Les Etats-Unis ont décidé de fermer le ministère fédéral de l’éducation. Les citoyens et le monde médiatique français sont stupéfaits devant une telle disruption. Evidemment, en France, l’éducation nationale est « nationale » comme l’indique son nom. Cette administration compte plus de 1,3 millions de personnels dont 0,8 d’enseignants. Le choix français, comme dans beaucoup d’autres domaines, est celui de la centralisation. Les Etats-Unis ont décentralisé la gestion de l’éducation au niveau des Etats américains. Ce sont des options différentes. Si l’on en juge les résultats des différentes évaluations internationales (PISA et similaires), il n’est pas démontré que le système américain soit moins efficace que les autres.
Plus surprenant, on apprend que l’Etat fédéral américain vient de suspendre le versement de subventions aux universités de Colombia et de Harvard accusées de tendances pro-palestiennes. Il s’agitait de sommes significatives : 400 millions USD pour la première, 2,5 milliards USD pour la seconde. On pensait ces universités américaines totalement privées, d’où les droits d’inscription très élevés par rapport aux standards français. Ils le sont en effet mais une partie du financement relevait de l’argent public américain jusqu’à ce qu’ils soient suspendus par l’administration.
Avec les termes fleuris qui lui sont chers le président Trump règle son compte à Harvard et tout ce que représente dans le monde cette université d’élite.
Harvard est une BLAGUE, qui enseigne la Haine et la Stupidité, et ne doit plus recevoir de fonds fédéraux.
Dans le magnifique parc de la cité universitaire du XIVe arrondissement de Paris la maison de la Corée expose l’histoire du soulèvement de l’île de Jeju le 4 mars 1948, encore appelée « Jeju 4:3 », qui dura presque un an et fit 30 000 morts et entraîna la destruction de nombreux villages.
Après la seconde guerre mondiale, la Corée fut divisée en deux, le Sud est administré par les Etats-Unis et le Nord est laissé sous influence soviétique. En 1948 le gouvernement militaire américain se retire pour laisser la place à un président élu, plutôt du genre autoritaire. Les soviétiques refusent le principe de telles élections dans la partie Nordvqu’ils administrent.
L’île de Jeju située au sud de la péninsule va alors se révolter contre la partition du pays qui s’annonce, et qui dure encore aujourd’hui. Le 3 avril 1948 l’armée coréenne du sud réprime la révolte et fait des centaines de morts. La rébellion mêle des ressentiments des partis politiques et de la population post-guerre : ceux qui ont collaboré avec l’occupant japonais, les anti-communistes ou ceux qui, sincèrement, s’opposent à la division du pays. La « guerre froide » a commencé aussi en Asie. Les conditions de vie sont encore difficiles. L’armée sud-coréenne ne fait pas de quartiers et l’anticommunisme du gouvernement justifie nombre d’exactions, à Jeju comme ailleurs.
La Corée du Sud est une dictature militaire et la répression féroce du soulèvement de Jeju sera cachée durant 50 ans. Ce n’est qu’au retour de la démocratie dans les années 1990 qu’un travail historique fut mené en Corée du Sud pour reconnaître ce qui s’était passé. Des excuses officielles furent alors prononcées par le gouvernement.
A la sortie de l’exposition, une jeune femme coréenne s’incline devant le visiteur pour lui remettre un pin en forme de camélia rouge, symbole de la paix retrouvée à Jeju. Un flyer de l’œuvre « Waiting » du peintre Lee Myoug-bok est également distribué. Il représente une jeune femme devant la cascade de Jeongbang où furent massacrées 250 personnes. Il fait nuit et une pluie de camélias coule en plus de l’eau.
A day, a week, a month, a year have become seventy years and more. Even today, her tearful eyes gaze upon the stream that pours out like weeping, like tears.
Un bon plat de Japchae Bap sauce soja au restaurant Comptoir Coréen intégré à la maison de la Corée permet de se persuader que la Corée du Sud a bien changé tout en restant dans l’ambiance locale.
La cathédrale Notre-Dame de Paris est rouverte au public et rencontre un franc succès. Ceux qui n’ont pas réservé en ligne font la queue dehors et ceux qui sont entrés dans l’édifice mènent une longue procession dans le sens des aiguilles d’une montre autour de la nef telle une longue colonne de chenilles processionnaires bardée d’aïe-phones.
