Catégorie : Proche et Moyen-Orient

  • LAURENS Henry au Collège de France, « Crises d’Orient : les origines de l’autoritarisme à partir de 1949 » 6/6.

    Sixième et dernier épisode des aventures haletantes du Moyen-Orient de l’après IIème guerre mondiale : cela ressemble à une série policière télévisée, ce n’est que l’Histoire tragique narrée par Henry Laurens.

    La rupture entre le nationalisme arabe et l’islam représenté par les Frères Musulmans est maintenant consommée. Le plan de paix Alpha apparu en 1955/56 est toujours poussé par les anglo-saxons mais reçu avec mesure par la partie arabe qui y voit surtout un cheval de Troie américain qu’elle refuse malgré le projet de construction du barrage d’Assouan qui est « vendu » avec.

    Israël et les Etats arabes ne peuvent pas coexister dans un système de défense occidental auquel aboutirait l’exécution du plan Alpha, d’où l’option de l’URSS que commencent donc à considérer la partie arabe. En 1954 l’Egypte achète 40% de son pétrole aux Etats-Unis et à la Roumanie à qui elle vend son coton ; Nasser préfère par ailleurs acheter des armes à l’Occident plutôt qu’aux soviétiques. L’Egypte retient aussi la leçon du gouvernement guatémaltèque renversé à l’initiative des Etats-Unis car préférant acheter des armes à Moscou… En 1955, les Etats-Unis expliquent à l’Egypte qu’elle n’a pas vraiment besoin d’armes puisque l’accord tripartite garantit sa sécurité, d’autant plus que Le Caire n’a pas de devises pour payer de telles importations… Paris refuse également de fournir des armes à l’Egypte compte-tenu de son soutien aux indépendantistes algériens.

    En juillet 55, Khrouchtchev a remplacé Staline, il envoie Chepilov, directeur de la Pravda et futur ministre des affaires étrangères, en Egypte. Il trouve Nasser politiquement confus ! L’URSS vend à l’Egypte ses produits manufacturés, robustes mais de mauvaise qualité, contre des matières premières. Moscou aide à l’industrialisation de l’Egypte croyant favoriser l’apparition d’une classe ouvrière, c’est une « « classe musulmane qui va émerger… L’URSS ne représente que 2% du commerce mondiale, c’est la « puissance pauvre » vers laquelle Nasser se rapproche pour acquérir des armes.

    Au Soudan c’est la guerre civile, des mouvements indépendantistes y sont actifs. La question est de décider s’il faut fusionner l’Egypte et le Soudan. Le 1er janvier 1956 l’indépendance du Soudan est déclarée contre la volonté l’Egypte et la Grande-Bretagne.
    Le 26 août 1955, Foster Dulles, secrétaire d’Etat américain du président Eisenhower évoque en Israël l’éventualité du rapatriement des réfugiés palestiniens contre le financement du développement économique. Israël de son côté refuse de reconnaître la propriété de l’Egypte sur Gaza. Le 12 septembre 1955 un accord de troc est conclu avec l’Egypte à Prague pour la livraison d’armes, d’avions et de chars soviétiques. En 1955 Eisenhower fait une première crise cardiaque (la seconde viendra en 1957), les frères Dulles (secrétaire d’Etat et directeur de la CIA) prennent la main sur la politique étrangère américaine.

    Le Liban développe son économie de services et la place financière de Beyrouth, se tourne vers les économies du Golf. L’Egypte et l’Arabie-Saoudite fomentent de l’agitation dans le pays présidé par le chrétien pro-occidental Camille Chamoun. En Jordanie se développent des mouvements arabistes progressistes. Il y a une crainte forte d’une guerre israélienne de conquête de la Cisjordanie. La Syrie se demande si elle doit rejoindre le pacte de Bagdad, l’alliance entre les anglo-saxons, l’Iraq, la Turquie et quelques autres. Moscou protège l’indépendance de la Syrie et livre de l’armement pour se substituer à la France, laquelle soutient aussi l’indépendance syrienne considérant que menace communiste avancée par les Etats-Unis n’est qu’un prétexte pour favoriser fusion entre la Syrie et l’Irak.

    Dans les années 50 subsiste en Israël un certain mépris des survivants de la Shoah qui sera inversé après procès Eichmann ; Ben Gourion dit alors : « on ne se laissera pas mener à l’abattoir » sur question des frontières entre plan de partage et lignes d’armistice.

    La Jordanie adhère au pacte de Bagdad soutenue par les anglo-saxons, ce qui provoque la chute du gouvernement, par suite de la démission des députés palestiniens, et des violences populaires. En janvier 56, la Jordanie adhère aux Nations-Unis, y compris la Cisjordanie annexée qui est donc ainsi reconnue territoire jordanien par la communauté internationale.

    Le projet de plan de paix Alpha continue son parcours, entre CIA et diplomatie. Une opération baptisée Caméléon ou Gamma est montée pour l’organisation d’entretiens secrets entre Ben Gourion et Nasser, sans succès. Nasser ne veut pas parler directement avec Ben Gourion, mais veut bien parlementer sur le Néguev avec Washington, Ben Gourion affiche la même position en direction inverse, malgré les pressions américaines. Israël mène des provocations en Syrie pour bloquer la fusion avec l’Egypte et pouvoir lancer une guerre préventive. Malgré son rapprochement avec Le Caire, Moscou reste modéré pour ne pas être trop engagée dans le conflit Israël-pays arabes.

    Israël parle de guerre préventive pour déplacer les frontières et veut éviter des interventions étrangères. L’Egypte annonce son soutien à la Syrie en cas d’attaque israélienne. En décembre 55 Khrouchtchev s’en prend à Israël ce qui forge l’anticommunisme israélien. Les Etats-Unis ne veulent pas vendre d’armes à Tel Aviv si elle n’accepte pas le plan Alpha, en revanche ils autorisent la France à livrer des armes fabriquées sous licence américaine. En janvier 56, le nouveau gouvernement français Guy Mollet est en pleine confusion du fait de la guerre d’Algérie et lève les restrictions de ventes d’armes à Israël. En Jordanie l’officier britannique dit « Glubb Pacha » qui commandait la Légion arabe depuis 1941 est révoqué, avec ses proches, par le roi Hussein qui crée l’Armé arabe commandée par des officiers jordaniens qui savent qu’ils ne feront pas le poids face à Israël en cas de guerre.

    La Grande-Bretagne et les Etats-Unis appellent à la paix. Nasser écrit une lettre secrète aux Etats-Unis acceptant le principe d’une négociation sur les frontières d’Israël, puis nie l’existence de cette proposition qui existe pourtant bel et bien revêtue de sa signature. En février 56 l’accord tripartite n’est pas réitéré car les puissances occidentales réalisent qu’elles n’interviendront pas en cas d’attaque israélienne. Ben Gourion écrit également aux Etats-Unis qui comprennent qu’Israël peut se procurer des armes ailleurs mais cherche plutôt un soutien politique, et que Nasser n’est pas du tout prêt à accepter la paix avec Israël. Ils cherchent alors à traiter avec les autres pays arabes pour isoler Le Caire. Israël met en avant le risque de destruction du pays et compare les pays arabes aux nazis.

    De nombreux émissaires français parlent du sujet algérien en Egypte alors que le soutien apporté par Le Caire est surtout politique, les armes étant fournies au FLN par la Tunisie et le Maroc.
    Les projets secrets Alpha et Gamma n’ont été vraiment connus qu’à ouverture des archives des années plus tard. Celles-ci révélèrent également que Nasser a toujours été insincère il voulait plus casser le pacte de Bagdad que lutter contre Israël. Les Etats-Unis avaient alors de la sympathie pour les pays arabes et foi en une alliance avec Israël, mais ils n’ont obtenu que des problèmes en retour.

    Alors qu’il conclut ce cycle de six leçons, le conférencier note qu’à ce rythme il faudra encore dix-neuf années pour arriver à l’époque contemporaine de cette région. Le mieux est encore de lire ses livres… A l’année prochaine !

