Catégorie : Proche et Moyen-Orient

  • Du Rubicon au Golfe persique

    Du Rubicon au Golfe persique

    Une coalition américano-israélienne a franchi le Rubicon et lancé un assaut militaire aérien important contre l’Iran ce 28 février dernier. Dès la première nuit de l’intervention armée le « guide suprême », sorte de grand chef religieux qui préside à la destinée du pays depuis 1989, est bombardé et y laisse la vie avec une partie son équipe dirigeante. Depuis un mois les raids aériens coalisés se succèdent nuits et jours et les destructions matérielles semblent assez importantes à Téhéran comme dans d’autres villes. En principe ne sont visées que les infrastructures liées au pouvoir et à ses forces de sécurité mais il est à craindre d’inévitables dommages collatéraux. D’ores et déjà une école de jeunes filles située à côté d’une installation militaire aurait été bombardée « par erreur » et les autorités iraniennes parlent de 150 fillettes mortes.

    Quoi qu’il en soit, cette guerre déclarée contre le régime religieux iranien est un coup de tonnerre dans un monde déjà sérieusement bouleversé par les errements des nations et, surtout, par le désir de revanche du « Sud global » contre « l’Occident collectif ». L’Iran fait partie du premier groupe et a su liguer contre lui nombre de pays occidentaux à force d’avoir favorisé ou mené des actions terroristes qui ont fait des milliers de morts dans ces pays, ou de citoyens occidentaux tués dans des pays proche ou moyen-orientaux. La France n’est pas en reste qui a vu se déchaîner le terrorisme sur son territoire depuis les années 1980 via des attentats d’inspiration, ou d’exécution directe par des religieux iraniens, sans parler des attentats contre ses troupes au Liban en 1983 (58 morts militaires français et 241 morts militaires américains).

    L’Iran n’est donc pas vraiment un pays ami de l’Occident ni d’Israël (« l’Etat sioniste » comme il est appelé dans la doxa iranienne officielle), sur qui il déverse sa haine et ses menaces d’anéantissement depuis des décennies. Après avoir été porté au pouvoir dans l’enthousiasme en 1979 par une révolution populaire pour mettre fin au régime autocratique du Chah d’Iran, le régime religieux est désormais régulièrement contesté de l’intérieur par une partie de sa population mais le pouvoir exerce une répression féroce pour se maintenir aux commandes, avec succès jusqu’ici. Comme toujours dans les dictatures, une autre partie de la population vit de celle-ci et lui apporte son soutien. La haine ancestrale entre les Arabes et les Perses fédère également nombre de pays voisins du Golfe persique contre ce pays et vice versa.

    Fort de son histoire millénaire et de ses ambitions islamiques plus récentes, le pouvoir iranien affiche sa volonté d’imposer un modèle politique et religieux à sa population (90 millions d’habitants) et au reste du monde. Pour assurer sa survie et accroître son « influence » le pays développe un programme nucléaire militaire qui effraie considérablement le reste de la planète tant imaginer un bouton nucléaire au bout des doigts d’un descendant de Prophète laisse craindre le pire.

    Depuis un mois que dure cette guerre les dirigeants politiques américains, et surtout le président Trump, paradent dans les médias en assénant des communiqués militaires de victoire décousus, les militaires sont beaucoup plus discrets, mais, surtout, l’Iran ne semble pas vraiment à genoux et riposte contre ses agresseurs et les pays arabes avoisinants, tout spécialement ceux abritant des structures militaires américaines. Accessoirement le détroit d’Ormuz est bloqué. Des avions américains ont été abattus ou détruits au sol, des morts civils sont à déplorer dans les pays de Golfe et en Israël. Les milices alliées du pouvoir iranien attaquent les intérêts américains et israéliens partout où elles peuvent. Les bombardements respectifs touchent maintenant les installations pétrolières et gazières de ces pays dont les économies sont plus ou moins à l’arrêt. Dans le reste du monde les prix de l’énergie augmentent significativement. On découvre par ailleurs que les pays du Golfe persique produisent des produits sidérurgiques et des engrais dont les exportations sont actuellement impossibles du fait du blocage du détroit d’Ormuz. La crise économique mondiale couve.

    Une nouvelle fois, « l’Orient compliqué » perturbe le reste de la planète, cette fois-ci avec la participation active des Etats-Unis d’Amérique. La religion plane au-dessus de ce nouveau conflit, même les dirigeants américains invoquent Dieu dans leurs communiqués. L’incertitude est totale ce qui ne présage rien de bon.

  • Tentative risquée de réhabilitation de la Syrie

    Tentative risquée de réhabilitation de la Syrie

    Après avoir été reçu à la présidence de la République française avec gardes républicains au garde-à-vous dans la cour de l’Elysée le chef d’Etat syrien par intérim Ahmed al-Charaa a pu afficher sa barbe noire dans le bureau ovale de la Maison Blanche en compagnie du président américain. Au vu du pédigré terroriste du personnage, dont il ne s’est jamais caché, on frémit un peu de voir les pays occidentaux lui déployer le tapis rouge. Certes il faudra bien renouer un jour avec la Syrie, pays clé du Moyen-Orient, à l’histoire millénaire, mais qui aussi été à l’origine de bien des déconvenues pour les pays occidentaux qui ont tenté d’entretenir des relations d’Etat à Etat. Une nation dirigée par des forbans, une économie menée par des voyous, un pouvoir central contesté les armes à la main par les Kurdes toujours entre deux sécessions, les Alaouites, les Druzes et bien d’autres, des clans politico-religieux qui s’entretuent depuis des décennies, un territoire occupé par la Turquie au nord, par Israël sur le plateau du Golan, par des bases militaires américaines et russes plus ou moins sollicitées, une population ballotée au milieu de ces canailles, entre corruption, idéologies religieuses et pauvreté, qui a même été attaquée avec des gaz de combat par le pouvoir Assad (père puis fils) pour réprimer les contestations populaires, ce pays n’a quasiment jamais vécu en paix depuis son indépendance et s’est retrouvé un peu contre son gré au centre d’enjeux moyen-orientaux qui le dépassent.

    Cerise sur le gâteur, Alois Brunner, officier nazi qui fut un élément clé dans l’extermination des juifs durant la IIe guerre mondiale s’est réfugié en Syrie où il fut protégé par le régime d’Hafez el Assad et aurait même œuvré comme conseillé des services de sécurité syriens, services réputés pour leur barbarie. Lâché par Bachar, le fils d’Hafez qui a repris le pourvoir à la mort de celui-ci, il serait mort en prison dans les années 1990 ou 2000. Le gouvernement syrien n’a jamais collaboré avec les pays occidentaux qui demandaient l’extradition du chef nazi, ce qui n’empêcha le président français Chirac d’être le seul chef d’Etat occidental venu à Damas en 2000 assister aux obsèques d’Hafez el-Assad.

    La Syrie a elle-même toujours revendiqué sa prééminence sur le Liban dont elle n’a jamais véritablement accepté l’indépendance. Son armée a occupé ce pays et y a commis moulte attentats dont l’assassinat du premier ministre libanais Rafiq Hariri en 2005. Damas a copiné avec l’Iran de nombreuses années, participant activement au business diplomatique des otages, soutenant les mouvements terroristes de tous ordres pour nuire à l’Occident coupable de tous les maux ce qui n’empêchait ses dirigeants d’acquérir des biens immobiliers luxueux sur l’avenue Foch à Paris, à Londres et ailleurs.

    C’est en Syrie que le groupe terroriste religieux « Etat islamique » a installé ses bases dans les années 2010 et organisé, notamment, les massacres de novembre 2015 à Paris. La guerre civile durant ces années entre les groupes religieux syriens et le régime Assad a été terrible (plusieurs centaines de milliers de morts, souvent torturés dans des conditions effroyables), le pays grandement détruit et il faudra encore longtemps pour évaluer les conséquences financières, politiques et sociales de cette guerre sauvage !

    C’est la Syrie qui a majoritairement alimenté la crise migratoire des années 2020 durant lesquelles entre un et deux millions de réfugiés ont fuit leurs pays pour l’Europe. C’est aussi la Syrie du clan el-Assad qui a développé une industrie productrice du Captagon, une drogue dont elle a inondé le marché international et dont le pouvoir post-Assad chercherait à se débarrasser.

    Bref, au cœur de « l’Orient compliqué », la Syrie est un cauchemar pour les pays occidentaux et il existe une très forte probabilité pour qu’elle continue à l’être dans les décennies à venir. Un premier réflexe voudrait que les pays occidentaux se retirent définitivement de ce bourbier pour se consacrer à l’Europe où les défis militaires et financiers s’accumulent. Les dirigeants français et américain viennent d’en décider autrement en recevant le président syrien intérimaire, avec son lourd passé de terrorisme religieux, en déployant les flonflons de leur protocole. Notons tout de même que M. al-Charaa est entré à la Maison-Blanche par la porte de service et non par l’entrée officielle.

    Peut-être les Etats-Unis et la France font-ils preuve de vision en pariant sur ce dirigeant barbu, qui a au moins eu le mérite de faire tomber le clan el-Assad par les armes, mais on a du mal à être optimistes après des décennies de dérives dictatoriales et d’échecs dans tous les domaines des relations avec ce pays maudit.

    Lire aussi

    Syrie : un barbu pour remplacer une canaille

    Règlements de comptes en Syrie

  • La dévastation continue au Proche-Orient

    La dévastation continue au Proche-Orient

    Les derniers mois ont été fertiles en « victoires » militaires israéliennes mais fort peu productifs en termes d’avancées vers une résolution du conflit millénaire qui ravage cette région. L’ingéniosité et la puissance de l’armée israélienne lui ont permis d’affaiblir considérablement les mouvements terroristes Hezbollah au Liban et Hamas dans la bande Gaza mais les soldats israéliens sont restés sur place à Gaza et les combats continuent. Des campagnes de bombardements ont été menées contre la Syrie et l’Iran, avec la participation des Etats-Unis contre ce dernier pays qui s’est défendu en tirant lui aussi des missiles sur le territoire d’Israël qui ont fait des morts.

