Catégorie : Afrique

  • L’Algérie officielle tout en nuances…

    L’Algérie officielle tout en nuances…

    L’agence Algérie Presse Service (APS) est un établissement public algérien dont les informations diffusées semblent être validées par le pouvoir.

    L’APS a été créée le 1er décembre 1961 à Tunis, durant la guerre de libération nationale pour être le porte-drapeau de la Révolution algérienne sur la scène médiatique mondiale. Au lendemain du recouvrement de la souveraineté nationale, son siège a été naturellement transféré à Alger.

    https://www.aps.dz/a-propos-de-l-aps

    Le 22 novembre l’APS a relaté l’épisode de l’arrestation à Alger de l’écrivain titulaire des nationalités algérienne et française Boualem Sansal sous le titre : « Sansal, le pantin du révisionnisme anti-algérien ». L’introduction de cet intéressant article annonce son parti résolument anti-Sansal :

    L’agitation comique d’une partie de la classe politique et intellectuelle française sur le cas de Boualem Sansal est une preuve supplémentaire de l’existence d’un courant « haineux » contre l’Algérie. Un lobby qui ne rate pas une occasion pour remettre en cause la souveraineté algérienne.

    https://www3.aps.dz/sansal-le-pantin-du-revisionnisme-anti-algerien/

    La suite est à l’avenant et mérite lecture pour qui veut réellement comprendre la nature de la relation actuelle entre la France et l’Algérie, faite de haine et de ressentiment entre l’ancien colonisé et l’ex-puissance coloniale. La France « Macronito-Sioniste » est vouée aux gémonies et accusée pêle-mêle de révisionnisme, de négationnisme, d’atteinte à la liberté d’expression avec la détention de Pavel Durov… N’en jetez plus !

    Ce texte est significatif de l’impasse dans laquelle se trouvent la France et l’Algérie et l’absence de tout espoir que la situation s’améliore avant quelques siècles. Le plus rationnel serait de rompre les relations purement et simplement pour que Paris regarde vers l’Europe et Alger vers le Sud ou vers Moscou. Mais, l’un des effets les plus délétères de la colonisation menée par la France est l’imbrication socio-économique extrême qui existe encore entre les deux pays. Celle entre les peuples, combien d’émigrés algériens et de français d’origine algérienne sur le territoire français ? On parle de 4 ou 5 millions, une diaspora qui bien évidemment pèse dans la géopolitique franco-algérienne. L’imbrication est aussi économique, la force des intérêts des uns chez les autres, et vice versa, est telle qu’elle est difficile à rompre.

    Il faudrait des deux côtés de la Méditerranée des dirigeants suffisamment forts et courageux pour oser prononcer le divorce et se donner rendez-vous dans cent ans pour voir s’il est souhaitable de se reparler. Nous ne les avons pas alors les citoyens des deux pays voient leurs dirigeants s’écharper comme des gamins dans une cour d’école. A défaut de purger une fois pour toute ces relations très mal engagées depuis l’invasion de l’Algérie par les troupes de Napoléon III en 1830 par suite de différents incidents dont le refus de la France de rembourser une dette qu’elle avait à l’égard de l’Algérie depuis Louis XVIII, les deux pays vont continuer à s’affronter verbalement sur tous les sujets possibles qui fondent normalement les relations entre pays. C’est assez pathétique et, a priori, destiné à la rester pour encore de nombreuses générations.


    La suite de l’article APS

    « Il faut dire que ce lobby haineux a eu une mauvaise semaine. Il faut les comprendre. D’abord, un de leurs protégés, Kamel Daoud, a été pris la main dans le sac, exploitant les douleurs d’une victime du terrorisme en Algérie pour rafler « le Goncourt ». Ensuite, leur ami génocidaire Netanyahu s’est vu délivrer un mandat d’arrêt international par la Cour pénale internationale (CPI). Enfin, l’autre écrivain de Gallimard, Sansal, se voit arrêter en plein délire révisionniste. Au passage, le même Sansal avait été accusé par l’écrivain Wassini Larredj de lui avoir volé son titre et la trame du Roman « 2084 la fin du Monde ». Comme quoi dans la confrérie du plagiat et du détournement littéraire, la France de l’édition a bien choisi ses poulains algériens.
    « Le gouvernement français doit exiger sa libération immédiate », lancera le naturalisé par décret, Eric Zemmour en faveur de son « ami », Boualem Sansal. Le Président Macron qui revient d’un voyage bronzé du Brésil, où il avait traité les Haïtiens de « cons » (la Routine quoi !), se dit « très préoccupé ».
    La France Macronito-Sioniste qui s’offusque de l’arrestation de Sansal (à l’aéroport d’Alger), n’a toujours pas déclaré au monde si elle a la souveraineté nécessaire de pouvoir arrêter Benjamin Netanyahu, si jamais il se pointerait à l’aéroport Charles De Gaulle ! Puisque Paris parle de Droit et de Droits de l’Homme, se conformer au droit international dans le cas de Netanyahu serait déjà un bon début.
    La France de Macron n’est pas à une contradiction prés. Le même Macron qui parle de « crimes contre l’Humanité » en Algérie concernant la colonisation française, qui admet la reconnaissance historique d’assassinat d’Etat dans le cas de Ali Boumendjel, Maurice Audin ou de Larbi Ben M’hidi, poussant la contrition jusqu’à envoyer son ambassadeur avec une gerbe de fleurs sur la tombe de notre martyr, prend la défense d’un négationniste, qui remet en cause l’existence, l’indépendance, l’Histoire, la souveraineté et les frontières de l’Algérie !
    La France qui légifère à tour de bras sur les lois mémorielles, surtout quand il s’agit du révisionnisme anti-juif (Loi Gayssot), ne devrait-elle pas, plutôt, condamner Sansal pour sa tentative de nier l’existence même de la Nation algérienne. Ça serait un bon sujet d’étude et de négociation pour Benjamin Stora !
    En définitive, à chaque poussée de fièvre anti-algérienne, Paris charge Alger de tous les maux alors que l’Algérie agit, toujours, selon le principe de cohérence. Accuser l’Algérie d’empêcher la liberté d’expression, alors que les Français détiennent toujours Pavel Durov, le fondateur de la messagerie Telegram, plateforme mondiale de l’expression, est la confirmation de cette sinistre comédie dont seul Sansal est le pantin utile. »
  • La Centrafrique rend hommage à Prigogine et son adjoint, tous deux décédés dans un « accident » d’avion probablement provoqué par le pouvoir Russe

    La Centrafrique rend hommage à Prigogine et son adjoint, tous deux décédés dans un « accident » d’avion probablement provoqué par le pouvoir Russe

    La République Centrafricaine rend hommage à Evgueni Prigogine et son adjoint en érigeant une statue de ces personnages au centre de la capitale. Tous deux ont fondé et dirigé le groupe « Wagner » composé de forbans mercenaires protégeant le pouvoir de Bangui depuis la fin des années 2010 en échange de concessions minières. Le plus ironique dans cette affaire est que Prigogine et tout son état-major ont été tués lorsque leur avion a malencontreusement rencontré un missile dans le ciel de Russie en 2023. Engagé dans la guerre d’Ukraine, le groupe « Wagner » avait initié une rébellion contre le pouvoir de Moscou accusé de mal mener la guerre. Il en a payé le prix du sang. Pas sûr que la Russie partage cet hommage rendu par Bangui !

