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  • Mimouni Rachid, ‘Le Fleuve dĂ©tournĂ©’.

    Sortie : 2000, Chez : . Le roman amer d’un combattant de l’indĂ©pendance de retour en AlgĂ©rie. Il dĂ©couvre la faillite de ses idĂ©aux et de son pays. Tout le monde l’avait cru mort, il recherche sa femme et son fils. La premiĂšre a compromis pour sauver le second qui sombre dans le dĂ©sespoir d’une adolescence pleine de rage.

  • McGuane Thomas, ‘Rien que du ciel bleu’.

    Sortie : , Chez : . L’histoire d’un ancien hippie du Montana reconverti, sans joie, dans les affaires. Sa femme et sa fille vont « planter leurs choux ailleurs » et du coup il perd le moral et son sens du business, passant ses journĂ©es Ă  la pĂȘche. Ses deux femmes qui continuent de l’aimer le remettront dans le droit chemin. C’est racontĂ© avec humour et « le dĂ©tachement lucide de l’authentique dĂ©sespoir ». Un genre Philippe Djian des grands espaces des montagnes rocheuses. Distrayant.

  • Giesbert Franz-Olivier, ‘Le viel homme et la mort’.

    Sortie : 1996, Chez : . Les derniers jours de François Mitterrand, rongĂ© par son cancer, racontĂ©s par l’un de ses fils spirituels, fascinĂ© par le personnage. Alors que la vie s’essouffle, le vieil homme continue Ă  profĂ©rer coups bas et analyses brillantes, continuellement tournĂ© vers l’Histoire de France dans laquelle il dĂ©sespĂšre de laisser une trace.

  • Massive Attack – 2006/08/30 – Paris le Bataclan

    Massive Attack – 2006/08/30 – Paris le Bataclan

    De retour d’une tournĂ©e estivale dans les festivals du sud de la France, Massive Attack s’arrĂȘte Ă  Paris pour trois soirĂ©es dans la capitale fin aoĂ»t. La bande Ă©tant plutĂŽt habituĂ©e des salles gigantesques on se rĂ©jouit de profiter des Massive dans un espace plus humain, ce soir le Bataclan.

    Le groupe de Bristol n’a pas sorti de nouveau disque depuis 100th Window en 2003, sinon un best of cette annĂ©e : Collected agrĂ©mentĂ© de quelques inĂ©dits. On sait la gestation de ses crĂ©ations toujours trĂšs longue. On dit qu’ils accumulent les heures d’enregistrement. On imagine l’intensitĂ© des discussions artistiques pour arriver au degrĂ© de puretĂ© et d’absolu de leur musique. Un nouveau disque est annoncĂ© pour bientĂŽt : Weather Underground  !

    Le Bataclan trĂ©pigne lorsque s’éteignent les lumiĂšres vers 21h. Deux imposantes batteries occupent la scĂšne et marquent le son de cette soirĂ©e d’un beat aussi puissant que mĂ©canique. Elles cernent un clavier. Cette ligne d’arriĂšre subit de plein fouet la lumiĂšre qui irradie du fond de la scĂšne : un mur de diodes luminescentes, un gigantesque Ă©qualiseur dont les Ă©lĂ©ments suivent le cheminement mystĂ©rieux de cette musique venue d’ailleurs. Le mouvement de la lumiĂšre et la variation des couleurs sont un spectacle en eux-mĂȘmes avec toujours la sophistication la plus extrĂȘme travaillĂ©e Ă  l’infini pour la rendre Ă©vidente.

    Sur le bord de la scĂšne, devant les guitares, dĂ©file le collectif des voix. On distingue Ă  peine les lĂšvres qui les expirent. C’est un théùtre d’ombres qui marque l’exploit unitaire de cette musique. Tout le show est jouĂ© Ă  contre-nuit, les silhouettes des musiciens se dessinant en mouvement dans le flash des lumiĂšres qui violent les rĂ©tines alors que diffuse un son aux harmonies mineures et aux rythmes obsĂ©dants.

    Si le verbe synthĂ©tiser a un sens technique, les Massive Attack lui insufflent une volontĂ© artistique : la synthĂšse des influences ethniques, la fusion des rythmes, l’incandescence des lumiĂšres et des harmonies aboutissent Ă  cette incroyable puissance dĂ©livrĂ©e live par ce groupe.

    DerriĂšre la musique il y a des mots qui surnagent, une poĂ©sie rap majoritairement Ă©crite par le blanc Robert del Naja (3D), ce soir habillĂ© en officier de marine de sa MajestĂ©, et Grant Marshal (Daddy G) le longiligne black fondateur du groupe. Des mots imperceptibles qui tombent, diffus, confus. C’est le trip-hop de Bristol qui exhale la consanguinitĂ© de l’Afrique exilĂ©e en JamaĂŻque dans le sang de la traite, revenue se fondre sur les cĂŽtes de l’Empire britannique. Des mots qui scandent les sentiments prĂ©supposĂ©s universels : Don’t be afraid/ Open your mouth and say/ Say what your soul sings to you.

    Compositeur/graffiteur, habituĂ© de la scĂšne mondiale, 3D s’efface avec Ă©lĂ©gance derriĂšre l’équipe de chanteurs-compositeurs qui interprĂštent ses morceaux. Car Massive Attack est d’abord une histoire de partage : de Daddy G, dont les duos d’outre-tombe avec 3D sont parmi les morceaux les plus troublants, Ă  Horace Andy et ses airs de vieux sage africain Ă  la voix chaude et chevrotante, de Liz Frazer, la voix fĂ©minine et Ă©mouvante prĂ©sente ce soir sur scĂšne, habillĂ©e d’une djellaba bambara, Ă  Sinead O’Connor sur 100th Window, des rĂ©alisateurs pour qui le groupe a Ă©crit des musiques de film Ă  tant d’autres musiciens, ce groupe partage, synthĂ©tise et transcende !

