Catégorie : Kronic concerts-rock

  • The Cranberries – 2010/03/22 – Paris le Zénith

    Cela devient une manie avec The Cranberries, un concert sur deux est décevant. Celui du 25 mars est malheureusement à verser au passif du groupe irlandais. Plus ou moins séparés depuis 2003, ses membres ont ensuite vaqué à leurs projets solos, dont une ribambelle de quatre enfants pour Dolorès que l’on avait vue au Bataclan en juin 2007 venue présenter son premier disque solo Are you listening? Sympathique mais pas inoubliable.

    Cette fois-ci le groupe décide de se reformer derrière la bannière énergique de leur inspiratrice. Il n’y a pas de nouveau disque, juste une tournée mondiale. Idée généreuse mais hélas pas guidée par une créativité débordante. Il n’y a pas de nouveau disque en vue alors le groupe surfe sur ces vieilleries que nous avons tant aimées, plus quelques chansons solo de Dolorès qui entre temps vient de sortir un deuxième disque personnel : No bagage.

    Décor clinquant à souhait, style gay friendly avec empilement de colonnades et de teintures drapées-plissées qui se parent de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel au hasard d’une programmation électronique que l’on dirait réglée sur random.

    L’égérie de tous nos phantasmes est vêtue d’une espèce de jupette médiévale à lanières, elle a coupé court ses cheveux noir geais et chaussé des bottes noires fruit d’un accouplement entre Dock Mertens et bottines pawnees. Elle parcourt l’immense scène de long en large, ponctuant ses allers-retours de tonitruant bonsoir mes amis et autres comment ça va Paris ? La scène est vide, pas un ampli ou un retour, tout le matériel est planqué derrière les teintures ce qui laisse un espace bien trop grand à notre princesse qui erre comme une âme en peine à la recherche désespérée de son inspiration. Les musiciens sont professionnels et inexistants. Un cinquième larron guitare-clavier est ajouté au quatuor d’origine pour la tournée, plaqué dans un coin.

    Sa voix est restée la même, magnifique et exubérante, avec toujours ce petit décrochement si caractéristique quand elle passe dans les aigus. Elle en use avec efficacité, tout le tra-la-la qui entoure ce retour scénique en a quelque peu gommé l’émotion parfois déchirante qui la hantait dans le passé. Mais l’essentiel est resté.

    The Cranberries au Zénith ce soir, sans doute pas un concert indispensable, ils ont vieilli, nous aussi, et ce n’est pas bien beau à voir. On avait adoré Dolorès à son époque neurasthénique (Zombie), on avait été rassuré lorsque jeune Maman elle retrouvait le chemin de la fantaisie (Bury the Hatchet), on avait aimé son premier disque solo (Are you listening?) mais ce soir il n’était pas nécessaire de faire la claque sur Ode to my family ou autres tubes des 90’s plutôt propices à la noirceur et l’introspection. Le (jeune) public du Zénith n’a pas semblé lui en vouloir malgré son allure Dorothée sur le plateau de TF1 dansant le twist sur Salvation. Reconnaissant, ledit public a explosé sur Zombie qui clôture ce show, ravie, Dolores repart avec des ballons aux couleurs irlandaises qu’agitent frénétiquement les trois premières lignes de fans.

    Allez, The Cranberries reste un groupe marquant, ils furent ce soir toujours aussi talentueux mais juste décalés par rapport à notre imaginaire. Heureusement la jeune génération qui n’était pas née lorsque No Need to Argue est sorti et que Dolorès était blonde, n’a pas nos souvenirs.

    Setlist : Analyse/ Animal Instinct/ How/ Ordinary Day/ Linger/ Dreaming My Dreams/ When You’re Gone/ Just My Imagination/ Switch Off The Moment/ Desperate Andy/ Time Is Ticking Out/ I Can’t Be With You/ Ode To My Family/ Free To Decide/ Salvation/ Ridiculous Thoughts/ Zombie
    Encore : Shattered/ You and Me/ The Journey/ Dreams

  • Mickey [3D] – 2010/03/05 – Paris la Cigale


    Nous avions aimé Mickey[3D] en novembre dernier et nous l’avons adoré ce 3 mars à la Cigale. Concert à l’identique et toujours cette sympathique atmosphère musicale déballée par Mickey et Cécile Hercule.

    Plus qu’un faire valoir, Cécile, une artiste délicieuse qui assure la première partie en mini-jupette et mélancolie de circonstance : Bientôt trentenaire, tous mes médoc sont périmés/ Je me souviens c’est le temps qui passe/ Je n’ai pas l’air mais je me moque de ne plus rêver/ Je ne dis plus rien, avec le temps tout passe.

