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  • « Miroir, mon beau miroir  »

    « Miroir, mon beau miroir  »

    Les 15 minutes que l’on est bien obligĂ© de passer chez le coiffeur tous les uns Ă  deux mois sont une torture en ce qu’elles rĂ©vĂšlent les outrages du temps. On est assis face Ă  une glace qui vous rĂ©flĂ©chit le temps de la sĂ©ance, de quoi contempler le double menton qui se dĂ©veloppe en vagues au-dessus de la blouse enfilĂ©e serrĂ©e autour du cou, pour se protĂ©ger des cheveux, blancs, qui s’envolent sous les coups de ciseaux. Les poches sous les yeux gonflent, les paupiĂšres se ramollissent, les tĂąches de vieillesse se dĂ©veloppent Ă  la lisiĂšre des cheveux. Coup de poignard final lorsque le coiffeur sort sa glace pour vous faire approuver sa coupe par derriĂšre, avec vue sur
 la tonsure qui progresse naturellement.

    Comment faire : fermer les yeux, demander de masquer le miroir, ne pas aller chez le coiffeur ? Le mieux Ă  faire est sans doute d’abdiquer toute vanitĂ© devant le temps qui passe, hĂ©las !

  • Yasmine Hamdan – 2026/03/18 – Paris le Trianon

    Yasmine Hamdan – 2026/03/18 – Paris le Trianon

    La troublante Yasmine Hamdan revient au Trianon pour prĂ©senter son troisiĂšme album solo : « I Remember I Forget ŰšÙ†ŰłÙ‰ ÙˆŰšŰȘŰ°ÙƒŰ± Â» paru en 2025, prĂšs de quinze ans aprĂšs la sortie du premier. Artiste libanaise nĂ©e en 1976 en pleine guerre civile elle rĂ©side aujourd’hui Ă  Paris aprĂšs avoir vĂ©cu dans diffĂ©rents pays avec sa famille pour fuir les guerres du Proche-Orient, celle du Liban, mais aussi l’invasion irakienne du Koweit, en 1990, oĂč elle Ă©tait installĂ©e avec les siens. AprĂšs ĂȘtre revenue au Liban en 1990 elle crĂ©e le groupe Soapkills, avec un compatriote beyrouthin, un duo original trip-hop dĂ©finitivement dĂ©calĂ© dans l’environnement local et qui a lancĂ© sa carriĂšre de compositrice dans l’environnement traumatique de ce pays.

    Lorsque les lumiĂšres s’éteignent, le fond de la scĂšne apparaĂźt couvert d’une tenture noire sur laquelle ont Ă©tĂ© dĂ©coupĂ©es des ouvertures aux formes alĂ©atoires et qui reçoivent la lumiĂšre comme des fenĂȘtres ouvertes sur l’extĂ©rieur. Yasmina est entourĂ©e ce soir d’un groupe de trois musiciens (guitare, batterie/percussions, clavier). Le jeu de scĂšne est trĂšs sobre, elle est habillĂ©e d’un jean baggy noir et d’un haut vaporeux de mĂȘme couleur laissant apparaĂźtre un triangle de peau sur l’une de ses hanches. Elle porte toujours une lourde et longue chevelure noire et se lance de temps Ă  autres dans de discrets mais langoureux dĂ©hanchements sur les parties instrumentales de sa musique. Ses mains parfois accompagnent son chant en se crispant autour du micro lorsque sa voix se dĂ©chire dans des mĂ©lopĂ©es orientales.

    Elle chante devant deux pieds de micro, dont l’un traite sa voix, tapote Ă  l’occasion sur un petit clavier. Toutes ses chansons sont chantĂ©es en arabe ; avare de ses paroles elle dira seulement deux mots (en français) sur le lancement d’Al Jamilat, un long poĂšme de Mahmoud Darwish qu’elle a mis en musique, pour s’inquiĂ©ter de savoir combien de Libanais et de Palestiniens sont prĂ©sents ce soir. Ils sont nombreux bien sĂ»r !

    Elle n’évoque Ă  aucun moment les nouvelles guerres qui s’abattent sur le Proche-Orient mais on sent que ces dĂ©vastations la hantent. Sur la vidĂ©o de la chanson « I Remember I Forget » disponible sur son site web, on voit un dessin animĂ© façon annĂ©es 1980 oĂč une jeune femme court droit devant elle Ă  travers les ruines d’une ville qui pourrait ĂȘtre Beyrouth. Puis sa course saccadĂ©e se dĂ©roule devant un mur qui pourrait ĂȘtre celui sĂ©parant IsraĂ«l des territoires colonisĂ©s, elle est poursuivie par le globe terrestre en feu qui roule dans sa direction. Sur le mur sont inscrits divers slogans et photos faisant rĂ©fĂ©rence Ă  l’occupation, l’exil, la dĂ©colonisation, la violence
 Et si on oubliait oĂč l’on se trouve, des peintures murales nous le rappellent : ambulance Ă  croix rouge, armes, barbelĂ©s
 pendant que dĂ©filent les paroles en arabe peintes en rouge sur le mur (et traduites en anglais dans les sous-titres) :

    I remember to forget
    It’s foul from within
    I remember to forget
    Murder, is normal
    Distortion, is normal
    Fiascos, normal
    Looting, is normal
    Manipulation, is normal
    Intimidation, is normal
    Normal
    Hysteria, is normal
    Despair, is normal
    Normal

    I remember and forget
    I remember to forget

    Et puis la jeune femme animĂ©e aux cheveux violets reprend sa course sur l’écran dans des champs de Tournesol survolĂ©s par des B52.

    C’est toute la dĂ©vastation vĂ©cue par cette rĂ©gion depuis des dĂ©cennies. Les symboles sont naĂŻfs et dĂ©sespĂ©rĂ©s mais ce sont ceux qui inspirent la crĂ©ation de Yasmine Hamdan qui vire Ă  un Trip-Hop orientalisĂ©, inspirĂ© par les Massive Attack et Portishead qu’elle Ă©coutait dans sa jeunesse. Elle a retenu l’esprit sombre de cette musique urbaine rĂ©pĂ©titive, inventĂ©e Ă  Bristol par les descendants d’esclaves dont cette ville britannique fut l’un des centres de la traite occidentale, et l’a accommodĂ©e avec les arabesques musicales et vocales propres Ă  l’Orient.

    La nostalgie c’est aussi une histoire de famille alors sa sƓur vient l‘accompagner sur la scùne pour une chanson et un ami musicien vient jouer de la cithare sur une autre.

    Le concert se termine sur un trĂšs beau et apaisĂ© « Beirut Â», simplement accompagnĂ© au piano sur un tempo lent, et d’un synthĂ©tiseur au son aĂ©rien jouĂ© par le guitariste. Ce morceau, chantĂ© tristement, ressemble presqu’à une comptine chantonnĂ©e par une grand-mĂšre pour endormir sa petite-fille. Il exsude toute la nostalgie de Yasmina Hamdan Ă  l’égard de sa ville de naissance et des regrets face aux catastrophes qui s’y succĂšdent. C’est le chant de l’exil.

    Beirut
    Arak drinking
    Card playing
    Racehorse cheering
    Pigeon hunting
    The essence of Beirut
    Seduction crowd
    Cruising around
    Fooling about
    This is all there is on the minds
    Of the citizens of Beirut

    Beirut

    Ainsi se termine ce trĂšs beau concert d’une artiste Ă  l’écriture poĂ©tique inspirĂ©e qui rĂ©ussit une fusion subtile entre les mondes musicaux de l’Occident et de l’Orient.

    Setlist : Reminiscence/ Hon/ Shmaali/ Al Jamilat/ Hal/ Vows/ Mor/ Shadia/ Abyss/ Assi/ The Beautiful Losers/ I Remember I Forget

    Encore : Balad/ Beirut

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    Yasmine Hamdan – 2017/10/10 – Paris le Trianon

  • Suzanne Vega – 2026/03/16 – Paris salle Pleyel

    Suzanne Vega – 2026/03/16 – Paris salle Pleyel

    Et revoilĂ  Suzanne Vega parisienne aprĂšs la sortie de Flying with Angels au mois de mai dernier. Sa prĂ©sence en tournĂ©e parmi nous est aussi prĂ©cieuse que ses chansons sont dĂ©licates et leur interprĂ©tation enchanteresse. Elle est accompagnĂ©e du fidĂšle guitariste irlandais Gerry Leonard et, pour cette tournĂ©e, d’une violoncelliste, Stephanie Wimers.

    Suzanne porte un jean noir baggy, gilet et veste de smoking sur un chemisier noir Ă  fines raies grises, collier d’or et boots en cuir souple, rouge Ă  lĂšvres, cheveux longs blonds-roux et son traditionnel chapeau claque qu’elle dĂ©plie pour la premiĂšre chanson, Marlene on the Wall, qu’elle pose ensuite sur une tablette Ă  cĂŽtĂ© de sa tasse de thĂ© avant de le rechausser Ă  la fin du show pour Tom’s Diner. Cette coiffure lui donne un petit air troubadour en accord avec son statut de chanteuse folk.

