Catégorie : Notes de lecture

  • KHADRA Yasmina, ‘L’équation africaine’.

    Sortie : 2011, Chez : Julliard.

    L’histoire terrifiante de deux allemands pris en otage sur leur voilier par des pirates au large de la Somalie ! C’est un ouragan de sentiments et de violence qui s’affrontent : la haine recuite de l’Afrique contre ses anciens esclavagistes et colonisateurs, la culpabilité de « l’homme blanc », l’attrait du gain, la perte de toute humanité et la mort qui rôde partout. Mais nous sommes dans la fiction alors l’auteur introduit une petite lueur d’espoir qui n’existe sans doute pas dans la vraie vie.

  • Kerouac Jack, ‘Sur la route’.

    Sortie : 1960, Chez : . La relecture d’un ouvrage mythique de nos 20 ans, à l’heure où ce roman de Kerouac est adapté à l’écran. Le livre n’a pas pris beaucoup de rides et permet de se replonger avec excitation dans les pérégrinations délirantes de Sal Paradise et Dean Moriarty, très sérieusement inspirées des vies de l’auteur et de Neal Cassady. C’est la fin des années quarante aux Etats-Unis, la respiration d’après le deuxième conflit mondial, l’explosion du jazz, l’apparition des poètes-philosophes de la beat génération (Allen Ginsberg qui sera un ami du duo), Dean et Sal sont pris d’une incroyable frénésie d’aller-retour entre les côtes Est et Ouest des Etats-Unis. Ils empruntent et volent n’importe quel véhicule et transforment leurs voyages en une accumulation sauvage d’expériences de drogue, d’aventures de femmes et surtout de délires verbaux sur leur vision du monde qui n’est pas commune. Ce sont les nouveaux cow-boys de la pensée à l’attaque d’une Amérique où tout est encore possible. Le rythme est palpitant, à chaque pas on s’attend au pire mais ces hurluberlus s’en sortent toujours avec toujours plus de folie, d’énergie et d’enthousiasme. Dans la « vraie vie » leur fin sera souvent plus désespérée, mais qu’importe, ce livre est celui d’une génération et n’en finit pas d’inspirer les suivantes.

  • Suyin Han, ‘La montage est jeune’.

    Sortie : 1958, Chez : Livre de Poche 1580>1582. L’histoire d’un amour fusionnel à l’ombre des montagnes de l’Himalaya dans la vallée de Katmandou entre une anglaise et un indien. Dans une Asie en voie de décolonisation les cultures occidentales et locales se confrontent sous le regard des Dieux et au bruit des moulins à prières bouddhistes. Une aventure un peu surannée, une écriture agréable pour une histoire d’amour éternelle racontée par une auteur elle-même issue du mélange des cultures chinoises et européennes.

  • Churchill Winston, ‘Mémoire de guerre 1941-1945’.

    Sortie : 2010, Chez : Tallandier. Depuis la bataille de l’Atlantique jusqu’à Hiroshima, la fin de la 2ème guerre mondiale et les prémices de la guerre froide si bien anticipée par Churchill qui est l’inventeur du terme « rideau de fer ». L’auteur nous emmène sur tous les théâtres d’opération : l’Europe occidentale, les Balkans, la Méditerranée, l’Afrique, l’extrême Orient ; nous fait partager les secrets des réunions des 3 alliés (Roosevelt [puis Truman], Staline et Churchill) menées à travers la planète pour diriger la guerre et préparer la paix, tout au long de ce conflit qui a véritablement embrasé la planète entière.
    La traduction a été améliorée par rapport aux éditions originales, le texte sérieusement réduit et agrémenté de notes historiques tempérant l’enthousiasme de l’auteur ou rétablissant la vérité historique.

  • Churchill Winston, ‘Mémoire de guerre 1919-1941’.

    Sortie : 2009, Chez : Tallandier. L’irrépressible montée du nazisme post-traité de Versailles dans l’entre deux-guerres mondiales, l’incroyable faiblesse de la politique européenne face à l’Allemagne re-conquérante, l’esprit de résistance du peuple britannique, le grignotage territorial et violent d’Hitler et finalement l’entrée en guerre de la France et du Royaume-Uni ; une aventure insensée, celle du siècle de nos parents, racontée avec la verve et l’enthousiasme d’un dirigeant de légende : Churchill !