  • LAURENS Henry au Collège de France, « Crises d’Orient : les origines de l’autoritarisme à partir de 1949 » 5/6.

    Cinquième épisode des aventures haletantes du Moyen-Orient de l’après IIème guerre mondiale : cela ressemble à une série policière télévisée, ce n’est que l’Histoire tragique narrée par Henry Laurens.

    En 1954 en Egypte les Frères musulmans présentent leur pays comme une dictature prooccidentale et la compare à la Syrie. Le traité de rétrocession de la base de Suez est signé avec la Grande-Bretagne incluant une clause de retour possible en cas de guerre mondiale ou d’attaque turque. En octobre a lieu un attentat a lieu contre Nasser du fait d’un tireur Frère musulman. C’est a priori un acte isolé et nom de résultat d’un complot. A cette occasion Nasser sort de l’ombre et se révèle un redoutable orateur. La répression déclenchée contre les Frères musulmans est sévère par suite de cet attentat. La tendance du nationalisme arabe est de casser toute relation avec un islam politique. Naguib est démis de ses fonctions et mis en résidence surveillée. Il y restera 20 ans avant d’en être libéré par Sadate.

    Les Etats-Unis aident le régime, y compris via des ventes d’armes. Le procès des saboteurs juifs d’dEgypte se conclut par 2 exécutions. Le pays abrite les nationalistes des pays du Maghreb opposés à la présence française. Le Caire lance la radio « La voix des arabes » qui diffuse son nationalisme anti-impérialiste et supplante BBC et VOA (Voice America). Le FLN algérien est créé en Egypte où Nasser accueille Ben Bella (qui ne parle pas arabe).

    En France, la guerre d’Indochine est financée par les Etats-Unis car jugée de nature anticommuniste. L’aide restera financière et Washington prendra la suite du combat après Dien Bien Phu. Paris poursuit son réarmement, y compris nucléaire. La France vend sa technologie nucléaire à Israël en 1954 (Simon Peres est le négociateur de Tel Aviv).

    Les nationalistes arabes (et tout particulièrement en Irak) se désolidarisent avec les nationalistes du Maghreb en lutte contre la France. Après le traité passé entre l’Egypte et le Royaume-Uni, les anglosaxons initient le projet Alpha de règlement du conflit entre Israël et les pays arabes. Il prévoit la réinstallation des réfugiés palestiniens, la gestion des eaux du Jourdan, des garanties de sécurité offertes et un soutien à l’Egypte pour emporter un accord de paix avec Israël.

    En février 1956 le « pacte de Bagdad » est signé entre l’Irak et la Turquie soulevant quelques réactions opposées de pays arabes compte tenu du passé de la Turquie au Moyen-Orient. Ce traité est censé organiser de façon apaisée la relation entre ces deux pays.

    En 1954 des soldats israéliens sont faits prisonniers en Syrie. Israël détourne un avion Syrien pour obtenir leur libération inaugurant ainsi une longue série de détournements d’avion, la méthode devenant très prisée dans la région. Il existe un conflit interne en Israël entre Ben Gourion partisan de la solution forte et un clan plus modéré. En février 1955 une infiltration de palestiniens venant de Gaza fait des morts en Israël. Ben Gourion ordonne des représailles qui sont exécutées sous le commandement d’Ariel Sharon et la supervision de Moshe Dayan. L’attaque israélienne porte sur un camp en Egypte près de Gaza et fait beaucoup de morts arabes. Des manifestations populaires éclatent un peu partout, Nasser visite Gaza, même les angloaméricains sont mécontents de ces représailles qui provoquent la réprobation internationale.

    En Egypte Nasser radicalise son discours et attaque verbalement tous les régimes de la région les traitant de laquais impérialisme, de réactionnaires, etc. Son arme est le verbe et celui-ci devient de plus en plus marxiste. Il cherche malgré tout aussi à moderniser son armée. Cette évolution politique le fait mal considérer par le Liban et la Syrie qui ont tendance à le mépriser.

    Novembre 1955, la Grande Bretagne adhère au pacte de Bagdad, de même que le Pakistan. Désormais une série de pactes cernent l’URSS du Canada aux Philippines avec chaque fois un pays jonction d’un pacte à l’autre.

    Cette période marque le rejet domination coloniale européenne. La chartre ONU retient la décolonisation comme « mission sacrée ». La capitulation du Japon a bloqué la reconstitution des empires coloniaux en Asie. C’est aussi le début des guerres de décolonisation : Indochine, Philippines, …

    L’Orient arabe affiche son anti-impérialisme et envoie ses étudiants dans les universités américaines plutôt qu’européennes. Le « nouvel impérialisme » américain se construit sur un mode différent : il favorise l’influence par l’édification de bases militaires plutôt que les conquêtes territoriales qui étaient le but des anciens empires coloniaux….

    L’URSS fait évoluer son discours vers l’antifascisme ce qui lui permet de s’allier aux… impérialistes. En Occident le débat intellectuel entre antifascisme et anti-impérialisme fait rage.

    Dans les années 50 la guerre froide a gelé la situation en Europe et la violence a été exportée vers Asie. Alfred Sauvy invente le concept de « tiers monde » en plus de ceux de l’Occident et de l’URSS. C’est une référence au « tiers-état » de la révolution française : « il est tout et veut être quelque chose » !

    Les nations Afro-asiatiques luttent ensemble pour l’autodétermination et contre impérialisme. L’URSS se rapproche de ces non-alignés. En 1955 se tient la réunion Bandung (Indonésie) sans les « blancs » (URSS et Israël) mais avec la Chine populaire. Moscou rappelle néanmoins sa position anti-impérialiste. Nasser y participe. Ces pays « non-alignés » discourent tous en… anglais… Le concept des droits de l’homme est mis en avant pour justifier l’autodétermination des peuples mais oublié face au principe de non-ingérence dans les affaires intérieures d’un pays. On parle de droits de l’homme pour le collectif mais pas pour les individus.

    Les pays pro-occidentaux attaquent l’impérialisme soviétique en Asie centrale. Les pays Afro-asiatiques prônent le neutralisme et y associent URSS. Ils constituent un ensemble divisé, se retrouvant sur la nécessaire décolonisation et l’anti-impérialisme, mais supportant les dictatures locales.

    A la conférence de Genève en 1955 apparaît la détente. C’est l’équilibre des forces nucléaires, on commence à parler désarmement.

    Au Moyen-Orient le plan de paix Alpha continue à être (difficilement) discuté. Les va-t’en guerre israélien envisagent la conquête de Gaza pour en sortir l’Egypte. Celle-ci entraîne des commandos « fedayin » destinés à être infiltrés en Israël. Personne ne veut accepter un règlement politique. Israël veut juste des armes et des garanties de sécurité, mais n’est pas intéressée par un plan de partage de la Palestine ni, bien sûr, par un retour des réfugiés…

  • LAURENS Henry au Collège de France, « Crises d’Orient : les origines de l’autoritarisme à partir de 1949 » 4/6.

    Quatrième épisode des aventures haletantes du Moyen-Orient de l’après IIème guerre mondiale : cela ressemble à une série policière télévisée, ce n’est que l’Histoire tragique narrée par Henry Laurens.

    En Iran, après la nationalisation de l’économie pétrolière en 1952 par le gouvernement de Mosaddeq, premier ministre du Shah, la Grande Bretagne et les compagnies pétrolières occidentales qui contrôlent le marché mondial, « les sept sœurs » (6 américaines et 1 britannique) boycottent l’Iran. Le cartel qui contrôle même le fret compense la perte de l’approvisionnement iranien par une augmentation de la source iraquienne. L’économie iranienne s’effondre rapidement. Le Shah et son premier ministre s’opposent pour le contrôle de l’armée. Mossadeq se maintient en se présentant comme un rempart contre les communistes. En octobre 1952 il rompt les relations diplomatiques avec Londres qui mène des actions secrètes avec les Etats-Unis pour le déchoir.