    Gerry porte un costume gris « dĂ©construit Â» que l’on dirait enfilĂ© Ă  l’envers, les coutures du pantalon et de la veste sont comme inversĂ©es et apparentes
 MĂšche orange sur cheveux gris, chemise blanche col relevĂ© dĂ©boutonnĂ© avec une cravate ficelle de couleur violette, le garçon affiche sa singularitĂ© surtout par son trĂšs riche jeu de guitare capable d’accompagner David Bowie dans un style rock comme Suzanne dans ses compositions intimistes.

    La violoncelliste est en jean noir, perfecto de mĂȘme couleur, casquette gavroche d’oĂč dĂ©gouline une longue mĂšche de cheveux noirs, elle joue un instrument qui semble en matiĂšre synthĂ©tique mais dont elle tire de tragiques mĂ©lopĂ©es qui se mĂȘlent heureusement Ă  la voix de Suzanne.

    Les trois premiers morceaux nous plongent immĂ©diatement dans l’atmosphĂšre douce et mĂ©lancolique des annĂ©es 1980-1990. A l’époque elle jouait ces chansons avec un groupe de rock, batterie-bass-guitare-claviers, et mĂȘme des incursions dans l’électronique, certes point trop agressif, mais plus Ă©nergique que le format folk qu’elle a maintenant adoptĂ© depuis quelques dĂ©cennies.

    La quatriĂšme chanson est une reprise de Françoise Hardy, Tous les garçons et les filles, qu’elle interprĂšte en français en s’aidant d’un papier. Elle nous raconte qu’elle a dĂ©jeunĂ© un jour avec la Française, « une personne trĂšs intense », qui lui demanda si elle n’avait jamais aimĂ© quelqu’un « à en mourir ? ». Avec son humour discret et un petit sourire, Suzanne nous explique que les AmĂ©ricains ont peu l’habitude d’aborder ce genre de sujet
 Ă  dĂ©jeuner, et qu’elle a dĂ» rĂ©pondre quelque chose comme « let me think about it ». Plus tard Françoise Hardy dont on connait l’intĂ©rĂȘt qu’elle portait Ă  l’astrologie lui envoya son thĂšme astral que Suzanne nous garantit avoir Ă©tĂ© 100% fiable. Elle ne chante que le premier couplet et nous promet la chanson complĂšte pour la prochaine fois. Son apprentissage du français 20 minutes par jour depuis plusieurs annĂ©es ne lui permettant pas pour le moment d’aller plus loin. Sourires dans la salle qui espĂšre qu’elle ne perdra jamais cet accent amĂ©ricain si sĂ©duisant lorsqu’elle parle français.

    Vient ensuite la dĂ©couverte des chansons de Flying with Angels dont Speakers’ Corner en rĂ©fĂ©rence Ă  ces prophĂštes qui racontent ce qui leur passe par la tĂȘte, debout sur une chaise, devant une assistance dense ou clairsemĂ©e, Ă  Londres (Hyde Park) ou ailleurs. Elle dĂ©die cette chanson Ă  la libertĂ© d’expression qui affronte quelques contraintes ces derniers temps, et pas seulement aux Etats-Unis


    All those full of wind and air
    Who howl and rant and rave
    Screaming out distorted facts
    About the souls they save
    Promising the miracles
    And pocketing the cash
    Pretending they have principles
    Preaching only ash

    Speakers’ corner, there it stands
    In politics and song
    When it’s time to tell your tale
    Don’t wait too long

    Bien sĂ»r elle nous raconte Ă  nouveau sa premiĂšre amourette, Ă  18 ans au Royaume-Uni, que beaucoup connaissent dĂ©jĂ , mais enrichit cette fois l’histoire. Leur amour s’est fondĂ© sur leur passion commune de Leonard Cohen et au moment de la sĂ©paration au bout des six semaines, elle offrit un poĂšme Ă  son amoureux, la chanson Gypsy, et il ne trouva rien d’autre Ă  lui donner que
 son bandana. Le premier rappel sur In Liverpool nous apprend qu’ils se sont revus, bien longtemps plus tard. Une histoire heureuse.

    Avec Chambermaid on reconnait les accords de la chanson de Bob Dylan I want You dont elle s’est inspirĂ©e pour raconter l’histoire de la servante d’un « grand homme Â» qu’elle vĂ©nĂšre et qui affirme n’avoir jamais rien volĂ©, sauf
 un baiser. Dans la vraie vie Suzanne nous explique qu’elle a rencontrĂ© Dylan une fois pour Ă©changer sur cette chanson et que le grand homme lui a dĂ©livrĂ© un baiser lorsqu’ils se sont quittĂ©s, demandant Ă  la revoir, ce qui ne s’est jamais produit Ă  ce jour. Chambermaid jongle entre la fiction et la rĂ©alitĂ©, l’admiration et le dĂ©sir, Dylan et Vega :

    I’m the great man’s chambermaid
    I’ve seen where his hallowed head is laid
    I revere the places he has stayed
    And clean crumbs from his typewriter
    He is good to me
    There’s nothing he doesn’t see
    And he knows where l’d like to be
    But it doesn’t matter
    Mmm hmm

    You want to know, did I ever steal?
    He never leaves anything out that’s real
    I took nothing he would miss
    But only once I stole a kiss

    Le concert se termine sur l’enchaĂźnement Luka et Tom’s Diner. La salle est aux anges, l’artiste salue ses musiciens et disparaĂźt dans les coulisses avant de revenir pour deux rappels dont le premier commencĂ© sur la reprise du lĂ©gendaire Walk on the Wild Side de Lou Reed dont elle chante les grossiĂšretĂ©s qu’elle contient avec douceur et Ă©lĂ©gance. Ces deux poĂštes new-yorkais sont frĂšres de sang, la vision fĂ©minine de Suzanne vient adoucir la duretĂ© urbaine de Lou, mais tous deux sont ĂŽ combien reprĂ©sentatifs de la musique que New York a su inspirer Ă  ses artistes. En reprenant Walk on the Wild Side la premiĂšre s’incline devant l’Ɠuvre immense du premier :

    Holly came from Miami, F-L-A
    Hitchhiked her way across the U.S.A.
    Plucked her eyebrows on the way
    Shaved her legs and then he was a she

    She says, « Hey babe, take a walk on the wild side »
    Said, « Hey honey, take a walk on the wild side »

    L’admirable Rosemary clĂŽt dĂ©finitivement cette soirĂ©e de charme avec cette ancienne chanson des annĂ©es 1990 sur une passion et le dĂ©sir de rester dans le souvenir de l’autre :


    Live at duo Music Exchange in Japan 2005

    And all I know of you
    Is in my memory
    And all I ask is you
    Remember me

    A 66 ans l’AmĂ©ricaine affiche toujours la mĂȘme Ă©lĂ©gance surannĂ©e dans sa musique, ses mots et sa prĂ©sence sur scĂšne. Sa vision du monde et des relations humaines est empreinte d’un humour apaisĂ© et distant. Elle interprĂšte ses crĂ©ations de façon linĂ©aire, pas de grands envols, juste la constance de la beautĂ©. Sa voix brumeuse n’a guĂšre variĂ© depuis son premier album en 1985, dĂ©pouillĂ©e, pleine de douceur et de l’assurance que lui procurent 40 ans de route sur les scĂšnes du monde et une dizaine d’albums.

    Elle nous raconte simplement nos vies et nos sentiments, dissĂ©quĂ©s par son Ɠil bienveillant et acĂ©rĂ©, mais restituĂ©s avec toute la grĂące qui Ă©mane de cette trĂšs belle artiste.

    Une soirĂ©e avec Suzanne Vega, c’est un vĂ©ritable dĂ©lice !

    @ruby_inthedust

    Set list

    Marlene on the Wall/ 99.9 F°/ Caramel/ Tous les garçons et les filles (Françoise Hardy cover) (1st verse only)/ Gypsy/ The Queen and the Soldier/ Flying with Angels/ Speakers’ Corner/ Chambermaid/ Left of Center/ I Never Wear White/ Some Journey/ Luka/Tom’s Diner

    Encore : Walk on the Wild Side (Lou Reed cover)/ In Liverpool

    Encore 2 : Galway/ Rosemary

    Warmup

    Marie Sarah : chanteuse mĂ©tisse d’origine camerounaise, coiffure afro, sorte de Tina Turner rajeunie, accompagnĂ©e par un guitariste synchronisĂ© avec des enregistrements de batterie et de claviers. Un duo sympathique soul/blues qui termine son set sur une reprise d’Amy Winehouse.

