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  • Personne ne veut assumer la responsabilité de la dette publique française, tout le monde en a profité !

    Personne ne veut assumer la responsabilité de la dette publique française, tout le monde en a profité !

    La République française est significativement plus endettée que ses partenaires de l’Union européenne. C’est un fait que plus grand monde ne conteste aujourd’hui. En revanche tout le monde s’écharpe pour attribuer la responsabilité de cette situation à ses voisins. La dette d’un Etat n’est en principe jamais remboursée mais on en paye des intérêts (la charge de la dette) qui sont proportionnels à son montant. La dette est « roulée » (anglicisme de « roll over ») c’est à dire que lorsque son échéance approche l’Etat réemprunte un peu plus ou un peu moins (toujours plus dans le cas de la France) et la dette ancienne est « refinancée » par la dette nouvelle. Ce système fonctionne tant que le pays trouve des prêteurs disposés à continuer de prêter. Si les prêteurs s’inquiètent de la solidité de l’emprunteur ils commencent par augmenter les taux auxquels ils prêtent, puis, ultimement, ils cessent de prêter ce qui met l’Etat concerné en défaut. C’est ce qui s’est passé pour la Grèce en 2008, en Argentine en 2000, et pour bien d’autres pays qui, dans une telle position, font généralement appel aux institutions financières internationales qui se substituent aux marchés financiers, acceptent de refinancer l’Etat défaillant en lui imposant une politique financière stricte : « soit tu redresses ta gestion en appliquant le programme que je t’impose soit je ne te prête pas ».

    Comme un Etat ne peut jamais disparaître pour des raisons financières, il ne fait pas faillite, les programmes rigoureux sont plus ou moins appliqués et les populations se heurtent à la dure réalité qui leur avait été masquée auparavant par leurs dirigeants se faisant élire sur le thème : « votez pour nous, demain on rase gratis ». C’est grosso-modo la situation de la France aujourd’hui.

    Elle n’est guère brillante et c’est avec un bel ensemble que les partis politiques se culpabilisent les uns les autres pour cet état de fait : « c’est pas moi, c’est l’autre ». Et la population, avec la même unanimité, déclare : « il n’y a pas de raison que je paye les pots cassés ». En réalité, tout le monde a profité de cet argent dépensé au-delà de ce que gagnait le pays. Les crises successives de la Covid, de la guerre d’Ukraine, de l’agitation sur le marché de l’énergie, du retour de l’inflation… ont poussé les gouvernements occidentaux à dépenser toujours plus d’argent public pour en atténuer la douleur pour leurs citoyens. Durant les confinements liés à la pandémie de Covid en 2020-2021 l’Etat français a payé les salaires d’une économie à l’arrêt, avancé des sommes considérables aux entreprises pour qu’elles passent ce moment sans sombrer. Le retour de l’inflation a vu également la mise en place de « boucliers tarifaires » sur l’énergie pour des sommes gigantesques qui ont permis d’atténuer pour les consommateurs (particuliers et entreprises) le prix de marché de l’énergie. Ce sont ainsi des dizaines de milliards qui ont été dépensés au profit de la grande majorité des citoyens, soit pour payer leurs salaires à la place de leur employeur durant la pandémie, soit pour payer la hausse de l’énergie à la place des consommateurs durant la crise de l’inflation. C’est là toute la difficulté « psychologique » d’une situation inédite : tout le monde a profité de cette manne en considérant que cela a été « normal », mais chacun en rejette la responsabilité sur le voisin et ne veut pas « payer pour la gabegie gouvernementale ».

    Cerise sur le gâteau, le retour des guerres aux confins de l’Europe, en Ukraine, a généré des coûts inattendus qui sont venus se surajouter à ceux des crises précitées. L’Ukraine est soutenue à bout de bras par les pays occidentaux, non seulement militairement mais surtout financièrement afin que l’Etat de Kiev qui n’a plus beaucoup de ressources tienne le coup. Bien entendu pendant ce temps là le reste des dépenses a continué à se dérouler comme si de rien n’était : budgets sociaux, retraites, santé, fonction publique, etc. Finalement, la France a plus dépensé par habitant du fait de ces crises multiples que ses voisins, l’ajustement se retrouve donc dans sa dette. Rien que de très logique.

    Le pays est aujourd’hui au pied du mur dans un capharnaüm politique de premier ordre, chacun tirant à hue et à dia pour fuir toute responsabilité dans ce désastre financier que les bénéficiaires, nous tous, vont bien devoir payer d’une façon ou d’une autre. Plus inquiétant, ces masses d’argent considérables qui irriguaient l’économie vont devoir décroître ce qui ne manquera pas d’entraîner des conséquences négatives sur la croissance économique. Mais il est tout simplement impossible pour le pays de continuer à vivre au-dessus de ses moyens. Il est du devoir de dirigeants intelligents d’expliquer cette situation et de trouver un compromis politique pour en sortir. Hélas, nous n’en prenons pas le chemin et lesdits dirigeants de rencontre ressassent les mêmes inepties partisanes en espérant se pousser du col et atteindre les dernières marches du pouvoir. C’est l’image de la décadence du pays alors que des jours difficiles s’annoncent.

    Petit trait d’humour pour finir cette chronique, une bonne part de cet argent public dépensé a fini sur… les comptes d’épargne des ménages dont la croissance est très soutenue et dont l’encours au 30 septembre 2024 est de 6 412 milliards d’euros, soit près de deux fois la dette publique française. En résumé : l’Etat a emprunté des sommes importantes à injecter dans l’économie pour la soutenir qui se sont retrouvées gelées et peu productives dans les comptes d’épargne des ménages.

    Bien sûr, les « misérabilistes » qui peuplent les partis politiques et les plateaux télévisés expliquent que les « travailleuses et les travailleurs de ce pays » sont à découvert dès le 15 du mois, il n’en reste pas moins que d’autres « travailleuses et travailleurs » détiennent une épargne de 6 412 milliards d’euros, c’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle les prêteurs continuent de financer la République car ils sont rassurés par l’existence de ce « bas de laine » bien garni dans lequel l’Etat pourra toujours aller « prélever » un jour si la situation l’exigeait. Il y aurait 60 millions de livrets A, 18 millions de détenteurs d’assurance-vie (en faveur de 38 millions de bénéficiaires), etc. ce qui veut dire que ces 6 412 milliards d’euros d’épargne détenue par les ménages contient l’épargne des « Bernard Arnault », pour autant qu’elle soit placée en France, mais aussi, et surtout, l’épargne de millions de citoyens, modestes et un peu moins.

    Les inégalités dans les patrimoines sont plus importantes que pour les revenus. L’enrichissement parfois indécent des « Bernard Arnault » choque la tendance française à l’égalitarisme. Taxer cette épargne est possible, il suffit de voter la loi qui le permettrait. Une taxe dite « Zucman », du nom du député socialiste qui l’a proposée, a été votée à l’assemblée nationale et repoussée au sénat. Le projet consiste en un impôt minimum de 2%/an calculé sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros, y compris les patrimoines professionnels mais en excluant ceux des petites et moyennes entreprises, des artisans et jeunes entrepreneurs (sans préciser les critères retenus pour ces catégorisations). Cette taxe « Zucman » est populaire car elle vise les beaucoup plus riches, les « ultra-riches » comme on le dit aujourd’hui. Quand l’ancien Impôt de solidarité sur la fortune (ISF, aboli en 2018 et remplacé par un Impôt sur la fortune immobilière [IFI]) commençait à s’appliquer à partir de 1,3 million d’euros, ce projet de taxe s’applique sur les patrimoines de plus de 100 millions ce qui rassure les citoyens moyens

    On connait les arguments contre le principe de l’impôt sur la fortune avancés par les libéraux et ceux, pour, des partis de gauche, il n‘est pas nécessaire d’y revenir. Pour le moment il n’existe pas de majorité parlementaire pour voter cet impôt sur la fortune. Il suffit d’attendre que la majorité change… Quoi qu’il en soit, agiter l’idée de la taxe « Zucman » renforce les Français dans l’illusion que les finances publiques peuvent être redressées uniquement en « taxant Bernard Arnault » et sans effort pour les autres. Le mérite du gouvernement actuel aura été au moins d’attirer l’attention sur la mauvaise situation financière du pays au redressement de laquelle tout le monde va devoir contribuer.

    Lire aussi : https://www.banque-france.fr/fr/statistiques/epargne/epargne-des-menages-2024-q3

  • BARBUSSE Henri, ‘Le Feu – Journal d’une Escouade’.

    BARBUSSE Henri, ‘Le Feu – Journal d’une Escouade’.

