Les pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CDEAO) viennent de condamner le Mali à différentes sanctions pour non-respect du calendrier de retour à la démocratie auquel s’étaient engagés les satrapes-galonnés qui ont pris le pouvoir à Bamako et qui devaient y organiser des élections « démocratiques ». Les sanctions sont si disproportionnées qu’il est hautement probable qu’elles seront rapidement levées, ou, plus simplement, non appliquées faute de moyens pour le faire et de volonté politique à l’encontre d’un « pays frère ». Il s’agit en effet, entre autres, de la fermeture des frontières, du gel des avoirs du pays auprès de la banque centrale régionale, de la suspension des transactions commerciales et financières entre la communauté et le Mali… Le communiqué officiel des précise :
Ces sanctions ont été prises pour faciliter le retour à l’ordre constitutionnel au Mali, nécessaire pour la paix, la stabilité et la croissance. En excluant les biens et services essentiels de base, les sanctions ont été conçues pour éviter un impact sur les populations.
Voir des pays comme la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Sierra-Leone ou le Nigeria donner des leçons de démocratie au Mali ne manque en tout cas pas d’ironie.
Evidemment le président de la République française s’est empressé de faire une déclaration pour soutenir la mise en œuvre de ces sanctions et a ainsi encore perdu une bonne occasion de se taire. La France, ancienne puissance coloniale du Mali ne devrait pas se mêler de ce qui se passe dans ce pays et qui ne la regarde plus. Le mieux est de laisser faire les choses et le pays rallier son destin. Que celui-ci se déroule sous l’empire d’une junte militaire dépenaillée ou d’un régime civil affichant les oripeaux de la démocratie ne changera pas grand-chose. Tout ce que pourra dire ou faire la France sera malvenu, rejeté par la population locale et donc inopportun.
Avec une insistance qui frôle l’aveuglement, la France continue à vouloir mener le Mali sur une route que ce pays ne veut manifestement pas emprunter. Paris a rameuté une quinzaine d’autres pays européens pour signer le communiqué ci-dessous, moralisateur et de peu d’intérêt sinon de souligner l’impuissance occidentale face au délabrement de ce pays et sa volonté de sortir d’une dépendance post-coloniale mortifère.
Les signataires citent une Fédération de Russie qui n’aurait pas « un comportement responsable et constructif dans la région » alors que la coalition occidentale exerce une « action en vue de protéger les civils, de soutenir la lutte contre le terrorisme au Sahel et de contribuer à instaurer la stabilité à long terme en appuyant le développement durable, le respect des droits de l’homme et le déploiement des services publics. »
Le Mali glisse doucement vers un retour dans les bras de la Russie, il faut s’en féliciter et non le combattre. Ce n’est d’ailleurs qu’un retour aux sources car les premiers présidents du Mali indépendant jouaient plutôt sur le thème « pays frère » avec l’Union soviétique, mais après l’effondrement économique de l’empire communiste il n’y avait plus de sous dans les caisses de Moscou alors Bamako s’est tourné vers l’Occident. La situation est en train de s’inverser, il est donc envisageable de substituer les contribuables russes aux contribuables français pour financer le Mali, l’hypothèse métrite d’être examinée de près.
A l’issue de ce communiqué européen, les autorités maliennes ont évidemment aussi communiqué en opposant :
…un démenti formel à ces allégations sans fondement [sur] un prétendu déploiement des éléments d’une société de sécurité privée au Mali… l’Etat malien n’est engagé que dans un partenariat d’Etat à Etat avec la Fédération de Russie, son partenaire historique.
Une déclaration aussi insignifiante que celle à laquelle elle répond. On se demande d’ailleurs l’intérêt politique de l’une et de l’autre. A quoi peuvent donc bien servir de tels communiqués qui ne sont lus que par un microcosme de diplomates et de journalistes et dont tout le monde sait bien qu’ils peuvent être vrais, comme faux, tout dépendant de la tactique suivie par leurs rédacteurs et ceux qui les mandent. On se souvient tous de la déclaration du président russe Poutine affirmant sans sourire en 2014, après l’annexion de la Crimée, les yeux dans les yeux des journalistes, devant les passeports russes confisqués à certains combattants faits prisonniers dans le Donbass qu’il ne pouvait pas empêcher « des citoyens russes d’aller passer des vacances en Ukraine »…
Appel à une manifestation anti-française en 2020
Les planètes sont alignées :
Le gouvernement putschiste malien ne souhaite plus vraiment l’intervention française sur son territoire, d’ailleurs il négocie avec les djihadistes derrière le dos des Français qui les combattent,
Le gouvernement algérien interdit aux avions français de survoler son territoire pour ravitailler les bases françaises au Mali, rallongeant ainsi significativement les routes aériennes,
Les populations du Mali et des pays avoisinants manifestent bruyamment leurs sentiments anti-français, un convoi routier de ravitaillement français entre Abidjan et Gao a été bloqué à plusieurs reprises au Burkina-Faso et au Niger et il y eut trois morts parmi les manifestants après des tirs des forces françaises et locales pour tenter de libérer le passage,
L’armée française est clairement entrée dans un processus d’enlisement (aux dires mêmes de ses officiers supérieurs) en occupant militairement des pays étrangers où elle déploie des bases et des armes, procède à des attaques et des combats sous sa propre initiative sans vraiment en référer aux autorités politiques et militaires locales,
Le mythe de la création d’un « G5 Sahel » censé regrouper des forces militaires de cinq pays sahéliens (Burkina-Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad) pour prendre le relais est désormais tombé, ce G5 ne fonctionne pas et ne fonctionnera jamais de façon indépendante. Quiconque a déjà vu à l’œuvre les forces militaires de ces pays le comprend parfaitement,
La République française fait face à d’importants déficits de ses finances publiques et les économies à réaliser en mettant fin à cette intervention militaire coûteuse au Sahel seront bienvenues.
Appel pour un rapprochement Mali-Russie en 2019
L’argument principal de l’intervention française lancée en 2013, l’opération « Serval » était que combattre le terrorisme au Sahel protège les frontières françaises. Il est sans doute à considérer mais le redéploiement des militaires français sur le territoire national permettra de compenser, au moins en partie, la perte des résultats des actions de guerre menées par l’armée directement sur les territoires étrangers. Le maintien de forces militaires d’occupation sur une longue durée a toujours échoué dans l’Histoire et s’est généralement terminé par une déroute militaire et un retrait piteux, de l’Indochine à l’Algérie, de l’Angola à l’Afghanistan, du Vietnam à la Somalie, etc[1].
Il est temps de laisser le Sahel aller vers son destin, avec les Russes ou d’autres pays qu’il choisira, mais sans l’ancienne puissance coloniale française !
[1] Le seul exemple d’intervention militaire à peu près réussie fut celle du Royaume-Uni au Sierra-Leone de 2000 à 2002. Les ressortissants étrangers qui le souhaitaient ont été évacués, la rébellion a été réduite et a donc cessé ses actes de barbarie (amputation de mains, bras, jambes de leurs captifs), l’armée sierra-léonaise à peu près réformée et les militaires britanniques sont rentrés au bercail début 2022 avec un nombre limité de victimes dans leurs rangs.
