Depuis la prise de fonction de leur nouveau président les Etats-Unis d’Amérique ont initié une guerre mondiale économique en rehaussant, souvent de façon significative, les droits de douanes imposés aux pays tiers exportateurs. Cela va renchérir le coût des produits importés par les Etats-Unis, qu’il s’agisse de produits finis, semi-finis ou de matières premières. Les chaînes de valeur commencent déjà à en être désorganisées et, in fine, le consommateur final, notamment américain, devrait avoir à payer ces surcoûts.
Selon les cas, ces hausses de droits de douane auraient été décidées pour forcer les pays exportateurs à prendre des mesures pour lutter contre les immigrés illégaux, l’exportation de Fentanyl ou d’autres motifs plus ou moins réels. C’est ainsi que les Etats-Unis accusent l’Europe d’un excédent commercial indécent qu’il faut réduire, avançant à l’appui de cette assertion des chiffres qui sont contestés par Bruxelles car ne prendraient en compte que la balance commerciale, effectivement excédentaire pour l’Europe, « oubliant » la balance des services qui, elle, est excédentaire en faveur des Etats-Unis. Les pays touchés par ces hausses de droits ont déjà pris des mesures de rétorsion à l’encontre de Washington.
On suppose que si les pays « accusés » venaient à régler les dysfonctionnements dont les accusent les Etats-Unis, la hausse des droits de douane qui leur sont imposées seraient réduites, voir supprimées, mais l’histoire ne le dit pas. On peut d’ailleurs s’étonner que le président américain puisse décider de ces bouleversements économiques, qui touchent le monde entier, seul dans son bureau ovale. Mais autant certaines décisions intempestives du président américain sont actuellement contestées en justice, autant celles concernant les droits de douanes ne semblent pas discutées et elles s’appliquent actuellement. Quant aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui sont clairement violées par ces méthodes, plus personne n’en parle, sauf peut-être la Chine qui vient de déposer plainte auprès de cette organisation multilatérale honnie par le nouveau pouvoir américain qui en perturbe le fonctionnement.
La théorie économique établit qu’une telle guerre commerciale aboutit immanquablement à une récession économique. Mais la théorie économique s’est déjà beaucoup trompée dans l’histoire. L’avenir devrait dire assez rapidement si, cette fois-ci, elle est confirmée, ou pas, dans cette nouvelle période de chaos économique.
Et pendant ce temps la France regarde comment abaisser l’âge légal de la retraite…
Alors que les conservateurs français, sans doute inspirés par le courant libertarien américain, se lamentent dans les nombreux organes de presse qu’ils détiennent, ou qui leur ouvrent leurs colonnes, des « attaques contre la liberté d’expression » dont ils seraient victimes, on apprend que suite à la réattribution de la fréquence publique de la Télévision numérique terrestre (TNT) de C8 à Ouest-France TV, Cyril Hanouna, le hérault des médias du groupe Bolloré continue à diffuser son émission Touche pas à mon poste (TPMP) sur des réseaux dits « sociaux » et via diverses « box » fournies lar des opérateurs Internet. La chaîne CNEWS, autre média du groupe Bolloré, s’en félicite d’ailleurs à longueur d’antenne en ajoutant que l’audience de M. Hanouna sort d’ailleurs renforcée de cet épisode.
On se rassure donc en constatant que la « censure » de l’Etat n’empêche pas TPMP de remporter un succès d’audience sur les nouveaux canaux utilisés par l’animateur. Ce n’était donc peut-être pas peine de brailler sur partout que la « mort » de C8 est une atteinte inqualifiable à la liberté d’expression. La publicité que les spectateurs subissent désormais sur Youtube et assimilé n’est pas moins abrutissante que celle qui était diffusée par C8 sur son canal TNT. La vulgarité et la bêtise crasse de Cyril Hanouna sont toujours disponibles pour les téléspectateurs intéressés et c’est bien ainsi.
Les médias du groupe Bolloré se posent en victime de la censure d’Etat, inspirée par une idéologie « de gauche », en dépit de la réalité : la plupart des magazines d’information sont détenus par des hommes d’affaires du CAC40, et affichent une ligne éditoriale que l’on peut difficilement qualifier de bolchévique. Le quotidien Le Figaro reste l’un des grands journaux français et son propriétaire est le groupe Dassault pas non plus en faveur d’une ligne gauchisante, ce qui n’empêche pas de maintenir une équipe de journalistes compétents. Il en est de même avec les quatre chaînes d’information en continu de la TNT. Il reste quelques journaux comme Libération, toujours à gauche mais avec une très faible diffusion. L’offre des médias français est diverse, de la gauche à la droite.
Sur CNEWS, l’autre média phare du groupe Bolloré, Pascal Praud, ancien commentateur de fouteballe et animateur d’un plateau style « Café du Commerce » matin et soir réunissant un quarteron de polémistes à la retraire, affiche tous les jours son obsession contre les médias publics qui seraient « de gauche » en vivant de l’argent public et que seule CNEWS, et tout particulièrement son plateau « L’heure des pros », parlerait des sujets qui intéressent les Français.
Charlie Hebdo (23/12/2020)
Lesdits Français peuvent choisir librement les médias qu’ils décident de suivre. Le problème n’est pas tant les sujets abordés par les différents médias, où les tendances politiques affichées, que la manière dont ils sont traités. CNEWS et C8 prennent le parti de la courte vue et du racolage populiste de bas étage pour proférer des jugements à l’emporte-pièce, attisant la contestation systématique de toute action publique ou intellectuelle auprès de leur auditoire. Le Figaro et France-Culture optent pour l’analyse et la réflexion menées par des journalistes professionnels.
Pour élever le niveau de la France qui, rappelons-le une nouvelle fois, répertorie près de 10 millions de suiveurs sur son compte Instagram (le fouteballeur M’Bappé en affiche 123 millions…) il faudrait pouvoir censurer non pas le soi-disant manque de pluralisme, mais plutôt l’absence d’intelligence. Vaste tâche !
