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  • MIZUBAYASHI Akira, ‘Ame brisĂ©e’.

    MIZUBAYASHI Akira, ‘Ame brisĂ©e’.

    Sortie : 2019, Chez : Editions Gallimard.

    Une trĂšs belle et trĂšs sensible histoire de destins croisĂ©s autour de la musique et d’un violon : un gamin japonais voit son pĂšre violoniste arrĂȘtĂ© en 1938 par les soldats de l’empereur menĂ©s par un officier amateur de musique qui va sauver l’enfant. Deux gĂ©nĂ©rations plus tard, en France, l’enfant japonais devenu un vieux luthier installĂ© Ă  Paris, retrouve la petite-fille de l’officier japonais, devenue elle-mĂȘme une violoniste de talent. Ensemble ils retrouvent les petits cailloux de leurs histoires semĂ©s par leurs ancĂȘtres au cƓur d’une Ă©poque violente et tragique.

    Mizubayashi, nĂ© en 1951, est un Ă©crivain francophone et francophile. Il a rĂ©digĂ© ce roman musical en français et exprime tout en douceur l’imbrication de la musique et des sentiments de ses personnages. Le roman tourne autour du quatuor Rosamunde de Schubert et du concerto pour violon d’Alban Berg « A la mĂ©moire d’un ange » que le lecteur se prĂ©cipite pour Ă©couter religieusement, dĂšs le livre refermĂ©.

  • Exposition « Fernande Olivier et Pablo Picasso, dans l’intimitĂ© du Bateau-Lavoir » au MusĂ©e de Montmartre

    Exposition « Fernande Olivier et Pablo Picasso, dans l’intimitĂ© du Bateau-Lavoir » au MusĂ©e de Montmartre

    Fernande Olivier (1881-1966) fut l’une des premiĂšres inspiratrices (et amantes) du jeune peintre Pablo Picasso (1881-1973). ViolĂ©e et Ă©pousĂ©e de force Ă  16 ans elle fuit son sort et se retrouve dans le petit monde artistique de Montmartre qui bouillonne de crĂ©ativitĂ© et de grands hommes en devenir. Elle sert de modĂšle aux peintres naissants du Bateau Lavoir puis s’installe chez Picasso avec qui elle vit durant huit ans. En pleine « pĂ©riode rose Â» le MaĂźtre rĂ©alisera moulte portraits de son inspiratrice. AprĂšs sa rupture avec Picasso elle s’essaie Ă  la peinture, certaines Ɠuvres sont exposĂ©es dans le musĂ©e, et Ă  l’écriture. Elle publie « Picasso et ses amis Â» en 1933 prĂ©facĂ© de LĂ©autaud, son journal intime posthume sort en 1988.

    Le musĂ©e retrace la pĂ©riode vĂ©cue par Fernande Ă  Montmartre et l’atmosphĂšre foisonnante d’une Ă©poque rĂ©volue. Des citations de ses Ă©crits sont affichĂ©es sur les murs. Elle a du talent mais ses ouvrages sont Ă©puisĂ©s. Dommage car ses Ă©crits intimes en disent long sur les acteurs cette pĂ©riode.

  • « Humpty / Dumpty » de Cyprien Gaillard au Palais de Tokyo

    « Humpty / Dumpty » de Cyprien Gaillard au Palais de Tokyo

    Une visite au Palais de Tokyo est souvent un Ă©vĂšnement improbable offrant des sensations variĂ©es. Au milieu de salles d’exposition dont on se demande toujours si elles sont en travaux ou dans leur dĂ©coration dĂ©finitive, on regarde des « installations Â» mystĂ©rieuses, souvent incomprĂ©hensibles.

    Des artistes exposĂ©s aujourd’hui, le plus abordable semble le français Cyprien Gaillard (nĂ© en 1980) dont les vidĂ©os projetĂ©es sur grand Ă©cran sont intĂ©ressantes mĂȘlant une inspiration urbaine sur le temps qui passe. Le film sur un vol de perruches vertes « à collier » sur fond de façades d’immeubles en Allemagne est frappant, diffusĂ© sur un Ă©cran gigantesque de quatre mĂštres de haut sur une vingtaine de long, il illustre l’invasion de ces oiseaux tropicaux, importĂ©s en Europe par accident, qui se sont si bien adaptĂ©s Ă  nos villes au climat tempĂ©rĂ©. Ils sont dĂ©sormais familiers de leurs habitants et offrent le magnifique et bruyant spectacle de leurs vols en armadas tout en s’avĂ©rant probablement dĂ©vastateurs pour la biodiversitĂ©. Le beau dĂ©truit le bien


    Plus obscures apparaissent les installations de Guillaume Leblon, Minia Biabiany, Miguel Gomes.

  • SAVOYE Jean-Marc, ‘Et toujours elle m’Ă©crivait’.

    SAVOYE Jean-Marc, ‘Et toujours elle m’Ă©crivait’.

    Jean-Marc Savoye, Ă©diteur, a suivi quinze annĂ©es de psychanalyse, complĂ©tĂ©es par quelques mois d’EMDR (Eye Movement Desentitization and Reprocessing, qui signifie en français « DĂ©sensibilisation et Retraitement par les Mouvements Oculaires »). Il raconte ce parcours dans son livre, la souffrance et le questionnement face aux Ă©vĂšnements de sa vie qui l’ont amenĂ© Ă  devoir consulter : un pĂšre mort alors qu’il avait 5 ans, une paternitĂ© remise en doute car sa mĂšre avait un autre amour, un frĂšre-modĂšle dĂ©cĂ©dĂ© prĂ©maturĂ©ment
 Pour les affronter et les comprendre il eut besoin d’une aide extĂ©rieure que la psychanalyse semble lui avoir apportĂ©e, au moins partiellement puisqu’il a du la complĂ©ter avec l’EMDR.

    Avec ses analystes il partage tout : ses doutes familiaux, ses troubles amoureux, ses angoisses professionnelles. Ces dialogues l’inspirent pour s’orienter dans la vie et, parfois, gagner en autonomie. L’analyse le rassure, l’apaise, lui permet de parler de sa vie Ă  un tiers qui l’aide Ă  en interprĂ©ter les Ă©lĂ©ments. Des interprĂ©tations qui restent des hypothĂšses, fruits d’Ă©changes qui ont durĂ© des annĂ©es.

    PrĂ©sentĂ©e par Savoye, son analyse ressemble Ă  une « bĂ©quille », une aide Ă  la dĂ©cision pour faire face Ă  des Ă©vĂšnements de sa vie qui le laissent dĂ©semparĂ© et impuissant. Il en a un vĂ©ritable besoin et la relation quasi filiale qu’il a partagĂ©e avec ses analystes lui a Ă©tĂ© utile. Le lecteur moins au fait de la psychanalyse reste un peu Ă©bahi de cette si longue et vitale nĂ©cessitĂ© d’analyser sa vie pour vivre un prĂ©sent qui ne semble toutefois pas excessivement tragique au regard de bien d’autres. Plus Ă©tonnant encore : devoir raconter ce long processus dans un livre publiĂ©. La premiĂšre et rapide conclusion Ă  en tirer sera au moins que suivre une psychanalyse demande une irrĂ©pressible envie de parler de soi.

    Nous sommes en psychanalyse alors on aime jouer avec les mots. Et puis on se refuse Ă  admettre le hasard, n’y voyant que des actes manquĂ©s. Comme l’analysant (le patient) raconte son mal-ĂȘtre Ă  son travail qu’il passe dans son bureau face Ă  son « imper » suspendu Ă  une « patĂšre », l’analyste lui prĂ©cise qu’il s’agit en fait de « un pĂšre » et un « pater [en latin] », donc de l’obsession de son pĂšre. Sur la fusion avec sa mĂšre, Savoye dĂ©duit que « tout ce qui vient de la mĂšre passe par la con », d’oĂč la confusion dans la relation avec sa mĂšre. On peut-ĂȘtre fĂ©ru de psychanalyse sans ĂȘtre forcĂ©ment poĂšte !

