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  • « L’EnlĂšvement » de Marco Bellocchio

    « L’EnlĂšvement » de Marco Bellocchio

    C’est le film choc du cinĂ©aste italien Marco Bellocchio (nĂ© en 1939) qui passe en revue, depuis le dĂ©but de sa longue carriĂšre, certains des traumatismes vĂ©cus par son pays. Il s’en prend cette fois-ci au Vatican en revenant sur l’histoire vraie de « l’affaire Mortara Â» apparue Ă  la fin des annĂ©es 1850. Un enfant juif d’une famille bourgeoise de Bologne est enlevĂ© par l’Eglise catholique car il aurait Ă©tĂ© baptisĂ© secrĂštement par la jeune fille qui le gardait et le croyait Ă  l’article de la mort. Le gamin est amenĂ© Ă  Rome et placĂ© dans une institution pour jeunes juifs « convertis Â» qui sont Ă©levĂ©s dans la duretĂ© de l’enseignement catholique Ă  l’époque et la froideur de prĂȘtres dogmatiques. Mais l’embrigadement fonctionne et, malgrĂ© le combat des parents et de la communautĂ© juive pour extraire le jeune Edgardo des griffes du Vatican, il va continuer dans la voie catholique et mĂȘme devenir prĂȘtre, jusqu’à vouloir convertir sa propre mĂšre sur son lit de mort.

    L’histoire vraie a peut-ĂȘtre Ă©tĂ© un peu romancĂ©e pour rentrer dans le format du film mais qu’importe, on sait l’Eglise catholique capable de ce dont elle est accusĂ©e par Bellocchio. C’est le pape Pie IX qui est aux commandes Ă  l’époque du Vatican et des « Etats pontificaux Â». Il est prĂ©sentĂ© dans le film comme un dirigeant aveuglĂ© par le dogme et « l’infaillibilitĂ© pontificale Â», le teint gris, sĂ»r de son idĂ©ologie mais voyant son pouvoir divin dĂ©cliner, prĂȘt Ă  se battre pour le maintenir quoi qu’il en coĂ»te.

    Le film est intĂ©ressant en ce qu’il revient sur les errements des religions, capables d’enlever des enfants, oubliant toute humanitĂ©, pour les soumettre Ă  leur volontĂ© dominatrice. Cet Ă©vĂšnement que l’on croirait d’un autre Ăąge, mais ce n’était finalement qu’en 1858, fait tristement Ă©cho aux dĂ©portations actuelles d’enfants ukrainiens dont sont accusĂ©es les forces russes qui occupent une partie de l’est de l’Ukraine. Ces crimes sont relativement bien documentĂ©s et valent une inculpation devant la Cour pĂ©nale internationale (CPI) du prĂ©sident russe et de sa commissaire « aux droits de l’enfant Â», qui aurait d’ailleurs adoptĂ© l’un d’entre eux.

    Pre-Trial Chamber II considered, based on the Prosecution’s applications of 22 February 2023, that there are reasonable grounds to believe that each suspect bears responsibility for the war crime of unlawful deportation of population and that of unlawful transfer of population from occupied areas of Ukraine to the Russian Federation, in prejudice of Ukrainian children.

    https://www.icc-cpi.int/news/situation-ukraine-icc-judges-issue-arrest-warrants-against-vladimir-vladimirovich-putin-and

    La Russie s’enorgueillit d’ailleurs officiellement d’avoir procĂ©dĂ© Ă  une « Ă©vacuation sanitaire Â» de ces milliers d’enfants pour les sauver. C’est une vieille histoire, des jeunesses hitlĂ©riennes (Hitlerjungend) aux jeunesses staliniennes (Komsomol) en passant par les actions du marĂ©chal PĂ©tain pour embrigader la jeunesse française aprĂšs la dĂ©faite de 1940, la Russie d’aujourd’hui ne fait que perpĂ©trer la volontĂ© des dictatures de manipuler les cerveaux de ses enfants.

    Le plus dĂ©plorable dans « l’affaire Mortara Â» narrĂ©e par Bellocchio est que l’église catholique se soit rendue coupable d’un tel embrigadement Ă  une Ă©poque finalement pas si Ă©loignĂ©e d’aujourd’hui. Outre cette dĂ©faite morale, le film montre aussi la fin d’un Vatican exerçant un pouvoir temporel sur ses « Etats pontificaux Â» face aux insurgĂ©s italiens rĂ©publicains. C’est en 1870 que Rome est envahie et rattachĂ©e au royaume d’Italie. Depuis, le Vatican se contente de son micro-Etat autour de Saint-Pierre et d’un pouvoir uniquement intemporel. On sait depuis que l’Eglise catholique a eu Ă  dĂ©plorer dans ses rangs d’autres mĂ©faits contre les enfants. Les papes successeurs de Pie IX n’ont pas toujours Ă©tĂ© Ă  la hauteur face Ă  ces crimes. C’est un peu le problĂšme avec le pouvoir « intemporel Â», on n’est responsable de ses actes que devant Dieu.

    Ce film est aussi celui du crĂ©puscule de l’institution catholique.

  • « Immigrations est et sud-est asiatiques depuis 1860 » au MusĂ©e de l’histoire de l’immigration

    « Immigrations est et sud-est asiatiques depuis 1860 » au MusĂ©e de l’histoire de l’immigration

    Le Palais de la Porte DorĂ©e retrace, rapidement, l’histoire des migrations est-asiatiques vers la France Ă  travers deux salles. La premiĂšre relate l’histoire de ces flux depuis 1860 jusqu’à nos jours : colonisation/dĂ©colonisation, guerres, communisme, dictatures. La seconde permet de revenir sur quelques faits divers qui ont touchĂ© la communautĂ© asiatique en France dans les annĂ©es 1990-2000, notamment la mort violente d’un des leurs lors d’une « bavure policiĂšre ». Ces Ă©vĂšnements avaient dĂ©clenchĂ© Ă  l’époque des manifestations de la communautĂ© asiatique rĂ©clamant le droit de pouvoir vivre en paix en France sans ĂȘtre l’objet de discriminations racistes. Une petite dizaine d’écrans diffusent des interviews de citoyens d’origine asiatique parlant de leurs propres expĂ©riences en France, prĂ©sentĂ©es comme plutĂŽt bĂ©nĂ©fiques d’ailleurs.

    L’exposition insiste sur les « stĂ©rĂ©otypes Â» qui collent Ă  la diaspora asiatique, positifs comme nĂ©gatifs. L’épisode de la pandĂ©mie du Covid19 a aussi marquĂ© la communautĂ©, les « Chinois » Ă©tant parfois qualifiĂ©s de virus lors de cette pandĂ©mie qui a dĂ©marrĂ© en Chine. Mais globalement, ces stĂ©rĂ©otypes sont gĂ©nĂ©ralement plutĂŽt favorables ; on parle d’une bonne intĂ©gration, des succĂšs scolaires des enfants, d’un ascenseur social qui fonctionne encore, alors faut-il vraiment s’ingĂ©nier Ă  voir des problĂšmes migratoires lĂ  oĂč il y en a finalement peu pour le moment ?

    On voit d’ailleurs dans les Ă©tages supĂ©rieures l’exposition « J’ai une famille Â» proposant aux visiteurs les Ɠuvres contemporaines de dix artistes d’origine chinoise installĂ©s en France, dont celles de Yan Pei-Ming :

    Yan Pei-Ming (sa mĂšre)

    Figure 1 – Yan Pei-Ming (sa mĂšre)

    D’autres installations sont un peu plus obscures mais le thĂšme gĂ©nĂ©ral de la famille Ă©voque celle que ces artistes ont constituĂ©e en France, poussĂ©s vers l’exil par des convictions et des talents communs.

    TransexpĂ©rience : un mot qui rĂ©sume de maniĂšre vivante et profonde les expĂ©riences complexes que l’on vit quand on quitte son pays natal et que l’on va de pays en pays.