Une partie de cette nef située près du chœur est clôturée et réservée aux fidèles assistant à la messe de midi. Des sacristains informent ceux-ci qu’il est interdit de prendre des photos depuis cet enclos. Bien entendu les fidèles n’écoutent pas et une forêt d’aïe-phones poussent au-dessus de leurs têtes. Les clergymen portant fièrement une polaire sans manches siglée « Notre-Dame de Paris » font la chasse aux photographes-pécheurs pour les rappeler aux règles de la cathédrale mais rien n’y fait et les pauvres pécheurs continuent à suivre les tentations inspirées par le Malin et à accumuler des milliers de photos ratées dans la mémoire de leurs téléphones.
Après trois « Je vous salue Marie » successifs prononcés par le prêtre officiant face à la statue de la Vierge à l’enfant du XIVe siècle, la messe débute, mise en musique avec le petit orgue et un chantre plutôt harmonieux. Pour la quête, les sacristains déploient des paniers munis de lecteur de cartes bleues et pour la communion, un sacristain supplémentaire en jogging-sweat-capuche-baskets gris vient renforcer l’équipe pour distribuer les hosties, même aux photographes-compulsifs-impénitents. Peut-être seront-ils pardonnés !
Après la messe, relativement courte, les fidèles se joignent aux chenilles processionnaires. Ils ont ainsi l’occasion d’admirer les petites chapelles situées dans les collatéraux du vaisseau central de la nef, toutes remises à neuf après l’incendie de 2019. Le tour de chœur et ses magnifiques sculptures en bois retracent les scènes de la vie du Christ. Clou du spectacle, une immense roue d’or dont le centre contient des reliques : un morceau de la croix du Christ et de sa couronne d’épines sauvés des feux de l’enfer en 2019 grâce à la virtuosité des pompiers de Paris. Un vrai miracle !
Vue de l’intérieur la cathédrale a été remise à neuf et bien ravalée. La voute a tenu durant la messe ce qui laisse imaginer que la charpente qui la surplombe a été correctement reconstruite. Du bel-œuvre. A l’extérieur les travaux sont loin d’être terminés si l’on en juge les nombreux échafaudages et barraques de chantier qui subsistent, ainsi que les renforts en bois posés après l’incendie pour soutenir les arcs-boutants de pierre.
Le chantier a avancé plus rapidement que celui de l’assainissement des finances publiques françaises. Une espèce d’unanimité, plutôt exceptionnelle, a émergé de l’opinion publique pour reconstruire cette cathédrale après l’incendie destructeur de 2019. En France on est souvent unanime dès qu’il s’agit de dépenser de l’argent public, des jeux olympiques à la cathédrale de Paris. Peut-être un miracle similaire se produira pour définir l’âge légal de la retraite ?
Fernand Léger (1881-1955) est exposé en compagnie de quelques œuvres des nombreux artistes qu’il a inspiré : Niki de Saint Phalle, Yves Klein, Martial Raysse, Keith Haring… dans ce délicieux musée du Luxembourg au cœur du VIe arrondissement. Léger fut l’un des initiateurs du cubisme, il fréquenta Apollinaire, Cendrars, Modigliani, Chagall… Ses œuvres non figuratives sont vives et colorées, par bien des aspects elles annoncent le pop-art sur lequel vont surfer Haring, Lichtenstein ou Warhol qui vont clairement revendiquer son influence et dont quelques tableaux montrés ici illustrent cette transmission.
Barbara Hannigan, soprano et chef d’orchestre canadienne, spécialisée dans la musique contemporaine, a présenté ce soir un incroyable concert à la direction de l’Orchestre philharmonique de Radio-France, en déplacement dans la petite salle de la Cité de la Musique.
« Métamorphoses » de Richard Strauss (1864-1949) constituent la première œuvre de la soirée. La pièce est qualifiée de « étude pour 23 cordes solistes ». C’est l’ensemble des cordes de l’orchestre qui joue, violons, altos, violoncelles et contrebasse. Barbara est habillée d’une chemise noire sur pantalon de cuir de la même couleur et de bottes montantes. Elle a lâché sa dégoulinade de cheveux blonds sur le noir de ses vêtements pour diriger cette pièce plutôt tragique, un long glissando de cordes déchirantes aux harmonies modernes, parfois légèrement dissonantes.
Pour la « Voix Humaine », Barbara Hannigan assure depuis son estrade, à la fois le chant de l’œuvre, une pièce de Cocteau, mise en musique par Francis Poulenc, et la direction de l’orchestre réuni ici au complet. Elle a changé de tenue noire avec cette fois-ci un pantalon de toile rentré dans ses bottes, façon Dock-Martens, et attaché ses cheveux. Comme elle fait face à ses musiciens, un grand écran les surplombe sur lequel sont projetés des images prises en direct par des vidéastes qui y ajoutent quelques effets techniques plutôt de bon aloi. La gestuelle de Barbara est à la fois celle du personnage de Cocteau et celle nécessaire à la conduite de l’orchestre qui semble sa satisfaire de ce partage des tâches. C’est un « dialogue » entre la voix et les instruments qui laisse de larges plages a capella où la soprano prend le pas sur l’orchestre. Son chant est légèrement sonorisé à l’aide d’un petit micro accroché à son oreille et dont la fine tige est appuyée sur une de ses pommettes.
