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  • Un thĂ© « Au bord du Monde »

    Un thé « Au bord du Monde »

    Un cafĂ©-librairie Ă  Saint-Laurent de la mer : au fond l’immense baie de Saint-Brieuc Ă  marĂ©e-basse, Iggy sur la sono (James Bond) suivi par Leonard Cohen (I’m your man), de vieux vinyles en vente dans les bacs, Klaus Schultz, Grateful Dead, Lou Reed, Cat Power, Bessie Smith, Robert Wyatt ; cĂŽtĂ© livres d’occasion, Colette, Jakez HĂ©lias, Saint-Simon
 Le thĂ© aux Ă©pices est bon et chaud
 Tout est calme et dĂ©sert, respirons, c’est juste une aprĂšs-midi au bord du monde.

    Voir aussi : https://www.auborddumonde.bzh/

  • L’alliance entre des forbans de droite et des irresponsables de gauche contre le gouvernement en place

    L’alliance entre des forbans de droite et des irresponsables de gauche contre le gouvernement en place

    Le parti de droite Les RĂ©publicains (LR) a franchi le rubicond en s’alliant avec les extrĂȘmes de gauche et de droite pour empĂȘcher l’examen d’un projet de loi sur l’immigration dĂ©jĂ  amendĂ© et approuvĂ© par le sĂ©nat. Un mystĂ©rieux article du rĂšglement intĂ©rieur de l’assemblĂ©e nationale permet en effet de rejeter l’examen d’un texte si une majoritĂ© se rassemble en faveur de ce rejet, ce qui fut le cas aujourd’hui. Le gouvernement a alors le choix de retirer le texte ou de convoquer une « commission mixte paritaire Â» composĂ©e de dĂ©putĂ©s et de sĂ©nateurs pour tenter de se mettre d’accord sur une nouvelle version du projet de loi. C’est cette derniĂšre option qui a Ă©tĂ© choisie.

    Cet incident procĂ©durier n’est pas dramatique, aprĂšs-tout la France peut sans doute se passer de cette Ă©niĂšme loi sur l’immigration. Il faudrait dĂ©jĂ  pouvoir appliquer intĂ©gralement les prĂ©cĂ©dentes, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, avant de lĂ©gifĂ©rer de nouveau. En revanche, cette bataille juridique picrocholine a permis d’assister au consternant spectacle de dĂ©putĂ©s de gauche (plutĂŽt pro-immigration) brailler et applaudir avec des dĂ©putĂ©s de droite (plutĂŽt anti-immigration) devant la dĂ©faite du gouvernement qu’ils avaient provoquĂ©e. En s’associant Ă  ce combat LR s’est acoquinĂ© avec des forbans sans foi ni loi et a fait basculer la dĂ©cision.

    Une nouvelle fois la France brille par son incapacitĂ© Ă  compromettre pour gouverner au profit du pays, privilĂ©giant les petites haines personnelles et des idĂ©ologies au rabais. AprĂšs tout, la reprĂ©sentation nationale reprĂ©sente bien la Nation qui l’a Ă©lue : des bandes de voyous s’écharpent Ă  coups de couteau dans la rue et leurs reprĂ©sentants se battent Ă  coups d’articles de rĂšglements intĂ©rieurs. C’est moins sanglant dans le deuxiĂšme cas, mais tout aussi inefficace pour freiner la chute du pays dans une dĂ©cadence dont on se demande si elle prendra fin un jour.

  • Des baskets et pas de tĂȘte

    Des baskets et pas de tĂȘte

    Dans un train Paris-Brest, un jeune en jogging blanc et baskets de la mĂȘme couleur (il ne porte pas de casquette) Ă©coute son smartphone avec le son ouvert, certes Ă  un niveau faible, mais suffisant pour que ses voisins autour de lui entendent. Et lorsqu’il lui est demandĂ© aimablement de porter ses Ă©couteurs ou de couper le son, il s’exĂ©cute en s’excusant mais comme il utilise en parallĂšle son application WhatsApp, chaque fois qu’il envoie un message on entend un lĂ©ger « ploc Â» suivi d’un « plic Â» lorsqu’il reçoit la rĂ©ponse. Les messages ne faisant pas plus de 3 ou 4 mots, les plic et les ploc prolifĂšrent.

    Deux rangs derriÚre, une dame sexagénaire, aprÚs avoir téléphoné bruyamment, déplie son pic-nic et laisse ses déchets sur sa tablette en partant.

    Le train est plein et transporte son habituel pourcentage de gens mal-Ă©levĂ©s qui ne se sentent mĂȘme pas coupables de leurs lĂ©gĂšres incivilitĂ©s. Ce n’est plus une question d’ñge, juste un affaissement des principes, la confirmation d’une certaine dĂ©cadence.

  • « Amedeo Modigliani. Un peintre et son marchand » au musĂ©e de l’Orangerie

    « Amedeo Modigliani. Un peintre et son marchand » au musĂ©e de l’Orangerie

    Le musĂ©e de l’Orangerie expose la relation partagĂ©e entre Amedeo Modigliani (1884-1920) avec un de ses marchands, Paul Guillaume (1891-1934) Ă  travers les tableaux du premier, dont nombre de portrait de M. Guillaume qui ne dĂ©testait manifestement pas se faire portraiturer et photographier. Modigliani, italien de religion juive arrive en France en 1903, aprĂšs un sĂ©jour Ă  Venise, se lance dans la sculpture, marque un grand intĂ©rĂȘt pour les arts africains dont il s’inspire, frĂ©quente Montparnasse, Montmartre et s’insĂšre dans le foisonnement de la vie culturelle qui explose Ă  cette Ă©poque. Ses amis sont Brancusi, Utrillo, Max Jacob, Blaise Cendrars, Jean Cocteau, Diego Riviera
 puis Paul Guillaume qui dĂ©couvre, fortifie et monĂ©tarise son talent de peintre.

    L’Orangerie montre une galerie de portraits caractĂ©ristiques du modernisme du pinceau de l’Italien : des personnages lĂ©gĂšrement difformes, des yeux aux orbites souvent vides mais colorĂ©es, des cous surdimensionnĂ©s, des traits taillĂ©s Ă  la serpe, des corps alanguis, souvent posĂ©s sur une chaise, attablĂ©s ou accoudĂ©s sur un meuble. Dans les tableaux il n’y a quasiment pas d’autres objets, encore moins d’ouvertures sur l’extĂ©rieur, tout est centrĂ© sur ses modĂšles qui sont pour la plupart issus des Ă©crivains et artistes parisiens. Pendant que Picasso et Braque fondent le cubisme, Modigliani, qu’ils croisent parfois au Bateau Lavoir de Montmartre sans en ĂȘtre proche, reste fidĂšle Ă  l’Ecole de Paris qui transforme le postimpressioniste en le modernisant sans le rĂ©volutionner.

    La reconnaissance dont bĂ©nĂ©ficie Modigliani ne l’empĂȘche pas de mener une vie dissolue. Alcool et cannabis expliquent sans doute en partie son dĂ©cĂšs Ă  Paris Ă  35 ans. Son marchand Paul Guillaume dĂ©cĂšde quelques annĂ©es plus tard. Une sombre histoire de dĂ©tournement de sa succession dans laquelle est impliquĂ©e sa femme amĂšne une dĂ©cision de justice qui fait revenir l’essentiel de son immense collection Ă  l’Etat français. Elle est visible Ă  la suite de celle de Modigliani.

  • « Perfect Days » de Wim Wenders

    « Perfect Days » de Wim Wenders

    Un merveilleux film du rĂ©alisateur allemand Win Wenders pour lequel l’acteur principal Kƍji Yakusho a obtenu le prix d’interprĂ©tation masculine au Festival de Cannes 2023. C’est l’histoire d’Hirayama, employĂ© par la ville de Tokyo pour en nettoyer les toilettes publiques, tĂąche qu’il accomplit avec minutie, dĂ©vouement et, presque, avec plaisir. Son ordinaire est rĂ©glĂ© comme du papier Ă  musique : lever (tĂŽt), repli du futon, brossage de dents et dĂ©part vers le boulot Ă  travers les rues ensommeillĂ©es de Tokyo, dĂ©jeuner d’un sandwich dans un square avec ses amis les arbres ; puis, au retour, bain public traditionnel, repas dans un boui-boui en sous-sol dans un couloir de station de mĂ©tro, complĂ©tĂ© le week-end par le pressing pour sa lessive de la semaine et le passage dans un bar dont il est secrĂštement amoureux de la patronne. Le soir avant des s’endormir il lit Faulkner et Patricia Highsmith.

