Auteur/autrice : Rehve

  • Les commerçants à l’assaut des médias publics

    CH_20151014_Matmut

    Insidieusement, l’air de rien et dans la discrétion, les commerçants sont en train de ré-envahir les médias publics. Les radios étaient autorisées à diffuser des « messages institutionnels », campagne de sécurité routière, anti-tabac, etc. mais avaient d’ailleurs une vue très élargie du concept « institutionnel » puisque l’on y entendait des sociétés cotées en bourse mais qui sous prétexte qu’elles avaient aussi une nature mutualiste étaient autorisées à diffuser leurs réclames purement commerciales sur les ondes pour fourguer leurs produits aux auditeurs-consommateurs.

    Les vannes ont été de nouveau ouvertes et mis à part pour France-Culture, France-Musique et FIP, les commerçants sont de nouveau dans la place en agaçant l’oreille des auditeurs avec leurs messages abêtissants et horripilants. Les deux principes guidant ces publicités sont la répétition et le côté débilitant (voix geignardes, historiettes infantilisantes), la meilleure illustration sont les messages actuels de Vinci et de la Matmut.

    Il n’y a plus de publicité commerciale sur la télévision publique après 20h suite à la courageuse décision du pouvoir précédent. Il est à craindre que ce média ne soit autorisé un jour prochain à suivre le chemin des radios… Face aux restrictions budgétaires et à défaut de savoir ajuster les dépenses aux recettes (redevance audiovisuelle), on transfère la charge du contribuable vers le consommateur. Triste époque !

  • Produits à la dérive

    CH_20120711_Ribery

    Le maillot de l’équipe de France de fouteballe modèle « Match France Domicile 2016/17 » est vendu 140,00 EUR sur le site web de la fédération française de ce ballon assorti du message suivant :

    Fans des Bleus, supportez l’Equipe de France lors de l’UEFA Euro 2016 avec le nouveau maillot domicile Match en coloris bleu !

    Identique à celui porté par les joueurs lors des matchs officiels, ce maillot est idéal aussi bien pour jouer au foot que pour soutenir les Bleus pendant leurs matchs !

    Avec ce nouveau maillot, Nike innove avec la technologie AeroSwift : une nouvelle fibre haute performance qui rend ce maillot ultra-léger et apporte une ventilation idéale lors de l’effort.

    Soutenez Pogba, Griezmann, Matuidi et tous les joueurs de l’Equipe de France avec ce maillot de foot incontournable en 2016 !

    Notons que le modèle blanc « Match FFF Extérieur Euro 2016 badge UEFA » est à 149,90 EUR quand celui indiqué comme « Stadium FFF Domicile Euro 2016 badge UEFA » n’est qu’à 94,90 EUR.

    Le prix des places du match d’ouverture étaient vendues entre 75,00 et 595,00 EUR, ceux de la finale entre 85,00 et 895,00 EUR.

    Rappelons enfin que cette compétition est subventionnée par le contribuable français puisque des ministres inconséquents ont octroyé des exonérations fiscales très larges aux entités organisatrices de ces jeux du stade.

    Lire aussi L’escroquerie fouteballistique se poursuit !

  • Street-art

    Bld-A-Blanqui_20160709 (3)
    Paris – boulevard Auguste Blanqui
  • d’ORMESSON Jean, ‘C’est une chose étrange à la fin que ce monde’.

    Sortie : 2010, Chez : Robert Laffont.

    Au crépuscule de son existence joyeuse, Jean d’Ormesson met sur le papier les questions qu’il s’est posées sa vie durant : le début du monde, la cosmologie, le temps, Dieu, la vie, la mort et l’après. C’est du d’Ormesson pur jus : élégant et futile, l’homme comme toujours s’écoute un peu parler en faisant le chien savant, mais on partage bien sur ses interrogations dîtes avec tant d’élégance et de légèreté : « Passagère et précaire, affreusement temporaire, coincée entre un avenir qui l’envahit et un passé qui la ronge, notre vie ne cesse jamais de se dérouler dans un présent éternel -ou quasi éternel- toujours en train de s’évanouir et toujours en train de renaître. »

    Quelques évidences au passage, dans un océan de doutes : « Pour un croyant, la vie consiste à se préparer à la mort. A la limite, croire en Dieu, c’est préférer la mort à la vie. » Voici au moins une sentence qui percute l’actualité !

