Avec toujours une délicatesse assumée et un art de vivre consommé, les mafias corses continuent leur politique d’assassinats. Cette fois-ci c’est l’affairiste Alain Orsoni qui en fait les frais. Il a été tué ce 12 janvier, à 71 ans, dans le cimetière de son village où il assistait aux obsèques de… sa mère. Il avait démarré sa « carrière » dans la politique au sein du Front de libération nationale corse (FLNC) et fit des séjours en prison pour les violences commises sous couvert de militantisme. Son frère Guy est assassiné en 1983, il semble que c’était Alain qui était alors visé. Il passe ensuite dans les affaires, club de fouteballe, business de casinos en Amérique latine, continue à subir régulièrement des tentatives d’assassinat et à être impliqué dans d’autres à l’encontre de différentes bandes locales. Son fils, soupçonné d’avoir participé à plusieurs crimes, est toujours en prison.
Au-delà du cas regrettable de la mort de M. Orsoni qui fait suite à toute une myriade de meurtres, extorsions diverses, trafics généralisés, au travers des affaires corses ces dernières années, ce nouveau crime contre un parrain du système confirme si besoin en était que la Corse n’est pas soluble dans les règles de la République et que la France ne sait pas comment se débarrasser du fardeau de cette île imprudemment achetée à la République de Gênes an 1768. Il semble que la solidité juridique de cette cession était discutable et Gênes continua de réclamer le retour de sa souveraineté sur la Corse durant des décennies. Paris n’y a jamais consenti, hélas…
Depuis 1768 cette île n’est que rébellions, révoltes, attentats, protestations et volonté d’indépendance plus ou moins consciente. Là encore l’Etat français a cru pouvoir maintenir sa souveraineté sur l’île, d’abord par la force, ensuite par le droit et, aujourd’hui, un peu par les deux. Entre temps, la violence des mafias locales a pris le pas sur la sincérité des militants. Tout le monde tue tout le monde et l’Etat ne sait que faire avec ce confetti corse qui ne lui rapporte que des ennuis et des dépenses, et entraîne sa population dans la violence et la frustration.
Plus grave encore : des situations similaires se font jour dans les autres confettis de l’Empire dont la Nouvelle-Calédonie est le plus emblématique. C’est le prix à payer aujourd’hui pour le péché de colonisation commis hier. Le divorce est prononcé depuis longtemps entre ces deux iles et la République mais les parties n’arrivent toujours pas à se séparer de corps. Il faudra pourtant bien y arriver un jour, « quoi qu’il en coûte ».
L’ancien président de l’assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, indépendantiste se cachant derrière l’étiquette « nationaliste » a prononcé un discours à la tribune de l’ONU le 20 juin 2024 dont il rend compte sur son site web : « La colonisation française de la Corse ».
Il y démontre juridiquement que la présence « française » en Corse présente toutes les caractéristiques d’une occupation coloniale : l’annexion sauvage avec « vision exterminatrice » des officiers chargés de la conquête au XVIIIe siècle, l’administration du territoire par « une entité politique extérieure [la France] », la conversion culturelle, dont linguistique, « d’un monde à l’autre » menée brutalement par l’instruction publique imposée par Paris, le développement économique déterminé par des « intérêts extérieurs », ceux de la puissance dominante, l’objectif démographique de noyer le problème corse sous un flot de nouveaux arrivants non Corses à qui l’on confie les commandes de l’ile au détriment des insulaires et la diffusion par le colon de l’ethnotype du « Corse fainéant » qui, avec le temps, a généré un sentiment d’infériorité.
Une fois ce constat effectué, son auteur est moins disert sur les solutions possibles pour sortir de l’imbroglio. Paris et ses gouvernements successifs sont rendus responsables de tous les maux du territoire et accusés de n’avoir pas « fait le moindre pas, réel et sérieux, en direction d’un règlement politique de la question corse ».
On comprend sans peine que l’abaissement culturel et moral des colonisés vise à conforter ces intérêts politiques et économiques en « légitimant » la domination… Tout cela est d’une grande cohérence, cohérence qui donne à la démarche coloniale son caractère systémique.
Le texte se réfère à la situation similaire de la Nouvelle-Calédonie. Il a été écrit avant les récentes évolutions de cette colonie du Pacifique qui envisagent la création d’une nationalité calédonienne au sein de la Nation française et des transferts de compétence importants de l’Etat français au quasi-Etat de Nouvelle-Calédonie qui resterait néanmoins dans la République française. Tout reste à faire. La Corse pourra s’inspirer de ce qui se passera entre Nouméa et Paris.
La Corse comme la Nouvelle-Calédonie sont des colonies « modernes » au sens où il y règne la démocratie et le droit de vote pour tous mais où les insulaires rejettent plus ou moins consciemment le rattachement à une « puissance extérieure » même s’ils en apprécient les avantages financiers. Elles sont une mine de difficultés, présentes et à venir, pour toutes les parties. Elles n’offrent que des avantages géopolitiques illusoires à la France.
L’objectif reste l’indépendance pleine et entière de la Corse et la Nouvelle-Calédonie mais celle-ci mettra du temps à intervenir, sans doute des générations. En attendant, la tâche de M. Talamoni et des siens est de convaincre les Corses de l’objectif d’une indépendance heureuse.
La Côte d’Ivoire organise des élections présidentielles pour la fin de l’année. On ne sait pas si leur président actuel, Alassane Ouattara, 83 ans, en poste depuis 13 ans, envisage de se représenter pour un nouveau mandat, ce qui serait déraisonnable vu son âge, mais ce qui est sûr c’est que son principal opposant, Tidjane Thiam, 62 ans, vient d’être déclaré inéligible car il ne serait plus considéré comme ivoirien, suite à l’acquisition de la nationalité française, au titre d’un vieil article de loi exhumé par une juge et quasiment jamais appliqué, sauf pour l’occasion permettant ainsi d’éliminer le patron du premier parti d’opposition.
L’homme a fait une longue et plus ou moins brillante carrière à la tête ou dans les équipes dirigeantes de grandes entreprises européenne, dont le Crédit Suisse. Il habite à Paris et ne semble pas particulièrement imprégné de la Côte d’Ivoire, bien que favori dans les « sondages » locaux. Il vient de renoncer à cette nationalité française ce qui fait de lui un apatride puisqu’il n’est plus considéré comme ivoirien mais il affirme rester dans la course pour l’élection présidentielle de cette fin d’année.
Au-delà de son cas personnel, l’ironie de cette situation est le retour de flammes subi par ces très nombreux citoyens africains, du Maghreb à l’Afrique centrale, qui bénéficient de la nationalité française, généreusement distribuée par Paris depuis des décennies, en plus de la leur. Cette nationalité française était autrefois un gage de sécurité et de supériorité pour les élites locales qui en bénéficiaient, c’est devenu un boulet depuis que nombre de pays africains sont fâchés avec la France.
On avait ainsi découvert avec stupeur en 2023 que le ministre malien de la défense avait la double nationalité en pleine crise entre son pays et la France. La même année c’est le président malgache qui était pris dans un imbroglio politico-juridique du fait de sa double nationalité. La moitié du conseil des ministres des Comores bénéficierait également de la nationalité française alors que l’archipel agit depuis des années contre les intérêts de Paris dans le cadre de sa revendication du territoire « français » de Mayotte.