    Les réservistes israéliens sont mobilisés de façon quasi-permanente depuis deux ans et on se demande d’ailleurs quelle est l’ampleur des effets négatifs sur l’économie du pays. On imagine que l’allié américain fait les fins de mois de l’Etat d’Israël en plus de financer son approvisionnement en armes. Les colons israéliens de la Cisjordanie occupée profitent de cette atmosphère guerrière pour accroître leur mainmise sur ce territoire. A Tel-Aviv, les ministres extrémistes de la coalition gouvernementale proposent de profiter de la situation « favorable » pour Israël pour annexer la Cisjordanie et expulser les populations palestiniennes de la bande de Gaza vers une destination qui reste à déterminer. Le président américain avait proposé après son investiture en début d’année de transformer cette bande en riviera méditerranéenne en endossant l’idée d’une expulsion de ses habitants, sans plus déterminer le ou les pays qui accueilleraient les quelques deux millions d’habitants, ni, bien entendu, prendre en compte leur volonté à quitter leur terre…

    Le cas de la bande de Gaza est particulièrement représentatif de l’imbroglio politique et militaire dans lequel est enfermé le Proche-Orient avec des effets dévastateurs sur les populations locales qui ont à déplorer des milliers de morts depuis le déclenchement de la guerre au lendemain des attaques terroristes contre Israël du 7 octobre 2023 et souffrent d’une très grave crise humanitaire. Après presque deux ans de guerre sur le terrain, des soldats israéliens continuent de tomber au combat et une cinquantaine d’otages (vivants et morts) sont toujours retenus à Gaza que l’armée de Tel-Aviv ne réussit pas à libérer. Des négociations pour un cessez-le-feu sont menées à Doha avec… le Hamas qui était supposé être détruit. L’embargo de ce territoire est quasi-total : les points d’entrée avec Israël sont fermés mais ceux aussi avec l’Egypte, ce que l’on a plus de mal à comprendre. On parle de famine et de pénurie de médicaments à l’intérieur de la bande alors que des centaines de camions attendent à l’extérieur pour délivrer des produits alimentaires et pharmaceutiques.

    Israël et les Etats-Unis ont mis en place une organisation non gouvernementale (ONG) spécifique pour distribuer de l’aide qu’elle est seule habilitée à distribuer dans des zones au sud de la bande, ceci afin d’éviter la mainmise du Hamas sur la distribution et l’utilisation politique qu’il en ferait immanquablement. Alors des flots d’habitants se précipitent vers les lieux de distribution dans un chaos indescriptible, sous le nez des soldats israéliens qui occupent Gaza. Des escarmouches se déroulent régulièrement qui se traduisent par des tirs. Un millier de morts serait à déplorer depuis la mise en place de cette organisation, chiffre fourni par les autorités locales, celles du Hamas donc. On ne sait pas bien qui déclenche ces fusillades. Israël se justifie en avançant le comportement « menaçant » de certains réfugiés qui se rapprocheraient trop dangereusement de ses positions déclenchant ainsi leur riposte. On sait le Hamas capable de manipuler les populations pour les lancer à l’assaut des points de contrôle israéliens alors la seule réalité sur laquelle on peut s’appuyer pour le moment est l’existence de ces personnes tuées alors qu’elles viennent s’approvisionner.

    Israël n’arrive pas vraiment à se sortir de la situation. Son gouvernement a choisi la guerre totale contre ses ennemis et cette politique est soutenue par les Etats-Unis d’Amérique. Les pays arabes qui craignent plus que tout l’extrémisme du Hamas et de ses mouvements affiliés, ainsi que celui de l’Iran, restent discrets sur les multiples conflits dans lesquels Israël est engagé. La voie est libre pour les jusqu’au-boutistes qui voient l’occasion rêvée d’accomplir la prophétie de l’ancien testament en étendant le « Grand Israël » du Jourdain jusqu’à la mer, le « pays où ruisselle le lait et le miel » promis par Moïse après l’exode du peuple juif d’Egypte où il était réduit à l’esclavage.

    Lire aussi : Anonyme, ‘La Bible – l’Exode’.

    La seule question qui vaille est de savoir si une telle politique est efficace pour amener la paix dans cette région et envisager, enfin, une cohabitation apaisée des pays qui la composent. On peut craindre que la réponse ne soit négative, d’autant plus quand certains envisagent calmement d’expulser les 2 millions d’habitants de la bande de Gaza, on ne sait où. La leçon de l’exode en 1948 de 700 mille Palestiniens après la défaite des forces arabes dans la guerre de 1948, dont on subit encore aujourd’hui les conséquences, n’a pas été tirée. Il est probable que les prochaines générations auront encore pour longtemps à gérer les suites de ce qui se passe actuellement au Proche-Orient qui n’est autre que la poursuite d’un conflit qui envenime les relations internationales depuis 80 ans, voire depuis 4000 ans.

    C’est en ça que l’on peut conclure que la politique des parties engagées dans ce chaudron n’est pas efficace. Mais qui aura de meilleures idées ?

  • Le Hamas et ses affidés sont toujours là !

    Le Hamas et ses affidés sont toujours là !

    Alors que la guerre entre Israël et le Hamas qui gouverne la bande de Gaza, continue de faire rage, ce dernier est toujours actif malgré la lutte à mort engagée par Tel Aviv dont l’un des objectifs de guerre est la « destruction du Hamas ». Ces derniers jours des soldats israéliens sont encore morts au combat, des roquettes étaient encore tirées depuis Gaza contre Israël le jour « anniversaire » de l’attaque du 7 octobre 2023 et, surtout, les otages israéliens sont toujours détenus dans les fameux tunnels creusés depuis des années par les forces du Hamas sous le territoire de la bande de Gaza sans que l’armée israélienne pourtant présente sur le terrain n’arrivent à les localiser et encore moins à les libérer.

    Certes le Hamas est sans doute considérablement affaibli au niveau militaire mais ses dirigeants sont remplacés les uns après les autres au fur et à mesure de leur élimination par Israël et l’idéologie du Hamas semble survivre à tout ce chaos. Malgré toute sa force brute et sa technologie de pointe Israël n’arrive pas pour le moment à vaincre cette idéologie. Et d’ailleurs, encore aujourd’hui, les Etats-Unis et Israël négocient avec… le Hamas pour obtenir la libération des otages détenus par celui-ci lui reconnaissant une certaine légitimité.

    Depuis le déclenchement de la guerre de Gaza au lendemain de l’attaque contre Israël des mouvements palestiniens terroristes en octobre 2023 qui a causé la mort de plus 1 200 israéliens, souvent dans des conditions effroyables, les forces armées israéliennes ont considérablement détruit les bâtiments et infrastructures de Gaza, éliminés sans doute une bonne partie des forces palestiniennes mais au prix de dizaines de milliers de morts gazaouis, de déplacements de populations civiles importants et de l’émergence d’une crise humanitaire sans précédent sur ce territoire minuscule sous blocus israélien et égyptien depuis des années.

    En tentant de faire abstraction de considérations morales on peut se demander si la politique israélienne actuelle envers Gaza (et la Cisjordanie) est efficace, en d’autres termes, met-elle fin à la menace palestinienne contre Israël ? La réponse est probablement négative. Elle ne fait que repousser le problème à plus tard. L’affaiblissement du Hamas n’implique pas son élimination et même si celle-ci était effective, les idées qu’il porte pourront aisément se réincarner sous une autre forme mais ne semble pas en voie de disparaître. L’ampleur des destructions constatées à Gaza et les violences silencieuses en cours dans les colonies de Cisjordanie ne devraient pas affaiblir les revendications palestiniennes.

    Les Etats-Unis proposent « d’évacuer » sans espoir de retour le peuple gazaoui (2 millions de personnes tout de même) et de transformer la bande de Gaza en « riviera méditerranéenne ». Les ministres israéliens religieux extrémistes veulent eux-aussi un « transfert définitif » des palestiniens vers un « Etat musulman » pour recoloniser Gaza. Pour le moment il y a assez peu de pays arabes qui se soient montrés volontaires pour accueillir cette population, c’est le moins que l’on puisse dire…

    La France et quelques pays raisonnables continuent à promouvoir la solution des Nations-Unies prévoyant de créer un Etat palestinien à côté de celui d’Israël. La faisabilité d’une telle restructuration s’éloigne de jour en jour tant que parlent les armes.

    On ne sait pas ce qu’Israël et la communauté internationale compte faire de cette bande de gaza dans les mois à venir. Il n’y reste plus grand-chose à détruire mais plus de 2 millions de personnes à nourrir. Il est des problèmes pour lesquels il faut se résoudre à ce qu’il n’y ait pas de solution, ni à court ni à moyen terme. Après tout ce conflit dure militairement depuis 1948, et religieusement depuis 4000 ans, depuis que « le peuple élu » est sorti d’Egypte pour traverser la Mer Rouge derrière les bras tendus de Moïse qui séparaient les eaux de la mer.

    La loi du plus fort va continuer de prévaloir au moins pour quelques générations mais sur la durée, la force peut aussi changer de camp, un jour, c’est l’inconvénient des conflits non résolus politiquement.

    Lire aussi

  • Règlements de comptes en Syrie

    Règlements de comptes en Syrie

    Depuis le renversement en décembre 2024 du régime Al-Assad en Syrie un nouveau satrape dirige le pays, Ahmed al-Charaa. Celui-ci est issu du mouvement terroriste religieux Al-Qaïda dont il a appliqué l’idéologie mortifère durant la guerre civile syrienne, conflit interne qui est d’ailleurs loin d’être terminé. Depuis sa prise du pouvoir il essaye d’afficher une image plus lisse de sa personnalité ; il a coupé ses cheveux, ajusté sa barbe et porte des costumes-cravate sombres à l’occidentale. Son implication passée dans le mouvement terrorisme Al-Quaïda qui a été à l’origine d’une campagne de terrorisme d’une violence jamais vue, faisant des milliers de morts sur tous les continents de la planète, de l’effondrement des tours du World Center à New York en 2001 aux attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper-Cascher à Paris en 2015, devrait en faire un personnage indésirable à tout jamais.

    Il n’en reste pas moins qu’il est arrivé au pouvoir à Damas et se retrouve à la tête d’un pays dans un état de décomposition avancée dans lequel les tribus, les factions, les communautés religieuses, les intérêts économiques s’affrontent violemment. Quelle-que soit l’idéologie que le nouveau président auto-proclamé compte mettre en œuvre il va lui falloir gérer ces antagonismes. Il est à craindre que les règlements de compte entre communautés soient inévitables. Depuis quelques semaines ce sont les Alaouites qui sont massacrés par les autres communautés. Cette branche du chiisme est minoritaire dans le pays, le clan Assad en était issu. Il eut été étonnant qu’après 50 années de dictature barbare menées par les Assad les Alaouites puissent reprendre leurs habitudes comme si de rien n’était et sans que le reste de la population ne leur demande des comptes… Les forces religieuses officielles soutien de M. al-Charaa seraient directement impliquées dans les attaques contre les Alaouites mais leur dirigeant appelle à l’apaisement. C’est hélas une étape souvent inévitable dans ce genre de situation. La France a elle-même eu à faire face à une épuration extra-judiciaire après la libération entre 1944 et 1945 qui aurait fait dans les 10 000 morts. Certaines estimations parlent de 100 000 victimes…

    La pacification du pays ne sera pas facile après un demi-siècle de dérives sanguinaires. Les influences troubles de pays tiers, occidentaux comme arabes, dans le passé comme aujourd’hui ne vont pas faciliter cette tâche.