  • Cris et hurlements

    CH_20160210_Hanouna

    Un match de fouteballe se déroule ce soir opposant la France à l’Allemagne pour une demi-finale de compétition de pousseurs de ballon mal-coiffés et surpayés. Tout le quartier du chroniqueur est envahi par des supporters avinés qui hurlent et chantent (faux) la Marseillaise à tout bout de champ jusqu’à 4 heures du matin.

    Comment et pourquoi une nation incapable de se mettre d’accord sur la simple réforme de son code du travail peut-elle faire preuve d’un tel unanimisme sur le superficiel ? C’est le résultat d’une génération de citoyens abrutis par les journaux de TF1, la télé-réalité, les chroniques de Guillaume Roquette, les slogans sur Tweeter de Laurent Wauquiez et de Jean-Luc Mélanchon, bref par trente années durant lesquelles on a privilégié la polémique sur le débat, le simplisme sur les idées, la beaufitude sur l’intelligence. C’est une génération perdue qui gère sa vie avec un aïephone plutôt qu’avec des neurones. Nous (les générations au-dessus) avons notre part de responsabilité dans cette dérive : nous n’avons pas su canaliser les années fric ni le spectacle affligeant de dirigeants (publics ou privés) irresponsables quand ils ne sont pas corrompus, nous avons oublié de donner l’exemple et négligé les générations futures.

    Alors que faire : eh bien il faut reprendre le combat pour la raison et contre la connerie : avec nos enfants et notre entourage, au bureau et dans les dîners en ville, préférer la littérature à la téloche, Michel Rocard à Laurent Wauquiez, la culture à la polémique, Le Monde à L’Equipe, la bienveillance au cynisme, le raisonnement à la dérision. Et puis il faut donner l’exemple, arrêter de se plaindre pour tout et n’importe quoi, mettre fin au nombrilisme érigé en mode de fonctionnement, savoir reconnaître ce qui va et ce qui est beau. L’intelligence et la poésie reprendront le dessus.

  • Démissions en série à Londres

    CH_20160624_GB

    Dans la foulée du référendum britannique ayant décidé la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, deux des principaux élus qui ont mené la bataille pour ce départ démissionnent de leur poste. Après avoir agité les chiffons rouges sous les yeux de Mme. Smith et l’avoir persuadée que tous ses malheurs sont dus « aux immigrés, aux accords de Schengen,… » ils la laissent se débrouiller avec les conséquences de son vote.

    Boris Johnson a renoncé à briguer le poste du premier ministre qui devra négocier les nouvelles conditions de coopération entre le Royaume et l’Union. Nigel Farage, patron du parti UKIP explique que son objectif de faire sortir son pays de l’Union étant maintenant atteint, il ne lui reste plus qu’à contrôler que le futur gouvernement conservateur qui devra négocier le divorce le fasse sans trop de faiblesse.

    Quand à David Cameron, dirigeant conservateur aux convictions insulaires, il a joué avec le feu : après avoir critiqué des années durant l’Union européenne responsable désigné de tous les malheurs britanniques il propose d’organiser un référendum pour demander à ses électeurs s’ils veulent ou non rester dans cette union hétéroclite. Quelques jours avant l’échéance et après avoir arraché quelques ultimes passe-droits pour son pays, il change d’avis et se met soudain dans le camp du maintien… Bref, une politique à la petite semaine, des idées qui évoluent avec les retournements de veste au hasard des intérêts partisans, il ne faut pas s’étonner que les électeurs aient déjoué les attentes.

    Selon le résultat auquel aboutira ce changement, Cameron devra sans doute rendre des comptes pour son inconséquence, ou au contraire empocher les dividendes d’un coup de poker qui équivaut à un saut dans l’inconnu mais peut se révéler positif.

    En attendant, aucun des candidats favorables au départ ne semble avoir prévu un programme sur le jour d’après, sinon de se débiner de leurs responsabilités !