L’histoire de Cocteau est celle d’une femme délaissée s’entretenant au téléphone avec l’amant qui la délaisse. Elle menace de se suicider, brame son amour, dialogue avec l’opératrice car la communication coupe, cherche à s’étrangler avec le fil du téléphone… Les paroles sont un peu nunuches mais c’est la règle du genre de la chanson lyrique française au mitan du XXe siècle. La musique est là pour accompagner, un peu en arrière de la main, dans des rythmes et des harmonies pouvant légèrement heurter les oreilles habituées à des représentations plus classiques.
La performance de Barbara Henningan et son orchestre rencontre un franc succès. Sans doute épuisée par ce double rôle elle revient saluer de nombreuses fois mais évite le « bis ».
L’exposition se déroule à la Bourse de commerce – Collection Pinault, on s’attend donc à de l’art contemporain, voire très contemporain. Il s’agit de la « représentation des corps » (le visiteur constate assez vite qu’on parle de essentiellement de corps « racisés ») dans l’art. Dessins, sculptures, peintures, vidéos, toutes ces œuvres créées par des artistes de différents pays mais qui font surtout référence à la culture américaine, tel le film présenté à l’entrée sous la rotonde, une pêle-mêle d’extraits de journaux télévisés où se succèdent sur un mode flash des images de bavures policières, manifestations contre la guerre du Vietnam, entrecoupées d’apparitions saccadées de héros locaux, de Miles Davis à Barak Obama, en passant par Jimi Hendrix et Martin Luther-King. Le ton est donné.
La suite des représentations de corps est plus confuse et diverse. L’imagination des regardeurs permet à chacun d’interpréter le but des artistes. Parfois on reste dans l’expectative, ce qui est un objectif comme un autre…
Le grand hall central sous la verrière, est toujours cerné d’un mur en béton nu épousant la forme ronde du hall et pouvant lui aussi provoquer l’expectative du visiteur. Heureusement on visite le bâtiment aujourd’hui avec une spécialiste qui nous vante un « miracle architectural d’occupation de l’espace », le côté extérieur du mur permettant, via un escalier qui y est fixé en une sorte de colimaçon géant, d’accéder aux différentes salles d’exposition situées dans le bâtiment rectangulaire qui cerne cette rondeur. Un peu de stabilité dans l’infini du cercle !
Une énième affaire de financement illégal de partis politiques français a été jugée hier et d’un coup d’un seul l’affaire du « Petit Emile » sur laquelle des journalistes de circonstance glosaient en boucle depuis une semaine sur les plateaux télévisés sans avoir rien à dire sur ce dossier couvert par le secret de l’instruction, pour une fois à peu près bien tenu. Il s’agissait juste d’attiser l’intérêt morbide de Mme. Michu sur le sort de ce malheureux gamin assassiné sans qu’on sache par qui.
Les médias sont passés à ce nouveau sujet sur lequel ils n’ont rien à dire. Ils se pourlèchent les babines et rivalisent d’éditions spéciales et d’experts capables de parler durant des heures pour ne rien dire, une performance. Evidemment c’est une histoire moins dramatique que la précédente.
Au moins le « Petit Emile » et sa famille retournent ainsi dans l’anonymat ce qui, compte tenu du tragique de ce fait divers est aussi bien.
C’est un très joli film de Carine Tardieu qui est sorti le mois dernier sur les écrans, une comédie romantique parfois un peu tristounette mais pétillante grâce aux deux personnages centraux : Sandra, jouée par Valéria Bruni-Tedeschi et le petit garçon Elliott dont l’affection et l’innocence vont mettre à l’épreuve le caractère féministe et solitaire de Sandra, libraire militante et voisine de palier d’Elliott et sa famille. Les évènements font qu’elle va se rapprocher de cette famille sans compromettre avec ses principes de distance avec le modèle patriarcal, tout en restant « la voisine », rien d’autre.
Valéria Bruni-Tedeschi interprète son rôle avec beaucoup de justesse, tout en retenue et sans jamais se défaire de son sourire charmeur et délicat. Un peu agoraphobe, un peu timide, elle se fait tout de même violence pour assister au remariage du père d’Elliott, devenu veuf, avec la pédiatre roumaine de sa fille. Il y a de la musique tsigane et les Pretenders (Don’t get me wrong – 1987). Quelques amants ne font que passer dans sa vie. Elle s’accroche à son désir d’indépendance qui vacille tout de même un peu face à la joyeuse agitation familiale de ses voisins à laquelle elle se laisse associer.