La mort de David Johansen (1950-2025) ce 28 février marque la fin du groupe de rock New York Dolls dont il était le chanteur et l’un des fondateurs. Formé en 1971 le groupe fut le phare américain du punk avec Iggy Pop et ses Stooges ainsi que le Velvet Underground et les Ramones bien sûr. Outranciers et provocateurs, grimés façon glam rock ils ont effrayés la ménagère de moins de 50 ans et participé à la rénovation du rock à cette période. Le groupe s’est dissout, reformé et redissout mais c’est au cours de la période 1971-1977 qu’il laisse une trace indélébile dans le rock américain. Johansen a aussi mené une carrière solo et sorti également une demi-douzaine de disques en son nom propre.
Le président des Etats-Unis d’Amérique affiche vigoureusement son objectif d’annexer le Canada pour en faire le 51e état américain. On a du mal à y croire tant l’outrance apparaît farfelue mais ce n’est pas une hallucination, l’objectif est répété par le président à toutes sortes d’occasions. En attendant « mieux », une guerre commerciale a plus ou moins été ouverte par Washington pour tenter de forcer la Canada à « demander » lui-même ce rapprochement et sa disparition en tant qu’Etat indépendant.
Ce nouvel impérialisme ressemble à bien des égards à celui de la Russie qui dénie à l’Ukraine son droit d’exister comme Etat indépendant et a donc envoyé ses chars en février 2022 pour atteindre son objectif. Dans un premier temps, la Russie a annexé sans autre forme de procès les provinces du Donbass sur lesquelles se déroulent encore des combats. Cette annexion, comme celle de la Crimée en 2014, n’est reconnue que par les amis de Moscou.
On a du mal à imaginer que Washington puisse faire de même en faisant parler les armes contre le voisin canadien, mais dans cette période de chaos international causé par la remise en cause de l’organisation du monde, et particulièrement des frontières, issue de l’après-seconde guerre mondiale, on se dit que tout est possible. Après tout les Etats-Unis revendiquent également le Groenland qu’ils veulent racheter au Danemark et le retour à leur souveraineté sur le canal de Panama !
Ces revendications inattendues brisent les certitudes des générations européennes post-seconde guerre mondiale qui croyaient « l’allié » américain solide comme le roc et mené par des dirigeants visionnaires, défenseurs de la démocratie et du libéralisme économique. Les choses changent !
C’est le cent-cinquantième anniversaire de la naissance de Maurice Ravel, le 7 mars 1875 à Cibourne (Pyrénées-Atlantiques). Ce grand compositeur français est célébré un peu partout cette année dont à la Philharmonie de Paris qui organise une exposition centrée sur le Boléro, sa création la plus emblématique. Que les ravéliens se rassurent on y découvre aussi beaucoup d’éléments liés à la personnalité et au génie de Ravel, au-delà du « simple » Boléro.
L’exposition débute par un film de l’œuvre jouée en version orchestrale (sans danseur). Plus loin on découvre une section dédiée à des vidéos de différentes exécutions du Boléro dans le temps et aux films qui se sont inspirés du Boléro ou l’ont tout simplement utilisé comme musique. Il a été composé en 1928 comme une œuvre de ballet à la demande de l’amie de Ravel, Ida Rubinstein, danseuse et mécène du musicien, qui commande une pièce de « caractère espagnol ». Natif du sud-ouest, il connait bien la culture hispanique mais par suite d’un embrouillamini de droits sur des œuvres espagnoles qu’il comptait orchestrer il décide de se lancer dans une œuvre radicalement moderne et originale.
Bâti sur une très simple et obsédante rhythmique à deux mesures, le Boléro n’est fait que d’un seul mouvement composé de deux mélodies qui se succèdent et se répètent avec des instruments de plus en plus nombreux, progressivement surajoutés les uns aux les autres, amenant jusqu’au paroxysme final. La construction est mathématique et retranscrite sur un schéma électronique présenté sur un écran. L’inspiration est exceptionnelle d’inventivité et de puissance.
Dans un commentaire facétieux l’auteur dira :
Mon chef-d’œuvre ? Le Boléro, bien sûr ! Malheureusement, il est vide de musique.
Ravel – 1928
Le Boléro est créé en novembre 1928 au Palais Garnier sur une chorégraphie d’Ida Rubinstein. Il rencontre un franc succès auprès de la critique et il reste aujourd’hui mondialement connu et révéré. En 1928 Ravel rencontre déjà un succès international et il peut se permettre des expérimentations. Celle-ci est de toute grandeur. Elle a été composée dans sa maison de Montfort-l’Amaury, C’est dans cette même demeure, l’année suivante, qu’il composera ses deux sublimes concertos pour piano avant que ses troubles neurologiques ne finissent par l’emporter le 28 décembre 1937 après quatre années de quasi-silence musicale dues à la maladie.
De nombreuses photos et quelques vidéos montrent le compositeur dans ses jours heureux, visitant ses régions de prédilection. Ses voyages musicaux, aux Etats-Unis notamment où il dirigea ses œuvres, rencontra George Gershwin et Bessie Smith. Ses inspirations et ses amitiés musicales. De nombreuses photos nous montrent cet homme de petite taille, toujours tiré à quatre épingles, plutôt souriant, souvent fumant une cigarette. Des bibelots exposés dans sa maison de Montfort-l’Amaury sont présentés à la Philharmonie revenant ainsi sur sa passion pour les petits mécanismes et l’extrême souci du détail avec le lequel il les collectionne et les expose. Même son nécessaire de rasage est soigneusement déposé sur un tissu noir-et-blanc rappelant le clavier d’un piano. Ce maniérisme prête à sourire lorsqu’il s’applique à la décoration de sa salle-de-bains mais il provoque l’admiration quand il concerne le strict ordonnancement des thèmes musicaux du Boléro.
Comme toujours, la Philharmonie est à la hauteur des artistes qu’elle expose : visites-guidées, atelier-exposition pour familles, bibliographie spécialisée, concerts. Tout est fait pour faciliter la découverte de ce grand compositeur.
Alors que des bruits de bottes retentissent en Europe et que les Etats-Unis d’Amérique semblent tourner casaque et revoir leurs alliances en faisant ami-ami avec la Russie, l’Europe géographique commence à se demander s’il ne lui faudrait pas envisager de disposer d’une défense autonome plutôt que de dépendre de l’allié américain aux humeurs changeantes. Mais le constat montre que les pays du vieux continent ont considérablement baissé la garde depuis les années 1990 et la chute de l’URSS. Les mauvaises langues galonnées avancent qu’en cas de guerre de « haute intensité », l’armée française ne disposerait aujourd’hui que de quelques semaines de munition pour lutter contre un potentiel envahisseur.