La logique et un minimum de cohérence voudraient que ces dirigeants en conflit idéologique avec l’ancienne puissance coloniale renoncent à leur nationalité française et en fassent la publicité. Ils ne l’ont fait que très exceptionnellement ou alors, poussés par les évènements comme récemment M. Thiam. Dans un autre domaine, certains des Etats qu’ils dirigent n’arrivent toujours pas à quitter la zone Franc tant honnie, au moins dans leur communication. Ces pays continuent donc à bénéficier de la liaison de leur devise avec l’Euro, tout en la critiquant.
Il n’est pas toujours facile de mettre ses actes en accord avec ses idées, dans la vie comme en politique. Mais en ce qui concerne certains pays africains en opposition frontale avec la France le grand écart parait intenable mais contre toute attente il est maintenu. Le sens des responsabilités est une qualité qui n’est pas donné à tout le monde.
Le département d’outre-mer français de Mayotte, sis dans l’archipel des Comores, au bout du monde dans le canal de Mozambique, entre Madagascar et le Mozambique, a subi en décembre 2024 les effets dévastateurs d’un cyclone baptisé Chido. Ce petit bout de territoire n’avait vraiment pas besoin de ça alors qu’il est déjà l’objet d’un sous-développement endémique et soumis à l’hostilité des Comores dont il fait géographiquement partie. E effet, celles-ci n’ont jamais admis que Mayotte n’ait pas été juridiquement incluse dans l’archipel des Comores lorsque celui-ci obtint son indépendance de la France dans les années 1970. Le contentieux entre la France et ces Comores est donc lourd et ancien, aggravé par les agissements de mercenaires de pacotille (Bob Denard et sa bande) que Paris a laissé plus ou moins fomenter des coups d’Etat dans ce micro-pays où il agit comme un proconsul avant que l’armée française ne mette fin à ces dérives en 1995.
Les deux iles qui composent Mayotte sont dans un état de pauvreté avancé et devenues la destination favorite d’émigrés comoriens qui, en traversant le bras de mer qui les sépare de Mayotte, espèrent se rapprocher des mirages de la richesse française, supérieure à celle de leur pays. Cette immigration hors de contrôle désorganise durablement le territoire de Mayotte et génère une délinquance soutenue. La situation de ces confettis se dégrade d’année en année et personne ne voit bien comment endiguer cette descente aux enfers.
La population de Mayotte serait de 330 mille habitants dont la moitié d’étrangers venant des Comores, une majorité d’entre eux étant en situation irrégulière. Mayotte n’a évidemment pas les moyens d’accueillir de tels flux de population, pas plus qu’elle n’est en mesure de les contrôler. L’hostilité historique, et compréhensible, des Comores rend par ailleurs difficile toute coopération en ce sens. La situation de Mayotte, et d’ailleurs de l’ensemble de l’archipel, rend vain tout espoir de développement économique.
Le cyclone Chido est dons arrivé sur une situation déjà explosive. Il semble qu’il eut finalement beaucoup moins de morts qu’initialement craint, au point que certaines rumeurs ont circulé comme quoi les immigrés illégaux, par nature peu ou pas répertoriés, auraient enterré leurs morts très rapidement, selon la tradition musulmane, et sans en informer les autorités d’où un bilan sous-évalué. Peut-être, en tout cas le bilan officiel fait état d’une quarantaine de morts. Une bonne partie de l’habitat local est composée de cabanes en tôles ondulées, façon bidonvilles, qui n’ont évidemment pas résisté aux vents cycloniques. Les habitats et infrastructures en dur ont aussi été sérieusement endommagée. Des écoles, des centres de santé, des routes, des ponts, l’aéroport ont été endommagés et il faudra des années pour tout remettre en état.
Les bidonvilles détruits étaient principalement occupés par des Comoriens immigrés, légalement ou pas. Les images de leur destruction sont impressionnantes. Le personnel politique français qui défile sur l’île dévastée explique que la France va reconstruire ceci, éliminer ceci, favoriser le développement économique pour que, enfin, Mayotte « soit traitée comme un véritable département français » et de prendre des engagements qui ne seront évidements pas intégralement tenus car ils ne peuvent tout simplement pas l’être.
Qui peut croire une seconde que les bidonvilles vont être remplacés par des logements sociaux en dur ? Envisage-t-on la moindre chance pour ce territoire de connaître même un ersatz de développement économique ? Qui va aller investir dans ce département sous perfusion financière de la métropole ? Peut-on penser que les flux migratoires en provenance des Comores éloignées de 50 km pourront être contrôlés tant que Mayotte sera française ? Et dans l’hypothèse improbable où la situation économique de Mayotte s’améliorerait cela ne ferait que renforcer son attractivité pour l’immigration comorienne.
La situation est inextricable et peu nombreux sont ceux qui osent le dire. La seule solution qui parait cohérente, et qui n’a jamais été testée serait l’ouverture de négociations avec les Comores sur la rétrocession de Mayotte à l’archipel. C’est d’ailleurs la solution préconisée par les Nations Unies qui maintient Mayotte sur sa liste des « territoires non autonomes ». Une telle hypothèse entraînerait un grave traumatisme pour la population française de l’île à qui il faudrait proposer de pouvoir rester français et la possibilité de s’installer en France métropolitaine si ses membres ne veulent pas rester sur place à l’issue d’une éventuelle réunification des Comores. C’est faisable, on parle de 200 mille personnes, mais cela demanderait une initiative de Paris que l’on voit mal menée par le personnel politique français actuel.
En attendant, Mayotte continue à revendiquer son statut de « département français de plein exercice » que la métropole continue à être incapable de lui assurer, non seulement pour des raisons financières, mais surtout aussi pour des motifs culturels et de positionnement géographique dans un environnement qui rend très improbable tout espoir de développement économique. Toutes les lois « de programme sur le développement de Mayotte » comme celle en cours d’examen par le parlement français se heurteront aux mêmes obstacles que personne n’a réussi à abattre depuis les années 1970 et qui, au contraire, deviennent de plus en plus infranchissables.
L’assemblée de corse a inclus dans son règlement intérieur il y a quelques années déjà que les « langues des débats sont le corse et le français ». Le site web de cette institution est d’ailleurs bilingue de même que les messages des élus sur leurs comptes des réseaux dits « sociaux ». Heureusement pour les francophones qui s’intéressent à cette communication nombre d’applications traduisent facilement le corse en français et, parfois, le site de l’assemblée de corse propose également une traduction en français des discours ou débats, au moins pour le moment.
La cour d’appel administrative de Marseille vient de rendre un arrêt dans lequel il est rappelé que « La langue de la République est le français », comme mentionné dans l’article 2 de la Constitution, et qu’il est donc illégal de parler le corse dans une institution publique comme l’assemblée de Corse. Cette position a évidemment provoqué localement une « indignation unanime ».
La collectivité de Corse, un autre machin administratif spécifique à cette île, a publié un communiqué ce 3 décembre :
Nous avons tous été impressionnés et émus par la sincérité de ces jeunes, leur incompréhension de voir leur langue interdite dans les institutions et dans l’espace public alors même que le système éducatif s’affirme favorable au bilinguisme, leur refus d’accepter cette injustice, leur volonté de la combattre de façon démocratique et pacifique.
Nous leur avons tous dit, chacun avec nos mots, que nous n’acceptons pas qu’ils soient aujourd’hui contraints de faire ce que nous avons fait quarante ou cinquante ans avant eux : aller dans la rue pour avoir le droit de parler notre langue.
Notre devoir est d’être aux côtés de cette jeunesse.
Pour lui dire que, oui, le droit à parler, écrire, chanter, rêver dans sa langue ou dans ses langues est un droit fondamental, au plan individuel et au plan collectif.