    En février 1953 Royaume-Uni et Etats-Unis conviennent d’une opération clandestine nommée Ajax destinée à renverser le gouvernement Mossadeq pour le remplacer par un pourvoir pro-occidental. A l’occasion d’un soulèvement populaire ils diffusent des fausses nouvelles et agissent en sous-main. Les religieux soutiennent l’opération car conforme à leur vision anticommuniste. Le Shah hésite puis révoque Mossadeq le 12 août ; celui-ci conteste le pouvoir constitutionnel du Shah à la destituer. Le 15 août, devant la confusion générale le Shah quitte le pays pour Rome. L’armée et les religieux le soutiennent, il rentre à Téhéran le 22 août après la reddition de son ex-premier ministre. La répression est menée, Mossadeq est condamné trois ans de prison puis finira ses jours en résidence surveillée en 1967. Ce coup d’état a bien été financé par des fonds des services secrets américains et britanniques mais l’opposition était locale. Une fois le pouvoir su Shah rétabli à l’ombre du parapluie occidental anglo-saxon, il n’est toutefois pas possible de revenir sur la nationalisation de l’Anglo-Iranian Oil Company (AIOC) alors un consortium est créé avec la National Iranian Oil Company (NIOC) qui deviendra la British Petroleum (BP).

    En Egypte la République est proclamée en 1953, présidée par Mohammed Naguib qui était déjà à la tête du mouvement des officiers libres. Les Etats-Unis soutiennent ce mouvement qui s’oppose à la Grande-Bretagne présente militairement dans le pays avec la base de Suez qui irrite fortement ces officiers et la population. La menace soviétique d’une invasion du Moyen-Orient à travers Caucase suffit à convaincre le congrès de maintenir son aide aux officiers libres égyptiens. Par ailleurs, d’anciens nazis réfugiés dans la région les aident[1]. Nasser neutralise le Waft, les communistes et s’attaque aux Frères musulmans. Le 14/01/1954 il les accuse de complot avec la Grande-Bretagne et de vision réactionnaire. Le parti est interdit. Le noyautage de la police et de l’armée se met en place. Nasser n’est pas particulièrement pro-religieux, il attaque l’impérialisme qui a planifié la Naqba, cette catastrophe contre le monde arabe. Naguib s’oppose à lui puis démissionne en novembre pour être remplacé par Nasser. Le slogan en usage est « la révolution contre la réaction », celle-ci faisant référence à l’ancien système parlementaire. Naguib a cédé devant Nasser pour éviter guerre civile.

    Nasser est soutenu par les occidentaux. Des négociations secrètes sont menées avec Israël sur le partage de la Palestine mais n’aboutissent pas face au refus de Tel-Aviv de tout partage du Néguev. Israël s’oppose à ce que l’Egypte récupère base militaire anglaise de Suez qui renforcerait ainsi les capacités offensives du Caire. Les Etats-Unis cherchent à favoriser un accord sur la répartition des eaux du Jourdain afin d’aider à la réinsertion des réfugiés palestiniens. En réalité nombre de ces réfugiés se sont déjà recosnvertis dans les pays du Golf.

    Le réarmement militaire en cours aux Etats-Unis s’accompagne d’un réarmement religieux. En ces temps de guerre froide l’origine judéo-chrétienne de l’Occident est mise en avant. La devise américaine « In God we Trust » apparaît à cette époque. Cette référence est nouvelle, auparavant on parlait des origines grecques. La seule jonction historique entre chrétienté et judaïsme c’est… l’Islam.

    En Israël il existe une forte opposition entre les activistes violents menés par Ben Gourion et les modérés. L’année 1954 voit une succession d’attentats et de raids de représailles en et par Israël. Eisenhower veut rester impartial. Activistes (Dayan, Sharon…) veulent lancer une nouvelle guerre contre les arabes et envisagent des alliances avec certaine minorités dans ces pays comme les druzes par exemple.

    En Jordanie le roi Abdallah est assassiné en 1951. Son fils Tallal lui succède et met en place une politique plutôt libérale. Il est déposé un an plus tard pour problèmes médicaux (schizophrénie ?). Son fils Hussein (18 ans) lui succède. En 1950 la Cisjordanie a été annexée par Royaume hachémite de Jordanie (ex-Transjordanie jusqu’en 1949). A sa prise de pouvoir Hussein reste confronté à une opposition structurée par les communistes, une guerre des frontières en cours, des risques de conflit avec l’Irak. Il doit par ailleurs s’accommoder de la présence d’officiers britanniques dans son armée nationale.

    En Syrie, l’année 1954 voit se succéder des soulèvements druze puis hachémite. L’armée dépose Chichakli[2] et c’est le retour à un régime civil. L’armée est divisée, la question Croissant fertile réapparaît : le projet d’une région rêvée allant du Liban à l’Irak. Les élections de septembre 1954 mènent à un glissement à gauche. La Syrie est instable, agitée de rumeurs diverses mais est aussi le foyer d’une vie culturelle moderne.

    Cette période marque l’entrée de l’orient arabe dans la guerre froide. La Grande-Bretagne cherche à transformer une domination en partenariat mais les arabes veulent se débarrasser de présence étrangère sur meurs territoires. Churchill est premier ministre. Londres a restitué la base de Suez aux autorités égyptiennes avec une clause de retour en cas d’attaque turque ou de guerre mondiale (en 1954 la peur du feu nucléaire est répandue).

    1953 c’est la fin de la guerre Corée, en 1954 la fin de la guerre d’Indochine. Il y a une certaine détente à l’ouest mais pas au Moyen-Orient. L’idée d’une frontière collective de Méditerranée jusqu’à Chine progresse, c’est le projet britannique de North frontier. Les Etats-Unis distribuent un aide militaire aux pays pro-occidentaux sur cette ligne de frontière ce qui inquiète Israël mais aussi d’autres pays arabes d’ailleurs, spécialement Irak. En juillet 1954, Londres et Le Caire paraphent l’accord de rétrocession de la base de Suez.

    L’Egypte veut instaurer son hégémonie l’Orient arabe tout en se proclamant anticommuniste. Nasser parle surtout développement économique intérieur dans ses discours. Toutefois, il accuse les Frères musulmans et les communistes d’être opposés au traité avec la Grande-Bretagne de rétrocession de Suez et de combattre le régime. Israël continue à favoriser des attentats menés par des militants juifs en Egypte pour tenter de torpiller le traité avec Londres, ce qui aura impact négatif sur la situation des juifs en Egypte. Nasser charge Sadate de fonder un islam laïque.


    [1] L’Egypte n’est pas le seul pays à « recycler » des nazis : à l’époque, sur 70 000 hommes de la Légion étrangère en France, la moitié sont allemands, ce qui fera dire à qu’à Diên-Biên-Phu en 1954 on parlait plus français du côté du vietminh que de l’armée française…

    [2] Il part en exil au Liban puis au Brésil où il sera assassiné par un druze en 1964 sur ordre du gouvernement syrien voulant se venger des bombardements menés sur les montagnes druzes du temps de Chichakli. Toute sa famille sera également assassinée partout dans le monde.

  • LAURENS Henry au Collège de France, « Crises d’Orient : les origines de l’autoritarisme à partir de 1949 » 3/6.

    Troisième épisode des aventures haletantes du Moyen-Orient de l’après IIème guerre mondiale : cela ressemble à une série policière télévisée, ce n’est que l’Histoire tragique narrée par Henry Laurens.

    1951-52 : le déclin britannique au Moyen-Orient se poursuit. Les peuples arabes critiquent l’Occident, qui les considèrent comme irrationnels, plutôt que leurs dirigeants dont certains le mériteraient assez largement. Pour les Etats-Unis, la « perte » de la Chine avec l’arrivée de Mao au pouvoir en 1949 a traumatisé Washington qui ne veut pas que le Moyen-Orient suive la même voie.