La nouvelle Russie apparaissant largement aussi nuisible et impérialiste que sa prédécesseuse soviétique l’Europe s’inquiète pour sa protection en cas d’attaque russe sur son territoire. C’est une saine réaction, certes un peu tardive mais salutaire. Le réarmement est sans doute la seule option raisonnable face à des puissances hostiles et de plus en plus agressives. Le problème est que tout ceci coûte beaucoup de sous et prend du temps. Les finances publiques de la France sont à la dérive depuis plusieurs décennies. Le pays est le mauvais élève de l’Union européenne. Heureusement certains autres sont en meilleure santé financière mais même en les additionnant, les financements nécessaires pour élever de nouveau l’Europe au rang de puissance sont considérables et d’un montant carrément vertigineux.
En France, après un embrouillamini budgétaire de première catégorie pour l’année 2025 l’un des sujets actuels majeurs est de revenir sur la réforme des retraites pour en rabaisser l’âge légal de départ. L’accumulation des déficits publics depuis 1974 a généré une dette de 105% du produit intérieur brut. Les règles basiques de bonne gestion, comme celles que nous suivons à la maison, voudraient que l’on baisse certaines catégories de dépenses si l’on veut augmenter celles réservée aux armées. Mais comme ce message est désagréable à appréhender par les citoyens électeurs qui ont totalement perdu l’habitude de l’entendre, on parle aujourd’hui d’un « grand emprunt européen » à lancer pour financer la remise à niveau militaire. C’est une nouvelle version du « quoi qu’il en coûte » qui évite de se serrer la ceinture. Nos enfants rembourseront nos dettes, ce n’est pas grave.
Personne n’a le courage d’annoncer « du sang, du labeur, des larmes et de la sueur » tels que Churchill les promit à son peuple en 1940. Maintenant on dit « on va s’endetter » et tout ira bien. C’est aussi le signe de la décadence européenne, particulièrement française d’ailleurs. Un pays ou Nabilla affiche 10 millions de suiveurs sur son compte Instagram et où Cyril Hanouna est potentiellement annoncé comme candidat aux élections présidentielles 2027 ne peut être un pays qui fait face à la réalité de ses nouveaux adversaires.
Le Palais Rohan est situé sur la place de la cathédrale de Strasbourg. Inspiré du château de Versailles, en plus petit, il a été construit au début du XVIIIe siècle pour héberger l’épiscopat et la demeure du prince-évêque dont le premier, catholique, était un Rohan. Il devait aussi être dimensionné pour pouvoir accueillir le Roi de France. C’est sous Louis XIV que l’Alsace est devenue française. Les étapes suivantes la verront devenir germanique, puis de nouveau française. Elle adoptera la Réforme tout en maintenant l’une des plus majestueuse cathédrale catholique du Royaume.
Le palais abrite aujourd’hui trois musées dont celui des arts décoratifs où le visiteur déambule dans les appartements somptueux où recevaient et évoluaient ces notables : salons de réception, antichambres, bibliothèques, boiseries, peintures, mobilier… tout n’est que luxe et flamboyance. Les révolutionnaires de 1789 ont remplacé certaines peintures comme ils ont coupé quelques têtes des statues de la cathédrale. Les Prussiens, puis les Allemands, ont bombardé Strasbourg, la Palais Rohan a un peu souffert puis tout ceci a été réparé, et même rénové par la suite.
La chambre royale a accueilli Louis XV et Marie-Antoinette, séparément bien sûr !
En sortant de toute cette magnificence le visiteur flâne sous les 140 mètres de la flèche de la cathédrale de Strasbourg. Quelle ville, quelle histoire.
La cathédrale gothique Notre-Dame de Strasbourg a fêté son millénaire en 2015. Elle est toujours solidement et merveilleusement en place au centre de la capitale alsacienne avec son clocher unique, laissant l’une de ses deux tours orpheline de clocher. Au cœur d’une région qui appartint au Saint Empire germanique et d’une culture protestante depuis la réforme au XVIe siècle elle a accueilli le culte protestant avant de redevenir complètement catholique après l’annexion de Strasbourg par Louis XIV en 1681. Elle affronta aussi les affres de la Révolution française et de ses fanatiques, les canons prussiens en 1870, la visite d’Hitler après la nouvelle annexion de l’Alsace par l’Allemagne en 1940, puis les bombes alliées en 1944. Heureusement ses vitraux avaient été mis à l’abri au début de la seconde guerre mondiale et ont pu être remis en place après celle-ci.
Elle est restée debout face à ces avanies et a même été un élément clé de la réconciliation franco-allemande. En 1941 le colonel Philippe Leclerc et ses troupes emportent la bataille de Koufra contre les Italiens dans le désert de Libye. Ils prêtent ensuite serment au milieu des sables de poursuivre le combat jusqu’à la victoire finale, soit la libération de Strasbourg.
Jurez de ne déposer les armes que lorsque nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la cathédrale de Strasbourg.
serment de Koufra
Ce sera chose faîte le 23/11/1944 lorsque les « saphis » de Leclerc hisseront le drapeau tricolore au sommet de la flèche de la cathédrale. La France est libérée de l’occupant allemand. La guerre va se terminer quelques mois plus tard et Leclerc poursuivra jusqu’à Berlin à la tête de la 2e division blindée au cœur du dispositif allié sous commandement américain.
En 1967, le Général de Gaulle célèbre en grande pompe le 17e anniversaire de la libération de la ville. Il est entouré d’une ribambelle de ministres et prononce un discours célèbre devant un parterre de militaires servant pour la plupart dans la guerre d’Algérie qui fait rage et à laquelle il fait aussi référence :
Il est en France, des lieux où la conscience nationale parle plus haut qu’ailleurs. D’après une sorte de décret de la nature et de l’histoire, Strasbourg est un de ces lieux-là, pour deux motifs qui s’appellent l’Alsace et le Rhin.
Gn de Gaulle – 23/11/1961
Il assiste également en grand uniforme à une messe dans la cathédrale à cette occasion.