    Peut-être un jour la Centrafique érigera une statue en hommage au Commandant Mansion, officier des services secrets français, qui, dans les années 1980, a joué le rôle de proconsul pendant plus de dix années auprès des présidents qui se sont succédé au pouvoir ?

    Lire aussi : Mais de quoi se mêle-t-on en Centrafrique ?

    Après tout, les Russes ont rétabli en 2023 la statue de Félix Dzerjinski le créateur du NKVD dans les années 1930 devenu ensuite KGB après plusieurs étapes, et FSB aujourd’hui, coresponsables des millions de morts de purges staliniennes.

    Lire aussi : Le retour de Felix Dzerjinski à Moscou

  • La retraite d’Afrique se poursuit

    La retraite d’Afrique se poursuit

    Le Tchad annonce mettre fin aux accords de défense qu’il partageait avec la France. C’est une bonne nouvelle même si elle heurte un peu l’ego français dont l’armée a sauvé plus d’une fois le régime tchadien des attaques de son opposition armée. Des soldats français et du matériel sont stationnés à N’Djaména depuis des lustres. Les contribuables français payent pour ces forces depuis les mêmes lustres. Sans doute cette implication militaire française eut une certaine utilité durant la guerre froide, en tout cas on peut l’espérer. Il serait intéressant d’ailleurs de la documenter, pour l’histoire. Elle n’a plus beaucoup de sens aujourd’hui où les anciennes colonies françaises du continent rejettent l’ancienne puissance coloniale avec fracas.

    C’est un peu le dernier clou planté dans le cercueil de la colonisation, une page d’histoire qui se referme, 60 ans après la décolonisation légale de ces territoires. Il reste encore des soldats français au Sénégal dont le nouveau président a annoncé le départ prochain. Rendez-vous dans un siècle pour faire le bilan de tout ce passé sensible et de ce qui se sera passé depuis.

    En attendant, les militaires pourront très utilement être redéployés en Europe où leur présence sera bien plus utile à la France que sur le continent africain.

  • Boualem Sansal emprisonné à Alger

    Boualem Sansal emprisonné à Alger

    L’écrivain algérien Boualem Sansal vient d’être arrêté à l’aéroport d’Alger en provenance de France. Il serait accusé « d’atteinte à l’unité nationale ». Sa production littéraire, dirigée contre l’islamisme conquérant, ainsi que l’inefficacité et la corruption du régime algérien, est fortement critiquée dans son pays d’origine où elle est d’ailleurs censurée. Il est aussi fort critique contre les régimes occidentaux qui ne lutteraient pas assez vigoureusement contre l’islamisme. Il avait malgré tout choisi de rester résider en Algérie et faisait de fréquents aller-retours au-dessus de la Méditerranée.

    Il a obtenu récemment la nationalité française ce qui a peut-être précipité son arrestation compte tenu des relations actuellement déplorables entre les deux pays. Il s’est jeté dans la gueule du loup et celui-ci a les dents particulièrement aiguisées contre tout ce qui touche de près ou de loin à l’ancienne puissance coloniale. Dans ces conditions il n’a pas été très avisé de se rendre en Algérie, d’autant plus que ce pays ne reconnaît pas le concept de deux nationalités. S’il est entré en Algérie avec son passeport algérien l’administration locale le considère comme un citoyen lambda et lui applique ses lois sans avoir de compte à rendre à qui que ce soit, et encore moins à Paris. S’il a présenté un document français cela devient une affaire franco-algérienne, une de plus.

    A-t-il tenté le diable par fanfaronnade ou par mauvaise estimation du risque ? Dans les deux cas il a manqué de clairvoyance, Boualem Sansal est plus utile à sa cause en écrivant des livres en Occident plutôt qu’en moisissant dans une prison algérienne. L’émotion manifestée par les milieux littéraires et médiatiques français devant cette arrestation risque plutôt d’aggraver encore son cas vis-à-vis d’Alger. Le mieux pour Paris serait d’essayer de régler cette affaire dans la discrétion, mais sans garantie de succès à court terme.

    Si la France pratiquait les méthodes russes, par exemple, il suffirait de prendre en otage un écrivain algérien et de négocier son échange avec M. Sansal. Mais nous sommes à Paris et c’est sans doute la raison pour laquelle il a cherché à obtenir la nationalité française et pas la russe…

    Grandeur et décadence de la démocratie!

  • Un forban centrafricain

    Un forban centrafricain

    Un consortium de journaux, dont Le Monde, coordonné par l’organisation Forbiden Stories, a identifié et interrogé un citoyen centrafricain réfugié en France, Ephrem Yalike Ngonzo, qui a révélé que les forces russes en Centrafrique l’auraient recruté et payé à partir de fin-2019 pour diffuser localement des informations plus ou moins fausses en faveur de l’intervention russe en cours dans ce pays et généralement en défaveur de la France ou des Nations-Unies. A la tête d’un média en ligne, M. Ngonzo aurait endossé le rôle de désinformateur contre rémunération. Progressivement le manipulateur aurait éprouvé quelques scrupules jusqu’à prendre peur de ses mentors russes et fuir vers la France qui, bonne mère, lui a délivré un visa.

    J’ai contribué au maintien de mon pays dans le chaos… Aujourd’hui, je veux tout dénoncer pour réparer, me délivrer de ma honte et de mes regrets.

    Le Monde (21/11/2024)

    Il est ironique que le nom même de « Ngonzo » se rapproche de celui du journalisme dit « gonzo », un courant de la presse développé dans les années 1970, aussi qualifié « d’ultra-subjectivité » qui consiste à favoriser la fiction au détriment de l’information…

    Fin 2024 M. Ngonzo raconte son « aventure » aux journaux occidentaux et se présente comme « lanceur d’alerte ». On peut penser que Forbiden Stories a mené quelques investigations pour vérifier ses dires mais qui peut vraiment savoir si M. Ngonzo n’est pas un agent triple ou quadruple ? Quel est d’ailleurs l’intérêt de ses déclarations pour la République française qui n’ignore pas depuis longtemps que l’une des spécialités de la Russie est la désinformation, en Centrafrique comme ailleurs. Alors sur quelles bases a-t-on délivré un visa à M. Ngonzo, un homme qui a nui à la France, par faiblesse ou par intérêt de la République ? Sans doute a-t-il été débriefé par les services de sécurité français qui en ont peut-être appris un peu plus sur les méthodes de leurs homologues russes ? Certainement s’il a trahi ses mentors russes ceux-ci menacent sa vie et celle de sa famille car il est plus aisé de trahir la France que la Russie

    Mais le jeu en vaut-il la chandelle ? L’avenir le dira. Si un jour la République centrafricaine cherchait à retourner sa veste, lâcher la Russie et revenir vers la France, on se demande si Paris l’accueillerait avec la même complaisance que celle manifestée à M. Ngonzo ? C’est probable à l’heure où la reprise de la coopération financière est annoncée et où le président centrafricain a été reçu à l’Elysées par le président Macron le 17/04/2024.

    En attendant, l’ambassadeur de France en Centrafrique introduisait son discours du 14/07/2024 par ces phrases :

    Accompagné de l’ensemble de l’équipe France en République centrafricaine, je suis très heureux que nous partagions ensemble un moment de joie, de convivialité et de fraternité placé sous le signe de l’amitié entre la France et la RCA.

    Je remercie très chaleureusement le chef de l’Etat qui nous fait l’honneur de rehausser cette célébration par sa présence.