    En Egypte le roi Farouq, déconsidéré pour sa vie personnelle, a écarté du pouvoir le parti nationaliste majoritaire Wafd. En Syrie, Shishakli, militaire, arrivé au pouvoir à l’occasion d’une succession de coups d’Etat depuis 1949, a rétabli le parlement après l’avoir dissous mais contourne le pouvoir des partis politiques. La Syrie est le seul pays arabe sans base militaire occidentale, l’islam en est la religion majoritaire mais pas la religion d’État. Les Frères Musulmans s’y définissent comme socialistes. Des tentatives d’assassinat contre Shiskakli ont lieu en 1950, soutenues par l’Egypte et l’Arabie Saoudite. Nationalisme arabe et anti-impérialisme caractérisent le politique de ce pays pro-Palestine et antisionisme suite à la Naqba. L’armée et les partis s’opposent pour revendiquer l’incarnation du peuple. La déclaration tripartite Etats-Unis/ Royaume-Uni/ France de mai 1950 est renforcée et marque une espèce de statu-quo territorial, doublé de ventes d’armes occidentales aux pays du Moyen-Orient…

    Au Liban est établit une forme de libéralisme économique ; Beyrouth apparaît comme une enclave de modernité dans la Région, fortement aidée par bourgeoisie palestinienne exilée dans ce pays alors que population palestinienne « ordinaire » vit recluse dans les camps qui existent toujours aujourd’hui. Il y a (déjà…) des tensions avec la Syrie, la famille Joumblatt (déjà…) fonde le Parti socialiste progressiste qui est et restera propalestinien.

    En Palestine les litiges et affrontements avec Israël se poursuivent sur la zone démilitarisée (DMZ) issue des accords de cessez-le-feu pots-guerre de 1948.

    En Europe, les pays de l’Est autorisent leurs citoyens juifs à émigrer vers Israël entre 1950 et 53. De façon plutôt inattendue, ce mouvement renforcera l’antisémitisme local sur le thème : « pourquoi eux peuvent partir et pas nous » ? El République fédérale d’Allemagne (RFA, créé en mai 1949 sur les ruines du IIIème Reich) devient la seule représentation de l’Allemagne pour négocier les réparations collectives et individuelles de la Shoah. Israël donne la nationalité israélienne à tous les morts de la Shoah.

    Juillet 1952 marque la rupture en Egypte avec le coup d’Etat militaires des « officiers libres ». Le roi Farouk abdique et quitte le pays mais la monarchie demeure sous la forme d’une régence. Les « officiers libres » sont nationalistes mais sans véritable direction politique. Ils entretiennent des contacts avec les communistes et les Frères musulmans. Les Etats-Unis semblent informés de la préparation du coup d’Etat, après avoir tenté de pousser Farouk à réformer le pays, sans succès. Washington intervient alors pour freiner la volonté de réaction militaire britannique et sauver la vie de Farouk. Il n’y a pas de véritable résistance au coup. Les officiers putschistes décident de la marche à suivre de façon collective et mettent en avant le général Naguib, Nasser restant en retrait. Ils purgent les partis politiques de leurs « éléments corrompus » et lancent la réforme agraire. En décembre 1952 constitution est dissoute et la révolution est instaurée comme seul fondement du pouvoir. Début 53 Nasser sort de l’ombre et discourt contre l’impérialisme, le parlementarisme, la pauvreté du peuple… Le slogan est « la religion est à Dieu, la patrie est à tous ». La révolution cherche à reprendre la rue aux Frères M. Malgré les apparences, les « officiers libre » sont pro-occidentaux et pro-américains, au moins au départ. L’Egypte demande aide alimentaire et armes aux Etats-Unis. Côté CIA les positions pro-arabes défendues par Kermit Roosevelt s’opposent à celles pro-israéliennes de James Angleton. Le premier rencontre rapidement Nasser et Naguib au Caire juste après leur arrivée au pouvoir. Les « officiers libres » acceptent de déconnecter dans leur revendication la question du départ des britanniques de celle de l’annexion du Soudan.
    Israël mènent des contacts secrets avec l’Egypte en Europe mais pas ils ne donnent rien car Tel Aviv ne veut pas entendre parler de retour des réfugiés palestiniens ni revenir aux frontières existantes avant la guerre de 1948.

    En 1953, les Etats-Unis sont en plein réarmement 1953 et voient aussi le Moyen-Orient comme un marché intéressant pour le complexe militaro-industriel. On entre dans l’après-guerre avec Eisenhower qui remplace Truman à la Maison Blanche en janvier 1953 et la mort de Staline au Kremlin en mars de la même année. Eisenhower est un grand chef militaire plutôt centriste habitués des coups tordus et tolérants pour les opérations clandestines comme il en a menées durant la IIème guerre mondiale. Les frères Dulles dirigent le Département d’État (Foster) et la CIA (Allen), ils sont tous deux farouchement anticommunistes. Foster entame rapidement une tournée au Moyen et Extrême Orients : Egypte, Israël, Jordanie, Syrie, Liban, Iraq, Arabie Saoudite, puis Inde et Pakistan. Il reçoit une délégation palestinienne, prend la mesure des conséquences de la création de l’Etat d’Israël. Il pousse Israël à s’intégrer dans la région et prône la neutralité des Etats-Unis.

    Jusqu’en 1951 l’URSS soutient Israël à l’ONU et refuse principe du droit au retour des réfugiés qui pourrait le gêner dans le cas de la Pologne ou des minorités allemandes… La seconde guerre mondiale et son règlement ont entraîné des génocides, des purifications ethniques, des déportations et des transferts de population considérables de la guerre qui ont mis quasiment fin à l’existence de minorités dans les pays de l’Est (d’où les positions actuelles de ces pays réticents envers l’immigration) qui sont de ce fait plutôt réticents au concept de « droit au retour ». Cosmopolitisme et décadantisme sont haïs et conspués par Staline qui déclenchent des purges sinistres dont beaucoup les juifs soviétiques. A l’occasion du « complot des blouses blanches » en 1953 (les médecins juifs de Staline sont accusés d’avoir voulu l’éliminer) l’URSS rompt ses relations diplomatiques avec Israël. Staline meurt peu après et Beria qui lui succède provisoirement mène une politique de paix. Il aurait même envisagé une de-communisation de l’URSS ! Il est rapidement débarqué par le parti et exécuté. En août 1953 explose la première bombe H soviétique. Les relations diplomatiques sont reprises avec Israël. L’URSS continue s’opposer émigration des juifs soviétiques et souhaite des relations commerciales avec pays arabes. La nouvelle URSS se consacre à l’Europe plutôt à l’Europe qu’au Proche Orient.

  • LAURENS Henry au Collège de France, « Crises d’Orient : les origines de l’autoritarisme à partir de 1949 » 2/6.

    Henry Laurence poursuit son analyse des temps agités moyen-orientaux post-défaite de la coalition arabe en guerre contre Israël en 1948.

    1950 : la Jordanie (alors Transjordanie) annexe « provisoirement » la Judée et la Samarie, y compris Jérusalem Est, qu’elle rebaptise Cisjordanie, tout en menant des négociations secrètes avec Israël sur un corridor d’accès à la mer Méditerranée qui n’aboutiront pas. Elle adhère à l’Organisation des Nations-Unies (ONU) en 1955. Israël continue à revendiquer l’intégralité de la Palestine. Les pays arabes continuent eux à affirmer qu’Israël est une « création » de l’Occident et menacent en conséquence de se tourner vers l’Union soviétique. Malgré tout, le caractère fondamentalement anti-communiste de l’islam les empêchera de mettre véritablement leur menace à exécution. Tout au plus ne voteront-ils pas la résolution de l’ONU sur la guerre de Corée. En réalité, Staline ne voulait pas intervenir au Moyen-Orient, préférant limiter le territoire d’influence soviétique aux zones occupées par l’armée rouge en 1945.

    Les problèmes de frontière persistent (et sont d’ailleurs toujours d’actualité…) : zone démilitarisée, ligne verte, lac de Tibériade… Une déclaration tripartite des Etats-Unis, du Royaume-Uni et la France donne une garantie aux accords d’armistice israélo-arabes de 1949 en échange de ventes d’armes occidentales… Durant ces années Israël reçoit et intègre un nombre important de réfugiés, migrants ou exilés, ce que les puissances arabes échouent à faire de leurs côtés.