    Chen Zen
  • Annie Ernaux se voit refuser son visa pour l’AlgĂ©rie

    Annie Ernaux se voit refuser son visa pour l’AlgĂ©rie

    On ne peut s’empĂȘcher de (lĂ©gĂšrement) sourire lorsqu’on apprend qu’Annie Ernaux (83 ans), prix Nobel de littĂ©rature 2022, s’est vu refuser son visa pour l’AlgĂ©rie oĂč elle devait se rendre pour assister au Salon international du livre d’Alger. Ce refus n’est pas motivĂ© par les autoritĂ©s algĂ©riennes mais certaines mauvaises langues Ă©voquent une tribune signĂ©e il y a quelques mois par l’auteure rĂ©clamant la libĂ©ration d’un journaliste algĂ©rien emprisonnĂ© par le rĂ©gime. De sensibilitĂ© plutĂŽt « progressiste Â» elle est habituĂ©e des tribunes et pĂ©titions prĂŽnant le combat social, le fĂ©minisme, la lutte des classes ou le refus de la politique sanitaire française durant la pandĂ©mie du Covid19. Elle est bien entendu concernĂ©e par le traumatisme « dĂ©colonial Â» des anciennes colonies françaises et il est savoureux que ce soit la premiĂšre d’entre elle qui lui refuse l’accĂšs Ă  son territoire


    Eh oui, il existe des pays qui peuvent priver de visa des intellectuels occidentaux qui ont, mĂȘme ponctuellement, pris des positions contraires Ă  ce qu’ils estiment ĂȘtre leurs intĂ©rĂȘts. Ces pays sont gĂ©nĂ©ralement aujourd’hui dans le « Sud global Â» mais les plus anciens se souviennent qu’il fut un temps, pas si lointain dans les annĂ©es 1970, oĂč, pour obtenir un visa d’entrĂ©e aux Etats-Unis d’AmĂ©rique il fallait certifier n’ĂȘtre pas communiste. Georges Marchais (1920-1997), ex-chef du Parti communiste français (PCF) se faisait d’ailleurs une joie de prĂ©ciser Ă  tout bout de champ qu’il pouvait librement entrer en Union soviĂ©tique mais Ă©tait interdit de voyage aux Etats-Unis, marquant ainsi le vent de libertĂ© qui soufflait sur Moscou quand Washington Ă©tait l’hydre capitaliste.

    Aujourd’hui Mme. Ernaux n’ira pas en AlgĂ©rie oĂč le gouvernement ne veut pas l’y voir. Alger a dĂ©cidĂ© qu’il pouvait choisir qui pouvait entrer ou pas sur son territoire. C’est ce qu’on appelle la souverainetĂ© nationale, exercĂ©e pour de bonnes ou de mauvaises raisons, chacun en jugera. Mme. Ernaux n’a pas communiquĂ© sur le sujet.

  • A l’HĂŽtel de la Marine

    A l’Hîtel de la Marine

    Construit en 1748 sur la Place Louis XV, qui deviendra plus tard la Place de la Concorde, le futur HĂŽtel de la Marine est un bĂątiment dĂ©diĂ© au Garde-Meuble royal, organisme chargĂ© de l’achat et de l’entretien du mobilier du roi. Il est ensuite le siĂšge du ministĂšre de la Marine pendant plus de 200 ans (la Kriegsmarine l’a mĂȘme investit durant l’occupation allemande de la seconde guerre mondiale). AprĂšs le dĂ©part de son dernier occupant en 2015, le premier Ă©tage de l’hĂŽtel a Ă©tĂ© magnifiquement rĂ©novĂ© dans l’état oĂč il Ă©tait lorsqu’il avait la fonction de garde-meuble royal. C’est cette partie qui est ouverte Ă  la visite avec un audio-guide lĂ©gĂšrement infantilisant qui recrĂ©e des dialogues entre les personnages de l’époque au fur et Ă  mesure du cheminement dans les piĂšces pour expliquer la destination de celles-ci : bureau, chambre, antichambre, salle-Ă -manger, etc.

    Tout n’est que dorures, lustres, boiseries et meubles prĂ©cieux. Toute la magnificence de l’artisanat du XVIIIĂšme siĂšcle s’exprime face au majestueux spectacle de la place de la Concorde avec l’assemblĂ©e nationale comme horizon. On imagine que les maris du ministĂšre de la marine qui Ă©taient encore prĂ©sents dans le bĂątiment il y a dix ans devaient s’en disputer les bureaux La piĂšce d’angle place de la Concorde / rue Saint-Florentin, avec vue en enfilade sur la rue de Rivoli, Ă©tait sans doute affectĂ©e Ă  l’amiral tant son exposition est superbe.

    Un magnifique bĂątiment historique !

  • « La ComĂ©die Humaine » de Koji Fukuda

    « La Comédie Humaine » de Koji Fukuda

    Ce film du rĂ©alisateur japonais Koji Fukuda date de 2008. Il est composĂ© de trois histoires entremĂȘlĂ©es oĂč l’on retrouve le tragique et le comique dans lesquelles tombent le plus souvent les relations humaines. On suit les parcours de jeunes hommes et femmes engagĂ©s parfois dans des situations burlesques : deux femmes se rencontrent et Ă©changent sur les choses de l’amour autour d’un spectacle de danse contemporaine, une photographe attend dĂ©sespĂ©rĂ©ment des visiteurs dans la galerie oĂč elle expose ses photographies, un couple dont la femme est enceinte affronte le sujet de l’infidĂ©litĂ© et le mari au bras droit amputĂ© par suite d’un accident se trouve confrontĂ© au syndrome du « membre fantĂŽme ».

    Les acteurs passent d’une histoire Ă  l’autre, on apprend dans le troisiĂšme sketch que le couple recomposĂ© du premier est mort dans des conditions violentes, on retrouve au mariage des amis de la photographe de la deuxiĂšme histoire les actrices de la premiĂšre, etc. Le rĂ©alisateur explique s’ĂȘtre inspirĂ© de la ComĂ©die humaine de Balzac et de sa capacitĂ© Ă  observer la sociĂ©tĂ© des humains Ă  travers les yeux de personnages Ă©voluant dans leur Ă©poque. Le long mĂ©trage se regarde comme on lit Balzac, c’est social et
 un peu long.

  • KAFKA Franz, ‘ Le procĂšs’;

    KAFKA Franz, ‘ Le procĂšs’;

    Sortie : 1925, Chez : Editions Gallimard (1957)

    Ce roman de Kafka (1883-1924) est sorti aprĂšs sa mort et n’Ă©tait pas totalement achevĂ©. Comme nombre d’autres de ses livres, l’auteur ne voulait sans doute pas le publier. Il avait demandĂ© Ă  son ami Max Brod de brĂ»ler tous ses manuscrits aprĂšs son dĂ©cĂšs, volontĂ© qui ne fut pas exĂ©cutĂ©e.

    Ce roman narre un procĂšs initiĂ© contre « Joseph K  » par une bureaucratie totalitaire et absurde. L’accusĂ© ne sait pas de quoi il est accusĂ©. L’instruction de son cas et son procĂšs sont menĂ©s par une justice parallĂšle implantĂ©e dans les combles d’un immeuble oĂč il croise des personnages improbables avant de trouver la salle d’audience. Sur les conseils de son oncle il engage un avocat malade, le recevant au fond de son lit et dont il sĂ©duit l’infirmiĂšre qui fait ainsi concurrence Ă  Mlle. BĂŒrstner qui est logĂ©e par la mĂȘme logeuse que Joseph K qui a des vues sur elle.

    Son avocat n’avance pas sur son dossier dont on il ignore tous les Ă©lĂ©ments sinon que K est coupable. Celui-ci est harcelĂ© chez lui par une espĂšce de police politique. Ses errements dans le tribunal dĂ©sertĂ© et dans une cathĂ©drale qu’il fait visitera un client italien de la banque qui l’emploie lui font rencontrer des personnages burlesques qui l’Ă©difient sur son cas « dĂ©sespĂ©ré ». Il est finalement exĂ©cutĂ©.

    Ecrit en 1914, diffĂ©rentes interprĂ©tations ont Ă©tĂ© portĂ©es sur ce livre qui pourrait ĂȘtre un pamphlet contre la bureaucratie, un peu Ă  la maniĂšre de « 1984 » d’Orwell, ou une anticipation de la situation des juifs (Kafka est de confession juive et Ă©crit en allemand, sa langue maternelle) au XXĂšme siĂšcle, se demandant pourquoi ils sont persĂ©cutĂ©s sous couvert de la loi dont ils ignorent les Ă©lĂ©ments. Ils ne savent de quoi ils sont coupables mais ils le sont et ils doivent expier


    Le personnage de Kafka se dĂ©bat seul face Ă  l’absurditĂ© des choses sans trop comprendre ce qui lui arrive, broyĂ© qu’il est par un systĂšme supĂ©rieur dont il ignore qui tire les ficelles. Une situation « kafkaĂŻenne » qui est la marque de l’auteur tchĂšque qui, trĂšs peu publiĂ© de son vivant, aurait pu rester dans l’anonymat si son exĂ©cuteur testamentaire avait effectivement dĂ©truit ses manuscrits comme son mandataire le lui demanda. Max Brod a donc reconstituĂ© l’ordonnancement des chapitres tel qu’il se souvenait en avoir parlĂ© avec son ami, apportĂ© quelques corrections Ă  la marge. L’Ă©dition Gallimard 1957 publie Ă  la fin du roman les chapitres qualifiĂ©s « d’inachevĂ©s » ainsi que les paragraphes rayĂ©s par l’auteur. A la vĂ©ritĂ©, on ne voit pas toujours en quoi ces lignes sont « inachevĂ©es » et on se dit qu’elles n’auraient pas forcĂ©ment dĂ©pareillĂ© si elles avaient finalement Ă©tĂ© retenues dans « Le ProcĂšs ».