    Sortie : 1916, Chez : Flammarion.

    Cet ouvrage d’Henri Barbusse (1873-1935) est l’un des classiques sur la « Grande Guerre » qui a ravagé l’Europe de 1914 à 1918. Engagé volontaire dans l’infanterie en 1914 à 41 ans malgré une santé fragile et une conviction pacifiste marquée, il va vivre les affres de la ligne de front durant presque deux années et les restituer dans ce récit marquant qui est publié et récompensé du prix Goncourt en 1916 alors que les horreurs de la guerre sont encore loin d’être terminées.

    La première partie décrit le monde des « poilus », ces soldats venus de la France entière, plus ou moins gradés, chacun avec son patois (retranscrit dans les dialogues du livre, pas toujours faciles à suivre…), son histoire, son humour, ses racines. Tout ce petit monde vit, cerné par les bombardements et la mort, dans la solidarité des tranchées, l’héroïsme des individus, alternant les montées en première ligne avec le repos dans des villages de l’arrière. Où qu’ils soient, les conditions de vie sont dures mais les poilus papotent entre eux de l’air du temps, des « boches », des disparus, de la fin de la guerre. C’est un peu le Café du commerce des tranchées rapporté par l’auteur.

    On en vient ensuite à la vie dans les tranchées en première ligne dans les conditions dantesques de la pluie d’acier des obus, ceux reçus des boches, ceux envoyés par l’artillerie française, les tués qui restent parfois des jours entiers là où ils ont été touchés, au milieu des survivants (« En attendant, ils ne sont enterrés que dans la nuit. »), les blessés souvent dans des conditions atroces. Comme Maurice Genevoix dans « Ceux de 14 », l’auteur détaille longuement l’envahissement de la boue dont personne n’arrive à se protéger, qui envahit les guitounes où les soldats essayent de se reposer malgré le bruit continu des bombes, qui recouvrent les cadavres, noie les blessés… Les soldats se perdent parfois dans les méandres du réseau de ces tranchées boueuses et peuvent se retrouver… du côté allemand. C’est un enfer qui s’ajoute à l’angoisse de cette guerre sinistre qui voit la mort et la peur roder partout.

    Les derniers chapitres sont plus réflexifs sur la pensée de ces glorieux poilus quant à la paix, l’éventualité de nouvelles guerres après celle-ci, leurs propres interrogations sur les morts qu’ils ont tués, sont-ils aussi des « tueurs » ?

    Deux armées qui se battent, c’est comme une grande armée qui se suicide.

    Un livre hommage aux frères d’armes d’Henri Barbusse qu’ils ont mérité au prix de leur sang et de leurs souffrances. Heureusement que des écrivains comme lui ou Genevoix ont aussi participé à cette guerre pour avoir pu nous en rendre compte avec tant de réalisme. Ils ont écrit l’indicible avec tout leur talent (peut-on employer ce mot en de telles circonstances ?).

    Il fait dire à l’un de ses camarades :

    …Non, on ne peut pas s’figurer. Toutes ces disparitions à la fois excèdent l’esprit. Il n’y a plus assez de survivants.. Mais on a une vague notion de la grandeur de ces morts. Ils ont tout donné ; ils ont donné petit à petit , toute leur force, puis finalement, ils se sont donnés, en bloc. Ils ont dépassé la vie ; leur effort a quelque chose de surhumain et de parfait.

    Cette guerre à la fois moderne et moyenâgeuse l’aura profondément marqué. D’une santé fragile, il s’engagea volontairement à 41 ans en 1914 et fut réformé deux ans plus tard. D’inspiration pacifiste avant la guerre il voulut malgré tout participer au combat pour la défense de la patrie. Après l’armistice il renforça ses convictions pacifistes et se rapprocha du parti communiste français. Il fit de fréquents voyages en Union soviétique, fréquenta Lénine et Gorki. Il meurt d’ailleurs en 1935 à Moscou et n’aura pas le temps de vivre les dérives du régime communiste soviétique ni les barbaries de la IIe guerre mondiale.

    Certaines pages sont crépusculaires, celles décrivant l’aube sur les bois aux arbres déchiquetés par les « marmites boches », les tranchées inondées, la nuit qui envahit les âmes et le champs de bataille. Elles révèlent le véritable talent littéraire de Henri Barbusse par ailleurs auteur de poésies et de romans. Après guerre il mettra aussi ce talent au service du journal L’Humanité et, emporté par son admiration pour le communisme, sera impliqué dans quelques causes nauséabondes soutenues par le Parti communiste français.

    « Le Feu » est un témoignage poignant de la terrible expérience vécue par un pacifiste confronté à la réalité de la guerre. Il est dédié « A la mémoire des camarades tombés à côté de moi à Crouy et sur la cote 119 », à tous ces hommes qu’il sut décrire avec tellement de vérité.

    Ce ne sont pas des soldats : ce sont des hommes. Ce ne sont pas des aventuriers, des guerriers, faits pour la boucherie humaine -bouchers ou bétail. Ce sont les laboureurs et des ouvriers qu’on reconnait dans leurs uniformes. Ce sont des civils déracinés. Ils sont prêts. Ils attendent le signal de la mort et du meurtre ; mais on voit, en contemplant leurs figures entre les rayons verticaux de baïonnettes, que ce sont simplement des hommes.

    Lire aussi

  • « Legacy » de Yann Arthus-Bertrand à la maison des Traouïero (Perros-Guirec)

    « Legacy » de Yann Arthus-Bertrand à la maison des Traouïero (Perros-Guirec)

    Le célèbre et très médiatique photographe français Yann Arthus-Bertrand expose une petite centaine de ses photos sur la riviera bretonne. On a déjà vu plusieurs fois nombre de ces clichés qui restent grandioses, particulièrement la série « La Terre vue du ciel », un déluge de beauté et de couleurs. Intéressante est aussi la série prise au salon de l’agriculture où il présente le duo animal-éleveur, dans des situations drôles et parfois tendres. Bien entendu, l’exposition diffuse les messages du photographe, militant engagé de la cause écologique, et critique de la société industrielle. Ses clichés de la pollution générée par le modèle de développement occidental depuis un siècle sont marquants mais parfois un peu faciles.

    Des cartels explicatifs relatent la succession de catastrophes depuis l’émergence de la société industrielle en culpabilisant le regardeur qui repart de l’exposition un peu gêné aux entournures lorsqu’il allume le contact de sa voiture thermique sur le parking… Il n’aurait pas été inintéressant que le militant rappelle aussi ce que l’industrialisation a apporté à une humanité qui est passée de 2,5 milliards d’habitants en 1950 à 8 milliards aujourd’hui et qu’il a bien fallu nourrir et occuper !

  • YOURCENAR Marguerite, ‘Mémoires d’Hadrien’.

    YOURCENAR Marguerite, ‘Mémoires d’Hadrien’.

    Sortie : 1951, Chez : Librairie Plon (Livre de Poche 221-222).

    C’est un monument de la littérature française du XXe siècle écrit par Marguerite Yourcenar (1903-1987) que ces « Mémoires d’Hadrien ». L’auteure a retracé la vie de l’empereur romain Hadrien (76-138) qui est le narrateur via une longue lettre adressée à Marc (121-180) qui deviendra l’empereur Marc-Aurèle.

    Dans cette correspondance écrite à la fin de sa vie, Hadrien revient sur son parcours personnel et son pouvoir d’empereur romain qui rayonnait à l’époque sur une bonne partie de la planète, en cercles concentriques autour de la Mer Méditerranée. C’est une longue méditation sur la vie, la guerre, la paix, les relations entre les humains, les amours (en l’occurrence homosexuels car l’empereur était épris d’un jeune éphèbe mort tragiquement), le pouvoir et ceux qui se battent pour l’exercer et le conserver.

    Du jeune enfant né en Espagne au guerrier ambitieux visant à succéder à son oncle Trajan, en passant par ses voyages incessants à travers l’Empire, pour pacifier mais aussi vaincre lorsqu’il n’y avait pas d’autres solutions, et son amour violent pour Antinoüs, c’est un récit prenant sur la comédie humaine, qui n’a guère évolué depuis 2000 ans… Le ton de l’écriture que lui attribue Yourcenar est celui d’un homme apaisé mais nostalgique, qui voit la maladie remplacer les victoires, la fin arriver. Il repasse sa vie en revue pour en garder le nostalgique souvenir dans l’au-delà tout en laissant quelques conseils à Marc qui est amené à lui succéder un jour à la tête de ce gigantesque empire.