    Rhabillée en coulisse Cécile revient grimée en institutrice sévère pour accompagner Mickey, son bassiste et son batteur. Elle se couvre parfois le visage d’un masque de farces et attrapes, voire même la nuque et alors elle dance dos au public en agitant les bras lui faisant ressembler à un pantin désarticulé. Elle passe avec un égal bonheur de son petit clavier à la guimbarde, de la scie musicale à une espèce d’harmonica à tuyau. Et en plus elle sert de tête de turc métaphorique à Mickey qui nous explique qu’une fois terminés le concert et la vente de ses disques perso il ne reste plus à Cécile qu’à charger le camion. Bref, elle assure avec un vrai talent le coté polisson et féminin de ce concert.

    Mickey reste superbe dans une ironie musicale qui est sa marque de fabrique. La tendresse se cache à peine derrière les mots. La très jolie chanson Ma Grand-mère l’illustre au plus haut point : Ma Grand-Mère a quelque chose, que les autres femmes n’ont pas/ Ma Grand-Mère est une rose, d’un rose qui n’existe pas… Et Mickey a un talent fou, alors il nous reprend pour terminer la soirée J’ai demandé à la lune, écrite en son temps pour Indochine et portée par ce groupe devant des stades déchaînés. Une musique qui a du cœur, à découvrir !

    Setlist : Playmobil/ 1988/ Matador/ Je m’appelle Joseph/ La footballeuse de Sherbrooke/ L’homme qui prenait sa femme pour une plante/ Personne n’est parfait/ La France a peur/ Yula(ma fiancée galactique)/ Paris t’es belle/ Montluçon/ Chanson du bonheur qui fait peur/ Méfie-toi l’escargot
    Encore 1 : Le Goût du citron/ Ma grand-mère/ Jeudi Pop Pop/ Respire/ Johnny Rep
    Encore 2 : Le tube de l’été/ J’ai demandé à la lune

  • Amy Macdonald – 2010/02/03 – Paris la Cigale

    Amy Macdonald – 2010/02/03 – Paris la Cigale

    « It’s goûûûûd to be bâââââck in Paris » nous dit Amy Macdonald avec son accent écossais en débarquant sur la scène de la Cigale ce soir pour un concert flamboyant. Avec sa guitare et ses quatre musiciens ils ont à peine terminé une tournée mondiale de 18 mois à l’Olympia en mars dernier suite à la sortie du premier disque This Is The Life, que rentrés à Glasgow ils écrivent un nouveau disque en six mois, à paraître le 8 mars, et se lancent dans une mini tournée pour présenter ces compositions.

    Revitalisé aux grands froids écossais, le groupe est revenu joyeux, Amy sur-maquillée en robe bleu-paillettes et talons hauts, plutôt souriante, on l’a quitté blonde l’an passé et elle nous revient brune, Mark a abandonné ses casquettes/bonnets et chacun entre deux relevages de mèche tire des miracles de sa guitare. Celle d’Amy est changée après chaque chanson histoire sans doute de la réaccorder, la bête étant légèrement martyrisée par les rythmes endiablés insufflés par l’Ecossaise qui semble réglée sur un métronome éperdu. C’est une véritable forge que sa guitare rythmique. Au début des morceaux elle se tourne en souriant vers la batterie, s’imprègne de son rythme le temps de quatre mesures et démarre ses riffs sans répit, à la limite de l’épilepsie (constate le chroniqueur désabusé qui a du mal à imprimer deux aller-retours par mesure sur sa propre guitare). Amy pousse la vapeur en enfournant des volées de charbon dans la chaudière. Et au milieu de cette frénésie elle trouve l’énergie de chanter de sa voix puissante, profonde, entraînante, gardant le contrôle de la machine.

    Tout en s’excusant de nous jouer des morceaux encore inconnus elle démarre le show par deux nouveautés. Le nouveau cru est excellent nous le boirons ce soir dans l’allégresse, seulement ponctuée de quelques ballades mélancoliques (Troubled Souls) qui permettent de recharger les batteries. Avec la même fougue seront revisités les tubes de l’an passé déjà devenus des hymnes : Run, Mr Rock’n’Roll, Let’s Start a Band.

    Descendu du train de This Is The Life en pleine gloire ces cinq là sont remontés dans un TGV qui ne s’arrête même plus dans les gares et dont on ignore la destination, lancé à la vitesse fulgurante de leur jeunesse, de leur enthousiasme. Rien ne les arrête ni ne leur résiste, ils sont jeunes, ils sont beaux, ils sont puissants, Amy une grande chanteuse-guitariste-auteur-compositeur. Quel talent !