Un film plein de tendresse et d’émotion qui rappelle ceux de Claude Sautet dans les années 1970 : chaleur de l’amitié, risques de l’amour et drames de la vie transcendés par la compréhension dans les relations humaines. « Vincent, François, Paul et les autres » revisités en 2025 !
Sortie : 1965, Chez : Editions Archipoche (réédition 1985).
Fille d’émigrés russes-juifs ayant fui la Russie tsariste après l’échec de la révolution de 1905, Olga Wormser-Migot (1912-2002) est une historienne française qui s’est spécialisée dans l’histoire de la déportation pendant la seconde guerre mondiale.
Elle fut appelée juste après la libération de Paris en août 1944 au Ministère des Prisonniers, Déportés et Réfugiés pour aider, notamment, à l’accueil et à l’identification-répertoriage des déportés de retour des camps de concentration et d’extermination nazis, ainsi que de ceux qui ne revinrent jamais. Son service reçut également les familles dans l’attente, souvent insupportable, des leurs qu’elles savaient avoir été déportés mais dont elles restaient sans nouvelles, même après la fin de la guerre. C’était d’ailleurs la plus grosse part de leur activité.
Le récit est constitué à partir du journal de l’auteure, de courts paragraphes, souvent consacrés au parcours d’un déporté mort ou vivant, anonyme ou célèbre, mais se référant aussi parfois aux ennemis : le suicide de Himmler, la fuite des responsables des camps alors que les troupes alliés se s’approchent. On parcourt ainsi ces mois entre la libération de Paris et les quelques semaines après la fin de la guerre jusqu’à ce que le rapatriement des déportés soit considéré comme clos. Des missions françaises sont organisées sur le terrain avant le 8 mai 1945 alors que les combats ne sont pas encore terminés, pour visiter les camps déjà libérés et identifier les Français, essayer de ramener quelques survivants au pays. A Paris la vie reprend mais à l’Est la guerre continue.
Ce récit revient sur la sidération des autorités françaises et alliées alors qu’apparaissent les précisions sur la barbarie nazie. Peu de gens à l’époque étaient informés de cette réalité des camps et beaucoup, comme Olga Wormser-Migot, découvrent l’ampleur de ce désastre, pratiqué au cœur de la vieille Europe, au fur et à mesure qu’elle est dévoilée par les victimes survivantes. Il fallut s’organiser pour faire face à cette dévastation dans une France meurtrie par la guerre. Olga Wormser-Migot narre cette tâche immense au quotidien.
Le livre retrace aussi l’angoisse indicible de l’attente, celle des familles restées en France qui s’accrochent à l’espoir de voir revenir les leurs. Mais aussi celle de déportés revenus des camps et qui sont dans l’ignorance du sort de leurs femmes, leurs enfants, leurs parents également déportés mais desquels ils ont été séparés et sont sans nouvelles. Trop souvent il faut leur annoncer qu’ils ne les reverront pas.
Ecrit 20 ans après l’ouverture des camps, avant que les historiens ne se penchent scientifiquement sur le sujet et que la parole des déportés survivants n’émerge véritablement, ce livre a permis d’informer sur la réalité cette période si sombre de l’histoire avant que ne paraissent les grands ouvrages de référence sur la barbarie nazie et que la parole des victimes ne soient véritablement entendues. Il fallut attendre les années 1980 pour ce faire, soit 40 ans après ces terribles faits.
Ce roman d’Henry James tourne autour de deux couples installés à Londres, imbriqués pour le pire et le meilleur. Maggie, fille d’un riche collectionneur américain, Adam, se marie avec un prince italien désargenté, Amerigo, puis pousse son père dans les bras de son amie Charlotte qu’il épouse à son tour. Maggie ignore que Charlotte fut l’amante d’Amerigo dans le passé.
Très proche de son père, Maggie le reste même une fois mariée. La liaison entre Charlotte et le mari de Maggie se reconstitue, cette dernière l’apprend et va œuvrer pour sauver son couple et celui de son père. Sans rien révéler ce qu’elle sait ni à Charlotte, ni à Adam, elle réussit à éloigner aux Etats-Unis le couple formé par son père et Charlotte, se révélant ainsi manipulatrice, pour la bonne cause, et généreuse pour son père et le pardon qu’elle accorde à son mari.