    Il ne parle quasiment pas mais chaque matin, assis dans sa camionnette il sĂ©lectionne la cassette qu’il va Ă©couter la journĂ©e durant ses dĂ©placements. Adepte de l’analogique, ses cassettes de collection datent des annĂ©es 1970 avec Patti Smith, Lou Reed (dont la cĂ©lĂšbre chanson Perfect Day inspire le titre du film), le Velvet Underground avec Pale Blue Eyes, l’une des plus belles chansons d’amour jamais Ă©crite, composĂ©e par Lou amoureux fou de Nico, Van Morisson


    La monotonie de cette vie bien rĂ©glĂ©e, que certains pourraient qualifier d’autisme, est bien entendu troublĂ©e par les Ă©vĂšnements de la vraie vie qui viennent bouleverser l’ordinaire de notre nettoyeur de toilettes. C’est d’abord l’incursion de sa niĂšce, fugueuse d’un environnement familial bourgeois lui aussi bien rĂ©glĂ© semble-t-il, la dĂ©couverte ensuite que la patronne de bar eut un mari dĂ©sormais atteint d’un cancer, la gestion de l’adolescent tardif qui lui sert d’adjoint qui s’avĂšre aussi agitĂ©e


    Mais Hiramaya fait face avec sĂ©rĂ©nitĂ© Ă  tous ces Ă©vĂšnements impromptus, sĂ»r qu’il va revenir Ă  son existence tranquille dĂšs que les intrus seront retournĂ©s Ă  leurs vies dĂ©rĂ©glĂ©es. Il aime la nature, souriant chaque matin devant le soleil levant aprĂšs avoir pris soin de ses bonzaĂŻs avec tendresse. Il aime voir les gens s’agiter et il aime, surtout, sa vie paisible dont les journĂ©es en semaine sont consacrĂ©es Ă  agrĂ©menter l’ordinaire des gens affairĂ©s.

    Dans les interviews menĂ©es par Wim Wenders Ă  l’occasion de la promotion de ce film, il explique la relation spĂ©ciale qu’il entretient avec le Japon et son cinĂ©ma. Pas sĂ»r que ce balayeur de toilettes, lecteur de Faulkner et admirateur de Lou Reed, ne soit trĂšs reprĂ©sentatif de cette catĂ©gorie de Japonais, mais qu’importe, Wenders a rĂ©ussi un film plein d’émotion autour d’un personnage, en principe inexistant, dont la sensibilitĂ© et le dĂ©tachement irradient l’écran. Il y a un arriĂšre-plan bouddhiste dans ce film dĂ©licat. La solitude heureuse peut exister, finalement !

  • Dvorak et Bernstein Ă  Saint-Etienne du Mont

    Dvorak et Bernstein Ă  Saint-Etienne du Mont

    Sur cette bonne vieille Montagne Sainte-GeneviĂšve, le cƓur du quartier Ă©tudiant et intellectuel de Paris durant des siĂšcles, l’église Saint-Etienne du Mont accueille le ChƓur Symphonique de Paris, dirigĂ© par Xavier Ricour, qui chante la messe en rĂ© de Dvorak (1841-1904) et les Chichester Psalms de Leonard Bernstein (1918-1990). Il n’y a pas d’orchestre mais une organiste, MĂ©lodie Michel, perchĂ©e dans les hauteurs, suivant la baguette du chef sur un Ă©cran vidĂ©o face aux imposants tuyaux d’orgue de l’église.

    Autant Dvorak est d’une pure facture trĂšs classique autant le Bernstein chahute un peu l’oreille. Une batterie et une harpe ont Ă©tĂ© ajoutĂ©e marquant aussi la modernitĂ© de l’Ɠuvre inspirĂ©e du Livre de psaumes de la Bible hĂ©braĂŻque et chantĂ©e en hĂ©breu. Le chƓur est renforcĂ© par un jeune contre-tĂ©nor, Arnaud Gluck, dont la voix de tĂȘte monte bien haut dans les arches de l’église et le cƓur de l’assistance. Bernstein, chef d’orchestre, pianiste et brillant compositeur a voguĂ© sur tous les courants musicaux de son siĂšcle avec un Ă©gal bonheur, de la comĂ©die musicale au dodĂ©caphonisme en passant par le blues. Le concert ce soir remporte un franc succĂšs et donne l’envie de dĂ©couvrir ces psaumes plus avant.

    Dans la file pour d’attente pour accĂ©der Ă  l’église, deux vieilles dames Ă  la peau parcheminĂ©e par le temps et le bronzage artificiel, trĂšs 6Ăšme arrondissement, parlent du coronavirus. L’une affirme Ă  l’autre : « ne te fais surtout pas vacciner car tu es ainsi sĂ»re de l’attraper Â». On a beau venir partager de la musique sacrĂ©e, on n’en reste pas moins concernĂ© par les tracas du quotidien


  • Le Mali et le Burkina Faso changent de langues officielles

    Le Mali et le Burkina Faso changent de langues officielles

    Le Mali et le Burkina Faso, anciennes colonies françaises, sont en train de modifier leurs constitutions pour retirer au français son statut de langue nationale et le rĂ©trocĂ©der au rang de « langue de travail Â». Ce sont les langues nationales qui deviennent « langues officielles Â». Le problĂšme que ces pays vont devoir gĂ©rer est que ces « langues nationales Â» sont nombreuses et ils risquent de se retrouver un peu comme la Belgique avec le wallon et le flamand mais avec 10 ou 20 langues officielles ce qui ne va pas faciliter les choses. Cela reste toutefois une bonne dĂ©cision en termes de souverainetĂ©. En d’autres temps, l’AlgĂ©rie a aussi mis de cĂŽtĂ© le français dans son systĂšme Ă©ducatif pour le remplacer par l’arabe, avec des rĂ©sultats parfois mitigĂ©s.

    C’est une nouvelle spĂ©cificitĂ© du fait colonial français : les anciennes colonies rejettent tellement l’ex-puissance colonisatrice qu’elles en rejettent la langue. Ce ne fut pas le cas pour les pays colonisĂ©s par l’Espagne, le Portugal ou le Royaume Uni.

    Il reste un dernier clou Ă  enfoncer dans le cercueil de la dĂ©colonisation française c’est l’abandon dĂ©finitif de la monnaie coloniale « Franc CFA » avec le dĂ©mantĂšlement complet de la « Zone Franc » annoncĂ© il y a dĂ©jĂ  quelques annĂ©es mais jamais exĂ©cutĂ©. Il faut le mener Ă  bien et rendre aux anciennes colonies leur pleine souverainetĂ© monĂ©taire comme cela a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© entre la France et les pays concernĂ©s.

    Lire aussi : Une bonne nouvelle pour l’Afrique

    AprĂšs le rĂ©cent dĂ©part forcĂ© des troupes françaises de certains de ces pays, l’impression est que la dĂ©colonisation/post-colonisation se termine amĂšrement, sans parler des frustrations exprimĂ©es par les enfants et petits-enfants de cette colonisation nĂ©s en France, le pays qui a colonisĂ© leurs parents
 Il faut bien malgrĂ© tout que les choses Ă©voluent et que le cordon ombilical soit coupĂ©. C’est ce qui en train de se rĂ©aliser, enfin !

  • « Je vous salue salope : La misogynie au temps du numĂ©rique » de LĂ©a Clermont-Dion et Guylaine Maroist

    « Je vous salue salope : La misogynie au temps du numérique » de Léa Clermont-Dion et Guylaine Maroist

    Ce documentaire dĂ©taille quatre cas de cyberharcĂšlement subis par quatre personnes dans quatre pays. En Italie, par la prĂ©sidente de l’assemblĂ©e nationale, aux Etats-Unis, par une Ă©lue du Vermont, en France, par une rĂ©alisatrice, et au Canada, par une enseignante quĂ©bĂ©coise.

    C’est Ă  chaque fois une histoire un peu similaire : un dĂ©chaĂźnement d’injures, de menaces de viol, de mort, qui s’abat soudain sur ces personnes via les rĂ©seaux dits « sociaux Â», pour n’importe quelle raison, qu’elles soient cĂ©lĂšbres ou inconnues, engagĂ©es politiquement ou pas, noires, blanche ou d’une autre couleur, pour des motifs politiques ou pas, sexuels ou non, parfois juste pour le plaisir de nuire. Certaines victimes y rĂ©sistent courageusement, d’autres prennent peur et cĂšdent pour mettre fin Ă  la menace.

    Le cyberharcĂšlement se montre surtout sous son vrai jour : une avalanche de bĂȘtise crasse dĂ©versĂ©e par des dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©s se sentant tout puissants derriĂšre leurs Ă©crans, ne se cachant mĂȘme pas dans l’anonymat puisque la plupart revendiquent tout Ă  fait publiquement leurs sordides actions numĂ©riques. Ce film expose au grand jour le niveau de dĂ©gĂ©nĂ©rescence dont souffre une partie de notre sociĂ©tĂ© Ă  force de publicitĂ©s abrutissantes, de tĂ©lĂ©visions dĂ©bilitantes, de comportements politiques infantiles, de matchs de ballon aux accents racistes ou nationalistes, de « dĂ©bats Â» menĂ©s par Cyril Hanouna et consorts


    Un certain nombre d’individus n’arrive pas Ă  s’extraire de cet environnement dĂ©liquescent et libĂšre bile et frustrations en nuisant Ă  son prochain et utilisant la puissance du numĂ©rique. Ce n’est pas rĂ©jouissant !