    Set list : An Ordinary life | Love Love | This is the life | This pretty face | Give it all up | Mr Rock & Roll | Next big thing | Spark | Troubled soul | No roots | Run | Let’s start a band
    Encore : Dancing in the dark (Springsteen cover) | What happiness means | Don’t tell me that it’s over

  • Archive – 2010/01/23 – Paris le Zénith


    Après leur concert d’octobre dernier on croyait que les Archive repassaient à Paris pour nous resservir un concert à l’identique. Nous fumes détrompés, et combien ! Le show fut bien plus rock ce soir, illuminé par la présence de Maria qui n’apparaissait que sur un film en 2009. Le premier Controlling Crowds à l’atmosphère plus symphonique et progressiste se prêtait moins à la colère qui s’est déchaînée ce soir. Entre temps est paru le Part IV de Controlling Crowds qui poursuit dans la veine inaugurée pour les trois premiers épisodes mais sur un mode plus rageur, alors les Archive s’en sont donnés à cœur joie comme s’ils avaient besoin de rappeler aux parisiens qu’ils sont un véritable groupe de scène.

    Pills démarrent le show avec le retour de Maria, toute en rondeurs et émotions, bottes et robe noires, qui danse légèrement et dont les premières phrases chantées font parcourir un frisson sur l’assemblée au milieu des boîtes à rythmes qui déjà mènent l’enfer : These days, they’re taking me down/ Breakout, with pills in my hands/ Freak out, I move with the crowd. Elle reviendra pour un crescendo bouleversant sur Collapsed Collide magnifiquement interprété puis You Make me Feel. Cette chanteuse fait partager l’âme de cette musique en posant la douceur de sa voix sur la frénésie des rythmes, en mixant la noirceur des textes avec l’enthousiasme des musiciens, le tout avec une subtilité féminine incomparable.

    Le groupe pris le temps de revenir sur le passé avec quelques furieuses interprétations (Fuck You, Sane, Pulse) et de laisser Rosko nous rapper ses délires, immobile et vissé sous ses locks, dégorgeant un torrent d’imprécations de sa voix rythmée. Un époustouflant et inattendu Lights vient clôturer le show de ses quinze minutes d’émerveillement musical intégral. Le rappel démarre sur les deux tubes de Part I et termine un concert accompli et réjouissant.

    Set list : Pills/ Sane/ Finding it so Hard/ Razed to the Ground/ Collapsed Collide/ Bastardised Ink/ Kings of Speed/ Fuck You/ Lines/ Blood in Numbers/ You Make me Feel/ Danger Visit/ Lights
    Encore : Controlling Crowds/ Bullets/ So Few Words/ Pulse

    Warm up : Lowmilk

  • Depeche Mode – 2010/01/19 – Paris Bercy

    Les Depeche Mode sont à Paris pour deux Bercy et avec un nouveau disque : Sounds of the Universe. Le show démarre sur In Chains avec voix surpuissante et riffs wah wah déchirants, puis sont enchaînés  Wrong et Hole To Feed, les trois premiers morceaux du CD qui donnent le ton de leur atmosphère 2010 : électro et bass prédominante.

    Le light show est gigantesque, le mur du fond est transformé en immense écran de télévision (parfois un peu trop cliquant style plateau de TF1 un samedi soir) avec centré et en haut une boule (The Universe) qui se transforme alternativement en loupe, en mappemonde, en boule de machine à écrire IBM ou en réservoir à ballons multicolores virtuels. Sur Walking In My Shoes on voit le vol d’un corbeau au milieu de rien qui vient se poser sur un piquet et nous narguer d’un œil narquois, agrandit dans la loupe, jusqu’à la fin du morceau, effet redoutable. Le reste du visuel sera à la hauteur et techniquement irréprochable.

    Martin est habillé tout en paillettes avec le visage parsemé de brillants. Dave nous montre rapidement les tatouages de son torse athlétique. Les trois autres sont plus discrets derrière leurs instruments.

    Le groupe a un peu tourné electro au détriment de la mélodie, mais ce n’est sans doute qu’une mode qui passera. On avait adoré les envolées romantiques de Touring The Angels il y a quatre ans, on est aujourd’hui sur un mode plus brutal. Mais le savoir-faire des Depeche Mode forgé à l’aune de trente années de création musicale et de tournées mondiales est quelque chose de proprement fascinant et indéniablement efficace. Et puis il reste la musique de Martin et la voix de Dave, cocktail détonnant qui continue à nous enivrer, et là on retrouve ses marques comme l’on fait les 12 000 spectateurs enthousiastes qui ont repris en cœur les classiques Enjoy The Silence, Never Let Me Down, Personal Jesus et bien d’autres.

    Une soirée avec les Depeche Mode n’est jamais du temps perdu même si celle-ci fut un peu plus mondaine que les précédentes.

    Set list : In Chains/ Wrong/ Hole To Feed/ Walking In My Shoes/ It’s No Good/ A Question Of Time/ Precious/ World In My Eyes/ Insight (sung by Martin)/ Home/ Miles Away – The Truth Is/ Policy Of Truth/ In Your Room/ I Feel You/ Enjoy The Silence/ Never Let Me Down Again Encore #1 : One Caress/ Stripped/ Behind The Wheel/ Personal Jesus

  • Sanseverino – 2009/12/18 – Conflans Saint-Honorine

    Sanseverino en concert à la salle des spectacles de Conflans Saint-Honorine, il fait froid en cette mi-décembre et la banlieue est sombre, mais Sanseverino sait comment réchauffer l’atmosphère, c’est le moins que l’on puisse dire ! Gouailleur-provocateur, il affiche ses boucles d’oreille sur cheveux grisonnants et costume sombre, guitariste hors pair et multi-instrumentistes inspiré, il est entouré d’une bande de rockeux convaincus qui ont hantés les salles de province. Très, très, très bavard, il déverse entre ses chansons un déluge de sornettes aussi foisonnant que les notes de sa guitare grimée en roulotte gitane.