Nous, partenaires internationaux résolus à soutenir le Mali et son peuple dans leurs efforts pour parvenir à une paix et une stabilité durables et à lutter contre le terrorisme, condamnons fermement le déploiement de mercenaires sur le territoire malien. Ce déploiement ne peut qu’accentuer la dégradation de la situation sécuritaire en Afrique occidentale, mener à une aggravation de la situation des droits de l’homme au Mali, menacer l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger et entraver les efforts de la communauté internationale pour assurer la protection des civils et apporter un soutien aux forces armées maliennes.
Nous regrettons profondément la décision des autorités de transition maliennes d’utiliser des fonds publics déjà limités pour rétribuer des mercenaires étrangers au lieu de soutenir les forces armées maliennes et les services publics au bénéfice du peuple malien.
Nous avons connaissance de l’implication du gouvernement de la Fédération de Russie dans la fourniture d’un soutien matériel au déploiement du groupe Wagner au Mali et appelons la Russie à adopter un comportement responsable et constructif dans la région.
Nous rappelons les décisions de la CEDEAO ainsi que ses préoccupations quant au risque d’instabilité dans la région si des sociétés de sécurité privées devaient se déployer au Mali (sixième session ordinaire à Abuja, 12 décembre 2021). Nous rappelons également l’adoption par l’Union européenne d’un ensemble de mesures restrictives à l’encontre du groupe Wagner lui-même et de huit personnes et trois entités qui lui sont liées (Conseil Affaires étrangères du 13 décembre 2021) impliqués dans de graves violations des droits de l’homme, notamment la torture et des exécutions et des assassinats extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires ou dans des activités de déstabilisation dans certains pays où ils opèrent.
Nous ne renoncerons pas à nos efforts pour répondre aux besoins de la population malienne. Conformément aux objectifs de la Coalition internationale pour le Sahel, nous réaffirmons notre détermination à poursuivre notre action en vue de protéger les civils, de soutenir la lutte contre le terrorisme au Sahel et de contribuer à instaurer la stabilité à long terme en appuyant le développement durable, le respect des droits de l’homme et le déploiement des services publics. Nous continuerons à suivre de près et évaluer la situation.
Nous invitons instamment les autorités maliennes de transition à entreprendre des réformes et à rétablir l’ordre constitutionnel en préparant et en organisant les élections dans les meilleurs délais comme elles s’y sont engagées devant le peuple malien, la CEDEAO et la communauté internationale. Nous appuyons sans réserve les récentes décisions de la CEDEAO à cet égard.
Allemagne, Belgique, Canada, Danemark, Espagne, Estonie, France, Italie, Lituanie, Norvège, Pays Bas, Portugal, République Tchèque, Roumanie, Royaume-Uni, Suède
L’Etat français vient de restituer un premier lot d’une vingtaine d’œuvres d’art qui avaient été pillées lors de la présence coloniale française dans ce pays. C’est une excellente décision qui était attendue par l’Afrique depuis les indépendances il y a 70 ans. C’était un coin dans les relations post-coloniales et une demande récurrente des anciens colonisés. Le maintien dans les musées français de ces créations africaines n’avait plus guère de justifications et, finalement, assez peu d’intérêt sinon d’envenimer les relations diplomatiques avec les anciennes colonies.
L’argumentation utilisée par Paris des années durant pour empêcher ce rapatriement était basée sur la soi-disant « inaliénabilité » des œuvres des collections publiques françaises et les capacités limitées des musées africains à les conserver. Le premier obstacle est facilement tombé avec le vote d’une loi par le Parlement français et le second relève de la souveraineté des Etats récipiendaires. On peut imaginer que des copies 3D de ces œuvres ont été réalisées assez facilement et pourront être de nouveau exposées en France si le besoin s’en fait sentir. Après-tout, la Grèce expose bien des copies des fresques du Parthénon à Athènes, les originaux étant toujours détenus dans les musées londoniens…
Il faut maintenant continuer à restituer ces œuvres pillées, cela fera toujours un micro-sujet de contentieux en moins avec les anciennes colonies. Et ne nous empêchons pas de renvoyer l’obélisque de la place de la Concorde en Egypte. Les réserves des musées français regorgent d’œuvres qui ne peuvent pas être exposées faute de place. Celle libérée, et à libérer, par les restitutions permettra d’améliorer la situation.
On le sait, une société militaire russe plus ou moins privée dénommée « Wagner » opère en République Centrafricaine (RCA), ancienne colonie française. La France maintient également sur place un contingent militaire qui tente de s’interposer entre forces « loyalistes » et bandes « rebelles » pour limiter l’ampleur des massacres auquel ce pays est habitué depuis des décennies.
L’Union européenne s’apprête à prendre des sanctions contre Wagner pour « déstabilisation » de la RCA et on s’interroge sur la logique de cette démarche. Si les mercenaires russes remplacent les forces françaises (aidées pour le moment par quelques troupes d’autres pays européens) c’est une occasion inespérée pour les Français de quitter ce bourbier, pourquoi faudrait-il s’en plaindre ? Bien sûr, si la Russie prend le pouvoir en Centrafrique on peut craindre que les quelques matières premières centrafricaines, mal exploitées pour le moment, devraient plutôt prendre la direction de l’Empire russe que de l’Europe de l’Ouest, mais en réalité elles seront vendues sur le marché à qui les paye au prix d’équilibre.
Il est probable que Paris a poussé à la décision de sanctions européennes compte tenu de son implication dans ce pays depuis son « indépendance ». Rappelons pour les plus jeunes qu’après la pantalonnade de « l’empereur Bokassa » un officier français membre des services secrets, le commandant Mancion, a, pendant une bonne dizaine d’années, commandé la garde présidentielle centrafricaine en exerçant un pouvoir qui en faisait un quasi-« proconsul ». La France avait fait de ce pays son arrière-cour dirigée par ses services secrets et son armée, tout en prônant, bien sûr, l’organisation d’élections démocratiques… L’effondrement actuel de ce pays montre que ce ne fut pas une bonne méthode.
Paris n’est certainement pas la mieux placée pour s’impliquer dans l’avenir de la RCA ou y contester la présence de la Russie ou d’autres puissances étrangères ! Alors laissons faire les choses comme elles doivent se dérouler et mettons fin à la présence militaire française en RCA, qui est par ailleurs rejetée par la population locale. Paris fera ainsi des économies budgétaires et mettra fin à 70 ans d’errements néocoloniaux, tout le monde s’en portera mieux.
La Centrafrique est le concentré de tous les vices et les dérives d’une décolonisation ratée. Il est temps de tourner la page et Moscou déploie pour Paris le tapis rouge vers la sortie, empruntons-le sans hésiter.