Ce roman fleuve sombre parfois dans la longueur des descriptions de ces situations mêlant l’adultère et l’amour conjugal et filial. Le style de James ne comporte évidement rien de scabreux, ce n’est ni dans le style de l’auteur, ni dans celui de l’époque (le livre a été publié en 1904). Le terme « amant » n’est utilisé qu’une fois au long de ces 700 pages alors qu’il n’est question que de ça. L’évocation d’un baiser entre les amants n’apparaît également qu’une fois dans le roman. Tout le reste n’est qu’élaborations de stratégies et de dialogues entre les impétrants pour comprendre, analyser, expliquer puis démonter cette situation délétère. Nous sommes dans le monde de la grande bourgeoisie anglo-saxonne qui n’a pas grand-chose d’autre à faire que de s’occuper de ses propriétés, ses œuvres d’art ou ses mondanités, et de ses problèmes sentimentaux.
Henry James a plongé avec délices dans ce monde européen un peu décadent, où il a vécu, et qu’il a décrit en détails dans de nombreux romans. « La Coupe d’Or » n’échappe pas à la règle et enrichit la fiction d’aspects psychologiques se rapportant à l’amour indestructible d’une fille pour son père, confrontée à des difficultés dans son propre couple. Comment arbitrer entre ces contraires ? James prête à son héroïne un talent et un machiavélisme que l’on ne soupçonne pas au début du roman. Et elle sacrifie sa proximité avec son père à l’avenir de son couple avec Amérigo pour lequel le lecteur n’a pas l’impression qu’elle éprouve un amour fou. Couper le cordon ombilical est le choix de la raison pour Maggie (comme pour James) afin de résoudre cet imbroglio psychologique.
Le style minutieux de l’auteur américain, parfois légèrement ampoulé, celui d’un autre siècle, impose au lecteur une attention soutenue pour suivre les déroulement de cette affaire familiale et conjugale. La pensée complexe de James se déroule en phrases et raisonnements longs et sophistiqués, au risque de décourager le lecteur qui aurait tort de refermer le livre avant sa conclusion.
Le paysage télévisuel français (PAF) ne brille décidément pas par la vigueur de son professionnalisme. L’actualité récente multiplie les sujets, anecdotiques ou sérieux, sur lesquels la très grande majorité des journalistes ne brille pas par sa capacité d’analyse. En réalité, qu’il s’agisse de la disparition du « petit Emile », du budget de la République ou du sort judiciaire de M. Sarkozy ou de Mme. Le Pen, les rédactions se basent toujours sur deux outils : le sondage d’opinion et le micro-trottoir. Et lors des journaux télévisés ou des talkshows d’actualité les intervenants glosent en continu sur les résultats délivrés par ces deux outils. On demande à Mme. Michu : « Etes-vous pour l’augmentation des impôts ? » ou on lance un sujet sur un plateau avec un sondage : « 60% des Français sont contre ceci »…
Ce genre de « lancements » évitent aux animateurs titulaires de carte de presse d’étudier les dossiers sur lesquels ils interrogent le monde politique ou les experts de plateaux télévisés. Ils compensent leur absence d’analyse par les résultats des sondages. Qu’importe le manque d’éthique des questions ou le côté racoleur des sondages, puisque Mme. Michu pense ainsi c’est donc là-dessus qu’il faut débattre. Et les « experts » et les politiques devisent sur la position de Mme. Michu sans rentrer sur le fond des dossiers. Tout le monde semble se satisfaire de ces raccourcis.
On se demande ce qui est encore enseigné dans les écoles de journalisme ?
Rappelons que les journalistes qui déclarent des revenus en France, bénéficient d’une niche fiscale pour « frais d’emploi » leur permettant une déduction de 7 650 EUR de leurs revenus dont ne bénéficient pas les autres citoyens. Cette niche qui était destinée à assurer leur indépendance lorsqu’elle a été instituée, n’a plus vraiment de légitimité aujourd’hui. Elle reste malgré tout en vigueur et devrait être un gage de qualité et non de racolage.
Avec une jubilation sordide les médias français se jettent sur un nouvel évènement judiciaire annoncé dans le cadre de l’affaire dite de « la disparition du petit Emile », un malheureux gamin de quelques années disparu en 2023 puis retrouvé mort en 2024 aux abords d’un petit hameau des Alpes de Haute-Provence. La police n’a pas encore réussi à élucider ce mystère mais vient de placer en garde-à-vue deux grands-parents et deux oncles de l’enfant, déclenchant les « émissions spéciales » de nombre de chaînes de télévision avec force envoyés spéciaux, « experts » en criminologie et rediffusion de très nombreux reportages réalisés à l’époque dont la conclusion était « on ne sait pas expliquer ce mystère ».
