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  • Concert « Correspon’danses » de Bogdan Nesterenko à Penvern

    Concert « Correspon’danses » de Bogdan Nesterenko à Penvern

    L’accordéoniste Bogdan Nesterenko a présenté ce soir un nouveau programme et, toujours, son immense talent.

    C’est avec une oeuvre de Rameau que le musicien ouvre la soirée qui sera centrée sur la danse, celles de son pays, joyeuses et entraînantes, d’autres venant de Norvège ; mais aussi des pièces plus tragiques, de Dvorak et l’immense Chaconne de Bach, écrite pour le violon, transposée ici pour accordéon, à la construction mathématique en 64 variations répétées sur 256 mesures, interposant une tonalité mineure entre deux majeures, alternant la virtuosité avec la méditation. Elle a été écrite par le Maître Bach à l’occasion de la mort de sa première épouse.

    Bogdan marque un temps de silence, les yeux fermés, avant de se lancer dans ce monument de 15 minutes qui exige de son interprète autant de technique musicale que d’engagement émotionnel. Le résultat est époustouflant et laisse le public admiratif.

    Deux pièces spécialement écrites pour l’accordéon sont aussi présentées ce soir. L’une d’un compositeur ukrainien, l’autre, plus contemporaine s’intitule « Guernica, 26 avril 1937 ». Ecrite par un compositeur espagnol, elle fait bien entendu référence au bombardement de la ville espagnole de Guernica par l’aviation des forces nazies et mussoliniennes en 1937. La composition évoque dans ses mouvements rapides la brutalité des bombes déversées par les avions félons et dans ses moments plus intimistes, la dévastation qui en résultat.

    Entendre ce soir un accordéoniste ukrainien dont le pays est envahi par son voisin, jouer une pièce dédiée à Guernica, symbolise tristement la permanence de la barbarie du monde. Comme souvent, la musique essaye de panser les plaies.

    Bogdan est non seulement un musicien flamboyant mais il est aussi un bon pédagogue, prenant le temps de nous expliquer le fonctionnement de son accordéon « Bayan » (ou accordéon de concert), 17 kg de mécanismes métalliques sophistiqués, et de nous présenter les oeuvres jouées ce soir.

    Après un « bis » de Rameau, Bodgan reste un bon moment pour partager avec le public. On l’entend même parler ukrainien avec des compatriotes venus ce soir.

  • MISHIMA Yukio, ‘Confession d’un masque’.

    MISHIMA Yukio, ‘Confession d’un masque’.

    Sortie : 1958, Chez : Gallimard.

    Mishima (1925-1970) est un grand écrivain japonais et un personnage sulfureux. Nationaliste convaincu il tenta en 1970 de persuader l’armée de rétablir le pouvoir impérial, et son statut divin, via un coup d’Etat d’opérette qui échoua. Devant cette situation il se suicida en commettant la méthode japonaise traditionnelle du seppuku (ou encore hara-kiri, auto-éventration suivie d’une décapitation exécutée par un tiers). Il n’en a pas moins écrit une œuvre importante qui fit de lui l’un des grands écrivains de langue japonaise du XXe siècle.

    Le présent roman apparaît largement autobiographique et raconte la prise de conscience par un enfant de son homosexualité. On le suit jusqu’à son état de jeune adulte dans les quelques années après la reddition du Japon qui marqua la fin de la IIe guerre mondiale. A une époque et dans un pays on l’on abordait pas les questions de sexualité il prend conscience de sa non-attirance pour les femmes comme cela semble être la norme autour de lui. Il cherche à contrecarrer cette situation en essayant de tomber amoureux d’une jeune femme, Sonoko, à laquelle il est sincèrement attaché. Mais cela n’aboutit évidemment pas.

    Le livre est une longue introspection sur lui-même, une auto-analyse extrêmement détaillée des sentiments du narrateur dans un environnement qui l’effraie. D’abord élevé par et chez sa grand-mère, il rejoint le domicile de ses parents et de ses deux sœurs vers l’âge de 10 ans pour se rapprocher de sa mère, son père étant souvent absent. Il se découvre un intérêt esthétique et mythologique pour Saint-Sébastien dont les représentations montrent un corps sculptural, ligoté à un tronc d’arbre, qui attise son attirance et dont le martyr, il est criblé de flèches, fascine le narrateur qui rêvera à différentes reprises de pratiquer ce supplice sur des camarades pour lesquels il ressentait une attirance.

    Ce roman-récit nous emmène au plus profond de la complexité d’un être torturé par le sentiment de sa singularité, notamment sexuelle, et sa volonté d’être malgré tout dans la norme, son échec à atteindre cet objectif le poussant à des pensées souvent morbides. Le style de Mishima est quasi-proustien avec un sens du détail impressionnant et, surtout, une capacité à se centrer sur son personnage, c’est-à-dire lui-même, qui tourne au narcissisme, mais sans ennuyer le lecteur.

  • « La colonisation française de la Corse » par Jean-Guy Talamoni

    « La colonisation française de la Corse » par Jean-Guy Talamoni

    L’ancien président de l’assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, indépendantiste se cachant derrière l’étiquette « nationaliste » a prononcé un discours à la tribune de l’ONU le 20 juin 2024 dont il rend compte sur son site web : « La colonisation française de la Corse ».

    Il y démontre juridiquement que la présence « française » en Corse présente toutes les caractéristiques d’une occupation coloniale : l’annexion sauvage avec « vision exterminatrice » des officiers chargés de la conquête au XVIIIe siècle, l’administration du territoire par « une entité politique extérieure [la France] », la conversion culturelle, dont linguistique, « d’un monde à l’autre » menée brutalement par l’instruction publique imposée par Paris, le développement économique déterminé par des « intérêts extérieurs », ceux de la puissance dominante, l’objectif démographique de noyer le problème corse sous un flot de nouveaux arrivants non Corses à qui l’on confie les commandes de l’ile au détriment des insulaires et la diffusion par le colon de l’ethnotype du « Corse fainéant » qui, avec le temps, a généré un sentiment d’infériorité.

    Une fois ce constat effectué, son auteur est moins disert sur les solutions possibles pour sortir de l’imbroglio. Paris et ses gouvernements successifs sont rendus responsables de tous les maux du territoire et accusés de n’avoir pas « fait le moindre pas, réel et sérieux, en direction d’un règlement politique de la question corse ».

    On comprend sans peine que l’abaissement culturel et moral des colonisés vise à conforter ces intérêts politiques et économiques en « légitimant » la domination… Tout cela est d’une grande cohérence, cohérence qui donne à la démarche coloniale son caractère systémique.