  • « Le temps d’aimer » de Katell QuillĂ©vĂ©rĂ©

    « Le temps d’aimer » de Katell QuillĂ©vĂ©rĂ©

    Nous sommes au lendemain de la seconde guerre mondiale, Madeleine a accouchĂ© d’un garçon issu d’une liaison avec un officier allemand parti rapidement sur le front de l’Est. Elle l’élĂšve seule en travaillant dans un hĂŽtel de bord de mer breton oĂč elle rencontre un jeune bourgeois atteint par la polio et Ă  la sexualitĂ© indĂ©cise. Par la suite ils tiennent ensemble un bar Ă  ChĂąteauroux, ville de garnison pour GI’s amĂ©ricains. Un soldat se mĂȘle Ă  leurs Ă©bats faisant rĂ©apparaĂźtre les tendances homosexuelles du mari de Madeleine qui l’amĂšneront Ă  d’autres dĂ©rives. Pendant ce temps, le rejeton du soldat allemand se sent mal-aimĂ© et le fait savoir avant qu’une petite-sƓur ne s’annonce.

    Ce film n’est pas inintĂ©ressant sur une Ă©poque trouble pour la France, mais une telle accumulation de traumatismes et de pathologies concentrĂ©e sur les personnages rend le film un peu irrĂ©aliste.

  • L’avenir de la Nouvelle CalĂ©donie incertain, comme toujours

    L’avenir de la Nouvelle CalĂ©donie incertain, comme toujours

    MalgrĂ© les visites rĂ©guliĂšres de reprĂ©sentants de l’Etat français en Nouvelle-CalĂ©donie il n’y a pas moyen pour le moment de faire s’entendre les communautĂ©s sur un avenir commun, dans le cadre de la RĂ©publique, celui d’une autonomie ou de l’indĂ©pendance, statut ultime auquel cette ancienne colonie française est promise un jour ou l’autre. Le ministre de l’intĂ©rieur français est revenu de NoumĂ©a fin novembre aprĂšs avoir fait chou blanc, si l’on ose dire, Ă  unifier les positions des Kanaks (population « de souche Â») et des Caldoches (descendants des colons).

    Les accords de Matignon de 1988 puis de NoumĂ©a en 1998 ont Ă©chouĂ© Ă  mener l’archipel vers son Ă©mancipation et prĂšs de 40 ans aprĂšs le lancement d’un processus intelligent et pacifique lancĂ© sous l’autoritĂ© avisĂ©e du premier ministre Michel Rocard la RĂ©publique française a toujours ce caillou calĂ©donien dans sa chaussure et cela commence Ă  lui faire mal. AprĂšs les trois rĂ©fĂ©rendums qui ont dit « Non Â» Ă  l’indĂ©pendance les loyalistes considĂšrent que la messe est dite, qu’il faut en prendre acte et que la Nouvelle-CalĂ©donie doit ĂȘtre dĂ©finitivement ancrĂ©e dans la France et, accessoirement ĂȘtre sortie de la liste des territoires Ă  dĂ©coloniser des Nations Unies. Pour les indĂ©pendantistes qui prĂ©sident actuellement le gouvernement de Nouvelle-CalĂ©donie (avec des pouvoirs beaucoup plus Ă©tendus que ceux d’une simple rĂ©gion française) il ne saurait ĂȘtre question d’accepter cette position. Ils refusent d’ailleurs de reconnaĂźtre le rĂ©sultat du troisiĂšme rĂ©fĂ©rendum de dĂ©cembre 2021 qu’ils ont boycottĂ© pour cause de pandĂ©mie de Covid19 qui ne leur laissait pas assez de temps pour faire le deuil de leurs morts.

    Le dĂ©saccord est quasi-complet sur les perspectives : composition du corps Ă©lectoral, rĂ©trocession des terres aux Kanaks, intĂ©gration du droit coutumier local dans le systĂšme juridique, modification de la Constitution, etc. Un consensus entre les trois parties, Kanaks, Caldoches et Etat français paraĂźt improbable et il faudra pourtant le trouver. La question existentielle est toujours la mĂȘme : a-t-on une chance de voir un jour les Kanaks accepter les droits et devoirs de la RĂ©publique française de façon apaisĂ©e ? La rĂ©ponse est non. Il y aurait donc avantage Ă  trouver la voie de l’émancipation, et si possible celle de l’indĂ©pendance, mĂȘme dans une perspective Ă  long terme, avant que ne ressurgisse la violence qui elle risque de revenir Ă  court terme !

    Si les parties ne sont pas en mesure de trouver un accord innovant comme celui signĂ© en son temps par MM. Tjibaou et Lafleur avec M. Rocard, c’est l’Etat français qui va se retrouver une nouvelle fois en premiĂšre ligne et ĂȘtre critiquĂ© par tous, y compris le comitĂ© de dĂ©colonisation de l’ONU. Est-ce qu’une nouvelle gĂ©nĂ©ration de dirigeants calĂ©doniens sera capable de laisser partir la Nouvelle-CalĂ©donie dans le grand vent de son indĂ©pendance et de sortir ainsi le caillou acĂ©rĂ© de la chaussure de la France ?

  • DĂ©compte macabre au Proche-Orient

    Décompte macabre au Proche-Orient

    Une trĂȘve « humanitaire Â» a Ă©tĂ© signĂ©e entre IsraĂ«l et le Hamas Palestinien qui, lors de son attaque du 7 octobre ramenĂ© dans la bande de Gaza environ 250 otages, majoritairement israĂ©liens mais aussi d’autres nationalitĂ©s, en plus d’avoir assassinĂ© environ 1 200 personnes lors de l’incursion rĂ©alisĂ©e lors de cette journĂ©e. La trĂȘve a Ă©tĂ© convenue sous l’égide d’une mĂ©diation menĂ©e sous l’égide du Qatar semble-t-il, la Croix rouge et d’autres pays arabes. Elle prouve au moins que des nĂ©gociations sont possibles entre les deux belligĂ©rants mĂȘme s’il faut des intermĂ©diaires pour cela.

    Durant cette pause, les combats cessent et les otages du Hamas sont Ă©changĂ©es contre des prisonniers palestiniens en IsraĂ«l. Un ratio de 1 pour 3 a Ă©tĂ© retenu pour ces Ă©changes et le choix des personnes Ă©changĂ©es a Ă©tĂ© crucial. CĂŽtĂ© otages il apparaĂźt les femmes et les enfants ont Ă©tĂ© privilĂ©giĂ©s, cĂŽtĂ© prisonniers, IsraĂ«l a annoncĂ© vouloir refuser de relĂącher ceux qui auraient « du sang sur les mains Â». On ne sait pas bien ce qui a finalement Ă©tĂ© dĂ©cidĂ©.

    On imagine la sensibilitĂ© de ce dossier surtout qu’IsraĂ«l ne sait sans doute pas exactement le nombre des otages dĂ©tenus ni ceux qui sont dĂ©jĂ  morts. La libĂ©ration des otages est bien sĂ»r mise en Ɠuvre sous les camĂ©ras du Hamas et l’on voit des miliciens masquĂ©s, en uniformes rutilants, Kalachnikov en bandouliĂšre, bardĂ©s de cartouchiĂšres, tenant par la main un enfant pour le faire monter dans une ambulance de la Croix rouge
 Le retour des prisonniers palestiniens est aussi largement filmĂ©, les bus qui les ramĂšnent sont acclamĂ©s par la foule et des cris Ă  la gloire d’Allah sont scandĂ©s par tous. En IsraĂ«l les otages libĂ©rĂ©s sont orientĂ©s sur des hĂŽpitaux. Outre leur dĂ©tention durant deux mois dans des conditions que l’on peut imaginer difficiles, il va falloir apprendre Ă  certains des enfants que leurs parents ont Ă©tĂ© dĂ©cimĂ©s, souvent sauvagement 


    L’attaque du 7 octobre a relancĂ© la haine entre IsraĂ©liens et Palestiniens pour des gĂ©nĂ©rations. Les plus optimistes imaginent que ce traumatisme pourrait au contraire dĂ©clencher un mouvement vers la paix entre IsraĂ«l et la Palestine pour Ă©viter la reproduction d’une telle situation. Pas facile de les suivre !

  • La France mĂ©daille d’or de la dĂ©pense publique

    La France mĂ©daille d’or de la dĂ©pense publique

    Alors que les jeux olympiques (JO) d’étĂ© 2024 avaient Ă©tĂ© attribuĂ©s Ă  la France par dĂ©faut d’autres candidats, ceux-ci s’étant retirĂ©s lorsque de ComitĂ© international olympique (CIO) avait fait part de ses exigences financiĂšres : exonĂ©ration fiscale totale de ses activitĂ©s commerciales et garantie financiĂšre des Etats d’un minimum d’activitĂ©, voilĂ  que la France est de nouveau la seule candidate pour l’organisation des jeux d’hiver 2030 et la seule Ă  accepter ce racket financier.

    Tout de mĂȘme conscient de la gabegie de dĂ©penses publiques gĂ©nĂ©rĂ©s par ces JO pour un pays dĂ©jĂ  surendettĂ© qui n’arrive dĂ©jĂ  plus Ă  financer son fonctionnement courant, le SĂ©nat, de majoritĂ© conservatrice, vient de voter un amendement au projet de loi de finances 2024 visant Ă  annuler les nouvelles exonĂ©rations fiscales dont l’Etat veut faire bĂ©nĂ©ficier la trentaine de fĂ©dĂ©rations sportives internationales reconnues par le CIO, dĂ©jĂ  nstallĂ©es sur le territoire national ou projetant de s’y installer. HĂ©las, cette proposition sera certainement rejetĂ©e par le gouvernement qui aura le dernier mot et fera sans doute adopter la loi de finances de façon « autoritaire Â» comme l’autorise la Constitution par le biais de son article 49.3.