    Le style de Yourcenar est puissant, son lecteur traverse le récit de la vie de l’empereur Hadrien avec passion, comme dans un roman et non un livre d’histoire. Pourtant il apparait que l’auteure a collé à la vraie Histoire ou, tout au moins, à ce qu’on en sait aujourd’hui. Dans un court épilogue elle explique les quelques personnages qu’elle a inventés et ce sur quoi elle s’est fondée pour les rendre réels. C’est du grand art qui, accessoirement, replonge le lecteur dans la civilisation romaine qui a largement influencé ce qu’est devenu la civilisation occidentale depuis.

  • A-t-on touché le fond de la bêtise humaine ?

    A-t-on touché le fond de la bêtise humaine ?

    On apprend qu’un « créateur de contenu », nouveau qualificatif pour « influenceur », ancien militaire français gagnant désormais sa vie en se faisant humilier et martyriser, y compris physiquement, en direct sur la plateforme « KICK » est décédé. Ce sont d’autres « créateurs de contenu » qui pratiquaient les sévices et doivent aussi probablement partager la rémunération versée par les abonnés payant sur la plateforme pour visionner ces joyeusetés.

    Mais les tortures sont allées un peu loin ce 18 août et le torturé est… mort en direct. Il semble que le live était déconnecté lorsque le décès a été constaté mais tous les sévices ont bien été suivis en direct durant douze jours par des spectateurs payants. Tout un programme ! On se demande qui est le plus à plaindre, du décédé, des organisateurs ou de leurs spectateurs ? Les premiers résultats d’une autopsie pratiquée sur « l’influenceur » concluent que le décès n’aurait pas « une origine traumatique » mais serait sans doute dû à une faiblesse médicale de cette personne.

    Tous sont des victimes de l’abrutissement général de notre société, des talk-show affligeants tenus sur les médias du groupe Bolloré aux photos et messages de Nabilla suivis par 9,5 millions de personnes sur Instagram, de l’héroïsation des fouteballeurs aux débats de « Café du Commerce » échangés à l’assemblée nationale, tout tire la société vers le bas, la facilité, la déresponsabilisation et l’éloigne de l’intelligence. Un petit clic sur KICK permettra assez facilement de se rendre compte que cette plateforme ne va pas pousser nos enfants à lire Raymond Aron pour comprendre le monde.

    Devant l’inanité d’un tel spectacle notre monde libéral est pris à son propre piège. Le sens de la liberté qui le guide voudrait que l’on ne régule pas ce genre d’émissions, insultes à la raison, en pariant sur leur élimination naturelle par l’émergence de séquences plus intelligentes, en une sorte de darwinisme cathodique. Ce n’est hélas plus le cas : Nabilla en roue libre tangente les 10 millions de followers mais il a fallu de ne pas renouveler le contrat public d’attribution de la fréquence de télévision numérique terrestre (TNT) pour faire disparaître, temporairement, le clownesque Cyril Hanouna du paysage télévisuel français (PAF) dans l’émission duquel défilaient Nabilla et aussi… le monde politique ! Hanouna doit renaître de ses cendres dès la rentrée sur une autre chaîne où il devrait poursuivre son œuvre d’insalubrité publique. On ne va pas mettre Hanouna en prison pour l’empêcher de sévir, en revanche les « créateurs de contenu » qui ont torturé leur victime risquent les foudres de la justice ce qui ne semble pas le cas pour les spectateurs.

    C’est LE dilemme de notre société : comment trouver les voies et moyens pour que l’intelligence puisse stopper d’elle-même la progression de la bêtise sur les écrans ? Comment faire pour que des suiveurs de plateformes abrutissantes privilégient la lecture de Raymond Aron au visionnage d’émissions dégradantes ? Jusqu’ici on n’a pas trouvé de solution viable si ce n’est d’appliquer les méthodes de contrôle des médias russe ou chinoise, ce qui n’est pas encore à l’ordre du jour.

    Durant les « trente glorieuses », les années 1945-1975, la France était sur la voie de la croissance, non seulement économique mais aussi celle de l’intelligence collective. Le mouvement s’inverse depuis les années 2000, le pays et sa population se rabougrissent dans l’impuissance générale. Peut-être est-ce le cycle de vie naturel d’une nation, hélas !

  • « Valeur sentimentale » de Joachim Trier

    « Valeur sentimentale » de Joachim Trier

    C’est un film émouvant que nous livre le réalisateur norvégien Joachim Trier. Une histoire de famille centrée sur deux sœurs aux parcours bien différents, et un père réalisateur sur le retour et absent. Nora l’aînée fuit son père fuyant et consacre sa vie au métier d’actrice. Agnes qui a toujours été dans l’admiration du père est historienne, mariée. Elle a un fils. Leur mère qui était psychologue vient de mourir de maladie. Tout se passe dans une maison de ville norvégienne en bois rouge. Pèse sur cette famille l’image d’une grand-mère qui a été arrêtée et torturée par les occupants Allemands durant la dernière guerre mondiale pour faits de résistance, sans doute dénoncée par des voisins, et qui s’est pendue dans la maison familiale dix années plus tard…

    Le père réapparaît à l’occasion du décès de sa femme dont il était séparé, créant le trouble chez ses filles car avec lui reviennent les souvenirs douloureux d’un passé familial à la dérive que chacune a géré à sa façon, le plus souvent en occultant ce père créateur et distant. L’affaire est d’autant plus tortueuse qu’il revient avec un ultime scénario dont il souhaite que Nora soit l’interprète principale. Elle refuse bien entendu et ne le lit même pas.

    Mais lors d’une émouvante rencontre avec sa jeune sœur elles vont découvrir que ce scénario est en fait une tentative de rédemption du père vis-à-vis de ses filles, et particulièrement de Nora qui commit une tentative de suicide dans sa jeunesse, évènement resté secret entre elles-deux mais transparaissant dans son mal-être qui n’a donc pas échappé à son père malgré son absence.

    Les choses vont se terminer heureusement, la réconciliation arrive et chacun fait un pas vers l’autre sous le regard positif d’Agnes qui, elle, a déjà joué dans un film de son père lorsqu’elle était enfant dans une histoire de guerre où elle assistait à l’arrestation de son frère par les Allemands…

    Une histoire filiale, de recherche du père, de sororité, de transmission de traumatisme à travers les générations, bref, une histoire presque banale mais que Trier a su fixer sur la pellicule avec beaucoup de justesse et de sensibilité. Le film a reçu le Grand Prix au Festival de Cannes 2025.

  • Une attitude nonchalante du président français

    Une attitude nonchalante du président français

    Avez-vous remarque l’attitude souvent nonchalante du président français sur les photos officielles ? Il a en effet régulièrement une main dans la poche comme sur ce cliché pris à l’issue des négociations tenues aujourd’hui à Washington entre les Etats-Unis d’Amérique, l’Ukraine et l’Europe pour essayer de mettre fin à la guerre d’Ukraine déclenchée par l’invasion russe de ce pays en février 2022.

    Ce n’est pas la première fois qu’il affiche cette attitude et il est étonnant que les (trop) nombreux « communicants » dont il est entouré ne lui aient pas rappelé cette notion élémentaire de bonne éducation qui veut que, par respect pour ses interlocuteurs, on ne mette pas ses mains dans les poches devant eux.

    Ou peut-être lui ont-ils fait remarquer mais qu’il a décidé de n’en faire qu’à sa tête pour marquer ainsi sa singularité ? Si tel est le cas, il est regrettable que ce soit fait au détriment de la réputation du pays et de ses habitants. On a déjà vu le représentant de l’Albanie se montrer en costume sombre-baskets blanches à un sommet de l’OTAN le mois dernier. Voici maintenant le président français qui néglige les règles de savoir-vivre.

    Bienvenue dans le nouveau monde !

    Lire aussi : La mode des baskets blanches envahit tout

  • Du bling-bling à la Maison Blanche

    Du bling-bling à la Maison Blanche

    On savait le président américain Trump amateur de décoration bling-bling et l’aménagement de son appartement new-yorkais dans la « Trump Tower » montré à l’occasion de sa campagne électorale présidentielle 2016 avait confirmé son goût pour les choses plutôt dorées et chargées.

    Lors de son premier mandat 2017-2020 il n’avait pas fait significativement modifier l’apparence du bureau ovale de la Maison Blanche. A l’occasion de son nouveau mandat 2025-2028 il s’est lâché et on se croirait désormais dans une « Trump Tower » ou dans un showroom d’ameublement clinquant.