    Le texte se réfère à la situation similaire de la Nouvelle-Calédonie. Il a été écrit avant les récentes évolutions de cette colonie du Pacifique qui envisagent la création d’une nationalité calédonienne au sein de la Nation française et des transferts de compétence importants de l’Etat français au quasi-Etat de Nouvelle-Calédonie qui resterait néanmoins dans la République française. Tout reste à faire. La Corse pourra s’inspirer de ce qui se passera entre Nouméa et Paris.

    La Corse comme la Nouvelle-Calédonie sont des colonies « modernes » au sens où il y règne la démocratie et le droit de vote pour tous mais où les insulaires rejettent plus ou moins consciemment le rattachement à une « puissance extérieure » même s’ils en apprécient les avantages financiers. Elles sont une mine de difficultés, présentes et à venir, pour toutes les parties. Elles n’offrent que des avantages géopolitiques illusoires à la France.

    L’objectif reste l’indépendance pleine et entière de la Corse et la Nouvelle-Calédonie mais celle-ci mettra du temps à intervenir, sans doute des générations. En attendant, la tâche de M. Talamoni et des siens est de convaincre les Corses de l’objectif d’une indépendance heureuse.

    Lire aussi : Blog de Jean-Guy Talamonii

  • QUEMPER Edouard, ‘Mémoires’.

    QUEMPER Edouard, ‘Mémoires’.

    Sortie : 1996, Chez : Imprimerie Yves Jacq.

    Les mémoires d’un militant communiste breton dans les Côtes d’Armor (ex-Côtes du Nord), Edouard Quemper (1925-2015) qui fut jeune résistant durant la guerre dans l’organisation Francs-tireurs et partisans (FTP, affiliée au Parti communiste [PC]). Il mena ensuite une longue carrière de permanent du parti et fut élu dans différentes assemblées : conseil général, mairie de Saint-Brieuc (adjoint aux sports), fédération communiste du département…

    Engagé dans la lutte contre la guerre coloniale française en Indochine, il est arrêté avec son groupe alors qu’ils bloquaient un train transportant des armes pour le corps expéditionnaire en 1950. Ils passent sept mois en prison avant d’être acquittés par la Justice.

    Ce récit relève du journal familial pour laisser quelques souvenirs aux enfants Quemper sur qui fut leur ancêtre. Il est touchant sur l’engagement du personnage en faveur des thèmes habituels du communisme : la paix, l’impérialisme américain, la lutte des classes, etc. Il est inquiétant quant on voit l’aveuglement du militant qui a ressassé sa vie durant les vieilles lunes du marxisme. Le chapitre sur la résistance ne fait pas mention du pacte germano-soviétique de 1939, pas plus que ne sont cités les règlements de compte après la guerre entre les mouvements de résistance communiste et non communistes. Aujourd’hui encore il est des sujets qu’il vaut mieux ne pas aborder au Café du commerce de certains villages bretons.

    Le chapitre sur la déstalinisation admet des retards dans la prise de conscience du parti communiste français pour « connaître et comprendre ce qui se passait réellement en U.R.S.S. et pour dénoncer ce qui n’allait pas… J’ai souffert comme tous les communistes français, en apprenant la vérité : la blessure n’est pas encore cicatrisée ; on a toujours beaucoup de mal à croire que cela fut possible.« 

    Il raconte qu’un jour en rangeant sa cave il retrouva l’éloge de 1953 qu’il prononca à la maison du peuple de Saint-Brieuc en hommage à Staline qui venait de mourir.

    J’avais honte de moi. Lorsque j’ai prononcé ce discours j’étais sincère mais je l’étais aussi lorsque je l’ai déchiré.

    Mais Edouard Quemper conclut :

    Si je n’avais pas connu le P.C.F. ma vie aurait sans doute été insignifiante, une petite vie égoïste, ne vivant que pour soi, pour son confort quotidien. Une vie en réalité qui n’aurait pas mérité d’être vécue.

    Lire aussi : MERVIN Yves, ‘Joli mois de mai 1944 – La face cachée de la Résistance en Bretagne’.

  • L’Afrique entre les vieux caïmans et les jeunes galonnés

    L’Afrique entre les vieux caïmans et les jeunes galonnés

    Le président du Cameroun, Paul Biya, 92 ans, en poste depuis presque 43 ans, âgé et à la santé fragile, vivant une partie de l’année en Suisse, vient d’annoncer dans un message alambiqué qu’il était candidat aux nouvelles élections présidentielles prévues en 2025 au Cameroun.

    Entre les jeunes galonnés qui ont pris le pouvoir par les armes dans les Etats du Sahel ces dernières années, dont ils ont expulsé la France pour y accueillir la Russie, et les vieux caïmans du modèle de Paul Biya qui gagnent les élections avec des scores autour des 90% ses suffrages depuis un demi-siècle, il n’est pas sûr que l’Afrique soit mieux partie en ce XXIe siècle qu’elle ne le fut au précédent.

  • La mode des baskets blanches envahit tout

    La mode des baskets blanches envahit tout

    Avez-vous remarqué comme la mode des baskets blanches envahit petit-à-petit notre environnement ? Sur les plateaux télévisés on ne voit le plus souvent que le buste des journalistes mais parfois ils se lèvent et on les voit alors souvent montrer un jean et des baskets blanches portés sous leur veste bien coupée. Parfois même certains de ceux qui effectuent des prestations debout face aux caméras affichent un costume bleu marine élégant et… une paire de baskets blanches. Dans la rue, le port de la basket, ou de la tennis, blanche est de rigueur pour des millions de citoyens.

    Mais quelle ne fut pas notre surprise de découvrir sur la photo finale du dernier sommet de l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord) un barbu jovial en costume et baskets blanches !

    Après une rapide recherche sur l’Internet on découvre qu’il s’agit d’Edi Rama le premier ministre albanais dont le pays, ancienne possession ottomane, est membre de l’OTAN et candidat à l’entrée dans l’Union européenne. On ne sait pas si l’intégration de l’Albanie sera bénéfique pour l’Union européenne mais ce qui est sûr c’est que ce malotru a trouvé la solution pour se faire remarquer.

  • CONRAD Joseph, ‘Lord Jim’.

    CONRAD Joseph, ‘Lord Jim’.

    Sortie : 1900, Chez : Gallimard (folio n°1403).

    Joseph Conrad (1857-1924) est un écrivain de langue anglaise, né dans une ville de l’actuelle Ukraine qui était alors dans l’empire russe. Grand écrivain de langue anglaise il acquit les nationalités polonaise et britannique. Il a mené une carrière dans la marine marchande et nombre de ses écrits sont inspirés par le monde maritime. L’histoire de Jim fait partie de ceux-ci.