    Le rĂ©cit a Ă©tĂ© publiĂ© en 2017, il se termine par cette constation qui rassure son auteur : « Le passĂ©, enfin, n’est plus mon horizon. » L’histoire ne dit pas s’il a du entamer une cinquiĂšme analyse depuis.

  • « Monet – Michell » Ă  la Fondation Louis Vuitton

    « Monet – Michell » Ă  la Fondation Louis Vuitton

    Cette exposition donne Ă  voir les Ɠuvres de Joan Mitchell (1925–1992), peintre amĂ©ricaine francophile, inspirĂ©e par Claude Monet (1840–1926), Ă  travers un parcours croisĂ© au cƓur de leurs peintures mĂ©langĂ©es. D’ordre abstrait, les toiles de Mitchell sont de grande taille, tachetĂ©es de couleurs vives qui rappellent de loin en loin les somptueuses couleurs de NymphĂ©as ou des sublimes fleurs peintes par Monnet devant son jardin de Giverny. D’ailleurs Joan Mitchell s’installa Ă  Ă  VĂ©theuil Ă  la fin de sa vie. Depuis sa terrasse elle dominait les courbes de la Seine et la maison de son MaĂźtre.

    Cette exposition est l’occasion de se replonger dans les toiles de Monet et leur féérie de couleurs. La comparaison avec les tableaux de Joan Mitchell est redoutable, c’est celle du classisme versus la modernitĂ© abstraite. Le choix entre ces deux tendances relĂšve sans doute d’une question de gĂ©nĂ©ration.

  • BORTCHAGOVSKI Alexandre, ‘L’holocauste inachevĂ©, ou comment Staline tenta d’Ă©liminer les juifs d’URSS’.

    BORTCHAGOVSKI Alexandre, ‘L’holocauste inachevĂ©, ou comment Staline tenta d’Ă©liminer les juifs d’URSS’.

    Alors qu’il passait les 80 ans, le romancier et dramaturge « soviĂ©tique » Alexandre Bortchagovski (nĂ© en 1913, date de dĂ©cĂšs inconnue), Ă©plucha les archives du pouvoir soviĂ©tique sur le dossier du « ComitĂ© antifasciste juif [CAJ] » et les tentatives staliniennes d’annihiler les juifs d’URSS, en commençant par l’Ă©lite reprĂ©sentĂ©e au sein du CAJ. Le rĂ©cit raconte cette plongĂ©e dans l’absurde sanguinaire de la dictature stalinienne lancĂ©e contre les juifs. C’est trĂšs touffu, ponctuĂ© de rĂ©fĂ©rence Ă  des personnages inconnus du grand public, du cĂŽtĂ© des victimes comme celui des bourreaux (ceux-ci ayant d’ailleurs vocation Ă  devenir Ă  leur tour des victimes un jour ou l’autre
), WikipĂ©dia permet d’en savoir un peu plus sur ceux qui sont le plus citĂ©s.

    L’antisĂ©mitisme de Staline et de son clan n’a pas pu vraiment s’exprimer durant la seconde guerre mondiale ni dans les quelques annĂ©es qui suivirent tant l’idĂ©e mĂȘme d’antisĂ©mitisme Ă©tait associĂ©e Ă  la barbarie nazie. C’est Ă  cette Ă©poque qu’avait Ă©tĂ© créé le CAJ, en 1942, avec l’approbation de Staline afin de recueillir le soutien de la communautĂ© juive internationale en faveur d’un soutien Ă  l’Union soviĂ©tique dans son combat contre l’Allemagne nazie. Ce ComitĂ© joua son rĂŽle jusqu’Ă  la reddition allemande en 1945 puis les choses commencĂšrent Ă  se gĂąter Ă  la fin des annĂ©es 1940 et l’antisĂ©mitisme du pouvoir russe put s’afficher de nouveau au grand jour.

    On voit alors le rĂ©gime stalinien se dĂ©chaĂźner contre le CAJ qui reprĂ©sente l’Ă©lite de la population juive d’URSS et dont les membres sont accusĂ©s de « nationalisme » et de menĂ©es « antisoviĂ©tiques ». Ils sont arrĂȘtĂ©s, torturĂ©s parfois durant plusieurs annĂ©es par des « officiers-instructeurs » jusqu’Ă  ce qu’ils signent des aveux circonstanciĂ©s, le plus souvent de vrais tissus de mensonges qu’en l’occurrence ils contesteront lors de leurs procĂšs, ce qui ne les empĂȘchera pas pour la plupart d’ĂȘtre exĂ©cutĂ©s d’une balle dans la nuque. GĂ©nĂ©ralement leurs bourreaux connaĂźtront le mĂȘme sort quelques mois plus tard Ă  l’occasion des purges suivantes tant la machine totalitaire avait besoin de coupables Ă  se mettre sous la dent pour perdurer.

    Rien de bien nouveau pour qui a vu le film « L’aveu » ou est familier avec la littĂ©rature du goulag, mais toujours cette incroyable constance du rĂ©gime soviĂ©tique Ă  extorquer des aveux aux contestataires du rĂ©gime, mĂȘme si tout le monde sait qu’ils sont montĂ©s de toutes piĂšces. Le mensonge et la dĂ©sinformation sont Ă©rigĂ©s en mode de fonctionnement et vont gĂ©nĂ©rer des millions de morts.

    Au dĂ©tour des pages on apprend que la fille de Staline, Svetlana AllilouĂŻeva, a Ă©pousĂ© un russe d’origine juive en premiĂšres noces dont elle aura un fils et
 des problĂšmes avec son pĂšre qui voyait cette union d’un trĂšs mauvais Ɠil. On dĂ©couvre Ă©galement que Molotov, celui du pacte germano-soviĂ©tique (1939) encore appelĂ© « Ribbentrop-Molotov », du nom des deux ministres des affaires Ă©trangĂšres des Etats signataires, Ă©tait mariĂ© avec une femme juive, communiste pure et dure, soutien du CAJ. ArrĂȘtĂ©e en 1948 pour « trahison » elle est condamnĂ©e Ă  l’exil intĂ©rieur au Kazakhstan et le couple est poussĂ© au divorce. Elle sera libĂ©rĂ©e aprĂšs la mort de Staline en 1953 et pourra alors se remarier avec Molotov !

    L’Histoire passe, les temps changent, les dictateurs succĂšdent aux autocrates Ă  Moscou, mais la politique en Russie reste relativement linĂ©aire. La guerre d’Ukraine dĂ©clenchĂ©e le 24/02/2022 repose sur la mĂȘme volontĂ© de puissance du clan au pouvoir, d’identiques mensonges auto-justificateurs et un similaire mĂ©pris de la vie humaine. Le rĂ©sultat de cette guerre ne devrait pas grandir la FĂ©dĂ©ration de Russie qui a succĂ©dĂ© Ă  l’Union soviĂ©tique, hĂ©las !