Pour le moment les négociations avec l’Etat sur une « autonomie » du territoire sont embolisées à cause de l’instabilité politique. Elles n’ont pas encore abouti à une modification de la Constitution reconnaissant la « langue corse » pas plus que le « peuple corse ». Le mieux serait que cette « autonomie » devienne un jour une indépendance afin que le « peuple corse » puisse se développer dans sa langue, loin de l’oppression française. Cela va prendre des générations mais il faut toujours revenir à la question basique : « existe-t-il une chance, si mince soit-elle, que les Corses soient un jour heureux et apaisés d’être partie de la République française ? » La réponse est hélas « non », les conséquences à en tirer sont donc claires : l’indépendance, mais une indépendance intelligente, convenue entre négociateurs responsables, sur la durée et qu’elle qu’en soit le prix.
Devant l’effondrement économique provoqué, entre autres, par les émeutes de mai 2024 et les destructions considérables qui en ont résulté, le gouvernement de Nouvelle-Calédonie mené par son président indépendantiste Louis Mapou se voit obligé d’aller à Canossa en venant quémander à Paris les financements publics nécessaires à la reconstruction du tissu économique de l’archipel consciencieusement mis à bas par la révolte des populations « kanaks » qui ne voulaient pas entendre parler de changement dans la constitution du corps électoral. Celui-ci est en effet gelé pour les élections locales depuis 1998, ce qui veut dire, par exemple, qu’une personne qui se serait installée sur le territoire en 1999 ne peut pas voter pour les élections provinciales depuis cette date, notamment bien entendu en cas de référendum sur l’indépendance. Comme ce sont très majoritairement des non-kanaks qui émigrent vers la Nouvelle-Calédonie, cette mesure visait à donner progressivement la majorité aux populations kanaks pour leur permettre d’emporter les référendums sur l’indépendance puisqu’elles sont censées croître plus rapidement que les populations non-kanaks. Hélas, les choses ne se sont pas passées comme prévu et les trois scrutins organisés en 2018, 2020 et 2021 ont donné des majorités à la dépendance envers la France.
Alors voir aujourd’hui un gouvernement indépendantiste demander à Paris des financements à hauteur de 4,2 milliards d’euros pour son « plan de sauvegarde, de refondation et de reconstruction », ou PS2R, c’est un peu Vercingétorix déposant les armes devant César après la défaite d’Alesia ! Heureusement Louis Mapou devrait connaître un sort moins funeste que celui du chef gaulois qui aurait été étranglé dans les geôles de César. Il va d’ailleurs très certainement repartir dans le Pacifique avec ses sous bien que ce ne soit pas le meilleur moment compte tenu de la situation déplorable des finances de la République et la multiplicité des revendications en cours de toutes les corporations qui exigent « plus de moyens » en métropole comme dans tous les confettis de l’Empire.
On pourrait imaginer que le gouvernement calédonien indépendantiste soit gêné de venir ainsi demander aux contribuables métropolitains de financer la reconstruction de l’économie calédonienne dévastée par ses propres soutiens mais en réalité l’imaginaire kanak considère que la France est responsable de ce chaos politique et économique et qu’il est donc normal qu’elle paye pour en sortir. C’est une nouvelle fois la démonstration par l’absurde de l’absence totale d’espoir d’une solution autre que l’indépendance à long terme. La visite récente à Nouméa des présidents de l’assemblée nationale et du sénat en ce mois de novembre n’a évidemment abouti à rien sinon que ces deux personnalités ont soutenus le PS2R et les dépenses publiques qu’il nécessite…
Une visite qui ne va sans doute pas marquer l’histoire de la Nouvelle-Calédonie
La route vers l’indépendance est aujourd’hui coupée, mais il est nécessaire pour toutes les parties de la réparer et de s’y engager de nouveau. Tout est aujourd’hui détruit, l’économie comme l’espoir. Il semble que des départs définitifs de non-kanaks se produisent vers les pays avoisinants et la métropole, ce qui va dans le bon sens pour une évolution du corps électoral vers l’indépendantisme. Dans le même temps le Palika (parti de libération kanak), seul parti qui ose revendiquer ouvertement l’indépendance et auquel appartient M. Mapou, vient de se mettre « en retrait » du FLNKS (Front de libération nationale kanak et socialiste) jugé non crédible pour « avancer dans le cadre de la décolonisation ». Des choses bougent (un peu) et du chaos ne peut sortir que la vision pour une Calédonie enfin indépendante.
Les présidents du sénat et de l’assemblée nationale sont partis en Nouvelle-Calédonie pour y mener une « mission parlementaire de concertation et de reprise du dialogue ». Pas sûr que ce soit la voie la plus rapide vers la décolonisation et l’indépendance que ce territoire mérite le plus rapidement possible. C’est en revanche le chemin le plus sûr pour engager de nouvelles dépenses publiques en faveur de l’archipel qui a été dévasté par des semaines d’émeutes, pas complètement terminées d’ailleurs.
De la non-réélection du président indépendantiste du congrès du territoire, Roch Wamytan qui a présidé cette institution environ une dizaine d’années, et son remplacement par une candidate modérée, Veylma Falaeo, jusqu’aux désastres économiques qu’affronte ce territoire pacifique, c’est une vague de mauvaises nouvelles qui déferle.
La non-reconduction du président indépendantiste
Contre toute attente le président indépendantiste Roch Wamytan a été remplacé à la tête du congrès calédonien par Mme. Veylma Faleo du parti l’Eveil océanien. Plutôt modérée, elle s’affiche comme « « ni indépendantiste, ni non-indépendantiste ». Son curriculum-vitae publié sur le site web du congrès (cv Veylma Faleo) déborde de bonnes intentions, d’engagements associatifs, de défense des droits de la femme et de « troisième voie » quant à « l’avenir institutionnel du pays ». Le terme « pays » est d’ailleurs systématiquement retenu dans la documentation émise par le congrès lorsqu’il parle du territoire.
Cette femme n’est sans doute pas vraiment formatée pour emmener l’archipel vers son indépendance, seule issue possible pour sortir de ses contradictions existentielles politiques et économiques.
La Nouvelle-Calédonie s’enfonce dans la crise économique
Les émeutes du mois de mai dernier ont dévasté le tissu économique et les troubles ne sont d’ailleurs pas vraiment terminés, un dixième mort étant à déplorer en juillet dernier, un jeune homme touché lors d’échanges de tirs avec des gendarmes. Le gouvernement calédonien se propose de mettre en place
Un plan de « sauvegarde de refondation et de reconstruction » (S2R) a été élaboré par le congrès. Les grandes lignes en sont présentées sur son site web (S2R) et l’article se termine par :
Le plan a vocation in fine à être transmis à l’État dans le cadre de l’examen du projet de loi de finances 2025 (PLF 2025).
Il n’y a pas de montant affiché dans ce plan mais la presse a parlé d’une enveloppe de 4,2 milliards d’euros demandée par le gouvernement calédonien à l’Etat français, c’est-à-dire à ses contribuables.
Et comme une mauvaise nouvelle ne vient jamais seule, la compétition actuelle sur le marché du nickel a entraîné la fermeture, sans doute définitive, de l’usine « du Nord » détenue par des capitaux privés et l’administration indépendantiste de la région nord. A ce stade il n’y a pas de repreneur connu pour cette installation industrielle de toute première importance pour cette région et il est peu probable qu’elle puisse être gérée dans des conditions économiques acceptables par des intérêts uniquement publics qui n’auraient sans doute ni les compétences ni les ressources nécessaires.