  • Soljenitsyne Alexandre, ‘Le pavillon des cancéreux’.

    Sortie : 1968, Chez : Pocket 1910. Au cœur des années 50, le parcours de cancéreux au milieu de nulle part de l’Union soviétique en voie de déstalinisation. On y suit quelques semaines durant la vie de personnages incroyables : membre du parti, déporté par le NKVD, moujik d’Asie centrale, médecins dévoués, etc. centrés sur la maladie qu’ils subissent ou qu’ils soignent dans la mesure de leurs moyens et des instructions du Parti. Et au milieu de tout ce fatras de souffrance et de bureaucratie il reste l’humain si bien peint par Soljenitsyne, avec humour, tendresse et dérision. L’auteur, un temps malade, a fait un séjour dans ce pavillon durant sa relégation avant d’en ressortit miraculé. Et comme toujours dans ses romans, il y a du souffle, de la vie, du vrai. Et comme toujours Soljenitsyne s’avère un extraordinaire conteur des misères de l’existence soviétique et humaine.

  • Thibault Matthieu, ‘La Trilogie Bowie-Eno’.

    Sortie : 2011, Chez : . Rédigée comme une thèse de musicologie, c’est le déroulé des trois disques majeurs de David Bowie : Low, ‘Heroes’ et Lodger. L’auteur détaille les influences, les inspirations, les origines et les recettes de l’équipe de musiciens et de techniciens qui autour de Bowie et Eno vont jouer et produire cette trilogie qui va bouleverser le rock de la fin du XXème siècle.

  • Blouin Patrice, ‘Une coupe du monde – Télégénie du football’.

    Sortie : 2011, Chez : Actes Sud / Villa Arson. Encore un livre style thèse universitaire sur la télévision et le fouteballe. C’est assez verbeux, autosatisfait et inintéressant. On a l’impression que l’auteur s’emploie plus à trouver des mots savants qu’à analyser les complicités louches entre foot et télé, les deux monuments de la beaufitude française, voire européenne.

  • Duhamel Alain, ‘Portraits souvenurs – 50 ans de vie politique’.

    Sortie : 2012, Chez : PLON. Alain Duhamel, journaliste plutôt malin, a croisé les plus grands sur une base que l’on découvre très régulière. De Mendès-France à Mitterrand en passant par Aron, on découvre une liste de politiques, la plus grande partie, mais aussi d’intellectuels, qui ont échangé avec ce plumitif. Il revient sur 50 d’entre eux avec des portraits concis, parfois affectueux, jamais agressifs ni pisse-vinaigre. On y découvre aussi ce cacique des plateaux média depuis tant de décennies sous un jour sympathique, analytique, bref un journaliste à sa place, dans l’analyse plus que l’information, conscient aussi de ce qu’il était utilisé par tous ces politiques avides de communication, mais pour certains aussi de vraie réflexion.

  • Richards Keith, ‘Life’.

    Sortie : 2010, Chez : Points P2701.

    Life de Keith Richards, le guitariste fondateur des Rolling Stones : c’est haletant, passionnant et plutôt bien écrit. On y découvre une vie de passion pour la musique et le blues depuis la plus tendre enfance. Une vie excessive aussi à bien des égards mais dont il sort indemne ou presque avec étonnement. C’est aussi l’aventure d’un groupe qui va fêter ses cinquante années d’existence cette année, qui écumé toutes les scènes de la planète durant ces cinq décennies et créé parmi les hymnes les plus célèbres des générations d’après-guerre. De Satisfaction dans la cour de mon lycée au Stade de France pour le Biggerband Tour en 2007, les Rolling Stones sont un peu notre famille commune à tous. Life c’est l’histoire d’un musicien dans le XXème siècle. Quel destin ! Il n’a probablement pas tout écrit lui-même, mais en tout cas il a raconté (à James Fox) et il a vécu. Vraiment une bonne surprise que ce livre !