    Non content de dĂ©penser des sommes considĂ©rables pour l’organisation de compĂ©titions sportives internationales, l’Etat exonĂšre fiscalement les fĂ©dĂ©rations organisatrices (impĂŽt sur les sociĂ©tĂ©s [IS], impĂŽt foncier, TVA) ainsi que les salaires versĂ©s Ă  leurs employĂ©s. La fĂ©dĂ©ration de rugby a dĂ©jĂ  bĂ©nĂ©ficiĂ© de ce statut pour la coupe du monde 2023 et le CIO en est bĂ©nĂ©ficiaire pour les JO 2024. Une telle « gĂ©nĂ©rositĂ© Â» est proprement incomprĂ©hensible pour les contribuables français et parfaitement injustifiĂ©e s’agissant de fĂ©dĂ©rations sportives gĂ©nĂ©ralement trĂšs riches, le plus souvent, installĂ©es dans des paradis fiscaux et, rĂ©guliĂšrement, mises en cause pour corruption.

    Lire aussi : Les ministres Philippe, Darmanin et Maracineanu jettent l’argent public par les fenĂȘtres et signent leur mĂ©fait

    Le dernier budget en Ă©quilibre de la RĂ©publique française date de 1974, depuis, l’Etat dĂ©pense systĂ©matiquement plus qu’il ne gagne et finance les dĂ©ficits en augmentant une dette publique qui vient de dĂ©passer le seuil des 3 000 milliards d’euros et que nos enfants devront rembourser. MalgrĂ© cette situation financiĂšre significativement dĂ©gradĂ©e, des dirigeants de rencontre octroient des avantages fiscaux indus Ă  des fĂ©dĂ©rations sportives et cherchent Ă  organiser des jeux du cirque plutĂŽt que de financer la recherche ou l’enseignement
 Une nouvelle fois la France se distingue par son incapacitĂ© Ă  hiĂ©rarchiser ses dĂ©penses. C’est irresponsable et incomprĂ©hensible ! Alors que de plus en plus les Etats occidentaux se retirent de l’organisation de ces compĂ©titions ne voulant pas en assurer les coĂ»ts prohibitifs, l’hexagone en profite pour se placer et dĂ©penser toujours plus. Autant certaines dĂ©penses peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©es comme « contraintes Â», autant organiser des JO en 2023 et en 2030 relĂšve d’une aberration purement volontaire et que l’on pourrait facilement Ă©viter. C’est une espĂšce de masochisme budgĂ©taire qui caractĂ©rise la puissance publique qui rejette avec allĂ©gresse la misĂšre sur les gĂ©nĂ©rations futures.

    Dans le projet de loi de finances 2024 les intĂ©rĂȘts Ă  payer sur la dette publique s’élĂšvent Ă  plus de 50 milliards d’euros et devraient croĂźtre jusqu’à 60 milliards en 2026. De tels montants sont le rĂ©sultat de la hausse continue de cette dette rĂ©sultant de la mauvaise gestion publique et de l’augmentation des taux d’intĂ©rĂȘt rĂ©sultat des forces du marchĂ©. A titre de comparaison, le budget de l’enseignement scolaire est de 64 milliards en 2024 dans le mĂȘme projet de loi, celui de la recherche et enseignement supĂ©rieur est de 32 milliards, celui de la justice de 10 milliards… Comment dans ces conditions ne pas jouer sur tous les leviers disponibles pour reprendre le contrĂŽle de la dette ?

    Cette permanence dans la gabegie des sous prélevés sur les contribuables est
 désespérante.

    L’amendement proposĂ© par le SĂ©nat

    ARTICLE 3 SEXVICIES

    Supprimer cet article.

    Objet

    Le prĂ©sent article prĂ©voit d’exonĂ©rer les fĂ©dĂ©rations sportives internationales reconnues par le ComitĂ© international olympique (CIO) de l’impĂŽt sur les sociĂ©tĂ©s, de la cotisation fonciĂšre des entreprises et de la cotisation sur la valeur ajoutĂ©e des entreprises. Il prĂ©voit Ă©galement d’exonĂ©rer d’impĂŽt sur le revenu leurs salariĂ©s pour une durĂ©e de cinq ans.

    PremiĂšrement, cet article soulĂšve des questions sĂ©rieuses de conformitĂ© Ă  la Constitution. La portĂ©e du rĂ©gime fiscal introduit par cet article ne semble pas proportionnĂ©e Ă  l’objectif, qui est d’inciter les fĂ©dĂ©rations sportives internationales Ă  s’installer en France, ce qui pourrait constituer une rupture d’égalitĂ© devant les charges publiques. De plus, laisser le CIO dĂ©cider des fĂ©dĂ©rations internationales qui sont Ă©ligibles ou non Ă  ces exonĂ©rations n’est pas respectueux de la compĂ©tence du Parlement en matiĂšre fiscale.

    L’argument selon lequel les fĂ©dĂ©rations sportives internationales pourraient ĂȘtre assimilĂ©es Ă  des organisations internationales n’est pas recevable. Il faut rappeler tout d’abord que les organisations internationales ont un systĂšme d’imposition interne, ce qui n’est pas le cas des fĂ©dĂ©rations sportives internationales. Ensuite, et plus fondamentalement, le caractĂšre dĂ©rogatoire des exonĂ©rations bĂ©nĂ©ficiant aux institutions internationales est justifiĂ© par l’intĂ©rĂȘt commun des États souverains qui dĂ©cident de s’associer entre eux. Les fĂ©dĂ©rations sportives internationales ne rĂ©unissent pas des États, leur statut n’est pas rĂ©glĂ© par des conventions internationales, et certaines d’entre elles poursuivent des objectifs de rentabilitĂ© sans aucun rapport avec l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral.

    Au-delĂ  des arguments juridiques, la mise en place d’un rĂ©gime fiscal particuliĂšrement dĂ©rogatoire, pour des motifs qui ne relĂšvent pas de maniĂšre Ă©vidente de l’intĂ©rĂȘt de la Nation, est de nature Ă  nuire au consentement Ă  l’impĂŽt. Alors que des efforts importants sont aujourd’hui nĂ©cessaires pour rĂ©duire le dĂ©ficit et la dette, un tel « cadeau fiscal » du Gouvernement est tout simplement inacceptable.

    https://www.senat.fr/enseance/2023-2024/127/Amdt_I-170.html
  • Archive – 2023/11/24 – Paris Bercy

    Archive – 2023/11/24 – Paris Bercy

    Plusieurs fois reportĂ©e pour cause de Covid, puis de maladie (Darius Keeler, cofondateur du groupe en 1994 a annoncĂ© en 2022 souffrir d’un cancer), la tournĂ©e Call to Arms & Angel, du nom du CD sorti il y a deux ans a enfin Ă©tĂ© lancĂ©e cette annĂ©e et passe pour une date parisienne Ă  Bercy aprĂšs plus d’une dizaine de concerts en France.

    L’immense scĂšne de l’arĂšne est occupĂ©e par une premiĂšre ligne : Darius Ă  gauche, Danny Griffiths Ă  droite, tous deux aux claviers et machines, au milieu : Dave Pen et Pollar Berrier (Guitares et chant), et, de façon intermittente, Lisa Mottram (la nouvelle voix fĂ©minine du groupe) ; sur la deuxiĂšme ligne, entourant la batterie de Steve Barnard, le guitariste Mickey Hurcombe et le bassiste Jonathan Noyce. Les postes sur cette deuxiĂšme ligne sont sĂ©parĂ©s par des rampes lumineuses qui, ajoutĂ©es aux puissants projecteurs venant du fond de la scĂšne, crĂ©ent alternativement des atmosphĂšres brumeuses bleues ou rouges, avec des dĂ©chaĂźnements de lumiĂšres stroboscopiques accompagnant Ă  l’infini les saccades de chansons tout aussi stroboscopiques.

    Le groupe entre en scĂšne sur une intro musicale Ă©lectronique et mĂ©lancolique dans une atmosphĂšre bleue tamisĂ©e, oĂč souffle une espĂšce de trompette fatiguĂ©e, qui se transforme soudainement en lumiĂšres blanches violentes et tournoyantes dĂšs que retentit la batterie vigoureuse sur M. Daisy extrait du dernier album. La course est lancĂ©e.

    Get fucked if you think I’m in your shadow
    Run, run ’cause I’m gonna end your fun
    Smile, smile, gonna get you in your pile
    Get bent if you think I’m gonna bend

    Mr Daisy

    L’enchainement sur Sane (2006) puis The False Foundation (2016) est redoutable, tout en rythmes et riffs de guitares grincheuses. Seules les voix de Pollar et Dave, souvent en duo, amĂšnent un peu d’harmonie dans ce dĂ©luge sonore. Il faut attendre Vice (2022) pour reprendre son souffle avec cette balade dĂ©sabusĂ©e chantĂ©e par Pollar sur une ritournelle de piano :

    Life in a vice
    Tightening up inside
    Life in a noose
    No chance to get loose
    Break through the chains
    Hope through the shame
    Orchestrated life
    Orchestrated fight
    Command what we like
    Into me and you

    Vice

    Elle est enchaĂźnĂ©e sans interruption sur Lights et sa singuliĂšre montĂ©e de tension, dĂ©marrĂ©e au piano que vont progressivement rejoindre tous les instruments puis la complainte de Pollard. Il s’agit d’une chanson sur la souffrance, de celle qui submerge l’ñme et fait renoncer. Cette version live est commencĂ©e de façon plus directe qu’à l’habitude, l’imperceptible intro sur une note unique de piano est coupĂ©e pour passer directement Ă  la ritournelle obsĂ©dante de clavier. Le morceau de dix minutes se termine dans le noir et en douceur, la voie de Pollard s’envolant bien haut dans les aigĂŒes et les voutes de Bercy.