  • Brian Eno and The Baltic Sea Orchestra – 2023/10/26 – Paris la Seine Musicale

    Brian Eno and The Baltic Sea Orchestra – 2023/10/26 – Paris la Seine Musicale

    Brian Eno, musicien britannique nĂ© dans le Suffolk en 1948, magicien du son et inspirateur plus que musicien, se produit ce soir Ă  la « Seine Musicale Â» de Paris avec le Baltic Sea Orchestra. Une soirĂ©e apaisĂ©e et mĂ©ditative, emportĂ©e par des compositions mystiques et intergalactiques.

    AprĂšs des Ă©tudes de Beaux-Arts, Eno avait pourtant commencĂ© sa carriĂšre dans les excĂšs et les fanfreluches du pur glam-rock oĂč il tenait le poste de claviĂ©riste-bricoleur du groupe Roxy Music, créé par Bryan Ferry, qu’il rejoint au dĂ©but des annĂ©es 1970 pour le quitter deux annĂ©es plus tard. Il emprunte alors une route plus innovante en inventant l’ambient music, sorte de musique sophistiquĂ©e pour supermarchĂ©. Il collabore avec Robert Fripp le guitariste et fondateur du groupe de rock progressiste King Crimson. Le duo Fripp & Eno produit une sĂ©rie de CD dont (No Pussyfooting) en 1973 dans lequel le guitariste si inventif dĂ©ploie d’incroyables arabesques gĂ©nĂ©rĂ©es par des notes de guitares maintenues Ă  l’infini avec l’aide d’un magnĂ©tophone qui passe et rĂ©pĂšte des boucles de guitare les unes sur les autres. Nous Ă©tions en 1973
 bien avant l’invasion de l’électronique dans le rock.

    Et puis Eno se lance dans une carriĂšre de producteur des plus grands artistes des annĂ©es 1970 Ă  aujourd’hui, Ă  commencer par la cĂ©lĂšbre « trilogie berlinoise Â» de David Bowie (« Low, « Heroes Â» et Lodger) avec, lĂ  encore, Robert Fripp qui commet le solo de guitare le plus brillant de toute l’histoire du rock avec Eno derriĂšre les consoles pour forger un son si urbain et dĂ©chirant. Outre sa science de la technique musicale il exerce une forte influence intellectuelle sur les musiciens avec qui il travaille. Il est notamment connu pour utiliser un jeu de cartes conçu par Peter Schmidt et lui-mĂȘme et dont chacune des cartes indique une stratĂ©gie Ă©nigmatique prĂȘtant Ă  interprĂ©tation. C’est ainsi lorsque l’inspiration semblait se ralentir au studio berlinois Hansa by the Wall oĂč fut enregistrĂ© « Heroes Â» en 1977, Eno tirait les cartes de son tarot mystique er relançait la crĂ©ation. Ce pouvait ĂȘtre une injonction « chacun change d’instrument Â» ou une redĂ©finition des positionnements des musiciens et des micros dans le studio. Bref, il a ainsi aidĂ© Ă  accoucher des disques de lĂ©gende.

    AprĂšs Bowie il a collaborĂ© avec Devo, Talking Heads, U2, John Cale, Ultravox, Genesis (sur The Lamb lies down on Broadway)
 les plongeant chaque fois dans sa marmite de sorcier dont ils ressortaient avec un son trĂšs spĂ©cifique, pas vraiment reconnaissable car propre Ă  chaque groupe, mais travaillĂ© jusqu’à l’extrĂȘme. Dans le mĂȘme temps il a poursuivi sa propre crĂ©ation musicale, Ă©ditant sous son nom un nombre incalculable de CD aux sons Ă©tranges, fruit de ses rĂ©flexions intĂ©rieures et triturations techniques, sans aucuns objectifs commerciaux. Des disques expĂ©rimentaux exclusivement pour spĂ©cialistes !

    Depuis Roxy Music au dĂ©but des annĂ©es 1970 ses tournĂ©es sur scĂšne sont extrĂȘmement rares alors on ne manque pas celle de ce soir avec un orchestre classique scandinave dirigĂ© par Kristjan JĂ€rvi. Quand les lumiĂšres s’éteignent les musiciens de l’orchestre font leur apparition en marchant tout en jouant sur la partie basse de la scĂšne. Eno et ses musiciens, dont la soprano Melanie Pappenheim et un conteur, sont sur une estrade derriĂšre leurs machines. Au deuxiĂšme Ă©tage figurent les percussionnistes. Il s’agit d’une musique que l’on peut qualifier de « contemporaine Â» autour de l’album « Ships Â» composĂ© par Eno en 2016, dans le cadre d’une commande de La Biennale de Venise dont la premiĂšre reprĂ©sentation a eu lieu le 21 octobre au Teatro la Fenice, en tant qu’Ɠuvre centrale de la Venice Biennale Musica 2023.

    « L’album ‘The Ship’ est une Ɠuvre inhabituelle dans la mesure oĂč elle utilise la voix mais ne s’appuie pas particuliĂšrement sur le format chanson. C’est une atmosphĂšre avec des personnages occasionnels qui dĂ©rivent, perdus dans l’espace vague créé par la musique. En arriĂšre-plan, il y a un sentiment de temps de guerre et d’inĂ©vitabilitĂ©. Il y a Ă©galement une ampleur qui convient Ă  un orchestre et le sentiment que de nombreuses personnes travaillent ensemble.

    Je voulais un orchestre qui joue de la musique comme j’ai envie de jouer de la musique : avec le cƓur plutĂŽt qu’avec une partition. Je voulais que les membres de l’orchestre soient jeunes, frais et enthousiastes. Quand j’ai vu pour la premiĂšre fois le Baltic Sea Philharmonic, j’ai trouvĂ© tout cela
 et puis j’ai remarquĂ© qu’ils portaient le nom d’une mer. C’était dĂ©cidĂ© ! ».

    Brian Eno

    La musique est aĂ©rienne et Ă©thĂ©rĂ©e, des instruments classiques sont mixĂ©s avec les traitements du magicien. Eno chante sur certains morceaux, une voix grave et monotone, pas dĂ©sagrĂ©able, parfois vocodĂ©e. Il s’excuse d’ailleurs d’ĂȘtre enrhumĂ©, ce qui ne s’entend pas vraiment. Tous les artistes sont habillĂ©s de noirs et portent un T-shirt de la mĂȘme couleur floquĂ© de ce qui ressemble Ă  un globe terrestre, de couleur diffĂ©rente selon les Ă©tages.

    Les allers-et-venus des musiciens sont lents comme la musique jouĂ©e est ample. On reconnait la reprise du Velvel Underground de Lou Reed : « I’m set free Â», considĂ©rablement ralentie, les cordes et claviers se substituant aux guitares :

    I’ve been blinded but now I can see
    What in the world has happened to me
    The prince of stories who walks right by me
    And now
    I’m set free
    I’m set free
    I’m set free to find a new illusion

    The Velvet Underground

    C’est ensuite la chanson “By This River Â», un classique d’Eno extraite du disque Before and after Science (1977). Le rappel est dĂ©diĂ© aux populations palestiniennes sous les bombardements de la bande de Gaza. Applaudissements et youyous marquent le soutien du public Ă  cette cause dĂ©fendue par l’artiste engagĂ© en faveur de nombreuses causes humanitaires.

    Le spectateur sort troublĂ© par l’atmosphĂšre musicale si apaisante et mystĂ©rieuse qu’Eno imprime Ă  ses compositions et leur interprĂ©tation. C’est un voyage dans un monde immobile oĂč tout semble apaisĂ©, un sentiment transmis par une musique venant d’un autre monde, celui oĂč Brian Eno nous emmĂšne depuis cinq dĂ©cennies. Il fallait bien sĂ»r ĂȘtre prĂ©sent Ă  cette soirĂ©e pour tous ceux qui ont passionnĂ©ment aimĂ© la façon dont le maĂźtre a su inspirer et guider tant de grands musiciens, notre bonheur ce soir fut plus celui de la reconnaissance que de l’enthousiasme pour une musique qui s’y prĂȘte assez peu.