    Suite au naufrage du navire dont il était le commandant en second, Jim connait un moment de faiblesse et a une attitude manquant de noblesse face à ce drame. Il va passer le reste de sa vie à tenter d’expier ce moment fâcheux. Ne pouvant plus naviguer il mène sa vie comme commis maritime en Asie, de port en port, avant d’échouer comme représentant de commerce dans une île isolée peuplée de tribus plus ou moins musulmanes, on est sans doute dans l’archipel indonésien, et toujours entre deux batailles, généralement arbitrées par les sages avant qu’elles ne fassent trop de dégâts. Après avoir franchi différentes étapes initiatrices Jim, le seul blanc sur l’ile, y est reconnu comme un demi-Dieu. C’est là qu’il décide d’enterrer sa vie pour expier son péché originel, loin de ceux qui connaissent son passé.

    Le narrateur est lui aussi un homme de mer, qui s’est pris d’affection pour Jim mais le croise rarement au cours de ses pérégrinations maritimes. Alors il se fait raconter son histoire par ceux qui l’ont partagée avec Jim ce qui donne une tournure indirecte du récit un peu particulière. Le style est celui d’un écrivain du XIXe siècle, ample et détaillé. Les thèmes de ce livre sont ceux propres à Conrad : le bien et le péché, la présence et les actes des hommes blancs au cœur des empires coloniaux, et surtout : l’exil.

    Conrad a aussi écrit « Au cœur de ténèbres », roman flamboyant sur lequel s’est appuyé le scénario du film « Apocalypse now ». Dans ce roman c’est encore l’histoire de l’exil d’un homme, en Afrique centrale, transporté au Vietnam pour les besoins du film américain, où l’exilé frôle les limites de la déraison au cœur de tribus locales sur lesquelles il exerce un pouvoir surnaturel, une étrange domination, entre colonialisme mal assumé et volonté de faire le bien.

    Au cours de sa carrière dans la marine marchande Conrad a beaucoup navigué dans les empires coloniaux britannique et français. Ses récits sont imprégnés de l’atmosphère de cette époque et en donnent une image que l’on imagine réaliste bien que pas vraiment positive. C’est un de leur grand intérêt. « Lord Jim » ne déroge pas cette règle.

  • L’armée française termine son évacuation de l’Afrique de l’Ouest

    L’armée française termine son évacuation de l’Afrique de l’Ouest

    Les soldats français qui étaient encore présents au Sénégal sont en train de transmettre leurs implantations militaires aux autorités locales et d’évacuer ce pays d’Afrique de l’Ouest. Ce transfert se fait dans un cadre négocié et plus harmonieux qu’avec les trois pays du Sahel (Mali, Niger, Burkina-Faso) qui ont mis dehors l’armée française pour la remplacer par l’armée russe.

    Lire aussi : L’armée française a quitté le Burkina-Faso

    Après ce dernier mouvement de repli il ne restera quasiment plus de troupes françaises en Afrique de l’Ouest et centrale si ce ne sont quelques « formateurs » à l’importance symbolique. Pour le moment la France garde une base importante à Djibouti à côté d’implantations militaires américaines et chinoises qui lui ont fait perdre son « monopole ». Cette évolution fut majoritairement contrainte et forcée. Jusqu’à récemment Paris continuait à se complaire dans une position postcoloniale nuisible à tous. Les coups d’Etat qui se sont succédé au Sahel avec l’appui remarqué de la Russie ont amené au pouvoir des galonnés nationalistes qui ont mis fin plutôt brutalement à la coopération avec la France. D’autres anciennes colonies comme le Gabon et le Sénégal se sont inspirés de cette tendance pour la mettre en œuvre dans leur pays en y mettant un peu plus de forme.

    Alors que se ferme la page de la présence militaire française en Afrique, 60 ans après l’indépendance des colonies africaines, les tensions sont à leur comble entre la Russie et l’Occident. Ce redéploiement des troupes françaises est finalement très bénéfique pour toutes les parties. Il entraîne certes une légère blessure d’égo pour Paris puisqu’il n’était pas souhaité par la France, mais les militaires ainsi rapatriés sont ainsi très avantageusement redéployés sur des fronts directement liés à la sécurité française et européennes, et non plus réduits à servir d’oripeaux à un néocolonialisme français hors d’âge. De toutes façons, même sans avoir été mise dehors, l’armée française aurait sans doute été obligée de réduire la voilure en Afrique pour pouvoir disposer d’effectifs sur le nouveau front chaud de l’Est de l’Europe. Le rejet de la France par certaines de ses anciennes colonies n’a fait que précipiter un mouvement qui était déjà écrit.

    Il y a bien sûr quelques autres conséquences à cette situation dont certaines peuvent être considérées comme négatives. L’influence française sur ce continent est progressivement remplacée, parfois par l’influence russe ou parfois plus simplement par l’ouverture de ces pays au monde : Turquie, Emirats arabes unis… et c’est très bien ainsi. Il s’agit évidemment d’un déclassement pour la France qui perd un peu plus de son aura de « grande puissance », qui a déjà sérieusement pâli depuis plusieurs décennies. Les troupes françaises ne seront plus à disposition pour défendre des régimes, souvent fantoches, dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils ne furent pas très positifs pour le développement socio-économique des pays dont ils avaient la charge. Plus sérieux, l’armée française ne sera plus sur place pour intervenir rapidement afin de préserver le sort des expatriés européens en cas de guerre civile ou de coup d’Etat les mettant en danger et il n’est pas certain que les Russes soient disposés à se substituer aux Français en pareilles circonstances, on peut même être certains du contraire…

    Il reste maintenant à planter le dernier clou dans le cercueil de la Francafrique avec l’extinction du dernier symbole d’une période qui n’est plus : le Franc CFA. Celle-ci a été décidée par les pays concernés, y compris la France, mais pas encore mise en œuvre tant elle nécessite un courage politique certain pour les pays qui adopteraient une nouvelle devise qui ne serait pas adossée à l’euro (via le soutien financier de la France).

    Lire aussi : Deux bonnes nouvelles au Sénégal

  • Tentative de reprise de contrôle des finances publiques françaises à la dérive

    Tentative de reprise de contrôle des finances publiques françaises à la dérive

    Alors que le dernier budget de la République à l’équilibre date de 1974, les dernières années ont été marquées par une perte de contrôle des dépenses publiques françaises et un accroissement considérable des déficits et de la dette qui en résulte. Comme d’habitude la France dépense plus et plus mal que ses congénères européens au point que le gouvernement s’inquiète de la crédibilité du pays sur les marchés financiers internationaux et de sa capacité à continuer à trouver des prêteurs pour financer ses dépenses à un taux acceptable.