    Des mots de loubards à la subtilité ironique, des rimes hilarantes et dérisoires, notre joyeuse bande croque le monde qui nous entoure avec une acide tendresse et s’en donne à cœur joie pour lancer sa poésie désabusée à l’assaut de nos principes bourgeois. Quelques piques acides contre la religion et l’équipée sauvage revient habillée de pourpre telle une procession vaticane, des guitares-crucifix, pour finir un show en forme de balloche du 14 juillet, énergique et décapant.

    Quelques semaines plus tard on apprend que Sanseverino sera présent sur la liste Europe-Ecologie pour les élections régionales de mars prochain, en position non-éligible certes, mais voici une nouvelle tribune pour un homme attachant.

  • Lloyd Cole – 2009/11/18 – Paris l’Européen

    Llyod Cole, vous souvenez-vous ? Oui, le Cole des Llyod Cole & The Commotions. Le beau gosse de Rattlesnakes qui a bercé nos 80’s. 1984 exactement, l’année où est sorti ce premier disque enthousiasmant et énergique suivi d’une petite série d’enregistrements du même ordre (Mainstream, Easy Pieces) : pas de prétention, juste du talent, des guitares entraînantes, de la jeunesse, du rythme et de la joie.

    Eh bien 25 ans plus tard, Llyod est de passage à Paris, serein et grisonnant, seul sur la scène de l’Européen, accroché à sa guitare acoustique, il revient délivrer son romantisme hors d’âge. Tout n’est que douceur et subtilité, ombre et lumière, où comment un artiste, un micro et douze cordes sont assez pour diffuser les ondes du bonheur. L’électricité fringante des premières années a disparu, le folksinger serein s’est substitué au rockeur flamboyant. Mais toujours Llyod nous narre ses histoires douces-amères de course après une vie à brûler par tous les bouts, de whisky et de gin, de femmes et d’amis, avec un phrasé si typique dans un déluge de mots.

    Lloyd est plus britannique que nature, l’humour point dans ses intermèdes notamment lorsqu’il suggère aux spectateurs de se rendre sur son site pour y coproduire son prochain disque auquel l’industrie culturelle a priori ne croit pas assez. Llyod est un guitariste hors pair, un poète délicieux, un chanteur plein de style.

    Au sortir de ce concert intemporel et romantique, le spectateur enchanté jette un regard désolé sur le peuple attablé dans les bistrots pour y voir leurs footeux nationaux franchir une nouvelle étape vers le Graal de la coupe du monde.

  • Massive Attack – 2009/11/10et11 – Paris le Zénith

    Massive Attack – 2009/11/10et11 – Paris le Zénith

    Massive Attack pour deux soirées parisiennes au Zénith ; toujours pas de nouveau disque disponible (sortie annoncée maintenant de Heligoland pour le 08/02/2010) mais on connaît nos trip-hopers comme extrêmement exigeants et remettant sans cesse sur l’ouvrage leurs nouvelles compositions avant de les libérer dans l’environnement de leurs fans impatients mais finalement sereins.

    Les bonnes nouvelles :

    • Martina Topley Bird, qui collabore et chante sur prochain disque Heligoland, assure la première partie et revient sur scène pour quelques morceaux des MA
    • Beaucoup de nouveau matériel sera joué sur scène
    • Daddy G et 3D restent le duo inégalé du trip-hop mondial

    Les moins bonnes nouvelles :

    • Le light show guère renouvelé depuis deux ans a cessé de nous surprendre
    • False Flag n’est toujours pas joué à Paris

    Martina se présente pour le warm-up vêtue d’une longue robe du soir rouge et son acolyte à la batterie, encagoulé comme un ninja. Ensemble ils joueront une musique simple et électro sur laquelle se pose à merveille la voix soul de Martina. La chanteuse britannique qui a inspiré Tricky en son temps, a participé aux débuts de trip-hop. Elle oscille maintenant entre délicatesse et technologie pour un résultat exquis. On ne pouvait rêver mieux pour préparer la suite.

    Les Massive Attack se mettent en place sur la ritournelle de claviers de Bulletproof Love. L’infernale rythmique de base reste la même : double-batteries et basse, et marque de son empreinte un concert électrique : Winston Blisset – basse, Andrew Small & Damon Reece – batteries. Le reste des musiciens est tout aussi remarquable et soudé : Angelo Bruschini – guitare & John Baggot – claviers.