    Setlist : The Ship/ Fickle Sun (I)/ Fickle Sun (II) The Hour Is Thin/ Fickle Sun (III) I’m Set Free/ By This River/ Who Gives a Thought/ And Then So Clear

    Encore : Making Gardens Out of Silence/ There Were Bells

  • Maustetytöt : groupe finnois

    Maustetytöt : groupe finnois

    A l’occasion du visionnage du film « Les feuilles mortes » du rĂ©alisateur finnois Aki KaurismĂ€ki on dĂ©couvre un groupe trĂšs intĂ©ressant : Maustetytöt (traduit par Spice Girls). Il s’agit de deux sƓurs, Anna et Kaisa Karjalainen, l’une chanteuse & claviers, l’autre guitare & chant, toutes deux blondes comme il se doit. Une musique Ă©lectro qui porte les trĂšs belles voix du duo sur de jolies mĂ©lodies. Evidemment elles chantent en finnois, ce qui n’est pas des plus aisĂ© Ă  comprendre


    Elles jouent leurs propres rĂŽles dans le film oĂč elles interprĂštent Syntynyt suruun ja puettu pettymyksin (NĂ© avec tristesse et vĂȘtu de dĂ©ception) de leur dernier disque EIVÄT ENKELITKÄÄN ILMAN SIIPIÄ LENNÄ (MÊME LES ANGES SANS AILES NE VOLENT PAS). On trouve une traduction en anglais de ce morceau sur Youtube :

    C’est une chanson pas trĂšs gaie pour un film qui ne l’est guĂšre plus. Cela semble d’ailleurs ĂȘtre le concept du groupe, une musique glaçante et rĂ©pĂ©titive, des voix Ă©thĂ©rĂ©es, des visages fermĂ©s qui ne sourient jamais, un ocĂ©an de blondeur
 On se croirait sur la banquise d’un fjord en plein hiver. Les mots sont semble-t-il Ă  l’image de cette ambiance. Mais quel choc !

    Lire aussi : « Les feuilles mortes » de Aki KaurismÀki

    Voir le site web de Maustetytöt

    https://www.maustetytot.fi/

  • Le journal LibĂ©ration n’aime plus les Rolling Stones

    Le journal LibĂ©ration n’aime plus les Rolling Stones

    Le journal LibĂ©ration du 21 octobre a commis un article fĂ©lon intitulĂ© ‘« Hackney Diamonds», les Rolling Stones croulent des mĂ©caniques’  consacrĂ© au dernier disque des Rolling Stones. Cet article dĂ©plorable et plein d’amertume est Ă  charge contre les Rolling Stones. Qu’on en juge :

    
ce disque est une monstruositĂ© inattendue dans l’actualitĂ© de la pop qui nous subjugue jusqu’à nous faire douter du rĂŽle de la musique enregistrĂ©e dans notre culture : un disque des Rolling Stones tellement factice et redondant qu’il nous hurle Ă  chaque seconde qu’un nouveau disque des Rolling Stones ne sert Ă  rien.
    

    L’effet de contraste [du morceau Dreamy Skies, NDLR], est saisissant avec Driving Me Too Hard, morceau de vieux niqueur Ă©puisĂ© par un ou une amante insatiable ou l’horrible Bite My Head Off, boogie punk montĂ© sur un riff de basse fuzzĂ©e Ă  la Satisfaction, vaguement rĂ©miniscent d’un Clash (Safe European Home) et dont on rĂ©alise au bout de quelques minutes qu’il est supposĂ© nous faire frĂ©mir d’émotion puisque la basse y est tenue par Paul McCartney. Las, c’est surtout l’occasion de vĂ©rifier quel mal le producteur Andrew Watt, notamment aux manettes du dernier Iggy Pop, fait au rock des anciens dans le terrain minĂ© du contemporain, avec ses YouTube, TikTok, iPhone et consorts.
    etc, etc

    Ces pisse-vinaigres de LibĂ©ration ne se sont toujours pas remis de la trahison de leur ancien patron, fondateur de la Gauche ProlĂ©tarienne dans les annĂ©es 1970 qui a quittĂ© LibĂ©ration avec un parachute dorĂ© digne d’un nabab du CAC40, aprĂšs s’ĂȘtre mariĂ© avec une femme de l’ñge de sa fille. Depuis ils dĂ©vident leur bile Ă  longueur des colonnes de leur journal toujours entre deux faillites. Cela fait longtemps qu’ils ont perdu leurs illusions idĂ©ologiques qui se sont embrasĂ©es dans les feux de l’enfer de Sympathy for the Devil. Ces plumitifs (qui bĂ©nĂ©ficient de la niche fiscale des journalistes totalement immĂ©ritĂ©e et qui devrait ĂȘtre rĂ©voquĂ©e depuis longtemps) ne savent pas tourner la page. Et c’est particuliĂšrement vrai pour la rubrique Rock qu’on ne lit plus depuis des lustres, mais qui fut un temps flamboyante (et pro-Rolling Stones).

    Ce dernier disque des Rolling Stones n’est pas exceptionnel mais honnĂȘte et correct. On peut souhaiter aux journaleux rock de LibĂ© de tenir aussi bien la plume que Keith Richards tient sa guitare Ă  79 ans !!! Le Monde et L’HumanitĂ© ont produit des critiques plus apaisĂ©es de Hackney Diamonds.

    Lire aussi : Sortie de « Hackney Diamonds Â», le nouveau disque studio des Rolling Stones

  • Le Mali se plaint de la « junte française » !

    Le Mali se plaint de la « junte française » !

    AprĂšs avoir demandĂ© Ă  l’armĂ©e française de quitter le pays, le gouvernement malien a demandĂ© aux troupes internationales des nations unies de suivre le mĂȘme chemin. La France s’est exĂ©cutĂ©e et le dernier soldat aurait le territoire malien en aoĂ»t 2022. La force militaire de maintien de la paix mise en place par l’ONU (Mission des Nations Unies au Mali – MINUSMA) a commencĂ© son retrait selon la dĂ©cision adoptĂ©e par le conseil de sĂ©curitĂ© dans sa 9365Ăšme rĂ©union du 30/06/ 2023 et il est rĂ©guliĂšrement rendu compte de celui-ci au conseil.

    28 août 2023 Paix et sécurité

    Le chef de la Mission des Nations Unies au Mali (MINUSMA) a prévenu lundi les membres du Conseil de sécurité que la clÎture de la Mission en six mois, aprÚs dix ans de présence dans le pays, était une entreprise « complexe et ambitieuse ».

    Le Conseil de sécurité a pris la décision, le 30 juin, de mettre un terme au mandat de la MINUSMA, conformément à la demande des autorités maliennes, demandant que la fermeture soit achevée avant le 31 décembre 2023.

    « La MINUSMA a Ă©tabli un groupe de travail intĂ©grĂ© afin d’élaborer un plan de rĂ©duction et de retrait de la Mission. Ce plan prĂ©voit un retrait et un rapatriement du personnel et des Ă©quipements et matĂ©riels dĂ©ployĂ©s dans les zones d’opĂ©ration de la MINUSMA, selon un calendrier et un ordre sĂ©quentiel prĂ©cis, tout en gardant Ă  l’esprit l’exigence d’un processus ordonnĂ© et conduit en toute sĂ©curitĂ© », a expliquĂ© M. Wane dans un exposĂ© lors d’une rĂ©union du Conseil consacrĂ©e Ă  la situation au Mali.

    https://news.un.org/fr/story/2023/08/1138012

    Il y a 13 000 personnels Ă  rapatrier, 4 000 vĂ©hicules, 5 500 containeurs de matĂ©riel, 12 camps et une base opĂ©rationnelle Ă  fermer et Ă  remettre aux autoritĂ©s maliennes. La premiĂšre Ă©tape du retrait doit ĂȘtre terminĂ©e d’ici le 31/12/2023 selon la planification onusienne.

    C’est pour le moment la fermeture de ces bases qui posent de grosses difficultĂ©s car elles sont revendiquĂ©es par les rebelles Touaregs, plus ou moins acoquinĂ©s avec les terroristes islamiques, qui ont relancĂ© leur combat contre l’armĂ©e officielle malienne. La communication du 23/08/2023 du chef de la MUNUSMA, M. El-Ghassim Wane, au conseil de sĂ©curitĂ© illustre cette situation avec la base de Ber.

    Retrait de Ber difficile

    Selon lui, l’expĂ©rience de la fermeture du camp de Ber a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©latrice. Le dernier convoi de Casques bleus, d’Ă©quipements et de matĂ©riels qui s’est retirĂ© de Ber pour rejoindre la ville de Tombouctou a mis 51 heures pour parcourir les 57 kilomĂštres du trajet en raison de la nature du terrain, qui est peu favorable – une situation aggravĂ©e par la saison des pluies – et de l’insĂ©curitĂ©.