Plus léger, la pimpante guide de l’office du tourisme nous apprend que des cigognes alsaciennes de la légende, porteuses des bébés, viennent chercher leur « chargement » dans la crypte de la cathédrale où les âmes des enfants attendaient de venir au monde. Elle nous détaille ensuite l’horloge astronomique et son mécanisme extrêmement sophistiqué datant du XVIe qui déclenche une ronde de personnages animés tous les quarts d’heure, ainsi que le Grand orgue flamboyant qui subit de multiples destructions et rénovations dont l’une menée au XVIIIe par l’alsacien André Silbermann, facteur d’orgue internationalement connu à l’époque.
La cathédrale est enchâssée dans une place de dimensions modestes entourée de bâtisses alsaciennes typiques, dont celle de la Maison Kammerzell, spécialiste renommé de la choucroute alsacienne. On est au cœur de la Grande Ile, entourée du fleuve L’Ill et du canal du Faux-Rempart : une belle image de la ville
Ce soir à minuit la chaîne de télévision C8 voit son autorisation d’émettre sur la fréquence publique gratuite de la Télévision numérique terrestre (TNT) s’éteindre. La nouvelle chaîne à qui a été octroyé cette fréquence n°8 est Ouest-France TV qui devrait commencer à émettre à partir du 1er septembre.
La chaîne C8 a diffusé hier des émissions larmoyantes se lamentant sur la « censure » que l’Etat fait peser sur elle ; Dans le même temps la vedette de C8, Cyril Hanouna, a annoncé que son émission TPMP (Touche pas à mon poste) continuera dès lundi pour la fin de saison et sera diffusée en direct sur d’autres canaux privés, certains gratuits, d’autres pas : Youtube, Canal+, etc.
Message « X » du 28/02/2025
La veille, le même annoncait que pour la saison prochaine son émission TPMP serait diffusée par le groupe M6 sur la chaîne gratuite de la TNT : W9.
Message « X » du 27/02/2025
De son côté le groupe Bolloré continuera d’exercer sa liberté éditoriale sur ses autres médias : les chaînes de télévision Canal+ (en partie payante), CNEWS et CSTAR (gratuites sur la TNT) ; la radio Europe1 ; les journaux le JDD, Paris-Match, GEO, Ca m’intéresse ; la plateforme DAILYMOTION et bien d’autres médias qui font du groupe Bolloré le plus puissant acteur médiatique français du moment, un peu ce que fut le groupe Hersant dans les années 1970-1980
On a donc vu pire comme censure… On peut même se demander si la famille Bolloré n’aurait pas profité des circonstances pour se débarrasse à bon compte de l’animateur Hanouna dont la vulgarité et le racolage commencaient à devenir un peu envahissants et, sans doute, très couteux, tout en se victimisant sous le poids de la « censute étatique ».
Cerise sur le gâteau, le journal Le Monde rapporte ce matin que Hanouna aurait répondu par la négative « pour le moment » sur l’hypothèse de sa candidature aux élections présidentielles de 2027
L’élection présidentielle de 2027, pour l’instant, bien sûr, c’est non […] je le ferai que si un jour on a une chance de sauver la France.
Nous voilà rassurés.
Depuis le 28/02/2025 le canal 8 de la TNT affiche écran noir :
Le camp du Struthof (KL Natzweiler) a été établi en mai 1941 dans la commune de Natzweiler à 60km de Strasbourg dans le Bas-Rhin. C’était à l’époque dans l’Alsace (de nouveau) annexée par le Reich allemand. C’était un camp de concentration pour le travail, pas un camp d’extermination, mais la vie n’y était pas rose. Situé dans les pré-montagnes à 800 m d’altitude, il a été installé à cet endroit pour pouvoir exploiter la carrière de granit rose située juste à côté. Les conditions de travail y étaient très dures ce qui, additionnées au traitement sauvage des prisonniers, entraînait un taux de mortalité très élevé de 40%. Environ 52 000 prisonniers sont passés au Struthof et dans ses camps annexes, originaires de toute l’Europe, y compris d’Allemagne, et d’une trentaine de nationalité dont plus de 7 000 Français.
Les baraques ont été construites sur un terrain en pente de 4,5 ha aménagés en terrasses. Cet environnement permettait une surveillance facilitée depuis les miradors et baraquements des SS situés en haut de la pente. C’est par là que se faisait l’accès des prisonniers hier, et, encore aujourd’hui, celui des visiteurs. Seules deux baraques de prisonniers sont toujours debout sur la terrasse du haut. Ils sont en cours de rénovation pour être rouverts à la visite le moment venu. A côté, la potence destinée aux exécutions a été maintenue en place et diffuse son image morbide pour rappeler où nous nous trouvons… En bas de la pente, deux baraques subsistent et sont visitables, l’une contenant le four crématoire et « l’infirmerie », ces deux fonctions étant complémentaires pour les Nazis qui menaient des expériences médicales sur certains détenus, l’autre étant réservée au bloc cellulaire. A côté, la fosse où était jetées les cendres des cadavres incinérés, transformée aujourd’hui en espace mémoriel et de recueillement.
Entre le sommet de la pente et le bas, reste uniquement l’étagement des terrasses et les escaliers de pierres qui étaient montés et descendus en permanence par les déportés dans un état de faiblesse avancée. Il y avait à l’époque 14 baraques de détenus qui n’ont pas été conservées.
En 1943 arrivent des déportés Nacht und Nebel (NN), les opposants au Reich au sein des pays occupés et de l’Allemagne, souvent des résistants à l’occupant, sorte de prisonniers politiques. Ils sont isolés des autres et connaissent un sort encore plus funeste. Beaucoup de ceux qui survécurent aux conditions de travail effroyables seront purement et simplement exécutés. Himmler avait demandé que tous les « NN » d’Europe de sexe masculin soient transférés au « KL Natzweiler », un ordre qui fut plus ou moins suivi.
A deux kilomètres en aval de l’enceinte du camp subsistent deux bâtiments, l’un était un « L’Auberge du Struthof » qui accueillait avant la guerre les habitants de la région venus faire du ski l’hiver et profiter du bon air de la montagne l’été. Les Allemands y ont installé leur quartier général durant la construction du camp. A côté, l’annexe de l’auberge dont une pièce fut utilisée comme chambre à gaz expérimentale. Les effets de gaz de combat y furent testés sur des déportés tsiganes dont peu survécurent. Des tests de vaccin contre le typhus furent également effectués sur des cobayes humains. A côté de la chambre à gaz se trouvent encore les installations où les résidents de l’auberge déposaient leurs skis…
A la fin de la guerre, face à l’avancée des troupes alliées, la fébrilité des Allemands les pousse à assassiner en masse les occupants du camp et ceux, nombreux, qui y arrivent. Les Américains le découvrent un peu par hasard le 25 novembre 1944, deux jours après la libération de Strasbourg. Il a déjà été vidé de ses occupants partis vers d’autres camps à l’Est au cours des sinistres « marches de la mort » où beaucoup des déportés périrent.