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  • En passant par Auxerre

    En passant par Auxerre

    Sur les bords de l’Yonne somnole la petite ville d’Auxerre au nord de la Bourgogne. Des Ă©glises en pagaille dominent le fleuve endormi sur les bords duquel les joggers battent le rythme d’un samedi matin ensoleillĂ©. La cathĂ©drale Saint Etienne rend hommage Ă  la poĂ©tesse locale Marie NoĂ«l (1883-1967), dĂ©clarĂ©e « servante de Dieu Â» Ă  l’issue de son procĂšs en bĂ©atification en 2017. Elle Ă©tait lue et apprĂ©ciĂ©e par le GĂ©nĂ©ral de Gaulle qui fut Ă  l’origine de sa promotion au grade d’officier de la LĂ©gion d’honneur en 1960.

    On apprend aussi que Jeanne d’Arc est passĂ©e par Auxerre en 1529 sur la route pour retrouver le roi Charles VII Ă  Chinon, qu’elle fera ensuite couronner Ă  Reims avant de tenter de bouter l’Anglais hors du royaume sans trop de succĂšs.

    Autre hĂ©ros local, Guillaume Joseph Rousselle (1743-1907) dit Cadet Roussel, huissier excentrique dont les exploits furent immortalisĂ©s par la chanson populaire Cadet Roussel :

    Cadet Rousselle a trois maisons, (bis)
    Qui n’ont ni poutres, ni chevrons, (bis)
    C’est pour loger les hirondelles,
    Que direz-vous d’Cadet Rousselle ?

    Les pavĂ©s des rues de la ville sont parsemĂ©s de petites piĂšces de fonderie sur lesquelles est gravĂ©e l’image du hĂ©ros.

    A Auxerre on boit du Chablis !

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  • Des dĂ©putĂ©s sous pseudonymes

    Des députés sous pseudonymes

    A l’occasion d’affrontements violents ayant abouti au meurtre Ă  Lyon en fĂ©vrier dernier d’un militant d’extrĂȘme droite par des membres supposĂ©s de la Jeune Garde, organisation « antifa Â» en voie de dissolution, on apprend qu’un dĂ©putĂ© de la RĂ©publique peut lĂ©galement ĂȘtre enregistrĂ© sous un pseudonyme. C’est le cas de RaphaĂ«l Arnault qui a fait les grands titres de la presse ces derniĂšres semaines car il fut l’un des co-fondateurs de la Jeune Garde en 2018. Selon sa fiche WikipĂ©dia il semble qu’à l’état civil il s’appelle RaphaĂ«l Archenault, ce qu’il n’a jamais dĂ©menti. Le dĂ©putĂ© fat partie du groupe de gauche propalestinienne La France insoumise (LFI).

    Sa page sur le site de l’assemblĂ©e nationale nous apprend qu’il Ă©tait, avant son Ă©lection, « EmployĂ© civil et agent de service de la fonction publique ». Sa dĂ©claration (obligatoire) « IntĂ©rĂȘts et ActivitĂ©s » prĂ©cise qu’il Ă©tait « assistant d’Ă©ducation » de 2020 jusqu’à son Ă©lection en 2024 et porte-parole de la Jeune Garde jusqu’à sa dissolution le 12/06/2025, le mouvementy est qualifiĂ© de « Jeune garde antifaciste ». Il est Ă©galement prĂ©cisĂ© que le contrat de son collaborateur parlementaire, Jacques-Elie Favrot, mis en examen dans le meurtre de Lyon, a Ă©tĂ© rĂ©siliĂ© en fĂ©vrier 2026.

    On se demanda ce qui peut pousser un dĂ©putĂ© Ă  se faire Ă©lire sous pseudonyme ? Du fait de son aspect public, cette fonction Ă©lective devrait par nature ĂȘtre transparente. M. Arnault a Ă  son passif une condamnation dĂ©finitive Ă  de la prison avec sursis pour « violences volontaires en rĂ©union », peut-ĂȘtre voulait-il masquer son lien avec cet Ă©pisode ? Si tel est le cas il a juste sous-estimĂ© le fait qu’aujourd’hui bien peu d’évĂšnements peuvent rester cachĂ©s, surtout s’agissant d’un homme politique. Peut-ĂȘtre plus simplement est-ce une rĂ©fĂ©rence au bon vieux temps de la semi-clandestinitĂ© dans laquelle la gĂ©nĂ©ration prĂ©cĂ©dente d’extrĂȘme gauche s’est cachĂ©e avec des « blazes » lorsqu’elle adhĂ©rait Ă  la Gauche prolĂ©tarienne ou autres mouvements trotskystes assimilĂ©s dans les annĂ©es 1960-1970. CambadĂ©lis se faisait alors appeler « Kostas », Jospin avait choisi « Michel », etc. Les « gauchistes » d’aujourd’hui qui semblent plus prĂ©occupĂ©s par la bagarre que par l’idĂ©ologie et manient mieux la batte de base-ball que la dialectique, se donnent ainsi sans doute un air de vrai rĂ©volutionnaire Ă  peu de frais.

    Il n’en reste pas moins que l’on peut s’interroger sur l’opportunitĂ© de laisser la latitude aux dĂ©putĂ©s de s’enregistrer sous un faux nom Ă  l’assemblĂ©e nationale lorsqu’ils y sont Ă©lus. A moins que des motifs sĂ©rieux Ă  cette libertĂ© nous Ă©chappent, sa suppression serait opportune.

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    Peur sur la ville

  • SNYDER Timothy, ‘Terres de sang – L’Europe entre Hitler et Staline’.

    SNYDER Timothy, ‘Terres de sang – L’Europe entre Hitler et Staline’.

    Sortie : 2010, Chez : Editions Gallimard.

    Timothy Snyder est un historien amĂ©ricain nĂ© en 1969 spĂ©cialiste de l’Europe centrale et orientale, ainsi que de l’Holocauste. Dans ce livre de 700 pages il mĂšne un rapprochement entre l’histoire et la gĂ©ographie, plus exactement un territoire composĂ©, en gros, de la Pologne (dont les frontiĂšres ont Ă©tĂ© mouvantes durant le XXe siĂšcle), des pays Baltes, de l’Ukraine et de la BiĂ©lorussie durant la pĂ©riode 1930-1945. Ces rĂ©gions ont affrontĂ© les effets de toutes les barbaries que l’Europe a Ă©tĂ© capable d’engendrer durant ces annĂ©es terribles : purges staliniennes, dĂ©portations vers les goulags soviĂ©tiques, pogroms antisĂ©mites, plans de colonisation et d’extermination nazis, famines et expulsions de populations, affamement des prisonniers de guerre soviĂ©tiques dans les camps allemands, revanches communistes aprĂšs la dĂ©faite allemande, dĂ©placements massifs de populations dans tous les sens avant, pendant et aprĂšs la seconde guerre mondiale, etc. Snyder Ă©value le rĂ©sultat de ces massacres successifs Ă  14 millions de morts civils hors des victimes militaires directement liĂ©es Ă  la guerre, ni ceux victimes de l’holocauste. C’est pourquoi il a baptisĂ© ces territoires, comme son livre : « Terres de sang ».

    L’auteur Ă©voque dans l’ordre chronologique les tueries de masse ordonnĂ©es par les pouvoirs allemand comme par soviĂ©tique, qui se sont abattues sur ces populations durant une pĂ©riode de temps finalement assez courte, 15 ans, de 1930 Ă  1945. L’histoire commence avec les purges initiĂ©es par le rĂ©gime stalinien lors de la Grande Terreur contre les citoyens soviĂ©tiques, puis les Ukrainiens volontairement affamĂ©s par la politique de collectivisation de l’agriculture, puis les Polonais exĂ©cutĂ©s par les forces allemandes et soviĂ©tiques qui s’Ă©taient partagĂ© la Pologne entre 1939 et 1941, puis les citoyens soviĂ©tiques (majoritairement russes, polonais et biĂ©lorusse) affamĂ©s par les Allemands aprĂšs la rupture du pacte germano-soviĂ©tique, puis les millions de juifs exterminĂ©s par la nazis et enfin les reprĂ©sailles allemandes en BiĂ©lorussie et Ă  Varsovie. Ce total de 14 millions de citoyens tuĂ©s lors de ces massacres de masse est vertigineux, Ă  l’image des pouvoirs qui les ont commanditĂ©s et exĂ©cutĂ©s au cƓur de la « vieille Europe » !

    Timothy Snyder dĂ©taille avec minutie les dĂ©cisions politiques allemandes et soviĂ©tiques qui furent Ă  l’origine de tout ces malheurs, sans affect mais avec rigueur. Il accompagne le lecteur dans sa dĂ©couverte de l’indicible qui a germĂ© dans les cerveaux pervers de dirigeants hystĂ©riques submergĂ©s par les effets mortifĂšres de ces idĂ©ologies nĂ©es sur le sol du continent europĂ©en.