Quelle voie de sortie de l’imbroglio ?
Difficile d’imaginer une porte de sortie positive dans une situation aussi désastreuse pour toutes les parties. Il semblerait qu’un certain nombre de personnes de la communauté non-canaque soient en train de liquider leurs affaires sur place pour émigrer soit dans la région, Australie ou Nouvelle-Zélande, soit pour revenir en France hexagonale. L’avenir politique à court terme est sombre, les émeutes vont certainement reprendre un jour ou l’autre, les besoins de financement sont considérables alors que la France est en grande difficultés financières et, le plus grave, personne ne sait bien par quel bout prendre le dossier.
Pas très loin de Nouméa, environ 500 km au nord, étaient le condominium franco-britannique des Nouvelles-Hébrides qui obtint son indépendance en 1980 par suite d’un référendum qui se prononça en faveur de ce statut. C’était il y a 40 ans, les enjeux étaient sans doute moindres, 110 000 habitants seulement, pas de matières premières et, sans doute, des dirigeants locaux, français et britanniques plus visionnaires. Puisse la Nouvelle-Calédonie suivre le chemin apaisé montré par le Vanuatu dans les années 1980 !
Le chef corse indépendantiste Jean-Guy Talamoni (avec un ‘i’ muet) a publié une chronique inattendue dans le journal Le Monde du 15 août intitulée « La Corse doit se réapproprier l’ensemble des grandes figures de son histoire, et singulièrement celle de Napoléon ». Il a passé une partie de son été à présenter dans les villages de son pays le film d’Abel Gance « Napoléon » tourné en 1927. Il rappelle avec force que Napoléon (1769-1821) était corse et reproche bien entendu aux Français de s’approprier sa gloire en laissant les aspects sanglants de celle-ci à son ile natale. Il admet que Napoléon ne fait pas l’unanimité en Corse, certains le considérant comme traître à la « cause nationale corse » dès qu’il fut aspiré par son destin guerrier européen, lui préférant Pascal Paoli (1721-1807), le « père de la patrie corse ». Talamone se réaffirme « paoliste » mais sans toutefois rejeter complètement le « bonapartisme ».
En réalité, ce micro-pays de Corse est à la recherche de grands hommes pour fonder ses convictions et ses passions, et il n’en trouve pas beaucoup. C’est le syndrome de ces confettis de l’Empire qui rejettent les héros français par haine du colonisateur et aimeraient bien y substituer des natifs de leurs pays. Mais on ne fonde pas une histoire ni une pensée unitaire sur des mafieux ou des joueurs de fouteballe.
Le cas de la Martinique, autre confetti de l’empire, est révélateur à cet égard. Aimé Césaire (1913-2008), poète, penseur de la « négritude » et homme politique a « régné » sur la Martinique jusqu’à sa mort à 94 ans, laissant une œuvre littéraire et politique considérable, forgeant le respect du monde culturel et politique bien au-delà de la Martinique et de la France. Même si la proportion de Martiniquais ayant lu ses publications est sans doute assez modeste, il réunissait sur son nom, par le respect qu’il inspirait dans le monde, les Martiniquais qui étaient fiers de lui. Ils avaient trouvé un héros local qui les a valorisés. A l’inverse, la Guadeloupe voisine, qui n’est pas en très bons termes avec la Martinique, n’a pas trouvé de héros unanime à qui se référer et c’est sans doute aussi l’une des raisons qui explique son retard économique et culturel par rapport à la Martinique.
Alors suivons Talamone et favorisons l’appropriation de Napoléon par la Corse. Paris pourrait au besoin y transférer les cendres du grand homme si ce pouvait être un gage d’apaisement et de sérénité pour ce territoire dans sa route heurtée vers l’indépendance.
Les informations du ministère algérien des affaires étrangères étaient les bonnes, la France vient effectivement de baiser la babouche du Roi du Maroc en reconnaissant la souveraineté marocaine sur le Sahara « espagnol » dans une lettre du président de la République adressée à son homologue marocain. Courroucée, l’Algérie a, une énième fois, rappelé son ambassadeur en France. Une nouvelle tempête s’annonce dans le verre d’eau franco-algérien.
« Pour la France, l’autonomie sous souveraineté marocaine est le cadre dans lequel cette question doit être résolue. Notre soutien au plan d’autonomie proposé par le Maroc en 2007 est clair et constant. »
Le citoyen français se demande vraiment de quoi se mêle-t-on à Paris ? Où sont les intérêts vitaux de la France à s’ingérer dans un conflit régional africain ? Les échecs des expériences récentes d’interventionnisme sur le continent n’ont-elles pas servi de leçon ? A priori non, et c’est regrettable !
A ce stade et depuis hier, Paris est maintenant réconcilié avec Rabat et désormais fâché avec Alger. Gageons que cette situation va certainement s’inverser un jour, au gré des relations tumultueuses de la France avec ses anciennes colonies. Plutôt que ces montées de tensions subites et ces déclarations d’amour intempestives pourquoi ne pas avoir laissé la situation ante : une relation fraîche avec ces deux pays en les laissant gérer leurs litiges tous seuls comme des grands. Notons d’ailleurs que celui issu de la « guerre des sables » de 1964 n’est toujours pas soldé entre ces deux pays maghrébins.
De tous les pays membres des Nations-Unies (ONU), la France est la plus mal placée pour interférer dans ce conflit de décolonisation en tant qu’ex-puissance colonisatrice, justement des deux Etats qui se disputent ce bout de désert anciennement colonisé par l’Espagne. Paris ne sera qu’une source additionnelle de troubles et prendra des coups venant des deux côtés. Nous n’arrivons déjà pas à décoloniser la Nouvelle Calédonie, qu’allons donc nous faire dans cette nouvelle galère saharienne ?
Le psychodrame continue, grandeur et décadence d’un ex-Empire !
A Nouméa le pays fait ses comptes, et ils semblent salés. Outre les dix morts qui sont à déplorer, les destructions matérielles résultant des récentes émeutes sont évaluées par le gouvernement local à plus de deux milliards d’euros. Plus grave encore, l’économie est à l’arrêt sur fond de crise mondiale du nickel dont la Nouvelle Calédonie est riche. Au vu de l’atmosphère politique régnant dans l‘archipel on peut comprendre les inquiétudes des investisseurs à remettre des sous dans une telle économie. C’est sans doute, une fois de plus, le contribuable métropolitain qui va être mis à contribution pour payer les additions.
Selon le correspondant local du journal Le Monde (13/07/2024) un certain nombre d’opérateurs économiques envisageraient d’attaquer l’Etat français pour qu’il assume les responsabilités financières des destructions puisqu’il n’a pas su maintenir l’ordre. S’il y a une chose certaine dans l’océan d’incertitude qui entoure la Nouvelle Calédonie c’est que les contribuables nationaux vont devoir payer les dégâts occasionnés par les émeutiers indépendantistes ainsi que pour la crise économique qui s’en suit et s’annonce durable.
C’est une raison de plus pour reprendre le processus vers l’indépendance afin de pouvoir décoloniser au plus vite la Nouvelle Calédonie.
Alors que l’hexagone se noie dans les campagnes électorales et va devoir sans doute affronter l’arrivée des extrêmes au pouvoir, ça continue à défourailler en Nouvelle-Calédonie. Nous en sommes maintenant à 9 morts dans cet archipel depuis le déclenchement des émeutes au mois de mai dernier. Les troubles, blocages et barrages se poursuivent malgré le renforcement très significatif des forces de sécurité venues de la métropole.