  • Otelli Jean-Pierre, ‘Erreurs de Pilotage 5’.

    Sortie : 2011, Chez : Editions ALTIPRESSE.

    L’analyse détaillée d’erreurs de pilotage dont celle du vol Air-France Rio-Paris en 2009. Dans ce dernier cas, l’étude des « boîtes noires » a montré qu’il ne s’est pas agit pas d’une erreur de pilotage mais de quasiment 10 minutes de succession d’actions désordonnées, contraires aux principes et d’un commandant qui n’a pas repris les commandes quand il aurait du. Si ce qui est écrit est vrai c’est vraiment un accident du à l’incompétence. Il est clair que la panique puisse faire perdre ses moyens de raisonner, ce qui est stupéfiant dans cette affaire est que les trois pilotes aient perdu en même temps leurs capacités et n’aient pas compris ce qui se passait. Conclusion : l’Homme est faillible et la machine l’est beaucoup moins.

  • Waltari Mika, ‘Jean le Pérégrin’.

    Sortie : 1979, Chez : Phébus – libretto. Un roman posthume de l’écrivain finnois dans lequel on suit les pérégrinations d’un jeune scribe au XVème siècle, des conciles cherchant à réconcilier les églises romaine et orthodoxe, aux croisades contre l’empire ottoman en passant par Constantinople et la vieille Italie, Jean à la recherche du savoir, tiraillé entre Dieu et les tentations du Monde évolue de Europe à Orient à la fin du moyen-âge. Le roman est parfaitement documenté et plonge le lecteur dans cette époque passionnante, aussi mystique que violente.

  • Péan Pierre, ‘La République des Mallettes – enquête sur la principauté française de non-droit’.

    Sortie : 2011, Chez : Fayard. Nouvelle enquête de Péan sur les coup-fourrés de la République : elle fait froid dans le dos et narre la mise en orbite sous les dorures de l’Etat d’un délinquant sarcellois qui à force d’entregent, de culot, d’ambition et de séduction aurait réussi à s’imposer comme intermédiaire dans nombre de contrats publics d’armement, à encaisser, détourner, rétro-commettre de fabuleux montants de commissions recyclées dans les porcheries de notre beau pays. On imagine que ce qui est écrit peut être vrai bien que non vraiment étayé par l’investigateur. D’ailleurs on ne sait toujours pas bien ce qu’est un « intermédiaire en contrats d’armement », ce qu’il fait en arrivant au bureau le matin ? On comprend vaguement que la gente politique s’encanaille en fréquentant des loubards affairistes qui règlent parfois leurs comptes à coups de flingue et à qui Elle fait réaliser ses basses œuvres. Tout ici n’est que dépravation, ambition, tape-à-l’œil et machiavélisme, donnant une bien piètre image des princes sui nous gouvernent. Peut-être que la Politique ce n’est pas que ça ?

  • Soljenitsyne Alexandre, ‘Une journée d’Ivan Denissovitch’.

    Sortie : 1962, Chez : Robert Laffont Pavillons Poche. Le livre fondateur de l’œuvre de Soljenitsyne qui révèlera un des géant de la littérature du XXème siècle. On y découvre l’univers concentrationnaire stalinien peint avec humour et dérision, ce style qui siéra si bien au maître russe tout au long de sa carrière. Clin d’œil de l’Histoire, ce premier roman sera publié en URSS sous Khrouchtchev avant d’être interdit par les gérontocrates qui lui succèderont. 200 pages pour découvrir les petites et grandes misères du goulag, il n’y a pas de critique politique ouverte mais juste la description de la vie du camp. L’ironie permanente qui imprègne le style réduit sans doute l’aspect terrible de cet environnement pour celui qui ne connaît pas l’Histoire soviétique, mais lui donnera peut-être l’envie d’en savoir plus.

  • Littell Robert, ‘L’hirondelle avant l’orage’.

    Sortie : 2009, Chez : POINTS P2348. Un poète se bat contre Staline dans l’Union soviétique des années 30. Avec un humour glaçant Littell revient sur le système concentrationnaire de cet Empire en suivant le cheminement du poète Mandelstam, avec un éclairage intéressant sur la personnalité du maître du Kremlin fasciné par les artistes. Ils ont joué leur rôle dans la chute de l’URSS, et ils ont payé, comme les autres, leur écot à la folie de ce système.