    Ces derniers mois ont été le théâtre d’une reprise d’un dialogue constructif entre nos pays, marqué par plusieurs rencontres entre le Président Macron et vous-même, monsieur le Président. Vos échanges ont posé les jalons d’un dialogue renouvelé entre nos deux nations, traduit dans l’endossement par les deux parties d’une feuille de route bilatérale le 17 avril dernier, à Paris.

    Dans les faits, cette feuille de route trouve une première illustration concrète avec la reprise imminente de l’aide budgétaire française, d’un montant de 10 millions d’euros. 

    https://cf.ambafrance.org/Discours-prononce-par-S-E-l-Ambassadeur-de

    Les méandres diplomatiques sont souvent mystérieux pour les citoyens ordinaires. Le cas de la Centrafrique dépasse l’entendement !

  • Des galonnés s’autocongratulent au Mali

    Des galonnés s’autocongratulent au Mali

    Le conseil des ministres malien a décidé d’une série de promotions de cinq galonnés, à commencer par le colonel Goïta, chef de l’Etat malien arrivé au pouvoir en 2021 via deux coups d’état militaires en 2021, nommé général d’armée sans passer par les grades intermédiaires.

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  • Les gangs marseillais affichent leurs appartenances

    Les gangs marseillais affichent leurs appartenances

    A Marseille la guerre des gangs qui prospèrent sur le trafic de drogue fait rage. Les assassinats en pleine rue sont légion, parfois dans des conditions barbares où des gamins sont brulés vifs dans des voitures. On a appris récemment qu’un enfant de 14 ans avait été commandité par un dealer, depuis sa prison, pour tuer un concurrent. A défaut de l’avoir trouvé, il aurait assassiné d’une balle dans la tête le chauffeur de taxi qui l’avait conduit et refusait de l’attendre pour le retour.

    On découvre à cette occasion que l’un des groupes mafieux qui domine ce narcobanditisme sanglant dans la cité  phocéenne se surnomme « DZ Mafia ». Sans doute peu de citoyens savent que « DZ » est le code standardisé attribué à l’Algérie par l’Organisation internationale de normalisation ISO. Ce sont généralement les deux premières lettres du nom du pays dans sa langue qui sont retenues, FR pour la France, US pour les Etats-Unis, DE pour l’Allemagne. Dans le cas de l’Algérie D et Z sont les deux premières lettres du nom Algérie exprimé en langue arabe « الـجَزَائِر », ce qui donne « El Djazaïr » en lettres latines. Sans qu’on le lui demande ce groupe de narcotrafiquants affiche lui-même son appartenance. Peut-être s’agit-il d’une provocation pour tromper sur ses origines, peut-être pas ? Il s’attribue aussi lui-même le statut de « mafia » dans sa dénomination.

  • La guerre civile au Soudan se poursuit

    La guerre civile au Soudan se poursuit

    Au Soudan la guerre civile déclenchée par deux galonnés, étouffés par un hubris débordant, se poursuit sans espoir de la voir se terminer à court terme. Le pays est dévasté, au bord de la famine, des millions d’habitants ont été déplacés vers les pays avoisinants ou dans de gigantesques camps de réfugiés, les crimes ethniques se sont multipliés avec leur cortège de meurtres, de viols, de pillage…

    Les deux généraux qui s’affrontent semblent disposer de ressources sans limites et on se demande d’ailleurs comment ils arrivent à financer leur arsenal meurtrier compte tenu du niveau de sous-développement extrême du Soudan. Malgré tout les armes affluent de toutes parts vers le pays et alimentent la guerre. On ne sait pas bien comment ni par qui elles sont payées, mais on sait comment elles sont utilisées.

    Dans différentes enceintes internationales ou au sein d’organismes humanitaires on critique l’Occident qui reste inactif face à ce désastre, et qui se préoccupe plus de l’Ukraine que du Soudan. C’est incontestable mais l’interventionnisme de l’Occident, en Afrique comme ailleurs, a montré ses limites et a été tout aussi critiqué. De la Somalie en 1992, au Mali en 2012, en passant par l’Afghanistan, les interventions armées menées par l’Occident ces dernières décennies ont été des échecs politiques, même si parfois assises sur des succès militaires. Mais à chaque fois les troupes ont dû être piteusement repliées, laissant au passage des dizaines de morts dans leurs rangs, sous les huées des populations locales. On comprend que les pays de l’Ouest soient réticents à se lancer dans de nouvelles interventions.

    L’Organisation des Nations Unies (ONU) est impuissante. Les embargos sur les armes prononcés sont contournés et ses propositions d’interventions de « forces de la paix » sont rejetées par les parties. L’Afrique est aussi plutôt silencieuse sur le sujet du Soudan qui symbolise le pire de ce que deux forbans peuvent faire vivre à un pays sur lequel ils exercent leur pouvoir maléfique. Pour le moment il n’y a guère de solution efficace possible sinon attendre que l’un terrasse l’autre. Le plus rapidement serait le mieux.

  • “Dahomey” de Mati Diop

    “Dahomey” de Mati Diop

    Le film documentaire de Mati Diop évoque la restitution d’œuvres d’art africaines qui avaient été prélevées à l’époque coloniale. La réalisatrice se qualifie elle-même « d’afrodescendante », née d’un père sénégalais et d’une mère française. Son film porte l’ancien nom de l’actuelle République du Bénin avec laquelle le processus de retour des œuvres est le plus avancé avec un premier lot de 26 pièces sur 7 000 qui seraient encore détenues en France.

    Finalement cette question [la restitution] traverse mon travail. Mais aussi les films que j’ai réalisés à Dakar entre 2009 et 2019 s’inscrivent dans une démarche de retour. Un retour vers mes origines africaines, vers une part de moi-même trop longtemps ensevelie sous l’hégémonie de mon environnement occidental.

    Mati Diop (dépliant « Dahomey » de l’AFCAE – Association française des cinémas art & essai)

    La caméra suit la statue homme-oiseau du roi Ghézo depuis son emballage au musée du Quai Branly jusqu’à l’ouverture de la caisse au nouveau musée construit pour ce faire au palais présidentiel de la Marina à Cotonou. La statue parle d’une voix sépulcrale pour réciter un gloubi-boulga de proverbes africains et de considérations philosophiques de bazar. Plus intéressants sont les dialogues échangés dans un auditorium de l’université d’Abomey Calavi, rempli de jeunes discourant sur le thème de cette restitution. Certains crient au scandale que seulement 26 œuvres seulement sur 7 000 soient de retour au pays, d’autres rendent hommage au président béninois qui a lancé le processus, tous se plaignent d’une colonisation qu’ils n’ont pas connue, et de la France coupable de tous leurs maux.

    Les sous-titres en français de la voix sépulcrale en langue fon sont en écriture inclusive, chacun se vautre dans la victimisation, le « décolonialisme » transpire de partout, la culture « woke » déborde sur le rivage de Cotonou. Quelques éléments historiques sur les royaumes du Dahomey, sur les personnages représentés par ces statues, sur la colonisation française dans ce pays auraient pu donner un peu plus d’intérêt à ce documentaire.

    La bonne nouvelle est que la restitution des œuvres africaines détenues par la France a commencé. De la famille franco-béninoise Zinsou qui a initié ce retour, le film ne dit pas un mot.

    Statue homme-oiseau du roi Ghézo (« Dahomey »)
  • L’Ukraine engagée au Mali ?