Une petite dizaine des meneurs identifiés ont été mis en examen et la justice a décidé de les incarcérer en France et non pas sur le territoire. Il s’agit notamment de Christian Tein, un chef kanak indépendantiste considéré comme le responsable de la cellule de coordination des actions de terrain (CCAT), cellule qui semble avoir dirigé les émeutes et les exactions sur place.
Bien évidement les émeutes sont reparties dès que leur incarcération « en France » a été rendue publique. Ils ont aussitôt été qualifiés de « prisonniers politiques » et leur libération immédiate est exigée par les émeutiers pour qu’ils quittent leurs barricades.
Cette situation inextricable montre une nouvelle fois l’impasse dans laquelle se trouve la République française face à cette colonie. Il y a tout de même eu 9 morts à ce jour dans la guérilla urbaine qui a duré deux semaines et à laquelle il n’a jamais complètement été mis fin. Si l’Etat français n’avait rien fait il aurait violé ses propres lois. S’il agit comme il l’a fait il est accusé de colonialisme.
L’histoire nous rappelle l’imbroglio provoqué dans l’Algérie colonisée par l’arrestation et la déportation en France de l’émir Abdelkader (1808-1883), chef religieux et militaire algérien qui a fomenté la résistance contre l’envahisseur, remporté quelques victoires avant de rendre les armes en 1847. Transféré en France où il bénéficia tout de même d’un statut de prisonnier privilégié il est ensuite autorisé à émigrer à Damas en échange de l’engagement de ne plus fomenter de troubles en Algérie. En résidence surveillé à Toulon, Pau puis Amboise, il devint la coqueluche de l’intelligentsia française et européenne qui se bousculait pour le visiter dans les années 1850. Il décéda en 1883 après être presque devenu un ami de la France… Il a depuis des rues et des places à son nom dans des communes de l’hexagone.
Il n’est pas sûr qu’en ce XXIe siècle de tous les excès l’indépendantiste Christian Tein soit aussi conciliant avec la puissance coloniale que ne le fut Abdelkader à la fin de sa vie. L’intransigeance de ses troupes sur le terrain qui sont en train de relancer la guérilla en Nouvelle-Calédonie ne va pas faiblir non plus. La République est dans une impasse dont la seule voie de sortie est l’indépendance de ce territoire le plus vite possible en offrant aux non-kanaks la possibilité de venir s’installer en France.
Le territoire de la Nouvelle-Calédonie est de nouveau à feu et à sang depuis quelques jours, pillages, émeutes et guérilla ont fait quatre morts à ce stade, dont un gendarme, de nombreux blessés et des dégradations matérielles importantes. Les accords dits « de Nouméa » signés en 1998 entre l’Etat et les représentants de cet archipel ont reconnu le statut de « colonie » à la Nouvelle-Calédonie et la nécessité de mettre en œuvre un processus de décolonisation. Hélas, la succession de trois référendums organisés entre 2018 et 2020 n’a pas permis de dégager une majorité en faveur de l’indépendance et de permettre ainsi à ce territoire de voguer de ses propres ailes et à la France de se libérer du poids politique et financier de cette colonie.
Les accords de Nouméa précisaient dans leur préambule :
Le moment est venu de reconnaître les ombres de la période coloniale, même si elle ne fut pas dépourvue de lumière. Le choc de la colonisation a constitué un traumatisme durable pour la population d’origine. …
… Le passé a été le temps de la colonisation. Le présent est le temps du partage, par le rééquilibrage. L’avenir doit être le temps de l’identité, dans un destin commun.
La France est prête à accompagner la Nouvelle-Calédonie dans cette voie. …
Les émeutes en cours montrent qu’on est loin de cet objectif. La raison de cet échec est toujours la même, celle de la composition du corps électoral. La France est une démocratie qui ne sait pas différencier le droit de vote de ses citoyens, quand bien même ils résident dans une ancienne colonie déjà pourvue d’une grande autonomie. Une exception avait été incluse dans la constitution (Titre XIII) pour régir le statut spécifique de la Nouvelle-Calédonie et, notamment, la composition de son corps électoral. En gros, étaient autorisés à voter pour les trois référendums, les résidents sur le territoire depuis plus de dix ans en 1998. Rien n’a été changé depuis si ce n’est que le parlement français a voté le « dégel » du corps électoral puisque de nombreuses évolutions démographiques ont modifiés la structure de la population et de l’électorat depuis 1988, date du gel actuel.
Cela ne fait pas l’affaire des indépendantistes principalement composés des Kanaks, les populations originaires de l’île qui ne seraient toujours pas majoritaires aujourd’hui face aux Caldoches, les descendants des colons auxquels il convient d’ajouter les expatriés qui restent sur place plusieurs années.
Cela dérange encore plus les affaires de la France qui ne sait comment se tirer de cet imbroglio juridique. En réalité la seule solution pour assurer l’indépendance souhaitable de la Nouvelle-Calédonie serait de pouvoir concevoir un corps électoral ad hoc qui donnerait le droit de vote sur le « destin commun » uniquement aux populations indigènes. Cela reviendrait à exclure les Caldoches et les expatriés. Ce serait évidement très complexe à mettre en œuvre car il faudrait inventer des critères pour prouver « l’indigénéité » des « indigènes » qui seraient forcément subjectifs, « présence en Nouvelle-Calédonie depuis plusieurs générations » par exemple puisqu’il est difficile de retenir des critères physiques…
Une telle solution serait forcément injuste pour les Caldoches qui porteraient ainsi la responsabilité collective de la colonisation menées par leurs ancêtres sous l’autorité du gouvernement français mais il est des situations où l’intérêt général du pays peut mériter d’être défendu au détriment des intérêts particuliers. Il faudrait en échange garantir la nationalité française à tous les citoyens ainsi exclus du corps électoral et, probablement, financer leur rapatriement et installation en France pour ceux qui ne souhaitent pas rester sur place après l’indépendance. Il s’agit de 100 à 150 000 personnes qui, tels les rapatriés d’Algérie en 1962, garderont alors pour des générations une rancœur contre la France. Quels élus ou dirigeants auront le courage de lancer une telle réflexion ?
Ce qui devrait les guider est la question : « existe-t-il la moindre chance pour qu’un jour les Kanaks acceptent la tutelle de la France de façon apaisée et positive ? » La réponse est évidement non, ce qui devrait conduire des dirigeants à mener à bien le plus rapidement possible la décolonisation de ce territoire, fusse au prix d’une injustice au détriment des Caldoches !
Il y a 70 ans, le 7 mai 1954, le camp français retranché de Diên Biên Phu tombait devant les assauts des troupes communistes du Viêt Minh menées par le Général Giap. On parle de 8 000 morts côté vietnamien et 2 500 du côté français. A l’issue de la furieuse bataille qui dura près de deux mois, les vainqueurs vietnamiens emmenèrent plus de 10 000 prisonniers originaires de l’empire français dans une marche harassante de 700 km jusqu’à leurs lieux d’internement. Seuls 2 à 3 000 furent finalement libérés une fois la paix signée via les accords de Genève signé en juillet 1954, aboutissant notamment à l’évacuation du Vietnam du nord par la France.