    En 1948, l’intervention soviétique (le « coup de Prague ») met fin à la « rébellion » tchécoslovaque. Selon le mot de de Gaulle : « l’armée rouge est à deux étapes du Tour de France de nos frontières » ! Une union militaire occidentale se met en place qui deviendra l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord »), approuvée en 1950 sans la Turquie ni la Grèce. L’OTAN ne mentionne pas l’Europe pour ne pas effrayer les citoyens-contribuables américains qui ne veulent même pas envisager d’intervenir une troisième fois pour empêcher l’Europe de se suicider. Evidemment, ni la Grèce ni la Turquie, pays méditerranéens, ne sont concernées par « l’Atlantique Nord ».

    Malgré tout, la Turquie, craignant l’URSS, souhaite intégrer le plan Marshal. Le pays se libéralise progressivement après la mort de Kémal et, comme gage de sa bonne volonté, envoie un bataillon combattre en Corée côté occidental. Après 1950, le réarmement est général et Grèce et Turquie seront acceptées au sein de l’OTAN afin de bloquer l’URSS dans le Caucase. Le Royaume-Uni est contre cette intégration qui diminue son influence propre au Moyen-Orient en donnant un label occidental à la Turquie. Londres privilégiait une alliance militaire moyen-orientale réunissant Turquie, Royaume-Uni, France, Australie et Nouvelle-Zélande (les puissances coloniales), en dehors de l’OTAN, sur laquelle elle aurait gardé la haute main.

    C’est aussi à cette époque que des évolutions considérables touchent le marché pétrolier. Le principe du partage de la rente pétrolière 50/50% entre Etats producteurs et compagnies occidentales est généralisé, parfois même dépassé. Certains Etats comme l’Arabie Saoudite et l’Iraq voient leurs ressources financières propres augmenter considérablement. En octobre 1950 le président américain Truman garantit la sécurité de l’Arabie Saoudite mais des problèmes de délimitation des frontières de ce pays avec les anciennes possessions britanniques (Oman, futurs Etats Arabes Unis, etc.) ne sont toujours pas réglés et donnent lieu à des conflits locaux jusqu’en 1952 dans lesquels sont impliquées les compagnies pétrolières concessionnaires.

    En Iran le Shah dirige un pays troublé et sous-développé. Il s’oppose à son premier ministre Mossadeq qui nationalise l’Anglo-Iranian Petroleum en 1951 qui sera évacuée par les britanniques mis devant le fait accompli après une vaine tentative de médiation américaine.

    L’Egypte réclame le départ des britanniques et l’intégration du Soudan. Une forte hostilité contre le Royaume-Uni se développe dans le pays. L’Egypte dénonce ses accords avec Londres puis désigne le roi Farouq roi d’Egypte et du Soudan ! Des attentats ont lieu dans le pays contre les britanniques. En janvier 1952 l’armée coloniale veut réduire les policiers égyptiens d’Ismaïlia et attaque leur caserne. Cette intervention plutôt mineure, déclenche de violentes réactions de la population égyptienne du Caire contre l’occupation et, d’une manière plus générale, contre la monarchie considérée comme corrompue. C’est ce qu’on appellera « l’incendie du Caire ». Il ouvre la voie à des changements fondamentaux dans ce pays…

  • LAURENS Henry au Collège de France, « Crises d’Orient : les origines de l’autoritarisme à partir de 1949 » 1/6.

    Franc succès pour le cours d’Henry Laurens ce jour au collège de France : l’amphithéâtre principal est plein et les derniers arrivés verront le show en vidéo dans un deuxième amphi.

    Il s’agit du Moyen Orient à partir de 1949 : la seconde guerre mondiale est terminée, les puissances mandatrices France et Royaume Uni se font des mauvais coups sur fond d’accord Sykes-Picot, l’Etat d’Israël est créé, la guerre de 1948 a été perdue par les pays arabes créant un traumatisme gigantesque parmi les populations et leurs dirigeants. Aux Etats-Unis un courant mi-universitaire mi-renseignement, entre université américaine à Beyrouth et CIA à Langley, tente d’influencer l’administration et les décideurs politiques vers une direction panarabiste qui a au moins comme avantage d’essayer de retenir dans l’orbite américaine des pays qui lorgnent vers l’Union soviétique.

    L’Occident s’agite au Moyen-Orient comme une mouche prise dans bocal, se heurtant aux parois d’une recherche de paix impossible et de la construction illusoire d’Etats sur un modèle inusité dans cette région. Au même moment le plan Marshal soude l’Europe de l’ouest dans un modèle de société libérale, selon différentes déclinaisons, et donne accès au dollar américain à des pays vivant dans un monde de devises non convertibles, permettant ainsi des importations de biens inaccessibles sinon.

    De la création du groupe religieux Frères Musulmans en Egypte à la succession des coups d’état au cours de cette année 1949 dans une Syrie indépendante depuis 1946, en passant par les intérêts pétroliers des uns et des autres, Henry Laurens dresse, parfois avec un peu de cynisme, les débuts d’un chaos arabe qui n’a pas vraiment cessé depuis.

  • « Le char et l’olivier, une autre histoire de la Palestine » de Roland Nurier

    Un film documentaire sur l’histoire de la création d’Israël sur le territoire de Palestine qui rappelle l’histoire depuis ses origines. Après la première guerre mondiale et le démantèlement de l’empire ottoman, le Royaume-Uni et la France bénéficient de mandats (un autre mot désignant la colonisation) pour administrer le Proche et le Moyen Orient et, déjà, l’Europe et la Russie, globalement antisémites, cherchent une terre d’accueil pour y localiser les populations juives qu’elles abritent sur leurs territoires. La déclaration Balfour, du nom du ministre britannique des affaires étrangères britannique de l’époque, évoque en 1917 le principe d’un « foyer national juif » à situer dans la Palestine sous mandat. La suite des événements, et notamment le volontarisme juif parfois localement violent ainsi que la culpabilité occidentale suite à la Shoah aboutiront à la création de l’Etat d’Israël en 1947 issu d’un « partage » décidé par l’ONU entre un Etat juif et un Etat arabe… Il s’ensuivra une première guerre en 1948 avec l’expulsion de 800 000 palestiniens de leurs terres (la Naqba, la catastrophe en arabe), puis de nombreuses autres guerres qui permirent à Israël d’étendre son territoire par la force. Aujourd’hui encore la colonisation israélienne des terres se poursuit et la question de leur annexion pure et simple se pose. Le problème est loin d’être résolu, gangrène toute cette région et une bonne partie de la planète.

    Ce documentaire donne une version historique de l’origine du conflit. Les personnes interrogées sont propalestiniennes mais s’expriment avec mesure et sur un mode factuel. La parole n’est pas donnée aux israéliens conservateurs, actuellement au pouvoir dans leur pays, et c’est aussi bien tant le dialogue et la réconciliation sont à ce jour impossibles. Pour les partis israéliens religieux ou en faveur des conquêtes territoriales, leur droit sur ces terres vient de la Genèse de la Bible qui stipule que « Dieu a promis Israël au peuple juif » ! Ben Gourion, le fondateur de l’Etat, disait que la Bible était son titre de propriété. Un titre datant de 4000 ans et rédigé par on ne sait qui…

    Lire aussi : Israël se déchaîne

    Pour le moment la conquête israélienne se poursuit en évitant l’embrasement général grâce à la puissance de cet Etat et aux soutiens dont il bénéficie, mais les palestiniens n’oublient pas qu’ils ont été expulsés de leur terre il y a 70 ans. Ce souvenir est d’ailleurs soigneusement diffusé aux générations suivantes. Le seul espoir d’une résolution de ce conflit serait l’apparition de leaders intelligents et raisonnables des deux côtés et en même temps. Nous n’y sommes pas encore même si un fol espoir s’était emparé du monde lors des accords d’Oslo en 1993 qui fut ensuite soigneusement démonté par la mauvaise volonté des parties.