Aujourd’hui les journalistes n’en savent pas plus mais palabrent sur les plateaux télévisés en racolant Mme Michu à qui ils n’ont rien à dire si ce n’est ressasser en boucle des non-informations qu’ils créent comme ils respirent. On se demande toujours si ce genre de racolage génère véritablement une hausse des audiences des chaînes qui s’y compromettent ? Et que se passerait-il si, à la place, les journalistes effectuaient le travail pour lequel ils sont rémunérés (et qui bénéficient par ailleurs d’une niche fiscale spécifique à leur profession), c’est-à-dire l’information et l’analyse ? Pas sûr qu’ils y perdraient, en revanche le niveau intellectuel moyen ne pourrait que progresser mais ça c’est du long terme et de l’hypothétique alors que les supputations sur l’assassin du « petit Emile » c’est de la réjouissance immédiate.
Le département d’outre-mer français de Mayotte, sis dans l’archipel des Comores, au bout du monde dans le canal de Mozambique, entre Madagascar et le Mozambique, a subi en décembre 2024 les effets dévastateurs d’un cyclone baptisé Chido. Ce petit bout de territoire n’avait vraiment pas besoin de ça alors qu’il est déjà l’objet d’un sous-développement endémique et soumis à l’hostilité des Comores dont il fait géographiquement partie. E effet, celles-ci n’ont jamais admis que Mayotte n’ait pas été juridiquement incluse dans l’archipel des Comores lorsque celui-ci obtint son indépendance de la France dans les années 1970. Le contentieux entre la France et ces Comores est donc lourd et ancien, aggravé par les agissements de mercenaires de pacotille (Bob Denard et sa bande) que Paris a laissé plus ou moins fomenter des coups d’Etat dans ce micro-pays où il agit comme un proconsul avant que l’armée française ne mette fin à ces dérives en 1995.
Les deux iles qui composent Mayotte sont dans un état de pauvreté avancé et devenues la destination favorite d’émigrés comoriens qui, en traversant le bras de mer qui les sépare de Mayotte, espèrent se rapprocher des mirages de la richesse française, supérieure à celle de leur pays. Cette immigration hors de contrôle désorganise durablement le territoire de Mayotte et génère une délinquance soutenue. La situation de ces confettis se dégrade d’année en année et personne ne voit bien comment endiguer cette descente aux enfers.
La population de Mayotte serait de 330 mille habitants dont la moitié d’étrangers venant des Comores, une majorité d’entre eux étant en situation irrégulière. Mayotte n’a évidemment pas les moyens d’accueillir de tels flux de population, pas plus qu’elle n’est en mesure de les contrôler. L’hostilité historique, et compréhensible, des Comores rend par ailleurs difficile toute coopération en ce sens. La situation de Mayotte, et d’ailleurs de l’ensemble de l’archipel, rend vain tout espoir de développement économique.
Le cyclone Chido est dons arrivé sur une situation déjà explosive. Il semble qu’il eut finalement beaucoup moins de morts qu’initialement craint, au point que certaines rumeurs ont circulé comme quoi les immigrés illégaux, par nature peu ou pas répertoriés, auraient enterré leurs morts très rapidement, selon la tradition musulmane, et sans en informer les autorités d’où un bilan sous-évalué. Peut-être, en tout cas le bilan officiel fait état d’une quarantaine de morts. Une bonne partie de l’habitat local est composée de cabanes en tôles ondulées, façon bidonvilles, qui n’ont évidemment pas résisté aux vents cycloniques. Les habitats et infrastructures en dur ont aussi été sérieusement endommagée. Des écoles, des centres de santé, des routes, des ponts, l’aéroport ont été endommagés et il faudra des années pour tout remettre en état.
Les bidonvilles détruits étaient principalement occupés par des Comoriens immigrés, légalement ou pas. Les images de leur destruction sont impressionnantes. Le personnel politique français qui défile sur l’île dévastée explique que la France va reconstruire ceci, éliminer ceci, favoriser le développement économique pour que, enfin, Mayotte « soit traitée comme un véritable département français » et de prendre des engagements qui ne seront évidements pas intégralement tenus car ils ne peuvent tout simplement pas l’être.
Qui peut croire une seconde que les bidonvilles vont être remplacés par des logements sociaux en dur ? Envisage-t-on la moindre chance pour ce territoire de connaître même un ersatz de développement économique ? Qui va aller investir dans ce département sous perfusion financière de la métropole ? Peut-on penser que les flux migratoires en provenance des Comores éloignées de 50 km pourront être contrôlés tant que Mayotte sera française ? Et dans l’hypothèse improbable où la situation économique de Mayotte s’améliorerait cela ne ferait que renforcer son attractivité pour l’immigration comorienne.