  • Terrorisme religieux islamiste en Irak

    Environ 140 morts dans un attentat suicide revendiqué par le groupe Etat Islamique à Bagdad. C’est la communauté religieuse chiite qui est visée par ce groupe défendant l’idéologie sunnite. Un terroriste se fait exploser dans un camion chargé d’explosif dans un quartier commercial de la ville où se pressaient des habitats faisant des courses pour le repas du soir du Ramadan.

  • Mogwai – 2016/07/03 – Paris la Philharmonie

    Ciné-concert dans le cadre du festival Days Off à la Philharmonie de Paris, le groupe écossais Mogwai joue en direct sur la présentation du film « Atomic : Living in Dread and Promise » réalisé par Mark Cousins. Film étrange et terrifiant sur l’énergie nucléaire dans ses bons et pires aspects. Habitué des bandes-son, le groupe avait déjà mis en musique un documentaire sur le footballeur Zidane. Aujourd’hui, le sujet est plus grave.

    La musique est à l’unisson avec la puissance malfaisante et inquiétante de l’atome. Habitués des longues plages instrumentales, les musiciens de Mogwai trouvent ici l’occasion rêvée d’exprimer leur inspiration électronique, parfois planante, parfois vigoureuse. Et alors que défilent à l’écran les images de la propagande nucléaire, ils jouent cachés dans l’obscurité sous l’écran, un peu à la façon du cinéma muet d’antan lorsqu’un orchestre mettait en musique des films alors que la pellicule ne savait pas ajouter le son à l’image.

    Atomic_2016Le groupe s’est produit à Hiroshima il y a quelques années et en est revenu concerné par l’atome. Sa réalisation de la bande-son de ce film en est aussi la conséquence. Leur musique pure et éthérée sait dire l’espoir et la dévastation qui sont la marque du documentaire qu’ils font parler, ajoutant leur propre interprétation et guidant celle de l’audience.

    Les musiciens s’éclipsent à la fin du film et laissent les spectateurs face à leurs pensées. On ne sait plus trop sur quel pied danser après ce spectacle bionique.

  • God save the Queen

    GB_Queen_Elizabeth_20110429

    Alors que son peuple a voté pour la sortie de l’Union européenne, la Reine du Royaume-Uni de Grande Bretagne et d’Irlande du Nord répond aux politesses du vice premier ministre nord-irlandais :

    Well, I am still alive!

    L’humour à froid sauvera les britanniques.

  • Terrorisme religieux islamiste au Bangladesh

    20 morts dans un restaurant de Dacca fréquenté par des expatriés suite à une attaque d’une dizaine de terroristes religieux. Les étrangers auraient été assassinés à l’arme blanche par les assaillants. Le groupe Etat Islamique a cette fois-ci revendiqué assez rapidement cette attaque « contre les citoyens d’Etats croisés ».

  • LEMAITRE Pierre, ‘Au revoir là-haut’.

    Sortie : 2013, Chez : Le Livre de Poche n°33655.

    Inspiré de faits partiellement réels, ce roman, prix Goncourt 2013, raconte l’incroyable histoire de deux poilus rescapés de la Grande Guerre, dont l’un avec une « gueule (très) cassée », qui vont monter une escroquerie pour survivre dans le monde de l’après-guerre.

    On suit l’intrigue haletante de ces deux camarades de tranchées qui vécurent ensemble la terreur sous les bombes « boches » pour revenir à la vie civile dans un total dénuement, marqués à jamais par ces batailles. Ils vont y poursuivre leur solidarité de combattants, mêlant désespoir et illusions, fréquentant des milieux oh combien différents mais se retrouvant finalement dans le cynisme et une aventure qui se terminera de façon mitigée.

    Ce n’est pas de la grande littérature mais c’est un roman bien mené et documenté, plaisant à lire.

  • Le Royaume-Uni veut sortir de l’Union européenne

    Drapeau_UK

    Un référendum organisé au Royaume-Uni jeudi dernier par des gouvernants calculateurs abouti à un vote majoritaire en faveur de la sortie du pays de l’Union européenne. Le continent est en émoi. Mme. Michu et le monde médiatique français rivalisent en commentaires et prévisions de Café du commerce.