  • Un chef terroriste-religieux tué en Syrie par l’armée américaine

    Honoré (Charlie Hebdo – 2015)

    Les Etats-Unis, par la voix de leur président ont annoncé avoir tué le chef du groupe terroriste Etat islamique M. Al Bagdhadi, calife auto-proclamé de ce proto-état, au nord-est de la Syrie où il se cachait. L’information reste à être documentée mais elle est probablement vraie. L’évènement est de taille compte tenu de la responsabilité de l’impétrant mais ne va sans doute pas changer la diffusion de l’idéologie religieuse mortifère de ce groupe.

    M. Ben Laden chef du groupe Al Qaïda fut un précurseur dans les meurtres de masse avec le premier attentat « mondialisé » en septembre 2001. Il a dirigé des avions de ligne qui se sont écrasés contre les tours jumelles à New-York et le pentagone à Washington, il y eut plus de 3 000 morts et la prise de conscience en occident de la puissance de ces mouvements religieux capables de susciter un tel acte qui a provoqué la sidération dans les pays occidentaux et, parfois, quelques soutiens dans certains pays orientaux. Ben Laden fut également tué par l’armée américaine en 2011.

    Bagdhadi a surmonté Ben Laden au niveau de l’idéologie en réussissant à lancer ses troupes dans des actions d’une barbarie rarement égalée : égorgements de prisonniers, d’autres brûlés vifs, tortures diverses, attentats aveugles en Orient comme en Occident, rétablissement de l’esclavage (voir le sort des yézidis), négoce d’êtres humains (on vend les femmes), implication des enfants (les « lionceaux du califat ») dans des actions terroristes et même des meurtres ; toutes ces joyeusetés au nom de Dieu et en direct sur Youtube et les réseaux dits sociaux.

    Bagdhadi a également « enrichi » le recrutement de son mouvement avec un flux significatif de terroristes venus des pays occidentaux pour participer, parfois de façon très active, à ces actions meurtrières mondialisées. La France n’est pas en reste dans l’alimentation de ces flux avec une population de jeunes issus de l’immigration, ressassant un mélange de frustrations en lien avec le racisme dont ils sont victimes, la colonisation affrontée par leurs ancêtres, la précarité de leurs situations économiques et la religion qui les anime, croyant se réaliser en allant en famille s’associer à un environnement religieux et terroriste. Encore plus étonnant, le groupe Etat islamique a su attirer dans ses rets des jeunes français de bonnes familles catholiques, pas particulièrement défavorisées, dont les enfants se sont convertis à l’islam puis ont émigré vers la Syrie ou l’Iraq, parfois avec femmes, enfants et parents. Ce fut un des grands « succès » de la stratégie de ce mouvement dont Bagdhadi fut le chef (le calife) et, sans doute, le guide.

    Encore pire, Bagdhadi a inoculé de virus du terrorisme religieux au sein même des sociétés occidentales, d’où les attentats réguliers menés par ces fameuses « cellules dormantes » comme celui contre la préfecture de police de Paris au début du mois (5 morts dont le terroriste français). Et il y en aura sûrement d’autres.

    Le groupe Etat islamique a été forcé de rendre les territoires en Syrie et en Iraq sur lesquels il régnait. Beaucoup de ses combattants sont morts. Les pays occidentaux doivent maintenant se dépatouiller avec leurs citoyens survivants et leurs familles qui, souvent, au moins pour les français, ont l’air de vouloir revenir en France ce qui ne déclenche pas vraiment l’enthousiasme ni des dirigeants ni de l’opinion publique.

    La mort du « calife » est une victoire militaire des forces anti-Etat islamique mais qui ne va certainement pas stopper pour autant ce terrorisme religieux qui ronge le Proche et Moyen-Orient ainsi que les pays occidentaux. C’est un mouvement profondément ancré qui prendra des générations avant de s’arrêter. Le temps de faire comprendre à tous ces enfants perdus qu’ils ont aussi à gagner en investissant, non seulement dans le dogme, mais aussi dans la raison et l’intelligence…

  • Il fait chaud dans le golfe persique

    Un championnat du monde d’athlétisme se déroule actuellement au Qatar. Les sportifs qui y concourent se plaignent de… la chaleur. Un stade est climatisé mais les épreuves qui se déroulent en dehors de celui-ci. Il fait effectivement plus de 40° la nuit avec un taux d’humidité de 70%. Ce qui est étonnant est que les autorités sportives responsables de l’organisation de tels évènements n’anticipent pas que dans le golfe persique… il fait chaud, même la nuit, même à l’automne !

    Les footeux ont mis quelques années à se rendre compte qu’une coupe du monde de fouteballe organisée également au Qatar en 2022 en été est annonciatrice de grosse chaleur… Dans un grand accès de clairvoyance il a finalement été décidé de déplacer cette compétition d’été en hiver.

    Il faudrait sans doute prévoir une petite formation aux bases de la météorologie pour les patrons de fédérations sportives. En attendant les sportifs se plaignent et le stade de Doha où de déroule la compétition d’athlétisme est plutôt déserté par les spectateurs.

  • Les dictateurs jardinent


    Une journaliste du Monde a identifié le parc Kim Il-sun dans le centre de Damas en Syrie. Inauguré en 2015, ce jardin est fermé au public mais son portillon est facilement franchissable et des gamins jouent au football sur ses pelouses. Il semble que ce parc ait été édifié en hommage à l’indéfectible amitié liée entre les dictateurs à la tête de ces Etats. Dans les deux pays le pouvoir se repasse de père en fils qui appliquent des politiques assez similaires avec comme objectif premier de garder le pouvoir au sein de la famille. Jusqu’ici ils y ont réussi. Les Assad rendant hommage aux Kim, c’est un peu l’hôpital qui se moque de la charité.

  • Psychodrame religieux en Israël

    Depuis la création de cet Etat, les jeunes hommes étudiant la Torah dans les écoles religieuses israéliennes sont exemptés de faire leur service militaire, qui dure trois ans dans ce pays quasi-continuellement en guerre. Les partis religieux extrémistes qui font partie de la coalition au pouvoir estiment que les étudiants qui consacrent leur vie à Dieu et aux textes sacrés ne peuvent dévier de cette mission. En face certains parlent le langage du droit et de la rupture d’égalité des citoyens face au service de l’Etat.

    Comme partout Dieu et le code civil n’ont jamais fait bon ménage, c’est la parole divine contre la construction humaine du droit. La religion s’y est toujours également bien entendu pour défendre ses privilèges, en Israël comme ailleurs. Ces pratiques d’un autre âge sont toujours de mise, hélas ! Que la République laïque nous protège de ces absurdités.

  • Israël se déchaîne

    Israël fait parler d’elle ces derniers temps et pas toujours de la meilleure façon. En effet, face à des manifestations palestiniennes faisant mine de traverser leur frontière nord pour envahir Israël l’armée tire sur ces manifestants. Il y a des dizaines de morts et ce, le jour où le pouvoir inaugure en grande pompe la nouvelle ambassade américaine transférée de Tel-Aviv à Jérusalem marquant ainsi le soutien des Etats-Unis au fait que cette ville est la capitale unique d’Israël bien que l’organisation des Nations Unies ait voté plusieurs résolutions prônant Jérusalem comme capitale partagée entre Israël et le futur Etat palestinien à créer.

    Et revient la petite musique religieuse rappelant que « Dieu a promis Israël au peuple juif » et que c’est ainsi, non discutable. C’est la vieille histoire des références historiques (et, pire, bibliques) pour justifier des conquêtes territoriales. Ces références peuvent être vraies, elles n’en sont pas moins subjectives par nature car jusqu’où remonte-t-on, à quel siècle s’arrête-t-on, la parole de quel vainqueur retient-on ? C’est sans fin et ce sont des fondements ne reposant ni sur le droit, ni sur la science, et encore moins sur la raison. Depuis Neandertal il y a toujours eu des peuples ou des tribus qui ont existé sur un territoire avant d’autres, cela ne leur donne pas pour autant de prééminence sur un territoire, sinon il faudrait rendre les Etats-Unis aux Apaches, les Antilles aux Arawaks, la Savoie à l’Italie et l’Algérie aux descendants d’Homo-Sapiens (qui étaient là bien avant les Kabyles).