Un nouveau coup d’Etat s’est déroulé récemment en Afrique, au Soudan le mois dernier plus exactement. Le général Al-Burhan a pris le pouvoir et l’armée réprime avec ses méthodes habituelles, plutôt brutales, la contestation civile. Ce général a été largement impliqué dans tous les soubresauts violents de ce pays qui n’en a pas manqué depuis son indépendance en 1956. De façon originale, le Soudan était une colonie anglo-égyptienne du temps de la présence britannique, et l’Egypte l’a d’ailleurs toujours considéré comme son arrière-cour.
De rébellions en famines, d’islamisation rampante en soutien au terrorisme international, de massacres ethniques en résurgence de l’esclavagisme, de coups d’Etat en guerres civiles, d’accords de paix en invasions des pays avoisinants, de crise économique sans fin en gouvernance dictatoriale… le Soudan illustre à l’envie tous les échecs du continent. Autre originalité, après un terrible conflit entre les populations chrétiennes du sud et le pouvoir musulman du nord, une scission du pays a été entérinée en 2011 et le Soudan du sud a été créé, pour retomber immédiatement dans une guerre civile interne à ce nouveau pays…
Rappelons que le Soudan a largement soutenu et accueilli les terroristes internationaux, de Ben Laden à Carlos. Ce dernier a d’ailleurs été « revendu » aux services français en 1994 qui l’ont récupéré à Khartoum pour le ramener et le juger en France. On n’ose imaginer les termes de la transaction ni ce qui a dû être cédé au Soudan en échange de cette capture !
Bref, le Soudan est ce qu’il est, on peut le regretter mais rien ni personne n’a pu le faire se rapprocher d’une gouvernance « démocratique et apaisée » et il est peu probable qu’on y parvienne à moyen terme. Les réactions de circonstance se multiplient depuis le dernier coup d’Etat pour appeler à la démocratie et au respect des accords signés :
« Il faut assurer le plein respect de la charte constitutionnelle pour protéger la transition politique obtenue de haute lutte »
Secrétaire général des Nations unies (ONU) Antonio Guterres
Tout ceci est bel et bien beau, mais est-ce que ces Cassandre ne se sont jamais rendues au Soudan ? Elles auraient alors compris l’inanité de leurs appels « au retour à la démocratie ». Comme d’habitude, les régimes russe et chinois se refusent à vraiment condamner ce énième coup d’Etat au Soudan pendant que les pays occidentaux suspendent leurs aides et prennent quelques sanctions qui seront probablement bien vite levées pour éviter que l’anarchie propre à ce pays ne déborde trop à l’extérieur. Il faut certainement essayer de cantonner les dérives du pays à l’intérieur de ses frontières en aidant les populations et les nouvelles autorités sans trop déroger aux principes occidentaux, mais faut-il vraiment continuer à vouloir imposer de l’extérieur la démocratie à ce pays qui n’arrive définitivement pas à l’adopter ni à la mettre en place ?
L’opération Barkhane a du plomb dans l’aile. L’Algérie lui refuse l’autorisation de survol de son territoire pour les vols militaires échangés entre la France et le Sahel, rallongeant ainsi la route aérienne pour ravitailler les troupes françaises. L’autre voie, terrestre cette fois-ci, est maintenant bloquée également de plus en plus souvent par des manifestations anti-françaises dans les pays traversés. C’est ainsi qu’un convoi militaire, en route d’Abidjan vers le Mali, est actuellement immobilisé au Burkina-Faso par une population en colère qui voit le terrorisme religieux prospérer et se demande bien alors à quoi servent ces troupes étrangères si elles n’arrivent pas à endiguer les massacres djihadistes au Sahel. En France, on se pose la même question !
Probablement la situation serait bien pire sans l’intervention armée française, mais ce raisonnement n’est manifestement pas partagé par les populations du Burkina-Faso (ce qui signifie « le pays des hommes libres ») mais on ne peut pas imposer des troupes d’occupation sur une longue durée à des pays tiers, même animées de « bonnes intentions » et même appelées à la rescousse par les autorités officielles du pays. L’exemple récent de l’Afghanistan illustre ce fait jusqu’à l’absurde.
Les planètes sont alignées pour justifier un retrait rapide des militaires français du Sahel : les populations des pays concernés le souhaitent, les dirigeants du Mali, pays à l’origine de cette opération, également, l’Algérie refuse le survol de son territoire, certains pays du Sahel empêchent les convois routiers de circuler… on ne va quand même pas passer par l’Afrique du Sud pour rallier Ménaka ? Non, les circonstances l’exigent, la France doit annoncer la fin de ses opérations au Sahel et ramener ses soldats à la maison. Nous sommes déjà dans la phase d’enlisement, il faut partir avant que ne produise une catastrophe.
La mission initiale de Barkhane a été accomplie, il est temps désormais de laisser les gouvernements locaux en assurer le service après-vente.
Toujours engluées dans leur conflit sur l’Histoire coloniale, l’Algérie et la France, anciens ennemis d’une guerre de décolonisation sauvage, continuent leur dialogue de sourds par l’intermédiaire de communiqués agressifs et de cérémonies expiatoires, d’un côté et de l’autre de la Méditerranée, sur fond de flux migratoires du sud vers le nord.
La dernière saillie algérienne vient de la bouche du président algérien qui a appelé le ministre français de l’Intérieur Moussa Darmanin, accusé par ailleurs de restreindre l’octroi de visas français aux citoyens algériens. Gérald Darmanin porte effectivement le second prénom de Moussa, donné par ses parents en hommage à son grand-père paternel, Moussa Ouakid, ex-tirailleur algérien intégré dans l’armée française et résistant durant la seconde guerre mondiale.
Pas sûr que le climat n’avance vers l’apaisement… Pour paraphraser le président Mitterrand qui, en d’autres temps, avait dit « les pacifistes sont à l’ouest et les SS20 [missiles soviétiques installés en Europe de l’est et tournés vers l’occident] sont à l’est », on peut dire que « l’autoflagellation est au nord, mais l’ironie est au sud ».
On a également entendu récemment l’ambassadeur d’Algérie en France appeler la diaspora algérienne dans son pays de résidence à constituer « un levier de commande » pour agir sur la politique française :
« Il est inadmissible que l’Algérie qui possède la plus grande communauté étrangère en France avec 18 consulats, ne puisse pas constituer un levier de commande pour intervenir non seulement dans la politique algérienne, mais (aussi) au niveau de la politique française », a-t-il déclaré, insistant sur le fait que « l’Algérie a besoin de tous ses enfants ».
A l’image de la Turquie qui appelle sa diaspora en Europe à faire des enfants pour accroître son influence, l’Algérie cherche à peser sur la politique française. Il faut bien faire avec ce genre de comportements tout en cherchant à en minimiser les effets délétères. C’est également l’une des conséquences de ce concept trouble de la double ou triple nationalité. Quand on a plusieurs passeports, quelle est sa nationalité de préférence ? De quel pouvoir va-t-on suivre les directives ? L’Algérie n’aime pas beaucoup la binationalité et empêche ses binationaux d’accéder à certaines hautes fonctions administratives, mais cela ne l’empêche pas de jouer avec le concept lorsque cela peut servir ses intérêts.