    Le gouvernement a présenté hier les grandes lignes d’un budget 2026 qu’il reste maintenant à faire voter. Le message principal est qu’il faudrait économiser 40 milliards d’EUR, non pas sur le budget 2025 mais sur ce que serait le budget 2026 si on le laissait dériver à la même vitesse que ces dernières années, ce qui veut dire nous aurons probablement quand même une hausse nominale des dépenses publiques en 2026 versus 2025.

    La foire d’empoigne politique a déjà commencé, bien avant les annonces du 15 juillet, en recyclant les solutions « de gauche » : il suffit de taxer Bernard Arnaud pour augmenter les recettes et réduire le déficit ; et les propositions « de droite » : il faut baisser la dépense publique et continuer à favoriser les entreprises qui seules créent des emplois et de la richesse. C’est une querelle vieille comme le monde, il ne sert même plus à rien de chercher à convaincre une partie des arguments de l’autre, on en est à la guerre de religion. Il faut juste que le parlement adopte un budget, dans un sens ou dans autre, et que le gouvernement l’exécute, adviendra ensuite ce que pourra.

    Par suite de la présentation d’hier par le premier ministre les élus et politiciens se sont déchaînés sur leurs réseaux dits « sociaux » en petites phrases assassines, en réactions pavloviennes et en slogans de circonstance, bien loin de la réflexion et de l’esprit de compromis qu’exige la situation. On est encore là en plein conflit entre l’intérêt général du pays et les misérables petits intérêts particuliers des hommes et des partis.

    Petit florilège de ces commentaires publiés depuis hier par le journal Le Monde.

    Leur bilan, c’est la ruine, et leur solution, c’est l’austérité 

    Sébastien Chenu (Rassemblement national – droite dure)

    Un budget brutal et inacceptable
    Demander toujours plus à ceux qui ont peu… et si peu à ceux qui ont beaucoup n’est ni sérieux, ni efficace, ni juste

    Boris Vallaud (Parti socialiste – gauche molle)

    Ce gouvernement préfère s’en prendre aux Français, les travailleurs et les retraités, plutôt que de faire la chasse aux gaspillages

    Marine Le Pen (Rassemblement national – droite dure)

    Bayrou aurait pu faire le choix de la justice. Il a choisi la violence de mesures dont le cumul va frapper très durement les familles
    Sur les bases actuelles, la seule perspective possible est la censure

    Olivier Faure (Parti socialiste – gauche molle)

    Ces mesures sont injustes, inefficaces et dangereuses pour le pays
    Comme syndicaliste, je vais tout faire pour empêcher cette potion amère
    [sur la suppression de deux jours fériés] On ne parle pas de n’importe quoi, on parle de la suppression du 8-Mai, jour de la victoire contre le nazisme. Alors que l’extrême droite est aux portes du pouvoir (…), le premier ministre nous annonce qu’il va supprimer le 8-Mai. C’est extrêmement grave

    Sophie Binet (CGT – gauche syndicale dure)

    Une nouvelle fois, ce sont surtout les classes moyennes qui seront mises à contribution alors même que c’est par leur mobilisation et leur puissance de travail que le pays peut s’en sortir : un contresens de plus !

    Xavier Bertrand (LR – droite molle)

    Nous n’accepterons jamais que le peuple paie les cadeaux faits aux plus riches en faisant courir un risque récessif au pays. Nous censurerons cette politique de malheur !

    Mathilde Panot (LFI – gauche dure propalestinienne)

    Dans ce tonnerre les voies du patronat et la majorité présidentielle résonnent faiblement pour globalement soutenir les grandes directions annoncées. Les discussions parlementaires débuteront à la rentrée car élus et partis politiques prennent des vacances. Elles promettent d’être animées, idéologiques et irréconciliables !

  • « Le mystère Cléopâtre » à l’Institut du monde arabe

    « Le mystère Cléopâtre » à l’Institut du monde arabe

    Cléopâtre VII (69-30 av. J-C.), reine de la dynastie des Ptolémées, femme de pouvoir et d’intelligence, a beaucoup séduit durant sa courte vie. Elle commence par épouser successivement ses deux frères qui règnent sur l’Egypte, puis devient la compagne des empereurs romains Jules César, puis Marc Antoine, avec lesquels elle a plusieurs enfants. C’était une époque de conquête où les vainqueurs étendaient leurs territoires et épousaient les reines qu’ils trouvaient sur place pour marquer leurs victoires.

    La Méditerranée est le centre du monde et l’Egypte en est la nation la plus prospère, Alexandrie sa capitale sublime. Les conquêtes grecques et romaines mêlent étroitement les économies et les cultures de ces empires. La gestion de Cléopâtre s’avère efficace à l’intérieur, avisée à l’extérieur. Elle est décrite comme une femme philosophe, érudite et séductrice, qui n’hésite pas à lever des armées pour défendre ses intérêts et ceux de l’Egypte, ou faire assassiner des concurrents.

    Après la mort de César tué par un complot elle épouse Marc-Antoine, allié du premier. Ils mènent ensemble diverses batailles contre leurs ennemis et gouvernent l’empire depuis Alexandrie. Mais Octave, futur empereur Auguste, fils adoptif de César, a de fortes ambitions et défait Marc-Antoine et Cléopâtre à la bataille d’Actium en 31 av. J-C. Les deux souverains vaincus se suicident et la légende voudrait que Cléopâtre ait mis fin à sa vie en se faisant mordre par un serpent. Nombre de ses représentations la font figurer avec un serpent, par ailleurs symbole phallique par excellence. Octave accepte que les deux époux-souverains suicidés soient enterrés ensemble à Alexandrie. On n’a jamais retrouvé leur tombeau. Sa découverte un jour serait un évènement archéologique majeur.

    Par la suite Octave fera courir les bruits les plus obscènes sur Cléopâtre pour la dévaloriser aux yeux de ses peuples. Guerre, empires, conquêtes, pouvoir, séduction, coups-bas, on voit que les comportements humains ne changent guère à travers les siècles !

    Reine de légende, Cléopâtre VII a attisé les phantasmes et est devenue l’égérie de nombre de mouvements féministes. Elle a aussi inspiré les mouvements d’émancipation afro-américains qui ont vu et admiré en elle une femme africaine préférant la mort à la soumission. La littérature puis, plus tard, le cinéma (de Mankiewicz à Alain Chabat) et la bande dessinée, se sont emparés de ce personnage exceptionnel. Une partie de l’exposition est consacrée à ces représentations parfois un peu caricaturales de cette souveraine dont, Pascal dit que « si [son] nez eût été plus court, toute la face du monde aurait changé ».