    Dave Pen reprend ensuite le chant pour un enchaĂźnement de Conflict menĂ© tambour battant et Daytime Coma, encore une longue complainte (quinze minutes) sur fond de nappes de claviers, pas trĂšs gaie, dont le final explose avec l’arrivĂ©e de la batterie et des guitares sur le dĂ©chaĂźnement vocal de Dave :

    I see a light
    In darkness
    Save me

    I feel you
    Through the air
    Hold me

    Daytime Coma

    Lisa Mottram fait son apparition sur Surrounded by Ghosts qu’elle interprĂšte aussi sur la CD Call
 HabillĂ©e d’une robe noire, elle danse en chantant, discrĂšte et un peu en retrait, mais sa voix porte loin. C’est orignal cette volontĂ© du groupe de changer de voix fĂ©minine rĂ©guliĂšrement. Ils ne se sont jamais trompĂ©s mais on se dit Ă  chaque fois que l’on va regretter la prĂ©cĂ©dente, et puis non. De Roya Arab Ă  Maria Q en passant par Holly Martin, nous ne sommes jamais déçus. Lisa reste ensuite sur scĂšne pour chanter avec Dave sur The Skies Collapsing Onto Us, la bande originale d’un film Netflix puis Take my Head, retour Ă  l’album du mĂȘme nom sorti en 1999, le deuxiĂšme du groupe alors encore dans une pĂ©riode trip-hop, moins marquĂ©e pop. Elle se dĂ©chaĂźne et fait sa sortie sur The Crown, une espĂšce d’hymne rappĂ© sur une tornade cadencĂ©e de guitares mĂ©talliques et de boĂźtes Ă  rythmes qui semblent tourner sans contrĂŽle.

    Quelques derniers morceaux extraits de Call
 nous amĂšnent doucement vers Gold qui clĂŽture le show, un morceau emblĂ©matique de l’inspiration prĂ©sente de ce groupe si crĂ©atif, et lorsque que les artistes s’effacent dans les coulisses leurs ordinateurs continuent Ă  diffuser les quatre notes qui forment le thĂšme de ce final dans les flashs des projecteurs tournoyants et les larsens extirpĂ©s par Dave de sa guitare.

    Ils reviennent bien sĂ»r, pour deux rappels et terminent la soirĂ©e sur Again sur lequel la voix dĂ©chirante de Dave Pen nous narre l’histoire triste de la dĂ©chirure d’un amour perdu.

    C’était un nouveau concert d’Archive, pas de vĂ©ritable surprise mais toujours l’enthousiasme d’assister Ă  la performance jamais dĂ©cevante de ce groupe inclassable qui sait mixer avec habiletĂ© rythmes, machines et romantisme. On ne s’en lasse pas !

    Setlist

    Mr. Daisy/ Sane/ The False Foundation/ Vice/ Lights/ Conflict/ Daytime Coma/ Surrounded by Ghosts/ The Skies Collapsing Onto Us/ Take My Head/ The Crown/ Fear There & Everywhere/ Enemy/ The Empty Bottle/ Gold

    Encore : Fuck U/ Bullets

    Encore 2 : Again

    Warmup : OCTOBER DRIFT

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  • « À toi de faire, ma mignonne », une exposition de Sophie Calle au musĂ©e Picasso

    « À toi de faire, ma mignonne », une exposition de Sophie Calle au musĂ©e Picasso

    Pour la cĂ©lĂ©bration du cinquantiĂšme anniversaire du dĂ©cĂšs de Pablo Picasso, Sophie Calle a investi les quatre Ă©tages de l’hĂŽtel de SalĂ©, siĂšge du musĂ©e Picasso. L’artiste plasticienne-photographe jongle entre les souvenirs qu’elle a gardĂ© de sa visite du musĂ©e durant le confinement en 2020 et certains des Ă©vĂšnements de sa vie, durant cette pĂ©riode ou pas, comme elle a l’habitude de les mettre en scĂšne.

    Au rez-de-chaussĂ©e, Ă  la place des tableaux du maĂźtre espagnol figurent les photos grandeur nature de ces mĂȘmes tableaux qui avaient Ă©tĂ© empaquetĂ©s dans du papier kraft Ă  l’occasion de la fermeture du musĂ©e due Ă  la pandĂ©mie. On ne voit donc que les plis du papier, pas le tableau lui-mĂȘme. Un peu plus loin, les vraies toiles sont en place mais derriĂšre un voile qui les recouvrent et sur lesquels sont imprimĂ©s les rĂ©flexions que l’artiste a Ă©laborĂ© sur ces toiles qui Ă©taient momentanĂ©ment prĂȘtĂ©es et qui lui ont Ă©tĂ© dĂ©crites par le personnel du musĂ©e. Une fois les toiles rĂ©installĂ©es, les commentaires Ă©crits ont Ă©tĂ© imprimĂ©s sur le voile sur une surface qui recouvre exactement celle du tableau sous-jacent empĂȘchant de voir celui-ci.

    Au premier Ă©tage, Sophie Calle expose des vidĂ©os filmĂ©es Ă  Istanbul montrant des Turcs, sans doute paysans de l’intĂ©rieur du pays, voyant la mer pour la premiĂšre fois. Plus loin, des photos du musĂ©e de Boston montrent les cadres vides de tableaux qui ont Ă©tĂ© volĂ©s et dont le musĂ©e a dĂ©cidĂ© d’exposer les cadres laissĂ©s par les voleurs, Sophie demande aux visiteurs ce qu’ils voient. A des personnes aveugles de naissance elle leur demande qu’elle pour eux l’image de la beautĂ©, l’un d’eux rĂ©pond « le vert, parce que tout ce que j’aime est, me dit-on, vert : les arbres, les feuilles, l’herbe
 Â». A la suite d’un vol de tableaux au musĂ©e d’art moderne en 2020 Sophie Calle Ă©crit au voleur en prison pour lui demander son commentaire artistique sur les toiles subtilisĂ©es ; il prĂ©fĂšre le Matisse au Picasso.

    Et puis l’artiste expose son rapport Ă  la mort sous tous ses angles. Celles de ses parents qu’elle a documentĂ©es avec force photographies et sĂ©quences vidĂ©o, la sienne qu’elle anticipe en organisant sa succession de son vivant et l’on voit sur un Ă©cran un commissaire-priseur constituer et valoriser 400 lots composĂ©s de tout le bric-Ă -brac accumulĂ© par l’artiste (Ă  l’exception de ses propres Ɠuvres) et
 que l’on retrouve dans la piĂšce Ă  cĂŽtĂ© : des photos, des animaux empaillĂ©s, des bijoux, etc.

    Sophie Calle est une personne singuliĂšre, tellement originale que l’on se demande comment lui viennent toutes les idĂ©es saugrenues qu’elle met en scĂšne depuis des dĂ©cennies, gĂ©nĂ©ralement centrĂ©es autour d’elle et de la disparition. Il n’y a rien de beau ni d’émouvant dans ses scĂ©narii et installations, mais juste une volontĂ© de donner son interprĂ©tation des petits Ă©vĂšnements de la vie de tous les jours, de donner Ă  les voir sous un autre jour. Pour chacun d’entre eux elle tire le fil de leur existence et amĂšne le spectateur Ă  les vivre Ă  travers ses yeux. Elle est bien sĂ»r obsĂ©dĂ©e par la mort (mais qui ne l’est pas ?), celle de ses proches (humains et animaux) est l’un de ses sujets favoris. Et ce faisant elle prĂ©pare la sienne en permanence et avec froideur, comme une Ɠuvre d’art.

    « Sophie est tellement morbide qu’elle viendra me voir plus souvent sous ma tombe que rue Boulard. Â»

    (sa mĂšre)

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  • David Cameron, Ă  l’origine du Brexit, rĂ©intĂšgre le gouvernement britannique

    David Cameron, Ă  l’origine du Brexit, rĂ©intĂšgre le gouvernement britannique

    David Cameron vient d’ĂȘtre nommĂ© ministre des affaires Ă©trangĂšres du gouvernement britannique conservateur. Pour ceux qui ne s’en souviendraient pas, c’est lui qui, alors qu’il Ă©tait premier ministre, organisa en 2016 un rĂ©fĂ©rendum pour proposer aux Ă©lecteurs du royaume le choix entre quitter l’Union europĂ©enne (UE) ou rester en son sein. La rumeur veut qu’il ait lancĂ© l’idĂ©e pour compromettre avec la tendance la plus Ă  droite de son parti conservateur, tout en Ă©tant persuadĂ© que la rĂ©ponse serait de rester dans l’UE. Le rĂ©sultat fut inverse et le Royaume-Uni a maintenant lĂ©galement quittĂ© l’Union. M. Cameron a ensuite dĂ©missionnĂ© et laissĂ© ses successeurs gĂ©rer, difficilement, l’exĂ©cution du choix populaire.