Après la guerre le camp fut réutilisé quelques temps comme camp d’internement où furent enfermés des collaborateurs. Le sinistre commandant du camp, Joseph Kramer, avait été muté à Bergen-Belsen qu’il commandait en 1944. Il est fait prisonnier par les Britanniques, condamné à mort et pendu en fin 1945. D’autres dirigeants du camp, moins emblématiques que Kramer, connurent un sort similaire. En revanche, les médecins allemands ayant dirigé les expériences médicales sur les détenus ont été condamnés à de la prison, libérés avant le terme de leurs peines en 1955. Ils retournent alors en Allemagne où ils reprennent leurs activités médicales !
En 1960 un Mémorial national de la déportation a été érigé au-dessus de l’enceinte du camp, vaste monument de 40 mètres de haut inauguré par le Général de Gaulle et autour duquel a été aménagée une nécropole regroupant plus de 1 000 tombes de déportés dont les corps ont été ramenés de différents camps européens.
Des investissements significatifs sont réalisés dans ce lieu d’Histoire pour maintenir et transmettre la sinistre mémoire des lieux de déportation. Un Centre européen du résistant déporté a été institué qui offre l’accès à des archives nombreuses aux chercheurs. En plus de visites guidées très intéressantes et bien menées, des expositions permanentes et temporaires sont organisées dans le grand bâtiment d’accueil des visiteurs.
Aujourd’hui, alors qu’une tempête de neige souffle à l’extérieur les visiteurs se retrouvent dans la cafétaria où une joyeuse bande de collégiens pique-niquent un peu bruyamment au point que leur responsable leur rappelle le lieu de mémoire où ils se trouvent pour leur demander un peu plus de calme, qu’il obtient d’ailleurs sans difficultés. En dépit de cette barbarie symbolisée ici au Struthof, la vie continue malgré tout, et heureusement ! Il est bien que cette jeunesse en baskets-casquettes et téléphones mobiles soit amenée ici pour, peut-être, prendre conscience de la noirceur du monde qu’elle pourra chercher à adoucir pour son propre avenir.
Ce soir l’Orchestre philharmonique de Strasbourg (OPS) dirigé par Aziz Shokhakimov (né en 1988 en Ouzbékistan) depuis 2021 accueille le jeune pianiste Alexandre Kantorow (né en 1997 d’un père français d’origine russe, lui-même chef d’orchestre) pour interpréter le concerto pour piano n°4 de Beethoven. Une pièce de Nina Senk, compositrice contemporaine slovène précède Beethoven et la symphonie n°4 de Brahms conclut la soirée après l’entracte.
On est un peu écrasé par ces œuvres et fasciné par le brio des interprètes. Le spectateur néophyte se sent peu qualifié pour porter un jugement sur ce concert, sinon pour faire partager l’intense plaisir ressenti en laissant porter par ces mélodies pour cette soirée musicale agréablement pimentée par la pièce contemporaine de Senk jouée en ouverture.
On n’était pas retourné au Salon de l’Agriculture depuis des décennies. Pas beaucoup de changements depuis la dernière visite, il s’agit toujours d’un vaste troquet consacré à la boustifaille et on a l’impression que les surfaces dédiées à la restauration dominent tout le reste. Au moins peut-on supposer que les aliments servis sont bons et issus du terroir. Le visiteur déambule au milieu des saucissons, des jambons et… des animaux, de loin les stands les plus fréquentés. Les adultes sont aussi émerveillés que les enfants devant veaux, vaches et cochons ruminant dans la paille fraîche. Les bestiaux aux poils brillants sont briqués à tous instants et l’on voit même des éleveurs utiliser un sceau pour recueillir leurs excréments avant qu’ils ne polluent leurs litières… De vastes enclos intérieurs accueillent les concours de beauté pour primer les animaux les plus pimpants dont les maîtres repartent avec de majestueuses médailles.
On aurait espéré assister à quelques débats entre spécialistes sur les enjeux et défis économiques de l’agriculture en France mais, s’ils existent dans cette enceinte, ils ne semblent pas ouverts au public. Il y a tout de même un stand McDonald qui attire les petits enfants avec des jeux pédagogiques. De leur côté, les producteurs de produits phytosanitaires se cachent derrière des appellations racoleuses et « biologisées » évitant de trop mettre en avant leurs spécialités chimiques. Une nouveauté cette année : l’opération « Zéro enfant perdu » qui consiste à badger (pas encore pucer) les enfants avec un bracelet mentionnant leurs noms et un numéro de téléphone pour les retrouver lorsqu’ils s’impatientent et filent vers les stands à bestiaux alors que leurs parents s’attardent devant leurs bières.
Le Maroc est mis à l’honneur dans ce salon 2025. Certes ses tomates et autres fruits et légumes concurrencent sévèrement l’agriculture française mais ce pays envoie également des bataillons de travailleurs marocains dans les champs français pour aider aux récoltes. Alors vive le Maroc !
Un polar réjouissant qui narre la rencontre improbable entre un « jeune de banlieue » qui cherche à s’en sortir via une micro-entreprise de vente de T-shirts et la commerciale d’une agence bancaire qui fait du bénévolat dans « les quartiers » (les Buers à Villeurbanne en l’occurrencee) pour se déculpabiliser. Il y a des morts, des dealers, des fuites, du business et… de l’amour. L’auteur croque la vie des banlieues lyonnaises un peu mal famées de façon hilarante, entre les petits et les gros dealers, le coiffeur tunisien, les « rebeus » et les « français. On imagine que tout ceci est basé sur la réalité ce qui rend les choses moins drôles et plus amères, mais le talent de l’auteur pousse à la franche rigolade en lisant ces horreurs.