    L’Institut du monde arabe met en lumière de façon intéressante le règne de cette femme égyptienne et l’influence qu’elle eut jusqu’à nos jours.

  • EPSTEIN Fabrice, ‘Rock’n’Roll Justice : une histoire judicaire du rock’.

    EPSTEIN Fabrice, ‘Rock’n’Roll Justice : une histoire judicaire du rock’.

    Sortie : 2021, Chez : La Manufacture de Livres.

    Fabrice Epstein est un avocat, chroniqueur chez Rock & Folk, qui raconte ici quelques affaires judiciaires se rapportant plus ou moins au monde du rock. Dans un style un peu particulier fait de courtes phrases, incisives, pleines de références diverses, mêlant des informations parfois sans lien, tentant les jeux de mots sans toujours qu’ils soient drôles, il déroule ses histoires en quelques pages chacune. Des droits d’auteur des Beatles aux désillusions de Robert Fripp sur le solo de guitare qu’il commit dans « Heroes » de Bowie, en passant par les exhibitions de Jim Morisson condamnées en Floride ou les démêlés de Daft Punk avec la SACEM, on parcourt la chronique judiciaire de rockers dont ce n’était pas véritablement le domaine favori.

    C’est par contre celui d’Epstein qui va jusqu’à imaginer des procès qui n’ont pas eu lieu, généralement du fait de la mort des accusés : Sid Vicious sans doute coupable du meurtre de sa fiancée américaine Nancy Spungen, Jean de Breteuil, l’homme qui aurait fourni sa dernière dose, mortelle, d’héroïne à Jim Morisson dans une boîte parisienne…

    Un livre pour spécialistes, uniquement !

  • Iran-Algérie même combat contre la France

    Iran-Algérie même combat contre la France

    Le psychodrame franco-algérien qui dure depuis 1962, année de l’indépendance de ce pays, connaît ces derniers temps des épisodes plus dramatiques que psychologiques. Après la condamnation à cinq années d’emprisonnement de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, c’est un journaliste sportif français Christophe Gleises qui vient d’être condamné à sept années de prison alors qu’il menait une enquête sur un club de fouteballe kabyle dont le président est qualifié d’indépendantiste, donc terroriste, par les autorités locales.

    Depuis la reconnaissance de la « marocanité » du Sahara ex-espagnol, l’Algérie se déchaîne pour nuire à la France, son ancienne puissance coloniale. Il s’agit clairement d’une vengeance d’Alger qui n’a pas digéré cette prise de position en faveur du Maroc, son meilleur ennemi avec qui les relations diplomatiques sont rompues depuis 2021.

    Lire aussi : Paris franchit le Rubicon de la discorde

    On se demande d’ailleurs toujours pourquoi la France a pris parti alors qu’elle défendait jusque là la position neutre des Nations-Unies ? Il y a probablement eu des contreparties délivrées côté marocain. On espère qu’elles font plus que compenser les inconvénients générés par la dégradation des relations franco-algériennes. Il faudra faire le bilan dans vingt ans et, en attendant, le mieux serait que les citoyens français ne se rendent plus en Algérie pour le moment sauf en cas de nécessité absolue. Sans doute un reportage sur un club de fouteballe kabyle ne justifiait pas le risque pris par ce journaliste qui se retrouve en prison. Pas plus que le déplacement à Alger de Boualem Sansal, qui détient la double nationalité franco-algérienne, ne semblait indispensable.

    L’Algérie a une forte capacité de nuisance à l’encontre de son ancienne puissance coloniale et elle l’exerce sans retenue. Il est peu probable que Paris renvoie la flotte comme en 1830 en réponse au « coup d’éventail (chasse-mouches) » asséné par le Dey d’Alger au consul de France alors qu’il lui réclamait le paiement des dettes françaises. Alors il faut faire avec, chercher à être efficace, et non pas sauter sur son fauteuil comme les « journalistes » des médias du groupe Bolloré criant vengeance. Le gouvernement algérien est malin et, parfois, pervers, sans doute soutenu par une bonne partie de sa population. On se souvient de l’interview donnée à L’Opinion en début d’année par le président algérien qui marquait sa parfaite connaissance du système politique français et de ses contradictions avec lesquelles il sait jouer avec malice.

    Lire aussi : Un président algérien très malin

    Il s’agit pour la France d’être plus maligne que lui sans utiliser ses propres armes réprouvées par le droit international que Paris s’enorgueillit de respecter, encore pour le moment. La voie est étroite, il y a des intérêts économiques et de population (environ 8 à 10% de la population en France serait d’origine algérienne, détenant la double nationalité ou uniquement algérienne) non négligeables. Pour le moment, il est approprié pour les citoyens français de ne pas faire de tourisme en Algérie, ou de reportages de fouteballe. Il reste bien d’autres endroits sur la planète plus accueillants pour eux.

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  • En passant

    En passant

    A la Butte-aux-Cailles

  • L’Iran malfaisant, des touristes français inconséquents

    L’Iran malfaisant, des touristes français inconséquents

    De nouvelles arrestations de citoyens français sont à déplorer en Iran. L’Etat religieux perse détient à ce jour officiellement trois Français. Et il y en a peut-être quelques autres non officiellement reconnus ? Ces détenus français sont le plus souvent accusés de griefs qui paraissent fantaisistes se rapportant à l’espionnage contre la République islamique d’Iran. Ces pratiques qui relèvent de la prise d’otages sont assez habituelles dans ce pays et lui permettent de négocier des contreparties avec les pays d’origine de ces otages. Florilège :

    Novembre 1979, quelques mois seulement après l’instauration de la République « islamique », c’est le fait d’arme des mollahs qui laissent, voire téléguident, des « étudiants » qui envahissent l’ambassade de Etats-Unis d’Amérique à Téhéran et prennent en otage 53 membres américains de cette ambassade. L’Iran exige que les Etats-Unis leur livrent en échange le Chah qui a fui le pays. Une douzaine d’otages sont libérés après quelques semaines. Les 44 restant ne seront libérés qu’au bout d’une année et demie aux termes de transactions douteuses avec l’équipe du nouveau président, Ronald Reagan, qui aurait tout fait pour que cette libération n’ait pas lieu sous l’empire de son prédécesseur Jimmy Carter.