    L’Ukraine joua Ă  son corps dĂ©fendant un rĂŽle central dans cette histoire de sang. « PurgĂ©e, affamĂ©e, collectivisĂ©e et terrorisĂ©e », Staline a soumis cette RĂ©publique qui nourrissait l’Union soviĂ©tique et faisait tampon avec l’Occident. Hitler l’a vu ensuite comme son grenier pouvant nourrir la « Grande Allemagne » et les territoires qu’elle avait conquis sur son flanc est. Alors lorsque les SoviĂ©tiques ont reculĂ© en Ukraine devant l’avancĂ©e des Allemands en 1942, les populations locales ont pu croire que l’oppresseur nazi serait moins terrible que le soviĂ©tique. Mal leur en a pris, et quand les Allemands ont Ă  leur tour reculĂ© devant l’armĂ©e rouge aprĂšs la bataille de Stalingrad les SoviĂ©tiques se sont vengĂ©s des Ukrainiens


    Snyder relĂšve aussi l’ironie de cette histoire sauvage de conquĂȘtes lorsque l’Allemagne antisĂ©mite est devenue le premier pays juif d’Europe avec sa conquĂȘte des territoires Ă  l’est (Pologne, BiĂ©lorussie, pays Baltes, Hongrie, Russie occidentale) et des nombreuses populations juives qui y rĂ©sidaient. PrĂšs de 5 millions de juifs passĂšrent sous la coupe de l’Allemagne qui envisagea diffĂ©rentes possibilitĂ©s de dĂ©portation de ces populations, vers Madagascar notamment, avant de dĂ©cider la « solution finale » pour Ă©liminer ceux qu’elle avait conquis. Autre effet pervers, alors que la jeunesse allemande est mobilisĂ©e par l’armĂ©e sur le front de l’Est, la bureaucratie allemande rapatrie des populations slaves pour travailler Ă  son Ă©conomie de guerre. Les soldats allemands tuent des Slaves considĂ©rĂ©s comme des « sous-hommes » afin de pouvoir importer des millions d’autres « sous-hommes » qui « faisaient en Allemagne le travail que les Allemands auraient fait, s’ils n’Ă©taient pas occupĂ©s lĂ -bas Ă  tuer des « sous-hommes » ».

    La Pologne fut le pays le plus martyrisĂ© de cette pĂ©riode ayant souffert Ă  plusieurs reprises des totalitarismes soviĂ©tique, puis nazi, puis de nouveau soviĂ©tique, avec l’insoutenable point d’orgue de l’insurrection de Varsovie en octobre 1944 lorsque l’ArmĂ©e rouge attendit le long de la Vistule que les forces allemandes rĂ©duisent la rĂ©bellion afin d’Ă©viter d’avoir Ă  le faire elle-mĂȘme sur la route de Berlin.

    Ces Ă©vĂšnements tragiques ont durablement marquĂ© ces « terres de sang » et permettent de mieux comprendre des positions prises aujourd’hui par la Pologne, l’Ukraine ou la Russie dans un contexte de nouveau guerrier et conquĂ©rant. Cette politique de massacres de masse est qualifiĂ©e par l’auteur de « coproduction des SoviĂ©tiques et des nazis » illustrĂ©e par le plan « Molotov-Ribbentrop » de 1939. Ils furent le fruit d’idĂ©ologies qui ont emportĂ© la raison et les lumiĂšres, justifiĂ© l’ignominie. L’Europe, la vieille Europe, patrie de Bach et Pascal, la Grande Russie qui a engendrĂ© Chostakovitch et TolstoĂŻ, se sont rĂ©unies dans ces barbaries du XXe siĂšcle et ne s’en sont jamais remises. C’est tout simplement une histoire terrifiante !

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    « Nacht un Nebel »

  • En VĂ©lib’

    En VĂ©lib’

    Les bicyclettes parisiennes Ă  louer servent le plus souvent de support Ă  des graffitis informes ou des slogans politiques infĂąmes, le nettoyage de toutes ces dĂ©gradations se faisant bien entendu aux frais des usagers et non des pollueurs. Il est plutĂŽt rare de trouver un VĂ©lib’ affublĂ© du message d’amour d’un ancien pape.

    Ne boudons pas notre plaisir. C’est beau comme l’antique !

  • Pierre GĂ©nisson et le Quatuor HermĂšs au théùtre des Champs ElysĂ©es

    Pierre Génisson et le Quatuor HermÚs au théùtre des Champs Elysées

    Le toujours brillant Quatuor HermĂšs s’est produit cet aprĂšs-midi avec le clarinettiste Pierre GĂ©nisson au théùtre des Champs ElysĂ©es pour un programme classique en premiĂšre partie, un quintette de Brahms (1833-1897), « exigeant Â» (selon les mots du clarinettiste) Ă  la reprise aprĂšs l’entracte, une piĂšce contemporaine du compositeur argentin Osvaldo Golijov (nĂ© en 1960).

    Le Brahms est un enchantement, le son vibrionnant de la clarinette donne un sentiment guilleret Ă  l’ensemble, une allure printaniĂšre tout Ă  fait de saison. La dĂ©couverte de Golijov est plus complexe. La famille du compositeur, de culture juive, a Ă©migrĂ© en Argentine depuis l’Ukraine et la Roumanie. Osvaldo a, lui, ensuite Ă©migrĂ© en IsraĂ«l en 1983. La piĂšce jouĂ©e ce soir est intitulĂ©e « The dreams and prayers of Isaac the blind Â», en rĂ©fĂ©rence au rabbin français Isaac (1160-1235) qui serait l’un des fondateurs Ă  l’origine de la Kabbale, un concept mĂ©taphysique du judaĂŻsme, assez obscur pour les non spĂ©cialistes. La musique jouĂ©e par les cordes est sombre, la clarinette l’enjolive en y apportant une lĂ©gĂšretĂ© et une fantaisie que l’on pourrait croire venue du jazz. La fusion de l’ensemble, rĂ©solument moderne, titille un peu l’oreille des seniors qui se rĂ©jouissent de constater une nouvelle fois que la musique est vivante, toujours en recherche et en Ă©volution, au grĂ© des gĂ©nĂ©rations de compositeurs qui transforment en notes leur environnement et les Ă©vĂšnements qui le traversent.

    Les rĂȘves d’Isaac sont suivis de morceaux extraits du folklore musical juif ashkĂ©naze sur lequel la clarinette fait des merveilles. En l’écoutant on se croit au cƓur d’un shttl d’Europe de l’est oĂč dansent les paysans en habits traditionnels et sabots de bois pour un mariage.

    Le dernier rappel est bien plus tragique avec Wiegala, une piĂšce Ă©crite par Ilse Weber, infirmiĂšre, juive, dĂ©portĂ©e au camp de concentration de Theresienstadt oĂč elle s’occupait des enfants en leur Ă©crivant des comtes et des mĂ©lodies. Les quatre musiciens du quatuor pincent leurs cordes Ă  la main pendant que le clarinettiste dĂ©ploie une lente mĂ©lopĂ©e de son instrument Ă  vent. Il n’y a plus de folklore ici mais le vent triste et glacĂ© de la barbarie qui soufflait sur Auschwitz oĂč Ilse Weber a Ă©tĂ© exterminĂ©e en 1944.

  • Peur sur la ville

    Peur sur la ville

    Dans les dĂźners en ville des citoyens s’inquiĂštent parfois de la possibilitĂ© de voir la gauche propalestinienne arriver Ă  l’ElysĂ©e lors des Ă©lections prĂ©sidentielles de 2027. C’est une hypothĂšse mathĂ©matiquement possible, son principal reprĂ©sentant, Jean-Luc MĂ©lanchon, ayant dĂ©jĂ  obtenu prĂšs de 22% des suffrages au premier tour des Ă©lections prĂ©sidentielles de 2022 (contre 20% aux Ă©lections de 2017) et a failli ĂȘtre qualifiĂ© pour le second tour. Il lui a manquĂ© 1,2% par rapport Ă  Marine Le Pen qui, elle, fut prĂ©sente au tour final contre M. Macron, finalement Ă©lu.

    MalgrĂ© ses dĂ©rives verbales et ses colĂšres mĂ©diatiques, le trublion trotskyste, formĂ© Ă  l’école de l’Organisation communiste rĂ©volutionnaire (OCI), tendance « lambertiste Â», dans les annĂ©es 1970, oĂč il croisa nombre de ceux qui sont devenus ensuite les caciques du Parti socialiste (PS) comme MM. Jospin ou CambadĂ©lis, Jean-Luc MĂ©lanchon arrive encore Ă  fĂ©dĂ©rer le combat contre l’extrĂȘme droite incarnĂ©e par le Rassemblement national (RN).