    Il est encore trop tĂŽt pour faire le vĂ©ritable bilan de ce choix rĂ©volutionnaire mais il a en tous cas permis de dĂ©montrer qu’il est possible de quitter l’UE et on ne voit d’ailleurs pas pourquoi cela n’aurait pas Ă©tĂ© possible. Les difficultĂ©s techniques gĂ©nĂ©rĂ©es par ce dĂ©part ont calmĂ© les ardeurs des anti-europĂ©ens au sein des 27 pays restants. Ils savent maintenant qu’à continuer de brailler en permanence, et sans risque pour eux, que « Bruxelles Â» est responsable de tous les malheurs de la nation, leurs Ă©lecteurs vont un jour leur demander d’aller au bout de leurs slogans et d’inclure le dĂ©part de leur pays de l’UE dans leurs programmes ce qu’ils n’ont pas tous le courage de faire. En France, le Rassemblement National qui voulait encore il y a quelques annĂ©es faire sortir le pays de la zone euro et de l’Union a jetĂ© un voile pudique sur ce projet dont on entend plus parler mais qui peut ressortir au grĂ© du vent qui tourne.

    Il apparaĂźt que M. Cameron, aprĂšs sa dĂ©mission en 2016, s’est mĂ» en lobbyiste Ă  forts honoraires, notamment pour dĂ©fendre les intĂ©rĂȘts chinois, ce qui pose quelques problĂšmes Ă©thiques vis-Ă -vis de ses nouvelles responsabilitĂ©s. Bref, pas rancuniĂšre, la couronne britannique est en train de l’investir dans un poste que les analystes politiques jugent qu’il ne gardera pas longtemps car les prochaines Ă©lections lĂ©gislatives pourraient renvoyer le parti conservateur du pouvoir pour les remplacer par les travaillistes qui, eux, Ă©taient trĂšs majoritairement en faveur du maintien dans l’UE.

    Kiro / Le Canard Enchaßné (15/11/2023)

    Le plus ironique dans ce fait divers est que le jeu de chaises musicales ayant entraĂźnĂ© le retour de Cameron a Ă©tĂ© provoquĂ© par le dĂ©part de la ministre de l’intĂ©rieur, Suella Braverman, pour ses positions extrĂȘmes, notamment concernant la politique migratoire. Elle-mĂȘme, nĂ©e Ă  Londres de parents immigrĂ©s indiens, n’avait de cesse de chercher Ă  durcir cette politique pour mieux rĂ©duire les flux d’entrĂ©e, ce que le Brexit aurait dĂ» en principe faciliter. Le premier ministre, Rishi Sunak, nĂ© au Royaume-Uni, est lui issu de la diaspora indienne, installĂ©e en Afrique de l’Est. Comme le parti conservateur auquel il appartient, il a pour objectif de mieux contrĂŽler les flux migratoires vers le Royaume-Uni mais sans valider pour autant l’extrĂ©misme de sa ministre Braverman qui a Ă©tĂ© dĂ©barquĂ©e.

    En rĂ©sumĂ© : au lendemain du Brexit censĂ© redonner Ă  Londres la main sur sa politique migratoire, on a deux ministres conservateurs, eux-mĂȘmes issus de cette immigration, qui Ă©chouent Ă  la rĂ©duire pour les migrants venant aprĂšs eux, ce qui coĂ»te la place de l’un d’entre eux et l’autre, premier ministre, fait appel Ă  celui de ses prĂ©dĂ©cesseurs pour le nommer ministre des affaires Ă©trangĂšres, lui qui a initiĂ© le Brexit alors qu’il Ă©tait lui-mĂȘme opposĂ© Ă  la sortie de l’UE et qu’il a immĂ©diatement dĂ©missionnĂ© aprĂšs le rĂ©sultat pour laisser les autres gĂ©rer la misĂšre de sa dĂ©cision


    On peut comprendre que les Ă©lecteurs britanniques annoncent vouloir voter pour l’alternance politique pour les Ă©lections lĂ©gislatives de 2024 !

  • L’impossible dialogue

    L’impossible dialogue

    Alors que la guerre est relancĂ©e au Proche-Orient entre IsraĂ«l et le mouvement Hamas qui « gouverne Â» la bande de Gaza, la France s’enferre dans ses habituelles querelles entre les pro-israĂ©liens et les propalestiniens. Les chaĂźnes de tĂ©lĂ©vision se rĂ©galent en convoquant des dĂ©bats stĂ©riles pour savoir s’il faut qualifier le Hamas de « terroriste Â» ou de « rĂ©sistant Â», si les massacres du Hamas en IsraĂ«l le 7 octobre sont plus « gĂ©nocidaires Â» que les bombardements d’IsraĂ«l sur Gaza, si la « Cisjordanie Â» doit s’appeler la « JudĂ©e et Samarie Â» ou non, si un fermier israĂ©lien installĂ© en Cisjordanie est un « colon Â» ou pas, si la Bible donne le droit Ă  IsraĂ«l d’occuper la Cisjordanie ou pas, etc., etc. Vouloir mettre d’accord des pro-israĂ©liens avec des propalestiniens est juste impossible, chacun dĂ©veloppe son argumentation, ponctuĂ©e d’emportements voire d’insultes, personne ne convainc personne et tous se quittent en se haĂŻssant un peu plus qu’au dĂ©but du dĂ©bat. C’est un peu comme chercher Ă  rĂ©concilier un descendant de harki avec un partisan du FLN algĂ©rien, c’est une perte de temps mais de l’audience garantie pour des mĂ©dias racoleurs.

    Chacun dĂ©fend son camp sur ce qui s’est passĂ© le 7 octobre et se passe depuis. Personne n’envisage ni le compromis ni l’avenir. En rĂ©alitĂ© le Proche-Orient perturbe le monde depuis 1947, dĂ©clenchant des passions mortifĂšres et des non-solutions sans avenir. Alors pour le moment comme depuis 70 ans ce sont les armes qui parlent. IsraĂ«l n’a jamais rĂ©ussi Ă  annihiler le terrorisme palestinien et le camp arabe n’a jamais rencontrĂ© de succĂšs en cherchant Ă  Ă©liminer l’Etat d’IsraĂ«l. Nous en sommes toujours lĂ  aujourd’hui. C’est triste et inefficace.

    Des espoirs sont tout de mĂȘme apparus au cours des Ă©vĂšnements rĂ©cents : le voyage de Sadate en IsraĂ«l en 1977, la paix entre IsraĂ«l et l’Egypte (1979) d’une part, et la Jordanie (1994) d’autre part, les accords d’Oslo (1994), les accords d’Abraham (2020). Ces accords, qui ont Ă©tĂ© le fait de dirigeants Ă  la hauteur de leurs tĂąches, ont dĂ©livrĂ© quelques avancĂ©es mais aussi de grandes dĂ©ceptions, autant au Proche-Orient que dans le reste du monde. 70 ans aprĂšs la partition de la Palestine prononcĂ©e par les Nations-Unie, le cas de la Palestine n’est toujours pas traitĂ© conformĂ©ment aux rĂ©solutions de la communautĂ© internationale et il n’a pas plus Ă©tĂ© rĂ©solu par aucune des autres tactiques mises en Ɠuvre par les parties : guerres, colonisation, terrorisme, prises d’otages, assassinats ciblĂ©s
 alors c’est la barbarie qui continue de rĂ©genter cette rĂ©gion pour le moment.

    Aujourd’hui IsraĂ«l rĂšgle ses comptes avec le Hamas aprĂšs l’attaque du 7 octobre qui a fait 1 400 morts sur son territoire, souvent dans des conditions d’une sauvagerie exceptionnelle. Comme lors des prĂ©cĂ©dentes campagnes militaires contre le Hamas, Tel-Aviv Ă©limine quelques dirigeants de ce mouvement terroriste mais n’arrivera Ă©videmment pas Ă  annihiler son idĂ©ologie ni de nouveaux volontaires pour en porter le message de violence. Les armes vont se taire un jour, il serait opportun de saisir alors l’occasion pour avancer vers la solution Ă  deux Etats qui n’est probablement pas idĂ©ale mais la « moins mauvaise de toutes Â». Si l’on pousse l’absurde Ă  son terme et que l’on imagine un schĂ©ma mono-Etat, soit sous forme fĂ©dĂ©rale, soit aprĂšs annexion par IsraĂ«l de la Cisjordanie et de la bande de Gaza pour reconstituer le territoire biblique, l’Etat juif se retrouverait ĂȘtre un Etat avec une majoritĂ© de citoyens arabes et musulmans, la nĂ©gation mĂȘme de ce qu’IsraĂ«l veut ĂȘtre
 Si on Ă©limine l’annihilation complĂšte d’une des parties qui est moralement inadmissible et techniquement irrĂ©alisable, le schĂ©ma de deux Etats tel que dĂ©cidĂ© par les Nations-Unies en 1947 semble le seul Ă  pouvoir ĂȘtre tentĂ©. Il faut donc se remettre Ă  l’ouvrage, faire preuve d’imagination et de bonne volontĂ© dĂšs que ce conflit sera terminĂ©.