    L’Ukraine engagée au Mali ?

    Il semble que les mercenaires russes qui appuient l’armée malienne contre les terroristes religieux aient subi une défaite dans le désert, au village de Tinzawaten. Une soixantaine de cadavres d’hommes blancs auraient été répertoriés. L’Ukraine aurait fourni du renseignement aux terroristes sahariens pour faciliter leur victoire suivant le grand principe : « les ennemis de mes ennemis sont mes amis ». Un responsable militaire ukrainien a plus ou moins confirmé cet engagement de son pays contre les mercenaires russes au Sahel. Vu le pédigré des terroristes maliens en question, une association de circonstance entre des islamistes et des indépendantistes touareg, il n’est pas bien sûr que l’Ukraine ait misé sur le bon cheval mais on peut imaginer que tout ce qui peut nuire à la Russie intéresse Kiev. On peut se demander de quel type de renseignements pouvait bien disposer l’Ukraine sur le Sahel pour aider à cette défaite russe ? Le Sahara est tout de même assez éloigné des plaines ukrainiennes et sans doute pas au cœur des préoccupations de Kiev pour le moment…

    Bien entendu le vieux réflexe des anciens pays colonisés par la France d’accuser Paris d’être responsable de tous leurs malheurs joue encore aujourd’hui et l’Alliance des Etats du Sahel (AES), qui réunit le Mali, le Niger et le Burkina-Faso après que ceux-ci ont eu quitté la CDEAO et se soient rapprochés de la Russie, publie le communiqué rageur ci-dessus le 5 août.

    La France impliquée dans un jeu dangereux au Mali, aux côtés de l’Ukraine et de groupes terroristes !

    AES (https://x.com/AESinfos/status/1820574117269241994)
    Lire aussi : Le Mali, le Burkina-Faso et le Niger se retirent de la CEDEAO
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    La présence de l’Union soviétique et de son allié cubain a marqué les pays africains après leurs indépendances dans les années 1960. Nombre d’entre eux ont d’ailleurs adopté le communisme comme programme politique sous couvert du « non-alignement » qui était en fait le faux-nez de Moscou contre les prétentions occidentales dans les pays nouvellement indépendants. Le Bénin, le Mali, la Guinée, l’Ethiopie, le Congo-Brazzaville, l’Egypte de Nasser, le Congo-Zaïre de Lumumba, l’Algérie, notamment, ont pactisé avec le grand frère soviétique et érigé parfois des dictatures sanguinaires, parfois des régimes qui n’avaient de communiste que le nom. A Moscou, l’université baptisée « Patrice Lumumba » a accueilli, et accueille toujours, nombre de cadres africains.

    Le retour de la Russie en Afrique n’est pas véritablement une surprise puisqu’elle y fut très présente jusqu’à la dissolution de l’URSS en 1991. Ce qui est nouveau en revanche est que l’ex-Union soviétique, maintenant réduite à la simple Fédération de Russie, qui reste tout de même en surface le pays le plus grand de la planète, s’y affronte avec l’Ukraine son ancien vassal. L’idéal serait tout de même que l’Afrique, après s’être débarrassée de ses colonisateurs, avoir abrité les conflits de la guerre froide, arrive à concevoir désormais son avenir sans plus d’interventions extérieures. Elle n’en prend pas le chemin, hélas.

    Pour le moment la Russie a perdu une bataille dans le désert, mais sans doute pas la guerre. Son plus grand défi reste d’ailleurs de ne pas être de nouveau rejetée par les populations comme le fut l’URSS à peu près partout sur le continent. Rendez-vous dans trente ans pour faire le bilan de ce nouvel activisme russe en Afrique.

  • Paris franchit le Rubicon de la discorde

    Paris franchit le Rubicon de la discorde

    Les informations du ministère algérien des affaires étrangères étaient les bonnes, la France vient effectivement de baiser la babouche du Roi du Maroc en reconnaissant la souveraineté marocaine sur le Sahara « espagnol » dans une lettre du président de la République adressée à son homologue marocain. Courroucée, l’Algérie a, une énième fois, rappelé son ambassadeur en France. Une nouvelle tempête s’annonce dans le verre d’eau franco-algérien.

    Lire aussi : Un possible retournement de veste français qui surprend

    « Pour la France, l’autonomie sous souveraineté marocaine est le cadre dans lequel cette question doit être résolue. Notre soutien au plan d’autonomie proposé par le Maroc en 2007 est clair et constant. »

    Extrait de la lettre publié par la presse marocaine
    https://www.challenge.ma/sahara-marocain-voici-lintegralite-de-la-lettre-adressee-par-macron-a-s-m-le-roi-284956/

    Le citoyen français se demande vraiment de quoi se mêle-t-on à Paris ? Où sont les intérêts vitaux de la France à s’ingérer dans un conflit régional africain ? Les échecs des expériences récentes d’interventionnisme sur le continent n’ont-elles pas servi de leçon ? A priori non, et c’est regrettable !

    A ce stade et depuis hier, Paris est maintenant réconcilié avec Rabat et désormais fâché avec Alger. Gageons que cette situation va certainement s’inverser un jour, au gré des relations tumultueuses de la France avec ses anciennes colonies. Plutôt que ces montées de tensions subites et ces déclarations d’amour intempestives pourquoi ne pas avoir laissé la situation ante : une relation fraîche avec ces deux pays en les laissant gérer leurs litiges tous seuls comme des grands. Notons d’ailleurs que celui issu de la « guerre des sables » de 1964 n’est toujours pas soldé entre ces deux pays maghrébins.

    De tous les pays membres des Nations-Unies (ONU), la France est la plus mal placée pour interférer dans ce conflit de décolonisation en tant qu’ex-puissance colonisatrice, justement des deux Etats qui se disputent ce bout de désert anciennement colonisé par l’Espagne. Paris ne sera qu’une source additionnelle de troubles et prendra des coups venant des deux côtés. Nous n’arrivons déjà pas à décoloniser la Nouvelle Calédonie, qu’allons donc nous faire dans cette nouvelle galère saharienne ?

    Le psychodrame continue, grandeur et décadence d’un ex-Empire !

  • Un possible retournement de veste français qui surprend

    Un possible retournement de veste français qui surprend

    On apprend par un communiqué du 25/07/2024 du ministère des affairés étrangères de la République démocratique et populaire d’Algérie que la France s’apprêterait à changer de position concernant le dossier du Sahara occidental, ancienne colonie espagnole, revendiqué par le Maroc et dont la communauté internationale, par la voix des Nations Unies (ONU), prône depuis toujours l’autodétermination via l’organisation d’un référendum, la zone étant classée pour le moment en « territoire non autonome » par l’ONU.

    L’Algérie toujours opposé au Maroc, quelque soit le sujet, s’oppose bien entendu à la reconnaissance de toute « marocanité » du Sahara espagnole et soutient, y compris militairement, le Front Polisario qui revendique l’indépendance de ce (grand) bout de désert. Jusqu’ici la France soutenait la position internationale ce qui est bien le moins pour membre permanent du conseil de sécurité des Nations Unies ! Cela lui était amèrement reproché par l’Algérie comme par le Maroc. Ces dernières années, Rabat a emporté le soutien d’un certain nombre de pays en faveur de sa revendication, dont les Etats-Unis d’Amérique du président Trump, obtenu semble-t-il en échange d’une amélioration des relations entre le Maroc et Israël. C’est sans doute cette évolution qui pousse la France à envisager de retourner sa veste sur ce sujet sensible, sans parler de l’influence en ce sens du puissant lobby marocain en France. En tant qu’ancienne puissance coloniale de l’Algérie et « protectrice » du Maroc la France n’a que des coups à prendre dans cette affaire. La position de l’ONU était la seule incontestable car validée par les membres de l’organisation. Si, comme le soupçonne l’Algérie, Paris s’apprête à prendre parti pour l’un des belligérants, c’est l’annonce d’un déluge de difficultés et d’hystérie diplomatiques pour un avantage qu’on a du mal à estimer.