    La France serait bien avisée de ne pas s’impliquer politiquement dans ce processus où il n’y a que des coups à prendre. Après le désastre des expériences Kadafi et Assad reçus avec faste par la République avant de devoir être combattus militairement par Paris via des coalitions internationales, il serait opportun à l’avenir de ne considérer la Syrie et ses nouveaux dirigeants qu’avec des pincettes. Ne pas oublier le passé des dirigeants devrait être un mantra de la politique étrangère française. On peut rétablir des relations diplomatiques avec la Syrie, participer à la reconstruction du pays et son accompagnement via les organisations internationales de l’ONU et assimilées, mais surtout pas s’impliquer directement.

    Lire aussi : Syrie : un barbu pour remplacer une canaille

  • Le Hamas et Rima Hassan en pleine forme

    Le Hamas et Rima Hassan en pleine forme

    L’accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hamas sur la bande de Gaza continue à dérouler les différentes étapes convenues pour les libérations réciproques d’otages israéliens contre détenus palestiniens. Ce jeudi ce sont des cercueils qui ont été rendus par les Palestiniens à Israël, ceux de deux enfants et de leur mère, la famille Bibas, dont le père, lui aussi otage, a été échangé, vivant, il y a déjà quelques jours.

    Le Hamas et ses groupes assimilés ont utilisé la même mise en scène pour restituer les morts que pour les vivants : foule populaire rassemblée sur le lieu de remise des cercueils noirs à la Croix Rouge, soldatesque armée en uniformes rutilants, exposition des cercueils sous une grande affiche représentant le premier ministre israélien transformé en vampire. Et, bien sûr, une multitude de vidéastes officiels filmant la scène sous tous ses angles.

    Quelques heures plus tard on apprenait des autorités israéliennes que les corps des deux enfants avaient bien été identifiés mais que celui devant être leur mère était celui d’une femme inconnue. Le Hamas reconnaît rapidement une possible confusion dans les corps. On ignore pour le moment s’il s’agit d’une véritable erreur ou d’un acte réfléchi du groupe terroriste religieux. Un nouveau cercueil est ensuite remis à la Croix Rouge qui, cette fois-ci, contient bien le corps de Mme. Bibas.

    Les pays occidentaux, et même l’ONU, sont révulsés par ce théâtre médiatisé des échanges, appliqué aux morts comme aux vivants. Les non-occidentaux sont plutôt silencieux sur le sujet. De son côté, Israël qui libère des centaines de détenus palestiniens en application de ses engagements ne se résout pas à appliquer la même méthode audiovisuelle et il n’y a pas d’images diffusées de leur sortie d’Israël. Il y en a cependant de nombreuses de leurs arrivées en bus à Gaza. En revanche, les télévisions israéliennes diffusent des images des retrouvailles des otages avec leurs familles sans que l’on sache si lesdites familles sont d’accord pour cette publicité. On pourrait se passer de ces reportages un peu racoleurs et un peu plus de discrétion serait bienvenue sur ces moments d’intimité !

    La mort de ces trois otages, dont deux enfants enlevés alors qu’ils avaient 8 mois et 4 ans, est attribuée à l’une ou l’autre partie selon les cas. La Palestine qui a enlevé cette famille le 7 octobre 2023 accuse un bombardement israélien qui aurait atteint cette famille. Israël accuse le Hamas de les avoir assassinés. La députée française au parlement européen Rima Hassan a en tout cas tranché la question dans l’un des très nombreux messages propalestiniens diffusés sur son compte « X ».

    Rima Hassan sur « X » (19/02/2025)

    De nouvelles négociations seraient en cours pour arrêter les prochaines étapes de ce cessez-le-feu. Si elles échouent on peut imaginer la reprise de la guerre qui, probablement, n’atteindrait pas plus qu’avant le cessez-le-feu actuel son objectif de « la destruction du Hamas ». Entre temps, le nouveau président des Etats-Unis a proposé sa solution : déplacement des 2 millions de Palestiniens de la bande de Gaza en Egypte et en Jordanie, sans droit au retour, « prise de contrôle » de l’enclave par les Etats-Unis (?) et transformation de celle-ci en « riviera ». A ce stade les pays arabes ont manifesté leur opposition à ce projet.

    Il est à craindre que les générations futures aient encore à entendre parler longtemps du conflit israélo-palestinien et à payer pour la énième reconstruction de Gaza !

    Lire aussi : Le Hamas toujours là

  • Le Hamas toujours là

    Le Hamas toujours là

    A l’occasion d’un cessez-le-feu convenu entre Israël et les belligérants palestiniens de la bande de Gaza, entré en vigueur ce 19 janvier, on constate que le mouvement terroriste religieux Hamas et ses affidés (Jihad islamique et différents petits mouvements assimilés) n’ont pas été anéantis comme le souhaitait le gouvernement israélien lorsqu’il a déclenché la guerre en réaction à l’attaque meurtrière du 7 octobre 2023 contre son territoire. Malgré sa puissance militaire et les destructions considérables réalisées par son armée depuis plus d’un an dans la bande de Gaza, malgré les assassinats ciblés d’une grande partie des états-majors de ces mouvements, à Gaza comme au Liban, il apparaît que cet accord de cessez-le-feu a été négocié entre Israël et… le Hamas. Les otages israéliens emmenés le 7 octobre sont restés emprisonnés tout ce temps dans les fameux tunnels de Gaza sans que l’offensive israélienne ne parvienne à libérer la majorité d’entre eux.

    Les premiers échanges de prisonniers ont été réalisés la semaine dernière et « mis en scène » par le Hamas et le Djihad islamique d’une façon dont le professionnalisme ferait pâlir d’envie n’importe quel spécialiste de « l’évènementiel ». Des soldats en uniforme impeccable, affichant fièrement un armement rutilant, le front barré du bandana vert-islam, le site pavoisé de drapeaux palestiniens et des mouvements terroristes, une foule de Gazaouis plus ou moins menaçante et des opérateurs vidéo partout ; avant d’être remis à la Croix rouge, les otages israéliens sont passés sur une scène surélevée où leur ont été remis un « certificat de captivité » devant des slogans palestiniens graphés dans plusieurs langues sur une vaste toile en fond de scène. Avant de monter dans les véhicules de la Croix rouge ils ont fait un signe de la main en souriant à l’assistance sifflante. On peut imaginer aisément que ces manifestations « de joie » leur ont été imposées. On se croyait dans une émission de téléréalité…

    A leur arrivée en Israël d’autres caméras attendent les otages pour filmer le retour dans leur pays et les embrassades familiales. Bien sûr, ces reportages télévisés sont moins racoleurs que ceux réalisés à leur départ de Palestine mais on aurait pu se satisfaire de pas d’image du tout pour laisser à ces otages, plus tard, la décision de paraître, ou pas, devant les médias israéliens.

    L’armée de Tel-Aviv estime qu’une trentaine d’otages encore à Gaza sont morts. Ils sont probablement décédés soit du fait des bombardements israéliens, soit exécutés par leurs geôliers. Ce sont donc des cadavres qui vont être restitués. Sans doute le Hamas sera plus modeste pour la mise en scène de ces échanges, mais in ne peut jurer de rien.

    Depuis le début de ces échanges, Israël a libéré des dizaines de Palestiniens emprisonnés dans ses prisons et dont certains ont été condamnés pour de graves crimes de terrorisme. L’histoire se rejoue à peu près dans les mêmes conditions à chaque échange de prisonniers des deux camps. Lors de la libération en 2006 du soldat israélien Gilad Shalit après cinq ans de détention par le Hamas, Tel-Aviv avait dû libérer 1 000 Palestiniens. Parmi ceux-ci se trouvait Yahya Sinouar devenu ensuite chef du Hamas à Gaza et qui aurait conçu et dirigé l’opération du 7 octobre 2023, puis éliminé par l’armée israélienne en octobre dernier. Quelques jours plus tard, le mouvement nommait son frère, Mohammed Sinouar pour le remplacer.

    Près de 20 ans plus tard le même type de processus d’échange risque d’aboutir à des résultats comparables. Ces derniers jours ont montré que le Hamas et les autres mouvements sont toujours là, très certainement sévèrement affaiblis militairement parlant, mais, on peut le craindre, sans doute renforcés idéologiquement par suite des plus de 40 000 morts palestiniens (bilan présenté par le ministère de la santé de Gaza) et des destructions considérables du territoire.

    Le Proche-Orient se retrouve aujourd’hui face au même dilemme qu’avant le 7 octobre : comment faire voisiner deux peuples qui se haïssent, et qui ont chacun leurs bonnes raisons pour fonder cette haine ? Le nouveau président américain Trump vient de proposer de réinstaller les Palestiniens de Gaza en Jordanie et en Egypte… Pas sûr que ce projet rencontre un franc succès côté arabe !

    Accessoirement il va falloir dégager des financements importants pour reconstruire la bande de Gaza dévastée par cette guerre. Les pays européens vont sans doute être considérés comme de bons candidats pour cette mission. Un pays comme la France, financièrement exsangue, devra sans doute faire des choix raisonnables pour être à la hauteur des attentes : Jeux Olympiques 2030 ou reconstruction de Gaza ?

  • Syrie : un barbu pour remplacer une canaille

    Syrie : un barbu pour remplacer une canaille

    La famille Assad trustait le pouvoir en Syrie depuis 1971 et le coup d’Etat mené par Hafez el-Assad (1930-2000). Son fils Bachar, 59 ans, a succédé à Hafez après sa mort en 2000, ce qui a été validé par un référendum. L’opposition islamique vient de renverser Bachar el-Assad qui a fui le pays et se serait réfugié en Russie. Le père et le fils ont globalement utilisé les mêmes méthodes pour asservir le peuple syrien et servir leurs intérêts familiaux. Le pays est une dictature d’un modèle sévère. Père et fils ont utilisé des armes chimiques contre leur propre peuple, ce qui est assez unique et dénote une absence totale de scrupules de cette famille. Les prisons syriennes sont réputées parmi les plus barbares de la planète. L’un et l’autre ont placé leur famille à la tête des intérêts économiques du pays où la corruption est érigée en mode de fonctionnement depuis des décennies. Les frères de ces présidents père et fils sont soit affairistes de haut vol, soit à la tête de gardes prétoriennes protégeant le pouvoir de la famille. Dans un domaine comme dans l’autre, ils ont agi sans pitié ni aucune humanité.