    Massive Attack nous a dĂ©livrĂ© ce soir une musique sombre et poĂ©tique, fruit de l’unitĂ© d’un commando de musiciens bioniques, mi-DJs mi-chercheurs, dĂ©diĂ©s Ă  la crĂ©ation d’un son en phase avec notre temps : technologique et humain Ă  la fois, avec des montĂ©es d’intensitĂ© paroxystiques qui attaquent tous les sens sans espoir de rĂ©mission et des moments d’extase romantique oĂč des voix vaporeuses s’étagent avec douceur au milieu de vagues de claviers Teardrop on the fire/ Fearless on my breath/ Water is my eye/ Most faithful mirror/ Fearless on my breath.

    Les lumiĂšres se rallument, ou plus exactement les diodes luminescentes s’éteignent sur scĂšne. L’assistance reste sous le choc de la violence d’une confrontation avec cette musique inqualifiable, composĂ©e et jouĂ©e avec un grand talent. Peut-ĂȘtre sous l’effet du light-show ou d’une salle aux dimensions plus modestes qu’à l’habitude, mais on a ressenti plus de proximitĂ© avec le groupe, une musique plus colorĂ©e, moins radicale. Ou simplement est-ce l’aboutissement de musiciens atteignant l’ñge de raison, celui de l’apaisement oĂč la rĂ©volte est maintenant canalisĂ©e vers la qualitĂ© de l’écriture.

    On attend Weather Underground, fĂ©brilement !

  • Radiohead – 2006/08/26 – Paris Parc de Saint-Cloud

    Dans la nuit tombante sur le festival Rock en Seine Radiohead dĂ©marre son show sur Airbag. Le public est dĂ©jĂ  en transe. Les lumiĂšres baignent la scĂšne d’un bleu Ă©lectrique qui ne sera dĂ©chirĂ© que par des Ă©clairs orangĂ©s sur certaines montĂ©es de tension. Les deux Ă©crans de chaque cotĂ© des musiciens et le grand du fond retransmettent des petits Ă©crans virtuels projetant les images dĂ©formĂ©es de webcams fixes. Ce n’est pas Ă©vident Ă  dĂ©coder (surtout pour le 30 milliĂšme spectateur, tout lĂ -bas au fond de la pelouse) mais un concert de Radiohead se mĂ©rite.

    Le quintet britannique dĂ©roule un impeccable show assaisonnĂ© live. Les Ă©lucubrations Ă©lectro-mystiques des albums Kid A, Amnesiac ou Hail To The Thief passent remarquablement sur scĂšne oĂč le groupe dĂ©montre toute la subtilitĂ© de ces compositions. Thom place sa voix plaintive et aigĂŒe au-dessus du son de son groupe historique de musiciens d’exception : les trois guitares savent ajouter le feu sur une rythmique syncopĂ©e par l’électronique comme les trois guitaristes peuvent aussi pianoter sur des synthĂ©tiseurs remplaçant la magie violente du pincer des cordes Ă©lectriques par le mystĂšre des volutes bioniques Ă©manant d’improbables ordinateurs.

    On aurait pourtant cru le contexte d’une foule en plein-air peu propice Ă  une telle complexitĂ© musicale. Nous avions l’esprit Ă©triquĂ© et tellement peu imaginatif ! Les morceaux sont jouĂ©s comme sur les disques, sans compromission aucune. Il est rassurant de voir une audience de 25 annĂ©es d’ñge moyen partager avec dĂ©votion cette communion cĂ©rĂ©brale avec une musique venue d’ailleurs, une musique Ă  la sombre Ă©lĂ©gance, toute en Ă©motion et en modernisme, en recherche et en aboutissement, qui alterne des pages sinistres avec une Ă©nergie vitale et revigorante. Une musique faite pour la nuit, celle d’un compositeur Ă©trange dont la tĂȘte est pleine de ce qui s’avĂšre tout simplement ĂȘtre une prodigieuse inspiration. Une musique qui parle aux trĂ©fonds de notre Ăąme jusque parfois en Ă©branler les fondements.

    Lorsque Radiohead revient Ă  des moments plus classiques de son Ɠuvre le public souffle et reprend en cƓur Paranoid Android, Airbag ou Karma Police (qui clĂŽture le show). Le retour sur OK Computer rassure Ă  peine tant il paraĂźt maintenant acquis que ce groupe affronte avec bonheur les pistes escarpĂ©es de la crĂ©ation. On en profite tout de mĂȘme ! Sans vouloir trop en demander, on aurait mĂȘme pu Ă©couter Creep


    Plusieurs bonnes nouvelles ce soir : (i) Radiohead reste un groupe de scĂšne majeur Ă  la crĂ©ativitĂ© unique et l’intellectualisme brillant, (ii) on trouve Ă  Paris sans difficultĂ©s 40 000 personnes pour passer une nuit d’étĂ© avec la bande aprĂšs les 80 000 des Rolling Stones Ă  peine un mois plus tĂŽt et (iii) il reste des saucisses et de la biĂšre dans lesquelles on peu noyer les derniĂšres effluves de Karma Police qui tournent encore en boucle dans nos oreilles Ă©bahies : This is what you get


     

    La set list de Radiohead

    1. Airbag 2. 2+2=5
    3. The National Anthem
    4. My Iron Lung
    5. Morning Bell 6. Fake Plastic Trees 7. Videotape
    8. Nude 9. The Gloaming
    10. Paranoid Android

    11. All I Need 12. Pyramid Song 13. Lucky 14. The Bends
    15. I Might Be Wrong
    16. Idioteque 17. Everything In Its Right Place Encore: 18. You And Whose Army
    19. Bodysnatchers 20. There There
    21. Karma Police

     

  • Festival Rock en Seine – 2006/08/26 – Paris Parc de Saint-Cloud

    4Ăšme annĂ©e du Festival Rock en Seine : toujours une excellente programmation gĂ©nĂ©rant un franc succĂšs, toujours un temps pluvieux donnant Ă  l’ensemble un petit air woodstockien et toujours un grand plaisir de pouvoir assister Ă  deux journĂ©es non-stop de rock en plein air dans le parc de Saint Cloud.