Le groupe Bolloré a déclenché un tir de barrage très nourri pour accompagner les derniers jours de l’autorisation d’émission de sa chaîne C8 sur la Télévision numérique terrestre (TNT) gratuite. Tous les salariés des médias du groupe se lamentent à l’unisson contre « cette atteinte intolérable à la liberté d’expression et à leur devoir d’informer ». Ils sont appuyés par nombre de commentateurs conservateurs anti-Macron qui en profitent pour se laisser aller contre ce président qu’ils ne sont pas arrivés à empêcher d’être élu pour deux mandats successifs.
L’argumentation est que l’Etat « a tué » la première chaîne de la TNT « au mépris du peuple ». En réalité ce n’est pas la chaîne C8 qui est fermée, c’est son autorisation d’émettre sur une fréquence gratuite à laquelle il est mis fin. C8 peut tout à fait émettre via les box et les bouquets satellites payants comme des dizaines d’autres chaînes. Rien ne l’empêche, et surtout pas l’Etat qui est le propriétaire des fréquences de la TNT et a décidé d’attribuer celle jusqu’alors utilisée gratuitement par C8 à une nouvelle chaîne qui ne fait pas (encore ?) partie du groupe Bolloré. Même s’il décide de « fermer » C8, ce dernier continue à contrôler de nombreux autres médias, dont la chaîne CNEWS sur la TNT, qui pourront continuer à diffuser sa « ligne éditoriale ». On a vu pire comme « atteinte inqualifiable à la liberté d’expressions ».
Et puis, qui sait, peut-être que les deux nouveaux bénéficiaires de fréquences TNT, Ouest-France TV et Réels TV, vont-elles recruter Cyril Hanouna pour se reconnecter « avec le peuple » ?
L’accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hamas sur la bande de Gaza continue à dérouler les différentes étapes convenues pour les libérations réciproques d’otages israéliens contre détenus palestiniens. Ce jeudi ce sont des cercueils qui ont été rendus par les Palestiniens à Israël, ceux de deux enfants et de leur mère, la famille Bibas, dont le père, lui aussi otage, a été échangé, vivant, il y a déjà quelques jours.
Le Hamas et ses groupes assimilés ont utilisé la même mise en scène pour restituer les morts que pour les vivants : foule populaire rassemblée sur le lieu de remise des cercueils noirs à la Croix Rouge, soldatesque armée en uniformes rutilants, exposition des cercueils sous une grande affiche représentant le premier ministre israélien transformé en vampire. Et, bien sûr, une multitude de vidéastes officiels filmant la scène sous tous ses angles.
Quelques heures plus tard on apprenait des autorités israéliennes que les corps des deux enfants avaient bien été identifiés mais que celui devant être leur mère était celui d’une femme inconnue. Le Hamas reconnaît rapidement une possible confusion dans les corps. On ignore pour le moment s’il s’agit d’une véritable erreur ou d’un acte réfléchi du groupe terroriste religieux. Un nouveau cercueil est ensuite remis à la Croix Rouge qui, cette fois-ci, contient bien le corps de Mme. Bibas.
Les pays occidentaux, et même l’ONU, sont révulsés par ce théâtre médiatisé des échanges, appliqué aux morts comme aux vivants. Les non-occidentaux sont plutôt silencieux sur le sujet. De son côté, Israël qui libère des centaines de détenus palestiniens en application de ses engagements ne se résout pas à appliquer la même méthode audiovisuelle et il n’y a pas d’images diffusées de leur sortie d’Israël. Il y en a cependant de nombreuses de leurs arrivées en bus à Gaza. En revanche, les télévisions israéliennes diffusent des images des retrouvailles des otages avec leurs familles sans que l’on sache si lesdites familles sont d’accord pour cette publicité. On pourrait se passer de ces reportages un peu racoleurs et un peu plus de discrétion serait bienvenue sur ces moments d’intimité !
La mort de ces trois otages, dont deux enfants enlevés alors qu’ils avaient 8 mois et 4 ans, est attribuée à l’une ou l’autre partie selon les cas. La Palestine qui a enlevé cette famille le 7 octobre 2023 accuse un bombardement israélien qui aurait atteint cette famille. Israël accuse le Hamas de les avoir assassinés. La députée française au parlement européen Rima Hassan a en tout cas tranché la question dans l’un des très nombreux messages propalestiniens diffusés sur son compte « X ».
Rima Hassan sur « X » (19/02/2025)
De nouvelles négociations seraient en cours pour arrêter les prochaines étapes de ce cessez-le-feu. Si elles échouent on peut imaginer la reprise de la guerre qui, probablement, n’atteindrait pas plus qu’avant le cessez-le-feu actuel son objectif de « la destruction du Hamas ». Entre temps, le nouveau président des Etats-Unis a proposé sa solution : déplacement des 2 millions de Palestiniens de la bande de Gaza en Egypte et en Jordanie, sans droit au retour, « prise de contrôle » de l’enclave par les Etats-Unis (?) et transformation de celle-ci en « riviera ». A ce stade les pays arabes ont manifesté leur opposition à ce projet.
Il est à craindre que les générations futures aient encore à entendre parler longtemps du conflit israélo-palestinien et à payer pour la énième reconstruction de Gaza !
Pour fêter la réédition de ses albums « classiques » Archive est en tournée en Europe et présente deux soirées au Zénith de Paris, la première consacrée à You All Look The Same For Me (2002) et Noise (2004), la seconde aux deux disques Controlling Crown – parts I-IV parus en 2009.
L’équipe est au complet sous la direction du duo fondateur Darius Keeler et Danny Griffith. Lisa Mottram est seule au chant féminin ce soir. Elle est apparue dans le groupe lors de la tournée 2023et a parfois cohabité avec Maria Q. Les albums « classiques » comportaient des morceaux rappés par Rosko John, il est remplacé ce soir par Jimmy Collins, petit rappeur blanc, sec et nerveux. Le reste des musiciens est à l’identique des tournées précédentes.
Les deux soirées enchaînent des extraits emblématiques des quatre albums, dans un ordre différent de celui des disques. Le vendredi est consacré au passé des années 2002 et 2004 et le samedi à celui plus récent de 2009. Toutes les chansons ne sont pas reprises, il aurait fallu pour ce faire quatre concerts au lieu de deux, mais celles qui sont jouées le sont de façon flamboyante avec de longues périodes instrumentales prises dans le feu des lumières et la lave en fusion des rythmes répétitifs. L’atmosphère est survoltée, la maîtrise des musiciens parfaite, le son immense, les lumières simples (il n’y a pas d’écran ni de projections-vidéo), synchronisées sur le son.