    Disons le tout de suite et tout net : depuis un siècle les britanniques sont les vrais amis de la France dans l’Europe géographique. Le royaume a mis le coup d’arrêt souhaitable à la folie conquérante et sanguinaire de Napoléon. Depuis ils furent à nos côtés chaque fois que la situation l’exigeât : de la bataille de la Somme en 1916 à l’invasion allemande de 1940, en passant par la reconquête de l’Afrique du Nord en 1942, ils sont venus combattre sur notre sol et au-delà pour défendre notre liberté. Depuis nos dirigeants et nos peuples ont toujours su s’entendre sur les sujets majeurs. Ils ont pardonné Vichy, nous avons estompé les tristes souvenirs de Fachoda et de Mers-el-Kebir, nos politiciens ont manœuvré les uns contre les autres dans les empires vieillissants et concurrents, puis à Bruxelles où s’affrontèrent des idées libérales britanniques contre celles plus étatiques de la France jacobine, mais malgré tout Paris et Londres sont de vrais amis et le resteront.

    Accessoirement le Royaume-Uni a engendré parmi les plus grands créateurs de la musique Rock et diffuse la bande son de la jeunesse européenne depuis les années 60’.

    Alors le pays va sortir de l’Union européenne puisque la majorité de ses électeurs en a décidé ainsi suite à l’organisation d’un référendum décidé par un pouvoir conservateur en mal de convictions. Est-ce une bonne nouvelle ? Certainement non. Un drame ? Pas plus. La séparation va s’organiser entre gens intelligents et de bonne compagnie, un mode de fonctionnement sera arrêté entre les parties et personne n’est capable de prédire à ce jour si les conséquences en seront favorables, défavorables ou neutres. Ceux qui s’y risquent aujourd’hui sont des inconséquents.

    De façon plus fondamentale on peut s’interroger sur les vraies raisons qui ont poussé les britanniques à préférer continuer seuls leur destin plutôt qu’en groupe et le risque de voir cette position déteindre sur d’autres pays membres ? On peut affirmer sans trop de risques de se tromper que c’est l’une des conséquences de l’avachissement général de nos sociétés occidentales où l’on privilégie les slogans sur les idées, les affrontements personnels sur les débats politiques, bref, où l’on donne la parole au Café du commerce plutôt qu’à l’intelligence ! A force de faire des programmes en 140 signes sur Tweeter, de crier haro sur Bruxelles rendue responsable de tous les maux nationaux, de scander « c’est la faute aux immigrés », « c’est la faute à Schengen », « fermons les frontières », « y-a trop de libéralisme », « y-a trop de réglementations » etc. etc., Mme. Smith s’est faite balloter entre les mensonges factuels, les tricheries idéologiques, les rivalités de plateaux télévisés et elle a finalement voté pour mettre fin à la participation britannique au projet européen. Les pourfendeurs de l’Europe étaient en première ligne alors que les défenseurs restaient aux abonnés absents. En France, Mme. Michu pourrait aisément suivre la même voie si on lui posait la même question vu la pauvreté consternante du débat hexagonal.

    C’est ainsi et il faut maintenant gérer la sortie britannique au mieux des intérêts des uns et des autres. Le Royaume-Uni garde sa diplomatie d’une redoutable efficacité ainsi qu’une capacité de nuisance certaine pour les négociations au long cours qui s’annoncent. Un point de faiblesse pour Londres réside peut-être dans la volonté de l’Ecosse et de l’Irlande du Nord de faire cavaliers seuls, au besoin en demandant leurs indépendances. Le cas est improbable mais s’il advenait le processus de sortie de l’Union européenne enclenché le 23 juin dernier aboutirait également au démantèlement du Royaume. Les responsables politiques conservateurs qui l’ont initié devront alors en assumer les conséquences dont on a du mal à imaginer qu’elles puissent être positives pour la Couronne, mais qui sait ?