    Lire aussi : Vacances dispendieuses

    Mais ce qui reste toujours relativement surréaliste pour les citoyens français est, d’une part, comprendre de quels moyens de pression peut donc disposer le Royaume chérifien pour faire changer Paris d’avis en faveur de ses propres intérêts, et d’autre part, de constater combien Alger reste agressive, voire injurieuse, dans ses injonctions adressées à la France ! Une nouvelle fois l’ancien colonisateur devra boire le calice jusqu’à la lie…

    C’est aussi la confirmation qu’en aucun cas Paris ne devrait se mêler de ce problème qui concerne deux pays tiers et ne remet pas en cause les intérêts vitaux de la nation.

    Lire aussi : L’arrogance française une nouvelle fois en mise en cause

    Le communiqué de l’Algérie

    Le Gouvernement algérien a pris connaissance avec un grand regret et une profonde désapprobation de la décision inattendue, inopportune et contre-productive du Gouvernement français apportant un soutien sans équivoque et sans nuance au plan d’autonomie sur le Sahara Occidental dans le cadre de la souveraineté marocaine. Cette décision a été communiquée officiellement aux autorités algériennes par les autorités françaises ces derniers jours. Les puissances coloniales, anciennes et nouvelles, savent se reconnaître, se comprendre et se rendre des mains secourables. La décision française relève manifestement d’un calcul politique douteux, d’un apriori moralement contestable et de lectures juridiques que rien ne conforte et rien ne justifie. Cette décision française n’aide pas à réunir les conditions d’un règlement pacifique de la question du Sahara Occidental, elle conforte une impasse, celle créée précisément par le prétendu plan d’autonomie marocain et qui dure depuis plus de dix-sept ans. Bien plus et alors même que la communauté internationale est convaincue depuis longtemps que la question du Sahara Occidental relève indubitablement d’un processus de décolonisation à parachever, cette même décision française vient en pervertir et fausser les données en donnant une caution à un fait colonial et en apportant un soutien injustifiable à une souveraineté contestée et contestable du Maroc sur le territoire du Sahara Occidental. Cette position française est d’autant plus malvenue qu’elle émane d’un membre permanent du Conseil de Sécurité sensé agir en conformité avec les décisions de cet organe d’une manière particulière et avec la légalité internationale d’une manière générale. Enfin, et alors que la conjoncture actuelle connaît une mobilisation des bonnes volontés au sein des Nations Unies à l’effet de donner un nouveau souffle à la recherche d’un règlement au conflit du Sahara Occidental, la même décision française vient s’inscrire à contre-courant de ces efforts dont elle contrarie et entrave le déploiement dans l’intérêt supérieur de la paix, de la stabilité et de la sécurité dans la région. Le Gouvernement algérien retient de la décision française qu’elle ne sert absolument pas l’objectif de la paix au Sahara Occidental, qu’elle aide à prolonger une impasse et qu’elle justifie et aide à consolider le fait accompli colonial dans ce territoire. Le Gouvernement algérien tirera toutes les conséquences qui découlent de cette décision française et dont le Gouvernement français assume seul la pleine et entière responsabilité.

    https://www.mfa.gov.dz/fr/announcements/statement-of-the-ministry-of-foreign-affairs-western-sahara-1
  • Deux bonnes nouvelles au Sénégal

    Deux bonnes nouvelles au Sénégal

    Finalement, malgré la tentative de résistance de l’ancien président du Sénégal, Macky Sall, en poste depuis dix ans, qui a tenté en février dernier de reporter l’élection présidentielle sans doute pour empêcher l’opposition d’arriver à la présidence, il a finalement rejoint le droit chemin et mis en place le processus électoral qui a permis d’élire son successeur dans les délais constitutionnels avant le 2 avril. Toute cette agitation ne lui a finalement servi à rien et il a remis le pouvoir dans les mains d’un de ses opposants, Bassirou Diomaye Faye. Tout ça pour ça ! C’était la première bonne nouvelle, le Sénégal est resté dans la démocratie.

    Lire aussi : Le Sénégal s’y met aussi

    La seconde est que l’un des points forts du programme électoral du nouveau président est de sortir son pays de la zone monétaire du franc CFA pour redonner sa souveraineté monétaire au Sénégal. C’est un beau projet que tout le monde veut mener à bien, la France y compris, mais que personne n’ose mettre en œuvre. Lancé en Côte d’Ivoire en 2019 par les présidents français (Macron) et ivoirien (Ouattara) le projet piétine. La pandémie de Covid, les épidémies de coups d’Etat dans le Sahel, sans doute aussi la résistance au changement des acteurs de ce dossier, font que cette zone monétaire du franc CFA est toujours opérationnelle. Le Sénégal, qui a bien des égards a montré l’exemple d’un pays responsable, va peut-être réussir à prendre les rênes de ce démantèlement du franc CFA. S’il y réussissait ce serait une évolution favorable pour le continent et le Sénégal, amené à l’indépendance par Léopold Sedar Senghor, poète et politique visionnaire, gagnerait définitivement sa place de leader moral de l’Afrique subsaharienne.

    Lire aussi : Une bonne nouvelle pour l’Afrique

    Que le futur passe pour les pays de la zone Franc par une monnaie unique ou commune, régionale ou nationale, l’Afrique devrait pouvoir ainsi contrôler sa ou ses politiques monétaires et l’ajuster à sa ou ses choix économiques. Bien sûr la valeur de ces monnaies ne sera plus rattachée à l’euro ou à une autre devise mais c’est bien le but de l’opération, faire en sorte que la monnaie soit la variable d’ajustement de la balance des paiements, ce qui est son rôle premier. Après tout, les anciennes colonies britanniques ont été décolonisées chacune avec sa propre devise et ne s’en portent économiquement pas plus mal que leurs homologues ex-colonies françaises. Surtout, le retour à une souveraineté monétaire pour ces anciennes colonies satisfera les égos à fleur de peau des populations et de leurs dirigeants en plantant les derniers clous dans le cercueil de la Françafrique qui a piteusement succédé à la décolonisation.

    Dans un communiqué du 12 mars 2024 le Comité des Gouverneurs des Banques Centrales des Etats membres de la CEDEAO annonce :

    Sous la présidence de la BCEAO, l’AMAO, chargée de piloter la conception et les modalités opérationnelles du lancement de l’Eco, la monnaie unique ouest-africaine, a réalisé des avancées significatives. Il s’agit notamment du renforcement de la stabilité macroéconomique de la région ainsi que de la préparation du cadre institutionnel et juridique de la future union monétaire de la CEDEAO.

    https://www.bceao.int/fr/content/participation-du-gouverneur-la-reunion-ordinaire-du-comite-des-gouverneurs-des-banques

    Il vaudrait mieux que le Sénégal prenne la main puisqu’avec la BCEAO et ses comités Théodule cela risque de durer encore un moment.