    La journĂ©e du samedi est affichĂ©e « complet Â» depuis plusieurs semaines, la venue de Radiohead n’y est pas pour rien. Rock ‘n’ Folk fait sa couverture sur Thom Yorke, quelques radios et journaux gĂ©nĂ©ralistes annoncent la venue de ces extra-terrestres. SuccĂšs d’estime dans la presse grand-public qui ne comprend pas grand-chose Ă  cette musique mais pressent quelque chose d’important. Alors on en parle ! Vers 10h du matin le samedi, le cours de la place sur ebay est dans les 150 euros. Quelques puristes revendent Ă  prix coĂ»tants, il faut les trouver.

    Les acteurs de la scĂšne parisienne alignent leurs stands publicitaires au milieu des vendeurs de saucisses. On se rĂ©chauffe dans la friture d’oignons et la biĂšre blonde. Un petit passage sur l’expo Jean-Baptiste Mondino, clipeur-shooter du Rock, dĂ©ificateur de la guitare, qui place sur ses trĂšs belles et trĂšs glacĂ©es photos les musiciens anonymes au mĂȘme rang que Mick et Madonna.

    Il y a trois scĂšnes cette annĂ©e, une de plus qu’en 2005 et une raison supplĂ©mentaire de se ronger les sangs pour dĂ©cider qui privilĂ©gier. Beck et Rodiohead Ă©tant annoncĂ©s sur la grande scĂšne, le chroniqueur va donc directement y tremper son stylo. Il n’en sortira plus, bloquĂ©-compressĂ©-pressurisĂ© par les 30 Ă  40 000 fans qui vont progressivement s’agglutiner dans son dos. Et tant pis pour Skin ou The Rakes prĂ©vus sur la scĂšne de la cascade.

    Dead 60’s, Beck et Radiohead

    15h30, Taking Back Sunday arrive de New York pour jouer un rock de bellĂątres, brut et lisse, sans intĂ©rĂȘt. Ils sont suivis par Phoenix, quatre parisiens dont on parle qui sont allĂ©s Ă©crire-enregistrer leur dernier disque dans l’ancienne Berlin-Est, et dĂ©livre un son pop agrĂ©able et sincĂšre.

    Il est 18h, l’espace libre se rarĂ©fie, les gouttelettes qui tombent parfois du ciel n’arrivent plus Ă  atteindre le sol. Les choses sĂ©rieuses s’annoncent. Les Dead 60’s  remportent un franc succĂšs sur un style revival des rythmes ska. Ces quatre de Liverpool aux origines mĂ©langĂ©es sont Ă©nergiques et hargneux, riffs reggae et basses appuyĂ©es, la foule essaye d’onduler.

    Lorsque Beck entre en scĂšne, la pelouse est noire de monde. L’amĂ©ricain aux longs cheveux blonds est habillĂ© gilet noir sur chemise blanche, coiffĂ© de chapeau et lunettes noires. La ressemblance avec Dylan est recherchĂ©e. L’originalitĂ© de l’élĂšve Ă©gale celle du Maitre. Une mini-scĂšne est installĂ©e au fond de la vraie, occupĂ©e par des marionnettes reprĂ©sentant le groupe, agitĂ©es par des marionnettistes aux bouts de leurs fils, filmĂ©es par un opĂ©rateur et retransmises sur grands Ă©crans oĂč l’on ne verra que les puppets. La prestation de Beck est surprenante, comme son dernier disque. Le chanteur mĂ©lancolique de Sea Change s’est transformĂ© en musicien hip-hop, animant un groupe de joyeux dĂ©jantĂ©s jouant avec beaucoup de brio pour accompagner un non moins brillant compositeur et metteur en scĂšne. Durant ce qui ressemble Ă  un entracte, un clip projetĂ© montre les puppets aller saccager la loge des Radiohead. C’est la trĂšs trĂšs bonne surprise de la soirĂ©e, ce groupe amĂ©ricain est Ă©poustouflant d’originalitĂ© artistique et de vitalitĂ© musicienne. Beck en est le maestro royal et imperturbable, mĂȘme lorsque que ses acolytes s’attablent devant un banquet servi sur scĂšne, bientĂŽt transformĂ© en batterie collective et hystĂ©rique. Comme il n’est que le faire-valoir des hĂ©ros de la soirĂ©e, Beck laisse une pelouse frustrĂ©e de n’avoir point droit Ă  un rappel.

    La nuit tombe sur Saint-Cloud. Les allers-retours avec les baraques à frittes sont stoppés depuis longtemps, chaque place abandonnée étant inexorablement comblée par un mouvement de foule conséquent.