    Les israéliens et leurs soutiens se réfèrent à l’ancien testament de la Bible pour justifier le « grand Israël », la colonisation des territoires occupés et l’annexion de Jérusalem-Est. Les israéliens et leurs soutiens se réfèrent à l’ancien testament de la Bible pour justifier le « grand Israël », la colonisation des territoires occupés et l’annexion de Jérusalem-Est. Là c’est encore plus contestable car on ne sait même pas qui a écrit ce livre, qui l’a traduit. Il nous dit « Dieu a promis Israël au peuple juif », mais on ne sait pas bien qui est Dieu ; Henri IV ou César, on voit à peu près, mais Dieu on ne l’a jamais vu, il n’a jamais signé de traité international, il ne s’est jamais présenté non plus au cadastre avec un acte de propriété du territoire qu’il « donne au peuple juif » ! Et si l’on commence à croire la Bible sur le « Grand Israël » pourquoi ne faudrait-il pas croire non plus toutes les « vérités » assénées dans le Coran et qui justifient nombre de pratiques d’un autre âge. Non, les livres religieux sont des fables littéraires qui doivent rester dans les bibliothèques à la disposition des théologiens, et n’en point sortir.

    Le gouvernement des Hommes doit reposer sur le droit et la Raison. Et il se trouve que le droit et la Raison après lui avoir octroyé un territoire en 1948 demandent à Israël de revenir dans ses frontières de 1967 en restituant les territoires conquis par la force et de partager Jérusalem comme capitale de deux Etats, dont celui de la Palestine à créer un jour. C’est sans doute la raison pour laquelle les conservateurs israéliens se réfèrent à la Bible plutôt qu’à l’ONU.

    Après les dirigeants visionnaires, Ben Gourion, Golda Meir, Begin, Rabin, Peres, Israël est maintenant dans les mains d’un clan d’affairistes qui balancent entre l’extrême-droite et l’extrême-judaïsme et ne font pas honneur à l’esprit des fondateurs. Ils colonisent à tour de bras en violation des décisions de la communauté internationale pour imposer le fait accompli. Mais il y a un combat qui est perdu d’avance, c’est celui de la natalité : celle des arabes israéliens (20% de la population, en majorité musulmans) comme celle des pays arabes alentour qui est bien supérieure à celle des israéliens non arabes. L’Histoire est tragique et à terme ceux-ci seront balayés à la fois de l’intérieur de leur pays et de l’extérieur, un peu comme les occidentaux qui perdent progressivement de leur puissance face au reste du monde, ce qui n’est d’ailleurs pas une mauvaise nouvelle. Déjà sous cette pression démographique, Israël en est au point de devoir faire faire du tir au pigeon sur la frontière sud sur les arabes de Gaza pour les bloquer. Cela ne pourra pas durer éternellement, il leur faudra bien composer.

    La détestation du monde arabe partagée en Occident, teintée d’une admiration des capacités militaires israéliennes font que ce pays bénéficie d’une indulgence excessive de nos pays. Gageons que l’intelligence et la raison vont prendre un jour le pas sur les sornettes religieuses, bibliques ou coraniques. C’est déjà plus ou moins le cas dans les démocraties occidentales et nombre de pays asiatiques, il n’y a pas de raison que cela ne diffuse pas un jour au Moyen-Orient. Cela prendra des générations mais c’est leur intérêt et celui du reste de la planète.

  • La puissance des nations désunies


    Le clan syrien des Assad qui tient la Syrie avec l’aide de ses alliés russe et iranien continue à reconquérir le territoire un temps perdu face à un patchwork, devenu assez incompréhensible, composé de rebelles, de terroristes, de religieux, de laïques, de kurdes, d’arabes, soutenus, ou pas, par un autre patchwork de nations étrangères arabes, slaves, européennes, américaines… Dans cette situation kafkaïenne, ceux qui tirent leur épingle du jeu sont les Etats qui sont sur le terrain avec des forces armées : la Syrie, qui est chez elle, la Russie et l’Iran qui y sont invités par la première. Ces Etats sont déterminés, ont des moyens et ne renoncent à rien pour atteindre leurs objectifs. Ils sont donc en train de gagner, au moins provisoirement.

    Le pays est en partie détruit, des millions de syriens quittent ou ont quitté la Syrie, des massacres en tous genres ont eu lieu et sont en cours, des civils et des hôpitaux sont sciemment visés. Il faudra plusieurs générations pour redresser ce pauvre pays si la situation un jour le permet. Les quinze pays membres du conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies (ONU) planchent régulièrement sur le sujet pour essayer de mettre fin à cette guerre d’un nouveau genre et peine à trouver un accord.

    Une nouvelle résolution sur un cessez-le-feu temporaire en en cours de discussion. Les associations humanitaires et la presse à sensation s’époumonent contre « l’impuissance des Nations-Unies ». Le refrain est connu, la naïveté des commentateurs ne change pas. Les « Nations-Unies » sont tout simplement Nous ! L’impuissance des Nations-Unies c’est la puissance des nations fortes à défendre leurs intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général. Les Nations-Unies ne sont pas une création ex-nihilo, ce sont tout simplement nos nations qui essayent de se mettre d’accord sur des sujets communs, avec difficultés et des résultats mitigés. L’irresponsabilité des « Nations-Unies » c’est notre responsabilité collective. Ceux qui siègent et qui votent au conseil de sécurité ce sont les représentants de nos dirigeants élus. L’impuissance des Nations-Unies, c’est tout simplement notre incompétence qui laisse la bride au cou aux nations puissantes dans un contexte donné comme c’est actuellement le cas de la Russie et de l’Iran sur le terrain des combats en Syrie. Le mieux est de l’assumer. Ceux qui ont l’illusion de la puissance sont ceux qui ont des combattants sur le terrain, mais cette puissance est éphémère, souvenons-nous de l’Indochine, du Vietnam, de la Somalie, de l’Irak… Ceux qui détiennent la clé sont les syriens qui peut-être un jour réussiront à s’entendre et reconstruire.

    Pour le moment, l’Occident n’arrive à rien avec la Syrie dont le régime s’est donné au Diable. Tout le monde le paiera, les syriens ont commencé, la Russie suivra et l’Occident avec.

  • « Eau argentée » de Ossama Mohammed & Wiam Simav Bedirxan

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    Eau Argentée : un chef d’œuvre sur la guerre civile en Syrie, un documentaire dur et dérangeant sur la sauvagerie humaine, mais aussi une incroyable histoire artistique sur fond de dévastation dans ce Moyen-Orient si violent. Ossama Mohammed est un réalisateur syrien réfugié à Paris depuis 2011 qui a décidé de monter des images publiées sur Internet de la rébellion syrienne, le plus souvent tournées avec des téléphones portables. C’est la première partie du scénario.

    Au cours de ses pérégrinations sur YouTube en quête des films publiés par rebelles et militaires loyaux au régime, il reçoit un appel de Simav, une jeune femme kurde enfermée à Homs durant le siège tragique de cette ville par l’armée syrienne. Simav en kurde veut dire : eau argentée. Elle a décidé de filmer pour témoigner. Vont s’en suivre des envois d’images et un dialogue poétique et surréaliste par internet interposé entre le réalisateur installé à Paris, se sentant coupable de n’être point au combat, et Simav filmant la guerre civile dans sa ville, au milieu des siens. C’est la deuxième partie du film.