Alger vient de rappeler son ambassadeur « pour consultation » comme point d’orgue d’une accumulation de reproches faits à la France ces dernières semaines. Les hostilités avaient déjà démarré dans une époque récente en mai dernier avec, déjà, le rappel de l’ambassadeur algérien, à la suite de la diffusion d’un documentaire sur France 5 sur les mouvements de jeunes anti-pouvoir (le Hirak). En réalité, les hostilités diplomatiques n’ont jamais cessé depuis 1962, année où l’Algérie est devenue indépendante.
Cette fois-ci deux évènement ont entraîné l’ire du pouvoir algérien : la réduction des visas français à octroyer aux citoyens algériens à titre de sanction du fait que l’Algérie refuse de réadmettre les Algériens faisant l’objet d’une expulsion du territoire français d’une part, et les propos du président français devant un groupe de jeunes de la troisième génération dont les ancêtres ont été concernés par la guerre d’Algérie, d’une façon ou d’une autre : petits-enfants de combattants du FLN, de militaires français, de harkis ou de « pieds-noirs » rapatriés. Français, algériens ou binationaux, ils ont débattu avec Emmanuel Macron sur la tragédie algérienne. Ce groupe de jeunes a été constitué dans la suite du rapport Benjamin Stora sur les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie et se réunit régulièrement afin de produire des propositions au président en vue de la réconciliation algéro-française. Le déjeuner à l’Elysée du 30 septembre constituait un point d’étape de cette vaste tâche.
Quelques jours auparavant, le 20 septembre, le président avait officiellement demandé « pardon » et annoncé des compensations financières à verser par les contribuables français aux descendants des harkis :
« Aux combattants abandonnés, à leurs familles qui ont subi les camps, la prison, le déni, je demande pardon, nous n’oublierons pas »
Ce « pardon » venait après la reconnaissance par le président Hollande en septembre 2016 de la « responsabilité » française dans le sort des harkis :
« [des] responsabilités des gouvernements français dans l’abandon des harkis, les massacres de ceux restés en Algérie et les conditions d’accueil inhumaines de ceux transférés en France »
Des journalistes assistaient au déjeuner du 30 et en ont rapporté quelques propos tenus par le président et ce sont justement une partie de ceux-ci qui ont déclenché ce énième incident diplomatique avec Alger avec remise de son ambassadeur dans un avion pour le sud. Au milieu d’échanges qui paraissent plutôt apaisés et intelligents M. Macron a évoqué « l’histoire officielle » réécrite par un « système politico-militaire » basée sur « la haine de la France », une « rente mémorielle ». N’en jetez plus, c’en était trop pour les autorités algériennes !
La France s’épuise à essayer de se faire pardonner son errance coloniale. Depuis l’élection en 2017 de M. Macron, Paris a reconnu les assassinats par l’armée française d’un certain nombre de combattants et intellectuels algériens après avoir déclaré à Alger lorsqu’il était candidat que la colonisation était un « crime contre l’humanité ». Le rapport de Benjamin Stora qui a eu accès aux archives françaises, déclassifiées pour l’occasion, a été mal reçu de l’autre côté de la Méditerranée. Stora, bien que né en Algérie, est français et considéré dans son pays d’origine comme subjectif et son travail comme une affaire franco-française. Il est disqualifié d’office. A peu près au moment où M. Stora a été mobilisé pour son étude (juillet 2020), un rapport sur le même sujet a été commandé par le gouvernement algérien à l’historien Abdelmadjid Chikhi. Il n’est malheureusement pas encore disponible et l’on ne sait même pas si l’idée de sa production n’aurait pas été abandonnée.
Devant cette impossible réconciliation on se demande même si la revendication ultime de l’Algérie était consentie par Paris, des excuses officielles et des compensations financières, changerait vraiment les choses.
Communiqué de la Présidence de la République [algérienne] du 02/10/2021
A la suite des propos non démentis que plusieurs sources françaises ont attribué nommément au Président de la République française, l’Algérie exprime son rejet catégorique de l’ingérence inadmissible dans ses affaires intérieures que constituent lesdits propos.
Les propos en question portent une atteinte intolérable à la mémoire des 5.630.000 valeureux martyrs qui ont sacrifié leurs vies dans leur résistance héroïque à l’invasion coloniale française ainsi que dans la Glorieuse Révolution de libération nationale, les crimes de la France coloniale en Algérie sont innombrables et répondent aux définitions les plus exigeantes du génocide contre l’humanité.
Ces crimes qui ne sont pas prescriptibles, ne sauraient faire l’objet d’une manipulation des faits et d’interprétations atténuantes.
La propension des nostalgiques de l’Algérie française et des milieux qui se résignent difficilement à l’indépendance pleine que les Algériens ont gagnée de haute lutte, s’exprime à travers de vaines tentatives d’occulter les exactions, massacres, enfûmades, destructions de villages, des centaines de Oradour-Sur-Glane, éradications de tribus de résistants, qui sont des génocides en séries que les acrobaties conceptuelles et les raccourcis politiques ne parviendront jamais à occulter.
Pour leur part, les appréciations superficielles, approximatives et tendancieuses énoncées en ce qui concerne l’édification de l’Etat national algérien ainsi que sur l’affirmation de l’identité nationale relèvent d’une conception hégémonique éculée des relations entre Etats et ne sauraient, en aucune façon, être compatibles avec le ferme attachement de l’Algérie à l’égalité souveraine des Etats.
Cette malencontreuse intervention qui heurte fondamentalement les principes devant présider à une éventuelle coopération algéro-française en matière de mémoire, a l’incorrigible défaut de tendre vers la promotion d’une version apologique du colonialisme au détriment de la vision établie par I’Histoire de la légitimité de luttes de la libération nationale, alors que rien ni personne ne peut absoudre les puissances coloniales de leurs crimes, y compris les massacres du 17 octobre à Paris dont l’Algérie et sa communauté établie en France s’apprêtent à commémorer dans la dignité.
Face à la situation particulièrement inadmissible engendrée par ces propos irresponsables, le président de la République, Monsieur Abdelmadjid Tebboune, a décidé le rappel immédiat en consultations de l’ambassadeur d’Algérie auprès de la République française.
L’amitié russo-malienne : une vague de fond ancienne
La France s’émeut encore une fois de la montée en puissance politique et militaire de la Russie au Mali ainsi que de la mauvaise humeur de ce pays à l’encontre de Paris. Les coups d’état en 2020 et 2021 ont mis au pouvoir à Bamako une junte de galonnés dont la stratégie semble être de négocier avec les terroristes religieux pour trouver un accord avec eux et de coopérer avec la Russie pour une assistance militaire renforcée. Dans le même temps, la énième brouille algéro-française fait qu’Alger interdit le survol de son territoire aux avions militaires français compliquant ainsi le ravitaillement des forces militaires françaises présentes dans le Sahel.