    Lire aussi : « Les âmes perdues » de Stéphane Malterre et Garance Le Caisne

    Ils font partie de la communauté minoritaire alaouite, une branche du chiisme musulman dans un pays qui est majoritairement sunnite. Mais il apparaît que les alaouites qui occupent les postes clés dans l’armée n’ont que très peu combattu contre les rebelles qui viennent de conquérir le pays en une dizaine de jours. Sans doute ont-ils été démotivés par la fuite peu glorieuse vers Moscou de leur président ces jours derniers.

    Tous deux n’ont négligé aucune méthode pour renforcer leur pouvoir. Hafez a accueilli et protégé à Damas le nazi Aloïs Brunner qui a été un des artisans de l’extermination des juifs sous le régime nazi. Brunner deviendra le conseiller de Hafez el-Assad en matière de sécurité et aurait formé les responsables des redoutables services secrets syriens. Bachar lui accepte le renforcement significatif de la présence militaire russe en Syrie qui était directement engagée contre les différentes rebellions qui agitent le pays depuis le début de la guerre civile en 2011 et qui aurait fait environ un demi-million de morts ainsi que des millions de déplacés, dans et en-dehors du pays.

    Bachar el-Assad reçu à l’Elysée par Nicolas Sarkozy en juillet 2008

    La France qui fut la puissance mandataire du Liban et de la Syrie jusqu’à la fin des années 1940 continue à vouloir s’ingérer dans la vie politique de ces deux pays en cherchant aveuglément à vouloir se rapprocher de cette famille sanguinaire. Le Président Jacques Chirac fut le seul président occidental à assister sur place aux obsèques d’Hafez en 2000. En 2008, Bachar fut reçu à l’Elysée par le président Nicolas Sarkozy. Et toutes ces amabilités ont été déployées malgré l’implication de la Syrie dans nombre d’opérations de terrorisme international ayant touché directement citoyens et intérêts français, dont l’assassinat de l’ambassadeur de France au Liban Louis Delamarre en 1981, ce qui n’empêcha pas Paris d’accueillir les membres de la famille Assad qui étaient déclarés persona non grata par Damas et se sont installés à Paris des années durant…

    Les rebelles qui ont chassé le président Assad se réclament de l’islamisme. Leur chef est un ancien affilié du mouvement Al-Qaida responsable des attentats de septembre 2001 aux Etats-Unis qui a consisté à détourner et jeter quatre avions de ligne plein de passagers sur différents sites, dont les Twin towers de New York qui se sont effondrées causant environ 2 600 morts. Le groupe terroriste religieux s’est aussi particulièrement distingué par sa barbarie hors norme Le garçon qui aurait quitté Al-Qaida taille sa barbe d’un peu plus près désormais, mais on peut douter qu’il soit soudain devenu poète et démocrate. Il serait opportun que Paris attende un peu avant de le recevoir avec les fastes de la République. Il n’est d’ailleurs pas écrit que la famille Assad soit à passer définitivement par pertes et profits. Il reste la génération suivante. Qui sait si elle ne réapparaîtra pas un jour ?

    Il est sans doute un peu prématuré pour se réjouir pour l’avenir de la Syrie. La « libération » est certes une première étape mais il est peu probable que le pays se remette avant plusieurs générations des dictatures et des guerres qui le déchirent depuis des décennies. Il est encore moins probable que si redressement il y avait il puisse être menée sous la direction d’islamistes.

    La Syrie va devoir encore attendre pour retrouver la liberté, si elle y arrive un jour. Ce pays est le fruit d’une histoire millénaire, après tout c’est là que l’histoire occidentale a commencé il y a plus de 2000 ans. On parlerait encore l’araméen, la langue de Jésus, dans certaines parties du pays. Les Syriens ont su traverser l’Histoire et survivre à ses à-coups tragiques. Gageons qu’ils arriveront aussi à absorber ces 50 années de férule Assad.

  • Israël renforce l’option militaire

    Israël renforce l’option militaire

    Avec constance et une relative efficacité, au moins à court terme, l’armée israélienne réussit à tuer les cadres des mouvements terroristes qui cernent son territoire. Les conditions dans lesquelles sont « neutralisés » ces chefs de guerre dépassent souvent l’entendement et marquent à quel point les services israéliens ont infiltré leurs ennemis. L’histoire donnera sans doute un jour les détails de ces opérations d’infiltration, qui, et comment, délivre les informations nécessaires à Israël pour tuer les dirigeants ennemis.

    Certaines opérations sont assez peu « chirurgicales » et lorsque que l’armée est informée de la présence d’un ou plusieurs chefs dans un endroit précis c’est tout l’immeuble qui est bombardé sans trop s’inquiéter d’éventuels « dégâts collatéraux » parmi les populations civiles environnantes. D’autres sont réellement ciblées comme l’assassinat d’Ismaël Haniyeh, le chef du mouvement religieux Hamas qui gouverne la bande de Gaza, réalisé en plein Téhéran le 31 juillet dernier, alors qu’il effectuait une visite officielle dans ce pays. Cette opération n’est pas sans rappeler celle contre Ayman Al-Zawahiri, le dirigeant du groupe religieux terroriste « Al-Qaida », atteint par un missile américain en plein Kaboul en août 2022, alors qu’il était à son balcon. La munition semble avoir visé directement le balcon sans avoir causé aucun autre dommage que la mort du chef terroriste. On se souvient également que quelques mois plus tard, un physicien haut responsable du programme nucléaire iranien avait été assassiné dans Téhéran, sans doute à l’initiative d’Israël, malgré la protection renforcée dont il bénéficiait.

    La guerre en cours au Proche-Orient déclenchée depuis l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 a entraîné une avalanche d’innovations techniques sidérantes mises en œuvre et employées dans des assassinats plus ou moins ciblés. Il y a quinze jours on a assisté avec stupéfaction à l’affaire dite des « bipeurs ». Le mouvement terroriste religieux Hezbollah avait interdit à ses membres d’utiliser des téléphones mobiles dont tout le monde sait désormais qu’ils sont traçables et écoutables et les avait remplacés par des bipeurs et des talkies-walkies, outils plus anciens et en principe moins visibles par « l’ennemi ». Eh bien mi-septembre, ce sont des milliers de ces instruments qui ont explosé quasiment au même moment au Liban dans les mains ou à la ceinture de leurs détenteurs. Il y a eu des milliers de blessés et quelques dizaines de morts. A priori tout le management moyen du Hezbollah a été blessé ou mis hors d’état de combattre d’un seul coup. Les « experts » de plateaux télévisés soupçonnent que les services secrets israéliens aient pu détourner les bipeurs et talkies-walkies avant leur livraison pour introduire quelques grammes d’explosif dans chacun dont l’explosion aurait été déclenchée à distance par Israël le moment venu. On découvre par ailleurs que l’ambassadeur iranien au Liban avait son propre bipeur et a donc été blessé dans l’opération, confirmant au passage par l’absurde les liens entre ce mouvement et Téhéran.

    Quelques jours plus tard c’est le grand chef du Hezbollah qui était à son tour assassiné dans la banlieue de Beyrouth. Il semble que l’absence de moyens de communication après la destruction des bipeurs ait forcé les hauts dirigeants à se réunir en face à face dans un bunker hypersécurisé. Un bombardement avec des munitions appropriées capables de forer le béton a fait le reste. Depuis d’autres attaques se poursuivent contre des dirigeants de la hiérarchie du Hezbollah, dont la tête pensante des attentats contre les forces françaises et américaines qui, il y a 40 ans, essayaient de mettre fin à la guerre dans le cadre d’une mission internationale de maintien de la paix. Il y avait eu 58 militaires tués côté français et 220 côté américain.

    Cette inventivité technologique israélienne n’est pas exclusive, malheureusement, de destructions massives comme celles engagées dans la bande de Gaza depuis le 7 octobre qui auraient fait plus de 40 000 morts selon les chiffres du Hamas.

    Mais la supériorité militaire de Tel Aviv sur les pays et mouvements qui la cernent n’est que tactique. Elle n’est d’ailleurs pas nouvelle et n’a jamais permis d’apporter la paix dans cette région sur une base durable. Elle a permis d’éloigner les ennemis du front pour un moment mais toujours ils sont revenus après avoir repris des forces. La guerre « des 6 jours », la guerre « du Kippour », les invasions passées du Liban et autres actions n’ont pas empêché chaque fois OLP, Hamas, Hezbollah de revenir sur le devant de la scène sous un nom ou sous un autre, avec de nouveaux dirigeants quand les précédents avaient été assassinés, et en générant toujours plus de haine et d’esprit de vengeance contre l’état religieux d’Israël. Les seuls pays frontaliers avec lesquels Tel Aviv entretient des relations à peu près apaisées sont ceux avec lesquels des accords de paix ont été signés : l’Egypte en 1979 et la Jordanie en 1994. Ces accords durent et permettent même à ces Etats de collaborer avec Israël dans la lutte anti-terrorisme.

    Il faudra sans doute un jour aller dans la même voie avec la Palestine et savoir développer une créativité cette fois-ci au service de la paix dans un contexte encore plus délicat qu’avec l’Egypte et la Jordanie car la Palestine n’est pas un Etat et sa représentation est très morcelée.

    En attendant, le Hamas et le Hezbollah, même considérablement affaiblis, continuent à tirer des missiles contre Israël et ne semblent pas rencontrer trop de difficultés pour recruter des soldats !

  • « The ratlines »

    « The ratlines »

    On se souvient qu’après la reddition de l’Allemagne en août 1945, les chefs nazis qui avaient survécu ont tenté d’échapper à la justice des vainqueurs en cherchant à fuir le continent européen. Pour beaucoup la destination fut l’Amérique du Sud, mais aussi certains pays du Proche et Moyen-Orient. Alois Brunner, notamment, adjoint d’Adolph Eichmann s’est recyclé en Syrie où il aurait été conseillé d’Hafez El-Assad (1930-2000), père de l’actuel président Bachar El-Assad, pour monter ses services secrets. Il serait mort à Damas dans les années 1990 ou 2000 et serait enterré dans cette capitale. Les fuyards nazis ont bénéficié de l’aide de réseaux (dont certains liés à l’Eglise catholique) pour échapper à leur arrestation. On les a baptisés « the ratlines », les lignes des rats !