    Evidemment ce sont des images d’horreur où rien n’est épargné. On frémit devant les enfants morts, les blessés récupérés au milieu des rues avec des perches pour éviter aux secouristes d’être à leur tour touchés par les snipers, les cris des femmes devant la mort, les scènes de tabassage filmées par les militaires loyalistes, les rues de Homs dévastées par les bombardements, la terreur, etc. etc. C’est la guerre civile, la plus terrible de toutes. Une guerre où toutes les barbaries se retrouvent, y compris celles des extrémistes religieux qui massacrent à leur tour sur YouTube ceux qui ne croient pas au même Dieu qu’eux. C’est indicible !

    Bien sûr ces images ont été montées. Au moins celles de la première partie peuvent avoir été manipulées, c’est possible. Mais on sait que tout ce qu’elles montrent s’est passé et se déroule encore. On sait les 200 000 morts ou approchant depuis le début de cette guerre. Le chaos total d’un pays où s’affrontent un régime familial dictatorial, une rébellion « classique » et des extrémistes religieux, le tout largement attisé par le reste du monde qui défend les uns ou les autres. Le résultat est une régression humaine sans nom dont on se demande quand elle touchera le fond.

    Homs s’est rendue. Ossama et Simav vont se rencontrer… au Festival de Cannes en mai 2014, pour la première fois. Leur film y est présenté. Elle atterri à Cannes le jour même de sa présentation, fait la connaissance d’Ossama, et dans une grande émotion, devant un parterre de journalistes et de gens de cinéma déclare qu’elle retourne à Homs et réclame la liberté pour la Syrie.

    Un très grand film qui rend hommage à un pays sinistré et à ses habitants.

  • Le calife et son califat

    Des djihadistes irakiens en révolte contre le pouvoir irakien proclament le califat et s’érigent en Etat islamique avec pour objectif d’abattre les frontières impies bien au-delà des simples territoires iraquiens déjà reconquis. Bref, on n’a pas fini d’entendre parler de ces nouveaux illuminés qui s’illustrent déjà par leur cruauté vis-à-vis de leurs prisonniers. Et le calfat a un calife : le sieur Al-Bagdhdadi.

  • Les subtilités du pape

    Le pape François 1er prospecte de nouveaux marchés en Asie (en Corée du Sud en l’occurrence) et tout le monde tombe en pamoison devant cette stratégie divine. Il fait le job, voilà tout. La fiche du poste depuis Saint-Pierre est de répandre la foi catholique en diffusant son message. Eh bien il fait ce pour quoi il a été mandaté.

    Comme nous sommes revenus à d’ancestrales guerres de religion au Moyen-Orient, le pape en a profité pour écrire à l’ONU en demandant « de tout faire… [pour que cessent les violences contre les chrétiens constituant]… une offense à Dieu et à l’humanité ». Qu’en termes divins ces choses sont bien dîtes. En l’occurrence « tout faire » consiste à envoyer des F16 bombarder des barbus.

    Certains de ses évêques (de France) vont encore plus loin en justifiant l’utilisation de la force :

    « Le voyage tout récent de la délégation de l’Eglise catholique en France vient de mesurer à quel point la population irakienne, dans ses diverses composantes, crie au secours. Entendrons-nous leur appel ? Nous saluons les récentes prises de parole des dirigeants de notre pays. Mais elles doivent se concrétiser davantage. C’est au niveau des Nations Unies que doit au plus vite s’organiser la plus ferme et la plus rapide des réactions, avant qu’il ne soit trop tard.

    Les catholiques de France sont mobilisés dans la prière et l’action. Nos frères chrétiens sont chez eux en Orient ! La communauté internationale est indigne d’elle-même si elle ne protège pas toutes les minorités de la planète. »

  • Des illusions au Moyen-Orient

    Rappelons les grands axes de la géopolitique au Moyen-Orient :

    • Les musulmans sunnites pensent que le successeur légitime du prophète Mahomet (mort en 632) est Abou Bakr qui deviendra effectivement calife
    • Les musulmans chiites pensent que le successeur légitime du prophète Mahomet est Ali, son gendre et fils spirituel
    • Les chrétiens pensent que Jésus est leur prophète
    • Les juifs pensent que Jésus n’est pas leur prophète et attendent toujours leur messie
    • Les yézidistes croient en un Dieu qui façonna le monde comme une grosse perle blanche qu’il brisa et dont les éclats formèrent le ciel, la terre et la mer
    • Les zoroastriens considèrent que leur Dieu n’a pas besoin d’adoration, pas besoin d’intermédiaires
    • Tous croient à la vie éternelle au paradis où chacun rejoindra son Dieu, les uns mangent du cochon et pas les autres, etc.

    Depuis 2 000 ans ces principes ont entraîné des millions de morts sur la planète, et l’on continue aujourd’hui à se battre pour ces illusions ! C’est pathétique.

  • Oublions un peu Moïse

    Malgré les bombardements destructeurs d’Israël sur la bande de Gaza, le Hamas continue d’envoyer ses bombinettes à réaction sur le voisin. Elles sont le plus souvent inoffensives mais énervent copieusement Israël qui doit se dire « tout ça pour ça ! ». Le Hamas s’offre même le luxe de rompre un cessez-le-feu accepté par son ennemi car ses revendications ne seraient pas prises en compte.

    Même si Tel-Aviv rasait Gaza comme en 1945 les alliés rasèrent Dresde, il y aurait toujours un petit Hamas qui sortirait de derrière les cailloux avec son drapeau noir, ne serait-ce que parce que nous avons 5 ou 6 millions de palestiniens exilés dans le Proche-Orient suite à la première guerre israélo-arabe de 1948 ! Réfugiés apatrides ils refusent généralement d’accepter la nationalité de leurs pays hôtes, quand on leur la propose, pour entretenir le rêve sans doute illusoire du retour au pays.

    Israël se drape derrière son droit biblique à investir cette terre, les palestiniens rappellent leur antériorité sur celle-ci dont ils ont été chassés, et chacun en appelle à Moïse ou Allah pour justifier l’injustifiable. Les deux camps continuent pour le moment à s’exprimer à coup de missile. Cela dure depuis 60 ans, laisse le Proche-Orient à feu et à sang et commence à sérieusement fatiguer le reste de la planète.

    Il faudra un jour reprendre les discussions et laisser Moïse/Allah de côté pour parlementer entre humains avec des raisonnements terriens au lieu d’envolées divines.

  • La religion au Proche-Orient

    Israël et la résistance palestinienne recommencent à se taper dessus avec ardeur et la même conviction butée de leur bon droit. Le puit sans fond de la haine inter-religieuse les attire vers l’abîme qui tend vers une profondeur infinie de bêtise et d’irresponsabilité. Chacun développe les mêmes arguments ressassés depuis 1948, recuits au feu des combats sanglants.

    Israël pourra continuer à bombarder sans fin les bidonvilles de Gaza que le Hamas toujours renaîtra de ses cendres et continuera à lancer des roquettes au Nord. Le Hamas pourra continuer à faire exploser ses djihadistes dans les rues israéliennes que cet Etat créé par un accord international survivra.

    Les extrémistes de tous bords laissent parler les armes et vouent au silence les modérés qui voudraient simplement appliquer les accords d’Oslo et entériner l’existence de deux Etats. Les visionnaires israélien et palestinien qui ont osé braver l’interdit sont morts : Rabbin assassiné par un gamin ultraorthodoxe juif, Arafat, peut-être empoisonné. Depuis la raison a disparu et il n’est plus question que de religion. Le conflit pollue le monde entier et fédère les barbus de tous clans. Qui donc ramènera de l’intelligence là où la religion a pris le pouvoir ?

  • Indicible…

    Nous parlions il y a peu de l’arriération des guerres de religion. Les évènements récents ne viennent hélas que confirmer ce qualificatif : trois adolescents israéliens ont été enlevés et tués, a priori par des combattants palestiniens ; en représailles un enfant palestinien a été enlevé et brûlé vif, a priori par des colons israéliens. Depuis les ripostes des armées israélienne et palestinienne vont bon train…

    Il n’y a pas grand-chose à ajouter, au nom de leurs Dieux des cinglés massacrent des gamins, c’est le retour au moyen-âge.