    Alors, dans ces mĂȘmes dĂźners en ville, les bourgeois, bohĂšme ou pas, les progressistes bon teint de la gauche pas forcĂ©ment propalestinienne, affichent vouloir « voter MĂ©lanchon Â» si le deuxiĂšme tour des prĂ©sidentielles de 2027 l’opposait au Rassemblement national (RN). MĂȘme en se bouchant le nez, ils prĂ©fĂšrent un prĂ©sident trotskyste au saut dans l’inconnu d’un reprĂ©sentant d’un parti construit sur les bases de l’ex-Front National Ă©lu prĂ©sident de la RĂ©publique.

    MalgrĂ© ses efforts constants pour se mettre toute une partie de la population française Ă  dos Ă  force d’injures et d’agressivitĂ©, sans parler d’un programme pour le moins collectiviste, M. MĂ©lanchon garde ses chances de rejoindre l’ElysĂ©e en 2027 face Ă  la terreur engendrĂ©e par son Ă©ventuel adversaire de second tour, le RN. Pour le moment les dĂźners en ville continuent de bruisser d’inquiĂ©tude et de dĂ©ni « non, ce n’est pas possible, on ne peut pas avoir MĂ©lanchon et le RN au second tour ! » Eh bien si, c’est politiquement envisageable mais si l’on veut Ă©viter un tel dilemme, le mieux serait de ne pas voter pour lui au premier tour afin de lui barrer la route du second ! Il y aurait ainsi au moins une alternative rĂ©publicaine face au candidat RN dont les sondages semblent prĂ©dire la qualification au second tour dans tous les cas de figure.

    Quoi qu’il en advienne, la France aura le prĂ©sident pour lequel ses citoyens auront votĂ©. C’est leur responsabilitĂ©.

  • FĂ©minisme de salon sur les ondes mĂ©diatiques

    Féminisme de salon sur les ondes médiatiques

    Sur les mĂ©dias français les commentateurs pratiquent, ou pas, un fĂ©minisme sĂ©mantique qui n’engage pas Ă  grand-chose. Lors du lancement d’un plateau tĂ©lĂ©visĂ© ou radiophonique les animateurs l’entament gĂ©nĂ©ralement d’un sonore « bonjour Ă  toutes, bonjour Ă  tous Â», l’ordre compte. Quelques rĂ©sistants se contentent d’un « bonjour Ă  tous Â» ou, plus modestement d’un simple « bonjour Â».

    Selon l’AcadĂ©mie française, « tous Â», est un pronom indĂ©fini pluriel employĂ© « Pour dĂ©signer l’ensemble des ĂȘtres, des choses que l’on considĂšre, dont on parle, que l’on envisage. Â» Il n’a donc pas besoin d’ĂȘtre fĂ©minisĂ© puisqu’il inclut « l’ensemble des ĂȘtres Â». C’est un mot Ă©picĂšne (dĂ©signant tout rĂ©fĂ©rent quel que soit son sexe ou son genre [ex. : la personne, le bĂ©bĂ©, la girafe] – WikipĂ©dia).

    Voir : https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9T1677

    Les militants de la fĂ©minisation affichent ainsi Ă  peu de frais leur engagement dans la bataille idĂ©ologique abordĂ©e dans un bel article de Michel Serres, membre de l’AcadĂ©mie française, Ă  la jolie conclusion :

    La grammaire rĂ©vĂšle des solutions dont la facilitĂ© relative Ă©vite les batailles idĂ©ologiques d’autant plus fĂ©roces qu’elles soulĂšvent des tempĂȘtes dans un verre d’eau.

    https://www.academie-francaise.fr/la-bataille-ideologique

    En poursuivant les recherches, on dĂ©couvre qu’en Ă©criture « inclusive » on Ă©crit « tou-te-s » quant Ă  la façon « neutre-binaire : « touxtes » ou « touls » font l’affaire.

    On vit vraiment une Ă©poque formidable !

  • La famille Lang emberlificotĂ©e dans l’affaire Epstein

    La famille Lang emberlificotĂ©e dans l’affaire Epstein

    Des millions de documents liĂ©s Ă  l’affaire « Epstein Â», du nom de ce financier amĂ©ricain impliquĂ© dans de multiples affaires de pĂ©do-criminalitĂ© Ă  travers le monde, mais qui s’est suicidĂ© en prison Ă  New-York en 2019, ont Ă©tĂ© publiĂ©s sur le site web du ministĂšre amĂ©ricain de la justice en application d’une loi votĂ©e par le parlement pour forcer le gouvernement amĂ©ricain Ă  la transparence. Ces dossiers citent des milliers de personnes Ă  travers le monde, cĂ©lĂšbres ou pas., riches ou moins, qui se sont laissĂ©s prendre dans les rets de Jeffrey Epstein qui devait disposer d’un entregent remarquable pour s’ĂȘtre constituĂ© un tel rĂ©seau relationnel. Un petit tour sur ce site public amĂ©ricain permet dĂ©jĂ  de s’assurer que notre nom n’y figure pas
 AprĂšs avoir certifiĂ© : (i) ne pas ĂȘtre un robot puis (ii) avoir 18 ans minimum on accĂšde trĂšs facilement Ă  un moteur de recherche plutĂŽt facile d’utilisation.

    Quand on tape, par exemple, « Jack Lang Â», on aboutit Ă  676 liens aboutissant Ă  676 documents dans lesquels apparaĂźt « Jack Lang Â» (86 ans), avec un petit rĂ©sumĂ© pour chacun. Tous les fichiers sont sous format PDF contenant beaucoup de copies de courriels Ă©changĂ©s avec M. Epstein, mais aussi des photos. Il n’y a pas de commentaires et certains passages de messages ou parties de clichĂ©s sont recouverts de noir, officiellement pour protĂ©ger les victimes. En cliquant sur quelques photos on tombe sur beaucoup de portraits d’Epstein et de sa compagne (franco-britannique), Ghislaine Maxwell purgeant actuellement une peine de 20 ans de prison aux Etats-Unis pour pĂ©do-criminalitĂ© et complicitĂ© de trafic sexuel, et qui a promis qu’elle rĂ©vĂšlerait ce qu’elle sait si elle Ă©tait graciĂ©e ; mais aussi des naĂŻades dans des piscines bleues, des femmes Ă  moitiĂ© nues (mais partiellement caviardĂ©es pour ne pas choquer les Ăąmes sensibles), des fĂȘtes rĂ©unissant cĂ©lĂ©britĂ©s et anonymes, un concert des Rolling Stones, des villas, des Ɠuvres d’art, des piĂšces d’habitation, etc.

    Il y a 3 millions de ces documents, en faire la synthÚse demande donc de gros moyens
 que possÚdent nombre de journaux qui en distillent les morceaux choisis depuis quelques semaines avec délectation tant les personnalités impliquées, ou juste citées dans les documents, sont nombreuses et diverses.

    Si on se promĂšne un peu au hasard des 676 liens oĂč sont citĂ©s Jack Lang on tombe avec gourmandise sur un courriel du 14/09/2018 adressĂ© par Jack Lanf Ă  son « Dear Jeffrey [Epstein] Â» pour lui demander 150 000 euros afin de financer un film documentaire prĂ©parĂ© par Serge Moati sur l’Ɠuvre de
 Lang Jack (« Serge Moati, a very great French filmmaker, wants to make a film about my work that will be broadcast in the cinema Â»). On savait ce vieux « Djack Â» dotĂ© d’un culot d’enfer et d’une haute idĂ©e de lui-mĂȘme mais on voit qu’on l’avait sans doute sous-estimĂ©. Epstein rĂ©pond le mĂȘme jour « im contributing
 Â». On ne sait pas si le financement demandĂ© a Ă©tĂ© octroyĂ© ni mĂȘme si le film a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©.

    Cette aventure, pour le moment juste rocambolesque, vient de valoir Ă  cet homme ĂągĂ© son poste de chef de l’Institut du monde arabe (IMA). Sa fille Caroline, Ă©galement citĂ©e dans de nombreux autres courriels, semblait entretenir des relations d’affaires et amicales avec l’AmĂ©ricain. Elle a Ă©galement de dĂ©missionnĂ© de diffĂ©rents mandats qui lui avaient Ă©tĂ© confiĂ©s dans le secteur du cinĂ©ma oĂč elle travaille.

    La masse de ces documents et la quantitĂ© de relations qu’entretenait M. Epstein sont impressionnantes. On ignore comment les 3 millions de fichiers ont Ă©tĂ© rassemblĂ©s par la justice amĂ©ricaine. Ont-ils Ă©tĂ© saisis sur les ordinateurs du pĂ©do-criminel, qui semblait conserver beaucoup de matĂ©riels, ou ont-ils Ă©tĂ© piratĂ©s par des grandes oreilles de diffĂ©rents services ou fournisseurs d’Internet, ces derniers ayant pu intercepter ces documents qui ont forcĂ©ment transitĂ© par leurs rĂ©seaux Ă  un moment ou un autre ? On ne sait pas bien par quels canaux ils se sont retrouvĂ©s dans les mains de la justice mais maintenant qu’ils y sont leur publication fait des ravages Ă  travers les puissants du monde occidental qui ont Ă©tĂ© en rapport avec Epstein, mĂȘme sans avoir forcĂ©ment participĂ© de prĂšs ni de loin Ă  ses activitĂ©s criminelles.