    Dans la nuit tombante Radiohead dĂ©marre son show sur Airbag. Le public est dĂ©jĂ  en transe. Les lumiĂšres baignent la scĂšne d’un bleu Ă©lectrique qui ne sera dĂ©chirĂ© que par des Ă©clairs orangĂ©s sur certaines montĂ©es de tension. Les deux Ă©crans de chaque cotĂ© des musiciens et le grand du fond retransmettent des petits Ă©crans virtuels projetant les images dĂ©formĂ©es de webcams fixes. Ce n’est pas Ă©vident Ă  dĂ©coder (surtout pour le 30 milliĂšme spectateur, tout lĂ -bas au fond de la pelouse) mais un concert de Radiohead se mĂ©rite.

    Le quintet britannique dĂ©roule un impeccable show assaisonnĂ© live. Les Ă©lucubrations Ă©lectro-mystiques des albums Kid A, Amnesiac ou Hail To The Thief passent remarquablement sur scĂšne oĂč le groupe dĂ©montre toute la subtilitĂ© de ces compositions. Thom place sa voix plaintive et aigĂŒe au-dessus du son de son groupe historique de musiciens d’exception : les trois guitares savent ajouter le feu sur une rythmique syncopĂ©e par l’électronique comme les trois guitaristes peuvent aussi pianoter sur des synthĂ©tiseurs remplaçant la magie violente du pincer des cordes Ă©lectriques par le mystĂšre des volutes bioniques Ă©manant d’improbables ordinateurs.

    On aurait pourtant cru le contexte d’une foule en plein-air peu propice Ă  une telle complexitĂ© musicale. Nous avions l’esprit Ă©triquĂ© et tellement peu imaginatif ! Les morceaux sont jouĂ©s comme sur les disques, sans compromission aucune. Il est rassurant de voir une audience de 25 annĂ©es d’ñge moyen partager avec dĂ©votion cette communion cĂ©rĂ©brale avec une musique venue d’ailleurs, une musique Ă  la sombre Ă©lĂ©gance, toute en Ă©motion et en modernisme, en recherche et en aboutissement, qui alterne des pages sinistres avec une Ă©nergie vitale et revigorante. Une musique faite pour la nuit, celle d’un compositeur Ă©trange dont la tĂȘte est pleine de ce qui s’avĂšre tout simplement ĂȘtre une prodigieuse inspiration. Une musique qui parle aux trĂ©fonds de notre Ăąme jusque parfois en Ă©branler les fondements.

    Lorsque Radiohead revient Ă  des moments plus classiques de son Ɠuvre le public souffle et reprend en cƓur Paranoid Android, Airbag ou Karma Police (qui clĂŽture le show). Le retour sur OK Computer rassure Ă  peine tant il paraĂźt maintenant acquis que ce groupe affronte avec bonheur les pistes escarpĂ©es de la crĂ©ation. On en profite tout de mĂȘme ! Sans vouloir trop en demander, on aurait mĂȘme pu Ă©couter Creep


    Plusieurs bonnes nouvelles ce soir : (i) Radiohead reste un groupe de scĂšne majeur Ă  la crĂ©ativitĂ© unique et l’intellectualisme brillant, (ii) on trouve Ă  Paris sans difficultĂ©s 40 000 personnes pour passer une nuit d’étĂ© avec la bande aprĂšs les 80 000 des Rolling Stones Ă  peine un mois plus tĂŽt et (iii) il reste des saucisses et de la biĂšre dans lesquelles on peu noyer les derniĂšres effluves de Karma Police qui tournent encore en boucle dans nos oreilles Ă©bahies : This is what you get

    La set list de Radiohead

    1. Airbag 2. 2+2=5
    3. The National Anthem
    4. My Iron Lung
    5. Morning Bell 6. Fake Plastic Trees 7. Videotape
    8. Nude 9. The Gloaming
    10. Paranoid Android

    11. All I Need 12. Pyramid Song 13. Lucky 14. The Bends
    15. I Might Be Wrong
    16. Idioteque 17. Everything In Its Right Place Encore: 18. You And Whose Army
    19. Bodysnatchers 20. There There
    21. Karma Police
  • Wolfe Tom, ‘L’Etoffe des hĂ©ros’.

    Sortie : 1979, Chez : . L’histoire passionnante de la conquĂȘte de l’espace dans l’AmĂ©rique des annĂ©es Kennedy : le mythique Chuck Yeager qui passe le mur du son dans son X1 au-dessus du dĂ©sert de Californie Ă  l’hĂ©roĂŻque John Glenn qui se promĂšne en orbite dans une capsule Mercury. C’est l’AmĂ©rique conquĂ©rante et naĂŻve, alors que tout Ă©tait encore possible, racontĂ©e par un Tom Wolfe au style haletant, prĂ©cis et ironique. Une tranche de vie Ă  jamais rĂ©volue alors que le cynisme et le business ont maintenant recouvert notre planĂšte d’un voile sombre et efficace.

  • Boyle T.C., ‘Water Music’.

    Sortie : 1980, Chez : . 700 pages foisonnantes et dĂ©lirantes sur un XVIII° siĂšcle finissant, Ă©clatĂ© entre une Afrique en putrĂ©faction explorĂ©e par un Ă©cossais candide et volontaire, et un Royaume-Uni oĂč seule la rage permet de survivre. La violence de ces deux mondes est dĂ©crite avec profusion et cynisme. Cette violence implacable est Ă©levĂ©e au rang de mode de fonctionnement, elle inspire merveilleusement Boyle dont la vision romanesque Ă©blouissante nous emmĂšne au bout de ces aventures humaines entrecroisĂ©es. La fiction est haletante, le style flamboyant, et le tout repose sur une reconstitution historique dĂ©finitivement crĂ©dible. Un grand roman !