    Pour le moment les marchés financiers dont on connait les piètres compétences en matière d’anticipation s’agitent un peu. Les spéculateurs spéculent à la hausse comme à la baisse, c’est leur métier et ils sont généralement programmés pour vendre en cas d’incertitude, comme un caniche lève la patte quand il croise un platane. Rien de grave, ils s’en remettront. Ceux qui avaient spéculé à la baisse ont empoché leurs gains et ceux qui avaient spéculé à la hausse sont en train de se refaire puisque le marché financier de Londres a déjà récupéré en une semaine la perte enregistrée depuis le résultat du référendum.

    La politique ne se fait pas à la corbeille disait MonGénéral. L’avenir va se jouer maintenant à 1 contre 27 et le plus faible ne sera pas forcément celui que l’on croit. Il conviendrait que les 27 restent fermes sur le nouveau statut à accorder au Royaume-Uni et que les actes politiques des élus et des citoyens britanniques soient suivis de conséquences tangibles. Ce serait au moins une innovation à empocher : la responsabilisation des Etats et des citoyens !

    Nous parlions de MonGénéral ! Rappelons-nous ce qu’il disait en 1963 :

  • Terrorisme, sans doute religieux, à Istanbul

    Drapeau_TurquiePrès de 45 morts et 250 blessés à l’aéroport d’Istanbul suite à une attaque suicide de trois terroristes ce 28 juin 2016 qui tirent sur la foule puis se font exploser avec leurs ceintures d’explosifs dans le hall des départs. L’attentat n’a pas encore été revendiqué mais il est probable qu’il soit la suite de ceux de Paris et de Bruxelles commis dans des conditions similaires. La Turquie étant confrontée également à des vagues terroristes de mouvements extrémistes kurdes il peut y avoir encore quelques doutes sur l’origine de celui d’aujourd’hui.

  • « Chopin au Jardin – 2016 » au jardin du Luxembourg (Jean-Marc Luisada, piano)

    « Chopin au Jardin – 2016 » au jardin du Luxembourg (Jean-Marc Luisada, piano)

    Au jour et à l’heure d’un match de ballon entre une équipe de France et on ne sait plus trop qui, il restait encore quelques citoyens pour préférer assister au festival Chopin au jardin du Luxemburg plutôt que de déguster des pizzas molles devant leur télévision. Ils purent ainsi écouter le délicat récital de Jean-Marc Luisada installé sous le kiosque à musique.

  • Bonne nouvelle, la CGT sait lire

    CH_20160601_Martinez

    Le conflit encours sur le projet de loi « Travail » montre au moins une chose : les syndicats ouvriers savent lire et comprendre ce qu’il y a entre les lignes ! L’objectif général répété en boucle depuis des années par les syndicats patronaux et les responsables politiques est de rétablir la compétitivité des entreprises en baissant le coût du travail. Baisser le coût du travail cela veut dire (i) que l’on va travailler plus pour le même salaire ou autant pour un salaire inférieur et (ii) que l’on va diminuer massivement les prestations sociales financées sur le travail (assurances maladie, chômage et vieillesse), car si l’on veut baisser les prélèvements sociaux il va bien falloir que l’on diminue aussi les prestations sociales financées par ces prélèvements, y compris les retraites.

    Baisser le coût du travail cela veut dire une diminution du niveau de vie moyen mais avec l’espoir de voir le chômage reculer et plus de travailleurs revenir à l’emploi. Une fois rétabli le plein emploi les salaires pourraient recommencer à grimper si l’offre de travail est inférieure à la demande. C’est une autre façon de partager le marché du travail : alors que la loi sur les 35 heures limitait la quantité (les heures travaillées) pour mieux répartir les travailleurs sur marché (avec des résultats mitigés) le projet actuel est d’augmenter la demande de travail en en limitant le prix unitaire (celui de l’heure de travail) ce qui devrait ouvrir le marché du travail à plus de chômeurs. C’est une opposition théorique classique entre les tenants de l’Etat qui administre l’offre et la demande (dont le Gosplan soviétique est le pire exemple) et les libéraux qui laissent Monsieur le Marché trouver le point d’équilibre entre l’offre et la demande par le prix (dont les salaires et bonus démesurés versés certains pédégés et fouteballeurs illustre les excès).