    L’affaire semble loin d’ĂȘtre terminĂ©e et pourrait connaĂźtre une nouvelle Ă©tape si Mme. Maxwell rĂ©vĂ©lait ce qu’elle sait ou si l’administration continuait ses publications.

    Courriel Jack Lang/Jeffrey Epstein

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  • « Gourou » de Yann Gozlan

    « Gourou » de Yann Gozlan

    Un film de fiction sur le monde Ă©trange des « coachs en dĂ©veloppement personnel Â» : le hĂ©ros devenu coach Ă  succĂšs se retrouve entraĂźnĂ© dans un imbroglio criminel, familial et amoureux dont l’issue reste incertaine Ă  la fin de ce long mĂ©trage. L’intrigue se dĂ©roule plutĂŽt bien mais le plus intĂ©ressant est la description de cet univers des gourous reprĂ©sentĂ© par le business florissant du hĂ©ros interprĂ©tĂ©, plutĂŽt bien, par Pierre Niney (« Coach Matt Â»). A mi-chemin entre psychothĂ©rapies de groupe et rĂ©unions politiques extrĂȘmes, le gourou domine les quelques centaines de personnes qui se bousculent Ă  ses rĂ©unions (que l’on peut payer en quatre Ă©chĂ©ances
) et les milliers d’autres qui suivent ses vidĂ©os publiĂ©es sur les rĂ©seaux dits « sociaux Â». Lui-mĂȘme, sans diplĂŽme d’aucune sorte, leur assĂšne des slogans appris auprĂšs de son maĂźtre, un gourou amĂ©ricain qui a encore mieux rĂ©ussi et qui veut d’ailleurs le recruter.

    Avec talent il exerce une emprise sur les Ăąmes un peu Ă  la dĂ©rive qui payent pour ses prestations scĂ©niques censĂ©es les aider Ă  rĂ©ussir, ou tout simplement Ă  vivre. Comme dans la vraie vie, le pouvoir politique cherche Ă  rĂ©glementer cette activitĂ© qui peut ĂȘtre destructrice pour les Ăąmes faibles. A ce jour la profession de coaching reste toujours libre, dans la rĂ©alitĂ© comme dans le film, malgrĂ© les tentatives de l’encadrer.

    On voit d’ailleurs « Coach Matt » aller dĂ©fendre sa profession sur le plateau de Cyril Hanouna qui joue son propre rĂŽle de mĂȘme que l’équipe de « commentateurs Â» qu’il menait sur C8 avant la fermeture de cette chaĂźne de tĂ©lĂ©vision. L’assimilation entre les deux activitĂ©s, le coaching de masse et le talkshow racoleur du genre Hanouna, est plutĂŽt Ă©difiante. Toutes deux brassent pas mal d’air. Elles cherchent Ă  embarquer du public Ă  peu de frais et surfent plutĂŽt sur la faiblesse de caractĂšre des participants que sur leur intelligence. Le fait que M. Hanouna ait acceptĂ© de jouer son propre rĂŽle dans ce film ne le met pas forcĂ©ment en valeur compte tenu du message gĂ©nĂ©ral nĂ©gatif infusĂ© par le film sur ces gourous des temps modernes. Peut-ĂȘtre ne s’en est-il pas aperçu ?

    La morale de l’histoire est que l’on peut faire faire beaucoup de choses, y compris mauvaises, Ă  une foule sous emprise. L’Histoire est peuplĂ©e d’exemples de ce type. Le mieux est d’arriver Ă  gĂ©rer soit mĂȘme sa vie et, si malgrĂ© tout on a besoin d’une aide extĂ©rieure, faire appel Ă  des professionnels ou Ă  son entourage plutĂŽt qu’à des coachs-gourous.

  • « Black is beautiful » de Kwame Brathwaite au Centre d’art Gwinzegal (Guingamp)

    « Black is beautiful » de Kwame Brathwaite au Centre d’art Gwinzegal (Guingamp)

    Kwane Brathwaite (1938-2023) est un photographe afro-amĂ©ricain, nĂ© de parents immigrĂ©s de l’ile caraĂŻbĂ©enne de La Barbade. C’est lui qui aurait popularisĂ© l’expression « black is beautiful Â» Ă  une Ă©poque oĂč il Ă©tait impliquĂ© dans le mouvement amĂ©ricain de dĂ©fense des droits civiques en faveur des populations noires. EngagĂ© dans cette lutte il fonda le collectif « African Jazz-Art Society & Studios Â» (AJASS) pour promouvoir la contre-culture afro-amĂ©ricaine, ce qu’il faisait Ă  travers ses photos dont certaines sont exposĂ©es dans l’ancienne prison de Guingamp transformĂ©e en centre d’art de la ville.

    Dans le sillage de Marcus Garvey (1887-1940), JamaĂŻcain chantre du panafricanisme, Brathwaite et son AJASS poussent les afro-amĂ©ricains Ă  consommer les produits de leur communautĂ©, Ă  admirer les mannequins afro qu’il photographie et Ă  Ă©couter la musique noire jazz, soul, funk, blues ou gospel. Les photos reprĂ©sentent la cĂ©lĂ©bration annuelle Ă©tats-unienne du Marcus Garvey Day, les manifestations contre l’apartheid en Afrique-du-Sud, des concerts au cĂ©lĂšbre Appolo Theater de New York qui fut l’un des lieux emblĂ©matiques de la musique noire Ă  partir des annĂ©es 1940, des concours de beautĂ© affirmant une « beautĂ© noire Â».

    Il a Ă©galement rĂ©alisĂ© des couvertures de disques vinyles des musiciens dont il Ă©tait proche : Stevie Wonder, Abbey Lincoln, Ray Charles
 Une petite salle de l’exposition est dĂ©diĂ©e Ă  l’écoute de certains de ces artistes (Lou Donaldson, Big John Patton, Millie Jackson
), un moment de bonheur.

    Kwane Brathwaite, nĂ© Gilbert Ronald, a adoptĂ© plus tard le prĂ©nom « Kwane Â» en rĂ©fĂ©rence Ă  Kwane Nkrumah, le premier prĂ©sident du Ghana indĂ©pendant qui fut l’un des inspirateurs respectĂ©s de la dĂ©colonisation en Afrique. Avec ses idĂ©es progressistes et son appareil photo Brathwaite a ƓuvrĂ© en faveur de l’émancipation noire et semble l’avoir fait avec mesure et efficacitĂ©.

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  • Les « financements innovants » du CESE

    Les « financements innovants » du CESE

    Le Conseil Ă©conomique, social et environnemental (CESE) est l’une des trois chambres prĂ©vues dans la constitution, avec l’asssemblĂ©e nationale et le sĂ©nat, et qui peut ĂȘtre consultĂ©e sur « tout problĂšme de caractĂšre Ă©conomique, social ou environnemental Â» selon l’article 70 de cette constitution. En 1969 MonGĂ©nĂ©ral, qui n’aimait pas beaucoup le SĂ©nat, voulut le fusionner avec le CES (qui n’était pas encore « environnemental Â» Ă  l’époque) en rĂ©duisant les pouvoirs du nouvel ensemble. Cette rĂ©forme fut proposĂ©e dans le fameux rĂ©fĂ©rendum du 27/04/1969 qui fut perdu et au lendemain duquel il dĂ©missionna.

    Depuis ce jour funeste oĂč les sĂ©nateurs ont senti le vent du boulet en regardant MonGĂ©nĂ©ral quitter l’ElysĂ©e, ils veillent bien Ă  assurer leur survie, avec succĂšs puisque prĂšs de 60 ans plus tard le sĂ©nat est toujours vaillant et le conseil Ă©conomique et social a mĂȘme Ă©largi son domaine de consultation avec un volet environnemental.

    Dans un avis du 13/01/2026 le CESE « appelle Ă  investir de maniĂšre massive et urgente dans l’adaptation des infrastructures, afin de rĂ©duire leurs contributions aux Ă©missions de gaz Ă  effet de serre et d’amĂ©liorer leur rĂ©sistance et leur rĂ©silience [aujourd’hui aucun texte ne peut ĂȘtre acceptable sans contenir le mot ‘rĂ©silience’] face au rĂ©chauffement et aux alĂ©as climatiques Â». L’objectif est louable tant il apparaĂźt que nombre d’infrastructures publiques (ponts, routes
) ont souffert de sous-investissement ces derniĂšres dĂ©cennies, les rendant fragiles aux nouvelles intempĂ©ries sans doute liĂ©es aux Ă©volutions climatiques en cours, en plus de leur vĂ©tustĂ©.