La situation est inextricable et peu nombreux sont ceux qui osent le dire. La seule solution qui parait cohérente, et qui n’a jamais été testée serait l’ouverture de négociations avec les Comores sur la rétrocession de Mayotte à l’archipel. C’est d’ailleurs la solution préconisée par les Nations Unies qui maintient Mayotte sur sa liste des « territoires non autonomes ». Une telle hypothèse entraînerait un grave traumatisme pour la population française de l’île à qui il faudrait proposer de pouvoir rester français et la possibilité de s’installer en France métropolitaine si ses membres ne veulent pas rester sur place à l’issue d’une éventuelle réunification des Comores. C’est faisable, on parle de 200 mille personnes, mais cela demanderait une initiative de Paris que l’on voit mal menée par le personnel politique français actuel.
En attendant, Mayotte continue à revendiquer son statut de « département français de plein exercice » que la métropole continue à être incapable de lui assurer, non seulement pour des raisons financières, mais surtout aussi pour des motifs culturels et de positionnement géographique dans un environnement qui rend très improbable tout espoir de développement économique. Toutes les lois « de programme sur le développement de Mayotte » comme celle en cours d’examen par le parlement français se heurteront aux mêmes obstacles que personne n’a réussi à abattre depuis les années 1970 et qui, au contraire, deviennent de plus en plus infranchissables.
Nous sommes dans un petit village de la montagne italienne, Vermiglio, à la fin de la deuxième guerre mondiale. Le film se passe entre l’église, le bistrot, l’étable et la demeure du maître d’école qui a huit enfants. C’est sans doute le personnage le plus touchant du scénario, il déploie toute son énergie pour faire sortir les enfants, dont les siens, de l’état de paysans illettrés auquel ils sont promis. Et puis il aime la musique, « la nourriture de l’esprit », et consacre une partie des maigres ressources de la famille à acheter des disques de Chopin qu’il passe sur son gramophone 78 tours pour inspirer des réflexions solitaires.
Sa fille tombe amoureuse d’un sicilien qui s’est réfugié dans le hameau. La fin du conflit arrive, certains soldats reviennent dans le village, d’autres sont morts au combat, on ne sait pas bien de quel côté ils se battaient d’ailleurs, mais qu’importe la joie ou la douleur d’une mère est toujours la même lorsque son fils revient de la guerre… ou est déclaré mort. Le sicilien qui s’est marié entre temps avec la fille de l’instituteur décide de retourner dans son village pour y donner de ses nouvelles avant de revenir auprès de sa femme qui est enceinte de lui. Mais il ne reviendra pas.
Le film va au rythme des saisons de la montagne et marque la lenteur et l’éternité de ce monde minéral dans lequel évolue le petit microcosme de ce village perdu dans les hauteurs et ses traditions. L’instituteur fait de son mieux pour pousser ses enfants dans l’échelle sociale mais il doit faire des choix douloureux par manque de moyens. Sa fille délaissée fait le voyage vers la Sicile pour découvrir la double vie de son mari…
Il ne se passe rien dans ce film, seulement la vie qui déroule les petits évènements d’une communauté de montagnards durs à la souffrance, touchants dans leur dénuement, confrontés aux émotions ordinaires à une époque qui nous semble hors du temps. C’était simplement le mitan du XXe siècle.
Les trois pays sahéliens membres de la Confédération des Etats du Sahel (AES) annoncent leur sortie de la l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Il s’agit du Mali, du Burkina Faso et du Niger, trois pays qui ont pour caractéristique commune d’avoir rompu leur coopération civile et militaire avec la France pour se tourner vers la Russie. C’est une bonne décision de leur part et le maintien de leur présence dans la Francophonie n’avait plus beaucoup de sens dans le contexte des relations sévèrement détériorées entre Paris et ses trois anciennes colonies. Il vaut mieux laisser les choses décanter et en reparler dans 150 ans. Notons que le communiqué de l’AES est rédigé en… français !
D’ailleurs il n’est pas sûr que ce « machin » multilatéral soit très utile ni pour la France ni pour les autres pays membres. L’organisation accueille maintenant des pays non-francophones comme la Bulgarie, le Cap Vert, Chypre, l’Egypte, la Grèce, le Ghana, etc. Certains Etats membres comme le Togo et le Ghana adhèrent en parallèle au Commonwealth, entre l’anglais et le français leur cœur balance !