Le déchirant Again qui démarre le disque You All Look The Same For Me est servi en version longue pour le rappel de cette première soirée. Un must !
Quel superbe ensemble ont formé ces quatre disques représentatifs de l’inspiration du groupe et de ses deux leaders-compositeurs principaux au cours des années 2000, mêlant la modernité de la musique au classicisme des claviers et des guitares utilisés, les rythmes trip-hop à la mélancolie des intonations, la folie de la répétition frôlant parfois l’hystérie au romantisme de certains passages voix et guitare. Bien sûr il y a de l’électronique dans tout ça, mais point trop envahissante. Une électronique de bon goût en somme.
La soirée suivante est dédiée aux deux albums publiés sous la bannière Controlling Crown. La petite ritournelle obsédante qui ouvre la Part I retentit pendant que les musiciens prennent place. Ils vont progressivement se substituer à la musique enregistrée et laisser la place à la formidable machine live de ce groupe qui tourne sur les scènes rock du monde entier depuis 30 ans. Et c’est un enchaînement de leurs plus belles compositions, regonflées et rallongées pour l’occasion de ce show anniversaire. Le public conquis compte les tubes tous basés sur le même concept, des nappes de claviers qui se superposent en mode mineur, inspirées du mellotron du King Crimson des années 1970, sur lesquelles se greffe une courte mélodie répétitive, souvent introduite au piano puis progressivement reprise par des machines électroniques au fur et à mesure que les rythmes s’emballent et que le son monte pour finir dans une explosion de décibels, d’instruments et de flashs de lumière stroboscopique hallucinants. Les finals sont atomiques et durent de longues minutes : 3 guitares sur le devant de la scène, celles des deux chanteurs Dave et Pollard renforcent celle du guitariste en titre, Mickey Hurcombe, Darius et Danny déclenchent sur leur claviers leurs symphonies de rythmes électroniques en mode super-presto, en deuxième ligne, guitare-bass et batterie assènent le beat convulsif, le tout servi avec un light-show qui transforme l’arène du Zénith en un chaudron volcanique, éblouissant des spectateurs dont tous les sens sont sur le point d’imploser.
La prestation du rappeur est impressionnante : vêtu de noir, sweat-capuche de circonstance, nerveux, court sur pattes, cheveux blonds peroxydés, il lâche son flot de phrases d’une voix métallique, projetant ses bras et ses mains en avant dans une chorégraphie de mouvements saccadés, au rythme d’une logorrhée de mots dont on se demande comment il arrive à contrôler en la gardant harmonieuse sur la musique qui l’accompagne. Ce chanter-parler nous emporte sous les arches du Zénith, il n’y a plus de sens, que du rythme et la voix obsédante du rappeur.
All hailstorms in to die for my sins, why am I accursed and not believing, death to damnation both forced arrest, enforced interrogation duress fire question, pressure point temple brainwashed disciple, shooting at me with a holy water pistol, I am not a heathen I’ll give you the reason, ten commandments and ten counts of treason, they can pass judgements while I plead, ignorance self defense dollars pounds and pence, because we live inside the age feelings hard to gauge, I just open up the book and keep turning the page,
Bastardised Ink
Le rappel de la soirée est en fait la Part IV du Controlling Crown qui débute avec l’obsédant Pills. Une sombre divagation où il est question de jours qui tirent vers l’abime et de pilules pour y sombrer, de souffrance noyée dans la foule, et de l’Autre, source de toutes les douleurs. Mais la cadence forcenée qui anime cette musique emporte sa mélancolie dans une fusion urbaine redoutablement efficace, et même extatique pour son public.
Pas vraiment gai mais ce Pills nous emmène vers l’apothéose de Dangervisit qui clôture deux soirées de rêve délivrées les Archive au sommet de leur art, pour notre plus grand bonheur musical.
Setlist
14/02/2025
Intro/ Get Out/ Numb/ Sleep/ Noise/ Love Song/ Meon/ Now and Then/ Finding It So Hard (full version)/ Fool/ Conscience/ Waste/ Pulse
Encore : Goodbye/ Again (full version)/ Hate/ Fuck U
15/02/2025
Controlling Crowds/ Bullets/ Kings of Speed/ The Feeling of Losing Everything/ Blood in Numbers/ Quiet Time/ Bastardised Ink/ Collapse/Collide/ Clones/ Words on Signs/ Whore/ Come On Get High/ Chaos/ Razed to the Ground/ Funeral
Encore : Pills/ Lines/ The Empty Bottle/ Remove/ Dangervisit
Le journal en ligne Mediapart s’est spécialisé dans les enquêtes d’investigation concernant généralement le personnel politique français. Il a ainsi notamment dévoilé les scandales Cahuzac et Bettencourt-Worth. Depuis plusieurs années il s’est attaqué à l’hypothèse de fonds en provenance de Libye pour financer la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. Mediapart a décidé d’en faire un documentaire diffusé dans les salles de cinéma et, ce n’est sans doute pas un hasard, au moment où s’est ouvert le procès de l’ancien président de la République et certains de ses proches pour, notamment, corruption et association de malfaiteurs.
Mediapart et Fabrice Arfi, son principal en quêteur, sont sans doute persuadés qu’il a eu un « pacte de corruption » entre le candidat aux élections françaises et le clan Kadhafi qui gouvernait alors la Libye, mais le documentaire est relativement factuel, la plupart des faits étant d’ailleurs reconnus par les accusés en ce moment au tribunal, sauf bien entendu le fait que des fonds libyens auraient été reçus par l’équipe de campagne Sarkozy.
L’un des personnages centraux côté libyen est Abdallah Senoussi, beau-frère du dictateur, chargé de la sécurité intérieure du pays. A ce titre, la justice française l’a jugé coupable d’avoir organisé avec quelques comparses l’attentat contre le DC10 de la compagnie française UTA en 1989 qui a fait 170 morts. Ils ont été condamnés par contumace avec émission d’un mandat de recherche international.