  • La Guinée « dissout » son gouvernement

    La Guinée « dissout » son gouvernement

    Sur une vidéo publiée sur le site Facebook de la présidence guinéenne, une troupe de galonnés en tenues de combat aux couleurs chamarrées annonce la « dissolution du gouvernement » en lisant intégralement un décret signé par le galonné président de la République à la suite du coup d’Etat de septembre 2021. Cette dissolution n’est pas motivée mais est-ce bien nécessaire de justifier les actes politique d’une junte militaire ?

    Voir : Dissolution en Guinée

    Les galonnés ont pris le pouvoir, sans provoquer de réaction négative de la population, alors ils l’exercent. C’est plus simple et plus clair ainsi !

    On parle moins en France de la Guinée car l’armée française n’y disposait pas de base militaire qu’elle n’a donc pas eu à évacuer comme au Mali ou au Niger. Mais rappelons que la Guinée du dictateur Sékou Touré fut l’une des premières colonies françaises devenues indépendantes (en 1958) à se rebeller contre le néocolonialisme en refusant par référendum de rester membre de l’Union française, une fiction juridique par laquelle la France de De Gaulle pensait retarder les indépendances africaines, ou, au pire, les encadrer, fiction qui n’a d’ailleurs pas duré bien longtemps.

    Le premier président fut Sékou Touré qui, comme nombre de ses coreligionnaires, avait aussi été député à l’assemblée nationale française avant l’indépendance de son pays. D’inspiration marxiste-léniniste il renonça à poursuivre la coopération avec Paris et s’orienta vers l’Union soviétique alors marraine des pays dits « non alignés ». Sékou Touré applique une politique socialiste et développe une sévère répression interne contre ses opposants. Ceux qui connaissent Conakry sont immanquablement passés sous le « pont des pendus », un pont du centre-ville où le dictateur faisait pendre (et laissait pendouiller les corps plusieurs jours) afin de montrer qui était le patron.

    Les relations diplomatiques rompues avec la France de De Gaulle furent rétablies sous Giscard d’Estaing. La Guinée ne fut jamais membre de la zone Franc et utilisait (et utilise toujours) sa propre monnaie nationale, le franc guinéen. Sékou Touré est mort d’une crise cardiaque en 1984 alors qu’il était toujours au pouvoir. Malgré la dictature sinistre et implacable qu’il a dirigée dans son pays, il est resté un héros pour ses nombreux admirateurs, en Afrique et au-delà car il a su s’opposer à l’ancienne puissance coloniale et mener sa route loin des méandres parfois nauséabonds de la Françafrique. Il a préféré le camp « socialiste » et ses méthodes violentes.

    Est-ce que la Guinée a plus souffert, ou s’est moins développée que les autres colonies françaises restées sous la « protection » de Paris après leurs indépendances ? C’est difficile à dire. Il y a certainement eu un déficit de démocratie si l’on compare la Guinée au Sénégal par exemple, mais c’est beaucoup moins vrai si l’on regarde le Tchad ou la Centrafrique où les régimes post décolonisation ont été largement aussi sanguinaires et meurtriers qu’en Guinée. Sur le plan du développement économique en général l’impression est qu’il n’y a guère de différence dans les résultats plutôt modestes atteints par tous ces pays de l’ex-Empire français.

    En revanche, côté français l’avantage politique de la réelle indépendance décidée par ce pays en 1958 est certain. Paris ne s’est pas compromis en stationnant des troupes dans le pays, n’a pas eu à maintenir artificiellement le cours de sa monnaie et, globalement, a dépensé moins de sous en Guinée que dans ses anciennes colonies qui lui sont restées affidées et qui, aujourd’hui, la rejette massivement. Bien sûr, quelques bétonneurs français ont peut-être moins bénéficié de contrats pour construire des routes, cela reste d’ailleurs à confirmer sur la durée, mais au niveau macro-économique français, la Guinée a sans doute coûté moins cher à Paris depuis son indépendance que les autres anciennes colonies.

    Alors l’agitation galonnée en cours à Conakry n’est finalement que la continuation des régimes qui se succèdent depuis 1958, d’autant plus qu’elle ne semble pas rencontrer d’opposition franche de la population qui est sans doute plus libre que du temps de Sékou Touré. La vraie démocratie sera peut-être pour plus tard.

  • Le Sénégal s’y met aussi

    Le Sénégal s’y met aussi

    Malgré les nombreux coups d’Etat menés par des képis en Afrique sahélienne, le Sénégal était toujours resté un relatif havre de stabilité démocratique. La République amenée à l’indépendance puis dirigée par le poète Léopold Sédar Senghor n’a même jamais connu de coup d’Etat depuis sa fondation en 1960. Il y a quelques jours, son président Macky Sall annonçait le report des élections présidentielles initialement prévues à la fin du mois de février pour des raisons un peu floues où il est question de corruption du conseil constitutionnel sénégalais. Le président Sall avait déjà annoncé qu’il renonçait à se présenter pour un troisième mandat. Il a peut-être changé d’avis et tente avec ce report de se relancer dans la course.

    Pour le moment cette agitation électorale au Sénégal est moins brutale que les coups d’Etat des galonnés du Mali, du Burkina-Faso, du Niger ou de la Guinée, mais elle marque aussi un éloignement du processus démocratique par un Etat que l’on croyait pourtant convaincu des mérites de la démocratie. Sans doute M. Sall, inspiré par l’exemple de ses petits camarades sahéliens a pensé que lui aussi pouvait se jouer d’une constitution théoriquement contraignante pour se maintenir au pouvoir ? Décidemment le XXIème siècle n’est pas celui de la démocratie pour le continent africain. Les prochaines années diront si celle-ci était un frein au développement du continent ou si celui-ci se portera mieux avec des régimes militaires ou dictatoriaux.

  • Le Mali, le Burkina-Faso et le Niger se retirent de la CEDEAO

    Le Mali, le Burkina-Faso et le Niger se retirent de la CEDEAO

    Dans un communiqué commun, les trois pays du Sahel dirigés par des juntes militaires ont annoncé, sur la télévision nigérienne, leur décision de quitter la communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Ils accusent cette organisation multilatérale d’avoir mis en place des « sanctions illégitimes, illégales, inhumaines et irresponsables » contre leurs trois pays à la suite des coups d’Etat militaires qui s’y sont déroulés ces derniers mois pour faire face à des « hordes de terroristes instrumentalisées et téléguidées… »

    La CEDEAO sous l’influence des puissances étrangères s’est éloignée de ses principes fondateurs est devenue une menace pour ses Etats-membres et ses populations dont elle est censée assurer le bonheur…
    [les trois présidents] prenant toutes leurs responsabilités devant l’histoire et répondant aux attentes, préoccupations et inspirations de leurs populations décident en toute souveraineté le retrait sans délai… de la communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest…

    https://twitter.com/AESinfos/status/1751594957754728816

    Après le coup d’Etat au Niger, la CDEAO s’était distinguée en demandant à ses chefs galonnés loyalistes d’étudier les voies et moyens pour rétablir le président nigérien démocratiquement élu, au besoin par la force. Bien entendu cette menace n’avait jamais été mise en œuvre et l’institution multilatérale s’était juste décrédibilisée sur le plan de ses convictions mais heureusement pas sur le terrain de combat.