    Nombre de pays européens ont cherché à baisser ce coût du travail en précarisant l’emploi : en baissant le prix on a accru la demande, c’est un principe assez simple de l’économie libérale, généralement compris de la majorité. Ce qui est beaucoup moins bien entendu, et en tout cas très peu expliqué par les dirigeants et les médias, c’est que baisser le coût du travail veut dire que celui-ci va être moins rémunéré.

    Cette fameuse inversion de la hiérarchie des normes introduite dans le projet de loi permettra aux accords d’entreprises de s’imposer à la loi dans certaines conditions et dans des domaines très limités, notamment celui du paiement des heures supplémentaires. Imagine-t-on un seul instant que lorsque de tels accords émergeront ils puissent être plus favorables que la loi ? Evidemment non, ils seront dans leur immense majorité moins favorables et c’est ainsi que l’on baissera le coût du travail.

    La CGT et les syndicats contestataires l’ont bien compris et ils se battent avec outrance contre ce projet de loi avec leurs moyens de lutte habituels. Le syndicat patronal est aux abonnés absents, laisse le gouvernement actuel batailler et faire comprendre aux français que leur niveau de vie moyen va devoir baisser pour rétablir la compétitivité des entreprises !

    Chacun est dans son rôle en faisant assaut de faux-jetonnerie, de slogans grandiloquents et refusant d’expliquer la vraie vie car la baisse de la rémunération du travail n’est jamais un argument électoral très porteur pour des syndicats ou des gouvernements.

  • GARY Romain, ‘Le sens de ma vie’.

    GARY Romain, ‘Le sens de ma vie’.

    Sortie : 2014, Chez : folio 6011.

    Script d’une interview radio donnée par Romain Gary en 1980 quelques mois avant qu’il se donne la mort, le 2 décembre 1980, ce texte permet de revenir sur le parcours flamboyant de cet homme exceptionnel. Emigré russe « blanc » à Nice avec sa mère après avoir traversé l’Europe agitée par la révolution bolchévique d’entre les deux guerres, aviateur durant la seconde, il rallie Londres et le Général de Gaulle en 1940, intègre la Royal Air Force, commence à écrire entre deux missions de bombardement, devient diplomate après la libération tout en continuant à publier, épouse une actrice de la Nouvelle Vague, touche au cinéma et, surtout, porte un regard lucide sur le monde de sa génération à travers des romans visionnaires (« Les racines du ciel » prix Goncourt, « Adieu Gary Cooper »,…) et des récits autobiographiques dans lesquels il revient souvent sur la relation avec sa mère (« La promesse de l’aube ») qui l’a porté dans son ambition et fait partager son amour respectueux pour la France.

    Romain Gary fut un véritable héros et un grand écrivain, il publia même sous le pseudonyme d’Emile Ajar et obtint un second prix Goncourt avec « La vie devant soi », la manipulation n’étant révélée qu’après sa mort.

    Ce texte de fin de vie est celui d’un homme revenu de bien de ses illusions, conscient du déclin de l’Occident. Ce désespoir lucide est poignant surtout que l’on sait maintenant que cet auteur majeur mis fin à ses jours peu de temps après.

  • Neil Young & Promise of the Real – 2016/06/23 – Paris Bercy

    Neil Young & Promise of the Real – 2016/06/23 – Paris Bercy

    Trois ans après son dernier passage à Bercy avec les Crazy Horses, revoici Neil Youg avec les Promise of the Real, un groupe de gamins (deux guitaristes [tous deux fils de Willie Nelson], un bassiste, un percussionniste et un batteur) qui pourraient être les petits-enfants du Maître et qui entourent celui-ci dans la deuxième partie du show avec tendresse et efficacité.