    On constate aujourd’hui que les « lignes » fonctionnent en sens inverse pour les tortionnaires du « Sud global » qui, lorsqu’ils fuient leur pays, viennent plutôt se réfugier en « Occident collectif » (expression utilisée par le pouvoir russe) où ils se sentent sans doute mieux protégés et pris en charge. C’est ainsi que Rifaat El-Assad, le frère d’Hafez, qui s’était illustré dans divers massacres lorsqu’il était militaire puis vice-président, s’est réfugié à Paris dans les années 1980 après sa tentative de coup d’État contre son frère. A la tête d’un confortable patrimoine immobilier dans l’hexagone via un réseau de prête-noms il est rattrapé par les justices de différents pays européens dont la française qui le condamne en 2021 à quatre années de prison pour biens mal acquis et saisi 90 millions d’euros de patrimoine immobilier. Pour échapper aux poursuites occidentales il est alors contraint de rentrer en Syrie où il bénéficie d’une sorte d’absolution prononcée par Bachar, son neveu.

    Lire aussi : Négociations de dupes ?

    Plus récemment, nombre de tortionnaires rwandais impliqués dans le génocide des Tutsis en 1994 sont venus se réfugier en France, dont l’épouse du président Hutu Habyarimana (assassiné au début des massacres et dont le parti avait planifié ce génocide), elle-même plutôt favorable au « Hutu-power », et qui s’y trouve toujours. On a découvert en 2020 que l’un de ceux qui avait financé les massacres, Félicien Kabuga, vivait en France sous une fausse identité avec une partie de sa famille depuis de nombreuses années. Sa famille l’y avait fait venir pour bénéficier de soins médicaux. Il a été arrêté après avoir été démasqué et n’est qu’un exemple parmi bien d’autres.

    Lire aussi : Un des leaders du génocide rwandais arrêté… en France

    On apprend aujourd’hui (Le Monde du 20/07/2024) qu’un ancien gouverneur syrien vient d’être arrêté aux Etats-Unis où il vivait sous son identité réelle depuis 2020 après avoir menti dans ses documents d’immigration pour obtenir un visa. Il a été directeur de prison en Syrie, puis gouverneur d’une province syrienne, le tout sous la présidence de Bachar El-Assad. On peut supposer que ce personnage ne récitait pas que des poésies dans l’exercice de ses fonctions… Il n’est pas précisé pourquoi il a souhaité émigrer de Syrie mais sans doute était-il devenu contestataire du régime qui n’a pas l’habitude de faire de quartiers, même en faveur de ses meilleurs ex-serviteurs lorsque ceux-ci sont tombés en disgrâce.

    Au-delà des situations particulières de criminels en déshérence, le plus fascinant dans ces affaires est leur tendance naturelle à venir s’installer dans les pays occidentaux après avoir commis des actes qu’ils savent répréhensibles au regard du droit de ces pays, profitant des largesses de ceux-ci et de leurs politiques en faveur des droits de l’homme qui rend difficile le refus d’accueil. La justice des pays occidentaux est généralement en mesure de les juger, ou de les livrer à la justice internationale, mais après un processus démocratique qui peut durer des années et, sous réserve bien entendu, de les avoir identifiés et localisés. C’est le côté sombre de l’Etat de droit qui considère tout le monde sur un pied d’égalité jusqu’à preuve juridique du contraire. Les tyrans le savent et en jouent à leur bénéfice. Un nombre infime de ceux-ci sont finalement arrêtés mais beaucoup passent au travers des mailles du filet démocratique et poursuivent une vie paisible à l’ombre du droit de leurs pays d’accueil. Grandeur et décadence de la démocratie !

  • Au Proche-Orient rien de nouveau

    Au Proche-Orient rien de nouveau

    La guerre entre Israël et le mouvement palestinien Hamas continue sans que personne n’en voit vraiment la fin. Elle avait été déclenchée par suite de l’attaque menée par le Hamas le 7 octobre 2023 dans le sud d’Israël depuis la bande de Gaza « gouvernée » par ce mouvement. Le bilan a été de plus de 1 200 morts côté israélien, souvent dans des conditions barbares par la branche armée du Hamas mais aussi semble-t-il par des civils gazaouis qui se sont mêlés à la curée. Environ 250 otages israéliens avaient été ramenés à Gaza par le Hamas, une centaine ont été libérés à l’occasion d’une trêve, une trentaine seraient morts, il reste donc autour de 120 otages toujours disparus dont on ne sait pas trop combien sont encore vivants.

    La guerre fait rage depuis le mois d’octobre dernier. Les autorités palestiniennes parlent de 40 000 morts depuis le début du conflit et sans doute encore bien plus de blessés. L’objectif de Tel Aviv est de « détruire » le Hamas mais il peine manifestement à l’atteindre malgré une supériorité militaire évidente. La force des bombardements de l’Etat hébreux à entraîné des destructions considérables, des mouvements de population désespérés pour fuir la violence et l’on a peine à imaginer quel pourrait être le futur à Gaza. Le plus stupéfiant est qu’après presque 10 mois d’une guerre féroce et très manifestement asymétrique du point de vue de la force militaire en faveur d’Israël, les combats durent toujours, des roquettes continuent à être tirées depuis Gaza vers le Nord, des soldats israéliens à se faire tuer et la centaine d’otages est toujours détenue par le Hamas, dans ces fameux tunnels ou ailleurs, sans avoir été libérée par la force ou la négociation.

    Certes le Hamas doit être significativement affaibli sur le plan militaire, mais sans doute assez peu au niveau politique, voire renforcé, puisqu’il continue à refuser les conditions d’une nouvelle trêve. On apprend dans la presse que des délégations israéliennes et palestiniennes négocient par l’intermédiaire du Qatar, de l’Egypte, ou d’autres, sans trouver les bases d’un accord pour cesser les combats. Cela en dit long sur la prétention d’un but de guerre qui est de vouloir « détruire une idée ». Très probablement le Hamas, soit ne sera pas détruit, soit renaîtra de ses cendres sous une forme ou sous une autre pour continuer à combattre Israël, comme les Palestiniens le font depuis 1948, date de la création de l’Etat d’Israël.

    A Tel Aviv les oppositions entre partis politiques vont également bon train sur ce qu’il faudra faire après la guerre : occuper Gaza, l’annexer, envisager une administration provisoire sous contrôle israélien, arabe, international ? Dans le reste du monde, le « Sud global » et leurs soutiens russes et chinois regardent avec plus ou moins de satisfaction l’Occident mené par les Etats-Unis d’Amérique s’enferrer dans le piège du soutien inconditionnel à Tel Aviv. En Occident même on s’écharpe sur la sémantique, le Hamas est-il « terroriste » ou « résistant » ? Les universités s’enflamment pour soutenir la Palestine, de Sciences-Po à Paris à Colombia à New-York. En France la gauche radicale a axé toute sa campagne des élections européennes du 9 juin sur le soutien à la cause palestinienne, parlant très peu de l’Europe ou de la France. La France insoumise (LFI) mit en avant et fit élire Rima Hassan, une avocate née en 1992 dans un camp palestinien en Syrie puis naturalisée française en 2010. Très médiatisée, toujours affublée d’un keffieh et auteure de tweets tonitruants sur les réseaux dits « sociaux » elle a choisi de mener son combat en faveur de la Palestine depuis la France et se sert de son appartenance politique à LFI comme tremplin pour le poursuivre, le renforcer et le populariser auprès de la frange de l’électorat français plus intéressée par ce qui se passe au Proche-Orient que par les déficits des finances publiques de la France.

    Personne ne sait bien où tout cela mènera, mais ce qui semble à peu près certain c’est que l’on ne sortira pas de ce chaos qui dure depuis 1948 avec son cortège d’horreurs, de guerres terribles et d’actes de terrorisme sanglants. Avec un sens aigu de la propagande, le Hamas a réussi à exporter sa cause dans les pays occidentaux et même à jeter le trouble au sein de la classe politique israélienne. C’est un moyen comme un autre de ne pas tomber dans les oubliettes de l’histoire même si cela n’apportera pas de solution à court terme mais peut-être faut-il admettre que certains problèmes sont insolubles ?

    Lire aussi : Le Proche-Orient toujours à feu et à sang – Total Blam Blam (rehve.fr)

  • Le Proche-Orient toujours à feu et à sang

    Le Proche-Orient toujours à feu et à sang

    Les armes continuent de parler au Proche-Orient. Les combattants du Hamas, et sans doute aussi d’autres courants islamistes, se battent toujours contre l’armée israélienne dans la bande de Gaza. Contre toute attente, ces mouvements armés arrivent encore à survivre et à causer des pertes à Israël dans une bande de Gaza aplatie par le tapis de bombes qui y est déversé depuis six mois.

    Pour compléter sa guerre sur le terrain, Israël utilise aussi sa supériorité technologique contre les pays voisins soutenant plus ou moins ouvertement les Palestiniens. Une bombe précise a été lancée ce 1er avril contre une annexe du consulat iranien de Damas dans laquelle se déroulait une réunion de militaires iraniens de haut rang, et qui ne discutaient sans doute pas de la pluie et du beau temps… Il y aurait une quinzaine de morts dont la moitié d’officiers iraniens. Ces pertes ont été reconnues par Téhéran qui annonce une vengeance à venir. Tel-Aviv n’a pas revendiqué cette attaque sur le territoire syrien mais on voit mal quel autre pays aurait les moyens et intérêt à lancer une telle opération. Il s’agirait d’un bâtiment disposant d’un statut diplomatique ce qui équivaudrait donc à une attaque sur le territoire iranien, mais la question juridique est toujours en discussion car ce n’était pas le consulat mais une annexe de celui-ci. Il est vrai qu’en matière de statut diplomatique les Iraniens en connaissent un rayon après l’envahissement de l’ambassade américaine de Téhéran en 1977 et la prise en otages de 52 diplomates et civils américains, dont une quarantaine resteront prisonniers pendant plus d’un an. Au-delà de ces subtilités juridiques, le mieux pour ces officiers iraniens aurait sans doute été qu’ils soient restés chez eux.

    On reste étonné de la qualité des renseignements israéliens qui indiquaient précisément l’heure, le lieu et le statut des participants à cette réunion, sans parler de la « précision » des armes employées qui ont permis de pulvériser le bâtiment en pleine ville sans dommages collatéraux excessifs. Pour être aussi précis ce sont certainement des renseignements qui viennent de l’intérieur des organisations iranienne ou syrienne, d’agents doubles donc.