    Il semble que statutairement le retrait ne soit effectif qu’un an après réception d’une lettre par le siège de la CEDEAO mais, qu’importe, les trois pays sahéliens ont pris le parti de s’isoler de l’Occident et de l’embryon de communauté économique auquel ils appartenaient.L’accusation de « téléguidage » du terrorisme vise clairement la France avec qui les relations sont d’ores et déjà rompues ou très sérieusement dégradées. Il est maintenant souhaitable que ces trois pays sortent de la zone monétaire du « Franc CFA » puisque son démantèlement déjà décidé il y a plusieurs années tarde à être mis en œuvre.

    C’est ainsi, le divorce est prononcé, chacun repart avec ses acquis pour un avenir séparé. Les trois Etats ont même créé une Alliance des Etats du Sahel (AES) avec un compte X (anciennement Twitter, https://twitter.com/AESinfos) qui permettra de suivre les nouvelles aventures de ces pays qui, peut-être, seront rejoint par d’autres.

    Lire aussi : Mais de quoi se mêle-t-on ? – Total Blam Blam (rehve.fr)
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  • La France a quitté le Niger

    La France a quitté le Niger

    C’est un bon accomplissement, la France a rapatrié ses derniers militaires stationnés au Niger et fermé son ambassade sans autre forme de procès. L’évacuation de l’armée française est conforme à la demande des autorités locales souveraines ; on espère que tout le matériel militaire a pu être aussi évacué ou a alors été détruit. La clôture de l’ambassade est tout aussi logique. Il est probable qu’elle rouvrira un jour mais elle n’est plus d’une grande utilité en ce moment tant les relations diplomatiques entre Paris et Niamey sont dégradées. Il n’est pas non plus nécessaire de délivrer des visas français à des citoyens locaux pour le moment. Une autre ambassade sera certainement désignée pour représenter les intérêts français en assurant le service minimum.

    Lire aussi : Il faut laisser tranquille le galonné Tiani au Niger

    Bien heureusement, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui avait fait entendre des bruits de bottes, menaçant d’envoyer des troupes au Niger pour rétablir « l’ordre constitutionnel » ne s’est pas exécutée. Personne n’a d’ailleurs vraiment cru qu’une telle initiative puisse être exécutée, la CEDEAO a sans doute perdu là une bonne occasion de se taire. Dans les faits, elle a laissé prospérer la junte de galonnés ayant pris le pouvoir par la force, reléguant le président Bazoum et sa famille en résidence surveillée. Il semble que celui-ci refuse toujours officiellement de démissionner, marquant ainsi un courage certain d’autant plus qu’il est d’origine arabe, c’est-à-dire d’une ethnie minoritaire dans le pays. Il est un peu de dindon de la farce nigérienne, considéré comme un collaborateur de l’Occident et de la France, hélas pour lui. Sa vie ne serait pas en danger mais sa liberté est sérieusement entravée.

    Alors que les troupes françaises qui étaient présentes au Mali, au Burkina-Faso et au Niger vont désormais être réemployées dans des tâches certainement plus conformes aux intérêts de la France il est temps maintenant de s’attaquer sérieusement à l’un des derniers vestiges de la françafrique, celui du franc CFA qu’il a déjà été convenu de démanteler en 2019 sans que ce projet n’ait beaucoup avancé depuis. Il prévoyait à l’époque un nouveau nom pour une devise commune, l’ECO, mais le maintien de la garantie d’un cours fixe avec l’euro, offerte par la France et ses contribuables. Ce lien atténue très fortement l’intérêt pour l’Afrique de passer à une devise nationale, qu’elle soit commune à plusieurs pays ou pas d’ailleurs. Il faut casser cette garantie pour redonner aux pays actuellement membres de la zone CFA leur véritable souveraineté monétaire, quitte à ce qu’ils s’organisent en zone monétaire commune s’ils le souhaitent.

    Lire aussi : Une bonne nouvelle pour l’Afrique

    On ne comprend pas bien pour le moment ce qui freine Paris pour mener à bien ce projet qui a été mis sur pieds par la France et les pays de la zone monétaire il y a déjà quatre ans. Peut-être les derniers soubresauts de la françafrique pourtant bien moribonde mais pas tout-à-fait à terre ?

    Il semble que l’ambassade du Niger en France et ses deux consulats à Lyon et Marseille continuent de fonctionner normalement. Il conviendrait probablement d’examiner leur utilité en de telles circonstances et d’envisager leur fermeture le cas échéant.

  • Le Mali et le Burkina Faso changent de langues officielles

    Le Mali et le Burkina Faso changent de langues officielles

    Le Mali et le Burkina Faso, anciennes colonies françaises, sont en train de modifier leurs constitutions pour retirer au français son statut de langue nationale et le rétrocéder au rang de « langue de travail ». Ce sont les langues nationales qui deviennent « langues officielles ». Le problème que ces pays vont devoir gérer est que ces « langues nationales » sont nombreuses et ils risquent de se retrouver un peu comme la Belgique avec le wallon et le flamand mais avec 10 ou 20 langues officielles ce qui ne va pas faciliter les choses. Cela reste toutefois une bonne décision en termes de souveraineté. En d’autres temps, l’Algérie a aussi mis de côté le français dans son système éducatif pour le remplacer par l’arabe, avec des résultats parfois mitigés.

    C’est une nouvelle spécificité du fait colonial français : les anciennes colonies rejettent tellement l’ex-puissance colonisatrice qu’elles en rejettent la langue. Ce ne fut pas le cas pour les pays colonisés par l’Espagne, le Portugal ou le Royaume Uni.

    Il reste un dernier clou à enfoncer dans le cercueil de la décolonisation française c’est l’abandon définitif de la monnaie coloniale « Franc CFA » avec le démantèlement complet de la « Zone Franc » annoncé il y a déjà quelques années mais jamais exécuté. Il faut le mener à bien et rendre aux anciennes colonies leur pleine souveraineté monétaire comme cela a été décidé entre la France et les pays concernés.

    Lire aussi : Une bonne nouvelle pour l’Afrique

    Après le récent départ forcé des troupes françaises de certains de ces pays, l’impression est que la décolonisation/post-colonisation se termine amèrement, sans parler des frustrations exprimées par les enfants et petits-enfants de cette colonisation nés en France, le pays qui a colonisé leurs parents… Il faut bien malgré tout que les choses évoluent et que le cordon ombilical soit coupé. C’est ce qui en train de se réaliser, enfin !

  • Le Mali se plaint de la « junte française » !

    Le Mali se plaint de la « junte française » !

    Après avoir demandé à l’armée française de quitter le pays, le gouvernement malien a demandé aux troupes internationales des nations unies de suivre le même chemin. La France s’est exécutée et le dernier soldat aurait le territoire malien en août 2022. La force militaire de maintien de la paix mise en place par l’ONU (Mission des Nations Unies au Mali – MINUSMA) a commencé son retrait selon la décision adoptée par le conseil de sécurité dans sa 9365ème réunion du 30/06/ 2023 et il est régulièrement rendu compte de celui-ci au conseil.

    28 août 2023 Paix et sécurité

    Le chef de la Mission des Nations Unies au Mali (MINUSMA) a prévenu lundi les membres du Conseil de sécurité que la clôture de la Mission en six mois, après dix ans de présence dans le pays, était une entreprise « complexe et ambitieuse ».

    Le Conseil de sécurité a pris la décision, le 30 juin, de mettre un terme au mandat de la MINUSMA, conformément à la demande des autorités maliennes, demandant que la fermeture soit achevée avant le 31 décembre 2023.