  • Pécassou-Camebrac Bernadette, ‘La Dernière Bagnarde’.

    Sortie : 2011, Chez : Flammarion. Un roman documentaire sur le bagne de Cayenne, fermé définitivement en 1946, camp de concentration officiel de la République où furent déportés après leurs condamnations des milliers d’hommes et de femmes dans des conditions effroyables. Ils y purgeaient leurs peines et souvent y finissaient leurs vies par manque de moyens pour revenir en France une fois « libres ». La dernière bagnarde, Marie Bartête, a existé et sa vie en Guyane a pu être ce que décrit la romancière: une horreur.

  • Stevens Shane, ‘Au-delà du mal’.

    Sortie : 1979, Chez : POCKET 13901. 900 pages haletantes sur les périgrinations sanguinaires d’un psychopathe aux Etats-Unis dans les années 70. Pendant que notre « héros » découpe en morceaux des femmes de rencontre à la recherche d’une mère qu’il a mythifiée après l’avoir assassinée, on croise le monde de la politique et de la presse dans la déliquescence de la fin du mandat Nixon. C’est l’Amérique véreuse et violente où le bien ne finit pas toujours vainqueur.

  • Hélias Pierre Jakez, ‘Le cheval d’orgueil – Mémoires d’un breton du pays bigouden’.

    Sortie : 1975, Chez : Plon – Terre Humaine. Un livre délicieux narrant la vie paysanne au fin fond de la Bretagne dans le premier tiers du XXème siècle, écrit avec douceur et subtilité (et en breton à l’origine). C’est tout un monde de tendresse familiale, de solidarité villageoise, de dureté de la vie de tous les jours qui s’ouvre au lecteur. Traité d’anthropologie bretonne, l’ouvrage se lit comme un roman, on y découvre les querelles picrocholines entre marins et paysans, entre « blancs » et « rouges », entre langue bretonne et langue française, entre haut et bas du bourg de Pouldreuzic, on y apprend surtout la vie d’un gamin des landes dressé par la droiture et l’exemple de parents dures à la tâche misant tout sur l’avenir de leurs enfants. On y ressent une douce nostalgie d’un temps qui n’est plus, mais surtout une immense reconnaissance à sa culture, son pays et les êtres sui l’ont entouré.

  • Powers Richard, ‘L’ombre en fuite’.

    Sortie : 2000, Chez : 10/18 4317. La description de deux mondes parallèles, l’un tout en virtualité où des ingénieurs s’efforcent de récréer la vraie vie grâce à un simulateur, l’autre, celui d’un otage pourrissant des années durant dans une geôle au Liban et survivant grâce à ses rêves. Les premiers vont participer involontairement à un entreprise de destruction, le second va vaincre la déchéance grâce à la puissance de sa pensée. Une étrange parabole, pleine d’espoir, où l’humain l’emporte sur la machine. Cela se termine bien !

  • Petitfils Jean-Christian, ‘Louis XVI – 1786-1793 (tome 2)’.

    Sortie : 2005, Chez : Tempus 358. Louis XVI et la monarchie emportés par la tempête révolutionnaire jusqu’à l’échafaud : il s’en est fallu de peu pour que le bon Louis ne puisse sauver sa couronne mais la révolution de tous les excès a eu le dernier mot devant un roi indécis qui n’était pas vraiment un meneur d’hommes. Les leaders montagnards ont voulu que des flots de sang accompagnent la fondation de la République en France. Cet extrémisme marquera pour les siècles suivants l’idéologie « gauchiste » d’une partie de la politique et du monde intellectuel français. Le procès de Louis XVI a précédé les procès de Moscou mais il fut le terreau de la France moderne, fertile à certains égards, dramatique pour bien d’autres… Petitfils explique avec talent ces moments où tout a basculé et analyse avec précautions cette famille royale finalement dépassée par les évènements menés par des révolutionnaires implacables.