  • Sigur Ros – 2006/07/06 – Paris l’Olympia

    Pas facile d’ĂȘtre un groupe islandais avec des chansons au format long, incompatible avec la FM, des textes en
 islandais et des harmonies et instruments bizarroĂŻdes. Björk nous a dĂ©jĂ  fait le coup alors les radios ont du mal Ă  se lancer dans la promotion de Sigur Ros (qui veut dire Rose Victoire, le prĂ©nom de la sƓur du leader). Et pourtant, ce groupe dont le membre le plus ĂągĂ© n’a pas trente ans, joyaux de crĂ©ativitĂ©, a dĂ©veloppĂ© un fan-club, jeune et fidĂšle, qui vĂ©nĂšre ces musiciens venus du froid. Le concert du 16 novembre dernier Ă  l’ÉlysĂ©e Montmartre Ă©tait dĂ©jĂ  sur-rĂ©servĂ© depuis plusieurs mois, alors nos islandais sont revenus ce 6 juillet Ă  l’Olympia pour nous prĂ©senter le mĂȘme show post-sortie de Takk, leur dernier disque, probablement le plus abordable.

    Et nous fument aussi totalement bouleversĂ©s par cette seconde apparition qui toucha Ă  la beautĂ© pure. A l’extinction des lumiĂšres, la scĂšne est masquĂ©e par un voilage transparent lorsque la musique dĂ©marre. Des projecteurs jouent sur les musiciens crĂ©ant des effets d’ombres chinoises alors que monte l’intensitĂ© des notes pour s’achever dans un dĂ©luge de rythmes et de volume sur le groupe qui apparaĂźt en direct aprĂšs la disparition du voilage. JĂłn ĂŸĂłr birgisson (JĂłnsi), longiligne chanteur-guitariste-inspirateur du groupe joue de sa voix Ă©thĂ©rĂ©e, trĂšs haut-perchĂ©e, comme d’un instrument, posant des mĂ©lodies puissantes sur des textes en islandais ou en « hopelandic », un langage inventĂ© pour meubler les compositions Ă  un stade oĂč les mots exprimĂ©s n’ont plus grande importance, les notes seules, gĂ©nĂ©rant le fluide vital du partage dans l’ñme des spectateurs.

    Rapidement rejoint par le quartet de cordes qui a assurĂ© la premiĂšre partie, les quatre musiciens de Sigur Ros dĂ©veloppent une musique fascinante, dĂ©finitivement ancrĂ©e Ă  leur Islande natale, aussi mystĂ©rieuse que cette ile du grand Nord. JĂłnsi joue sur sa guitare Ă©lectrique avec un archet dĂ©clenchant un son profond et sans attaque, le bassiste utilise parfois un stick sur ses cordes pour marquer la rythmique, les xylophones viennent rĂ©guliĂšrement ajouter une touche d’exotisme glacial Ă  l’ensemble. On est devant une musique expĂ©rimentale dont les piĂšces sont toutes originales et dont la combinaison sait nous parler.

    En se laissant pĂ©nĂ©trer par ces sons Ă©tranges Ă  la synthĂšse si parfaite, nous gagne le mystĂšre des volcans de Reykjavik qui se mĂ©langent aux glaciers pour produire le bien ĂȘtre sublime des geysers nous baignant de leur vigoureuse fĂ©licitĂ©. C’est le feu et la glace rĂ©unis dans une troublante alchimie menĂ©e par l’archer du Maestro JĂłnsi Ă  la voix placĂ©e au-dessus de tout, cette voix que l’on croirait sortie du Cri de Munch !

    L’ensemble est stratosphĂ©rique, indĂ©finissable, nous comblant d’une sereine et infinie plĂ©nitude. Il y a du Radiohead dans cette capacitĂ© tranquille Ă  rester en-dehors de sentiers battus et Ă  dĂ©velopper une mĂ©lancolie mĂ©lodique pourtant si facile Ă  vivre et Ă  digĂ©rer.

    Le final est rejouĂ© derriĂšre le voile sur un jeu de stroboscopes hypnotiques accompagnant la montĂ©e de tension progressive de la musique vers une ultime explosion. Cette violence nous mĂšnera au terme de cette inoubliable soirĂ©e musicale d’un autre type.

    Revenant des coulisses Ă  deux reprises, l’ensemble des musiciens applaudit les spectateurs durant de longues minutes pour nous rappeler que Takk en islandais veut dire « merci ».

  • Pessoa Fernando, ‘Lettres Ă  la fiancĂ©e’.

    Sortie : , Chez : . Les lettres du grand poĂšte portugais du Livre de l’IntranquillitĂ© Ă  la seule femme qu’on lui ait connu dans sa vie. Il Ă©crivait Ă  sa fiancĂ©e notamment que « Les lettres sont des signes de sĂ©paration
 Les lettres sont pour les gens Ă  qui nous n’avons plus envie de parler. » Rien de bouleversant dans ces textes, une idylle Ă©pistolaire sur deux pĂ©riodes de douze mois, sĂ©parĂ©es de dix annĂ©es, qui montre que Pessoa, tel le goĂ©land dans les cieux, Ă©tait plus Ă  l’aise dans les choses de l’esprit qu’avec le bric-Ă -brac de l’amour.

  • AUSTER Paul, ‘Mr Vertigo’.

    Sortie : 1994, Chez : .