Certes, on doit bien trouver quelques universitaires qui parlent encore français au Caire ou à Nicosie mais la très grande majorité de ces populations ne parlent pas un mot de français et il fort peu probable qu’elles s’intéressent un jour à la langue de Molière dans un avenir prévisible.
Le budget de l’OIF 2025 est de 69 millions d’euros. Il est à craindre que la France ne soit le premier contributeur.
On va de surprise en surprise dans la révolution trumpiste en cours aux Etats-Unis d’Amérique. Certaines sont assez fondamentales et bouleversent l’ordre du monde, d’autres sont plutôt anecdotiques comme la volonté du nouveau président de rebaptiser le Golfe du Mexique en Golfe d’Amérique. Il y a d’ailleurs dans le bureau ovale de la Maison Blanche à Washington une carte d’Amérique du Nord mentionnant cette nouvelle appellation.
Certains organes de presse américains se refusant à cette gymnastique sémantique et se sont vu du coup interdire l’accès au pool de presse présidentiel. On ne sait pas bien qui détermine les noms géographiques ni s’il existe une organisation internationale en charge d’enregistrer ces dénominations. Des pays riverains de l’océan pacifique peuvent-ils librement le rebaptiser « océan agressif » ? Le président Trump ne s’embarrasse pas de ces détails juridiques et on va voir à court terme qui le suit, ou pas. En attendant, Google Map est prudent et affiche déjà les deux dénominations…
Alors que les menaces s’entassent sur l’Europe : guerre commerciale américaine, guerre d’invasion russe, revendication du Groenland par Washington, menace du président américain qui quitter l’Alliance atlantique…, les dirigeants du vieux continent commencent à sentir le vent du boulet et se lancent dans des programmes de réarmement, et, surtout, échafaudent les différentes solutions pour les financer. Les besoins financiers sont considérables et se chiffrent en centaines de milliards d’euros, sans parler des filières industrielles qu’il conviendrait de relancer, ce qui prendra des décennies.
Evidemment l’état des finances publiques des pays « club méditerranée », groupe des pays mal gérés (dont la France), les rend incapables d’affronter de telles dépenses puisqu’ils sont déjà pour la plupart dans l’incapacité de financer leurs simples dépenses de fonctionnement sans s’endetter. Comme toujours les solutions envisagées par les Etats impécunieux les portent vers l’endettement européen qui leur permettrait de bénéficier de taux d’intérêt plus faibles que ceux qu’ils payent sur leurs dettes nationales car ils s’abriteraient ainsi sous le parapluie des pays mieux gérés qui rassurent les marchés financiers prêteurs. C’est ce qui été fait lorsqu’il a fallu injecter des fonds pour sortir de la crise économique déclenchée par la Covid.
En réalité les gouvernements n’osent pas dire à leurs citoyens que ce réarmement pourra difficilement se faire sans réaliser des économies par ailleurs. Il est vrai que le thème n’est pas vraiment électoralement porteur. Il va falloir affecter des ressources limitées à de vraies priorités. En France par exemple, le ministre des finances assène qu’il n’y aura pas d’augmentation d’impôts ni de remise en cause du « modèle social » pendant que les syndicats discutent toujours de l’abrogation de la réforme des retraites de 2023. Par ailleurs on se prépare déjà à organiser des jeux olympiques en 2030 après ceux de l’été 2024 à Paris.
Le mirage d’un endettement européen mutualisé permet de laisser penser aux citoyens que le financement du réarmement pourra se faire sans douleur : il suffit de s’endetter. C’est une tartuferie typiquement française qui se renouvelle depuis des décennies, et sur de nombreux sujets. L’exercice n’a pas encore atteint ses limites puisque la France trouve toujours des prêteurs pour financer ses gabegies. La conséquence de l’augmentation de l’endettement public est relativement transparente pour les électeurs alors autant ne pas changer de méthode… Les intérêts payés aux prêteurs dépasseront les 55 milliards d’EUR pour l’année 2025, soit supérieurs au budget de la défense (51 Mds) et à peine inférieurs à celui de l’enseignement scolaire (64,5 Mds). Et ce chiffre a vocation à continuer d’augmenter avec une inertie considérable difficile à inverser. Il n’y a pas beaucoup de pédagogie faite autour de ce chiffre qui est pourtant parlant.
Il faut que Mme. Michu continue à croire que la République pourra continuer à s’endetter pour financer ses dépenses courantes, ses dépenses somptuaires et, en plus, acheter des avions et des chars de combat. Au moins jusqu’aux prochaines élections ! Le message churchillien sur « le sang, le labeur, les larmes et la sueur » n’est entendable qu’en temps de guerre, pas dans un pays où la population rêve de faire baisser l’âge légal de la retraite de 64 à 62 ans.