  • « Saint-Omer » d’Alice Diop

    « Saint-Omer » d’Alice Diop

    Le film relate un fait divers sordide qui a fascinĂ© la rĂ©alisatrice, celui d’une jeune femme d’origine sĂ©nĂ©galaise, arrivĂ©e enfant de Dakar Ă  Paris pour faire des Ă©tudes qu’elle semble avoir suivies avec plus ou moins de convictions et d’assiduitĂ©, qui, ayant abandonnĂ© ses Ă©tudes et Ă  cours de ressources, s’installe chez un ancien expatriĂ© en Afrique, bien plus ĂągĂ© qu’elle, dĂ©jĂ  mariĂ© et pĂšre d’une fille de l’ñge de sa maĂźtresse. Cette derniĂšre tombe enceinte et donne naissance, toute seule Ă  la maison, Ă  une fille qu’elle cachera consciencieusement Ă  son entourage, avant de la dĂ©poser, Ă  deux ans, sur la plage de Saint-Omer alors que la marĂ©e monte. L’enfant est retrouvĂ©e morte le lendemain, la mĂšre identifiĂ©e et arrĂȘtĂ©e rapidement.

    Le film rejoue le procĂšs en cours d’assise dans cette petite ville de province, une prĂ©sidente du tribunal bienveillante essaye de dĂ©mĂȘler l’histoire entre la thĂšse de l’acte prĂ©mĂ©ditĂ© et du mensonge de l’accusĂ©e dĂ©fendue par le procureur et celle d’une victime de la nĂ©gligence du pĂšre de l’enfant et du racisme ambiant avancĂ©e par l’avocate. Ce pĂšre tĂ©moigne Ă  la barre et affiche sa coupable nĂ©gligence. C’est le syndrome du « vieux blanc Â», bien connu de ceux qui ont voguĂ© en Afrique, utilisant des gamines locales pour assouvir leur besoin de « chair fraĂźche Â», le tout dans la lĂąchetĂ© et l’irresponsabilitĂ©.

    L’accusĂ©e parle de ses visions, les psychiatres de « l’altĂ©ration de son discernement Â», l’avocate de son errance culturelle dans un environnement tellement Ă©loignĂ© de celui de son pays natal. Cette femme est probablement psychiquement malade, elle sera nĂ©anmoins condamnĂ©e, ce que le film ne dit pas, Ă  une peine de 20 annĂ©es, rĂ©duite Ă  15 en appel.

    L’engagement militant de la rĂ©alisatrice, elle-mĂȘme d’origine sĂ©nĂ©galaise, en faveur de la « diversitĂ© Â» transparaĂźt dans le film, bien sĂ»r, ce qui ne l’empĂȘche pas de prĂ©senter ce procĂšs dans le cadre d’une justice apaisĂ©e. L’actrice jouant le rĂŽle de l’accusĂ©e (Fabienne Kabou, dans la vraie vie) semble mystĂ©rieuse, perdue dans un monde intĂ©rieur inaccessible, reconnaissant l’ignominie de son acte tout en dĂ©roulant calmement les Ă©lĂ©ments d’une existence dĂ©calĂ©e en France, sans but ni joie. A l’issue de ce film oppressant, le spectateur quitte la salle en se demandant ce que deviendra cette mĂšre infanticide Ă  sa sortie de prison ?

  • La Russie bombarde

    La Russie bombarde

    Avec constance les experts militaires de plateaux tĂ©lĂ©visĂ©s, gĂ©nĂ©ralement des militaires en retraite ou des journalistes abonnĂ©s Ă  « Air & Cosmos Â», prĂ©disent la fin des stocks de missiles russes. Avec la mĂȘme rĂ©gularitĂ© ils sont dĂ©mentis par les faits et des pluies de nouveaux missiles s’abattent sur l’Ukraine, de façon particuliĂšrement intense aprĂšs chaque revers de l’armĂ©e russe sur le terrain. La tactique russe est de dĂ©truire les infrastructures d’eau et d’électricitĂ© afin de pourrir la vie des civils ukrainiens. Quelques bombes tombent aussi sur les civils, plus ou moins par hasard, faisant des morts et blessĂ©s civils tous les jours dans le pays.

    La ville de Kherson est symbolique de cette tactique. Elle a Ă©tĂ© Ă©vacuĂ©e par l’armĂ©e russe il y a deux semaines devant l’avancĂ©e de l’armĂ©e ukrainienne mais les soldats russes se sont installĂ©s Ă  quelques kilomĂštres, de l’autre cĂŽtĂ© du fleuve, Ă  portĂ©e de canons, et ils bombardent consciencieusement depuis tout ce qui bouge Ă  Kherson afin de rendre infernale la vie des habitants qui ont eu l’outrecuidance d’accueillir les soldats ukrainiens en hĂ©ros aprĂšs leur propre Ă©vacuation. Le cĂŽtĂ© inextricable de ce champ de bataille est que dans l’esprit des Russes la ville de Kherson est
 russe puisque cette rĂ©gion a Ă©tĂ© annexĂ©e par la FĂ©dĂ©ration. La Russie bombarde la Russie !

    Dans le mĂȘme temps, les civils ukrainiens qui le peuvent Ă©vacuent la ville de Kherson qui devient invivable, une petite victoire politique pour Moscou aprĂšs la dĂ©faite militaire.

    Lire aussi : Les inextricables imbroglios juridiques de la guerre d’Ukraine

  • The Cure – 2022/11/28 – Paris Bercy

    The Cure – 2022/11/28 – Paris Bercy

    Assister Ă  un concert des Cure en 2022 c’est un peu se lancer dans un voyage introspectif sur son passĂ© musical tant ce groupe, formĂ© en 1978, a accompagnĂ© le parcours musical des fans, et tout particuliĂšrement français, The Cure ayant toujours rencontrĂ© un franc succĂšs dans l’hexagone. Alors lorsque les lumiĂšres s’éteignent ce soir et que dĂ©marrent les notes amples de Alone, Bercy frissonne de plaisir. Les musiciens sont en place et joue une longue et lente intro quand Robert Smith fait son entrĂ©e, longeant lentement le bord de la scĂšne, en log et en large, saluant les spectateurs avec un petit sourire timide. Sans sa guitare il est « en civil Â», un peu pataud avec ses kilos en trop, ses cheveux grisonnants-filasse en bataille, son Ă©ternel rouge-Ă -lĂšvres et ses fringues noires informes. FidĂšle Ă  lui-mĂȘme il dĂ©ploie avec son groupe la bande-son de notre vie.

    Robert Smith

    AprĂšs cette affectueuse entrĂ©e en scĂšne il s’approche du micro pour entamer Alone, une chanson du disque The Lost World dont la sortie est annoncĂ©e depuis plusieurs mois mais sans cesse repoussĂ©e. On est toujours dans le sombre, la marque de fabrique des Cure :

    This is the end of every song that we sing
    The fire burned out to ash and the stars grown dim with tears
    Cold and afraid, the ghosts of all that we’ve been
    We toast, with bitter dregs, to our emptiness

    On ne peut pas dire que ces paroles dĂ©bordent d’enthousiasme, pas plus d’ailleurs que le rythme pesant et Ă©tirĂ© de sa musique, mais nous sommes Ă  un concert des Cure pas Ă  un show de chippendales 
, et c’est comme ça que nous les aimons.

    Le groupe est composĂ© du quatuor habituel : Robert Smith (chant et guitare), Simon Gallup (bass), Roger O’Donnell (clavier) et Jason Cooper (batterie), renforcĂ© par Reeves Gabrels (guitare), qui tourne avec le groupe depuis 2012, et le revenant Perry Bamonte (guitare et clavier) qui fit partie du groupe dans les annĂ©es 1990 ; il est un peu relĂ©guĂ© tout seul Ă  gauche de la vaste scĂšne de Bercy.

