Plusieurs fois reportĂ©e pour cause de Covid, puis de maladie (Darius Keeler, cofondateur du groupe en 1994 a annoncĂ© en 2022 souffrir dâun cancer), la tournĂ©e Call to Arms & Angel, du nom du CD sorti il y a deux ans a enfin Ă©tĂ© lancĂ©e cette annĂ©e et passe pour une date parisienne Ă Bercy aprĂšs plus dâune dizaine de concerts en France.
Lâimmense scĂšne de lâarĂšne est occupĂ©e par une premiĂšre ligne : Darius Ă gauche, Danny Griffiths Ă droite, tous deux aux claviers et machines, au milieu : Dave Pen et Pollar Berrier (Guitares et chant), et, de façon intermittente, Lisa Mottram (la nouvelle voix fĂ©minine du groupe) ; sur la deuxiĂšme ligne, entourant la batterie de Steve Barnard, le guitariste Mickey Hurcombe et le bassiste Jonathan Noyce. Les postes sur cette deuxiĂšme ligne sont sĂ©parĂ©s par des rampes lumineuses qui, ajoutĂ©es aux puissants projecteurs venant du fond de la scĂšne, crĂ©ent alternativement des atmosphĂšres brumeuses bleues ou rouges, avec des dĂ©chaĂźnements de lumiĂšres stroboscopiques accompagnant Ă lâinfini les saccades de chansons tout aussi stroboscopiques.
Le groupe entre en scĂšne sur une intro musicale Ă©lectronique et mĂ©lancolique dans une atmosphĂšre bleue tamisĂ©e, oĂč souffle une espĂšce de trompette fatiguĂ©e, qui se transforme soudainement en lumiĂšres blanches violentes et tournoyantes dĂšs que retentit la batterie vigoureuse sur M. Daisy extrait du dernier album. La course est lancĂ©e.
Get fucked if you think I’m in your shadow Run, run ’cause I’m gonna end your fun Smile, smile, gonna get you in your pile Get bent if you think I’m gonna bend
Mr Daisy
Lâenchainement sur Sane (2006) puis The False Foundation (2016) est redoutable, tout en rythmes et riffs de guitares grincheuses. Seules les voix de Pollar et Dave, souvent en duo, amĂšnent un peu dâharmonie dans ce dĂ©luge sonore. Il faut attendre Vice (2022) pour reprendre son souffle avec cette balade dĂ©sabusĂ©e chantĂ©e par Pollar sur une ritournelle de piano :
Life in a vice Tightening up inside Life in a noose No chance to get loose Break through the chains Hope through the shame Orchestrated life Orchestrated fight Command what we like Into me and you
Vice
Elle est enchaĂźnĂ©e sans interruption sur Lights et sa singuliĂšre montĂ©e de tension, dĂ©marrĂ©e au piano que vont progressivement rejoindre tous les instruments puis la complainte de Pollard. Il sâagit dâune chanson sur la souffrance, de celle qui submerge lâĂąme et fait renoncer. Cette version live est commencĂ©e de façon plus directe quâĂ lâhabitude, lâimperceptible intro sur une note unique de piano est coupĂ©e pour passer directement Ă la ritournelle obsĂ©dante de clavier. Le morceau de dix minutes se termine dans le noir et en douceur, la voie de Pollard sâenvolant bien haut dans les aigĂŒes et les voutes de Bercy.
Dave Pen reprend ensuite le chant pour un enchaĂźnement de Conflict menĂ© tambour battant et Daytime Coma, encore une longue complainte (quinze minutes) sur fond de nappes de claviers, pas trĂšs gaie, dont le final explose avec lâarrivĂ©e de la batterie et des guitares sur le dĂ©chaĂźnement vocal de Dave :
I see a light In darkness Save me
I feel you Through the air Hold me
Daytime Coma
Lisa Mottram fait son apparition sur Surrounded by Ghosts quâelle interprĂšte aussi sur la CD Call⊠HabillĂ©e dâune robe noire, elle danse en chantant, discrĂšte et un peu en retrait, mais sa voix porte loin. Câest orignal cette volontĂ© du groupe de changer de voix fĂ©minine rĂ©guliĂšrement. Ils ne se sont jamais trompĂ©s mais on se dit Ă chaque fois que lâon va regretter la prĂ©cĂ©dente, et puis non. De Roya Arab Ă Maria Q en passant par Holly Martin, nous ne sommes jamais déçus. Lisa reste ensuite sur scĂšne pour chanter avec Dave sur The Skies Collapsing Onto Us, la bande originale dâun film Netflix puis Take my Head, retour Ă lâalbum du mĂȘme nom sorti en 1999, le deuxiĂšme du groupe alors encore dans une pĂ©riode trip-hop, moins marquĂ©e pop. Elle se dĂ©chaĂźne et fait sa sortie sur The Crown, une espĂšce dâhymne rappĂ© sur une tornade cadencĂ©e de guitares mĂ©talliques et de boĂźtes Ă rythmes qui semblent tourner sans contrĂŽle.
Quelques derniers morceaux extraits de Call⊠nous amĂšnent doucement vers Gold qui clĂŽture le show, un morceau emblĂ©matique de lâinspiration prĂ©sente de ce groupe si crĂ©atif, et lorsque que les artistes sâeffacent dans les coulisses leurs ordinateurs continuent Ă diffuser les quatre notes qui forment le thĂšme de ce final dans les flashs des projecteurs tournoyants et les larsens extirpĂ©s par Dave de sa guitare.
Ils reviennent bien sĂ»r, pour deux rappels et terminent la soirĂ©e sur Again sur lequel la voix dĂ©chirante de Dave Pen nous narre lâhistoire triste de la dĂ©chirure dâun amour perdu.
CâĂ©tait un nouveau concert dâArchive, pas de vĂ©ritable surprise mais toujours lâenthousiasme dâassister Ă la performance jamais dĂ©cevante de ce groupe inclassable qui sait mixer avec habiletĂ© rythmes, machines et romantisme. On ne sâen lasse pas !
Setlist
Mr. Daisy/ Sane/ The False Foundation/ Vice/ Lights/ Conflict/ Daytime Coma/ Surrounded by Ghosts/ The Skies Collapsing Onto Us/ Take My Head/ The Crown/ Fear There & Everywhere/ Enemy/ The Empty Bottle/ Gold
Encore : Fuck U/ Bullets
Encore 2 : Again
Warmup : OCTOBER DRIFT
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