    Au cours des années 1980 de nombreux citoyens français, particuliers, journalistes et diplomates, sont pris en otage au Liban par des mouvements islamiques plus ou moins sous tutelle de l’Iran. L’un d’entre eux, Michel Seurat, est exécuté sur place par le mouvement terroriste Jihad Islamique. La libération des autres sera longue à obtenir et les négociations passeront toujours plus par Téhéran que par Beyrouth qui est en pleine guerre civile. Comme toujours en pareilles circonstances, les contreparties délivrées par la France restent confidentielles. L’une d’entre elle est apparue tout de même évidente : le remboursement à la République « islamique » du prêt que l’Iran du Chah avait consenti au consortium d’enrichissement d’uranium Eurodif. Cerise sur le gâteau, la France soutenait militairement l’Irak dans la guerre sauvage (1,2 millions de morts entre 1980 et 1988) déclarée par ce pays à l’Iran, c’était évidemment une circonstance aggravante, vu de Téhéran, qui n’a pas dû faciliter les discussions !

    En 2009, Clotilde Reiss, 24 ans, diplômée de Sciences-Po et de langues et cultures orientale part enseigner à Ispahan. Pour son malheur, son père a travaillé en France au Commissariat à l’énergie atomique, institution où elle fit un stage. Il n’en fallait pas plus pour que l’Iran l’accuse d’espionnage. Son procès est largement médiatisé sur place et on la voit comparaître, sous un foulard, pour s’accuser de tous les maux dont elle est chargée. Selon certains « analystes » en France il se pourrait que, sans être officiellement une espionne des services secrets français (DGSE) elle en ait été un contact informel. Quelques mois après sa libération, un des assassins sur le sol français du dernier premier ministre du Chah, Chapour Bakhtiar, a été libéré par Paris après 18 années de détention. M. Bakhtiar avait été poignardé puis égorgé en 1990 alors qu’il était réfugié en France après la chute du Chah. Il aurait servi de monnaie d’échange pour la libération de Clotilde Reiss.

    Quelques temps auparavant Bakhtiar avait déjà subi une tentative d’assassinat dont il avait réchappé mais qui avait tué une voisine et un policier français. Le terroriste libanais Anis Naccache avait été ensuite arrêté à Paris et condamné à perpétuité pour cette tentative d’assassinat avant d’être gracié et expulsé dix ans après les faits, un peu plus tôt que la perpétuité à laquelle il avait été condamné…

    En 2022 Olivier Grondeau avait été condamné pour espionnage à 5 années de prison puis libéré après 29 mois d’emprisonnement sans que l’on sache véritablement ce que la France a dû concéder pour cette libération. Il faisait a priori du tourisme dans le pays au moment de la répression qui s’était abattue sur les jeunes Iraniens manifestant leur colère face à la mort en détention de Mahsa Amini où elle avait été placée pour un voile mal ajusté. Grondeau aurait participé à, ou soutenu, ces manifestations.

    En 2022 également, un couple français, Cécile Kohler et Jacques Paris, est arrêté en Iran où ils termine un séjour touristique. Les autorités iraniennes mettent six mois à reconnaître qu’elles détiennent ces deux citoyens puis diffusent une vidéo dans laquelle Cécile « avoue être agent du service de renseignement extérieur de la France ». Ils sont en prison depuis trois ans et viennent d’être inculpés pour « espionnage pour le Mossad », « complot pour renverser le régime » et « corruption sur terre », accusations qui peuvent être punies de la peine de mort dans ce charmant pays.

    Cette semaine c’est à nouveau un jeune touriste franco-allemand de 18 ans qui a été arrêté pour « avoir commis un délit » selon les autorités locales. Le garçon parcourait la région à vélo et se répandait bien entendu sur les réseaux dits « sociaux » pour publier au jour le jour là où il se trouvait et en se permettant d’ironiser sur les consignes données par le gouvernement français de ne pas voyager en Iran ! Au cas où la police iranienne aurait eu du mal à le trouver il lui suffisait de suivre son compte Instagram…

    Dans un contexte de tensions régionales élevées, il est fortement recommandé aux ressortissants français de quitter le pays.

    L’espace aérien iranien et l’aéroport international de Téhéran demeurent fermés. En revanche, les frontières terrestres, avec l’Arménie et la Turquie notamment, sont à ce stade ouvertes.

    Note du 26/06/2025 de France Diplomatie

    Plus léger mais aussi symptomatique de l’incompatibilité des « principes » islamiques avec les « valeurs » occidentales, à plusieurs reprises sous différentes présidences françaises, à commencer par celle de Chirac, des repas à haut niveau ont été annulés car la délégation iranienne entendait interdire la présence de bouteilles de vin sur la table officielle. Il est évidemment plus facile pour Paris d’être ferme quand il s’agit de broutilles de cet ordre que lorsque la vie de Français est en cause.

    De cette liste de méfaits qui est loin d’être exhaustive on peut tirer deux grandes conclusions :

    • L’Iran n’aime pas la France, et cela risque de durer encore pour quelques générations,
    • Il vaut mieux éviter d’aller y faire du tourisme tant que les choses ne se sont pas améliorées.

    Il est dommage que les trois touristes français toujours emprisonnés en Iran n’aient pas partagé ces conclusions, d’abord pour eux car on ne peut pas vraiment être sûr qu’ils seront libérés un jour et, même s’ils en sortent vivants, ce sera après un séjour plus ou moins long (déjà trois ans pour Cécile Kohler et Jacques Paris) dans des conditions qui n’ont pas l’air d’être très agréables.

    C’est aussi regrettable pour la France qui se retrouve à chaque fois embarquée contre son gré dans des négociations extrêmement difficiles avec un pays qui ne respecte pas les mêmes règles qu’elle. Même si elle ne l’avoue pas officiellement la France doit à chaque fois en rabattre avec ses principes qu’elle estime moins importants que la vie de ses ressortissants.

    Peut-être faudrait-il interdire aux citoyens français de voyager en Iran ? Ce serait mieux pour tout le monde. Après tout, pendant très longtemps les citoyens américains étaient interdits de mettre le pied à Cuba, c’était même écrit sur leurs passeports.

    La civilisation perse est 4 fois millénaire, on peut sans doute attendre quelques décennies avant de retourner profiter de sa mugnifiscence.

  • « Marie-Laure de Decker – L’image comme engagement » à la Maison européenne de la photographie

    « Marie-Laure de Decker – L’image comme engagement » à la Maison européenne de la photographie

    Marie-Laure de Decker (1947-2023) fut une photographe-photoreporter née en Algérie qui a couvert nombre de théâtres de conflits mais avec aussi quelques incursions dans le monde culturel ou politique. Après avoir photographié les émeutes parisiennes de 1968, elle avait 20 ans et habitait dans le quartier latin, elle part s’installer au Vietnam entre 1970 et 1971 pour y documenter la guerre asiatique que les Etats-Unis sont en train de perdre. A son retour elle est recrutée par l’agence Gamma pour laquelle elle va couvrir d’autres guerres au Yémen, au Tchad, au Proche-Orient… Elle photographie aussi des zones de conflits politiques : le Chili après le coup d’Etat militaire (elle est mariée avec un Chilien dont elle aura un fils, Pablo qui a collaboré à cette exposition), l’Afrique du Sud sur la voie de la fin de l’apartheid, les mouvements féministes et sociaux dans le monde.