    Quelle verve ce Paul Auster ! Il nous emmĂšne cette fois-ci au cƓur de l’AmĂ©rique de la Grande dĂ©pression de 1929 au travers les yeux d’un gamin douĂ© du pouvoir de lĂ©vitation, Ă  qui un MaĂźtre enseigne son art et les choses de la vie. C’est aussi une occasion de traverser l’AmĂ©rique profonde avec deux personnages attachants Ă  la poursuite de reconnaissance. AprĂšs un pĂ©riple de 50 annĂ©es, notre hĂ©ros qui ne lĂ©vite plus depuis bien longtemps, revient Ă  la maison de son Ă©ducation. On a vĂ©cu avec lui la fin tragique du MaĂźtre, ses aventures, sa vengeance et sa fidĂ©litĂ©. Et finalement, le besoin du retour au bercail aprĂšs tant de tumultes. Un grand roman, souple et brillant, oĂč l’hĂ©roĂŻsme s’affronte avec l’ordinaire et oĂč la composition des personnages est miraculeuse.

  • Nouvelle Vague – 2006/06/14 – Paris le Bataclan

    Deux jours aprĂšs l’apparition dans les bacs de Bande Ă  Part, Nouvelle Vague revient au Bataclan. Le concept est le mĂȘme, la reprise de standards new wave assaisonnĂ©s Ă  l’inspiration Collin/Libaux et susurrĂ©s par des princesses aux voix de velours. Camille vogue vers d’autres cieux et est numĂ©riquement remplacĂ©e par un guitariste chanteur antillais : GĂ©rald Toto.

    Le dernier disque prĂ©sente des morceaux de Echo & the Bunnymen, The Buzzckocks, The Lords of the New Church, Billy Idol, New Order, The Cramps, Bauhaus, Heaven 17 et d’autres qui viennent complĂ©ter sur scĂšne les classiques habituels de la formation. L’ambiance est plus bluesy, un poil plus reggae, un soupçon moins latinos que sur le premier disque.

    GĂ©rald, grimĂ© Kingston fashion, nous joue une incroyable version rasta de Heart of a Glass de Blondie et terminera le show avec Relax de Francky goes to Hollywood sur la mĂȘme veine.

    Le cérémonial reste bien agencé, le collectif de chanteuses/chanteur se succÚde au micro. La véritable vedette de cette soirée est la musique, celle composée par ces groupes de légende qui ont bercé nos années 80 !

    Il n’est pas sur que ce concept Nouvelle Vague justifie un troisiùme disque. Mais le duo Collin/Libaux a sans doute plus d’un tour dans son sac.

  • BensaĂŻd et Leloup Catherine et Jean-Yves, ‘Qui aime quand le t’aime ? De l’amour qui souffre Ă  l’amour qui s’offre’.

    Sortie : , Chez : . Une psychiatre et un prĂȘtre philosophe mĂšnent une analyse de concert de la relation amoureuse : de la parabole de la Samaritaine Ă  la mĂ©taphore de l’Ă©chelle, ils dĂ©taillent scrupuleusement et avec Ă©vidence le fait amoureux, ses Ă©tapes, des dĂ©rives, ses illusions, ses quĂȘtes, ses brĂ»lures, ses objectifs, ses transcendances, ses apaisements… Les auteurs dĂ©roulent leur raisonnement avec la rigueur impressionnante de ceux qui ont scrutĂ© la vie, la simplicitĂ© naturelle de ceux qui savent mettre leurs pensĂ©es Ă  la portĂ©e de lecteurs seulement riches de leurs expĂ©riences. On les suit au long de ces lignes qui s’entrechoquent avec nos propres vies et dĂ©clenchent de salutaires rĂ©flexions et, parfois, avancent des clefs pour essayer d’entrouvrir le voile du mystĂšre.

  • Houellebecq Michel, ‘Extension du Domaine de la Lutte’.

    Sortie : 1994, Chez : . Les chemins de la dĂ©pression ordinaire d’un homme solitaire, racontĂ©s avec un cynisme politiquement incorrect mais tellement rĂ©aliste. On a tous traversĂ© et pensĂ© un jour ce que Houellebecq Ă©crit ici, dĂ©passant les inhibitions habituelles de 2000 ans d’influences judĂ©o-chrĂ©tiennes. Un rĂ©gal d’amertume !

  • Mailer Norman, ‘Les vrais durs ne dansent pas’.

    Sortie : , Chez : . Un incroyable roman amĂ©ricain oĂč s’exprime toute la puissance de Mailer, ce gĂ©ant de la littĂ©rature moderne. Il y est question de tĂȘtes dĂ©capitĂ©es, d’alcool, de sexe, de relations humaines dĂ©jantĂ©es dans le cadre de la Nouvelle Angleterre d’une AmĂ©rique torturĂ©e qui prĂ©sente tous les atours apaisants d’une nation parvenue et conquĂ©rante. L’imagination dĂ©bridĂ©e de l’auteur est un rĂ©gal pour l’esprit. Sa crĂ©ativitĂ© littĂ©raire et la perfection du verbe inspirent le respect.

  • Baer Robert, ‘La Chute de la CIA’.

    Sortie : , Chez : . Les confessions amers d’un ancien agent de la CIA expliquant la mĂ©tamorphose d’une agence de renseignement opĂ©rationnelle, spĂ©cialisĂ©e en coups tordus au profit de la sĂ©curitĂ© nationale des Etats-Unis, en une bureaucratie techno couvrant les intĂ©rĂȘts pĂ©troliers du microcosme washingtonien.

  • Louise Attaque – 2006/04/25 – Paris le ZĂ©nith

    Louise Attaque – 2006/04/25 – Paris le ZĂ©nith

    Une grande vague de rock et de tendresse a submergĂ© le ZĂ©nith ce soir avec Louise Attaque qui y clĂŽturait une sĂ©rie de deux concerts. Le groupe français recordman du disque rock le plus vendu dans l’hexagone avec 2,5 millions de leur premier opus en 1997, s’est reformĂ© en 2005 pour un nouvel album, A Plus Tard Crocodile, dans la veine des deux prĂ©cĂ©dents.