    Ce convoi a Ă©tĂ© attaquĂ© Ă  deux reprises par des Ă©lĂ©ments extrĂ©mistes non identifiĂ©s, blessant quatre Casques bleus et endommageant trois vĂ©hicules avant d’arriver Ă  Tombouctou, a-t-il prĂ©cisĂ©.

    « Le retrait de Ber s’est Ă©galement avĂ©rĂ© difficile sur le plan politique, les autoritĂ©s maliennes et les Mouvements signataires de l’Accord pour la paix et la rĂ©conciliation au Mali Ă©tant en dĂ©saccord sur le sort du camp aprĂšs le dĂ©part de la MINUSMA. Pour sa part, et en raison de l’extension des affrontements Ă  la zone de Ber et des risques que la situation posait pour la sĂ©curitĂ© des Casques bleus, la Mission a dĂ» avancer son dĂ©part du camp », a expliquĂ© M. Wane.

    De mĂȘme, les convois transportant du matĂ©riel et des Ă©quipements des bases de Goundam et d’Ogossagou ont Ă©tĂ© la cible d’engins explosifs improvisĂ©s, tandis que le dernier convoi de Gao Ă  MĂ©naka a Ă©galement Ă©tĂ© pris pour cible par des Ă©lĂ©ments extrĂ©mistes, sans causer ni dĂ©gĂąts matĂ©riels ni pertes en vies humaines.

    https://news.un.org/fr/story/2023/08/1138012

    Il reste 11 camps Ă  Ă©vacuer d’ici la fin de l’annĂ©e


    Cerise sur le gĂąteau : le gouvernement malien qui a demandĂ© officiellement ce retrait de la MINUSMA de son pays s’est plaint maintenant via son porte-parole de l’accĂ©lĂ©ration du retrait qui serait le fait de l’action de la France : « La junte française [SIC] ne mĂ©nage aucun effort en vue de faire fuir la Minusma, en lieu et place d’un retrait ordonnĂ©. Â»

    Avec la relance de la rĂ©bellion Touareg qui s’ajoute Ă  celle des islamistes, les autoritĂ©s maliennes font face Ă  plusieurs fronts. Il est sĂ»r que si les Touaregs, accompagnĂ©s ou pas des terroristes religieux sahĂ©liens, s’emparent directement des emprises libĂ©rĂ©es par l’ONU cela renforcera leurs positions. D’un autre cĂŽtĂ©, si les camps du grand Nord sont remis Ă  l’armĂ©e malienne officielle, il faudra sans doute assez peu de temps aux Touaregs islamisĂ©s pour les reconquĂ©rir.

    Le gouvernement malien putschiste est maintenant alliĂ© avec la Russie, le Burkina Faso et le Niger aprĂšs avoir chassĂ© la France et la Minusma. Il va pouvoir coopĂ©rer avec ces pays pour rĂ©tablir son pouvoir dans les zones dĂ©sertiques sahariennes. Il est souhaitable qu’il rĂ©ussisse plutĂŽt que de laisser le chaos se rĂ©implanter. Mais il ne pourra sans doute pas encore trĂšs longtemps rendre la France responsable de l’échec de sa politique.

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  • Sortie de « Hackney Diamonds », le nouveau disque studio des Rolling Stones

    Sortie de « Hackney Diamonds », le nouveau disque studio des Rolling Stones

    Le 24Ăšme album studio des Rolling Stones, “Hackney Diamonds” est sorti ce matin. Le dernier, « A Bigger Bang Â», datait de 2005. Depuis Charlie Watts est mort, Mick Jagger a passĂ© les 80 ans, Keith Richards 79 ans et Ron Wood 76. Le groupe Ă©tait encore en tournĂ©e l’an passĂ© en Europe, avec un passage par Paris et Lyon pour la France.

    « Hackney Diamonds Â» est plutĂŽt un bon cru. Des guitares Ă©nergiques, des claviers rythmĂ©s, des cuivres intermittents, sur la voix lĂ©gendaire et l’harmonica titilleur du patron. Du rock, surtout, du blues, aussi, avec deux trĂšs beaux morceaux : Sweet Sound of Heaven, Lady Gaga choriste de luxe et Stevie Wonder invitĂ© de marque au piano, et une superbe reprise de Muddy Waters : Rolling Stone Blues. Elton John est Ă©galement de la partie sur deux morceaux et Paul MacCartney sur Bite my Head Off, participations plutĂŽt transparentes. Bill Wyman revient jouer de la bass sur Live by the Sword, un hommage Ă  Charlie Watts dont des parties de batterie enregistrĂ©es avant sa mort ont Ă©tĂ© utilisĂ©es pour ce disque. Keith a le droit de chanter Tell me Straight.

    Evidemment, depuis plus de 60 ans qu’il est sur la route, le groupe voit son futur se rĂ©trĂ©cir mais la gloire lui survivra. Quelle bonne idĂ©e de mettre tout ceci en musique.

    I hear the sweet, sweet sounds of heaven
    Falling down, falling down to this earth
    I hear the sweet, sweetest sounds of heaven
    Drifting down, drifting down to this earth

    Sweet Sounds of Heaven

    The streets I use to walk on, are full of broken glass
    And everywhere I’m looking, there’s memories of my past

    Whole Wide World

    Mais les Rolling Stones ont la nostalgie heureuse et cet album est plein d’énergie. Et puis, un nouveau disque des Rolling Stones, cela fait tout simplement du bien !

    Un lecteur attentionnĂ© nous signale que Hackney est un faubourg de l’Est de Londres, autrefois mal famĂ©, oĂč l’on pouvait se faire casser la vitre de sa voiture et subir un vol Ă  la tire, d’oĂč le design de la couverture du disque. « Hackney Diamonds Â» signifiait donc Â« verre brisĂ© Â» en argot londonien en rĂ©fĂ©rence Ă  ce qui pouvait vous advenir si vous baguenaudiez dans ce quartier qui s’est quelque peu gentrifiĂ© depuis.

    Hackney Diamonds est dédié à Charlie Watts.

    Le groupe profite aussi de cet Ă©vĂšnement pour sortir en CD et DVD le concert intĂ©gral donnĂ© Ă  l’Olympia de Paris en 1995 qui n’avait Ă©tĂ© diffusĂ© jusqu’ici que sous forme d’extraits. Il s’agit de Totally Stripped. Un show d’un excellent cru !

  • « Les feuilles mortes » de Aki KaurismĂ€ki

    « Les feuilles mortes » de Aki KaurismÀki

    C’est le film finlandais un peu pesant et lugubre du rĂ©alisateur finlandais Aki KaurismĂ€ki sur le choc de deux solitudes. Nous sommes dans un environnement industriel Ă  Helsinki, les deux personnages errent entre chĂŽmage et usines, lui se console avec de la vodka, elle avec son chien. Et puis ils se croisent, se perdent et se retrouvent.

    Tout se passe plutĂŽt de nuit, dans les bars, dans l’appartement d’Hansa. Les environnements sont dĂ©pouillĂ©s, les couleurs plutĂŽt sombres et travaillĂ©es, un peu Ă  la maniĂšre d’Almodovar. Les sourires sont rares, les acteurs restent silencieux face Ă  leur errance. De ci de lĂ  on voit des affiches des films de la nouvelle vague : Godard, Visconti
 qui ont manifestement inspirĂ© le rĂ©alisateur.

    Le duo de sƓurs finlandaises, la guitariste Anna Karjalainen et la claviĂ©riste Kaisa Karjalainen, jouent leurs propres rĂŽles en expirant une chanson triste (Syntynyt suruun ja puettu pettymyksin) au cours d’un concert dans un bar frĂ©quentĂ© par nos hĂ©ros et quelques autres zombies silencieux devant leurs verres d’alcool. Les mots las (traduits en français) sont aussi dĂ©sespĂ©rants que la guitare aigĂŒe et rĂ©pĂ©titive sur fond de nappes de claviers glacantes.

    Anna et Kaisa Karjalainen

    Finalement, on a l’impression que l’histoire se termine bien avec nos personnages qui partent tous les trois (y compris le chien) vers leur destin.