    Quelques jours plus tard un énième bombardement à Gaza tuait, entre autres, trois des fils du chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, réfugié au Qatar et plusieurs de ses petits-enfants. Tel-Aviv affirme que les fils étaient engagés dans le terrorisme sans se prononcer sur le statut des petits-enfants. Depuis Doha M. Haniyeh a déclaré :

    Je remercie Dieu pour l’honneur que nous fait le martyre de mes trois fils et de certains de mes petits-enfants.
    Le sang de mes fils n’est pas plus cher que le sang de notre peuple.

    Le Monde (11/04/2024)

    On mesure par ces mots le niveau d’engagement quasi mystique des mouvements palestiniens, Hamas et assimilés, qui, probablement, rend vain même une victoire israélienne par les armes, encore loin d’être acquise d’ailleurs. En tuant ainsi des officiers iraniens dans une ambassade ou en ciblant la famille du chef du Hamas, Israël joue avec le feu sans être certain que ces actions guerrières servent ses buts. Face à la détermination renforcée des ennemis ancestraux on a de plus en plus de mal à se faire une idée de ce que pourrait être la paix au Proche-Orient A moins que de l’enfer n’émerge un jour l’espérance ?

    Lire aussi

  • Israéliens contre Arabes : une histoire éternelle

    Israéliens contre Arabes : une histoire éternelle

    Après plus de quatre mois de guerre intense menée par Israël sur la bande de Gaza en réaction aux attaques terroristes du 7 octobre du mouvement islamiste Hamas qui « gouverne » Gaza, les combats font toujours rage, démontrant par l’absurde que l’un des buts de guerre de Tel-Aviv, la « destruction du Hamas », ne pourra pas être atteint. Malgré le déluge de bombes et de munitions sophistiquées lâchées sur le territoire depuis le 7 octobre, le « cessez-le-feu temporaire » mis en œuvre quelques jours en novembre 2023, l’offensive terrestre des soldats israéliens, les mouvements de population, les tunnels inondés, bref, en dépit de tout cet arsenal moderne lâché sans retenue sur Gaza, il y a toujours des combattants palestiniens pour se colleter avec l’armée israélienne dans les rues des villes de ce vaste ghetto. On peut supposer qu’ils sont moins combattifs et organisés que le 8 octobre mais qui aurait pu croire qu’ils soient capables d’autant résister dans cette guerre « hybride » ?

    Beaucoup sont sans doute morts mais il en reste manifestement d’autres, possiblement nouvellement recrutés. Israël parlait au départ d’une armée de 30 000 combattants du Hamas ; même si la moitié ont été tués, on peut prévoir sans trop de risques de se tromper que la guerre en cours aura généré de nouvelles « vocations » en nombre largement suffisant pour remplacer les morts au combat. Le Hamas parle de plus de 30 000 morts palestiniens à ce jour et deux fois plus de blessés, sans préciser ce qui relève des combattants ou des civils. On s’aperçoit que la frontière entre ces deux catégories est parfois poreuse. Certains otages israéliens libérés lors de la trêve de novembre ont expliqué qu’ils avaient été détenus dans les logements de familles palestiniennes a priori non combattantes. Il semble que les civils rendent aussi des services aux combattants, contraints ou pas.

    On ignore aujourd’hui si des plans existent pour l’après-guerre mais ce qui semble assuré c’est que « l’esprit du Hamas » survivra quoi qu’il arrive, comme celui de la révolte palestinienne a survécu à tout depuis 1948, malgré les guerres, les attentats terroristes, les assassinats « ciblés », les résolutions des Nations Unies, les processus de paix d’Oslo, de Camp-David, les pressions diplomatiques diverses et variées, les changements d’interlocuteurs, de Begin à Netanyahou, d’Arafat à Haniyeh… l’échec est toujours au bout du chemin, le terrorisme et la guerre reviennent de façon récurrente bouleverser la région sans changer les objectifs irréconciliables des parties. Il n’y a hélas guère de raison d’espérer que la guerre en cours aboutira à un résultat différent.

    Peut-être est-il temps de penser à essayer de mettre en œuvre la solution de deux Etats qui est prônée par la communauté internationale depuis la résolution 181 des Nations Unies votée en 1947 ? C’est la seule solution qui n’a jamais été essayée. Il est sûr qu’elle effraie Israël notamment car elle a un caractère définitif. Si un Etat palestinien était créé et que cela n’apaise pas la situation au Proche Orient, il sera difficile de revenir en arrière. On aurait alors des guerres entre deux Etats au lieu, comme actuellement, d’une guerre entre un Etat et des mouvements non étatiques. Pas sûr que cela ne fasse une grande différence pour ceux qui subissent les attentats terroristes ou reçoivent les bombes…

  • Coopération « culturelle » avec l’Arabie Saoudite

    Coopération « culturelle » avec l’Arabie Saoudite

    Les lecteurs du journal Le Monde du 24 février ont découvert avec stupéfaction l’existence d’une structure « culturelle » créée en 2017 sous le doux nom d’Afalula (Agence française pour le développement d’Alula) qui est en affaire avec l’Arabie-Saoudite pour le développement du site touristique « Al-Ula » prévoyant la création sur un « site de la taille de la Belgique, d’un complexe archéologique, culturel et touristique, aux allures de musée vivant à ciel ouvert. Un investissement majeur qui ambitionne de faire d’Al-Ula l’une des capitales culturelles du Royaume. » Cette agence a été dotée que quelques dizaines de millions d’euros par les contribuables français pour faire fonctionner cette structure administrative dont le site web vante tous les mérites, du développement durable « pierre angulaire du projet » au « partage », en passant par la « bienveillance » et la « cohésion », et tout un gloubi-boulga insipide de « valeurs » qui sont sans doute le dernier des soucis des partenaires…

    Nous faisons du respect mutuel la valeur maîtresse de notre relation aux autres.

    Cette bienveillance est garante des liens de confiance qui sont les nôtres, au sein de l’Agence comme avec nos partenaires.

    L’écoute, la disponibilité et l’empathie doivent favoriser nos collaborations multiples et fructueuses.

    Voir : https://www.afalula.com/

    Des bisbilles sévères semblent déjà être intervenues entre la partie saoudienne qui vient d’emprisonner le président de la commission royale pour Al-Ula et l’Afalula qui se plaint que les marchés passés en Arabie Saoudite ne feraient pas la part assez belle aux entreprises françaises. Le premier président de l’agence française fut Gérard Mestrallet (74 ans aujourd’hui, ancien chef de Suez, puis de GDF-Suez) remplacé l’an passé par Jean-Yves Le Drian (76 ans aujourd’hui, ancien ministre socialiste), et ce dernier vient de commander un audit interne de l’institution à l’Inspection des finances. On peut supposer qu’il subodore quelques irrégularités dans la gestion de son prédécesseur… Vouloir faire des affaires dans cette région, même sous couvert de coopération culturelle est et restera œuvre complexe et hautement risquée. On y laisse généralement des plumes, voire plus, surtout lorsque l’on est un Etat ou l’un de ses représentants. C’est ce qui semble se vérifier sur le site saoudien Al-Ula, au détriment de la France bien entendu. L’histoire n’est pas terminée, bien heureusement, mais on peut tout de même se demander si notre pays n’avait pas d’autres priorités plus importantes que d’aller se jeter dans la gueule du loup au risque de se faire dévorer par des Saoudiens qui ont globalement assez peu d’estime pour l’Europe.

  • Des Palestiniens au Congo ?

    Des Palestiniens au Congo ?

    La guerre entre Israël et le Hamas dure maintenant depuis plus trois mois avec son cortège de destruction et de barbarie et quelque chose entre 10 et 20 000 morts des deux côtés, très majoritairement palestinien. Après la libération d’une centaine de citoyens qui avaient été pris en otage et emprisonnés à Gaza, il resterait environ 130 israéliens toujours « disparus » depuis l’attaque du Hamas le 7 octobre. Une partie est probablement gardée en otage par le Hamas et ses groupes affiliés. Il est en effet traditionnel que ces groupes se revendent leurs otages entre eux. On ne sait pas bien le nombre de ces « disparus » qui seraient encore vivants, sans doute pas la totalité.

    En attendant, l’armée israélienne continue à bombarder méthodiquement cette enclave au bord de la Méditerranée avec le but de guerre affiché de « détruire le Hamas ». Trois mois plus tard ledit Hamas continue à envoyer des missiles sur Israël et ses membres à se battre contre l’armée israélienne sur le terrain. Le mouvement doit certes être affaibli, on le serait à moins, mais il est toujours là. Il est probable que quelle que soit l’étendue des destructions effectuées dans la bande de Gaza, l’idée anti-israélienne subsistera et survivra sous une forme ou sous une autre à l’issue de la guerre, voire renaîtra renforcée tant la haine entre les deux peuples, ravivée par ces évènements, est féroce.

    Hélas, il n’y avait sans doute pas d’autre issues envisageables que de laisser parler les armes après le pogrom lancé par les Palestiniens ce 7 octobre tant ses réminiscences de Shoah parlent aux juifs israéliens. La simple question « qui a commencé ? » est impossible à poser et à trancher puisque chacun se relance la balle sans vouloir compromettre le moins du monde avec la parie adverse. La force brute d’Israël a les moyens de détruire les infrastructures gazaouis, ce qui est effectivement en cours en ce moment, de tuer un certain nombre de dirigeants du Hamas, mais elle ne suffira pas à éliminer l’idée de la résistance palestinienne à son encontre, pas plus qu’elle n’a réussi à neutraliser l’OLP ou le Hezbollah au cours des décennies passées malgré tous les efforts du peuple israélien en guerre quasi-permanente depuis sa création.

    Anticipant justement l’inefficacité de la guerre actuelle sur le long terme, certains des ministres religieux de la droite dure du gouvernement israélien prônent la recolonisation de Gaza par Israël et la déportation de la majorité de ses 2,2 millions d’habitants vers un autre pays. Les pays arabes avoisinants, Egypte ou Jordanie, n’envisageant pas une seconde d’accueillir un nouveau flux de réfugiés palestiniens, des négociations seraient menées entre Israël et… le Congo à ce sujet, c’est du moins ce qu’affirment les ministres en question. On a du mal à croire à la réalité d’une telle négociation avec le Congo (il semble s’agir de la République populaire du Congo, ex-Zaïre, pas du Congo Brazzaville), on voit mal un pays africain, ni quelque pays que ce soit d’ailleurs, s’engager dans un tel marchandage d’êtres humains au XXIème siècle, parfaitement irréalisable, sans compter la volonté des Gazaouis qui n’est sûrement pas de s’exiler où que ce soit ce qui ne serait pas sans rappeler la « Nakba », le grand exil des Palestiniens en 1948 après la création de l’Etat d’Israël et la guerre qui s’ensuivit. On ignore comment les promoteurs de cette idée saugrenue feraient pour transporter de force 2 millions de personnes sur un autre continent ?