    On voit sur ces deux photos l’ajout de breloques dorées un peu partout. Des coupes dorées sont désormais posées sur la cheminée. On ne sait pas bien ce qu’elles représentent, peut-être des trophées sportifs ? Des dorures ont également été ajoutées sur la façade de la cheminée et sur le mur. Les tables en acajou simple de chaque côté des fauteuils et celles sur lesquelles sont posés deux bustes ont été remplacées par des tables beaucoup plus voyantes avec bordures dorées et, pour celles supportant les bustes, des pieds également dorés représentant l’aigle américain ailes déployées. Plus incongru, la table située devant les fauteuils est désormais marquée d’un grand cercle doré, représentant sans doute le logo de la présidence, sur lequel est posé une maquette de Boeing 747, modèle d’avion désormais ancien mais que la Maison Blanche continue d’utiliser pour déplacer son président dans le fameux « Air Force One ». Curieusement la maquette n’est même pas décorée du bleu ciel qui est la robe de l’avion présidentiel. On ne sait pas encore bien à quoi correspond cette maquette.

    Les goûts du président sont du genre clinquant, et il entend le montrer au monde ! C’est un mauvais goût décomplexé mais après tout son rejet de l’élite W.A.S.P. washingtonienne était un élément fondateur de son programme électoral. Il en met en place les symboles dans son bureau ce qui devrait satisfaire son électorat et symbolise finalement assez bien sa méthode politique faite de coups médiatiques et d’outrances verbales. On est bien loin des habitudes policées des diplômés d’Harvard, passant leurs vacances à Martha’s Vineyard, qui ont gouverné jusqu’ici. On passe de l’acajou aux dorures, il n’est pas dit que ces pratiques soient moins efficaces dans le monde d’aujourd’hui. Si cela ne plait pas il ne fallait pas voter pour lui !

    Lire aussi : Un dirigeant balourd

  • de PERETTI Camille, ‘L’inconnue du portrait’.

    de PERETTI Camille, ‘L’inconnue du portrait’.

    Sortie : 2024, Chez : Calmann-Levy / Livre de Poche 37896.

    Camille de Peretti a construit ce roman réjouissant autour d’un vrai fait divers, le vol en 1997 du tableau « Portrait d’une dame » de Gustave Klimt, peint en 1916. Elle crée sa fiction à l’aide de courts chapitres qui mêlent les époques et les personnages avant de converger vers l’issue finale, la remise anonyme du tableau volé à un musée (comme cela s’est passé dans la vraie vie).

    C’est l’imagination débordante d’une romancière qui est à l’œuvre, pour le plus grand plaisir des lecteurs. Elle mixe les histoires de réfugiés aux Etats-Unis, de ceux qui font fortune et d’autres pas, des familles reconstituées, des romances, des enfants reconnus ou cachés, des histoires de famille restées secrètes qui remontent à la surface, des ambitions, des amours, des pertes.

    Bref, la vie magnifique et rêvée que le roman permet de construire au hasard de la créativité de son auteure, qui, ici, se percute avec la réalité du cheminement suivi par une célèbre et mystérieuse œuvre d’art.

  • VINCELET Patrick, ‘Simone Rabatel 1910-1999’.

    VINCELET Patrick, ‘Simone Rabatel 1910-1999’.

    Sortie : 2024, Chez : L’Harmattan.

    Patrick Vincelet, écrivain, essayiste, ethnopsychiatre et psychanalyste, a écrit cette courte biographie de sa mère, Simone Rabatel (1910-1999). C’est en fait plutôt un ouvrage passant en revue les multiples attaches intellectuelles de cette philosophe qui a forgé sa pensée au contact des chantres de la négritude, Césaire, Senghor, auprès des philosophes Mournier, Gabriel Marcel, en prenant la suite de Sartre comme enseignante en philosophie au lycée du Havre.

    Ponctué de références philosophiques pas toujours très abordables pour les non-spécialistes, ce livre est un bel hommage à une mère qui a connu un destin remarquable, traversant et s’associant aux grandes idées du XXe siècle : la résistance, la décolonisation, le féminisme, l’enseignement.

  • La Russie campe sur ses positions conquérantes

    La Russie campe sur ses positions conquérantes

    Avec une constance qui forcerait l’admiration s’il ne s’agissait d’une guerre fratricide contre l’Ukraine, le pouvoir russe continue à bombarder sans relâche son voisin et à exiger la cession des territoires du Donbass que Moscou a déjà juridiquement annexés sans les avoir encore totalement conquis, pour faire taire ses armes. Et on ne parle même pas de la Crimée qui, elle, est déjà conquise et annexée depuis 2014 par la Russie.

    Une partie de l’Europe continue à s’opposer politiquement à ces pratiques de voleurs mais n’a que des moyens limités pour ce faire et n’est pas prête à « mourir pour Kiev ». Les Etats-Unis et leur président populiste-conservateur font plus ou moins « ami-ami » avec la Russie et veulent en finir avec ce conflit qui les empoisonne et coûte cher. La malheureuse Ukraine continue à se battre vaillamment avec les armes et l’argent… des autres, même si son industrie militaire se renforce, mais elle recule sur le terrain. Et la guerre dure depuis 3 ans ½…

    Le texte fondateur de l’idéologie russe publié en 2021 pour justifier l’invasion est toujours d’actualité. Persévérance et mauvaise foi sont les armes déployées depuis trois ans par Moscou pour mettre œuvre ses conclusions.

    Je suis convaincu que c’est en partenariat avec la Russie que la véritable souveraineté de l’Ukraine est possible. Nos liens spirituels, humains, civilisationnels se sont tissés depuis des siècles, remontent aux mêmes sources, se sont endurcis par les épreuves, les réalisations et victoires communes. Notre parenté se transmet de génération en génération. Elle est dans les cœurs, dans la mémoire des personnes vivant dans la Russie et l’Ukraine modernes, dans les liens du sang qui unissent des millions de nos familles. Ensemble, nous avons toujours été et serons bien plus forts et performants. Après tout, nous sommes un seul peuple.

    Lire l’article complet (10 pages) : Le président russe et l’Histoire

    Tout le monde est fatigué de ce conflit et voudrait passer à autre chose. Il est à craindre que l’Ukraine ne soit le dindon de la farce et que l’Europe en sorte fragilisée avec une frontière russe qui se rapprochera des siennes. La Russie restera une puissance nuisible et antioccidentale pour encore des générations. Une espèce de nouveau « rideau de fer » va être tiré, tout de même plus à l’est que le précédent issu de la guerre froide, mais sans doute plus dangereux encore. Les mois à venir diront où il va être tiré exactement, à la frontière du Donbass ou sur celle de la Pologne avec l’Ukraine ?

    Les leçons qu’il va falloir bientôt tirer de cette guerre de conquête russe risquent d’être douloureuses pour « l’occident collectif » !

  • « Ça manque [toujours autant] de moyens Patron ! »…

    « Ça manque [toujours autant] de moyens Patron ! »…

    A l’occasion d’un important incendie dans l’Aude qui a ravagé 16 000 hectares, brûlé nombre de maisons, fait un mort et des blessés, le monde politico-médiatique s’exprime sur les médias et tous ses membres déplorent « le manque de moyens » qui serait responsable des délais mis par les pompiers à réduire ce feu particulièrement violent. La flotte de bombardiers d’eau Canadair aurait 30 ans d’âge, les pièces détachées manquantes, le nombre d’avions trop faible par rapport aux besoins, les engagements politiques de renouvellement de la flotte non tenus, etc.

    Tout ceci est sans doute en partie vrai et illustre tristement la perte de contrôle des dépenses publiques par le pouvoir. La difficulté de l’Etat à faire des choix budgétaires conforme à l’intérêt national aboutit à ce genre de situations. Chaque fois qu’un ministre se déplace quelque part il se croit obligé d’annoncer de nouvelles dépenses. On ne sait plus dire non aux requêtes permanentes à toujours dépenser plus. Les parlementaires, les associations, les partis politiques, les corporations, les lobbies, les citoyens, tous se liguent pour réclamer plus de sous, alors l’Etat donne un peu à tout le monde en distribuant l’argent des contribuables, particuliers et entreprises, de ci de là. Et tout le monde crie qu’il faut faire des économies mais… chez le voisin.