  • Deux guerres et les mĂȘmes « experts de plateaux tĂ©lĂ©visĂ©s »

    Deux guerres et les mĂȘmes « experts de plateaux tĂ©lĂ©visĂ©s »

    Une deuxiĂšme guerre chaude s’est dĂ©clenchĂ©e au Proche-Orient aprĂšs celle d’Ukraine qui dure depuis fĂ©vrier 2022. Du coup, la bande de Gaza a remplacĂ© celle du Donbass du jour au lendemain sur les chaĂźnes d’information en continue et les mĂȘmes « experts Â» de plateaux tĂ©lĂ©visĂ©s, un quarteron de gĂ©nĂ©raux en retraite, recyclent leurs analyses des plaines de l’Asie aux sables du SinaĂŻ. Ils ont toujours aussi peu de choses Ă  dire sinon quelques informations rĂ©cupĂ©rĂ©es sur Internet et les rĂ©seaux dits « sociaux Â». Certes, tous ces galonnĂ©s ont certainement encore quelques numĂ©ros de tĂ©lĂ©phone Ă  appeler de leurs camarades d’active ou de collĂšgues en IsraĂ«l ou en Ukraine, mais le propre des opĂ©rations militaires est d’ĂȘtre secrĂštes et, en principe, non annoncĂ©es sur les antennes alors nos « experts Â» ressassent les mĂȘmes Ă©vidences qui s’avĂšrent rĂ©guliĂšrement ĂȘtre de fausses informations.

    Au dĂ©but de la guerre d’Ukraine ils avaient annoncĂ© que le prĂ©sident russe Ă©tait malade et devait mourir sous peu, que la Russie Ă©tait Ă  court de missiles, que l’armĂ©e russe allait s’effondrer, puis que « la Russie avait d’ores et dĂ©jĂ  perdu la guerre Â», et patati et patata
 Presque deux ans plus tard, M. Poutine semble toujours en bonne santĂ©, les missiles russes tombent comme Ă  Gravelotte et l’armĂ©e russe, certes n’avance pas, mais paraĂźt tenir solidement ses positions.

    Aujourd’hui ils prĂ©voient ce qui va advenir Ă  l’armĂ©e israĂ©lienne si elle se dĂ©cide Ă  envahir la bande de Gaza. En rĂ©alitĂ©, personne n’en sait rien. Que les journalistes Ă©chafaudent des inepties semble dans le cours de choses, mais que d’anciens militaires se compromettent dans leur sillage est plus problĂ©matique. Ne sont-ils pas soumis Ă  un devoir de rĂ©serve ? Sans doute plus une fois l’heure de la retraite sonnĂ©e. Peut-ĂȘtre faudrait-il revoir ce point et Ă©tendre ce devoir dans le temps ? Des journalistes incompĂ©tents qui ne savent pas dire « je ne sais pas Â», on est habituĂ©, mais des gĂ©nĂ©raux bavards c’est plus problĂ©matique d’un point de vue Ă©thique et militaire.

  • Sur les chemins de la guerre au Proche-Orient

    Sur les chemins de la guerre au Proche-Orient

    IsraĂ«l est en pleine campagne de bombardement de la bande de Gaza avec l’objectif de « dĂ©truire Â» le mouvement terroriste religieux Hamas qui a menĂ© les attaques du 7 octobre qui ont fait environ 1 400 morts cĂŽtĂ© israĂ©lien en une journĂ©e. 360 000 rĂ©servistes ont Ă©tĂ© rappelĂ©s et l’armĂ©e israĂ©lienne est en train de masser des troupes en nombre important autour de la bande de Gaza oĂč les autoritĂ©s de Tel-Aviv annoncent une prochaine incursion, sans doute Ă  hauts risques.

    La diaspora israĂ©lienne rejoint son pays et l’on voit des reportages tĂ©lĂ©visĂ©s oĂč de jeunes israĂ©liens rallier leur pays en dĂ©ployant leur drapeau national et chantant l’hymne israĂ©lien avec enthousiasme. C’est un peu effrayant et rappelle les soldats français qui partaient au front en chantant en 1914. La guerre s’est terminĂ©e quatre ans plus tard avec un bilan de 18 millions de morts


  • L’extrĂȘme gauche française est extrĂȘme

    L’extrĂȘme gauche française est extrĂȘme

    Un dĂ©bat sĂ©mantique agite le microcosme politico-mĂ©diatique franchouillard pour savoir si l’attaque du mouvement religieux Hamas contre IsraĂ«l est de nature « terroriste Â» ou non. Devant la barbarie des exactions massives commises contre les civils israĂ©liens lors des attaques du 8 octobre, une grande partie de l’échiquier politique français s’accorde Ă  le penser et Ă  le dire quand le parti La France insoumise (LFI) s’y refuse, parlant certes de crimes de guerre commis par les combattants du Hamas, mais Ă©vitant de les qualifier de « terroristes Â».

    Les politiciens de plateaux tĂ©lĂ©visĂ©s s’en Ă©meuvent et les journalistes qui les interrogent sont bien jeunes pour se souvenir des liens qui ont toujours unis l’extrĂȘme-gauche française avec les mouvements palestiniens. Depuis la crĂ©ation de l’Etat d’IsraĂ«l en 1948, la gauche, et pas uniquement extrĂȘme, a soutenu la cause palestinienne, y compris parfois dans ses actions illĂ©gales. Dans les annĂ©es 1960-1980 nombre de militants rĂ©volutionnaires français sont allĂ©s se former Ă  la guĂ©rilla dans les camps palestiniens. Le groupe terroriste Action Directe commet des attentats en France dans les annĂ©es 1980 contre des intĂ©rĂȘts israĂ©liens, en solidaritĂ© avec le nationalisme palestinien. Des intellectuels français ont Ă©galement fait le voyage en Palestine. Le curriculum vitae de l’avocat Jacques VergĂšs (1924-2013) mentionne une pĂ©riode blanche d’une dizaine d’annĂ©es sur laquelle il ne s’est jamais clairement exprimĂ© mais certains de ses biographes estiment qu’il aurait pu sĂ©journer durant une partie de cette pĂ©riode en Palestine. L’écrivain-dramaturge Jean Genet (1910-1986) y a fait plusieurs sĂ©jours et forgĂ© son antisionisme teintĂ© d’antisĂ©mitisme. Le trotskisme qui a irriguĂ© la pensĂ©e de la gauche française depuis l’aprĂšs-guerre l’a naturellement poussĂ©e vers la cause palestinienne, aprĂšs avoir soutenu fort logiquement l’indĂ©pendance de l’AlgĂ©rie. En effet, cette cause rassemblait nombre des idĂ©es force de l’internationalisme propre au trotskisme : l’autodĂ©termination des peuples, l’anti-impĂ©rialisme (dirigĂ© contre les Etats-Unis, soutien permanent d’IsraĂ«l), l’anticolonialisme et, plus gĂ©nĂ©ralement, la dĂ©fense des plus dĂ©favorisĂ©s et maltraitĂ©s par l’Histoire
 L’extrĂȘme-gauche française de la fin du XXĂšme siĂšcle s’est engouffrĂ©e dans cet espace, parfois un peu gĂȘnĂ©e aux entournures car IsraĂ«l Ă©tait le peuple qui avait affrontĂ© la Shoah et l’antisĂ©mitisme dĂ©vastateur de certains peuples europĂ©ens durant la seconde guerre mondiale. L’intellectuel Jean-Paul Sartre a naviguĂ© d’une position Ă  l’autre, soutenant la crĂ©ation d’IsraĂ«l et les actions de son gouvernement dans les annĂ©es 1950-1960, puis apportant un soutien intellectuel aux mouvements palestiniens, mĂȘme dans certaines de leurs dĂ©rives terroristes Ă  partir des annĂ©es 1970, sans contester pour autant l’existence d’IsraĂ«l.

    Le patriarche de LFI, Jean-Luc MĂ©lanchon (nĂ© en 1951) a participĂ© Ă  ce mouvement intellectuel dĂšs 1968. Les autres dirigeants de LFI sont les enfants de cette gĂ©nĂ©ration « rĂ©volutionnaire Â». Leur demander de changer leur position historique propalestinienne est juste peine perdue d’autant plus qu’une partie de leur Ă©lectorat d’origine arabe est naturellement en faveur de la cause comme le confirment les manifestations propalestiniennes qui se dĂ©roulent dans diffĂ©rentes villes françaises. Qu’ils refusent de qualifier le mouvement Hamas de « terroriste Â» n’a rien d’étonnant et n’est finalement de guĂšre d’importance. Ils en ont le droit. Les positions de Jean-Luc MĂ©lanchon et de LFI n’exercent aucune influence sur l’évolution du conflit alors le mieux est de cesser de gloser Ă  l’infini sur un adjectif manquant dans leur discours et de passer Ă  autre chose. Que ceux qui ne sont pas d’accord avec LFI ne votent pas pour eux, c’est encore la meilleure attitude Ă  adopter.