    Tout ceci est parfaitement incongru et même nauséabond venant d’Israël. On se souvient que dans les années 1940, l’un des projets allemands, avant d’adopter la « solution finale » (l’extermination), était de déporter les juifs sur l’île de Madagascar pour les éloigner des territoires « aryens »… Mais aujourd’hui, l’idée d’une négociation avec le Congo, dont on ne sait même pas si elle a connu un début de réalisation (Kinshasa ne semble pas avoir démenti une telle hypothèse), confirme que la frange dure et religieuse de la politique israélienne n’a plus aucune volonté d’aller vers une solution politique et pacifique du conflit et n’envisage que la force pour régler ses problèmes de cohabitation avec ses voisins. Ces gens aux idées guerrières sont élus lors d’élections démocratiques et reflètent sans doute les idées d’une partie de la population ce qui n’est pas une bonne nouvelle pour l’avenir de cette région qui empoisonne la planète depuis plus de 70 ans, ainsi que leurs propres populations. Cette croyance aveugle en la force pour régler un problème de territoire se heurte à la vraie vie. Depuis 70 ans, malgré les guerres, les actions antiterroristes, les assassinats ciblés, les résolutions des Nations Unies, les murs construits, la technologie mise en œuvre pour parquer les Palestiniens derrière des barrières électroniques, et même malgré les accords de paix avec l’Egypte et la Jordanie, il y a toujours des terroristes palestiniens pour se lever un matin comme celui du 7 octobre et aller massacrer 1 200 juifs. La simple recherche d’efficacité devrait pousser à chercher une solution politique à ce conflit qui va bientôt devenir centenaire. Des pistes avaient pourtant été initiées avec les accords d’Oslo de 1983 mais jamais suivis d’effets, emportés par les errements des extrémistes des deux bords, Yitzhak Rabin, le premier ministre israélien signataire de l’accord fut même assassiné en 1995 par un étudiant juif israélien extrémiste.

    Le pogrom anti-israélien qui s’est passé le 7 octobre, et ce qui se déroule depuis, a rechargé la haine entre Israéliens et Palestiniens pour plusieurs générations. Difficile de rester optimiste sur le court terme, la mésentente entre ces deux peuples va continuer à polluer la planète pour encore longtemps !

  • Des nouveaux venus dans la lutte contre l’Occident

    Des nouveaux venus dans la lutte contre l’Occident

    Voici un nouveau venu sur la scène actuellement très active de la communication d’états-majors : Yahya as-Saree, sanglé dans un uniforme rutilant, le verbe haut, fort et saccadé, il est le porte-parole de « l’armée Houthi », la rébellion yéménite pro-iranienne qui contrôle la moitié du Yémen, y compris sa capitale officielle Saana. Le Yémen fut un terrain de conquêtes coloniales menées par les empires Ottoman et Britannique jusqu’au XXème siècle et sur lequel l’Arabie-Saoudite frontalière au nord a toujours gardé un œil attentif. Après les décolonisations le pays est resté divisé en deux. Il y avait un Yémen du sud, constitué en République populaire et démocratique du Yémen autour du port d’Aden, pro-soviétique, et la République arabe du Yémen, mieux intégrée dans la région arabe environnante.

    De guerres civiles en rébellions, de tribus en protectorats, de prébendes en famines, les deux Yémen n’ont cessé de se chamailler, parfois par les armes, situation largement attisée par les puissances environnantes dont l’Arabie-Saoudite pas vraiment raccord avec l’idéologie « révolutionnaire » prônée à Aden. C’est la raison pour laquelle Ryad a pris la tête d’une coalition arabe-sunnite en 2015 pour « libérer » le Yémen de l’emprise houthi à grand renfort d’armes achetées à l’Occident. Ce fut un échec comme l’illustre les actions encours des Houthis contre Israël.

    Les deux Yémen se réunissent pour fonder la République du Yémen en 1990 mais la paix ne dure que quelques années et dès 1994 la bataille reprend entre les marxistes et les unionistes et n’a quasiment pas cessé depuis. La rébellion Houthi est largement soutenue par la République islamique d’Iran. Les Houthi sont plus ou moins musulman-chiite, comme leur protecteur, mais il semble que ce soit une version particulière de cette tendance. Ils ont en tout cas pris le parti de la cause palestinienne dans la nouvelle guerre qui oppose Israël au Hamas depuis le pogrom commis par ce dernier mouvement le 07/10/2023 (plus de 1 200 morts israéliens, dont beaucoup de civils assassinés dans la plus grande barbarie). Leurs moyens d’action sont le lancer de missiles en direction d’Israël et de bateaux militaires ou commerciaux occidentaux navigant en Mer Rouge en direction du canal de Suez. Ils ont même réussi à prendre des navires en otage en déposant des commandos amenés en hélicoptère sur le pont.

    Cette tactique porte ses fruits puisque le trafic vers le, et en provenance du, canal de Suez est perturbé ce qui oblige les navires à faire le tour de l’Afrique. Les armateurs expliquent que l’augmentation des coûts de transport générée par cette route plus longue est à peu près compensée par l’économie des droits de passage sur le canal. Les à-coups sur la fluidité de la chaîne internationale de transport sont néanmoins patents ce qui réjouit les Houthis.

    Le problème du jour est que ces milices Houthi que l’on assimilait jusqu’il y a peu à une bande de va-nu-pieds dépenaillés sont maintenant organisées en armée presque nationale (la prise du pouvoir et de la capitale par cette rébellion n’est pas officiellement reconnue par les Nations Unies) et capable d’envoyer des missiles balistiques vers Israël ou l’Arabie-Saoudite, ce qu’elles ne se privent pas de faire. Si les guerres claniques internes sont millénaires, les armes utilisées ont évolué… Pour bien comprendre ce pays, il est recommandé de relire « Fortune carrée » de Joseph Kessel, écrit en 1932 ; rien n’a vraiment changé sur le fond si ce n’est la portée des missiles.

    Selon Wikipédia, la traduction de la devise du mouvement est :

    Dieu est le plus grand, Mort à l’Amérique, Mort à Israël, Maudits soient les juifs, Victoire à l’islam.

    Vaste programme ; il y a encore quelques progrès à faire pour ramener la paix dans la région semble-t-il…

    L’ambassade de France au Yémen est fermée, comme celle au Niger, ce qui apparaît comme une mesure raisonnable. Il semble en revanche que l’ambassade du Yémen en France soit toujours opérationnelle dans le XVIème arrondissement parisien. On peut se demander si elle est bien utile, voire opportune ?

  • Dévastation au Moyen-Orient

    Dévastation au Moyen-Orient

    Alors que la guerre fait rage entre Israël et la Hamas gazaoui, le gouvernement israélien annonce tous les matins que les combats vont s’intensifier dès le lendemain… Lorsque l’on voit l’état des destructions dans la bande de Gaza depuis deux mois et demi de conflit on se demande comment il est encore possible « d’intensifier » quoi que ce soit au sein de cette guerre !

    La presse française répète ce mantra de « l’intensification » sans se poser la moindre question sur son sens réel ni sa traduction dans les faits. En réalité cette guerre est « intense » depuis le départ et tous les moyens à disposition sont utilisés, sauf la bombe atomique que détiendrait Israël sans que ce pays n’ait d’ailleurs jamais officiellement admis l’avoir mise au point (avec l’aide de la France en son temps). Après les assassinats de près de 1 200 israéliens par le Hamas le 7 octobre, souvent dans des conditions de barbarie atroces, Tel-Aviv s’est mis en tête de « détruire » le Hamas. Il est probable qu’il n’y arrivera pas plus que lors des guerres précédentes puisque le Hamas comme le Hezbollah, comme le fut autrefois l’OLP, sont des concepts qui repoussent comme les têtes de l’hydre à qui l’on en coupe une. L’histoire l’a constamment montré depuis 1948.

    Les acteurs de cette région ne veulent pas compromettre et empoissonnent la vie du reste du monde depuis plus de 70 ans. Il est à craindre que ce qui se passe depuis le 7 octobre entre Israël et Gaza ne relance la machine de guerre pour les deux ou trois prochaines générations. Quel dirigeant, israélien ou palestinien, pourrait émerger et proposer un plan de paix sur un tel tapis de cendres ?

  • Décompte macabre au Proche-Orient

    Décompte macabre au Proche-Orient

    Une trêve « humanitaire » a été signée entre Israël et le Hamas Palestinien qui, lors de son attaque du 7 octobre ramené dans la bande de Gaza environ 250 otages, majoritairement israéliens mais aussi d’autres nationalités, en plus d’avoir assassiné environ 1 200 personnes lors de l’incursion réalisée lors de cette journée. La trêve a été convenue sous l’égide d’une médiation menée sous l’égide du Qatar semble-t-il, la Croix rouge et d’autres pays arabes. Elle prouve au moins que des négociations sont possibles entre les deux belligérants même s’il faut des intermédiaires pour cela.

    Durant cette pause, les combats cessent et les otages du Hamas sont échangées contre des prisonniers palestiniens en Israël. Un ratio de 1 pour 3 a été retenu pour ces échanges et le choix des personnes échangées a été crucial. Côté otages il apparaît les femmes et les enfants ont été privilégiés, côté prisonniers, Israël a annoncé vouloir refuser de relâcher ceux qui auraient « du sang sur les mains ». On ne sait pas bien ce qui a finalement été décidé.

    On imagine la sensibilité de ce dossier surtout qu’Israël ne sait sans doute pas exactement le nombre des otages détenus ni ceux qui sont déjà morts. La libération des otages est bien sûr mise en œuvre sous les caméras du Hamas et l’on voit des miliciens masqués, en uniformes rutilants, Kalachnikov en bandoulière, bardés de cartouchières, tenant par la main un enfant pour le faire monter dans une ambulance de la Croix rouge… Le retour des prisonniers palestiniens est aussi largement filmé, les bus qui les ramènent sont acclamés par la foule et des cris à la gloire d’Allah sont scandés par tous. En Israël les otages libérés sont orientés sur des hôpitaux. Outre leur détention durant deux mois dans des conditions que l’on peut imaginer difficiles, il va falloir apprendre à certains des enfants que leurs parents ont été décimés, souvent sauvagement …

    L’attaque du 7 octobre a relancé la haine entre Israéliens et Palestiniens pour des générations. Les plus optimistes imaginent que ce traumatisme pourrait au contraire déclencher un mouvement vers la paix entre Israël et la Palestine pour éviter la reproduction d’une telle situation. Pas facile de les suivre !