    Alors on a préféré financer des jeux olympiques à Paris en 2024, et on dépense déjà pour la préparation des jeux de 2030 dans les Alpes françaises, plutôt que d’acheter des Canadair. La défaillance de l’Etat et de ses représentants est de laisser croire que tout est possible en même temps, les Canadair et les jeux olympiques. Les citoyens y croient par paresse intellectuelle et car ils ont envie d’y croire. Les partis progressistes claironnent qu’il suffit de « taxer Bernard Arnault » pour faire disparaitre les déficits, leurs adversaires conservateurs braillent qu’il ne faut pas augmenter les impôts pour ne pas tuer l’économie, et comme aucune de ces tendances n’a de majorité parlementaire, le budget 2025 a été voté avec un déficit de 137 milliards, oui, vous avez bien lu : 137 milliards. Et encore, ne font pas partie de ce chiffre les « comptes spéciaux » qui ajoutent 2 milliards de déficit supplémentaires. Cela veut dire que sur 445 milliards de dépenses du budget général il manque 137 milliards de recettes, soit 31% du total des dépenses. Le budget est en déficit de 31%, c’est-à-dire que pour 10 EUR de dépenses il va falloir en emprunter 3 que nos enfants auront à rembourser. Pour le moment ce sont les dépensiers qui emportent la mise puisque celles-ci continuent à croître.

    Les chiffres clés du budget de l’État pour 2025 | budget.gouv.fr

    Les participants des dîners en ville, même a priori les mieux informés, n’admettent pas que les finances de l’Etat c’est comme à la maison, quand il n’y a plus de sous, il n’y a plus de sous et il faut se serrer la ceinture. Alors ils assènent des slogans de circonstance entre la poire et le fromage, « taxons Bernard Arnault » ou « coupons les dépenses sociales » et rien ne se passe. Dans les enceintes du parlement français le débat est à peu près du même niveau et comme il n’y a pas de majorité il ne se passe pas plus. Le déficit continue à courir sur son erre et les couteaux s’aiguisent en vue des discussions sur le budget 2026 qui s’annoncent redoutables.

    Redresser les finances publiques ne pourra pas se faire sans contraintes. Que les impôts soient augmentés ou que les dépenses soit réduites cela fera moins d’argent dans la poche des citoyens et donc moins de sous injectés dans l’économie. Il y aura bien entendu des conséquences néfastes pour les individus comme pour les entreprises mais il arrive un moment ou ces effets négatifs doivent être affrontés car ils sont moins pires que ceux d’une crise financière comme celle subie par la Grèce en 2008, déclenchée lorsque les prêteurs internationaux ne voulaient plus financer la gabegie de cet Etat. De toute façon, même si la France allait jusqu’à la crise financière elle devrait mener un programme de redressement de ses finances publiques mais celui-ci serait encore plus douloureux car mené sous la pression des marchés financiers.

    Dans ces conditions, le remplacement des bombardiers d’eau n’est pour l’instant pas possible alors la forêt brule. Il va falloir s’habituer à voir la France se rabougrir sous les coups de boutoirs de dirigeants affaiblis et de citoyens nombrilistes plus soucieux de leurs intérêts particuliers que de l’avenir collectif du pays. Le résultat peut être terrifiant comme celui constaté aujourd’hui dans l’Aude : on a pu financer des jeux du cirque mais pas remplacer des Canadair.

  • Concert « Duo Mouret Kiani » à Penvern

    Concert « Duo Mouret Kiani » à Penvern

    Le duo Mouret-Kiani qui s’est produit ce soir est composé de deux musiciens qui se sont rencontrés à Leipzig où ils ont fait leurs études de musique et résident tous les deux.

    Jean-Baptiste est un baryton-basse, à la belle voix puissante. Il s’est d’abord initié au piano puis passé à l’accordéon dont il joue pour s’accompagner. Il a été chanteur soliste de l’opéra de Leipzig entre 2017 et 2022 avant de devenir musicien itinérant. Pouria Kiani est arrivé d’Iran en Allemagne en 2016. Violoniste et altiste il voulait se perfectionner dans la musique baroque qui n’était pas enseignée dans son pays. Il est aussi luthier et a fabriqué lui-même son alto dans son atelier en Allemagne, un alto à… cinq cordes.

    Le fil conducteur du programme présenté ce soir est une œuvre du compositeur baroque François Francoeur (1698-1787) dont les différents mouvements en sol mineur vont ponctuer la soirée et seront interposés entre des œuvres lyriques de Mahler, de Schubert et de Britten dans la même tonalité. Jean-Baptiste introduit les lieders pour les présenter au public. Ce sont souvent des poèmes mis en musique par ces grands compositeurs et magnifiquement chantés ce soir.

    Ceux de Mahler sont basés sur « Des Knaben Wunderhorn », un recueil de textes traditionnels allemands : des histoires de jeunes gens courant joyeusement à travers une forêt verdoyante ou chantant un adieu à leur bien-aimé.

    On est particulièrement touché par un lied de Schubert sur un poème de Heinrich Heine (Der Doppelgänger), composé alors que le musicien voyait approcher sa fin. Malade, il décède à 31 ans, laissant une œuvre fulgurante et tellement de regrets au sujet des merveilles qu’il aurait pu composer s’il avait vécu plus longtemps. Le tragique de la situation est merveilleusement exprimé par la voix grave de Jean-Baptiste et la lancinance de l’accordéon. Quel bel hommage à Schubert !

    Les pièces de Benjamin Britten sont inspirées de musiques traditionnelles de différentes régions d’Angleterre. Leur simplicité les fait tendre à une pureté qui résonne si bien dans la chapelle.

    Pouria alterne le violon et l’alto avec talent, posant le son de ses cordes sur celui de l’accordéon. Un duo plein d’originalité tant on est peu habitué à entendre ces deux instruments cohabiter dans un programme classique. Ils ont dû pour ce faire adapter certaines partitions à leur formation instrumentale avec quelques improvisations autour des thèmes originaux.

  • NGOZI ADICHIE Chimamanda, ‘L’hibiscus pourpre’.

    NGOZI ADICHIE Chimamanda, ‘L’hibiscus pourpre’.

    Sortie : 2003, Chez : Gallimard – Folio.

    C’est le premier roman de l’auteure Chimamanda Ngozi Adiche née en 1977 au sud-est du Nigeria en pays igbo. On y reconnaît nombre d’éléments autobiographique, le ville d’Enugu où elle est née, celle d’Abba dont est originaire sa famille, le milieu universitaire à Nsukka, l’exil vers les Etats-Unis, etc.

    L’intrigue suit deux branches de la même famille : celle de la narratrice, Kambili, riche et rigide, installée à Enugu, catholique traditionnaliste, mais aussi généreuse et engagée dans la contestation du pouvoir militaire ; celle de sa tante et de ses cousins à Nsukka, accueillante, sans-le-sou, débordant d’affection et de désordre. Kambili et son frère Jaja alternent entre ces deux mondes qui sont aussi opposés que l’eau et le feu.

    Les deux natifs d’Enugu sont tiraillés entre l’attirance vers la vie joyeuse de leurs cousins, cousines et tante tout en restant viscéralement marqués par l’éducation dramatiquement stricte et religieuse qu’ils ont reçue. Il faudra que la rigidité de leur père tourne à la violence pour qu’ils réalisent à quel point elle est excessive. Les deux enfants et leur mère prendront alors de décisions définitives pour sortir de ce carcan. Le lecteur a l’impression qu’ils vont réussir, mais à quel prix !

    Le roman est peuplé de tous ces petits détails que reconnaîtront avec le sourire ceux qui ont vécu en Afrique. Des coups d’Etat militaires aux contrôles de police sur les bords des routes défoncées, du joyeux chaos des marchés à la mendicité envahissante, y compris au sein des familles, du vent d’harmattan qui souffle le sable du Sahara qui envahit tout à la préparation des plats d’igname, des Fanta tiédasses aux sauces gluantes, des coupures d’électricité à la pénurie d’eau… Bref, nous sommes bien au cœur de l’Afrique que Chimamanda narre avec humour et attachement.

    Un premier essai réussi qui sera transformé avec les romans suivants.

  • HOESS Rudolph, ‘Le commandant d’Auschwitz parle’.

    HOESS Rudolph, ‘Le commandant d’Auschwitz parle’.

    Sortie : 1947, Chez : La Découverte Poche n°193 (2010)

    Rudolph Hoess (1901-1947) fut un officier SS dont le plus haut fait d’arme est d’avoir étendu et dirigé le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau durant la IIe guerre mondiale. Il organisa la montée en puissance du processus d’extermination des prisonniers condamnés par le régime nazi, majoritairement juifs. Il fut ensuite membre de l’administration des camps jusqu’à la fin de la guerre où il continua son œuvre maléfique avant d’être arrêté, condamné à mort le 2 avril 1947 par la justice polonaise puis pendu à Auschwitz sur les lieux mêmes de ses crimes.