  • « Mark Rothko » Ă  la fondation Louis Vuitton

    « Mark Rothko » à la fondation Louis Vuitton

    Mark Rothko (1903-1970) est exposĂ© Ă  Paris par la fondation Louis Vuitton qui rĂ©unit 115 Ɠuvres de l’artiste amĂ©ricain. NĂ© Markuss Rotkovičs au sein de la Russie tsariste dans ce qui est devenu aujourd’hui la Lettonie, de confession juive, sa famille Ă©migre Ă  Portland aux Etats-Unis au dĂ©but des annĂ©es 1910 pour Ă©viter la conscription impĂ©riale Ă  ses fils. Rothko a suivi une Ă©ducation talmudique et approchĂ© les pogroms et persĂ©cutions antisĂ©mites de l’époque. Il adopte le nom de Mark Rothko en 1940 aprĂšs avoir reçu la nationalitĂ© amĂ©ricaine.  

    Je suis devenu peintre parce que je voulais Ă©lever la peinture au mĂȘme degrĂ© d’intensitĂ© que la musique et la poĂ©sie.

    AspirĂ© trĂšs tĂŽt par le dessin il est un travailleur infatigable et va produire prĂšs de 850 Ɠuvres rĂ©pertoriĂ©es. Le dĂ©but de cette exposition prĂ©sente dans les premiĂšres salles un ensemble de toiles figuratives datant des annĂ©es 1930, certaines inspirĂ©es par la mythologie, d’autres par des paysages urbains dans lesquels on distingue des personnages aux formes longilignes placĂ©s dans environnement fermĂ©s et Ă©touffants, des stations de mĂ©tro, des piĂšces aux plafonds bas
 Un autoportrait est placĂ© dans la premiĂšre piĂšce. Assez vite il considĂšre qu’il a Ă©chouĂ© Ă  reprĂ©senter la figure humaine « sans la mutiler Â». C’est ainsi qu’il se dirige vers l’abstraction et ses toiles de grandes dimensions qui sont devenues iconiques et sa marque de fabrique

    Et petit Ă  petit son standard apparaĂźt comme d’immenses tableaux colorĂ©s sur le fond desquels sont Ă©tagĂ©s des rectangles de couleurs aux contours flous. L’artiste a toujours refusĂ© la qualitĂ© de coloriste qu’on a eu tendance Ă  lui attribuer face Ă  la magnificence des couleurs de ses toiles. Sombres ou lumineuses, la superposition des couleurs et des rectangles sur les fonds de ces tableaux donnent un Ă©clat trĂšs singulier Ă  ces Ɠuvres. La peinture elle-mĂȘme est apposĂ©e en couches rendues d’autant plus visibles que Rothko travaille la matiĂšre et fait preuve d’inventivitĂ©. Il applique d’abord une couche de colle, puis des couches de peinture mĂ©langĂ©es Ă  des mĂ©taux, Ă  de l’Ɠuf
 Ces mixtures improbables provoquent sans doute des rĂ©actions chimiques plus ou moins prĂ©visibles qui donnent un rendu un peu brumeux des couleurs, des ombres et des traces parsemant ces toiles Ă  l’aspect mystĂ©rieux. Les bords des rectangles sont eux-mĂȘmes diffus, comme travaillĂ©s pour ne pas ĂȘtre nets, un peu comme des nuages qui s’effilochent dans un ciel monochrome.

    Certaines sĂ©ries sont de couleurs sombres, les « Blackforms Â» mais toujours merveilleusement assemblĂ©es par ce « non-coloriste Â» qui dĂ©veloppait tout de mĂȘme un goĂ»t exquis pour mĂȘler les teintes idĂ©ales et harmonieuses. Il y a des verts, des bleus, des gris, on croirait le ciel atlantique un soir de tempĂȘte. La sĂ©rie « Black and Gray Â» est exposĂ©e dans une piĂšce oĂč trĂŽnent des sculptures de Giacometti (sans doute des reproductions), artiste qui a inspirĂ© Rothko. Ce sont des tableaux bi-couleurs composĂ©s d’une bande noire superposĂ©e avec une bande grise. Cette fois-ci ce ne sont pas des rectangles peints sur un fond colorĂ©, mais deux bandes aux bords bien nets qui joignent les quatre cĂŽtĂ©s du tableau. Bien entendu, sur la dizaine de toiles de cette sĂ©rie il n’y a pas un noir ou un gris qui soit les mĂȘmes.

    A ceux qui pensent que mes peintures sont sereines, j’aimerais dire [
] que j’ai emprisonnĂ© la violence la plus absolue dans chaque centimĂštre carrĂ© de leur surface.

    Mark Rothko s’est donnĂ© la mort en 1970 un jour d’hiver dans son atelier New-Yorkais. Les hypothĂšses pour expliquer son geste sont un peu confuses : il Ă©tait malade (atteint d’un anĂ©vrisme de l’aorte, son mĂ©decin lui avait dĂ©conseillĂ© de continuer Ă  peindre des toiles de grands tailles, injonction qu’il n’avait pas suivies), cigarettes et alcool n’arrangeaient pas les choses, mais peut-ĂȘtre surtout, une colĂšre devant la faible reconnaissance de son Ɠuvre dans le milieu artistique qui semblait plus excitĂ© par le pop’art naissant, le comble de la vulgaritĂ© commerciale, que par son propre travail qui lui avait demandĂ© tant de passion, d’abnĂ©gation et d’engagement.

    Ces derniĂšres dĂ©cennies lui ont finalement rendu son honneur et son Ɠuvre est maintenant universellement portĂ©e aux nues. Peintre de l’absolu, il rĂ©ussit Ă  dĂ©clencher une troublante spiritualitĂ© chez le spectateur par le simple Ă©tagement de rectangles dans une phantasmagorie chromatique, le flou et la mĂ©ditation rĂ©unis dans la mĂȘme abstraction fruit des mains d’un artiste hors du commun !

    Avec Nicolas de StaĂ«l exposĂ© en ce moment au musĂ©e d’Art moderne, Rothko dans le bois de Boulogne, on pense Ă  tant de ces artistes russes, exilĂ©s ou pas, qui ont aussi forgĂ© cette vielle culture occidentale. Nabokov, Chostakovitch, Rachmaninov, Rothko, et tous les leurs, nous font souffrir d’avoir Ă  dĂ©plorer les errements politico-militaires de la Russie d’aujourd’hui. Mais malgrĂ© la dictature Ă©touffante, la crĂ©ativitĂ© survit, c’est une bonne nouvelle !

    Le spectateur comblĂ© se dirige vers la sortie de l’exposition Rothko en se rappelant que ce bĂątiment Louis Vuitton d’aspect lourdaud et tarabiscotĂ© est toujours aussi peu adaptĂ© Ă  l’exposition de grands tableaux.

  • Le guitariste de Massive Attack est mort

    Le guitariste de Massive Attack est mort

    Angelo Bruschini, le guitariste de Massive Attack depuis les annĂ©es 1990 est mort ce 23 octobre Ă  62 ans des suites d’un cancer du poumon qu’il avait rendu public depuis dĂ©jĂ  plusieurs mois. C’était un musicien brillant qui avait rĂ©ussi Ă  donner une place de choix Ă  la guitare dans un groupe plutĂŽt tournĂ© sur l’électronique. Il Ă©tait parfaitement dans le ton des Massive Attack avec des riffs glacĂ©s et mĂ©talliques qu’il posait merveilleusement sur les rythmes d’outre-tombe produits par le collectif de Bristol dont il Ă©tait aussi originaire. Seule sa chevelure peroxydĂ©e marquait une touche de fantaisie sur scĂšne. Il va manquer.

  • Le multilatĂ©ralisme Ă  la dĂ©rive, l’Occident face Ă  ses contradictions !

    Le multilatĂ©ralisme Ă  la dĂ©rive, l’Occident face Ă  ses contradictions !

    Depuis 2014 les alliĂ©s de l’Ukraine se basent officiellement sur la violation du droit international pour condamner la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine commencĂ©e par l’annexion de la CrimĂ©e et poursuivie en fĂ©vrier 2022 par l’invasion dĂ©cidĂ©e par Moscou, rĂ©chauffant ce conflit qui est toujours en cours et ne semble pas en voie de rĂšglement. L’annexion en 2022 par la Russie de quatre nouvelles rĂ©gions ukrainiennes dans le Donbass, Ă  la frontiĂšre entre les deux pays a Ă©tĂ© une nouvelle atteinte au concept de l’intangibilitĂ© des frontiĂšres reconnues par les Nations Unies. Celui-ci peut toutefois ĂȘtre remis en cause si les parties concernĂ©es y ont convenance comme ce fut le cas en 2011 avec la partition du Soudan en deux Etats distincts. Ou comme cela aurait pu se produire si la Nouvelle CalĂ©donie avait votĂ© « oui Â» au rĂ©fĂ©rendum d’indĂ©pendance qui lui avait Ă©tĂ© proposĂ© par la France.