La France a déployé son armée au Mali début 2013, à la demande du gouvernement civil malien de l’époque, pour arrêter des colonnes rebelles nordistes, mêlant indépendantistes touaregs et islamistes, qui fondaient sur Bamako et auraient très certainement pris le pouvoir sans l’intervention étrangère de la France compte tenu de la capacité de résistance plutôt limitée des forces locales. Près de dix ans plus tard, 53 militaires français tués (sans compter des otages civils français également assassinés dans la région) et deux coups d’état militaires, Paris a annoncé la réduction de son dispositif armé sans oser prononcer la fin de ses opérations militaires et le retour de ses effectifs au bercail.
Aujourd’hui les planètes sont alignées pour arrêter cette intervention : le Mali n’en veut plus, l’Algérie interdit le survol de son territoire, très peu d’autres pays européens soutiennent l’action de la France, pas même financièrement, la fiction du « G5 Sahel » censé mettre sur pieds une force africaine multinationale a fait long feu et la Russie se réjouit de prendre la place. Il est temps de laisser Bamako face à ses responsabilités et ses nouveaux amis.
L’argumentation des interventionnistes français est qu’en luttant contre les terroristes au Sahel, l’armée française évite que ceux-ci ne viennent commettre leurs méfaits sur le territoire national. Ce n’est pas très convaincant, on ne sait pas bien d’ailleurs ce qu’en pense réellement les militaires français qui ne s’expriment pas beaucoup. C’est la rengaine déjà entendue « meurt-on pour la France au Mali ? ». Cependant, ramener les forces d’intervention en France permettra de renforcer le dispositif national avec le même objectif de le préserver d’actions terroristes venant de l’étranger. Il n’est pas sûr que cela soit moins efficace que de maintenir ces troupes sur des territoires dont les populations les rejettent. De toute façon il est peu probable que Paris se maintienne contre la volonté du Mali alors accélérons le mouvement et fermons l’intégralité de l’opération Barkhane et laissons le Mali assumer son retour à une coopération avec Moscou.
Les autres pays sahéliens associés et bénéficiaires de Barkhane comme le Niger et le Burkina-Faso regretteront peut-être le retrait de la France mais la raison d’Etat oblige à trouver d’autres méthodes, pour aider les pays qui le souhaitent, qu’une présence militaire sur leur sol qui est forcément condamnée à l’échec puis à un retrait piteux.
Un dirigeant civil malien s’est lamenté ce 25 septembre contre la France à la tribune de l’ONU à l’occasion de l’assemblée générale annuelle de cette organisation multilatérale :
« La nouvelle situation née de la fin de l’opération “Barkhane”, plaçant le Mali devant le fait accompli et l’exposant à une espèce d’abandon en plein vol, nous conduit à explorer les voies et moyens pour mieux assurer la sécurité de manière autonome ou avec d’autres partenaires »
Dans les couloirs la délégation russe se frotte les mains puisque « les voies et moyens » qui sont évoqués dans cette déclaration concerneraient la société paramilitaire russe plus ou moins privée Wagner. La roue tourne et revient à son point de départ. Le Mali nouvellement indépendant des années 1960 était l’ami « non aligné » de l’Union soviétique et il revient à ses premières amours.
Paris, qui vient d’annoncer le 52ème soldat français tué en opération sur le terrain s’émeut de ces accusations qualifiées « d’indécentes » et « d’inacceptables » par sa ministre de la défense, ajoutant qu’elles reviennent à « s’essuyer les pieds sur le sang des soldats français ».
Oui la ministre a raison d’être choquée mais elle a tort de faire une déclaration de circonstance plutôt que d’agir. Les relations franco-africaines sont d’ailleurs régulièrement marquées par ce genre de saillies et il est vain d’attendre la moindre reconnaissance de ces pays à l’égard de l’ex-puissance coloniale qui est systématiquement rendue responsable de tous les maux de ses anciennes colonies, même 60 ans plus tard. Attitude d’ailleurs relayée dans l’hexagone par le discours « décolonialiste » défendu par une partie de l’intelligentsia germanopratine.
Si le Mali, comme la Centrafrique, revient dans le giron de Moscou, c’est une bonne nouvelle pour la France qui pourra donc s’en dégager, épargner et rapatrier ses militaires et réaliser des économies budgétaires significatives. Ce sera aussi très certainement un gage d’efficacité car les troupes russes, d’autant plus si elles sont « privées », utilisent des méthodes de guerre plus « directes » que celles des militaires occidentaux.
En 2012, le président malien a fait appel à la France pour stopper l’avance des militaires religieux en route pour Bamako ce qui a déclenché une opération dont il faut maintenant se dégager au plus vite. En 2021, le Mali fait appel à la Russie, laissons désormais faire les choses comme elles doivent se passer.
Le président de la République française a annoncé cette après-midi dans une conférence de presse la fin de l’opération militaire Barkhane au Sahel. C’est un bon début. On ne connaît pas bien encore la forme que prendra l’opération suivante, car il y en a déjà une annoncée. On a seulement appris qu’elle impliquerait une baisse significative des effectifs de l’armée française dans ces territoires étrangers. L’option d’un retrait total des troupes françaises du Sahel, comme c’est actuellement le cas pour les troupes de l’OTAN d’Afghanistan, n’a pas été retenue. Peut-être a-t-elle été évoquée ?
Pour le retrait occidental de l’Afghanistan une négociation a été menée entre les Etats-Unis et les rebelles religieux. On ne sait pas s’il en est ainsi pour le Mali et les pays avoisinants. A-t-on demandé leur avis aux gouvernements locaux sur les contours de la nouvelle opération et la fin de l’ancienne ? Il est peu probable que la France puisse maintenir des troupes dans des pays étrangers sans un accord des pays d’accueil et on se dit que si l’on demande son avis au gouvernement malien actuel celui-ci pourrait être négatif.
Les quelques éléments donnés sur la nouvelle opération mentionnent plus de formation et d’encadrement des troupes locales et moins d’interventions directes de l’armée française. C’est une petite musique déjà régulièrement entendue (dans le cas du Rwanda par exemple, ou du Vietnam du sud pour les Etats-Unis) et l’on sait bien que lorsque les armées africaines seront en danger elles demanderont un appui militaire français tant que des militaires hexagonaux seront postés dans leur pays. Et l’on devine qu’en de pareilles circonstance les dirigeants politiques françaises trouveront toujours de bonnes raisons pour « y aller une dernière fois »… L’avantage du retrait total est qu’il n’y a plus d’intervention directe facilitée par le positionnement de personnels et de matériels sur place. Elle est donc beaucoup plus complexe à mettre en branle, le cas échéant.
Bref, cette affaire est sans doute loin d’être terminée puisque l’option du complet retrait n’a pas été choisie, comme elle l’a été pour l’Afghanistan.