    Le livre a été écrit durant son emprisonnement en 1946 entre les quatre murs d’une geôle polonaise où il reconnut avoir été bien traité, ce qui ne fut pas le cas après son arrestation en Allemagne par les forces britanniques le 11 mars 1946. Caché dans une ferme allemande, il est dénoncé par sa femme sur qui les alliés exercent une forte pression pour savoir où se trouve son mari qui a été identifié come l’un des personnages clé du fonctionnement des camps d’extermination.

    La réaction du lecteur dès les premières pages est que ce livre est bien écrit. Curieusement on ne s’attend pas à une certaine fluidité littéraire de la part d’un barbare. Hoess fut manifestement bien éduqué et avait l’esprit construit. Il introduit d’ailleurs ce mémoire en revenant sur sa jeunesse au cœur d’une famille allemande catholique et ultra-rigide où la vie n’était pas franchement tournée vers la douceur et le bien-être. Il s’engage, à 16 ans, en 1914 dans l’armée impériale qui l’envoie sur le front en Orient. Au retour, après la défaite, il s’engage dans les corps francs, une milice nationaliste et plus ou moins d’extrême-droite, qui combat dans les pays baltes contre une possible invasion des bolchéviques qui ont mené la révolution en URSS. C’est au cours de cette expérience qu’il forge ses valeurs de nationalisme, de la camaraderie des armes et de l’obéissance aveugle aux ordres. Il est condamné à 10 ans de prison par la justice allemande pour le meurtre d’un militant communiste dont il s’accuse pour couvrir ses hommes.

    Libéré après cinq ans dans le cadre d’une amnistie générale, il gardera en mémoire sa connaissance fine de l’organisation d’une prison, des relations entre gardiens et prisonniers, des réseaux qui se créent entre les prisonniers eux-mêmes, expérience qui lui sera ensuite utile pour comprendre comment gérer les camps dont il sera responsable, avec un effectif limité et des milliers de prisonniers.

    Le récit décrit ensuite avec minutie les réflexions et actions de Hoess pour exécuter les instructions de son chef suprême, Himmler, à le tête des SS et responsable de la mise en œuvre de « la solution finale » visant à exterminer les juifs, mais aussi les opposants au régime, les tsiganes, les témoins de Jéhovah, les « asociaux », bref, toutes les communautés pouvant faire de l’ombre aux folies du pouvoir hitlérien. Sans trop d’états d’âme il va mettre toute son ingéniosité au service de cette œuvre mortifère. Sa plus grande réalisation sera bien entendu l’édification du camp de Birkenau, gigantesque usine de mort accolée à Auschwitz qui va permettre d’industrialiser le processus d’extermination avec une redoutable « efficacité ».

    C’est Hoess qui aurait fait afficher sur la grille d’entrée du camp la tristement célèbre slogan « Arbeit macht frei » (le travail rend libre). Il explique dans son mémoire que :

    Le travail représente pour les prisonniers non seulement une punition efficace… mais aussi un excellent moyen d’éducation pour ceux d’entre eux qui manquent de fermeté et d’énergie…

    Rudolph Hoess

    Son antisémitisme ne fait aucun doute, c’est la politique du régime qu’il soutient aveuglément, il n’a donc pas de raisons de la contester. Il ne la théorise pas particulièrement dans son mémoire, il l’applique, tout simplement. Mais il manifeste quand même quelques réserves sur le processus d’extermination qu’on lui demande d’appliquer et qui met à l’épreuve son humanité et celle de ses hommes. La construction des chambres à gaz industrielles de Birkenau est présentée aussi comme le moyen de contourner les réticences qu’affrontent mêmes les SS les plus endurcis à assassiner à la chaîne de leurs propres mains 24 h sur 24. Avec ces installations les tueries sont plus « productives » et plus anonymes.

    Au cœur de la machine SS chargée de faire « le sale boulot », Hoess a fait massacrer quand on le lui a demandé, a fourni de la main d’œuvre à l’industrie allemande quand c’était nécessaire, évacué les camps quand la défaite est devenue évidente début 1945. Il a appliqué les ordres comme on lui avait appris à le faire, sans les discuter. Comme il a été dit au procès de Nuremberg : « Hitler aurait été bien inoffensif sans des exécutants aussi doués » !

    Cette autobiographie n’est pas vraiment une justification, elle détaille froidement le chemin vers l’inhumanité suivi par le régime nazi, par conviction. Elle montre combien la barbarie est au cœur de l’Homme et peut relativement facilement prendre le dessus sur son humanité si l’intelligence est écrasée par des idéologies malfaisantes.

    Les historiens juge le récit de Hoess assez honnête, son auteur ne cherche pas particulièrement à se dédouaner comme tentèrent de le faire nombre de dignitaires nazis, mais juste à expliquer les objectifs et la réalisation des exterminations menées sous son autorité. Il fera de même en témoignant à Nuremberg ou lors de son propre procès à Cracovie. Il présente d’ailleurs la froideur dont il a toujours fait preuve, dans l’exécution de ses tâches comme dans ses témoignages ou dans son livre, comme une nécessité, un devoir. Cacher tout sentiment est ce qu’on lui a toujours commandé depuis sa plus tendre enfance. Il le fera jusqu’au bout lorsqu’il est monté sur la potence sans dire un mot.

    Ce récit plonge le lecteur dans un abyme de perplexité sur l’émergence du Mal, les méfaits de la discipline lorsqu’elle est appliquée sans discernement, l’inhumanité qui peut s’emparer de l’Humanité malgré les philosophes, les lumières, malgré l’intelligence… Hélas cette barbarie s’est de nouveau exprimée au XXIe siècle avec d’autres génocides dans les Balkans et au Rwanda. C’est une histoire sans fin !

    Hoess termine son récit par un aveu :

    Que le grand public continue donc à me considérer comme une bête féroce, un sadique cruel, comme l’assassin de millions d’êtres humains : les masses ne sauraient se faire une autre idée de l’ancien commandant d’Auschwitz. Elles ne comprendront jamais que, moi aussi, j’avais un cœur…


    Rudolph Hoess – Cracovie, février 1947

    Bien entendu la publication de ce mémoire a donné lieu à des controverses car il contient des erreurs et certaines approximations, volontaires ou pas, qui ont fait la joie des négationnistes de tous bords. Il ne s’agit pas d’un travail d’historien mais d’une biographie rédigée dans une cellule, sans aucune documentation, uniquement basée sur le souvenir, après que son auteur ait été condamné à mort. Mais l’essentiel est dit et le lecteur est en mesure de se faire une idée suffisamment précise de l’état d’esprit d’un homme qui a dirigé l’extermination de populations entières durant la Iie guerre mondiale. Les vrais historiens ont eu ensuite tout leur temps pour corriger ce qu’il était nécessaire de rectifier.

    Le commandant d’Auschwitz-Birkenau a fait l’objet d’une fascination certaine tant son dévouement à une cause barbare fut total. Nombre d’ouvrages et de films ont été écrits et réalisés mettant en exergue son personnage maléfique.

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    « Nacht und Nebel »

  • « Quatuor Modigliani : Turina, Beethoven et Ravel » au festival de musique de chambre de Perros-Guirec

    « Quatuor Modigliani : Turina, Beethoven et Ravel » au festival de musique de chambre de Perros-Guirec

    C’est le quarantième anniversaire du sympathique festival de musique de chambre de Perros-Guirec et ce soir le quatuor Modigliani (deux violons, un alto et un violoncelle) interprète avec talents trois quatuors à cordes. Torina est un compositeur espagnol de Séville, plutôt peu connu des néophytes, qui a connu Ravel et Debussy, et composé ici une musique pour le torero, contemporaine, qui agace parfois un peu l’oreille, mais c’est une prière pour celui qui va combattre, alors l’harmonie n’est pas de mise.

    Beethoven est classique parmi les classiques. Loin de l’impérium de ses concertos et de ses sonates pour piano, la formation quatuor à cordes et les compositions pour ce format sont, disons-le, parfois un peu ennuyeuses. Alors on regarde le coucher de soleil sur la sublime baie de Trestraou qui affiche ses splendeurs en arrière-plan des musiciens.

    Et puis vient le Ravel après l’entracte, et on revient vers la modernité subtile et joyeuse du compositeur français merveilleusement interprétée par ces jeunes musiciens de ce quartet qui jouent des instruments des XVI et XVIIe siècle.

    Et comme Ravel n’a écrit qu’un seul quatuor à cordes, ils reviennent pour un « bis » consacré à Beethoven.