Les troupes françaises étaient composées, outre de soldats métropolitains d’active, de toute une série de recrues venant d’Indochine et d’Afrique mais aussi de la Légion étrangère qui avait recyclé nombre de soldats allemands après la défaite de 1945. Il se disait que l’on parlait plus le français du côté des troupes de Giap qui avait suivi l’enseignement colonial, que dans le camp français où la langue allemande était très présente…
Cette défaite militaire fut d’abord le résultat de l’inconséquence des stratèges militaires français qui, en s’installant au nord de la colonie voulait couper les routes d’approvisionnement de la rébellion au Sud par les rebelles communistes du Nord. Le problème est qu’ils installèrent la corp expéditionnaire dans une cuvette d’environ 17 km sur 6, cernée par une ceinture de collines que les galonnés coloniaux pensaient inatteignable par le Viêt Minh. Mais contre toutes attentes, et hors de la vue des observateurs français, les Vietnamiens du nord ont transporté nombre de pièces d’artillerie, et leurs munitions, en pièces détachées, transportées à dos d’homme ou à bicyclette jusqu’à ces collines « inatteignables ». Une fois remontées et mise en batterie, elles ont taillé en pièces le camp français qui ne put plus être ravitaillé par air du fait de la destruction de la piste d’aviation. La fin de Diên Biên Phu n’était plus qu’une question de patience et de tonnes d’obus déversés sur la cuvette.
Après la IIe guerre mondiale et la défaite japonaise dont les troupes occupaient les colonies asiatiques de la France et du Royaume-Uni, ces deux puissances sévèrement affaiblies pensèrent reprendre leurs activités coloniales « comme avant ». Il n’en fut rien et les mouvements d’émancipation des peuples de ces territoire exigèrent leurs indépendances parfois conquises par la force des armes. Mais les deux empires connurent le même sort, qui était écrit : la fin de la colonisation.
Le problème spécifiquement français est que Paris ne comprit pas immédiatement le message de Diên Biên Phu et envoya immédiatement son corps expéditionnaire indochinois en Algérie où avait débuté, la même année 1954, une rébellion armée de lutte pour l’indépendance de ce qui était encore à l’époque un département français. On connait la suite : l’indépendance de l’Algérie en 1962 après une guerre qui ne disait pas son nom, des dizaines de milliers de morts et blessés des deux côtés, un déchaînement de barbarie largement partagé entre les parties. Contrairement à l’Indochine, les troupes militaires françaises étaient surtout composées d’appelés dont toute une génération (en train de s’éteindre) garda un traumatisme profond.
La décolonisation du reste des territoires coloniaux français s’est heureusement déroulée plus pacifiquement dans le reste de l’Afrique, bien que la Françafrique substitua des relations postcoloniales perverses à une relation de domination obsolète. Depuis le XXIe siècle et l’apparition d’une philosophie de la « déconstruction » poussant dans certains cas à la victimisation, la responsabilité des ex-puissances coloniales est régulièrement mise en cause pour expliquer le sous-développement et les difficultés politiques actuels des anciens pays colonisés, d’où leur volonté de rompre définitivement avec les anciens colons comme au Mali, au Burkina-Faso ou au Niger. Le fait colonial français a été et il aurait mieux valu qu’il ne fut pas. Idem pour l’esclavage. On ne peut pas revenir en arrière, on doit par contre lancer, ou accélérer, le processus de décolonisation des confettis de l’Empire que sont les territoires dits « ultramarins » : Mayotte, la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie, les iles caraïbes, la Guyane et la Réunion. Et s’il faut payer des indemnités comme solde de tous comptes, il ne faut pas s’interdire de l’envisager.
La Corse et la Nouvelle Calédonie organisent leur éloignement de la République, dans la douleur.
L’assemblée de Corse s’est mise d’accord sur un texte issu de négociations avec le gouvernement qui prévoit une nouvelle modification de la Constitution pour renforcer le statut spécifique dont dispose déjà cette ile au regard du droit français.
Le premier alinéa stipule que :
La Corse est dotée d’un statut d’autonomie au sein de la République, qui tient compte de ses intérêts propres, liés à son insularité méditerranéenne et à sa communauté historique, linguistique, culturelle, ayant développé un lien singulier à sa terre.
Très bien, très bien. Le reste est à l’avenant et on envisage de donner à ce territoire un pouvoir « d’adaptations justifiées » des lois et règlements à la collectivité de Corse, ainsi qu’au gouvernement « d’adapter » les dispositions législatives « aux spécificités de la collectivité ». Qu’en termes élégants ces choses sont dites puisqu’il s’agit donc d’accroître encore les différences de statut entre les citoyens corses et leurs homologues français du continent. Cette possibilité, si elle était constitutionalisée, ne manquerait d’être utilisée et de donner lieu à de sévères bagarres juridiques que pimenteront quelques « nuits bleues » au gré de l’inspiration des vrais indépendantistes.
Dans un avis adopté par 25 voix pour, 8 contre, 1 abstention et 25 absents l’Assemblea di a Giuventù di a Corsica :
SOUTIENT la volonté exprimée par les élus, dans le respect du fait majoritaire, que la Corse acquiert une autonomie comprenant un pouvoir législatif et qu’ainsi la Collectivité de Corse puisse générer des normes dans les domaines de compétences qui lui seront dédiés.
CONSENT à une progressivité dans l’attribution des nouvelles compétences propres à la future Collectivité de Corse.
SE SATISFAIT que la proposition de modification constitutionnelle ouvre la voie à une future loi organique dont les dispositions devraient permettre d’atteindre les objectifs fixés par la délibération de l’Assemblée de Corse du 5 juillet 2023.
On ne peut pas dire que ce soit un oui franc et massif d’autant plus que cet avis est assorti de toute une série de considérations commençant par « REGRETTE », « S’INQUIETE », « ALERTE », « DEMANDE », « RAPPELLE »… Bref, la méfiance est de mise. Avant d’arriver à intégrer une modification du statut de la Corse dans la Constitution il faut maintenant que le parlement le vote à une majorité des trois cinquièmes, ou qu’un référendum l’approuve. Ce ne serait d’ailleurs pas intéressant de demander l’avis des citoyens français. Dans un cas comme dans l’autre ce n’est pas gagné et l’indépendance, souhaitable, ne sera pas immédiate. En revanche toute étape vers le détachement de la Corse de la République sera bénéfique. Dans ce but il reste à espérer que la Constitution puisse être modifiée tel que prévu.
En Nouvelle-Calédonie la décolonisation de l’archipel se passe dans la douleur, rendue encore plus aigüe par la crise économique générée par la non-compétitivité de la filière locale du nickel. Après le rejet de l’indépendance à l’occasion de trois référendums organisés ces dernières années il s’agit de mettre sur pieds un nouveau processus pour prendre la suite des accords dits de Nouméa de 1998 qui sont désormais échus. Il semble qu’une réforme constitutionnelle soit également envisagée de ce côté-là. Sur place les indépendantistes (qui gouvernent le territoire) ne parlent plus aux loyalistes depuis longtemps. L’une des questions majeures concernent la composition du corps électoral qui sera appelé à voter lors des nouveaux référendums sur l’indépendance qui seront immanquablement organisés dans le futur. Selon les options prises, les indépendantistes seront majoritaires ou, au contraire, dilués si l’on admet dans le corps électoral les résidents non canaques présents sur le territoire depuis une durée à déterminer. Selon où sera placé le curseur le corps électoral, qui est gelé depuis l’accord de Nouméa, pourra pencher d’un côté ou de l’autre. C’est donc un point fondamental.