  • L’impossible dialogue

    L’impossible dialogue

    Alors que la guerre est relancée au Proche-Orient entre Israël et le mouvement Hamas qui « gouverne » la bande de Gaza, la France s’enferre dans ses habituelles querelles entre les pro-israéliens et les propalestiniens. Les chaînes de télévision se régalent en convoquant des débats stériles pour savoir s’il faut qualifier le Hamas de « terroriste » ou de « résistant », si les massacres du Hamas en Israël le 7 octobre sont plus « génocidaires » que les bombardements d’Israël sur Gaza, si la « Cisjordanie » doit s’appeler la « Judée et Samarie » ou non, si un fermier israélien installé en Cisjordanie est un « colon » ou pas, si la Bible donne le droit à Israël d’occuper la Cisjordanie ou pas, etc., etc. Vouloir mettre d’accord des pro-israéliens avec des propalestiniens est juste impossible, chacun développe son argumentation, ponctuée d’emportements voire d’insultes, personne ne convainc personne et tous se quittent en se haïssant un peu plus qu’au début du débat. C’est un peu comme chercher à réconcilier un descendant de harki avec un partisan du FLN algérien, c’est une perte de temps mais de l’audience garantie pour des médias racoleurs.

    Chacun défend son camp sur ce qui s’est passé le 7 octobre et se passe depuis. Personne n’envisage ni le compromis ni l’avenir. En réalité le Proche-Orient perturbe le monde depuis 1947, déclenchant des passions mortifères et des non-solutions sans avenir. Alors pour le moment comme depuis 70 ans ce sont les armes qui parlent. Israël n’a jamais réussi à annihiler le terrorisme palestinien et le camp arabe n’a jamais rencontré de succès en cherchant à éliminer l’Etat d’Israël. Nous en sommes toujours là aujourd’hui. C’est triste et inefficace.

    Des espoirs sont tout de même apparus au cours des évènements récents : le voyage de Sadate en Israël en 1977, la paix entre Israël et l’Egypte (1979) d’une part, et la Jordanie (1994) d’autre part, les accords d’Oslo (1994), les accords d’Abraham (2020). Ces accords, qui ont été le fait de dirigeants à la hauteur de leurs tâches, ont délivré quelques avancées mais aussi de grandes déceptions, autant au Proche-Orient que dans le reste du monde. 70 ans après la partition de la Palestine prononcée par les Nations-Unie, le cas de la Palestine n’est toujours pas traité conformément aux résolutions de la communauté internationale et il n’a pas plus été résolu par aucune des autres tactiques mises en œuvre par les parties : guerres, colonisation, terrorisme, prises d’otages, assassinats ciblés… alors c’est la barbarie qui continue de régenter cette région pour le moment.

    Aujourd’hui Israël règle ses comptes avec le Hamas après l’attaque du 7 octobre qui a fait 1 400 morts sur son territoire, souvent dans des conditions d’une sauvagerie exceptionnelle. Comme lors des précédentes campagnes militaires contre le Hamas, Tel-Aviv élimine quelques dirigeants de ce mouvement terroriste mais n’arrivera évidemment pas à annihiler son idéologie ni de nouveaux volontaires pour en porter le message de violence. Les armes vont se taire un jour, il serait opportun de saisir alors l’occasion pour avancer vers la solution à deux Etats qui n’est probablement pas idéale mais la « moins mauvaise de toutes ». Si l’on pousse l’absurde à son terme et que l’on imagine un schéma mono-Etat, soit sous forme fédérale, soit après annexion par Israël de la Cisjordanie et de la bande de Gaza pour reconstituer le territoire biblique, l’Etat juif se retrouverait être un Etat avec une majorité de citoyens arabes et musulmans, la négation même de ce qu’Israël veut être… Si on élimine l’annihilation complète d’une des parties qui est moralement inadmissible et techniquement irréalisable, le schéma de deux Etats tel que décidé par les Nations-Unies en 1947 semble le seul à pouvoir être tenté. Il faut donc se remettre à l’ouvrage, faire preuve d’imagination et de bonne volonté dès que ce conflit sera terminé.

  • Le multilatéralisme à la dérive, l’Occident face à ses contradictions !

    Le multilatéralisme à la dérive, l’Occident face à ses contradictions !

    Depuis 2014 les alliés de l’Ukraine se basent officiellement sur la violation du droit international pour condamner la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine commencée par l’annexion de la Crimée et poursuivie en février 2022 par l’invasion décidée par Moscou, réchauffant ce conflit qui est toujours en cours et ne semble pas en voie de règlement. L’annexion en 2022 par la Russie de quatre nouvelles régions ukrainiennes dans le Donbass, à la frontière entre les deux pays a été une nouvelle atteinte au concept de l’intangibilité des frontières reconnues par les Nations Unies. Celui-ci peut toutefois être remis en cause si les parties concernées y ont convenance comme ce fut le cas en 2011 avec la partition du Soudan en deux Etats distincts. Ou comme cela aurait pu se produire si la Nouvelle Calédonie avait voté « oui » au référendum d’indépendance qui lui avait été proposé par la France.

    Vu de l’Ouest il ne fait pas de doute qu’au regard du « droit international », les frontières d’un Etat souverain, l’Ukraine, ont été violées par l’agression d’un autre Etat, la Russie, qui, de plus, a annexé les régions du Donbass, modifiant sa constitution pour les accueillir. Mais vu de Moscou, l’histoire est bien différente et la Russie se dit agressée par « l’Occident décadent » et les « nazis-drogués » ukrainiens. Durant la guerre froide l’Occident et l’URSS se mettaient à peu près d’accord sur quelques grands principes pour imposer leurs vues à leurs affidés, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui où cela tire à hue et à dia dans les enceintes internationales où chacun veut sa part de pouvoir. Le multilatéralisme qui a fait ses preuves est remis en cause par ceux qui en ont été les perdants pendant la deuxième moitié du XXème siècle. Progressivement le corpus de règles qui constituait le droit international et faisait l‘objet d’un consensus au sein de l’organisation des Nations Unies et de ses agences annexes est en train de s’effondrer. Ce n’est même plus la question d’une interprétation différente des règles comme au temps de la guerre froide, c’est la nature même de celles-ci qui est désormais contestée par les pays non-occidentaux, que l’on appelle désormais le « Sud global ».

    Pas toujours très habile, l’Occident est pris à son propre piège pour avoir lui-même agit en contradiction avec le droit international. Pour ne reprendre que ces dernières années, l’action la plus notable fut celle menée en 2003 par une coalition menée par les Etats-Unis pour envahir l’Irak soupçonnée de détenir des armes de destruction massive. Cette invasion a été menée sans l’aval de l’ONU (la France avait mis son veto au conseil de sécurité statuant sur l’opportunité de cette intervention) et s’est terminée dix ans plus tard en désastre pour toutes les parties impliquées et bien au-delà si l’on prend en compte le chaos créé au Moyen-Orient dont le monde n’est toujours pas sorti.

    Les bombardements menés en 1999 contre la Serbie par l’OTAN durant presque deux mois pour mettre fin aux agissements serbes dans la guerre du Kosovo ont également été initiés sans aval de la communauté internationale et la création de l’Etat kosovar qui suivit s’est faite contre la volonté de la Serbie et de ses soutiens, dont la Russie (cet Etat n’est d’ailleurs toujours pas reconnu par l’ONU). L’Occident qualifiait « d’exactions contraire au droit de la guerre » la répression menée par les Serbes contre les Kosovars que le camp slave ex-soviétique appréciait comme du maintien de l’ordre nécessaire à la défense légitime du territoire serbe…

    Plus ancien mais tout aussi récurrent, la non-application des résolutions successives de l’ONU dans le conflit israélo-palestinien depuis 1947 et la colonisation continue réalisée par Israël en contradiction avec le droit international montre que, aujourd’hui, chacun voit celui-ci à l’aune de ses convictions et de ses intérêts.

    C’est la vie nous dira-t-on et dans ce chaos il faut choisir son camp. On peut concevoir que les pays occidentaux préfèrent le non-respect du droit international avec les Etats-Unis ou Israël plutôt qu’avec Moscou ou Belgrade. Leur position serait bien sûr mieux défendable si les dérives précitées n’avaient pas eu lieu et si les résolutions de l’ONU concernant le Proche-Orient étaient appliquées comme elles ont été votées par la communauté internationale. Ce n’est pas le cas et chaque partie, Occident comme Sud-global, défend ses raisons de ne pas respecter le « droit international » ou de l’interpréter à sa façon. Chacun est persuadé d’avoir raison et personne ne convainc personne, des règles communes sont de moins en moins reconnues ni respectées. Pour autant que l’on puisse en juger, les citoyens vivant dans les pays occidentaux plutôt d’orientation libérale (au sens « liberté » du terme) ne semblent pas forcément envier le sort des citoyens vivant dans les pays autoritaires du Sud-global et, si l’on se base sur les courants migratoires et les flux d’investissements qui traversent la planète, l’Occident démocratique et son interprétation de l’Etat de droit restent encore attractifs pour le moment.

    D’ailleurs, nombre des dirigeants et oligarques de ces Etats autoritaires envoient leurs enfants faire leurs études en Occident, de la Russie au Sénégal, de l’Algérie à la Chine, les universités occidentales (surtout anglo-saxonnes d’ailleurs) sont pleines des rejetons de leur nomenklatura et les quartiers chics des capitales et des rivieras de l’Ouest sont massivement investies par les fortunes amassées plus ou moins légalement par les oligarques du Sud-global, comme les clubs de fouteballe européens. On a appris que même le dictateur nord-coréen actuel, Kim Jong-un, et sa sœur Kim Yo-jong, ont fait leurs études en Suisse. Ainsi, pendant que leur père lançait le programme nucléaire nord-coréen pour se défendre contre l’Occident, ses deux rejetons étudiaient calmement au cœur de l’Europe et à la succession de son père, Kim Jong-un a finalisé ledit programme.

    La question est de savoir pourquoi un oligarque russe préfère investir dans une villa clinquante à Saint-Jean Cap-Ferrat plutôt que sur les bords de la mer Noire mais on dirait que l’herbe est encore un peu plus verte dans la vieille Europe que dans les empires asiatiques autoritaires.