    Adepte des Violent Femmes dont Gordon Gano a produit le deuxiĂšme disque, les Louise
 se sont tournĂ©s cette fois-ci vers Mark Plati, guitariste/ingĂ©nieur/producteur que l’on a vu sur scĂšne Ă  plusieurs reprises avec Bowie, pour la coproduction du Crocodile qui les a emmenĂ©s Ă  New York pour une partie de l’enregistrement.

    Ils nous livrent ce soir un concert plein de bonheur, menĂ© tambour battant par un quatuor rĂ©gĂ©nĂ©rĂ© et mature, toujours Ă  l’écart des chemins trop frĂ©quentĂ©s mais sachant dĂ©clencher l’enthousiasme de salles bondĂ©es. Ils affichent une originalitĂ© jamais dĂ©mentie sous la banniĂšre du rock pur, juste attĂ©nuĂ© par la douceur des textes. Une poĂ©sie au fil de l’eau, sorte d’écriture automatique appliquĂ©e aux choses de la vie, oĂč il est bien sĂ»r question d’amour et de doutes, sujets tellement propices au jeu des mots maniĂ© avec habiletĂ© par GaĂ«tan Roussel, l’ñme des Louise :

    J’vis toujours des soirĂ©es parisiennes
    J’voudrais vivre des soirĂ©es belles Ă  Sienne et vivre au vent
    A feu
    A cent
    M’ouvrir au sang
    Tu mens


    Et nous voyons ce soir un formidable groupe de scĂšne, sans dĂ©corum excessif, juste le son des guitares enluminĂ©es par le violon aĂ©rien d’Arnaud Samuel, et une incroyable Ă©nergie dĂ©ployĂ©e pour leur musique. Les chansons sont toutes jouĂ©es en version allongĂ©e, prolongeant d’autant notre fĂ©licitĂ©. Ils ne savent plus s’arrĂȘter ! A minuit nous y Ă©tions encore, leurs potes de Dionysos et des Wampas Ă©taient montĂ©s sur scĂšne pour la gig des copains, et tout ce petit monde, Ă©puisĂ©, revenait pour un Ă©niĂšme rappel.

    La princesse naĂŻve aux grands yeux doux qui illustre leurs albums nous tire sa rĂ©vĂ©rence, laissant partir ses princes charmants courir les festivals musicaux de l’étĂ© qui s’annoncent TrĂšs Louise


  • Perry Blake – 2006/04/13 – Paris le CafĂ© de la Danse

    Concert intimiste de Perry Blake Ă  Paris : cet artiste inclassable nous y dĂ©roule ses derniĂšres compositions Ă©chappĂ©es d’un monde dont il nous entrouvre rĂ©guliĂšrement les portes le temps d’un CD. TrĂšs attachĂ© et inspirĂ© par la culture française, on lui connaĂźt des collaborations rĂ©guliĂšres avec Françoise Hardy ou Emilie Simon, c’est donc au CafĂ© de la Danse, place oh combien parisienne qu’il nous dĂ©voile son dernier disque The Crying Room. HabillĂ© d’un costume de velours coupĂ© annĂ©es 30, il est assis au milieu d’un groupe de musiciens français jazzy qui collent complĂštement Ă  sa musique.

    Blake, dĂ©laissĂ© par son label, a enregistrĂ© son dernier album dans sa maison irlandaise au milieu de nulle part. Une solitude insulaire qui transparaĂźt dans ses notes et son attitude sur scĂšne. On le croirait juste sorti de ses vallĂ©es vertes battues par les grands vents marins et peuplĂ©es de moutons errants. La musique inspirĂ©e par un tel environnement est pleine d’une puissance contenue, la voix Ă©mouvante de son compositeur est Ă©videmment follement romantique. Un show basĂ© sur le plaisir musical qui transcende la mĂ©lancolie naturelle qui exsude de tempi lents et harmonieux. Et d’ailleurs les musiciens s’amusent en se serrant autour de Blake pour l’emmener dĂ©voiler son Ăąme au-delĂ  de ce qu’il aurait probablement envisagĂ©. Clavier et guitares, percussions jazzy, entourent parfaitement ce musicien dĂ©licat et subtil dont les notes perlent comme des gouttes de rosĂ©e argentĂ©es oĂč se reflĂštent nos joies et nos tourments. Dieu merci ces crĂ©ateurs marginaux peuvent-ils encore nous bercer de leurs mĂ©lopĂ©es autoproduites malgrĂ© l’abandon dont ils font l’objet de la part de l’industrie du disque. Une reprise de Georges Harisson termine ce concert avant que Blake ne se retire sur la pointe des pieds.

    What did you find in my past life?/ What you’ll find if you come is forgiveness/ What you’ll find if you come is you’re forgiven

  • Morrissey – 2006/04/11 – Paris l’Olympia

    Concert complet (depuis longtemps) Ă  l’Olympia ce soir oĂč Morrissey vient prĂ©senter son dernier disque : Ringleader of the Tormentors. L’icĂŽne du rock indĂ©pendant continue un parcours de grĂące musicale dont les Ă©tapes sont ponctuĂ©es de productions Ă©clairĂ©es par ses dĂ©ambulations Ă  travers la planĂšte, Londres, Manchester, Los-Angeles, Rome depuis un an et l’Irlande, toujours, dont le sang irrigue le terreau si fertile de sa nostalgie pĂ©rĂ©grine. En France, il ne fait que passer, mais nous le savons tous, bien sĂ»r cet artiste romantique viendra un jour tremper son inspiration sur les bords de Seine et rejoindre la mĂ©moire de tous les poĂštes qui s’y sont brĂ»lĂ© les ailes. Morrissey, Paris t’attend, la ville lumiĂšre est Ă  toi, et ce soir n’est qu’un avant-goĂ»t !