Bien entendu, devant ces évolutions qui s’annoncent pour la Corse comme pour la Nouvelle-Calédonie, d’autres régions françaises signalent qu’elles souhaitent également renégocier leurs statuts au sein de la République, y compris à l’intérieur de l’hexagone. Nous sommes peut-être à la veille d’une évolution sensible de l’organisation de la République vers un système plus fédéral et moins centralisé provoquée par la volonté d’indépendance d’anciennes colonies que les hasards de l’Histoire ont laissé rattachées à la France. Tout cela va prendre du temps et de l’énergie, mais si l’objectif d’indépendance des territoires « ultramarins » doit entraîner une véritable décentralisation de la République, il faut sans doute en passer par là.
Plus personne ne sait quoi faire avec l’ile de Mayotte, stupidement élevée au rang de département français en 2010. Pour tenter de contrôler les flux d’immigration en provenance des Comores et d’Afrique de l’Est, le ministre de l’intérieur français lance le projet d’une révision constitutionnelle qui permettrait de réformer, voire révoquer, le droit du sol pour les personnes étrangères naissant sur ce confetti malencontreusement resté français après l’indépendance acquise par l’archipel des Comores, dont Mayotte fait géographiquement et historiquement partie, en 1974. L’ile est maintenant littéralement prise d’assaut par une population immigrée, illégale, souvent mineure, démunie, générant la quasi-paralysie de l’administration et de l’économie, il y a une crise de l’eau et des infrastructures qui ne répondent plus à la demande, sans parler d’une insécurité grandissante.
La droite est en faveur d’une telle révision constitutionnelle, la gauche est contre, l’extrême droite voudrait révoquer le droit du sol pour l’ensemble du territoire français. Il n’est pas sûr qu’une majorité puisse s’entendre sur une telle réforme à court terme. Il est d’ailleurs assez peu probable que même adoptée elle puisse permettre de résoudre le problème. Tant que cette ile restera un abcès de fixation occidental perdu au milieu de l’océan Indien si proche des côtes d’Afrique, de Madagascar et, surtout, des Comores, elle continuera d’attiser les envies de passeport français de tous les citoyens des pays avoisinants qui seront prêts à tout pour tenter de rejoindre Mayotte, à moins peut-être que le Mozambique, la Tanzanie ou les Comores connaissent un développement économique soudain qui pousserait leurs citoyens à ne plus chercher l’exil.
Les élus mahorais et leurs électeurs se retournent vers l’Etat en criant « mais que fait le gouvernement, nous sommes des français comme les autres ? ». Celui-ci envoie des ministres, de l’argent, des bouteilles d’eau minérale et des CRS à l’autre bout du monde, lance des opérations de reconquête du territoire et des idées pour réformer la constitution de la République. Et… le « problème » continue de s’aggraver et l’espoir de s’amenuiser.
En réalité, la seule solution qui vaille serait de suivre les recommandations des Nations Unies et d’ouvrir les négociations avec les Comores pour restituer Mayotte qui fait partie de cet archipel. Chaque année le président Comorien rappelle d’ailleurs à la tribune de l’assemblée générale de l’ONU la « comorianité » de Mayotte qui a été décolonisée illégalement en 1974. Son gouvernement (dont certains membres ont la double nationalité franco-comorienne) manifeste la plus extrême mauvaise volonté dans sa « coopération » avec la France qui lui demande, contre espèces sonnantes et trébuchantes, de mieux contrôler le départ de ses propres citoyens vers Mayotte.
Personne en France n’ose aborder l’hypothèse d’une rétrocession mais c’est probablement la seule solution susceptible de stopper le désastre en cours. Sa mise en œuvre demanderait un courage politique inédit mais serait globalement soutenue par la communauté internationale. Ce qui devrait pousser à la décision est de se poser la question : « existe-t-il le moindre espoir que Mayotte puisse un jour se sortir de son pétrin actuel ? », et d’y répondre honnêtement. Toute personne connaissant un peu l’inextricable désastre socio-culturo-historico-économique que représentent les territoires « ultramarins » de la République sait bien qu’il n’y a aucun espoir sérieux que Mayotte s’en sorte, pas plus que les Comores ne cessent un jour de revendiquer cette île qui leur reviendra un jour ou l’autre. Evidemment si Mayotte réintégrait le giron des Comores c’est ensuite l’île de la Réunion qui risquerait d’être la cible de flux d’immigration illégale.
Comme la Nouvelle-Calédonie qui est inscrite sur la liste onusienne des « territoires non autonomes » (https://www.un.org/dppa/decolonization/fr/nsgt#_edn2) et dont la situation est suivie par le « Comté spécial de décolonisation » chargé « d’assurer le suivi de la mise en œuvre de la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux (décision 1514 (XV) de l’Assemblée générale) », va retrouver un jour son Indépendance, Mayotte va irrémédiablement suivre aussi cette voie. Ce sera bien sûr un déchirement pour la France. Il faudra prendre en compte le sort des Mahorais français qui ne souhaiteraient devenir comoriens et, sans doute, les rapatrier dans l’hexagone. Ce ne sera pas simple, la route sera longue et semée d’embûches mais ce serait un moindre mal versus garder ce territoire destiné à sombrer toujours plus bas dans un environnement toujours plus hostile.
Malgré les visites régulières de représentants de l’Etat français en Nouvelle-Calédonie il n’y a pas moyen pour le moment de faire s’entendre les communautés sur un avenir commun, dans le cadre de la République, celui d’une autonomie ou de l’indépendance, statut ultime auquel cette ancienne colonie française est promise un jour ou l’autre. Le ministre de l’intérieur français est revenu de Nouméa fin novembre après avoir fait chou blanc, si l’on ose dire, à unifier les positions des Kanaks (population « de souche ») et des Caldoches (descendants des colons).
Les accords de Matignon de 1988 puis de Nouméa en 1998 ont échoué à mener l’archipel vers son émancipation et près de 40 ans après le lancement d’un processus intelligent et pacifique lancé sous l’autorité avisée du premier ministre Michel Rocard la République française a toujours ce caillou calédonien dans sa chaussure et cela commence à lui faire mal. Après les trois référendums qui ont dit « Non » à l’indépendance les loyalistes considèrent que la messe est dite, qu’il faut en prendre acte et que la Nouvelle-Calédonie doit être définitivement ancrée dans la France et, accessoirement être sortie de la liste des territoires à décoloniser des Nations Unies. Pour les indépendantistes qui président actuellement le gouvernement de Nouvelle-Calédonie (avec des pouvoirs beaucoup plus étendus que ceux d’une simple région française) il ne saurait être question d’accepter cette position. Ils refusent d’ailleurs de reconnaître le résultat du troisième référendum de décembre 2021 qu’ils ont boycotté pour cause de pandémie de Covid19 qui ne leur laissait pas assez de temps pour faire le deuil de leurs morts.
Le désaccord est quasi-complet sur les perspectives : composition du corps électoral, rétrocession des terres aux Kanaks, intégration du droit coutumier local dans le système juridique, modification de la Constitution, etc. Un consensus entre les trois parties, Kanaks, Caldoches et Etat français paraît improbable et il faudra pourtant le trouver. La question existentielle est toujours la même : a-t-on une chance de voir un jour les Kanaks accepter les droits et devoirs de la République française de façon apaisée ? La réponse est non. Il y aurait donc avantage à trouver la voie de l’émancipation, et si possible celle de l’indépendance, même dans une perspective à long terme, avant que ne ressurgisse la violence qui elle risque de revenir à court terme !