    Neil est vêtu d’un ample T-shirt siglé « EARTH » (le titre de son dernier disque live, son combat de toujours finalement) sous son inévitable chemise de bucheron canadien et de son inénarrable chapeau feutre noir sur cheveux filasses, rouflaquettes blanches et opulentes. Il apparaît seul en scène, avec guitare et harmonica, pour un set acoustique qui donne la chair de poule à un public qui a connu le rock des années 70. Et c’est un doux retour sur Harvest avec After the Goldrush et Heart of Gold, la voix nasillarde fredonne ces refrains d’une génération dans l’émotion générale : I want to live/ I want to give/ I’ve been a miner for a heart of gold… Quelques chansons sont jouées aux claviers, dont un vieil harmonium sur lequel trône une botte de femme de mauvaise vie. De même que traîne sur la scène tout un fatras de totems indiens et d’amplis entassés les uns sur les autres.

    Et lorsque les Promise of the Real débarquent après le passage d’une simili-équipe de désinfection grimée en techniciens malfaisant de Monsanto qui enfument la scène comme s’ils déversaient des pesticides dans nos champs (son dernier disque studio s’appelle The Monsanto Years), le groupe continue sur la lancée de Harvest avec notamment le célébrissime et mélancolique Old Man. Et Neil de raconter comment il a apprécié la vision des campagnes françaises lors des voyages dans le bus de tournée. Après quelques mots en français il précise qu’il eut une girlfriend québécoise tout en levant les bras au ciel l’air de dire : « désolé » ou plutôt : « Mon Dieu, que le temps passe ! ».

    Et puis l’électricité se met à parler et l’on retrouve le Neil Young teigneux et pugnace, guitariste de génie, qui allonge à l’infini ses morceaux, accroché à sa guitare. Le son est puissant, les riffs lourds, les trois guitaristes unis s’échangent le front de la scène pour des solos de vieux grognards de la 6 cordes, laissant tout de même avec respect le Maître sous les spots qui lui réussissent si bien. Mais au cœur de l’ouragan électrique on retrouve son souffle alors que Neil se rapproche de son micro pour assumer de sa voix chevrotante ses paroles de révolté.

    Et lorsque le groupe se laisse aller à un rock furieux qui envahit Bercy de sons stridents, Neil Young déploie tous ses talents de guitariste grunge sur une Gibson élimée aux sons étranges, bien loin des ballades romantiques qui débutèrent la soirée et animent encore nos plus vieux souvenirs de l’artiste canadien. Trois heures plus tard, c’est sur le refrain repris à l’infini dans un délire de guitares « Keep on Rockin’ in the free World » que se termine un show éblouissant :

    …Got a man of the people,/
    says keep hope alive/
    Got fuel to burn,/
    got roads to drive./  /
    Keep on rockin’ in the free world,/
    Keep on rockin’ in the free world/
    Keep on rockin’ in the free world,/
    Keep on rockin’ in the free world…

    Setlist

    Solo intro to the set
    After the Gold Rush (After the Goldrush – 1970)/ Heart of Gold (Harvest – 1972)/ The Needle and the Damage Done (Harvest – 1972)/ Comes a Time (Comes a Time – 1978)/ Mother Earth (Natural Anthem) (Ragged Glory – 1990)
    with Promise of the Real
    Out on the Weekend (Harvest – 1972)/ Old Man (Harvest – 1972)/ Human Highway (Comes a Time – 1978)/ La vie en rose (Édith Piaf cover) (Piano and vocals Lukas Nelson)/ Someday (Freedom – 1989)/ Alabama (Harvest – 1972)/ Words (Between the Lines of Age) (Harvest – 1972)/ Winterlong (Decade – 1977)/ If I Could Have Her Tonight (Neil Young – 1969)/ Love to Burn (Ragged Glory – 1990)/ Mansion on the Hill (Ragged Glory – 1990)/ Western Hero (Sleeps with Angels – 1994)/ Vampire Blues (On the Beach – 1974)/ After the Garden (Living with War – 2006)/ Country Home (Ragged Glory – 1990)/ Everybody Knows This Is Nowhere (Everybody Knows This Is Nowhere – 1969)/ I’ve Been Waiting for You (Neil Young – 1969)/ Rockin’ in the Free World (Freedom – 1989)
    Encore:
    Like an Inca (Trans – 1982)
    Warmup : Charles Pasi

    La kronic de Julia :