    Lire aussi : Un nouveau front ouvert en Israël

  • D’un front Ă  l’autre

    D’un front à l’autre

    Avec la rĂ©ouverture du front du Proche-Orient ce 8 octobre, les guerres se multiplient suivant toute plus ou moins un modĂšle « l’Occident contre le Sud global Â». Certaines sont trĂšs chaudes : l’Ukraine, IsraĂ«l, voire un peu moins chaudes : Haut-Karabagh, Kosovo, d’autres sont civiles : Ethiopie, YĂ©men, Soudan. L’Occident est impliquĂ© dans les plus graves et fournit armes et leçons de morale. Il semble que l’industrie militaire occidentale commence Ă  s’essouffler Ă  tenter de suivre ces conflits sans fin, rĂ©duisant ses propres stocks de munitions pour soutenir ses amis.

    On apprend que les Etats-Unis ont entamĂ© ses stocks prĂ©positionnĂ©s en IsraĂ«l pour alimenter l’Ukraine et qu’ils sont en train de le reconstituer pour soutenir leur alliĂ©. On dĂ©couvre que les pays europĂ©ens ne seraient guĂšre capables de tenir plus de quelques semaines en cas de guerre totale contre un ennemi qui pourrait ĂȘtre la Russie par exemple. Tous ces conflits font le bonheur des marchands d’armes mais effraient les citoyens.

    Le plus rationnel serait de mettre fin Ă  ces conflits mais pour ce faire il faut que les belligĂ©rants acceptent de faire des concessions, et nous n’en sommes vraiment pas lĂ , ni en Ukraine ni au Proche-Orient. C’est le propre d’une nĂ©gociation de compromettre sauf si l’une des parties est complĂštement Ă©crasĂ©e et n’a plus rien Ă  exiger. Mais mĂȘme dans ce cas, il vaut mieux de pas trop mettre le perdant plus bas que terre car il se relĂšve toujours Ă  un moment ou Ă  un autre, comme l’illustre si bien la situation actuelle au Proche-Orient.

    Alors Ă  dĂ©faut de peuples et de dirigeants responsables capables de conclure la paix comme ce fut le cas en 1945, on fournit des armes. Peut-ĂȘtre ces guerres s’épuiseront d’elles-mĂȘmes un jour par manque de munitions ? En attendant cela commence Ă  faire beaucoup de guerres au mĂȘme moment !

  • Un nouveau front ouvert en IsraĂ«l

    Un nouveau front ouvert en Israël

    Le mouvement religieux Hamas qui dĂ©tient le pouvoir dans la bande de Gaza et qui prĂŽne la disparition d’IsraĂ«l a lancĂ© une attaque significative contre IsraĂ«l ce samedi 8 octobre. Des miliciens du mouvement ont franchi la frontiĂšre par air (Ă  l’aide d’ailes volantes motorisĂ©es), par mer et, surtout, par terre pour commettre des exactions dans les villages et kibboutz alentour. Il apparait que les terroristes islamiques se sont dĂ©chaĂźnĂ©s contre les civils qu’ils rencontraient les tuant, souvent dans des conditions barbares. Il y aurait plus de 1 000 morts israĂ©liens et une centaine d’otages faits prisonniers et emmenĂ©s Ă  Gaza.

    De façon assez incomprĂ©hensible, l’armĂ©e israĂ©lienne (« Tsahal Â») semble avoir Ă©tĂ© dĂ©bordĂ©e et en effectif insuffisant pour faire face Ă  l’ennemi. Il lui a fallu 3 ou 4 jours pour reprendre le terrain et repousser l’ennemi. DĂšs le samedi, l’armĂ©e de l’air israĂ©lienne a dĂ©clenchĂ© une sĂ©vĂšre campagne de bombardement, qui dure encore, contre cette bande de Gaza qui est un immense ghetto peuplĂ© de 2,3 millions de palestiniens vivant dans des conditions impossibles. Ce minuscule territoire rĂ©sulte de l’armistice de 1949 et a accueilli nombre des rĂ©fugiĂ©s palestiniens de l’époque qui ont fui la Palestine par suite de la crĂ©ation de l’Etat d’IsraĂ«l en 1948 et de la guerre israĂ©lo-arabe qui s’en suivit. Elle a Ă©tĂ© occupĂ©e successivement par l’Egypte de 1948 Ă  1967, puis par IsraĂ«l de 1967 (Ă  la suite de la « Guerre des 6 jours Â») Ă  2005, annĂ©e oĂč l’armĂ©e et les colons israĂ©liens sont rapatriĂ©s Ă  l’intĂ©rieur des frontiĂšres israĂ©liennes reconnues par le droit international.

    Aucune des puissances occupantes n’a pu inverser le cours des choses dans ce territoire palestinien qui est devenu une marmite bouillonnante, non viable, sans aucun espoir d’avenir, terreau favorable au dĂ©veloppement du terrorisme islamique. La non-application des accords de paix successifs et le dĂ©sintĂ©rĂȘt progressif de la cause palestinienne par le monde arabe a transformĂ© cette question de Gaza en un problĂšme insoluble. La communautĂ© internationale est Ă©galement impuissante, la dĂ©cision initiale des Nations-Unies de 1947 d’un plan de partage de la Palestine prĂ©voyant la crĂ©ation d’un Etat juif et d’un Etat arabe, n’a jamais pu ĂȘtre mise en Ɠuvre, pas plus que les rĂ©solutions suivantes aprĂšs diffĂ©rentes guerres. Le formidable espoir qu’avait causĂ© le voyage en 1977 du prĂ©sident Ă©gyptien Sadate venu rendre visite en IsraĂ«l au premier-ministre Menahem Begin s’est Ă©teint avec l’assassinat de Sadate en 1981 par des terroristes islamiques Ă©gyptien. Il en reste tout de mĂȘme l’accord de paix entre l’Egypte et IsraĂ«l, qui tient toujours.

    Presque vingt ans plus tard, en 1993, sont signĂ©s les « accords d’Oslo Â» entre IsraĂ«l et l’Organisation de libĂ©ration de la Palestine (OLP) qui stipulent le retour aux dĂ©cisions des Nations Unies (notamment la fameuse « rĂ©solution 242 Â» de 1967), c’est-Ă -dire, en gros, la solution Ă  deux Etats…

    Les dirigeants israĂ©liens expliquent que le pays est en guerre et que « le Hamas va ĂȘtre dĂ©truit Â». Une offensive terrestre contre la bande de Gaza est en cours de prĂ©paration. On ne sait pas comment elle risque de se terminer, sans doute mal. Evidemment en ces temps de retour aux conflits de territoire sanglants (Ukraine, Haut-Karabagh, « Kurdistan » 
) celui-ci est particuliĂšrement malvenu. L’Occident soutient plutĂŽt IsraĂ«l et le « Sud global Â» plutĂŽt la partie arabe. Bien entendu l’Occident est accusĂ© de « double-standard Â» en acceptant les bombardements et le blocus de Gaza par IsraĂ«l ainsi que la non-application du « droit international Â» prĂ©voyant la crĂ©ation d’un Etat palestinien, alors qu’il conteste les bombardements russes en Ukraine en se rangeant derriĂšre le droit international… Que l’on soit dans un camp ou l’autre, il est difficile de contester ce « deux poids, deux mesures Â». Dans le monde d’aujourd’hui oĂč les organisations internationales censĂ©es Ă©viter ou rĂ©gler les conflits par consensus ne sont plus vraiment opĂ©rationnelles, chacun choisit son camp en Ă©tant persuadĂ© d’avoir raison au regard de ses propres normes morales et de gouvernance.

    Le problĂšme est que ces normes que l’on pensait devenues universelles sous l’égide des Nations-Unies une fois rĂ©vĂ©lĂ©s les horreurs du nazisme au cƓur de la vieille Europe, ne le sont plus vraiment. En rĂ©alitĂ© chaque pays voit midi Ă  sa porte et s’estime en droit d’agir (ou de se retenir) selon son propre systĂšme de valeurs. Le concept de droit de l’homme n’est pas le mĂȘme Ă  Moscou qu’à Berne, mĂȘme si tous les pays ont plus ou moins adoptĂ© en 1948 la DĂ©claration universelle des droits de l’homme dans le cadre des Nations Unies. D’ailleurs, l’Union soviĂ©tique et le bloc de l’Est s’étaient abstenus lors du vote de 1948 contestant le principe d’universalitĂ©, l’Arabie saoudite s’est Ă©galement abstenue en opposition Ă  l’égalitĂ© homme-femme, IsraĂ«l n’existait pas encore et n’a donc pas votĂ©. On voit dĂ©jĂ  qu’à l’époque de leur fondation les « droits de l’homme Â» n’avaient pas le mĂȘme sens partout dans le monde. La situation n’a fait qu’empirer depuis.