    Malgré les climats empreints de violence où elle a travaillé, elle a toujours revendiqué de se concentrer sur l’humain. Ses photos ne montrent pas de corps déchiquetés par les bombes mais la bonne bouille d’un soldat américain qui fête Noël à Da Nang en 1971, de jeunes prostituées dans les bars de Saïgon ou les miliciens Toubous au Tchad…

    Elle a passé beaucoup de temps dans ce dernier pays au moment où le chef rebelle Hissène Habré avait enlevé la chercheuse française Françoise Claustre, maintenue en captivité pendant de longs mois au milieu du désert. Elle a manifestement été fascinée par ces soldats rebelles dont elle ramena de nombreuses photos exposées ici. Ce que l’exposition ne dit pas c’est qu’Hissène Habré une fois arrivé au pouvoir se transforma en un dictateur sauvage et sanguinaire, beaucoup moins fascinant !

    Très belle, Marie-Laure de Decker a ponctué ses voyages d’autoportraits tous pris de la même façon, avec son Leïca face aux miroirs des salles-de-bains des hôtels où elle posait son sac. Certains sont montrés, souvent en noir-et-blanc, on la voit grande, un peu dégingandée, les cheveux ras et l’air sombre. Passer l’année de ses vingt ans au milieu de la guerre du Vietnam laisse quelques traces…

    Passagère de la deuxième moitié du XXe siècle, elle en a ramené l’album de quelques grands conflits mais aussi de petites choses comme cette célèbre photo de Giscard d’Estaing prise le soir de son élection comme président de la République alors qu’il se regarde à la télévision.

    Marie-Laure de Decker – Valéry Giscard d’Estaing 1974

    Remariée à l’avocat pénaliste Thierry Lévy dont elle a un fils, Marie-Laure décède à 75 ans d’une longue maladie.

  • McEWAN Ian, ‘Leçons’.

    McEWAN Ian, ‘Leçons’.

    Sortie : 2022, Chez : Gallimard (folio n°7518).

    Un nouveau roman-récit jouissif de l’auteur britannique Ian McEwan, né en 1948, qui retrace la traversée du siècle de Roland, un apprenti-poète, moitié loser, moitié romantique, balloté entre les femmes de sa vie, le fils laissé par l’une d’elle qui a tout plaqué pour devenir une écrivaines célèbre en Allemagne, ses poèmes, ses parents et les grandes tragédies du XXe, des décolonisations à la chute du communisme.

    Plutôt dépassé par les évènements de sa vie bohème, un peu jaloux de la mère de son fils qui rencontre un succès mondial avec ses livres alors que ses propres poème sont publiés dans la discrétion, accaparé par son fils dont il s’occupe seul et que sa mère refuse de rencontrer, il trouve du réconfort dans des dîners alcoolisés avec ses amis mais, surtout, en se retournant sur son enfance qui s’est passée entre la Libye où son père, sous-officier, était en garnison dans le désert avec sa famille, et son adolescence dans un collège anglais stricte dans lequel sa professeur de piano l’initie aux délices de l’amour.

    On suit avec amusement et tendresse la vie dans le siècle (le XXe) de ce personnage attachant auquel beaucoup de lecteurs sexa et septuagénaires peuvent se reconnaître. Et lorsqu’arrive la vieillesse vient le moment où il faut se confronter avec la disparition et l’absence, la mémoire de ceux qui ont quitté le monde, mais aussi le réconfort de sa famille qui s’agrandit et des générations suivantes qui, contre vents et marées, vont assurer la continuité de cette vie qui perdure !

  • GOLDSMITH Lynn, ‘Patti Smith Lynn Goldsmith – Avant Easter Après’.

    GOLDSMITH Lynn, ‘Patti Smith Lynn Goldsmith – Avant Easter Après’.

    Sortie : 2024, Chez : Rizzoli New York.

    Lynn Goldsmith, née en 1948, est une photographe américaine qui a réalisé des photos inoubliables des plus grands artistes du monde du Rock ‘n’ Roll de la seconde moitié du XXe siècle. Elle a aussi composé nombre de pochettes de disques célèbres, dont celle de « Easter » de P. Smith, sorti en 1978, et dont la série est publiée dans l’ouvrage. Elle a noué une relation d’amitié avec Patti que ce livre dévoile par la sensibilité et la qualité de photos qu’il contient. Celles-ci couvrent majoritairement la deuxième moitié des année 1970 alors que Patti Smith est déjà une artiste reconnue et a produit des disques rock de légende avec le Patti Smith Group dont les musiciens lui resteront fidèles durant des décennies et qui figurent sur des clichés dans cet ouvrage.

    Les photos de Lynn Goldsmith sont soigneusement posées et travaillées. Tout est pris en compte du décor aux vêtements, en passant par les attitudes. Mais le visage virginal de Patti est au centre de tout. Elle est belle, pure, charismatique, et on sait combien ses mots, ses musiques et ses concerts ont inspiré et guidé plusieurs générations. Seuls quelques textes illustrent ces photos. Ils sont signés Sam Shepard (son ami qui lui apprit la guitare), Fred Sonic Smith(son mari qui lui apprit la clarinette), Lynn Goldsmith et, bien sûr, quelques chansons-poèmes de l’auteure-compositrice-poète.

    Tous ces clichés retracent le monde de Patti Smith : ses musiciens, ses amis (souvent les mêmes), sa famille (son frère Todd qui fut son manager et décéda brutalement en 1994, l’année de la disparition de son mari Fred Sonic Smith [fondateur du groupe MC5]), ses inspirateurs (Rimbaud, William Blake, William Burroughs). Bref, l’atmosphère qui a entouré cette artiste exceptionnelle au visage aussi bouleversant que sa vie fut, et continue d’être, tendue vers ses combats poétiques.

    Ask the angels who they’re calling
    Go ask the angels if they’re calling to thee
    Ask the angels while they’re falling
    Who that person could possibly be

    And I know you got the feeling
    You know, I feel it crawl across the floor
    And I know it got you reeling
    And honey honey the call is for war
    And it’s wild wild wild wild…

    Ask the Angels – Patti Smith 1976

    Des photos remarquables, un livre émouvant.