    3D (Robert del Naja) et Daddy G (Grant Marshal), duo toujours novateur, reconstitué depuis deux ans, affichent une joyeuse complicité. Grant, pantalon-sarouel et blouson cuir, coiffé avec un pétard, semble encore plus filiforme que d’habitude du haut ses deux mètres et sa voix reste un puits caverneux sans fond sur les parois duquel se cogne notre raison aveuglée. Robert, pile électrique montée sur ressorts, dévoile son âme au micro en manipulant ses machines et orchestrant la bande.

    Et puis les invités : Horace Andy, un abonné, costume sombre et dreadlocks bien rangés sous son chapeau rastafari (avec tête d’Hailé Sélassie brodée au tricot), qui déclenche une ovation à chaque apparition et, les mains arrondies en cœur, nous offre tout son amour de voix reggae ; Jah Man, Jah ! Et que Dieu te protège. Martina, apporte une touche de douceur au cœur d’une musique sombre et torturée, Deborah Miller délivre son incroyable performance vocale de diva black.

    Le groupe enchaîne en ouverture quatre nouvelles compositions de leur prochain disque : Flat Of The Bladen Hartcliffe Star, Babel, Girl I Love You. C’est courageux mais finalement point trop risqué tant le public est en adoration. Ces morceaux sont puissants et intrigants. La guitare syncopée au larsen d’Angelo nous ramène en territoires connus avec l’intro de Risingsun : I seen you go down to a cold mirror/ … You light my ways through the club maze/ We would struggle through the dub daze… Le son est lourd, la basse obsédante, les lumières éblouissantes, 3D et Daddy  se jouent l’un de l’autre comme deux fauves cherchant sans cesse l’impossible espace de liberté entre les barreaux virtuels de nos existences. On est au cœur du sujet Massive Attack !

    Suivent Red Light et un enthousiasmant Future Proof. Tous ces classiques sont rallongés et durcis à l’aune du live. Alors que les guitares sont fondues dans l’espace musical sur les disques, en scène Angelo s’en donne à cœur joie et place où il faut ses propres envolées. Il sait ajouter au déluge sonique le piment qui lui est nécessaire. Martina nous offre une respiration sur Teardrop, émouvant, qui précède un retour à des morceaux plus classiques du répertoire.

    Le rappel débute avec l’obsédant Splitting The Atom, Martina au clavier solo, Andy/ Daddy G/ 3D aux chants, au milieu d’une féérie de phares lumineux tournoyants et saccadés. Puis la diva Deborah explose ses poumons sur un Unfinished Sympathy jubilatoire et d’initier une danse pesante et décomplexée, accrochée à un tambourin, sur sa voix samplée à l’infini par les machines. Le final est une immense découverte : Atlas Air (ou Marakesh comme intitulé dans un premier temps; alors qu’une mappemonde virtuelle commence une lente rotation sur les diodes luminescentes blanches, étirée sur toute la largeur de l’écran, un orgue d’église entame un chorus qui, tel un charmeur de serpents devant son panier, va faire se dresser le cobra de tous nos sens, seulement interrompu par le dialogue sourd entre 3D et les batteries. Puis reprend le chorus obsessionnel qui va nous mener à une explosion sonique et visuelle sans précédent ; les rampes verticales de projecteurs sont montées lentement au-dessus des écrans LED et stroboscopent des lumières aveuglantes ; les écrans diffusent à une vitesse subliminale tous les symboles des empires de notre siècle : drapeaux nationaux et marques commerciales ; 3D a depuis longtemps abandonné son micro pour boxer dans le vide aux rythmes incroyables de cette musique déchaînée. Ces dix minutes de folie pure clôturent ainsi une indicible prestation des Massive Attack qui, comme toujours, en donnent plus que l’on en attendait.

    Un concert de Massive Attack reste une expérience exceptionnelle où tous nos sens sont mis à rude épreuve dans un embrasement volcanique de lumières, de sons, de mots, de rythmes et de sentiments. 3D et Daddy G perpétuent leur dialogue trip-hop énoncé de leurs voix travaillées sous le parapluie atomique de leurs musiciens. Ils savent s’effacer vers leurs machines pour laisser s’exprimer leurs invité(e)s qui chantent alors de façon aussi mélodieuse que leur propre soliloque est mécanique. Dans un cas comme l’autre, compositions et textes sont le fruit de cette fructueuse collaboration entre des artistes si divers. Le groupe joue avec talent sur cet aspect fusionnel de nos émotions qui est un peu sa marque de fabrique qu’il développe sans répit lors de concerts d’anthologie.

    Certains esprits chagrins auront regretté que les deux soirées aient présenté exactement la même set-list. On peut imaginer que les prouesses techniques d’un tel spectacle contraignent quelque peu les artistes à rester sur un canevas préétabli, peu importe au fond, se seraient-ils produits toute la semaine au Zénith que l’extase aurait été aussi intense le dernier soir que le premier.