    Programme

    • Joaquim Turina (1882-1949), Quatuor à cordes op. 43 « La prière du Torero »
    • Ludwig van Beethoven (1770-1827), Quatuor à cordes n°2 en sol majeur op.18 n°2
    • Maurice Ravel (1875-1937), Quatuor à cordes en fa majeur op. 35
    • « Bis » mouvements de deux quatuors à cordes de Beethoven

  • L’ineffable Rachida Dati

    L’ineffable Rachida Dati

    La ministre de la culture Rachida Dati est au cœur de l’actualité. Tout d’abord judiciaire, puisqu’elle est soupçonnée de corruption et de trafic d’influence dans le cadre de contrats d’avocat qu’elle a signés avec des groupes industriels français pour lesquels les juges ont du mal à attester la réalité des prestations fournies pour des rémunérations qui elles ont bien été reçues. Elle est renvoyée devant le tribunal correctionnel à une date non encore déterminée.

    Au plan électoral on connaît son ambition pour briguer la mairie de Paris aux élections municipales de 2026. Elle devrait probablement démissionner de son poste de ministre si elle était élue, voire même avant l’élection car il semble difficile de mener une campagne municipale en assurant en même temps un rôle ministériel. Suite à l’inéligibilité d’un député de la majorité prononcée par le conseil constitutionnel pour irrégularité dans ses comptes de campagne, une élection partielle est organisée dans la IIe circonscription de Paris qui couvre une partie des 6e, 7e et 7e arrondissements de Paris. Michel Barnier, 74 ans, éphémère premier ministre et haut-savoyard est candidat à ce poste avec l’appui de son parti Les Républicains (LR). Il se murmure qu’il aurait également des ambitions pour le poste de maire de Paris, voire aussi celui de président de la République. De quoi faire ombrage à Rachida Dati qui craint que si M. Barnier était élu député il puisse lui faire concurrence pour la mairie de la capitale… Alors elle vient d’annoncer qu’elle se présentera également à l’élection partielle pour s’assurer que Barnier échoue !

    Vous suivez toujours ? Mme. Dati, ministre et maire du VIIe arrondissement de Paris, va se présenter à l’élection législative partielle de 2025 pour la IIe circonscription de Paris afin, croit-elle, de faire place nette pour sa candidature pour la mairie de Paris de 2026. Si elle était élue député en 2025 il lui faudrait alors démissionner de son poste de ministre, ou de député. Et si elle était ensuite élue maire de Paris en 2026 il lui faudrait également démissionner du poste précédent qu’elle aurait conservé. Cela en dit long sur la solidité de ses engagements : se faire élire pour 5 ans comme député et savoir déjà qu’on sera amené à démissionner pour un autre poste quelques mois plus tard.

    On a là l’archétype de ces petits arrangements politiques qui découragent les citoyens français de se rendre aux urnes. Cerise sur le gâteau, Rachida Dati n’est pas vraiment en odeur de sainteté au sein de son parti LR qu’elle a quitté en 2024 pour accepter son poste actuel de ministre de la culture, puis réintégré le parti début 2025. Son agressivité naturelle lui a créé pas mal d’ennemis politiques dans son camp comme dans l’opposition. Son énergie est inépuisable mais ses convictions politiques semblent plus floues. Elle se présente résolument comme de droite et combat la gauche inlassablement. Issue de l’immigration marocaine, elle bénéficie de la double nationalité et a souvent été présentée comme un exemple de la réussite offerte par la République à ses citoyens méritants « issus de la diversité ». Elle agace beaucoup, vibrionne en permanence sur tous les médias, pour ses fonctions officielles comme pour ses affaires judiciaires, occupe la parole sur les plateaux télévisés et au conseil municipal de Paris où elle est en guerre ouverte avec la maire socialiste actuelle. Rien ne paraît très sincère chez elle, un peu comme la couleur de ses cheveux ou la chirurgie esthétique qui lui a transformé le visage.

    Beaucoup d’élus ne seraient pas mécontents de la voir tomber. C’est peut-être ce qui va lui arriver bientôt face à l’ampleur des défis politiques et judiciaires qu’elle s’est elle-même fixés.

  • La dévastation continue au Proche-Orient

    La dévastation continue au Proche-Orient

    Les derniers mois ont été fertiles en « victoires » militaires israéliennes mais fort peu productifs en termes d’avancées vers une résolution du conflit millénaire qui ravage cette région. L’ingéniosité et la puissance de l’armée israélienne lui ont permis d’affaiblir considérablement les mouvements terroristes Hezbollah au Liban et Hamas dans la bande Gaza mais les soldats israéliens sont restés sur place à Gaza et les combats continuent. Des campagnes de bombardements ont été menées contre la Syrie et l’Iran, avec la participation des Etats-Unis contre ce dernier pays qui s’est défendu en tirant lui aussi des missiles sur le territoire d’Israël qui ont fait des morts.

    Les réservistes israéliens sont mobilisés de façon quasi-permanente depuis deux ans et on se demande d’ailleurs quelle est l’ampleur des effets négatifs sur l’économie du pays. On imagine que l’allié américain fait les fins de mois de l’Etat d’Israël en plus de financer son approvisionnement en armes. Les colons israéliens de la Cisjordanie occupée profitent de cette atmosphère guerrière pour accroître leur mainmise sur ce territoire. A Tel-Aviv, les ministres extrémistes de la coalition gouvernementale proposent de profiter de la situation « favorable » pour Israël pour annexer la Cisjordanie et expulser les populations palestiniennes de la bande de Gaza vers une destination qui reste à déterminer. Le président américain avait proposé après son investiture en début d’année de transformer cette bande en riviera méditerranéenne en endossant l’idée d’une expulsion de ses habitants, sans plus déterminer le ou les pays qui accueilleraient les quelques deux millions d’habitants, ni, bien entendu, prendre en compte leur volonté à quitter leur terre…

    Le cas de la bande de Gaza est particulièrement représentatif de l’imbroglio politique et militaire dans lequel est enfermé le Proche-Orient avec des effets dévastateurs sur les populations locales qui ont à déplorer des milliers de morts depuis le déclenchement de la guerre au lendemain des attaques terroristes contre Israël du 7 octobre 2023 et souffrent d’une très grave crise humanitaire. Après presque deux ans de guerre sur le terrain, des soldats israéliens continuent de tomber au combat et une cinquantaine d’otages (vivants et morts) sont toujours retenus à Gaza que l’armée de Tel-Aviv ne réussit pas à libérer. Des négociations pour un cessez-le-feu sont menées à Doha avec… le Hamas qui était supposé être détruit. L’embargo de ce territoire est quasi-total : les points d’entrée avec Israël sont fermés mais ceux aussi avec l’Egypte, ce que l’on a plus de mal à comprendre. On parle de famine et de pénurie de médicaments à l’intérieur de la bande alors que des centaines de camions attendent à l’extérieur pour délivrer des produits alimentaires et pharmaceutiques.

    Israël et les Etats-Unis ont mis en place une organisation non gouvernementale (ONG) spécifique pour distribuer de l’aide qu’elle est seule habilitée à distribuer dans des zones au sud de la bande, ceci afin d’éviter la mainmise du Hamas sur la distribution et l’utilisation politique qu’il en ferait immanquablement. Alors des flots d’habitants se précipitent vers les lieux de distribution dans un chaos indescriptible, sous le nez des soldats israéliens qui occupent Gaza. Des escarmouches se déroulent régulièrement qui se traduisent par des tirs. Un millier de morts serait à déplorer depuis la mise en place de cette organisation, chiffre fourni par les autorités locales, celles du Hamas donc. On ne sait pas bien qui déclenche ces fusillades. Israël se justifie en avançant le comportement « menaçant » de certains réfugiés qui se rapprocheraient trop dangereusement de ses positions déclenchant ainsi leur riposte. On sait le Hamas capable de manipuler les populations pour les lancer à l’assaut des points de contrôle israéliens alors la seule réalité sur laquelle on peut s’appuyer pour le moment est l’existence de ces personnes tuées alors qu’elles viennent s’approvisionner.

    Israël n’arrive pas vraiment à se sortir de la situation. Son gouvernement a choisi la guerre totale contre ses ennemis et cette politique est soutenue par les Etats-Unis d’Amérique. Les pays arabes qui craignent plus que tout l’extrémisme du Hamas et de ses mouvements affiliés, ainsi que celui de l’Iran, restent discrets sur les multiples conflits dans lesquels Israël est engagé. La voie est libre pour les jusqu’au-boutistes qui voient l’occasion rêvée d’accomplir la prophétie de l’ancien testament en étendant le « Grand Israël » du Jourdain jusqu’à la mer, le « pays où ruisselle le lait et le miel » promis par Moïse après l’exode du peuple juif d’Egypte où il était réduit à l’esclavage.