    Une fois passĂ©e cette ouverture pour faire patienter encore un peu la sortie du nouveau disque, le groupe rentre dans une setist de bonheur dĂ©clinant 40 annĂ©es de crĂ©ation. L’enchaĂźnement A Night Like This/ Lovesong est sublime ; Lovesong, cette chanson Ă©crite par Robert comme cadeau de mariage Ă  sa femme Mary
 quelle classe ! Charlotte Sometimes, Push, Play for Today sont des sommets qui dĂ©clenchent l’enthousiasme. Robert est serein derriĂšre son micro, en pleine forme vocale. Si son aspect physique a pris quelques rides, sa voix est toujours la mĂȘme, perchĂ©e dans les aigĂŒes, un peu forcĂ©e. Elle s’envole sous les voutes de Bercy et strie nos Ăąmes, nous ramenant toutes ces chansons sur lesquelles les quinqua/sexa rattachent immanquablement nombre des Ă©tapes de leurs vies.

    Une petite frustration quand mĂȘme est la sous-utilisation des talents de Gabrels. Quand on l’a vu sur scĂšne avec Bowie, notamment sur la tournĂ©e Outside, dĂ©velopper une incroyable virtuositĂ© appuyĂ©e par la maĂźtrise de la technique lui permettant de jouer des sons surrĂ©alistes avec seulement six cordes, on reste un peu sur notre faim de le voir entamer seulement deux petits solos sur A night like this et Endsong. C’est un peu maigre mais il n’est sans doute pas facile d’ĂȘtre le guitariste d’un groupe menĂ© par un guitariste-chanteur ! Certes, la musique du groupe ne se prĂȘte pas complĂštement Ă  la virtuositĂ© guitaristique mais il nous semble que Porl Thomson qui a prĂ©cĂ©dĂ© Gabrels pour les tournĂ©es avait un peu plus l’initiative sur scĂšne. Et puis, les quelques rares solos jouĂ©s ce soir, et qui ne sont pas sur les disques, sont parfaitement placĂ©s et pourraient ĂȘtre mulitipliĂ©s.

    Reeves Gabrels

    Le show se termine sur Endsong, tirĂ©e Ă©galement du futur CD Ă  sortir. Le beat est lent, de lourdes nappes de claviers se rĂ©pandent sur l’assistance, les guitares marquent le rythme rĂ©pĂ©titifs et pesant dans les aigĂŒes et le chant de Robert achĂšve de faire tomber un voile de dĂ©prime au milieu des larsens dĂ©chirants


    And I’m outside in the dark
    Staring at the blood red moon
    Remembering the hopes and dreams I had
    All I had to do
    And wondering what became of that boy
    And the world he called his own
    And I’m outside in the dark
    Wondering how I got so old

    It’s all gone, it’s all gone
    Nothing left of all I loved
    It all feels wrong
    It’s all gone, it’s all gone, it’s all gone
    No hopes, no dreams, no world
    No, I don’t belong
    AI don’t belong here anymore

    Mais pour relever le moral, le groupe revient pour deux rappels d’anthologie enchainant tous les tubes de leur si fructueuse carriĂšre et Bercy se dĂ©chaĂźne. Des gamines de 17 ans hurlent et dansent sur In Between Days  sorti en 1985
, les moins jeunes sont debouts devant leurs siĂšges, trois gĂ©nĂ©rations de fans rĂ©vĂšrent ce groupe de lĂ©gende qui nous laisse bouillonnants sur Boys Don’t Cry
 aprĂšs 2h45 de musique.

    Voir aussi : Les photos de Roberto

    Setlist : Alone/ Pictures of You/ A Night Like This/ Lovesong/ And Nothing Is Forever/ The Last Day of Summer/ Want/ A Fragile Thing/ Burn/ At Night/ Charlotte Sometimes/ The Figurehead (Robert change « American » for « Parisian » girls)/ A Strange Day/ Push/ Play for Today/ Shake Dog Shake/ From the Edge of the Deep Green Sea/ Endsong

    Encore : I Can Never Say Goodbye/ Faith/ A Forest

    Encore 2 : Lullaby/ The Walk/ Friday I’m in Love/ Close to Me/ In Between Days/ Just Like Heaven/ Boys Don’t Cry

    Warmup : The Twiligth Sad

    Lire aussi : The Cure – 2016/11/15 – Paris Bercy
    The Cure – 2008/03/12 – Paris Bercy
  • Les inextricables imbroglios juridiques de la guerre d’Ukraine

    Les inextricables imbroglios juridiques de la guerre d’Ukraine

    A dĂ©faut de victoire nette sur le terrain militaire en Ukraine, la Russie s’efforce de tisser une toile juridique pour lier une partie de l’Ukraine Ă  son territoire de façon dĂ©sordonnĂ©e et quasiment inextricable. Quand on connaĂźt le peu de cas que fait Moscou du droit international en gĂ©nĂ©ral, cette tactique serait plutĂŽt risible mais est annonciatrice de vraies difficultĂ©s lorsqu’il faudra dĂ©faire ce qui a Ă©tĂ© fait, si l’Ukraine et la communautĂ© internationale y arrivent un jour et ce, quelque soit l’issue de la guerre en cours.

    La constitution russe a Ă©tĂ© modifiĂ©e pour entĂ©riner l’annexion de quatre rĂ©gions ukrainiennes et l’augmentation consĂ©quente du territoire de la FĂ©dĂ©ration de Russie alors que l’armĂ©e russe n’avait pas encore conquis la totalitĂ© de ces rĂ©gions. Depuis cette annexion cĂ©lĂ©brĂ©e en grande pompe Ă  Moscou par le prĂ©sident russe et les responsables ukrainiens prorusses de ces rĂ©gions, l’armĂ©e russe a perdu du terrain et mĂȘme abandonnĂ© la ville de Kherson, capitale d’une des quatre rĂ©gions, qu’elle ne pouvait plus tenir. À la suite de la mobilisation partielle de ses citoyens, la Russie mobilise maintenant aussi dans ces quatre rĂ©gions annexĂ©es mais non totalement conquises puisqu’elles sont formellement devenues russes
 envoyant sur le front contre l’Ukraine des citoyens ukrainiens devenus russes comme effet de cette annexion. Tous ne sont sans doute pas prorusses mais se retrouvent potentiellement enrĂŽlĂ©s dans l’armĂ©e russe du fait d’une simple signature sur un dĂ©cret


    Plus pernicieux, la Russie a saisi l’occasion de son occupation militaire sur une partie de ces rĂ©gions pour procĂ©der Ă  des dĂ©placements de population importants (une ancienne habitude soviĂ©tique) de ces territoires vers la Russie, le plus souvent sous couvert de « raisons humanitaires Â», pour les « protĂ©ger Â» des attaques ukrainiennes. Des milliers de passeports russes ont Ă©galement Ă©tĂ© dĂ©livrĂ©s Ă  des citoyens « ex-ukrainiens Â» selon l’entendement de Moscou mais pas forcĂ©ment de celui des personnes concernĂ©es. Certains sont prorusses et ne verront pas cette dĂ©marche d’un mauvais Ɠil mais ce n’est sĂ»rement pas le cas de tous. Il semble que nombre d’enfants isolĂ©s sans leurs parents (que ceux-ci soient au front sous les couleurs ukrainiennes ou soient morts), aient Ă©tĂ© aussi « dĂ©portĂ©s Â» en Russie pour y ĂȘtre russifiĂ©s. Le moment venu, il sera bien sĂ»r extrĂȘmement difficile Ă  leurs familles de les retrouver et de les rĂ©cupĂ©rer.

    Tout ceci est bien entendu en totale contradiction avec le droit international et le « droit de la guerre Â», mais cela est fait tout de mĂȘme par Moscou qui suit ainsi une feuille de route machiavĂ©lique. Lorsque cette guerre se terminera, et qu’elle qu’en soit l’issue, ces manƓuvres juridiques sont annonciatrices d’un chaos inĂ©dit probablement accompagnĂ©s de rĂšglements de comptes entre ukrainiens, les prorusses et les fidĂšles Ă  Kiev. Ceux-ci ont d’ailleurs dĂ©jĂ  commencĂ© dans les territoires annexĂ©s repris par l’armĂ©e ukrainienne.

