Antony Hegarty, nĂ© au Royaume Uni en 1971 sâest dâabord fait connaĂźtre comme leader du groupe Antony & the Johnsons qui sort un premier CD en 2000. Il a souvent fait allusion dans sa crĂ©ation Ă des questionnements sur son identitĂ© « de genre » au travers de ses textes, de ses rĂ©fĂ©rences musicales et artistiques, de ses attitudes. Au dĂ©but de sa carriĂšre il sâest produit dans des groupes de drag-queens. On se souvient quâil avait jouĂ© son concert de 2009 Ă la Salle Pleyel habillĂ© en femme. Il a suivi depuis sa transformation en femme trans. Elle se fait appeler dĂ©sormais Anohni depuis 2015. Elle a continuĂ© Ă signer des disques sous ce seul nom ou celui de Anohni & the Johnsons comme la formation de ce soir qui se produit Ă la Philharmonie de Paris dans le cadre du festival Days Off.
Son dernier CD, My Back Was a Bridge For You To Cross, affiche sur sa couverture un portrait de Marta Johnson, cĂ©lĂšbre militante drag-queen afro-amĂ©ricaine qui sâest battue en faveur des droits homosexuels en participant notamment aux Ă©meutes Stonewall uprising en 1969 lorsque la police new-yorkaise harcelait la communautĂ© dans cette boĂźte gay trĂšs connue Ă Greenwich Village. Sur le premier disque dâAnthony figurait le portrait sur son lit de mort de Candy Darling, une autre icĂŽne trans qui paraissait Ă la fin des annĂ©es 1960 dans lâunivers dâAndy Warhol. Lou Reed, lui aussi proche dâAndy Warhol, lui rendit hommage Ă travers ses chansons Take a Walk on the Wild Side (1971) et Candy Says (1969). Lors de sa tournĂ©e Berlin de 2006, Antony assurait les chĆurs sur la partie amĂ©ricaine de celle-ci, mise en image par Julian Schnabel qui a donnĂ© lieu Ă lâĂ©dition dâun DVD d’une grande beautĂ© ; le rappel du concert Ă©tait Candy Says chantĂ© en duo par Lou et Anthony qui en livrent une bouleversante interprĂ©tation.
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Lou Reed a toujours Ă©tĂ© un fervent soutien dâAnohni et a chantĂ© sur son deuxiĂšme disque avec les Jonhsons. Iâm a bird now (2005), Anohni a chantĂ© une trĂšs belle interprĂ©tation de Perfect Days sur lâun des derniers CD de Reed : The Raven (2003). Une courte histoire dâamitiĂ© (Lou Reed est mort en 2013) et de musique transgĂ©nĂ©rationnelle entre ces deux artistes.
Les Johnsons entrent en piste Ă lâextinction des lumiĂšres, ils sont neuf, tout de blanc vĂȘtus et sâassoient sagement sur leurs chaises en arc de cercle sous un grand Ă©cran. Ils sont emmenĂ©s par le guitariste britannique Jimmy Hogarth, auteur-compositeur-producteur qui a collaborĂ© avec de nombreux artistes, co-Ă©crit et produit le dernier disque dâAnohni & the Johnsons. Une section de cordes (un violoncelle et deux violons) amĂšne sa touche de classicisme lancinant bien Ă propos sur la musique ce soir.
Une danseuse apparaĂźt sur la scĂšne, enveloppĂ©e dâun voile blanc vaporeux, la tĂȘte surmontĂ©e de bois de cerf, collaboratrice dâAnohni depuis de nombreuses annĂ©es. La danse et le corps sont au centre de leur inspiration commune et câest une excellente façon dâintroduire ce show dont on sait quâil sera Ă©trange. La mĂȘme clĂŽturera la soirĂ©e, cette fois-ci habillĂ©e de noir.
Anohni, vĂȘtue dâune robe et dâun chĂąle blancs, les cheveux longs, blonds peroxydĂ©s, vient ensuite dĂ©marrer le concert sur Why Am I Alive Now? susurrĂ© sur les accords lĂ©gers de guitare et une batterie juste effleurĂ©e. Un morceau presque guilleret ne seraient-ce les paroles dâinquiĂ©tude Ă©cologique devant la nature qui sâeffondre alors que nous sommes toujours en vie. Le morceau suivant, 4 Degrees, extrait de son disque solo HOPELESSNESS, sur une rythmique plus violente et dĂ©sespĂ©rĂ©e, enfonce le clou du dĂ©sastre Ă©cologique qui dĂ©jĂ nous cerne.