    Smoking noir et chemise rose cintrĂ©e, Morrissey apparaĂźt, cheveux grisonnants, un pack de musiciens collĂ©s Ă  ses notes. Le show dĂ©marre sur First of the Gang et s’emballe sur You Have Killed Me puis The Youngest Was The Most Loved : guitares cinglantes, voix cajoleuse qui dĂ©croche harmonieusement dans les aigus, claviers nuageux, rythmique majestueuse. Le son est marquĂ© de la patte de Tony Visconti, le producteur sorcier (T-Rex, Bowie, The Stranglers, Rita Mitsouko, et mĂȘme Marc Lavoine
) de Ringleader
, Ă  la fois foisonnant et ordonnĂ©, emphatique et subtil. Tout ce petit monde affiche la nonchalance qui sied aux grands professionnels traĂźnant derriĂšre eux des dĂ©cennies de route et de composition, l’unitĂ© profonde d’un groupe qui a jouĂ© les histoires et les humeurs de Morrissey sur toutes les scĂšnes de la planĂšte Rock. Cette apparente facilitĂ© laisse l’artiste exprimer librement sa nouvelle fĂ©licitĂ© romaine dĂ©versant sur un public conquis un torrent furieux et pur de romantique Ă©lĂ©gance.

    Sur la pochette du dernier disque on dĂ©couvre Morrissey en maestro du violon estampillĂ© Deutsche Gramophone, puis en dandy nĂ©gligemment appuyĂ© sur un scooter dans une rue romaine taguĂ©e. Ce sont les images du retour Ă  l’Europe si dĂ©licieusement illustrĂ© par sa nouvelle inspiration musicale oĂč se mĂȘlent Rome et Pasolini, des harmonies modernes et Ă©ternelles, bref du Morrissey enthousiaste qui n’abandonne pas sa marque de fabrique d’une vision amer de la vie, transcendĂ©e par la musique comme guide salvateur.

    Le show se dĂ©roule avec naturel, quelques retours sur les Smiths et sur You Are the Quarry, l’opus amĂ©ricain du retour vers la gloire :

    Irish blodd English heart
    That’s I’m made of
    There is no one on earth
    I’m afraid of
    And I will die
    With both my hands untied

    puis le superbe Let Me Kiss You. Une surprise avec la reprise de A Song From Under The Floor Boards de Howard Devoto que Morrissey prĂ©sente comme Ă©crite avant sa naissance ! Il ne faut tout de mĂȘme rien exagĂ©rer jeune homme, nous nous souvenons d’un concert mĂ©morable de Magazine au Palace en 1980 annĂ©e oĂč cette chanson a Ă©tĂ© créée.

    Le concert touche au sublime lorsque dĂ©marre la basse hypnotique de Life is a Pigsty (La vie est une porcherie) qui nous ramĂšne aux ambiances sombres d’antan :

    Life is a pigsty
    Life is a pigsty
    

    Can you please stop the time?
    Can you stop the pain?
    I feel too cold
    Can you stop this pain
    Even now in the final hour of my life
    I’m falling in love again
    Again/ Again


    Un trop court rappel sur Last Night I Dreamt That Somebody Loved Me et notre funambule repart pour l’Irlande, prochaine Ă©tape de son tour.

    Ce soir s’est exprimĂ©e la quintessence de ce qu’un artiste intemporel est capable de produire lorsque son Ăąme enfin tend Ă  l’apaisement, dĂ©sertant la noirceur des Smiths au profit Ă  la sĂ©rĂ©nitĂ© d’un crĂ©ateur abouti ! On retrouve du Bryan Ferry dans cette Ă©volution personnelle vers toujours plus d’harmonie, le sourire en moins. Les frissons courent sur la peau des spectateurs comme coule la fontaine pure et dĂ©bordante de cette musique portĂ©e par la voix sublime d’émotion de Morrissey dont les crĂ©ations dĂ©licates nous tourneboulent dĂ©licieusement dans la joie de partager ces mĂ©lodies si pleines de finesse.

    Set list

    First Of The Gang To Die / Still Ill / You Have Killed Me / The Youngest Was The Most Loved / Reader Meet Author / Let Me Kiss You / My Life Is A Succession Of People Saying Goodbye / Girlfriend In A Coma / I Will See You In Far-off Places / To Me You Are A Work Of Art / Life Is A Pigsty / Trouble Loves Me / How Soon Is Now? / Irish Blood, English Heart / A Song From Under The Floor Boards / I Just Want To See The Boy Happy / At Last I Am Born // Last Night I Dreamt That Somebody Loved Me

  • Littell Robert, ‘LĂ©gendes’.

    Sortie : , Chez : . Les histoires d’espionnage post guerre froide oĂč la CIA ruine la Russie en s’appuyant sur les TchĂ©tchĂšnes, liquide ses propres agents empĂȘtrĂ©s dans les personnages successifs, les lĂ©gendes, que leur forge le service action pour les couvrir. La psychologie se mĂȘle au terrorisme, la manipulation s’ajoute Ă  la folie du pouvoir, la vie humaine n’a plus de sens face aux intĂ©rĂȘts supĂ©rieurs des Etats et la gestion de l’avenir de la planĂšte. Cela fait froid dans le dos, mais il reste l’espoir que tout ceci ne soit que roman !