Colonel Assimi Goïta – président de la République du Mali
A la suite du deuxième coup d’Etat galonné au Mali en quelques mois, les désaccords entre la France et ce pays du Sahel s’accentuent. Toujours ravagé par le terrorisme religieux malgré plus de 5 000 militaires français, avec armes et bagages, dans la région, le Mali prend ses distances avec Paris. Le premier, qui est chez lui, prône un rapprochement avec les terroristes religieux qui sont au cœur de sa population quand le second les combat.
La France vient de « suspendre sa coopération militaire » avec le Mali sans que l’on sache exactement ce que cela veut dire mais l’armée française, légèrement aidée par d’autres armées européennes, continue à agir militairement dans ce territoire étranger sur lequel elle a été « appelée » à la rescousse en 2012 par le président de l’époque. C’était il y a dix ans et il va falloir tourner la page. Outre les changements politiques en cours, les populations commencent à se demander à quoi sert ce déploiement d’armées étrangères sur son sol.
Comme les armées occidentales sont en train de finir l’évacuation de leurs troupes de l’Afghanistan après 20 années de guerre, les militaires français vont devoir quitter le Mali. Dans les deux cas, un pouvoir religieux plus ou moins violent va reprendre les rennes, marquant ainsi la défaite stratégique des occidentaux qui combattaient sur place justement pour éviter une telle hypothèse. L’Histoire contemporaine l’a montré à de nombreuses reprises : il est difficile de maintenir longtemps une armée étrangère sur un territoire, quelle que soit la raison de son intervention, contre la volonté de son peuple et de ses autorités. Les Russes et les Turques vont aussi le ressentir un jour en Syrie…
Une fois les troupes françaises et européennes évacuées du Sahel, il adviendra ce qui doit advenir. Si les peuples veulent être gouvernés par la religion, qu’il en soit selon leur volonté. Les économies ainsi réalisées par la France pourront être utilement redéployées, soit pour rembourser partiellement les dettes abyssales de l’Etat, soit pour renforcer les frontières européennes qui deviendront des points sensibles si des gouvernements religieux extrêmes prennent le pouvoir dans les pays du Sahel.
Quelques milliers de migrants marocains ont envahi l’enclave espagnol de Ceuta en territoire marocain. Il semble que les autorités marocaines reprochent à l’Espagne d’avoir accueilli pour raisons sanitaires le chef du front POLISARION, le mouvement indépendantiste du Sahara dit « espagnol » sur lequel le Maroc affirme sa souveraineté. L’impétrant aurait la Covid.
On connaît le cynisme de certains Etats qui n’hésite pas à utiliser les flux migratoires pour des raisons politiques. La Turquie à cet égard a montré de quoi elle était capable en incitant les réfugiés syriens sur son territoire à entrer en Grèce par la frontière terrestre. Dans le cas du Maroc on franchit une étape supplémentaire puisque ce pays envoie sa propre population comme immigrés illégaux à Ceuta. L’Espagne a déployé son armée sur place et aurait expulsé immédiatement la moitié des 8 000 migrants ayant pris d’assaut Ceuta.
La manipulation des flux de migrants est devenue une arme à la disposition des Etats les plus cyniques, il faut s’y faire. Les Etats agressés de la sorte, généralement plus « occidentaux », hésitent à employer des armes similaires en retour, comme celle des visas par exemple. C’est la comédie humaine rapportée à la géopolitique !
Plus important, ces incidents de Ceuta soulignent une nouvelle fois l’aberration de ces confettis d’empires répartis un peu partout sur la planète. Citons également Melilla, toujours espagnole, au Maroc, mais aussi le britannique Gibraltar en Espagne, les territoires français à Jérusalem-est, la française Mayotte dans l’archipel des Comores, etc. A l’exemple de Hong-Kong qui a été restitué par le Royaume-Uni à la Chine, la raison voudrait que l’on profite de ces évènements pour lancer les négociations de rétrocession des enclaves de Ceuta et Melilla au Maroc. Ces verrues espagnoles en territoire étranger n’ont plus aucun sens et sont source de problèmes sans fin. Les populations sont estimées à 78 000 pour la première et 72 000 pour la seconde. Même si la totalité de cette population souhaitait être rapatriée, l’Espagne devrait pouvoir le faire sans trop de difficultés en regard des bienfaits que représenteraient la restitution de ces territoires qui semble une évidence géographique lorsqu’on regarde une carte de la région.
Cela devient une habitude, les galonnés de Bamako ont arrêté le président de la République, le premier ministre et quelques autres dirigeants maliens pour les forcer à démissionner par suite du « sabotage de la transition » dont ils se seraient rendus coupables. Il semble que le dernier gouvernement désigné ne faisait pas la part assez belle auxdits galonnés.
La France dont l’engagement militaire au Sahel contre le terrorisme perdure bien au-delà de ce qui est souhaitable se trouve impliquée un peu malgré elle dans cet imbroglio politico-militaire. Il se confirme une énième fois que passer des accords militaires avec des gouvernements fantoches ne peut rapporter que des problèmes. Il faut donc y mettre fin de façon ordonnée mais décisive.
En République Centrafricaine, la soldatesque russe prend de plus en plus d’importance et c’est très bien ainsi. Elle est simplement de plus en plus difficilement compatible avec la présence de l’armée française dans ce pays, au risque de déclencher des incidents entre les mercenaires russes et les troupes française. Les Russes emploient leurs méthodes pour réduire les rébellions locales et elles sont probablement plus efficaces que celles que s’autorise l’armée française corsetée dans ses principes démocratiques. Il faut laisser la place aux Russes, ils sauront sans doute mieux faire que les militaires Français qui n’ont jamais vraiment quitté le pays depuis son indépendance.
Le forban qui tient la Biélorussie sous sa botte depuis 1994 s’est illustré aujourd’hui en lançant un avion militaire détourner un avion civil de la compagnie Ryanair qui assurait une liaison Athènes-Vilnius, en survolant le territoire biélorusse. L’un des passagers de cet avion était un opposant recherché par la police politique locale. On ne connait pas encore tous les détails de cette rocambolesque affaire mais toujours est-il que l’avion civil a obtempéré, s’est posé sur l’aéroport de la capitale biélorusse et que l’opposant a été arrêté.
Le monde occidental s’émeut de ces pratiques de brigandage aéroporté et la France n’est pas la dernière à manifester sa désapprobation par la voie de son ministre des affaires étrangères :
Pour les plus jeunes, nous rappellerons ici que le 22/10/1956, en pleine guerre d’Algérie, la République française fit détourner par ses avions de chasse l’aéronef civil qui transportait du Maroc en Tunisie une partie de l’état-major politique du Front de libération nationale (FLN) qui menait la rébellion contre la colonisation française et pour l’indépendance de l’Algérie. Ce détournement réussit et une fois l’avion posé sur la base militaire de Boufarik les cinq dirigeants du FLN, dont Ben Bella, Aït Ahmed et Boudiaf sont arrêtés et emprisonnés. Ils ne seront libérés qu’en 1962 à l’indépendance de l’Algérie sans que leur privation de liberté n’ait changé grand-chose à la guerre d’indépendance en cours.