    « La MINUSMA a établi un groupe de travail intégré afin d’élaborer un plan de réduction et de retrait de la Mission. Ce plan prévoit un retrait et un rapatriement du personnel et des équipements et matériels déployés dans les zones d’opération de la MINUSMA, selon un calendrier et un ordre séquentiel précis, tout en gardant à l’esprit l’exigence d’un processus ordonné et conduit en toute sécurité », a expliqué M. Wane dans un exposé lors d’une réunion du Conseil consacrée à la situation au Mali.

    https://news.un.org/fr/story/2023/08/1138012

    Il y a 13 000 personnels à rapatrier, 4 000 véhicules, 5 500 containeurs de matériel, 12 camps et une base opérationnelle à fermer et à remettre aux autorités maliennes. La première étape du retrait doit être terminée d’ici le 31/12/2023 selon la planification onusienne.

    C’est pour le moment la fermeture de ces bases qui posent de grosses difficultés car elles sont revendiquées par les rebelles Touaregs, plus ou moins acoquinés avec les terroristes islamiques, qui ont relancé leur combat contre l’armée officielle malienne. La communication du 23/08/2023 du chef de la MUNUSMA, M. El-Ghassim Wane, au conseil de sécurité illustre cette situation avec la base de Ber.

    Retrait de Ber difficile

    Selon lui, l’expérience de la fermeture du camp de Ber a été révélatrice. Le dernier convoi de Casques bleus, d’équipements et de matériels qui s’est retiré de Ber pour rejoindre la ville de Tombouctou a mis 51 heures pour parcourir les 57 kilomètres du trajet en raison de la nature du terrain, qui est peu favorable – une situation aggravée par la saison des pluies – et de l’insécurité.

    Ce convoi a été attaqué à deux reprises par des éléments extrémistes non identifiés, blessant quatre Casques bleus et endommageant trois véhicules avant d’arriver à Tombouctou, a-t-il précisé.

    « Le retrait de Ber s’est également avéré difficile sur le plan politique, les autorités maliennes et les Mouvements signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali étant en désaccord sur le sort du camp après le départ de la MINUSMA. Pour sa part, et en raison de l’extension des affrontements à la zone de Ber et des risques que la situation posait pour la sécurité des Casques bleus, la Mission a dû avancer son départ du camp », a expliqué M. Wane.

    De même, les convois transportant du matériel et des équipements des bases de Goundam et d’Ogossagou ont été la cible d’engins explosifs improvisés, tandis que le dernier convoi de Gao à Ménaka a également été pris pour cible par des éléments extrémistes, sans causer ni dégâts matériels ni pertes en vies humaines.

    https://news.un.org/fr/story/2023/08/1138012

    Il reste 11 camps à évacuer d’ici la fin de l’année…

    Cerise sur le gâteau : le gouvernement malien qui a demandé officiellement ce retrait de la MINUSMA de son pays s’est plaint maintenant via son porte-parole de l’accélération du retrait qui serait le fait de l’action de la France : « La junte française [SIC] ne ménage aucun effort en vue de faire fuir la Minusma, en lieu et place d’un retrait ordonné. »

    Avec la relance de la rébellion Touareg qui s’ajoute à celle des islamistes, les autorités maliennes font face à plusieurs fronts. Il est sûr que si les Touaregs, accompagnés ou pas des terroristes religieux sahéliens, s’emparent directement des emprises libérées par l’ONU cela renforcera leurs positions. D’un autre côté, si les camps du grand Nord sont remis à l’armée malienne officielle, il faudra sans doute assez peu de temps aux Touaregs islamisés pour les reconquérir.

    Le gouvernement malien putschiste est maintenant allié avec la Russie, le Burkina Faso et le Niger après avoir chassé la France et la Minusma. Il va pouvoir coopérer avec ces pays pour rétablir son pouvoir dans les zones désertiques sahariennes. Il est souhaitable qu’il réussisse plutôt que de laisser le chaos se réimplanter. Mais il ne pourra sans doute pas encore très longtemps rendre la France responsable de l’échec de sa politique.

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    Evacuation de l’armée française

    L’armée malienne va mieux !

  • Le retrait français du Niger

    Le retrait français du Niger

    Dans une intervention télévisée ce soir le président de la République française a déçu le microcosme des plateaux télévisés parisiens car il n’a fait « d’annonces nouvelles », entendez il n’a pas créé de dépenses publiques supplémentaires ce qui, en ces temps de disette budgétaire est une bonne chose.

    Autre nouvelle favorable, il a annoncé le rappel de l’ambassadeur de France au Niger et le rapatriement des soldats français présents dans ce pays. Les autorités nigériennes issues du coup d’Etat de juillet dernier demandaient ces deux décisions depuis deux mois, elles avaient même prononcé officiellement « l’expulsion » de l’ambassadeur et l’avait déchu de son immunité diplomatique. On peut se demander pourquoi la France s’est sentie obligée de lancer un coup de menton en refusant dans un premier temps de rappeler son ambassadeur pour finalement y consentir quelques semaines plus tard devant l’impasse dans laquelle elle s’était fourvoyée.

    Les 1 500 militaires français seront sûrement mieux employés sur d’autres terrains ou, plus simplement, sur le territoire national. Le but de leur présence dans le Sahel était de lutter contre le développement du terrorisme religieux et de ses excroissances en Europe sous forme d’attentats et de soft power. Ils ont effectué leur travail pour un temps mais les conditions de sa poursuite ne sont désormais plus réunies. Les stratèges militaires ne sont sans doute pas mécontents de récupérer ces effectifs. Il n’y a pas de doute qu’ils trouveront à les employer de façon plus utile que de les perdre dans des bases du bout du monde dans des pays qui n’en veulent plus.

    On imagine qu’en retour la France a expulsé des diplomates nigériens présents sur son sol mais le président français n’a pas précisé ce point dans son interview, à moins que ledit ambassadeur ne soit anti-putschiste et demande le statut de réfugié à Paris ? Si tel était le cas il faudrait à tout le moins, refuser les lettres de créance d’un potentiel successeur.

    Le Canard Enchaîné (02/08/2023)

    Une polémique est d’ailleurs en cours en France concernant la délivrance des visas aux artistes et étudiants issus du Niger, mais aussi du Mali et du Burkina-Faso. Ils semblent que l’octroi de ceux-ci soit en chute drastique, les autorités françaises arguant que la mise en sommeil des ambassades et consulats de France dans ces trois pays l’empêche techniquement. C’est sans doute vrai mais il ne doit pas non plus exister une volonté politique farouche de délivrer des visas à des citoyens venant de pays « non amicaux »… Comme par ailleurs les liaisons aériennes directes entre ces pays et la France sont, au mieux ralenties, au pire suspendues, la venue d’étudiants et d’artistes de ces pays en France ne va pas être très fluide pour les mois à venir.

    Le monde de la culture, aux idées généralement « progressistes », s’émeut de cette situation et le fait savoir à grand renfort de tribunes et de déclarations. Il est des moments où même la culture doit d’incliner devant la raison d’Etat. Tout devrait finir par s’arranger un jour. A ce stade personne n’envisage vraiment que les flux migratoires des citoyens de ces pays se réorientent vers les nouveaux « amis politiques » de leurs gouvernements et la demande de titres de séjour en France et en Europe reste forte.