    La France a connu ce genre de circonstances dans son histoire contemporaine avec l’Alsace-Lorraine annexĂ©e par l’Allemagne en 1871 aprĂšs la dĂ©faite française contre la Prusse, rĂ©cupĂ©rĂ©e en 1918 aprĂšs la dĂ©faite allemande, rĂ©occupĂ©e et annexĂ©e de facto par le IIIĂšme Reich en 1940 puis de nouveau « francisĂ©e Â» en 1945. Cette situation provoqua des tragĂ©dies comme celle des « malgrĂ©-nous Â» qui furent incorporĂ©s de force sous le drapeau nazi et qui, pour certains, subirent les affres de l’épuration aprĂšs la libĂ©ration en 1945. Ces annexions juridiques sont toujours synonymes de quasi-guerre civile pendant leur dĂ©roulement et aprĂšs, si elles sont « dĂ©montĂ©es Â». Il est Ă  craindre que cela ne sera guĂšre diffĂ©rent dans les rĂ©gions ukrainiennes reconnues par le droit international et annexĂ©es par la Russie.

  • Du genou

    Du genou

    Voici un genou de 65 ans qui commence Ă  faiblir. Le diagnostic rĂ©sumĂ© est : « Pas de pincement des interlignes articulaires en faveur d’une arthrose. Â» Le bobo propriĂ©taire du genou est certes rassurĂ© de savoir qu’il n’est pas (encore) arthritique mais il n’en reste pas moins que le genou prĂ©sente quelques faiblesses lorsqu’il monte l’escalier
 Il va donc falloir constater progressivement l’arrivĂ©e de tous ces petits maux de l’ñge qui avance !

  • L’assemblĂ©e de Corse devant la violence endĂ©mique qui prospĂšre sur l’ile

    L’assemblĂ©e de Corse devant la violence endĂ©mique qui prospĂšre sur l’ile

    Dans un discours plutĂŽt novateur, la prĂ©sidente de l’assemblĂ©e de Corse, Marie-Antoinette Maupertuis, a fait un discours ce 18 novembre reconnaissant que la violence gangrĂšne l’ile et ses milieux Ă©conomiques et politiques

    La session d’aujourd’hui est aussi nĂ©cessaire que difficile. Difficile parce que le sujet principal a trait Ă  la violence criminelle, trop souvent Ă  la mort et toujours Ă  la peur.
    Et qu’il est difficile pour des Ă©lus et Ă  fortiori des citoyens de parler de ce qui est douloureux ou de ce qui impressionne.

    Difficile aussi parce que cette criminalitĂ© s’exerce sous de multiples formes et que ses modalitĂ©s opĂ©ratoires comme son emprise sont parfois insondables et – quoi qu’on en dise – y compris pour des Ă©lus.

    Ce discours n’est pas vraiment opĂ©rationnel mais a le mĂ©rite de voir la vĂ©ritĂ© en face. Il Ă©tait temps. Il fait suite Ă  un Ă©niĂšme assassinat, celui de Massimu Susini en 2019, un militant anti-mafia dont on n’a jamais retrouvĂ© les assassins comme d’ailleurs la plupart des meurtres dans cette ile tant l’omerta traditionnelle est prĂ©gnante.

    Un discours politique corse ne serait pas complet sans une attaque de l’Etat français. Celui-ci ne dĂ©roge pas Ă  la rĂšgle mais au moins ne tergiverse-t-il pas avec une rĂ©alitĂ© qu’il est difficile de contester :

    Nous sommes donc aujourd’hui rĂ©unis pour dĂ©battre sans tabou des dĂ©rives mafieuses et pour initier un travail de fond vital Ă  la rĂ©solution de la crise que traverse la Corse. Car il existe aujourd’hui en Corse une frange de la population qui fait passer ses intĂ©rĂȘts avant ceux de la Corse et des Corses, intĂ©rĂȘts qu’elle dĂ©fend en utilisant une rĂ©serve de violence et qui empĂȘche les uns d’entreprendre, les autres de dĂ©velopper, parfois certains de respirer.

    C’est peut-ĂȘtre le dĂ©but d’un processus mais extirper les comportements mafieux et claniques qui rĂ©gissent l’environnement de cette rĂ©gion va ĂȘtre long et difficile, dans la mesure oĂč la majoritĂ© de la population entĂ©rinerait la dĂ©marche de son assemblĂ©e, ce qui n’est pas encore gagnĂ© !

    Lire le discours complet sur : https://www.isula.corsica/assemblea/Discorsu-di-a-Presidente-di-l-Assemblea-di-Corsica-di-u-18-di-nuvembre-di-u-2022_a935.html

  • La transhumance

    La transhumance

    Comme tous les quatre ans la migration des fans de fouteballe a commencĂ© telle la transhumance des gnous Ă  la recherche d’un point d’eau en saison sĂšche dans le cratĂšre du Ngorongoro ! Cette annĂ©e les festivitĂ©s de la baballe se dĂ©roule au Qatar, c’est loin, c’est cher, le code du travail n’y est pas trĂšs protecteur et il fait chaud. Le ministre français de l’intĂ©rieur doit se dĂ©placer pour reprĂ©senter la France Ă  la cĂ©rĂ©monie d’ouverture de cette gabegie sous le soleil. On se demande vraiment s’il n’a pas mieux Ă  faire Ă  Paris ? Pourquoi ne pas envoyer la ministre des sports ? Ou simplement un chef de bureau de l’administration ou personne ?

    Nous sommes au Qatar, un pays pas vraiment rĂ©putĂ© pour son amour des droits de l’homme ou de l’intersectionnalitĂ©, alors le monde humanitaire europĂ©en somme les fouteballeurs de prendre position et les amateurs de boycotter les matchs Ă  la tĂ©lĂ©vision. On croit rĂȘver ! Il a dĂ©jĂ  fallu quelques annĂ©es, aprĂšs l’attribution de la compĂ©tition, aux autoritĂ©s du fouteballe pour dĂ©couvrir qu’au Qatar il fait vraiment trĂšs chaud et dĂ©placer la compĂ©tition en hiver, alors espĂ©rer que trois jours avant le dĂ©but des matchs elles s’émeuvent du sort des LGBTQIA+ ou des travailleurs immigrĂ©s sous les palmiers du Golfe persique c’est beaucoup leur demander.

    Tout ceci relĂšve d’une faux-jetonnerie de premiĂšre catĂ©gorie. Cette compĂ©tition abrutissante a Ă©tĂ© octroyĂ©e au Qatar il y a dix ans, la France a votĂ© « pour Â» dans les instances appropriĂ©es, alors menons lĂ  Ă  son terme et passons Ă  autre chose. Au moins ce sont les Qatariens qui dĂ©pensent leur argent public pour construire des stades inutiles. C’est leur tour, l’Europe a dĂ©jĂ  suffisamment donnĂ© en la matiĂšre.

    Bien sĂ»r, depuis que les hordes de supporters ont commencĂ© leur transhumance vers Doha, plus rien d’autre n’existe : oubliĂ©e la guerre en Ukraine, les dĂ©ficits budgĂ©taires, les prix de l’énergie, les rĂ©fugiĂ©s
 plus rien d’autre n’importe que la baballe et l’état de santĂ© des joueurs français qui tapent dedans. C’est ainsi, mais la bonne nouvelle est tout de mĂȘme qu’un peuple qui n’a d’autre horizon que le score de son Ă©quipe de foute dans le monde d’aujourd’hui est un peuple qui ne va pas si mal que ça !