Certes cet acte de piratage international fut commis en d’autres temps, mais il n’est pas sûr qu’aujourd’hui la France soit la mieux placée pour reprocher à la Biélorussie d’avoir agi comme elle le fit en 1956… Un peu de modestie ne ferait pas de mal à la diplomatie française du XXIème siècle !
A l’occasion d’une réunion multilatérale tenue à Paris sur le financement des économies africaines post-covid, la République française annonce qu’elle annule une créance d’environ 5 milliards de dollars qu’elle détient contre le Soudan. Cela veut dire que les contribuables français ne recouvriront pas 5 milliards de dollars qu’ils avaient « prêté » à ce pays.
Cette issue était bien entendu assez prévisible et annoncer officiellement cette annulation est une position hélas réaliste. En revanche, la vraie question qui n’est pas posée est de savoir par quels étranges mécanismes des décideurs français ont pu prêter 5 milliards de dollars au Soudan ces dernières années. Ce pays anglophone n’est pas particulièrement proche de la France, s’est illustré par des comportements non démocratiques, une guerre civile terrible qui a amené à la sécession du Soudan du Sud, des razzias de ses tribus esclavagistes dans toute la région, des crimes de guerre, etc. Le Soudan a abrité nombre de terroristes dont le vénézuélien Carlos, qui, finalement, sera enlevé par les services français avec l’accord tacite du gouvernement soudanais en 1994.
Comment a-t-on pu prêter 5 milliards de dollars à ce pays ? Peut-être pour favoriser la vente de produits ou de projets par des entreprises françaises ? Auquel cas il aurait mieux valu subventionner directement lesdites entreprises plutôt que de se donner l’illusion de prêter à un pays failli. 30 ans après le « discours de La Baule » par lequel le président Mitterrand annonçait que la France tempèrerait son aide en fonction de la démocratisation des pays récipiendaires, on découvre qu’elle continue de prêter les sous de ses contribuables à des débiteurs défaillants sur le plan financier comme sur celui de leur gouvernance.
Après cette nouvelle annulation de dette, en faveur du Soudan en l’occurrence, il est urgent que les mécanismes d’octroi de prêts publics, soient revus vers plus de rigueur pour empêcher l’hérésie financière que représente l’octroi d’un prêt au Soudan en 2021. S’il s’avère nécessaire que la France participe au financement du développement de ce pays il est préférable de le faire via les institutions multilatérales ou des dons bilatéraux mais en aucun cas avec les prêts publics qui ne sont que très rarement remboursés. Il est d’ailleurs permis de s’interroger sur la nécessité pour la France de financer le Soudan ? Compte tenu des moyens limités dont dispose la République il serait peut-être plus opportun de concentrer ces financements sur les pays en développement dont nous sommes plus proches.
Les rapports politiques entre la France (ex-puissance colonisatrice) et l’Algérie (ex-puissance colonisée) n’ont jamais trouvé un rythme de croisière apaisé depuis l’indépendance de la seconde obtenue en 1962 après une guerre de décolonisation terrible et sordide. La relation franco-algérienne est au niveau politique un peu bipolaire, parfois bonne, souvent mauvaise, ce qui n’empêche pas des échanges de population constants et anciens basés sur un flux historique de la population important de l’Algérie vers la France.
Compte tenu des échanges humains toujours significatifs entres les deux rives de la Méditerranée, les ponts n’ayant jamais été coupés, les dirigeants des deux pays essayent régulièrement de fluidifier cette relation éruptive sans jamais vraiment aboutir tant leurs attentes respectives sont opposées, en attendant le prochain psychodrame qui ne manque généralement pas d’arriver… Les uns veulent recevoir des excuses, les autres ne veulent pas complètement abdiquer, le pouvoir algérien a basé toute sa légitimité sur sa victoire dans la guerre de libération contre la France quand sa population cherche des visas pour Paris, les autorités françaises doivent compromettre avec l’armée qui a mené la conquête en 1830 puis a été entraînée par le politique dans les « évènements » qui ont mené à l’indépendance et à bien des dérives à partir de 1954. Mais la France doit aussi prendre en compte les sentiments partagés des descendants des harkis, des rapatriés de 1962 et de sa forte population d’origine algérienne, qu’elle dispose d’une double-nationalité ou soit uniquement française, qu’elle soit assimilée ou pas. Stora estime que plus de 7 millions de résidents français sont toujours concernés « par la mémoire de l’Algérie ». Toute cette matière humaine s’enflamme de façon régulière et il est peu probable que le rapport Stora apaise vraiment la situation.
Dans sa lettre de mission à Benjamin Stora le président de la République mentionne :
« Je souhaite m’inscrire dans une volonté nouvelle de réconciliation des peuples français et algériens. Le sujet de la colonisation et de la guerre d’Algérie a trop longtemps entravé la construction entre nos deux pays d’un destin commun en Méditerranée. Celles et ceux qui détiennent entre leurs mains l’avenir de l’Algérie et de la France n’ont aucune responsabilité dans les affrontements d’hier et ne peuvent en porter le poids. Le devoir de notre génération est de faire en sorte qu’ils n’en portent pas les stigmates pour écrire à leur tour leur histoire. Ce travail de mémoire, de vérité et de réconciliation, pour nous-mêmes et pour nos liens avec l’Algérie, n’est pas achevé et sera poursuivi. »
Le rapport est à la hauteur de sa commande, éthéré et bienveillant, mais que pouvait-il être d’autre ? Il formule quelques propositions consensuelles mais ne règlent pas le contentieux politique de fond. Il est donc clairement rejeté par les extrêmes et non lu par la masse. C’est un travail d’historien qui vient s’ajouter à bien d’autres. Il a le mérite de rassembler tous les travaux qui ont été menés depuis 1962 et de citer les principales interventions d’intellectuels et de politiques sur le sujet de la colonisation et la guerre d’Algérie. En fait, beaucoup a été dit et, surtout, fait pour tenter de partager l’Histoire des deux pays au-delà des déclarations politiciennes inutiles et des attaques permanentes des deux bords. C’est bien ainsi et le rapport Stora est une nouvelle pierre apportée à la construction d’une relation la moins mouvementée possible entre les deux ex-ennemis qui n’ont pas réussi à devenir amis.
Alors l’étude passe en revue la « singularité du conflit » et l’opposition « des mémoires », chaque partie a composé son histoire à l’aune de ses propres intérêts politiques et en fonction des groupes de pressions activistes dans chacun des deux pays. Le résultat n’est pas l’Histoire mais la cohabitation de deux récits. Néanmoins Stora tempère cette situation en citant les petits pas réalisés depuis 1962 entre les historiens et les intellectuels français et algériens, loin de la démagogie de la politique dont l’aveuglement a aussi participé à faire le lit de l’islamisme.