    La soirée se termine comme il se doit par un Karmakoma jouissif.

    Set list : 10 & 11/11/2009 au Zénith.

    Flat Of The Blade/ Hartcliffe Star/ Babel/ Girl I Love You/ Risingson/ Red Light/ Future Proof/ Teardrop/ Psyche/ Mezzanine/ Angel/ Safe From Harm/ Inertia Creeps

    Encore 1 : Splitting The Atom/ Unfinished Sympathy/ Atlas Air

    Encore 2 : Karmacoma

  • Mickey [3D] – 2009/11/03 – Paris l’Alhambra


    Charmant concert à l’Alhambra de Mickey[3D] : simplicité, ironie et un superbe jeu de guitare rythmique. Trois musiciens accompagnent Michael Furnon, dont Cécile Hercule aux claviers/ divers instruments à vent/ chant et mimiques. Feu le groupe Mickey3D n’est plus mais les parenthèses qui cernent [3D] indiquent que l’esprit d’origine est toujours là : de la chanson française matinée de rock à la sauce de Saint-Etienne (Montbrison plus exactement) dont on imagine les nuages gris en perpétuelle lévitation au-dessus de la ville.

    Des mélodies simples et entraînantes, remarquablement jouées à la guitare folk-électrique, relevées juste à propos par Cécile et un trait de clavier ou de guimbarde, des textes à l’humour aussi noir qu’un samedi soir à Montbrison, des histoires bizarres sorties de l’imaginaire de Michael. Le dernier disque La Grande Evasion est joué avec brio presque intégralement. On y parle de Dieu (Personne n’est parfait), d’une fiancée galactique (Youlia), d’une anthropophage (La fille du cannibale), d’une égérie québécoise (La footballeuse de Sherbrooke), de Paris (Paris tu penses à la violence, Paris tu danses, c’est les vacances/ …Paris la nuit, j’ai pas dormi, j’ai des envies de poésie).

    Mickey[3D] nous délivre un délicieux univers de bande dessinée où chacun remplit les bulles à sa convenance sur fond de guitare parfois hypnotique. Ce n’est pas la vraie vie, juste du rêve poétique mais ça aide, beaucoup.

    Set list : Playmobil/ 1988/ Matador/ Je m’appelle Joseph/ L’homme qui prenait sa femme pour une plante/ Personne n’est parfait/ La fille du cannibale/ Yula (ma fiancée galactique)/ Paris t’es belle/ La footballeuse de Sherbrooke/ Montluçon/ Chanson du bonheur qui fait peur/ Méfie-toi l’escargot
    Encore1 : Le Goût du citron/ Les lumières dans la plaine/ Respire/ Johnny Rep
    Encore 2 : Le tube de l’été/ J’ai demandé à la lune

  • Nouvelle Vague – 2009/10/27 – Paris l’Olympia

    Nouvelle Vague poursuit sa re-visitation des tubes new wave de nos 80’s avec un troisième album « 3 » qui compile des groupes qui manquaient dans les deux premiers : Magazine, Taxi Girl, Echo and the Bunnymen, Simple Man, Talking Heads, Police… Nouveauté de « 3 », certains membres de ces groupes de légende (Martin Gore, Barry Adamson, Ian McCulloch…) accompagnent les chanteuses du groupe sur le CD.

    Trois disques, du succès, Nouvelle Vague est désormais programmé à l’Olympia ! Mélanie Pain assure la première partie et reviendra bien sûr pour le plat de résistance. Olivier Libaux à la guitare, sa casquette vissée sur le crâne est entouré d’un batteur, d’un bassiste et d’un clavier. Nadeah Miranda, chanteuse australienne, coiffée avec un pétard, robe froufroutante, bas résilles, de l’énergie à revendre (et une intrusion au milieu de la foule pour un instant de furie), une jolie voix, assure l’essentiel des chants au démarrage du show avec un très majestueux So Lonely, et s’impose sur le devant de la scène. Mélanie la rejoindra pour y ajouter sa touche de douceur et de romantisme, plutôt mieux en phase avec l’atmosphère Nouvelle Vague. Elle fait notamment une merveilleuse reprise de God Save The Queen à faire se retourner Sid Vicious et Nancy dans leurs tombes alors qu’elle susurre tendrement « No future for you. »

    La set list se déroule et diffuse agréablement dans nos veines le sang d’une époque musicalement marquante. Gérald Toto fait une apparition en rappel avec Relax et Israel. Les must de la soirée sont les reprises de Joy Division (Love Will Tear us Apart), Taxi Girl (Aussi Belle qu’une balle perdue), The Clash (Guns of Brixton), Tuxedomoon (In a Manner of Speaking). Le retour sur ces perles rock n’est pas nostalgique, juste tendre et élégant. Peut-être aussi n’a-t-on jamais réécrit d’œuvres aussi accomplies…