  • La quatriĂšme gĂ©nĂ©ration Kim s’annonce en CorĂ©e du Nord

    La quatriĂšme gĂ©nĂ©ration Kim s’annonce en CorĂ©e du Nord

    Le prĂ©sident corĂ©en Kim, petit-fils du fondateur de la RĂ©publique populaire dĂ©mocratique de CorĂ©e M. Kim, fils de M. Kim, successeur de celui-ci, est allĂ© assister hier au Ă©niĂšme tir d’un missile balistique (non chargĂ© d’explosif) en direction des eaux territoriales japonaises. Le missile est bien arrivĂ© Ă  destination, provoquant un peu d’émotion en Occident et Ă  Tokyo. Jusqu’ici rien que de trĂšs courant pour un dirigeant de ce pays.

    L’exceptionnel vient de ce qu’il Ă©tait cette fois accompagnĂ© de sa jeune fille dont s’était la premiĂšre apparition publique (on ignore son prĂ©nom et son Ăąge). Certains parents emmĂšne leurs enfants au manĂšge, dans la famille Kim on les emmĂšne Ă  des tirs de missiles balistiques susceptibles d’emporter des charges nuclĂ©aires. Divertissant !

    Peut-ĂȘtre la quatriĂšme gĂ©nĂ©ration Kim qui prendra un jour les commandes de la CorĂ©e sera incarnĂ©e par cette adolescente entraperçue devant le missile de papa ? On ne sait pas encore si elle fera appel aux services du coiffeur de famille qui sculpte les coiffures si caractĂ©ristiques de ces dictateurs.

  • Patti Smith : “A Book of Days” – Guardian Live event

    Patti Smith : “A Book of Days” – Guardian Live event

    Aujourd’hui sort le dernier livre de Patti Smith : « A Book of Days Â». C’est aussi l’anniversaire de son chat Cairo. Miranda Sawyer du journal The Guardian interview l’artiste (75 ans, nĂ©e en 1946) en direct sur le site web du grand quotidien britannique. Pour une somme modique les fans peuvent se connecter pour dĂ©couvrir Patti dans sa chambre raconter ce livre et d’autres petites choses.

    A revoir sur :

    Photographe depuis toujours, elle a profitĂ© du confinement pour se replonger dans ses nombreux cartons de tirages et en rassembler une sĂ©lection pour cet ouvrage. D’abord prises au Polaroid Ă  soufflet (Land 250) elle est passĂ©e au smartphone lorsqu’il n’y eut plus de production de pellicule par le fabricant, ce qui est aussi bien pour la planĂšte conclut-elle. Il y a beaucoup de photos des artistes qui l’ont inspirĂ©e, de sa famille, de sa fille Jesse (pianiste-chanteuse [qui accompagne parfois sa mĂšre], activiste pro-environnement engagĂ©e, « People Have the Power Â»), de tous ceux qu’elle aime et a aimĂ©s. Mais cela fait beaucoup de morts constate-t-elle, et comme il est important de se souvenir de toutes ces rencontres dĂ©cisives.

    William Burroughs, Albertine Sarrazin dont il faut lire le roman « Astragal Â» Ă  la réédition duquel Patti Smith a participĂ©, Fred « Sonic Â» Smith (le pĂšre de ses deux enfant, guitariste du MC5, dĂ©cĂ©dĂ© dans la fleur de l’ñge et du talent), Jean Genet, Sam Shepard, Rimbaud, bien sĂ»r, dont elle a rachetĂ© Ă  Charleville-MĂ©ziĂšres le terrain sur lequel Ă©tait construite la maison familiale dans laquelle il a Ă©crit « Une saison en enfer Â» et oĂč il mourut. Une autre maison a Ă©tĂ© reconstruite Ă  l’emplacement de l’ancienne, ce n’est donc pas l’originale mais elle est faĂźte du mĂȘme matĂ©riau. Elle essaye d’en faire une rĂ©sidence pour Ă©crivains lors de discussion en cours avec les pouvoirs publics français.

    Elle raconte sa premiĂšre « rencontre Â» avec Rimbaud, c’était Ă  Philadelphie, elle avait seize ans et est tombĂ© amoureuse devant la photo du poĂšte, dont elle n’avait jamais entendu parler, dans une vitrine. Elle a aussitĂŽt achetĂ© sa poĂ©sie, tout lu, pas tout compris mais perçu l’importance de cette poĂ©sie qui allait devenir son phare tout au long de sa carriĂšre.

    Elle a repris ses voyages aprĂšs la levĂ©e du confinement, ses pauses dans les cafĂ©s pour lire ou Ă©crire au milieu de l’agitation canalisĂ©e du monde : « CafĂ©-life is romantic Â».

    Elle divulgue avec beaucoup de bienveillance quelques conseils pour les jeunes artistes : « work hard and believe in you Â». Bien sĂ»r le milieu artistique a changĂ© depuis ses 20 ans, mais les basiques et l’exigence de la vocation restent les mĂȘmes.

    Et alors qu’il lui est demandĂ© ce qu’elle regrette de n’avoir pas pu faire, elle aurait voulu prendre des photos en AlgĂ©rie ou alors oublier son appareil et simplement regarder autour d’elle : « just be, take a little breath and just live Â»

    Son chat dort sur le lit derriĂšre elle. Elle se lĂšve pour le prendre dans ses bras et chercher un poĂšme de Nerval afin de finir l’interview. Elle revient avec le chat et la journaliste a trouvĂ© le poĂšme qu’elle lit en anglais. En voici la version originale en français :

    Le point noir (Gérard de Nerval, Odelettes)

    Quiconque a regardé le soleil fixement
    Croit voir devant ses yeux voler obstinément
    Autour de lui, dans l’air, une tache livide.

    Ainsi, tout jeune encore et plus audacieux,
    Sur la gloire un instant j’osai fixer les yeux :
    Un point noir est resté dans mon regard avide.

    Depuis, mĂȘlĂ©e Ă  tout comme un signe de deuil,
    Partout, sur quelque endroit que s’arrĂȘte mon Ɠil,
    Je la vois se poser aussi, la tache noire !

    Quoi, toujours ? Entre moi sans cesse et le bonheur !
    Oh ! c’est que l’aigle seul – malheur à nous, malheur !
    Contemple impunément le Soleil et la Gloire.

    Patti interprĂšte ce point noir, cette « tache livide Â», comme une mĂ©taphore de la charge (burden share), la peine (?), portĂ©e par l’artiste et de conclure :

    Be honest. Go forward!

    Patti Smith porte ses yeux et son cƓur sur le monde qui change et qu’elle essaye de façonner avec obstination sous un jour meilleur. Ses enfants, ses lecteurs, ses spectateurs, suspendus Ă  ses mots, se demandent maintenant ce qu’il adviendra aprĂšs elle. Peut-ĂȘtre vont-ils devoir prendre sa relĂšve ?

    Patti Smith a 75 ans (Cairo en a 21), une grande dame !

    Lire aussi sur Patti Smith :

  • DA EMPOLI Giuliano, ‘Le mage du Kremlin.’

    DA EMPOLI Giuliano, ‘Le mage du Kremlin.’

    Sortie : 2022, Chez : Gallimard – NRF

    Giuliano da Empoli est un journaliste et essayiste italien travaillant sur la gĂ©opolitique. « Le mage du Kremlin » est son premier roman qui lui fut inspirĂ© par Vladislav Sourkov, nĂ© en 1964, ex-conseiller du prĂ©sident Poutine au Kremlin durant 20 ans, et mĂȘme un moment ministre, avant de rendre rĂ©cemment son tablier. Il se dit qu’il fut l’un des inspirateur de la stratĂ©gie russe belliqueuse Ă  l’encontre de l’Ukraine, notamment. A priori, ce n’Ă©tait pas Ă  proprement parler un poĂšte


    La fiction est construite sur un long monologue de Vadim Baranov, dont on ne sait pas bien s’il est totalement libre de ses mouvements, aprĂšs s’ĂȘtre retirĂ© des cercles du pouvoir dans sa datcha. Il dĂ©crit ceux-ci tels qu’on les imagine depuis l’Ouest, notamment les oligarques peints comme une bande de personnages douteux, incultes, attirĂ©s par le clinquant, l’argent et l’illusion de leur influence.