L’univers dâAnohni est des plus sombres. Et lorsquâil ne sâagit pas de la planĂšte chancelante câest de son Ăąme et de son cĆur dont il est question, et ce nâest guĂšre plus positif. Lâauditeur pourrait ĂȘtre trompĂ© par une voix de tĂȘte, agile dans les aigus, parfois plongeant dans les graves avec Ă©lĂ©gance, donnant une impression de lĂ©gĂšretĂ©. La lecture de quelques textes suffit Ă nous ramener Ă la rĂ©alitĂ© de lâartiste qui est un bloc de souffrance. MĂȘme sa façon de se tenir exsude la douleur, lorsquâelle chante ses mains sâimbriquent et se tordent lâune avec lâautre, ses lĂšvres tremblent sur ses vibratos singuliers, comme si elle allait sâeffondrer en pleursâŠ
The way you talk to me, it must change The things you do to me The way you leave me The seeds you give to me, it must change It must change The death inside you That you pass into me The truth is that I always Thought you were beautiful In your own way
That’s why this is so sad That’s why this is so sad
(It Must Change)
You are my sister marque le retour à Antony. Elle est chantée sur le disque sorti en 2005 en duo avec Boy George, autre égérie du monde trans, accompagnée à la guitare par Devendra Benhart. Un trÚs beau moment au mitan de cette soirée.
You are my sister, we were born So innocent, so full of need There were times we were friends but times I was so cruel Each night I’d ask for you to watch me as I sleep I was so afraid of the night You seemed to move through the places that I feared You lived inside my world so softly Protected only by the kindness of your nature
You are my sister And I love you
(You Are My Sister)
Le concert sâĂ©coule dans la douceur, tout en subtilitĂ©. Le groupe est soudĂ© autour dâAnohni, lâencadre sans sâimposer, comme sâil voulait sâeffacer derriĂšre sa voix exceptionnelle et Ă©mouvante. Lâensemble est parfait.
Anohni nous parle un long moment de son association Future Feminism pour la dĂ©fense des droits des femmes, qui organise un festival pour la cause, pendant que dĂ©filent sur lâĂ©cran les images de femmes martyrisĂ©es du fait de leur condition, trans ou pas. Dans la salle, nombre de reprĂ©sentants du monde queer, bien visibles, manifestent leur soutien en applaudissant Ă tout rompre.
En rappel, Anohni, assise au piano, interprĂšte Hope There’s Someone, le second retour Ă Antony, qui clĂŽt merveilleusement bien cette soirĂ©e musicale bien mĂ©lancolique mais tellement belle, transcendĂ©e par la dĂ©licatesse des compositions portĂ©es par la voix dâAnohni.
Hope there’s someone who’ll take care of me When I die, will I go? Hope there’s someone who’ll set my heart free Nice to hold when I’m tired
(Hope Thereâs Someone)
Un final plein dâĂ©motion de la part de cet artiste inclassable, Ă la sensibilitĂ© Ă fleur de peau, dont les rĂ©cents changements de genre ne semblent pas avoir vĂ©ritablement solutionnĂ© le mal-ĂȘtre, mais ce sont sans doute eux qui fondent aussi une part de cette inspiration si singuliĂšre.
Setlist
Why Am I Alive Now? (Preceded by performance by Johanna Constantine dressed in white with deer antlers)/ 4 Degrees(ANOHNI song)/ Manta Ray (ANOHNI song)/ Cut the World/ Breaking (Marsha P. Johnson interview video short)/ Hopelessness (ANOHNI song)/ It Must Change/ You Are My Sister (Interpolation of spoken speech)/Sometimes I Feel Like a Motherless Child (Cover traditional song)/ Canât/ Everglade/ Another World (New arrangement)/ Drone Bomb Me (ANOHNI song)/ Man Is the Baby (Followed by performance by Johanna Constantine dressed in black with deer antlers)/ Her Eyes Are Underneath the Ground (Was performed wearing a veil)
Encore : Hope There’s Someone (performed with Anohni on piano)
Le groupe
ANOHNI
Jimmy Hogarth, guitare
Leo Abrahams, guitare
Chris Vatalaro, batterie
Gael Rakotondrabe, piano, percussions
Sam Dixon, basse
Julia Kent, violoncelle
Max Moston, violon
Doug Wieselman, multi-instrumentiste
Mazz Swift, violon
Johanna Constantine, danse
Vidéos
Les vidĂ©os d’Anohni sont disponibles sur son site web :
Video â Anohni and the Johnsons
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