    Set list : So Lonely/ Dancing with Myself/ Ever Fallen in Love/ Road to Nowhere/ La Crise Economique/ Human Fly/ Guns of Brixton/ Too Drunk to Fuck/ God Save the Queen/ Sex Beat/ Just Can’t Get Enough/ Master and Servant/ Metal/ All my Colors/ Putain Putain/ Aussi Belle qu’une Balle Perdue/ Anne Cherchait L’amour/ Blister in the Sun/ Friday Night Saturday Morning/ Love Will Tear Us Appart
    Encore1: Relax/ Israel/ Bela Lugosi’s Dead
    Encore 2: In a Manner of Speaking/ Not Knowing

  • Shannon Wright – 2009/10/12 – Paris l’Alhambra

    Shannon Wright, une artiste étrange et inspirée, joue à l’Alhambra après la sortie de son dernier album Honeybee Girls. Venue d’Atlanta la musicienne américaine entrouvre les portes de son monde au cours d’une tournée française de petites salles. Peu connue dans l’hexagone elle a pourtant collaboré avec Yann Tiersen, amitié qui a donné un disque commun en 2004. Elle rassemble ce soir des spécialistes venus l’écouter avec ferveur.

    Grande et mince, une tignasse longue et rousse en bataille, le plus souvent accrochée à une guitare électrique dont elle joue avec efficacité. Peu communicante ni souriante, l’essentiel est dans sa musique qui l’habite, qu’elle joue avec frénésie et qu’elle exhale douloureusement, parfois avec mélancolie. Elle est entourée d’une formation simple : bassiste / batteur / clavier-guitare.

    Démarré sur Tall Countryside on s’attend à une prestation folk, le deuxième morceau nous détrompe aussitôt où elle laisse parler sa rage avec les trumpets d’une nouvelle année passée sans l’être aimé. Ses doigts cognent sur les cordes et libèrent un son brut, sa voix déchire l’atmosphère, ses cheveux s’ébouriffent et cachent son visage. Ce morceau sera représentatif de la face torturée de l’âme de Shannon et donc du concert, un monde en fusion et en fureur où se percutent les mots et les notes, un univers de noirceur où chemine avec créativité cette poétesse électrique. Il n’y a pas beaucoup de notes mais elles sont scandées avec un rythme obsessionnel qui suffit à imprimer leur esprit rock-blues, teinté underground.

    Au milieu du déluge sont disséminés quelques moments de respiration (Black Rain). Shannon s’assied parfois au piano dont elle joue avec grâce et toujours la même sincère inspiration. Yann Tiersen vient l’accompagner au violon en rappel sur Louise. Et le show se termine avec Avalanche sur un déluge sonique dans lequel Shannon laisse une dernière fois parler la rage qui l’anime :

    My man/ Dissolved in my hand/ Just like an avalanche/ He’s gone.

    Couchée sur le dos elle continue à torturer sa guitare pour expurger une dernière fois les démons qui l’habitent avant de redevenir la timide Shannon, debout et reconnaissante face au public enthousiaste, frappant son cœur à défaut de pouvoir exprimer par des mots dits ce qu’elle a su si bien rendre en musique : l’émotion véritable d’une poésie musicale subtile et violente.

    Le chroniqueur ému s’en retourne écouter Honeybee Girls en boucle et inscrire Shannon sur sa liste déjà longue des artistes à aimer.

    Set list : 1- Tall Countryside, 2- Trumpets On New Year’s Eve, 3- Plea, 4- Black Rain, 5- Hinterland, 6- Defy This Love, 7- Within The Quilt Of Demand, 8- Less Than A Moment, 9- Black Little Stray, 10- Closed Eyes, 11- You’ll Be the Death
    Rappels : 12- Louise (+ Yann Tiersen), 13- Ways To Make, 14-Father, 15-Fences Of Pales / Avalanche

    Friction en première partie.

  • Archive – 2009/10/10 – Paris le Zénith


    Après un passage sur Arte (One Shot Not, émission mensuelle dont on ne dira jamais assez la qualité de la programmation) l’été dernier les Archive attaquent les choses sérieuses avec une tournée européenne passant Zénith de Paris ce soir, alors qu’un show case est annoncé à la FNAC début novembre et une nouvelle date prévue le 23 janvier à Paris. Hélas, trois fois hélas, Maria Q est absente pour ces premières dates de fin 2009.
    Birdpen assure le warm up, trio 2 guitares / 1 batterie, avec aux cordes Mike Bird et Dave Pen qui se chauffe ainsi la voix. Une musique sombre et dépouillée de bonne facture.

    La lumière s’éteint alors que démarre la petite intro entêtante de Controlling Crowds posée sur boucles électroniques. Une orgue d’église qui ouvre le bal et dont les trilles se faufilent dans les tympans réceptifs de communiants prêts pour la cérémonie, chemine sur nos synapses pour annoncer l’arrivée sur scène du groupe tout de noir vêtu. Darius et Dany assis devant leurs claviers encadrent le groupe de part et d’autre qui se lance dans l’interprétation quasi intégrale et non stop de leur dernier disque.