    Baranov est une sorte de conseiller en communication qui intĂšgre le Kremlin aprĂšs avoir travaillĂ© dans les mĂ©dias d’un de ces oligarques (Boris Berezovsky) retrouvĂ© « suicidé » dans sa rĂ©sidence londonienne (dans la fiction comme dans la vraie vie). Au cƓur du pouvoir, son action est censĂ©e attirer les bonnes grĂąces du milieu artistique, de la jeunesse et d’autres franges russes en faveur du prĂ©sident Poutine. Il assiste (et participe) Ă  la transformation du monarque, d’une marionnette dans les mains de Berezovsky, mis en place par l’oligarque pour servir ses intĂ©rĂȘts financiers, Ă  un tsar implacable et sauvage, obsĂ©dĂ© par l’idĂ©e de rĂ©tablir la peur que doit inspirer la FĂ©dĂ©ration de Russie, tant Ă  l’intĂ©rieur de ses frontiĂšres que sur la scĂšne internationale, Ă  la hauteur de celle qu’inspirait l’URSS.

    Baranov relate les pensĂ©es du prince avide de rĂ©tablir « la verticale » de son pouvoir, loin des « gadgets » occidentaux que sont la dĂ©mocratie et le dĂ©bat. L’objectif est la revanche : contre l’Occident qui tente de rĂ©duire la grande Russie Ă  une usine du tiers-monde, contre les oligarques russes qui veulent transformer le pays en supermarchĂ© low-cost, contre le petit peuple qui n’a pas de conviction


    Ce roman prĂ©sente le tsar du Kremlin et ses proches comme un nid de serpents Ă  sonnettes, prĂȘts Ă  tout pour se maintenir dans leurs fauteuils, animĂ©s d’une idĂ©ologie de CafĂ© du commerce et tournĂ©s vers le pouvoir, celui de l’argent tape-Ă -l’Ɠil pour les oligarques, celui de la puissance vengeresse pour les politiques. Le prĂ©sident Poutine est prĂ©sentĂ© comme un animal Ă  sang froid, parfois capable d’ironie, thĂ©orisant sa politique comme un combat titanesque pour rendre Ă  la Russie son lustre d’antan, et Ă  son prĂ©sident son rang d’ogre du monde inspirant l’effroi aprĂšs les prĂ©sidences rocambolesques de Eltsine (alcoolique) et Gorbatchev (dĂ©faitiste).

    On ne sait pas bien ce qu’il en est dans la « vraie vie » tant le Kremlin cultive l’opacitĂ© sur ses modes de fonctionnement depuis des dĂ©cennies. Le prĂ©sident, ses ministres et conseillers doivent quand mĂȘme passer aussi un peu de temps dans leurs journĂ©es Ă  gĂ©rer les affaires courantes de la FĂ©dĂ©ration de Russie, le plus vaste Etat de la planĂšte, faire des choses plus triviales et moins glamours que de rĂ©pandre une capacitĂ© de nuisance Ă  travers la planĂšte ou faire la guerre Ă  ses voisins ? Peut-ĂȘtre mĂȘme dĂźnent-ils de temps en temps avec leurs Ă©pouses et leurs enfants ? Le tsar est prĂ©sentĂ© exclusivement comme un deus ex-machina isolĂ© dans les tours du Kremlin oĂč il donne l’impression de se rĂ©veiller tous les matins avec comme seul question du jour : « comment vais-je pouvoir nuire Ă  mon prochain aujourd’hui plus qu’hier ? » Peut-ĂȘtre est-ce ainsi, peut-ĂȘtre pas !

    Le livre se termine sur l’image de Baranov caressant tendrement les cheveux blonds de fille de 10 ans en expliquant qu’elle est dĂ©sormais l’unique sens de sa vie et la raison pour laquelle il a abandonnĂ© son poste de conseiller du prince. Le lecteur Ă©crase une larme en refermant ce livre haletant, Ă©clairĂ© aussi par l’actualité 

    Souriez, ce n’est qu’un roman !

  • La pollution des neurones par les mĂ©dias « populaires »

    La pollution des neurones par les médias « populaires »

    Cyril Hanouna, animateur de l’émission « Touche pas Ă  mon poste Â» (TPMP) sur la chaĂźne de tĂ©lĂ©vision C8 fait de nouveau l’actualitĂ© ces derniers temps, largement aidĂ© par le monde politique qui adore venir se vautrer dans ses Ă©missions et comparaĂźtre face Ă  ce trublion et sa bande de « chroniqueurs Â» dont la stupiditĂ© racoleuse ferait passer le CafĂ© du Commerce du coin de la rue pour une assemblĂ©e de prix Nobel.

    On a vu rĂ©cemment son Ă©mission s’embraser sur un incident qui s’était produit le jour mĂȘme Ă  l’assemblĂ©e nationale lorsqu’un dĂ©putĂ© d’extrĂȘme droite avait criĂ© « qu’il(s) retourne(nt) en Afrique » alors qu’un dĂ©putĂ© d’extrĂȘme gauche, « issu de la diversité », posait une question au gouvernement sur le sauvetage en cours de migrants dans la mer MĂ©diterranĂ©e, sans que l’on ne sache vraiment si cette invective d’un goĂ»t douteux s’adressait au dĂ©putĂ© ou aux migrants dont il parlait. Le soir mĂȘme, le dĂ©putĂ© victime de cet incident paradait chez Hanouna et un autre dĂ©putĂ© issu du parti de l’attaquant s’expliquait sur la chaĂźne CNEWS dans l’émission « L’heure des pros » animĂ©e par un journaliste spĂ©cialisĂ© dans le fouteballe, Pascal Praud, lui aussi entourĂ© d’une bande de commĂšres incapables de la moindre rĂ©flexion, prĂ©fĂ©rant dĂ©vider des slogans et des poncifs comme s’il en pleuvait. Les deux chaĂźnes appartiennent au groupe de l’homme d’affaires breton BollorĂ©, trĂšs investi dans les mĂ©dias.

    Nouvel incident cette semaine, recevant un des anciens « animateurs » de TPMP, Ă©lu dĂ©putĂ© d’extrĂȘme gauche cette annĂ©e, la encore sur le sujet sensible de l’immigration, M. Hanouna, lui-mĂȘme « issue de la diversité », s’oppose fortement audit dĂ©putĂ© qui avait citĂ© le nom de BollorĂ© comme membre de la caste des « trĂšs riches qui possĂšdent autant que des millions de pauvres », le ton monte entre les deux lascars aussi inconsistants l’un que l’autre, Hanouna dĂ©fendant la main qui le nourrit et accusant le dĂ©putĂ© de cracher dans la soupe, plus personne ne s’écoute et M. Hanouna injurie son partenaire qui quitte la scĂšne. Spectacle terminĂ© pour la soirĂ©e !

    Un animateur de tĂ©lĂ©vision apostrophant un dĂ©putĂ© de la RĂ©publique Ă  coups de « T’es une merde », « Ferme ta gueule » ou « T’es un nase » crĂ©e un peu d’émotion dans le microcosme politico-audiovisuel. Vu le calibre des deux belligĂ©rants, leur conflit est de peu d’importance mais il est cependant inquiĂ©tant que la politique française se fasse de plus en plus sur des plateaux tĂ©lĂ©visĂ©s dont le niveau de rĂ©flexion est tout simplement consternant et varie de façon inversement proportionnelle aux scores d’audience.