Il cite le traumatisme des « rapatriés » qui ont fuit l’Algérie en catastrophe en 1962 et ont été accueillis plutôt froidement en « métropole » qui a laissé des traces durables, y compris dans l’expression électorale. Le cas de ces français qui ont pris fait et cause pour l’indépendance, en métropole comme en Algérie, ceux qui ont « passé les valises » du FLN, les opposants à la guerre qui ont écrit pour s’exprimer pendant les évènements. Stora mentionne les innombrables colloques, séminaires ou ouvrages collectifs qui se sont déroulés depuis l’indépendance pour essayer de faire surnager l’intelligence d’un océan de slogans partisans, et se diriger, lentement, vers une tentative de réconciliation des hommes et des histoires. L’image est aussi un vecteur important de cette relation tumultueuse et de nombreux films documentaires et de fiction ont vu le jour, partisans ou pas, larmoyants ou violents, ils ont sans doute aussi participé à l’éveil des consciences sur ce conflit.
Le rapport revient sur l’évolution des relations économiques et politiques entre les deux pays depuis l’indépendance. Des relations agitées, parfois hystériques, de « devoirs de mémoire » en guerres des mémoires, de rappels d’ambassadeurs en sommations inutiles, de reconnaissances contrites en accusations excessives… ainsi va la vie 60 ans après les accords d’Evian signés en 1962 qui ont établi l’indépendance de l’Algérie. Malgré tous ces drames, les relations n’ont jamais cessé, rendant quasiment inextricables le lien entre les deux pays, mais aussi, donc, la continuation du conflit dans le domaine des déclarations enflammées, toujours préférable à celui des armes.
Stora termine sur un relevé de préconisations, une nouvelle série de petit pas symboliques comme la création d’une commission « Mémoires et vérité », des échanges facilités d’étudiants en histoire, des commémorations diverses, des constructions de stèles, la publication d’un « guide des disparus », un travail commun sur les sites irradiés par les essais nucléaires français dans le désert et les millions de mines posées aux frontières du Maroc et de la Tunisie, la relance des travaux sur les archives existant des deux côtés de la Méditerranée et leur traduction dans les deux langues nationales, etc. Certaines ont déjà commencé à être mis en œuvre récemment, comme la reconnaissance de l’assassinat par l’armée française du militant Maurice Audin ou de l’avocat Ali Boumendjel.
Le rapport Stora n’aboutit pas à une réconciliation politique impossible à imaginer tant que subsisteront des hommes ayant vécu la période de la guerre. Une fois ces derniers éteints, peut-être sera-t-il possible d’évoluer vers un peu plus de sérénité. Le fait d’avoir laissé croître un nombre de français concernés « par la mémoire de l’Algérie » en France rend sans doute incontournable le maintien de relations diplomatiques et humaines entre les deux pays. Les intérêts croisés sont tels que l’option de rupture est quasiment impossible à envisager même si elle doit travailler certains, des deux côtés. Le rapport Stora a été écrit dans cette optique d’une relation à apaiser, il est raisonnable.
Profitant du décès du chef de l’Etat tchadien, le maréchal Déby, dans des conditions encore mystérieuses, son fils, le général Déby, s’arroge le pouvoir à la tête d’une bande de généraux instituée en conseil militaire de transition, au mépris de la constitution de ce pays africain. Un galonné remplace un autre galonné via un coup d’Etat, en annonçant, bien sûr, le retour prochain à des élections, rien de très surprenant, surtout au Tchad ! Voila qui relativise une nouvelle fois cette volonté occidentale d’instaurer la démocratie sur le continent africain, entre autres.
La France qui a colonisé le Tchad jusqu’à son indépendance en 1960 s’est ensuite compromise avec ses gouvernements successifs qui ont accueilli des contingents de militaires français sur son sol, pour de plus ou moins bonnes raisons, de façon quasiment continue. Paris « rend hommage » au « grand ami » de la France ainsi disparu et s’inquiète de l’avenir de sa coopération militaire avec ce pays.
Alors que les Etats-Unis d’Amérique se retirent actuellement « sans conditions » de l’Afghanistan après 20 années d’aventure militaire, peut-être Paris pourrait aussi réviser sa politique africaine dans le même sens ?
On se souvient qu’après les attentats religieux de novembre 2015 en France un projet de réforme constitutionnelle avait été élaboré afin d’étendre la déchéance de la nationalité française aux binationaux nés français lorsqu’une telle personne avait été « condamnée pour un crime constituant une atteinte grave à la vie de la Nation ». Par suite de discussions politiciennes, le projet avait été finalement retiré après avoir provoqué beaucoup de remous et notamment la démission du ministre de la Justice de l’époque : Christine Taubira.
On apprend aujourd’hui que l’Algérie a envisagé un projet de même nature et vient de le retirer par suite des « incompréhensions » comme l’a annoncé le président de la République.
De même nature juridique, les objectifs recherchés n’étaient pas tout à fait similaires. La France visait des binationaux commettant des crimes sur son territoire, en clair des actes terroristes exécutés en France par des binationaux français alors que l’Algérie ciblait des binationaux algériens de la diaspora, coupables d’avoir commis des actions contraires à la « sécurité de l’Etat » à l’étranger.
Dans un cas, la France, il s’agissait de rendre expulsables des citoyens français binationaux, dans l’autre, l’Algérie, il fallait empêcher de revenir en Algérie des citoyens algériens binationaux.
Plus subtil, jusqu’à récemment, l’Algérie ne reconnaissait pas la double nationalité. Elle ne pouvait toutefois pas empêcher un Etat tiers de délivrer sa propre nationalité à un natif algérien et nombre de citoyens algériens possédaient une ou plusieurs autres nationalités, notamment française. Supprimer la nationalité algérienne à un citoyen qui, officiellement, ne peut pas en avoir une autre revenait à le rendre apatride, ce qui pose d’autres problèmes. Toutefois, depuis 2005 la pluri-nationalités est tolérée en Algérie, le Parlement ayant ainsi admis la réalité.
Toucher aux questions de nationalité est toujours un exercice délicat. Paris et Alger l’ont réalisé, chacun pour des motifs différents.
En avril 2019, pour tenter d’apaiser les relations conflictuelles entre le Rwanda et la France concernant l’implication de cette dernière dans le génocide des Tutsis et des Hutus modérés en 1994, le président français a fondé une commission d’historiens censée produire un rapport sur la politique française au Rwanda durant la période 1990-1994.
Une « Note intermédiaire » a été produite en avril 2020 qui détaille en 29 pages la méthodologie de recherche et l’accès aux différentes archives de l’administration sur le sujet. Les hommes en charge de la mission et les outils dont ils disposent semblent à la hauteur de l’enjeu majeur de cette étude qui est de savoir si la France a participé peu ou prou au dernier génocide du XXème siècle ?
Le rapport final doit être remis le mois prochain au président de la République.