    Lire aussi : Anonyme, ‘La Bible – l’Exode’.

    La seule question qui vaille est de savoir si une telle politique est efficace pour amener la paix dans cette région et envisager, enfin, une cohabitation apaisée des pays qui la composent. On peut craindre que la réponse ne soit négative, d’autant plus quand certains envisagent calmement d’expulser les 2 millions d’habitants de la bande de Gaza, on ne sait où. La leçon de l’exode en 1948 de 700 mille Palestiniens après la défaite des forces arabes dans la guerre de 1948, dont on subit encore aujourd’hui les conséquences, n’a pas été tirée. Il est probable que les prochaines générations auront encore pour longtemps à gérer les suites de ce qui se passe actuellement au Proche-Orient qui n’est autre que la poursuite d’un conflit qui envenime les relations internationales depuis 80 ans, voire depuis 4000 ans.

    C’est en ça que l’on peut conclure que la politique des parties engagées dans ce chaudron n’est pas efficace. Mais qui aura de meilleures idées ?

  • SANSAL Boualem, ‘Poste restante : Alger – lettre de colère et d’espoir à mes compatriotes’.

    SANSAL Boualem, ‘Poste restante : Alger – lettre de colère et d’espoir à mes compatriotes’.

    Un court livre réjouissant et décapant de Boualem Sansal, écrivain algérien né en 1944 qui fut d’abord haut-fonctionnaire de son pays puis se consacra à l’écriture à partir de la fin des années 1990. D’abord tournés contre l’islamisme en Algérie, ses romans se sont de plus en plus transformés en une critique acerbe et ironique du régime plus ou moins militaire aux commandes du pays depuis son indépendance en 1962. A tel point que beaucoup de ses livres sont censurés localement et publiés en France.

    « Poste restante » est rédigé sous forme d’une lettre adressée à « Sœurs et frères, Mes chers compatriotes, mes bons amis, » et dans laquelle M. Sansal se fait un malin plaisir de mettre le doigt sur toutes les contradictions dans lesquelles s’enferre le régime qui le gouverne. Celles-ci, nombreuses, sont passées à la paille de fer de son œil acerbe qui fait dans la dérision tout en ne manquant pas d’humour. Ceux qui connaissent un peu ce pays savent que les Algériens pratiquent beaucoup l’auto-dérision. Ils n’apprécient par contre que modérément la critique quand vient de l’étranger, d’autant moins si elle provient de France, l’ancienne puissance coloniale chassée avec perte et fracas en 1962, mais ils aiment se régaler en critiquant les puissants et les moins puissants qui transforment depuis quelques décennies ce pays en un aimable foutoir dont sa jeunesse est prête à tout pour émigrer.

    Dans un style que ne renierait pas le « Canard Enchaîné », Boualem se régale en s’attaquant à toutes les vaches sacrées de l’imaginaire de ce pays défendues par les « GAT » (gardiens autoproclamés du temple) : l’arabité unique du peuple algérien alors qu’il est composé d’une mosaïque de Kabyles, de Mozabites, de Touaregs, de Turcs, d’Africains, de Juifs… ; l’Islam comme religion dans un pays où subsistent bien d’autres croyances et l’athéisme ; la langue arabe classique comme langue nationale alors que cohabitent partout dans le pays le kabyle, le tamashek, l’arabe dialectal, le petit français colonial et de conclure « L’arabe classique est la langue de l’Algérie mais les Algériens parlent d’autres langues » ; la guerre de libération devenue la « propriété exclusive » du FLN (parti au pouvoir depuis l’indépendance) alors que bien d’autres mouvements ont participé à la lutte anticoloniale ; l’amnistie décrétée en 2005 à l’issue de la décennie noire pour blanchir en masse « des islamistes névrosés et [leurs] commanditaires »…

    Et comme le dit le dicton « qui aime bien châtie bien », Sansal s’en prend aussi aux Français, sans cesse en train de se lamenter sur la dette, la sécurité sociale, les faillites de l’école, de l’hôpital, de la Sécurité Sociale, les grèves, les multinationales…

    Mon Dieu, mais dans quel pays vivent ces pauvres Français ? Une République bananière, un pays en guerre civile, une dictature obscure, une République préislamique ?
    A leur place, j’émigrerais en Algérie, il y fait chaud, on rase gratis et on a des lunettes pour non-voyants.

    Mais les généraux et les services de sécurité algériens n’ont manifestement pas le même sens de l’humour que leur compatriote, qui vient d’ailleurs d’acquérir la double nationalité française, et qui commit l’imprudence de retourner en Algérie fin 2024. Il est depuis en prison à Alger où il purge une peine de 5 années de prison pour « atteinte à l’unité nationale » après avoir déclaré qu’une partie de l’ouest algérien était auparavant marocain et aurait été algérianisé durant la colonisation française.

    Circonstance aggravante il avait cité Ferhat Abbas dans « Poste restante ».

    J’ai cherché le peuple algérien partout, jusque dans les cimetières, je ne l’ai pas trouvé, la nation algérienne est née avec la colonisation.

    Ferhat Abbas fut l’éphémère président du gouvernement provisoire puis de l’assemblée nationale constituante avant de se retirer en 1963 en opposition avec la « soviétisation » du pays, d’être exclu du FLN et de replonger dans un anonymat agrémenté de quelques séjours en prison et d’assignations à résidence.

    En Algérie mieux vaut ne pas provoquer un pouvoir qui n’a définitivement ni le sens de l’humour, ni celui de la démocratie !

  • Overdose de jeux olympiques

    Overdose de jeux olympiques

    Il y a un an la France a dépensé des sommes significatives d’argent public pour organiser des jeux olympiques d’été dans sa capitale « fière, créative et inclusive » et « qui ont fait rêver le monde entier ». Bien entendu ces jeux ont délivré « une empreinte carbone réduite », ont été « un modèle et non un archétype » pour « produire un impact social et économique », etc.

    Lire aussi : https://www.olympics.com/cio/news/un-an-apres-l-heritage-de-paris-2024-porte-par-la-force-du-collectif

    La ville de Paris se croit maintenant obligée de célébrer le premier anniversaire de ces jeux du cirque à grands coups de défilés sur la Seine, de décollage de la vasque olympique « féérique », d’anneaux olympiques de 30 mètres de large accrochés à la Tour Eiffel et d’interventions politiques dans les médias pour demander « plus de moyens » pour le sport. Bien entendu des engagements budgétaires ne peuvent pas être tenus compte tenu de la situation très mauvaises des finances publiques. C’est alors le défilé des pleureuses qui réclament leurs sous à une République exsangue ânonnant qu’il suffit de « taxer Bernard Arnault » pour remplir les caisses désespérément vides.

    Plus grave, tout ce petit monde sportif est en train de préparer d’arrache pied les jeux olympiques d’hiver 2030 dans les Alpes françaises. La République aurait déjà délivré au comité international olympique les garanties financières qu’il exige pour valider la candidature française.

    Le Premier ministre François Bayrou a également adressé un courrier au CIO en mars. Ce courrier faisait état des engagements concernant les prochaines étapes de la loi de finances.

    Dans ce même courrier, l’engagement financier de l’État français a été confirmé, ce qui a permis aux deux régions (Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur) de confirmer également le leur.

    Forte de cette solide base, la commission exécutive du CIO a décidé de procéder à la signature du Contrat hôte olympique.

    https://www.olympics.com/cio/news/approbation-de-la-signature-du-contrat-hote-olympique-pour-les-alpes-francaises-2030-par-la-commission-executive-du-cio

    La France qui est en pleine dérive de ses finances publiques, qui a déjà vu tomber le gouvernement Barnier sur le projet de budget 2025, risque de reproduire l’expérience avec le gouvernement Bayrou sur le budget 2026 à l’automne, continue à se lancer dans des dépenses somptuaires. Par définition celles-ci ne sont pas prioritaires dans un pays où toutes les corporations, tous les partis politiques, tous les citoyens s’égosillent matin, midi et soir sur le « manque de moyens » qui les étrangle.

    Mais le pays est ainsi construit qu’il continue à nier les réalités financières et se révèle incapable de privilégier l’intérêt général sur les misérables petits tas d’intérêts particuliers ou corporatistes. Seule une crise financière profonde avec impossibilité de refinancer sa dette sur les marchés internationaux le forcera à se reprendre. Il est à craindre que ce moment se rapproche.

    Alors, au bord de l’abîme, organisons joyeusement les prochains jeux olympiques et célébrons chaque année le souvenir des précédents ! Les lendemains risquent d’être amers…