    L’évolution de la situation du Proche-Orient marque un Ă©chec collectif cinglant au regard de toutes les tentatives de rĂšglement qui ont Ă©chouĂ©. Les diffĂ©rentes parties sont aujourd’gangrenĂ©es par les extrĂ©mistes religieux, les hommes de paix ont Ă©tĂ© Ă©liminĂ©s : le prĂ©sident Ă©gyptien Sadate a Ă©tĂ© assassinĂ© par des islamistes, le premier ministre israĂ©lien Yitzhak Rabin a Ă©tĂ© assassinĂ© en 1992 par un extrĂ©miste religieux juif pour son rĂŽle actif dans les accords d’Oslo (il avait serrĂ© la main du Palestinien Yasser Arafat Ă  Washington dans le cadre des accords d’Oslo) ! Les religions juive et musulmane sont instrumentalisĂ©es pour pousser Ă  des comportements d’un autre Ăąge.

    Les armes sont en train de parler une nouvelle fois. Pas facile de rester optimiste !

  • « Coup de chance » de Woody Allen

    « Coup de chance » de Woody Allen

    Une comĂ©die de Woody Allen (87 ans) se dĂ©roulant Ă  Paris, tournĂ©e avec des acteurs français. Une comĂ©die, certes, mais avec tout de mĂȘme deux cadavres
 Nous suivons un couple dans un milieu « nouveaux riches Â», bien habillĂ©, logĂ© rue Alfred de Vigny Ă  cĂŽtĂ© du Parc Monceaux dans un vaste appartement avec une servante Ă  demeure, leur chauffeur les emmĂšne le week-end dans une maison de campagne trĂšs cossue Ă  Rambouillet au milieu des bois. Lui est financier aux activitĂ©s, « enrichir les riches Â», que l’on suppose Ă  la limite de la lĂ©galitĂ©. Elle, belle comme le jour, un peu nunuche aux dents blanches, travaillant dans une maison de ventes aux enchĂšres (Artcurial), se laissant embarquer par son mari dans un monde ennuyeux et tape-Ă -l’Ɠil, aprĂšs avoir divorcĂ© du prĂ©cĂ©dent, musicien et droguĂ©. On se laisse glisser avec douceur dans cet environnement luxueux oĂč le seul bruit que l’on entend est celui de la Tesla glissant sur l’allĂ©e gravillonnĂ©e de Rambouillet et oĂč tout est lĂ©ger et inconsistant, sauf les nombreux zĂ©ros des comptes en banque. C’est alors que survient une rencontre inattendue et l’histoire ne va pas se terminer trĂšs bien pour tout le monde


    Le film est agrĂ©able mais manque un peu d’énergie. On regrette l’humour dĂ©capant du Woody Allen d’antan. Jusqu’à quand fera-t-il encore des films ?

  • LEMAITRE Pierre, ‘Le Serpent majuscule’

    LEMAITRE Pierre, ‘Le Serpent majuscule’

    Sortie : 2021, Chez : Editions Albin Michel

    C’est le retour aux sources de Pierre Lemaitre, qui a commencĂ© sa carriĂšre d’Ă©crivain par le polar au dĂ©but des annĂ©es 2010 avant d’y revenir dix annĂ©es plus tard et la publication de ce roman noir, « Le Serpent majuscule », Ă©crit en 1985mais jamais publiĂ©.

    C’est l’histoire d’une vraie mĂ©chante qui se dĂ©roule en 1985, une tueuse sans foi ni loi qui a commencĂ© son jeu de massacre dans la rĂ©sistance contre les Allemands durant la seconde guerre mondiale et qui la poursuit via des barbouzeries dont on suppose que les vĂ©ritables commanditaires sont des services plus ou moins « secrets » de la RĂ©publique. Elle a maintenant 75 ans, est percluse d’arthrose et le simple maniement des cadavres qu’elle crĂ©e en masse la fatigue considĂ©rablement. Elle tue avec humour et naturel, mais aussi avec l’amour qu’elle voue Ă  son donneur ordre sans savoir que lui aussi l’a aimĂ©e, mais sans que ni l’un ni l’autre n’ose dĂ©voiler sa flamme.

    Tout a une fin et la sienne est inattendue. Un roman qui se dévore.

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    La Corse veut toujours s’éloigner de la RĂ©publique

    L’Etat français a lancĂ© des nĂ©gociations avec des reprĂ©sentants de l’institution « collectivitĂ© de Corse Â» pour arrĂȘter les contours d’une « autonomie Â» renforcĂ©e par rapport Ă  celle dĂ©jĂ  octroyĂ©e Ă  cette Ăźle. Le 5 juillet 2023, la « collectivitĂ© Â» a adoptĂ© Ă  la majoritĂ© un texte de dĂ©libĂ©ration de 106 pages intitulĂ© « Autonomia Â» qui stipule notamment, dans son article 2 :

    
 que l’autonomie se dĂ©finit comme le statut juridique permettant Ă  un territoire d’adopter ses propres lois dans tous les domaines, Ă  l’exception de ceux relevant des prĂ©rogatives rĂ©galiennes de l’Etat.

    Que ce statut implique le transfert irrĂ©versible de certaines compĂ©tences, l’octroi d’un pouvoir lĂ©gislatif dans le champ de celles-ci, une autonomie fiscale et financiĂšre non exclusive des transferts financiers de l’Etat et des moyens nĂ©cessaires Ă  l’exercice de ces compĂ©tences.

    L’article 3 mentionne les objectifs de cette autonomie :

    1. La reconnaissance juridique du concept de « peuple corse Â»
    2. Le statut de coofficialitĂ© de la « langue corse Â»
    3. La « constitutionnalisation Â» du « lien entre le peuple corse et sa terre Â» qui pourrait prendre la forme de l’instauration d’un statut de « rĂ©sidant corse Â»

    Ceci devant donner lieu Ă  une modification de la constitution française, le texte poussant mĂȘme la dĂ©licatesse jusqu’à proposer une rĂ©daction des articles Ă  modifier ou crĂ©er ainsi que la liste des pouvoirs Ă  transfĂ©rer de la RĂ©publique vers la « collectivitĂ© autonome Â», dont l’autonomie fiscale permettant Ă  la Corse de dĂ©cider de tous les impĂŽts, bases de calcul et taux d’imposition.

    L’article 19 rappelle nĂ©anmoins que « que tout statut d’autonomie implique nĂ©cessairement la garantie de transferts financiers en provenance de l’Etat, affirmation de la solidaritĂ© nationale, et prĂ©voit les modalitĂ©s de leur mise en Ɠuvre. Â»

    Le groupe de droite composant l’opposition Ă  la majoritĂ© autonomiste et indĂ©pendantiste de la collectivitĂ© a votĂ© pour sa propre dĂ©libĂ©ration qui appelle Ă  un simple « pouvoir d’adaptation Â» des lois françaises. Les deux textes ont Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©s Ă  l’Etat et le prĂ©sident de la RĂ©publique de passage en Corse fin septembre a pris quelques engagements de modifier la constitution pour y mentionner la Corse sachant qu’il est peu probable que l’assemblĂ©e nationale et le sĂ©nat arrivent Ă  s’accorder sur un texte unique, condition prĂ©alable indispensable Ă  tout changement constitutionnel.

    Les vrais indĂ©pendantistes corses ont marquĂ© leur choix pour une indĂ©pendance pleine et entiĂšre en dĂ©clenchant une nouvelle « nuit bleue Â» dimanche dernier avec une vingtaine de plastiquages de maisons privĂ©es, le plus souvent des rĂ©sidences secondaires appartenant Ă  des propriĂ©taires que les indĂ©pendantistes de veulent pas voir sur leur ile. C’est l’illustration de ce que reprĂ©sente le concept de « rĂ©sident corse Â» demandĂ© mĂȘme par les autonomistes : on choisit qui a le droit de dĂ©tenir ou pas un bien immobilier en Corse. Les indĂ©pendantistes font passer le message Ă  coups de bombes, les autonomistes cherchent Ă  changer la loi, mais l’objectif est commun.

    La Corse veut, globalement, le divorce avec pension alimentaire. Devant les dĂ©clarations prĂ©sidentielles plutĂŽt favorables Ă  une Ă©volution vers l’autonomie corse dont il reste Ă  s’accorder sur les limites, la rĂ©gion Bretagne a rappelĂ© son souhait de suivre un chemin comparable. La Corse risque non seulement de quitter la RĂ©publique mais aussi d’en changer significativement la structure si les autres rĂ©gions s’avisent de l’imiter. Les lendemains risquent d’ĂȘtre douloureux !