    LĂ  oĂč les choses se compliquent c’est quand il faut identifier les financements nĂ©cessaires pour ces travaux. Le CSE n’est qu’un organe consultatif il lui est donc plutĂŽt aisĂ© de recommander au gouvernement et au parlement « d’augmenter et de rĂ©orienter les financements Â», de dĂ©velopper « des modĂšles Ă©conomiques innovants Â», de « mobiliser l’épargne des mĂ©nages Â», etc. En gros, il suffit de payer pour parer au pĂ©ril.

    Sur les ondes des membres du CES assurent le service aprĂšs-vente et expliquent doctement qu’il faut rĂ©orienter « l’épargne improductive vers des financements innovants Â». Sont visĂ©s les livrets A et autres produits d’épargne rĂ©glementĂ©s. Au 31/12/2025 les statistiques de la Caisse des dĂ©pĂŽts et consignation (CDC), Ă©tablissement public qui gĂšre cette Ă©pargne, affichent un encours de 615 milliards d’euros pour les livrets A et les Livrets de dĂ©veloppement durable et solidaire (LDDS). A entendre les « experts Â» du CESE, ces sous dorment dans des tiroirs et ne servent Ă  rien, il faut donc les affecter Ă  « la rĂ©silience Â» des infrastructures publiques.

    Comme l’explique le site web de la CDC la rĂ©alitĂ© est tout autre puisque cette Ă©pargne n’est pas improductive mais dĂ©jĂ  flĂ©chĂ©e : 60% pour des prĂȘts qui financent principalement la construction et la rĂ©novation des logements sociaux, mais aussi des projets d’infrastructures dans les territoires, les 40% restant Ă©tant investis dans des placements financiers sĂ»rs afin d’assurer la liquiditĂ© du systĂšme. « Placement financier sĂ»r Â» veut dire en bon français que la majoritĂ© de ces 40% financent
 la dette publique française !

    On peut bien sĂ»r dĂ©cider de rĂ©affecter les sous des livrets d’épargne rĂ©glementĂ©e vers la « rĂ©silience Â» des infrastructures publiques mais il faudrait alors expliquer comment on va dĂ©sormais financer les logements sociaux, les projets d’infrastructure et la dette de l’Etat ? Va-t-on baisser ces besoins ou leur substituer d’autres financements ?

    Les conseilleurs ne sont pas les payeurs, on le sait, mais on ne peut s’empĂȘcher de constater une certaine dĂ©sinvolture dans les conseils financiers « innovants Â» des experts du CESE.

    A ce stade, ni le CESE ni les Ă©lus ne se sont inquiĂ©tĂ©s de « rĂ©orienter » les financements dĂ©jĂ  prĂ©vus dans la Loi de finances 2026 pour les jeux olympiques d’hiver « Alpes françaises 2030 » qui inclut une autorisation d’engagement de 400 millions d’euros et une autorisation pour l’Etat d’émettre des garanties financiĂšres Ă  hauteur de (i) 500 millions qui pourra s’exercer en faveur du comitĂ© chargĂ© d’organiser ces jeux (COJOP) en cas d’annulation et (ii) de 515 millions pour compenser, le cas Ă©chĂ©ant, un solde dĂ©ficitaire de ce COJOP. Et nous ne somme qu’en 2026. Il est Ă  craindre que de nouveaux montants ne doivent ĂȘtre budgĂ©tĂ©s pour les exercices Ă  venir d’ici 2030. Ces dĂ©penses doivent ĂȘtre considĂ©rĂ©es comme « productives » ce qui expliquerait que les « experts » du CESE ne veuillent point y toucher


    Lire aussi : Avis du CESE adopté le 13/01/2026 « Anticiper et prévenir les risques liés au changement climatique, pour les infrastructures »

  • « Father, Mother, Sister, Brother » de Jim Jarmush

    « Father, Mother, Sister, Brother » de Jim Jarmush

    Le rĂ©alisateur amĂ©ricain Jim Jarmush a emportĂ© le Lion d’or Ă  la Mostra de Venise 2025 avec ce film singulier Â« Father, Mother, Sister, Brother Â» centrĂ© sur la difficultĂ© de communication entre les parents et leurs enfants adultes. Jarmush en est le rĂ©alisateur, le scĂ©nariste et a mĂȘme Ă©crit la musique. TournĂ© en trois Ă©pisodes se dĂ©roulant dans le New-Jersy, Ă  Dublin puis Ă  Paris, reliĂ©s par des petits clins d’Ɠil, communs dans chaque famille qui, sinon, n’ont rien Ă  voir entre elles.

    Tom Waits joue, trĂšs bien, dans la premiĂšre partie, un pĂšre dissimulateur Ă  ses enfants se faisant passer pour indigent afin de leur extorquer des aides financiĂšres. Charlotte Rampling est une mĂšre aussi british que son service Ă  thĂ© qui accueille ses deux filles une fois par an entre deux sĂ©ances de psychanalyse. La troisiĂšme partie est la plus Ă©mouvante qui rassemble un frĂšre et une sƓur jumeaux qui viennent de perdre leurs parents dans un accident d’avion de tourisme au-dessus des Açores.

    Le film est lent, parfois pesant, Ă  l’image de cette intransmissibilitĂ© des sentiments vers ses parents quand ils sont vivants, et des regrets de ne pas l’avoir fait, quand ils sont morts.

    Lire aussi : « Gimme Danger Â» de Jim Jarmush

  • BRODESSER-AKNER Taffy, ‘Fleishman a des ennuis’.

    BRODESSER-AKNER Taffy, ‘Fleishman a des ennuis’.

    Sortie : 2019, Chez : Calmann-Lévy.

    AprĂšs un passage tonitruant dans l’Ă©mission de radio « Les Matins de France Culture » le 12 dĂ©cembre dernier, la France dĂ©couvre Taffy Brodesser-Akner, Ă©crivaine amĂ©ricaine nĂ©e en 1975 Ă  New-York qui s’est lancĂ©e dans l’Ă©criture de fiction aprĂšs avoir rencontrĂ© le succĂšs comme journaliste, notamment au New York Times et Ă  GQ (un magazine masculin). Pleine d’humour, d’Ă  propos, de vivacitĂ©, elle a illuminĂ© l’interview de Guillaume Erner au sujet de son dernier roman « Le compromis de Long Island » dont elle assure la promotion.

    Du coup, son formidable premier roman « Fleishman a des ennuis » est Ă©puisĂ© et il fallut attendre un peu pour le lire. Mais l’attente valait la peine. On dĂ©vore cette histoire d’un trio composĂ© de deux garçons et d’une fille (la narratrice) qui se sont connus lors d’un Ă©change universitaire en IsraĂ«l et qui se retrouvent 20 ans plus tard. Seth, financier Ă  succĂšs est toujours un sĂ©ducteur invĂ©tĂ©rĂ©, Toby Fleishman est un mĂ©decin pĂšre de famille en plein divorce d’avec Rachel et Elisabeth a renoncĂ© Ă  sa carriĂšre de journaliste pour se consacrer Ă  une vie de famille paisible.

    Le divorce de Toby est rocambolesque. Sa femme autoritaire lui mĂšne la vie dure, lui reprochant son manque d’attrait pour la rĂ©ussite, particuliĂšrement financiĂšre, pendant que lui dĂ©couvre les applications de rencontre et l’excitation de sĂ©duire des femmes simplement Ă  la recherche d’aventures sexuelles. Fleishman rumine ses reproches Ă  l’encontre de sa future ex-femme en se vautrant dans le stupre avec curiositĂ©. Nous sommes Ă  Manhattan dans un milieu juif, le regard de Toby est acĂ©rĂ© sur les personnes de ce milieu qu’il frĂ©quentait avec sa femme et dont il se dĂ©tache.

    Quand soudain Rachel disparaĂźt et n’exerce plus ses devoirs de mĂšre, il est obligĂ© de s’Ă©loigner de l’hĂŽpital oĂč il exerce comme hĂ©patologue, pour s’occuper des enfants. Sa carriĂšre s’en ressent, du coup il tente de sĂ©duire sa jeune interne qui, prudemment, repousse ses avances pendant qu’une de leurs patientes se meurt dans sa chambre
 Alors Elisabeth rencontre Rachel, dĂ©vastĂ©e, par hasard Ă  la terrasse d’un cafĂ©. Ensemble elles rembobinent l’histoire du couple, et cette version est bien entendu trĂšs diffĂ©rente de celle vĂ©cue par Toby. Cette nouvelle histoire est pleine de ses angoisses personnelles, d’un passĂ© d’abandon et d’ambitions forcenĂ©es pour mettre leurs enfants Ă  l’abri des traumatismes qu’elle a elle-mĂȘme vĂ©cus.