Près de vingt ans plus tard, un certain nombre de proches de Sarkozy (Brice Hortefeux, Claude Guéant, notamment) font le voyage de Tripoli et rencontrent… Senoussi. Ils se sont défendus ces derniers jours devant les juges qu’ils n’étaient pas au courant que le repris de justice était invité au dîner auquel ils participaient, et qu’ils n’ont pas voulu claquer la porte de la soirée pour éviter un « incident diplomatique ». La thèse du film est que la Libye monnayait un éventuel financement contre un élargissement du personnage par la justice française.
Et on ne parle même pas ici de tout le petit monde interlope d’intermédiaires affairistes ou délinquants, évoqué dans le film, qui rôdent et servent d’intermédiaires douteux entre ces dictatures et des représentants de l’Etat français…
La justice se prononcera bientôt mais quelle que soit la décision elle sera probablement contestée par la partie en défaveur de laquelle elle sera rendue. Quoi qu’il en soit on voit avec effarement, dans le documentaire et dans la vraie vie au tribunal, les petits arrangements que la France a mené avec le dictateur libyen initiateur d’actions de terrorisme international, sans parler de la gestion sanguinaire de son propre pays. Tout aussi consternant, dans le cadre de la réhabilitation du dirigeant libyen, la France a envisagé de lui vendre des centrales nucléaires civiles…
La France s’est cassé les dents à plusieurs reprises en essayant de réhabiliter d’anciens dictateurs, probablement avec naïveté et bonne foi mais que ce soient Bachar El-Assad ou Mouammar Kadhafi, ces dirigeants ont à chaque fois renoué avec leurs mauvaises habitudes. Dictateur un jour, dictateur toujours !
Paris devrait s’en souvenir alors que le nouveau dirigeant syrien est issu des mouvements terroristes islamiques et se tourne vers l’Occident, ou que le président russe, une fois la guerre d’Ukraine terminée, cherchera lui aussi à renouer. On doit pouvoir continuer les relations diplomatiques et commerciales avec les dictatures, mais le faire modestement, et sans leur vendre des centrales nucléaires ou les recevoir sur les Champs Elysées, ni bien sûr leur faire financer la politique intérieure française. C’est au moins une conclusion que l’on peut tirer de ce documentaire avant même toute décision judiciaire.
Hubert Védrine, ex-conseiller diplomatique, puis porte-parole, puis secrétaire général de l’Elysée sous la présidence Mitterrand de 1981 à 1995 et ex-ministre des affaires étrangères dans le gouvernement Jospin sous la présidence Chirac de 1997 à 2002, a réunit une vingtaine de plumes, diplomates, journalistes ou historiens, pour dresser les portraits de grands diplomates, de Mazarin (XVIIe siècle) à Sergueï Lavrov (toujours en activité en Russie), en passant par Talleyrand, Kissinger, Molotov, Zhou Enlai ou Bismarck.
C’est une traversée à travers l’histoire et le monde des négociations diplomatiques qui ont toujours existé car l’humanité a toujours eu besoin de la diplomatie pour mettre fin aux conflits qui ont été le carburant de son développement au cours des siècles. Les relations internationales nécessitent de faire parler des pays qui ont des ambitions souvent incompatibles. Des millions de morts ont été les victimes de guerres se déclenchant pour des revendications territoriales, pour des questions d’honneur, pour des volontés de domination. Dans l’histoire plus récente des guerres ont également été justifiées pour des raisons idéologiques. D’autres s’annoncent…
Les diplomates ont cherché non seulement à éviter les guerres, voire à les régler lorsqu’elles furent déclenchées, mais aussi à organiser les relations internationales et à façonner le monde en fonction des objectifs des rois et des présidents qui les nomment. La hauteur de vue de certains d’entre eux laissent pensifs lorsqu’on observe le niveau des relations diplomatiques de nos jours.
Ainsi, après la défaite de Waterloo et les ravages que Napoléon 1er avait généré en Europe par ses guerres de conquête, le congrès de Vienne en 1814-1815 a tenté de pacifier l’Europe. Metternich qui y représentait l’empire d’Autriche déclarait :
Ou bien la paix sera dicté par le désir de se venger de la France ou bien elle sera inspirée par le désir d’établir un équilibre aussi parfait que possible entre les puissances.
Et c’est ainsi que la France se tira relativement bien de ce congrès, aidée en cela par la redoutable malice de Talleyrand, son représentant.
La seconde moitié du XXe siècle a vu l’édification d’un système multilatéral et l’émergence de la Chine comme puissance mondiale, le tout censé apporter paix et développement à un monde dévasté par la seconde guerre mondiale. Ce fut le grand-œuvre du monde diplomatique, hélas en cours de détricotage ces dernières années avec le retour des nationalismes.
Henry Kissinger, qui fut en charge de la diplomatie des Etats-Unis sous la présidence Nixon déclarait :
Les empires n’ont aucun intérêt à opérer au sein d’un système international ; ils aspirent à être le système international.
Le livre rend hommage avec talent à ces diplomates de hautes volée. Ils furent des hommes de « l’ancien monde » et l’univers dans lequel ils ont exercé leur intelligence est en train de disparaître. Le XXIe siècle dérive aujourd’hui vers les nationalismes et la diplomatie se règle plus à coups de messages de 140 signes sur les réseaux dits « sociaux » que dans les enceintes onusiennes. Peut-être le futur révèlera ces nouveaux « grands diplomates » qui manquent cruellement aujourd’hui pour éviter une nouvelle catastrophe planétaire.
Quelques jours après l’intronisation du nouveau président américain Donald Trump, un crash s’est produit le 30 janvier entre un avion civil et un hélicoptère militaire à Washington. Les deux aéronefs ont plongé dans le Potomac. Il n’y a eu aucun survivant parmi les 67 personnes, passagers et membres des équipages. A peine 24 h après le crash, le président Trump a fait part de son analyse technique de ce drame sur le réseau Truth Social :
Truth Social – message de Donald Trump
Bonne nouvelle : ce message n’a reçu que 53 000 « likes » ce qui, pour une population de 350 millions de personnes, est finalement assez peu.
Il a également accusé l’administration en charge du contrôle aérien d’avoir recruté des agents incompétents en ouvrant le recrutement à la « diversité ». Au-delà de ce diagnostic présidentiel, les enquêtes techniques habituels en ce genre de circonstances pour comprendre ce qui s’est passé et en tirer les leçons nécessaires.