    Ces Ă©missions Ă©tant trĂšs regardĂ©es, les politiques rĂ©torquent qu’y participer est le seul moyen de toucher la catĂ©gorie des citoyens qui les regardent, ceux-ci ne lisant pas Le Monde ou Le Figaro, et ne suivant pas non plus le journal tĂ©lĂ©visĂ© d’Arte
 Ainsi on a vu plusieurs candidats Ă  l’élection prĂ©sidentielle 2022 dĂ©filer Ă  TPMP pour des dĂ©bats avec M. Hanouna, son public et divers autres intervenants. Ils choisissent de compromettre avec la bĂȘtise mais c’est un choix cornĂ©lien.

    Plus troublante est l’option retenue par M. BollorĂ© et sa famille, qui ont la haute main sur la programmation de ces deux chaĂźnes et sur le recrutement de ses animateurs, qui choisissent de promouvoir sciemment l’abrutissement des masses en finançant ces Ă©missions et leurs animateurs qui tirent vers le bas le niveau intellectuel des tĂ©lĂ©spectateurs. On ne peut guĂšre soupçonner les BollorĂ© de stupiditĂ© et il est peu probable que leurs enfants regardent TPMP le soir aprĂšs leurs devoirs. On ne va pas non plus leur reprocher leur positionnement conservateur et catholique traditionnel mais on s’interroge vĂ©ritablement sur cette stratĂ©gie de favoriser les mĂ©dias abrutissants. Le marchĂ© mĂ©diatique du racolage populaire est certainement plus rentable pour le privĂ© que celui de l’intelligence. Sans doute aussi les BollorĂ© espĂšrent-ils qu’à force de favoriser les bas instincts des Ă©lecteurs ceux-ci aillent voter pour des partis de droite ? C’est d’ailleurs ce qui s’est plus ou moins passĂ© en France lors des Ă©lection prĂ©sidentielle et lĂ©gislatives de 2022. C’est ce qui se passe dans d’autres pays proches depuis quelques annĂ©es.

    Cette tactique de parier sur la bĂȘtise des Ă©lecteurs semble payante Ă  court terme pour ses promoteurs. On a du mal Ă  imaginer qu’elle le soit Ă  plus long terme pour le pays. Ceux qui la promeuvent font preuve d’un cynisme Ă  toute Ă©preuve et pourraient s’en mordre les doigts un jour s’ils Ă©taient capables d’autocritique.

    En attendant, peut-on espĂ©rer qu’un pays oĂč Cyril Hanouna affiche 6 millions d’abonnĂ©s sur son compte Twitter, le fouteballeur M’BappĂ© 9 millions, ou « l’influenceuse » Nabilla 2,7 millions, puisse sortir de la spirale de dĂ©cadence dans laquelle il est engagé ? Sans doute non, hĂ©las !

    On pourra peut-ĂȘtre se rassurer un peu en constatant que Kim Kardashian a 74,1 millions d’abonnĂ©s Ă  ce jour


    Lire aussi : Le crĂ©puscule des bobos, l’envol des ploucs !

  • La vĂ©rité ?

    La vérité ?

    On ne comprend pas bien ce que cela veut dire mais c’est joli.

  • Les frĂšres siamois du Sahel

    Les frĂšres siamois du Sahel

    Le galonnĂ© qui a pris le pouvoir par un coup d’Etat au Burkina Faso en octobre est allĂ© rencontrer le galonnĂ© qui a pris le pouvoir par un coup d’Etat au Mali en 2020. Ils essayent sans doute de recrĂ©er le duo des annĂ©es 1980 entre le prĂ©sident burkinabĂ© Thomas Sankara et son homologue ghanĂ©en Jerry Rawlings. Les africains les appelaient « Tom et Jerry ». Tous deux militaires, ne s’habillant qu’en tenue de combat, avaient dĂ©jĂ  essayĂ© de mettre un coup de pied dans la fourmiliĂšre du dĂ©veloppement de l’Afrique de l’Ouest. Le premier a fini assassinĂ© lors du coup d’Etat menĂ© par son successeur en 1987, le second Ă©tait aussi arrivĂ© au pouvoir lors d’un coup d’Etat mais a Ă©tĂ© plus malin en dĂ©missionnant ensuite de l’armĂ©e et en se faisant réélire prĂ©sident en costume civil. Accessoirement, le dĂ©veloppement politico-Ă©conomique du Ghana a Ă©tĂ© bien plus probant que celui du Burkina.

    Lieutenants Rawlings (Ă  gauche) et Sankara

    Ces deux trublions en tenue camouflĂ©e surfaient Ă  l’époque sur la vague de l’anti-impĂ©rialisme, du tiers-mondisme et de la rĂ©volution communiste panafricaine, avec des rĂ©sultats mitigĂ©s
 C’était il y a quarante ans.

    Leurs successeurs malien et burkinabĂ© sont aujourd’hui engagĂ©s dans la guerre contre le djihadisme et le rejet commun de la France, l’ancienne puissance coloniale et, toujours, un vain espoir de dĂ©velopper leurs pays. Mis Ă  part l’arrivĂ©e du combat religieux, on ne note pas d’évolution trĂšs significative entre les deux Ă©poques sinon le creusement du fossĂ© entre le continent africain et le reste du monde.

    L’un et l’autre manifestent un intĂ©rĂȘt certain pour la coopĂ©ration avec la FĂ©dĂ©ration de Russie, leurs populations dĂ©ploient des drapeaux russes dans les manifestations anti-françaises rĂ©guliĂšrement organisĂ©es dans les rues de Bamako et de Ouagadougou. Pour le Mali c’est un retour aux sources tant ce pays fut considĂ©rĂ© comme « frĂšre » par l’Union soviĂ©tique aprĂšs son indĂ©pendance. Pour le Burkina, eh bien laissons ce pays rejoindre la communautĂ© des pays amis de la Russie et faire sa propre expĂ©rience. La fin de la coopĂ©ration militaire et civile avec le Sahel permettra Ă  la France de redĂ©ployer ses ressources de façon plus conforme Ă  ses intĂ©rĂȘts. Et si par malheur la coopĂ©ration russe dĂ©cevait le Mali et le Burkina (qui n’a pas encore complĂštement cĂ©dĂ© aux sirĂšnes de Moscou) ils pourront toujours revenir vers la coopĂ©ration internationale (Banque Mondiale, Fonds MonĂ©taire International [FMI], Banque Africaine de DĂ©veloppement [BAD], etc.) mais il importe que la France sorte dĂ©finitivement du puits sans fond de la « Françafrique » dont tous ses prĂ©sidents depuis François Mitterrand ont annoncĂ© la fin sans jamais la rĂ©aliser. Il suffit dĂ©sormais de faire ce que l’on dit et de profiter de la bonne conjoncture pour enfin y parvenir. Le rejet de la France (largement instrumentalisĂ©) par la majoritĂ© de ces pays colonisĂ©s, l’arrivĂ©e en fanfare de la Russie sur le continent qui suit celle de la Chine dĂ©jĂ  effective depuis des dĂ©cennies, le rejet parallĂšle de la notion de dĂ©mocratie telle que l’Occident a essayĂ© de l’insuffler localement et, enfin, les dĂ©ficits abyssaux des finances publiques françaises, tout converge pour que la France se retire calmement du continent africain comme elle l’a dĂ©jĂ  fait du Mali.

    Lire aussi : Evacuation de l’armĂ©e française du Mali : une premiĂšre Ă©tape !