    Vu de l’Ouest il ne fait pas de doute qu’au regard du « droit international Â», les frontiĂšres d’un Etat souverain, l’Ukraine, ont Ă©tĂ© violĂ©es par l’agression d’un autre Etat, la Russie, qui, de plus, a annexĂ© les rĂ©gions du Donbass, modifiant sa constitution pour les accueillir. Mais vu de Moscou, l’histoire est bien diffĂ©rente et la Russie se dit agressĂ©e par « l’Occident dĂ©cadent Â» et les « nazis-droguĂ©s Â» ukrainiens. Durant la guerre froide l’Occident et l’URSS se mettaient Ă  peu prĂšs d’accord sur quelques grands principes pour imposer leurs vues Ă  leurs affidĂ©s, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui oĂč cela tire Ă  hue et Ă  dia dans les enceintes internationales oĂč chacun veut sa part de pouvoir. Le multilatĂ©ralisme qui a fait ses preuves est remis en cause par ceux qui en ont Ă©tĂ© les perdants pendant la deuxiĂšme moitiĂ© du XXĂšme siĂšcle. Progressivement le corpus de rĂšgles qui constituait le droit international et faisait l‘objet d’un consensus au sein de l’organisation des Nations Unies et de ses agences annexes est en train de s’effondrer. Ce n’est mĂȘme plus la question d’une interprĂ©tation diffĂ©rente des rĂšgles comme au temps de la guerre froide, c’est la nature mĂȘme de celles-ci qui est dĂ©sormais contestĂ©e par les pays non-occidentaux, que l’on appelle dĂ©sormais le « Sud global Â».

    Pas toujours trĂšs habile, l’Occident est pris Ă  son propre piĂšge pour avoir lui-mĂȘme agit en contradiction avec le droit international. Pour ne reprendre que ces derniĂšres annĂ©es, l’action la plus notable fut celle menĂ©e en 2003 par une coalition menĂ©e par les Etats-Unis pour envahir l’Irak soupçonnĂ©e de dĂ©tenir des armes de destruction massive. Cette invasion a Ă©tĂ© menĂ©e sans l’aval de l’ONU (la France avait mis son veto au conseil de sĂ©curitĂ© statuant sur l’opportunitĂ© de cette intervention) et s’est terminĂ©e dix ans plus tard en dĂ©sastre pour toutes les parties impliquĂ©es et bien au-delĂ  si l’on prend en compte le chaos créé au Moyen-Orient dont le monde n’est toujours pas sorti.

    Les bombardements menĂ©s en 1999 contre la Serbie par l’OTAN durant presque deux mois pour mettre fin aux agissements serbes dans la guerre du Kosovo ont Ă©galement Ă©tĂ© initiĂ©s sans aval de la communautĂ© internationale et la crĂ©ation de l’Etat kosovar qui suivit s’est faite contre la volontĂ© de la Serbie et de ses soutiens, dont la Russie (cet Etat n’est d’ailleurs toujours pas reconnu par l’ONU). L’Occident qualifiait « d’exactions contraire au droit de la guerre Â» la rĂ©pression menĂ©e par les Serbes contre les Kosovars que le camp slave ex-soviĂ©tique apprĂ©ciait comme du maintien de l’ordre nĂ©cessaire Ă  la dĂ©fense lĂ©gitime du territoire serbe


    Plus ancien mais tout aussi rĂ©current, la non-application des rĂ©solutions successives de l’ONU dans le conflit israĂ©lo-palestinien depuis 1947 et la colonisation continue rĂ©alisĂ©e par IsraĂ«l en contradiction avec le droit international montre que, aujourd’hui, chacun voit celui-ci Ă  l’aune de ses convictions et de ses intĂ©rĂȘts.

    C’est la vie nous dira-t-on et dans ce chaos il faut choisir son camp. On peut concevoir que les pays occidentaux prĂ©fĂšrent le non-respect du droit international avec les Etats-Unis ou IsraĂ«l plutĂŽt qu’avec Moscou ou Belgrade. Leur position serait bien sĂ»r mieux dĂ©fendable si les dĂ©rives prĂ©citĂ©es n’avaient pas eu lieu et si les rĂ©solutions de l’ONU concernant le Proche-Orient Ă©taient appliquĂ©es comme elles ont Ă©tĂ© votĂ©es par la communautĂ© internationale. Ce n’est pas le cas et chaque partie, Occident comme Sud-global, dĂ©fend ses raisons de ne pas respecter le « droit international Â» ou de l’interprĂ©ter Ă  sa façon. Chacun est persuadĂ© d’avoir raison et personne ne convainc personne, des rĂšgles communes sont de moins en moins reconnues ni respectĂ©es. Pour autant que l’on puisse en juger, les citoyens vivant dans les pays occidentaux plutĂŽt d’orientation libĂ©rale (au sens « libertĂ© Â» du terme) ne semblent pas forcĂ©ment envier le sort des citoyens vivant dans les pays autoritaires du Sud-global et, si l’on se base sur les courants migratoires et les flux d’investissements qui traversent la planĂšte, l’Occident dĂ©mocratique et son interprĂ©tation de l’Etat de droit restent encore attractifs pour le moment.

    D’ailleurs, nombre des dirigeants et oligarques de ces Etats autoritaires envoient leurs enfants faire leurs Ă©tudes en Occident, de la Russie au SĂ©nĂ©gal, de l’AlgĂ©rie Ă  la Chine, les universitĂ©s occidentales (surtout anglo-saxonnes d’ailleurs) sont pleines des rejetons de leur nomenklatura et les quartiers chics des capitales et des rivieras de l’Ouest sont massivement investies par les fortunes amassĂ©es plus ou moins lĂ©galement par les oligarques du Sud-global, comme les clubs de fouteballe europĂ©ens. On a appris que mĂȘme le dictateur nord-corĂ©en actuel, Kim Jong-un, et sa sƓur Kim Yo-jong, ont fait leurs Ă©tudes en Suisse. Ainsi, pendant que leur pĂšre lançait le programme nuclĂ©aire nord-corĂ©en pour se dĂ©fendre contre l’Occident, ses deux rejetons Ă©tudiaient calmement au cƓur de l’Europe et Ă  la succession de son pĂšre, Kim Jong-un a finalisĂ© ledit programme.

    La question est de savoir pourquoi un oligarque russe prĂ©fĂšre investir dans une villa clinquante Ă  Saint-Jean Cap-Ferrat plutĂŽt que sur les bords de la mer Noire mais on dirait que l’herbe est encore un peu plus verte dans la vieille Europe que dans les empires asiatiques autoritaires.

  • « Klimt & the Kiss » d’Ali Ray

    « Klimt & the Kiss » d’Ali Ray

    La sympathique compagnie Seventh Art Productions continue Ă  produire des « expositions au cinĂ©ma », aujourd’hui un film consacrĂ© au cĂ©lĂšbre « Baiser » du peintre autrichien Klimt (1862-1918). CentrĂ© sur ce tableau, l’exposition revient Ă©galement sur les immenses talents de portraitistes de Klimt commentĂ©s par des historiens de l’art et spĂ©cialistes de cette Ă©poque qui nous apprennent les techniques novatrices de l’artiste mĂȘlant les mĂ©taux Ă  la peinture pour donner ces ensembles flamboyants au service, le plus souvent, du corps humain et de celui des femmes qui ont traversĂ© sa vie, dont Emilie Flöge dont on suppose que leur relation fut essentiellement platonique et artistique. Par contre, on apprend qu’une quinzaine de demandes de reconnaissance en paternitĂ© venant de diffĂ©rents modĂšles passĂ©es par son atelier Ă©mergĂšrent aprĂšs sa mort


    L’artiste est aussi l’auteur de dĂ©cors, souvent gigantesques, comme la cĂ©lĂšbre Frise Beethoven prĂ©sentĂ©e en 1902 et se rĂ©fĂ©rant Ă  l’Ode Ă  la joie du musicien (IXĂšme symphonie). Celle-ci, peinte directement sur les murs au Palais de la SĂ©cession, regroupement artistique montĂ© par Klimt qui a pour objet de mettre un coup de pied dans la fourmiliĂšre du classicisme de l’art viennois. La Frise Beethoven fait parler d’elle lorsqu’elle est dĂ©voilĂ©e, de part son modernisme et sa cruditĂ©. Elle reprĂ©sente l’aspiration au bonheur de l’humanitĂ© souffrante et se termine par l’union de deux amants, debout, vus de dos.

    Le Baiser donne lieu aussi Ă  de multiples interprĂ©tations : tendresse exprimĂ©e par les visages, ou violence faite Ă  l’amante, serrĂ©e au cou par une main de l’homme d’oĂč, peut-ĂȘtre, la crispation de sa propre main sur celle de son amant, prĂ©sence du vide insondable derriĂšre la femme dont les pieds dĂ©bordent sur l’abĂźme, masculinitĂ© symbolisĂ©e par les rectangles blancs et noirs sur le vĂȘtement de l’amant quand celui de la femme est tachetĂ© de fleurs, tous deux agenouillĂ©s aussi sur un tapis de fleur au bord du vide


    C’est une passionnante analyse des trĂ©fonds de ce tableau et d’hypothĂšses sur l’inspiration mystĂ©rieuse de son auteur qui se termine par le constat un peu amer de l’un des historiens sur le fait que Klimt est plutĂŽt passĂ© Ă  la postĂ©ritĂ© pour le kitch de son Ɠuvre alors qu’il fut un artiste complet et rĂ©volutionnaire.