    C’est l’histoire finalement tellement banale d’un couple dysfonctionnel qui ne sait pas Ă©changer, lui trĂšs nombriliste, elle trop angoissĂ©e, alors que tout semble devoir leur rĂ©ussir. Rien n’Ă©chappe Ă  l’ironie mordante de Taffy Brodesser-Akner qui traverse les petits Ă©vĂšnement de cette vie bourgeoise, l’agitation dĂ©bridĂ©e de Toby comme les grands traumatismes de Rachel, pour nous amener vers une fin improbable. Un roman jouissif !

  • « Petite messe solennelle – Rossini » par le ChƓur & Orchestre Symphonique de Paris (COSP) Ă  Saint-Philippe du Roule

    « Petite messe solennelle – Rossini » par le ChƓur & Orchestre Symphonique de Paris (COSP) Ă  Saint-Philippe du Roule

    Le compositeur italien Gioachino Rossini (1792-1868) a Ă©crit sa Petite messe solennelle alors qu’il avait 71 ans. Elle fut créée Ă  Paris en 1864. Une belle Ɠuvre Ă©crite pour un chƓur rĂ©duit et, notamment, un accordĂ©on, parfois remplacĂ© par un harmonium. Original !

    Elle est magnifiquement interprĂ©tĂ©e ce soir, dans sa version piano et accordĂ©on, par le ChƓur & Orchestre Symphonique de Paris dans l’église Saint-Philippe du Roule construite au XVIIIe siĂšcle. La musique si pure de Rossini s’élĂšve dans la vaste voute peinte de l’église, cernĂ©e de colonnes ioniques, l’alliance de la mystique et de l’esthĂ©tique.

    Seul le grondement régulier du métro souterrain vient légÚrement troubler cette harmonie.

    Les interprĂštes

    Valentine BacquetSoprano
    Myrtille GayotMezzo-Soprano
    Boris MvuezoloTénor
    Lysandre ChĂąlonBaryton-Basse
    Yun-Yang LeePiano
    Domi EmorineAccordéon
    Direction Xavier Ricour

    Un extrait du trÚs beau duo soprano-mezzo de la Petite messe dirigée en 2001 par Lorin Maazel, gravée sur un CD sorti en 2001.

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  • « La libertĂ© guidant le peuple »

    « La liberté guidant le peuple »

    La cĂ©lĂ©britĂ© du tableau de Delacroix « La LibertĂ© guidant le peuple Â» se confirme au Louvre oĂč il est exposĂ©. Une foule dense se presse en permanence devant cette toile et nombre de touristes se prennent en photo devant cette libertĂ© Ă  la poitrine dĂ©nudĂ©e. Pas sĂ»r que tous ces visiteurs connaissent le contexte historique dans lequel elle a Ă©tĂ© peinte, celui de la rĂ©volution française de 1830 qui a amenĂ© au remplacement de Charles X par Louis-Philippe qui tombera lui-mĂȘme lors de la rĂ©volution de 1848


    Alors les touristes au bout de leurs perches Ă  selfies ignorent sans doute cette histoire mais admirent ce tableau qui leur a sans doute Ă©tĂ© dĂ©clinĂ© dans leurs pays comme reprĂ©sentatif de la France. On s’interroge sur ces milliers de selfies pris devant la « Liberté  Â», que deviennent ces clichĂ©s, Ă  quoi et qui servent-ils sinon Ă  meubler les rĂ©seaux dits « sociaux Â» et Ă  satisfaire le nombrilisme envahissant qui gangrĂšne la sociĂ©tĂ© ?

    Lire aussi : Musée EugÚne-Delacroix

  • Il faut bien payer ses dettes

    Il faut bien payer ses dettes

    Dans les dĂźners en ville et sur les plateaux tĂ©lĂ©visĂ©s des commentateurs s’émeuvent que la dette publique française soit dĂ©tenue par « des Ă©trangers Â», arguant que c’est ainsi une perte de souverainetĂ© pour la France versus une dette dĂ©tenue par ses nationaux, comme si la nationalitĂ© du dĂ©tenteur rendait plus ou moins contraignante l’obligation de remboursement de cette dette.

    Il s’avĂšre en rĂ©alitĂ© qu’il est assez difficile d’évaluer avec certitude la nationalitĂ© des crĂ©anciers dĂ©tenant la dette publique française Ă  un instant de raison. L’Agence France TrĂ©sor (AFT) en charge d’émettre cette dette se prĂ©occupe d’abord qu’elle soit souscrite et Ă  un taux d’intĂ©rĂȘt le plus favorable possible. Pour ce faire, plus le marchĂ© est large, donc internationalisĂ©, plus les chances d’atteindre ce double objectif sont fortes.

    Les chiffres ci-dessous rapportĂ©s dans un rapport de l’assemblĂ© nationale de 2024 donnent un ordre de grandeur : environ 52% de la dette est dĂ©tenue par des non-rĂ©sidents français, sachant qu’un non-rĂ©sident peut ĂȘtre français et qu’un rĂ©sident français peut ĂȘtre Ă©tranger.

    Le rapport mentionne que l’un des avantages de voir la dette d’un Etat dĂ©tenue par ses nationaux serait que ceux-ci :

    
sont Ă©galement plus « captifs » : en cas de crise, l’État dispose d’un rĂ©el pouvoir coercitif Ă  leur Ă©gard, grĂące Ă  sa capacitĂ© Ă  modifier la rĂ©glementation financiĂšre et la fiscalitĂ©.

    Ce qui veut dire, en clair, qu’en cas de crise on pourrait ne pas les rembourser, ou reporter les remboursements, en crĂ©ant moins de perturbations que si l’on agissait de mĂȘme avec des investisseurs internationaux. Ce serait une espĂšce de « prĂ©fĂ©rence nationale Â» inversĂ©e. VoilĂ  un bien dĂ©plorable argument en faveur d’une souverainetĂ© de la dette française


    En d’autres temps la Russie tsariste, ou l’Argentine et la GrĂšce, plus rĂ©cemment, ont dĂ©montrĂ© qu’il Ă©tait possible de ne pas rembourser ses crĂ©diteurs Ă©trangers ce qui a dĂ©clenchĂ© des crises financiĂšres sĂ©rieuses pour ces Etats, comme d’ailleurs pour la communautĂ© des investisseurs, mais ces crises ont Ă©tĂ© surmontĂ©es au prix de pertes importantes pour les prĂȘteurs et les contribuables des pays qui ont assumĂ© le sauvetage des Etats en dĂ©faut.

    En rĂ©alitĂ©, prĂȘter des sous Ă  un emprunteur reprĂ©sente un risque de non-remboursement, quelle que soit la nationalitĂ© des parties. C’est ce qu’on appelle un investissement : on met de l’argent au dĂ©part avec un retour sur investissement qui n’est pas garanti. La souverainetĂ© financiĂšre d’un Etat est un objectif louable mais la meilleure façon de l’assurer est de ne pas emprunter, ou d’emprunter avec modĂ©ration pour des investissements rentables et non pas pour du fonctionnement comme le fait actuellement la France. Au-delĂ , emprunter Ă  des nationaux ou Ă  des Ă©trangers ne reprĂ©sente pas une diffĂ©rence conceptuelle majeure, sauf Ă  considĂ©rer que les nationaux sont taillables et corvĂ©ables Ă  merci et qu’il suffit de ne pas les rembourser en cas de tension financiĂšre de l’Etat emprunteur.

    Aujourd’hui l’ordre de grandeur de l’épargne des mĂ©nages dĂ©clarĂ©e par la Banque de France Ă©tait de 6 500 milliards au deuxiĂšme trimestre 2025, soit prĂšs de deux fois la dette publique française (3 200 milliards).

    https://www.banque-france.fr/fr/statistiques/epargne/epargne-des-menages-2025-q2

    En cas de grave crise financiĂšre nationale, qui n’est pas exclue vu la perte de contrĂŽle de l’Etat sur ses dĂ©penses publiques depuis plusieurs annĂ©es, c’est de toute façon les nationaux qui paieront en premiĂšre ligne, soit leurs crĂ©ances n’étant pas ou mal remboursĂ©es, soit leur Ă©pargne Ă©tant prĂ©levĂ©e ou taxĂ©e d’une façon ou d’une autre pour assurer, au moins partiellement, le service de la dette dĂ©tenue par « des Ă©trangers Â». C’est d’ailleurs sans doute la raison pour laquelle on trouve toujours autant d’investisseurs Ă©trangers friands de la dette française malgrĂ© la gestion dĂ©plorable des finances publiques, ceux-ci doivent se sentir plus ou moins garantis par l’existence de cette Ă©pargne des mĂ©nages qui pourrait bien servir en cas de dĂ©faut souverain de la France.

    Encore une fois, pour un individu comme pour un mĂ©nage ou un Etat, le mieux pour assurer son indĂ©pendance est de ne pas s’endetter.

    Le rapport intégral