    Voir aussi

    https://lynngoldsmith.com/wordpress/galleries/musicians/

  • Chauds les déficits

    Chauds les déficits

    Il fait chaud en France, canicule, réchauffement climatique et tout le tra-la-la. Les chaines d’information en continu passent à l’infini des interviews de Mme. Michu confirmant qu’il « fait chaud » et les conseils aux seniors de bien s’hydrater. Les partis politiques rivalisent de critiques contre le gouvernement rendu presque responsable de cette vague de chaleur et d’idées novatrices pour dépenser l’argent des contribuables afin de lutter contre le réchauffement.

    Le Rassemblement National (RN) annonce un « plan climatisation » de 40 milliards d’euros, La France Insoumise (LFI) propose de bloquer le prix de l’eau et d’instaurer un « congé climatique », le gouvernement parle de « quasi-gratuité des climatisations ». Un problème, une dépense annoncée et pas d’économie équivalente proposée pour compenser cette nouvelle dépense. C’est l’illustration jusqu’à l’absurde de la perte de contrôle des dépenses publiques au sein d’un pays qui est mal géré. Et n’oublions pas le financement des jeux olympiques programmés pour 2030 dans les Alpes françaises, les revendications des contrôleurs aériens, des professions de santé, des forces de sécurité, des chauffeurs de taxis, des débits de tabac, des écoles, des armées, des retraités, etc. etc.

    La perte totale du sens de l’intérêt général dans la gestion des deniers publics, par essence limités, pose un sérieux problème à notre pays qui descend doucement les marches de la décadence financière qui aboutit immanquablement au rabougrissement politique. Le pire est à craindre.

  • « Cherubini & Haydn » par le Chœur et l’Orchestre Symphonique de Paris

    « Cherubini & Haydn » par le Chœur et l’Orchestre Symphonique de Paris

    Cette soirée musicale en l’Eglise Saint-François de Sales de Paris, consacrée à Joseph Haydn (1732-1809) et Luigi Cherubini (1760-1842), nous est offerte par le Chœur et Orchestre Symphonique de Paris sous la direction de Xavier Ricour.

    Il fait une chaleur caniculaire aujourd’hui à Paris, le Requiem de Cherubini vient apaiser les esprits par son ampleur et sa majesté. L’œuvre a été composée pour commémorer l’exécution de Louis XVI. Elle présente la spécificité de ne pas comporter de solistes. Le chœur unifié, toujours entre murmure et clameur, se pose avec élégance et à-propos sur la partition de l’orchestre. Ce requiem est très bien interprété ce soir et plonge le public dans un abyme de sombre méditation dont il met un long moment à sortir alors que s’éteigne les dernières notes de l’Agnus Dei.

    Programme

    Luigi Cherubini

    • Requiem en Ut mineur

    Joseph Haydn

    • Prélude de l’hiver (extrait des Saisons)
    • Te Deum n°2 en Ut majeur
  • La droite française à la peine face aux déficits publics

    La droite française à la peine face aux déficits publics

    On se souvient que Laurent Wauquiez, l’éternel candidat malheureux de la droite, rejeté systématiquement par les militants de son parti, avait pris fait et cause pour les émeutiers lors de la révolte dite des « gilets jaunes » en 2018, n’hésitant pas à contredire au passage ses déclarations précédentes sur le « cancer de l’assistanat ». Le voici aujourd’hui qui se transforme en soutien des chauffeurs de taxi dans leur combat contre l’Etat. On apprend d’ailleurs à cette occasion que la majorité du chiffre d’affaires de cette corporation est constituée de fonds publics de la sécurité sociale qui les rémunère ainsi de leurs prestations de transports médicaux. Les négociations en cours entre l’Etat et les taxieurs portent sur des économies à faire sur le coût de ces prestations, économies dont bien entendu ne veulent pas entendre parler les chauffeurs arguant que c’est la fin de leur corporation si on baisse d’un centime leur rémunération. Nous sommes en France…

    Les chauffeurs de taxi ont une capacité de nuisance significative puisqu’ils peuvent bloquer la circulation en défilant au ralenti en cortège aux volants de leurs voitures, et ne s’en privent d’ailleurs pas. Ils sont une corporation privée vivant majoritairement sur les fonds publics issus des cotisations sociales payées par les citoyens et les entreprises. Il ne devrait pas être impossible d’envisager une amélioration de leur productivité comme n’importe quelle entreprise ou organisation le fait tous les jours. On ne sait d’ailleurs plus vraiment où en sont les négociations mais on sait que la corporation est soutenue par Laurent Wauquiez grâce à une vidéo qu’il a commise et publiée sur Facebook.

    Son contenu n’est pas d’un grand intérêt. L’élu de droite endosse l’argumentaire de la corporation. Il est instructif de lire les justifications avancées par celui qui aspire à être président de la République. Florilège :

    Aujourd’hui les taxis sont colère [sic]…
    C’est une profession qui bosse et dans notre pays il y a suffisamment d’économies à faire sur ceux qui travaillent pas (sic) pour pas aller (sic) taper (sic) ceux qui travaillent…
    Deuxième chose… pour faire des économies de bout de chandelle alors qu’il y a plein de gaspillages on va déstabiliser tout le parcours d’accompagnement de santé, aussi bien dans nos territoires ruraux que dans nos territoires urbains.

    https://www.facebook.com/watch/?v=3911641555814533&surface_type=vod&referral_source=vod_deeplink_unit

    Comme tout le monde en France, on est toujours d’accord pour faire des économies, mais chez le voisin !

    Il n’est pas sûr que ce genre de soutien soit très porteur d’avenir pour Laurent Wauquiez qui vient de se faire doubler par Bruno Retailleau pour la présidence de Les Républicains qui a ainsi pris un peu d’avance pour la candidature de ce parti à l’élection présidentielle de 2027. Wauquiez, comme nombre d’élus français, n’existe que par ses annonces de nouvelles dépenses publiques ou la défense de dépenses actuelles. On se souvient qu’il eut une attitude plus qu’ambigüe lors de la réforme des retraites visant à mettre fin à la croissance continue des déficits de financement du système français. Sa position, et celle de son parti, plutôt tiède à l’égard de la réforme a probablement fortement contribué à la chute du gouvernement Barnier en 2024 et au chaos institutionnel qui en a résulté.

    Les électeurs et les militants « de droite » attendent sans doute des positions plus ambitieuses de ceux qu’ils portent à la tête de leur parti (leur « famille politique » comme on dit désormais). On peut imaginer que cette clientèle serait plutôt favorable à une maîtrise de la dépense publique, en tout cas moins défavorable que les électeurs « de gauche ». Mais même dans ce contexte favorable les élus de droite comme Laurent Wauquiez n’osent pas prendre leurs responsabilités et annoncer à leurs électeurs qu’il va bien falloir baisser les dépenses publiques !

    C’est aussi l’une des marques de la déresponsabilisation générale du pays.