    On a sweltering evening, Bercy’s Arena filled up with thousands of people – mostly in their fifties and sixties – ready to welcome one of the last living legends of the 20th century rock music history. Fresh beer does its best to cool throats in the moist air, and so, at 8.20pm it begins. Neil Young appears on stage, alone, as if he has just returned from work in a field. Dressed in faded black, a shapeless t-shirt with the word EARTH that covers his round belly, whilst an old dusty hat hides his face. Sat at the piano in the left corner of the stage, Neil Young strikes up the first notes of After the Goldrush, the iconic song of the Harvest album (1972). Then he switches for an old acoustic guitar and for 20 minutes strings together some of his most famous folk songs. Alone on stage and with no words for his audience, the 70year old Canadian musician and environmental activist doesn’t seem to care about us at all, which doesn’t foretell anything good…

    This is without taking into account his band, Promise of the Real, composed of two guitar players – Lukas and Micah Nelson, sons of country legend Willie Nelson –, a bassist, a drummer and a percussionist. With an average age around 25 – they could all be his grandsons – they bring a sudden freshness to the stage. Surrounded by this bunch of young guys in slim jeans and long hair, Neil Young seems boosted by a new energy and grabs a frayed Gibson Les Paul. Three hours of electric rock concert ensues, during which we all fear that he might suddenly fall onto the stage, laid low by a heart attack.

    However, nothing like this happens. On the contrary, Neil Young has never looked so young (forgive the unintentional pun). Despite several technical issues – out of tune guitars, broken pedals and so on – the show responds to all our hopes. At some point, one of the Nelson brothers sits at the piano and gives a heart-breaking rendition of La vie en rose. Bercy is in tears and is taken back to that evening of Friday 13 November 2015.

    The gig reached its peak when the band played a 20-minutes long rendition of Rockin’ In the Free World, Young’s political and environmental manifesto from 1989:

    I see a woman in the night With a baby in her hand Under an old street light Near a garbage can/ Now she puts the kid away,/ and she’s gone to get a hit /  She hates her life,/ and what she’s done to it/ There’s one more kid/ that will never go to school/ Never get to fall in love,/ never get to be cool./ Keep on rockin’ in the free world,/ Keep on rockin’ in the free world/ Keep on rockin’ in the free world,/ Keep on rockin’ in the free world./  We got a thousand points of light/ For the homeless man/ We got a kinder, gentler,/ Machine gun hand/ We got department stores/ and toilet paper/ Got Styrofoam boxes/ for the ozone layer/ Got a man of the people,/ says keep hope alive/ Got fuel to burn,/ got roads to drive…

    The stage is electrified; Corey McCormick, the bass player is jumping on the spot, reminding me of a young Flea in the best years of the Red Hot Chili Peppers. It all comes to an end after a 15-minutes long encore. The band, like the audience, is exhausted, but they still find enough energy to form a circle and bounce like a group of kids. Neil Young is one of them and proves one more that he is not ready yet to join this Earth that he loves and defends so ardently.

  • Transactions déprimantes

    Voilà déjà bien longtemps que les chaînes de distribution culturelle consacrent de moins en moins d’espace à la vente des CDs. Le marché de ces produits n’est guère en forme, les nouvelles générations préférant télécharger la musique sur leurs aïe-phones plutôt que d’encombrer leurs bibliothèques avec des CD. C’est ainsi ! Le chroniqueur attristé est donc contraint de passer ses commandes sur Internet et de se les faire livrer dans un point relais de son quartier, généralement la supérette du coin de la rue. Cette fois-ci le point relais désigné était une machine où après avoir tapé deux mots de passe reçu sur son smartphone le chroniqueur ébahi a vu une petite porte métallique s’ouvrir dans le mur et lui donner accès à sa commande.

    Résumons : la commande passée sur un écran d’ordinateur via un réseau numérique été payée par une transaction bancaire automatique et délivrée par une machine, le paquetage ayant probablement été également confectionné par un robot. Sans doute un ou deux humains ont touché, peut-être, cette commande au cours de son cheminement. Mais deux est probablement un chiffre encore trop optimiste.

    De modernisation de l’économie en amélioration de la compétitivité du travail, il faudra un jour faire le bilan exact et englobant de cette numérisation forcenée de nos vies.