Si les parties ne sont pas en mesure de trouver un accord innovant comme celui signé en son temps par MM. Tjibaou et Lafleur avec M. Rocard, c’est l’Etat français qui va se retrouver une nouvelle fois en première ligne et être critiqué par tous, y compris le comité de décolonisation de l’ONU. Est-ce qu’une nouvelle génération de dirigeants calédoniens sera capable de laisser partir la Nouvelle-Calédonie dans le grand vent de son indépendance et de sortir ainsi le caillou acéré de la chaussure de la France ?
L’Etat français a lancé des négociations avec des représentants de l’institution « collectivité de Corse » pour arrêter les contours d’une « autonomie » renforcée par rapport à celle déjà octroyée à cette île. Le 5 juillet 2023, la « collectivité » a adopté à la majorité un texte de délibération de 106 pages intitulé « Autonomia » qui stipule notamment, dans son article 2 :
… que l’autonomie se définit comme le statut juridique permettant à un territoire d’adopter ses propres lois dans tous les domaines, à l’exception de ceux relevant des prérogatives régaliennes de l’Etat.
Que ce statut implique le transfert irréversible de certaines compétences, l’octroi d’un pouvoir législatif dans le champ de celles-ci, une autonomie fiscale et financière non exclusive des transferts financiers de l’Etat et des moyens nécessaires à l’exercice de ces compétences.
L’article 3 mentionne les objectifs de cette autonomie :
La reconnaissance juridique du concept de « peuple corse »
Le statut de coofficialité de la « langue corse »
La « constitutionnalisation » du « lien entre le peuple corse et sa terre » qui pourrait prendre la forme de l’instauration d’un statut de « résidant corse »
Ceci devant donner lieu à une modification de la constitution française, le texte poussant même la délicatesse jusqu’à proposer une rédaction des articles à modifier ou créer ainsi que la liste des pouvoirs à transférer de la République vers la « collectivité autonome », dont l’autonomie fiscale permettant à la Corse de décider de tous les impôts, bases de calcul et taux d’imposition.
L’article 19 rappelle néanmoins que « que tout statut d’autonomie implique nécessairement la garantie de transferts financiers en provenance de l’Etat, affirmation de la solidarité nationale, et prévoit les modalités de leur mise en œuvre. »
Le groupe de droite composant l’opposition à la majorité autonomiste et indépendantiste de la collectivité a voté pour sa propre délibération qui appelle à un simple « pouvoir d’adaptation » des lois françaises. Les deux textes ont été présentés à l’Etat et le président de la République de passage en Corse fin septembre a pris quelques engagements de modifier la constitution pour y mentionner la Corse sachant qu’il est peu probable que l’assemblée nationale et le sénat arrivent à s’accorder sur un texte unique, condition préalable indispensable à tout changement constitutionnel.
Les vrais indépendantistes corses ont marqué leur choix pour une indépendance pleine et entière en déclenchant une nouvelle « nuit bleue » dimanche dernier avec une vingtaine de plastiquages de maisons privées, le plus souvent des résidences secondaires appartenant à des propriétaires que les indépendantistes de veulent pas voir sur leur ile. C’est l’illustration de ce que représente le concept de « résident corse » demandé même par les autonomistes : on choisit qui a le droit de détenir ou pas un bien immobilier en Corse. Les indépendantistes font passer le message à coups de bombes, les autonomistes cherchent à changer la loi, mais l’objectif est commun.
La Corse veut, globalement, le divorce avec pension alimentaire. Devant les déclarations présidentielles plutôt favorables à une évolution vers l’autonomie corse dont il reste à s’accorder sur les limites, la région Bretagne a rappelé son souhait de suivre un chemin comparable. La Corse risque non seulement de quitter la République mais aussi d’en changer significativement la structure si les autres régions s’avisent de l’imiter. Les lendemains risquent d’être douloureux !
Dans son œuvre majeure “Enracinement » écrite en 1943, quelques mois avant son décès à 34 ans, la philosophe française Simone Weil écrivait :
Paoli, le dernier héros corse, dépensa son héroïsme pour empêcher son pays de tomber aux mains de la France. Il y a un monument en son honneur dans une église de Florence ; en France on ne parle guère de lui. La Corse est un exemple du danger de contagion impliqué par le déracinement. Après avoir conquis, colonisé, corrompu et pourri les gens de cette île, nous les avons subis [soumis ? NDLR] sous forme de préfets de police, policiers, adjudants, pions et autres fonctions de cette espèce, à la faveur desquelles ils traitaient à leur tous les Français comme une population plus ou moins conquise. Ils ont aussi contribué à donner à la France auprès de beaucoup d’indigènes des colonies, une réputation de brutalité et de cruauté.
80 ans plus tard, il n’y a rien à ajouter ou retirer.
A nouveau une ancienne colonie française, Madagascar, se trouve engagée dans un improbable imbroglio juridique du fait de la politique généreuse de Paris dans l’octroi de la nationalité française à des étrangers. Après avoir appris la nationalité française de plusieurs ministres de l’actuel gouvernement des Comores, en pleine discussion avec le gouvernement français sur l’avenir de Mayotte, on apprend aujourd’hui que le président de la République de Madagascar, Andry Rajoelina, a obtenu la nationalité française en 2014. Cette situation déclenche une sérieuse polémique localement.
L’opposition malgache s’interroge pour savoir si du fait de cette nationalité française, M. Rajoelina peut toujours être considéré comme malgache et donc légitime à la tête de l’Etat ? Il semble que le code local de la nationalité permette de discuter ce point ce dont ne se prive pas l’opposition.
Le plus étonnant dans cette affaire est non pas tant que la France distribue sa nationalité comme des médailles, mais que de hauts dirigeants d’anciens pays décolonisés prennent soin d’acquérir la nationalité de l’ex-puissance coloniale alors même qu’ils dirigent leur propre pays. Comment dans ces conditions peuvent-ils démontrer un engagement sincère au peuple qui les a élus ? C’est bien le problème qu’affronte aujourd’hui M. Rajoelina.
A titre personnel il se sent certainement plus rassuré de bénéficier de la nationalité française et du cortège de protections qui va avec, plutôt que d’être « simplement » malgache, mais son sens de l’intérêt général de Madagascar peur être mis en doute. A-t-il pensé une seconde que si les Malgaches découvraient cette situation ils pourraient se poser de légitimes questions sur sa sincérité ? Pour avoir négligé ce point il risque d’être rapidement confronté à une procédure de destitution.
On ne sait pas encore si légalement parlant M. Rajoelina a la double nationalité ou, finalement, uniquement la française. L’avenir le dira rapidement mais c’est l’occasion de revenir sur ce concept de double-nationalité, pour le moins ambigüe. La France a eu un premier ministre, Manuel Valls, qui a la double nationalité franco-espagnole. On l’a ainsi vu hésiter sur le pays dans lequel il voulait s’engager. Réélu député français en 2017, il a démissionné rapidement de ce mandat, sans doute car il aspirait à mieux, pour aller se présenter à la mairie de Barcelone. Il n’a gagné qu’un modeste poste de conseiller municipal à Barcelone, dont il a de nouveau démissionné quelques mois plus tard pour venir montrer de nouveau sa frimousse sur les plateaux télévisés politiques parisiens, marquant ainsi sa « disponibilité » pour la République française. Il va même jusqu’à se présenter aux élections législatives françaises de 2022 mais n’est pas élu. Il semble qu’il a maintenant compris que ses démissions compulsives ont fatigué les électeurs. Mais ses atermoiements politiques et son indécision ont justement été rendus possibles par son statut de double nationalité franco-espagnole.
La question majeure posée par ce concept, reconnu en France : si un jour il y a la guerre entre la France et l’Espagne, dans quel camp Manuel Valls ira se battre ?