie d’artiste. Tout n’est pas rose ni facile mais l’équilibre de l’ensemble a permis à l’œuvre de naître, parfois au détriment de l’équilibre de l’artiste lui-même !

    Il faut attendre les dernières pages pour lire les notes de ses dernières tournées : une succession d’impressions et de sentiments relevés au hasard de villes traversées l’espace de quelques heures. Beaucoup de feeling partagés avec ces foules qui l’acclament et reprennent ses vers aux quatre coins de la planète. Ce grand solitaire un peu perdu sait transmettre aux masses, n’est-ce pas le propre des vrais artistes ?

  • Riel Jorn, ‘Un safari arctique’.

    Sortie : 1976, Chez : 10/18. La suite des aventures de la joyeuse bande de chasseurs de phoques de l’est du Groenland connus dans « La vierge froide et autres racontars ». Toujours de l’humour, de l’eau de vie et des grands froids chez ces hommes endurcis par la banquise et la solitude, loin de tout mais pas de l’humanité.