    Controlling Crowd qui fait l’ouverture aligne 15 minutes de montée de tension sur fond d’un film lunaire où une foule de personnages masqués et revêtus de blanc se précipitent vers nous. Pollard déploie sa voix plate et puissante calé derrière son micro et noyé sous ses cheveux longs. Le tempo impressionnant martelé aux rythmes des pas cadencés de ces personnages filmés que l’on croirait sortis du réacteur explosé d’une centrale atomique est seulement interrompu par le refrain aérien et virginal où chacun respire pour un court répit avant la reprise de la machine folle : I’m scarred of their controlling crowds here they come/ I’m scarred of their controlling crowds here they come/…

    Pollard enchaîne sur Bullets avec ses mélotrons tournoyants et romantiques et nous parle de sa fascination pour la belle dans le ciel incandescent Bullets are the beauty of the blistering sky/ And I don’t know why/ Personal responsability/ Personal responsability…

    Chaque musicien est à sa place. Dany (portait craché de Richard Branson) semble parfois inoccupé devant ses machines qui parlent toute seule, assistant serein au déroulement de cette musique dont il est l’un des inspirateurs depuis l’origine. Darius (portait en brun de Flavio Briatore) est animé du même mouvement perpétuel qui lui fait battre la mesure du bras non occupé par ses claviers, chef d’orchestre putatif d’une mécanique tellement bien huilée qu’elle donne l’impression de se dérouler seule. Steve Harris, toujours cravaté, drible des rythmes et solos devant son ampli et fait les chœurs de temps à autres. Dave Pen est entré sur Words On Signs et Rosco John, le rappeur blanc aux dreadlocks blonds sur Qiuet Time, pour déclamer un texte touffus sur les airs planants de ses collègues, effet inattendu ! Il ne manque que Maria qui on le sait est absente mais nous rejoindra métaphoriquement pour chanter Collapse/Collide. Elle apparaît sur grand écran avec les premiers murmures de piano de ce morceau phare du dernier album, tellement Archive, tellement oppressant. Filmée en plan fixe, l’écran brumeux, stylisé façon cinéma d’antan, se découpe en fines bandes qui déconstruisent et redéfinissent le buste de l’artiste à mesure de l’avancement de la chanson. Le résultat est parfait, l’émotion en moins alors que le clone de Maria déclame Collapse, collide, our hearts collide.

    L’album Controlling crowds est joué presque intégralement avant que le groupe ne se retire laissant le Zénith légèrement sur sa faim. Tout fut parfait, et surtout les compositions, la technique aussi, l’engagement des artistes n’a pas manqué, mais un petit quelque chose de frustrant plane entre nous, peut-être ce supplément d’âme qui d’un excellent concert fait un moment inoubliable. Sans doute l’aspect plus symphonique de leur dernier disque a écrêté les variations de leurs dernières prestations qui se prêtaient mieux au partage live que la succession des morceaux rythmés-planants servis ce soir. Il manquait la colère aujourd’hui !

    Heureusement nos huit gaillards ont encore 30 minutes pour transformer l’essai et ils vont y réussir avec un enchaînement démarré sur i rappé par Rosko son bonnet de laine vissé sur ses locks (morceau coécrit en 1996 par lui-même, Darius et Roya Arab, sœur et chanteuse de Leila [Arab]) suivi de Numb et System où le groupe délivre toute l’énergie que les compositions de Controlling lui avaient fait intérioriser, alors c’est un concentré de violence déchaînée qui se calme sur le classique Again exsudant la douleur amoureuse sur un solo d’harmonica posé sur les arpèges électroniques obsédants, telle la dépression qui noie toute volonté sur son passage.

    Archive : un groupe définitivement intéressant et novateur, à suivre le 23 janvier dans ce même Zénith.

    Set list : Controlling Crowds/ Bullets/ Words On Signs/ Dangervisit/ Quiet Time/ Collapse/Collide/ Clones/ Bastardised Ink/ Kings Of Speed/ Lines/ The Empty Bottle/ Funeral
    Encore : Londinium/ Numb/ System/ Again

  • Animal Collective – 2009/07/16 – Paris la Cigale


    Animal Collective nous amène de Baltimore une musique électronique relativement plus sophistiquée que la moyenne du genre. Le duo américain s’en donne à cœur joie sur ses machines. Le platineur de gauche est affublé d’une lampe de mineur sur le front qui s’agite comme un fil incandescent en une étoile filante dans un firmament plutôt agité, toujours entre deux coups de grisous. Le platineur de gauche se saisit parfois d’une guitare histoire de varier les plaisirs. L’ambiance est chaude-humide en cet été parisien, la tribu de jeunes encapuchonnés de la Cigale oscille aux rythmes des basses électroniques assourdissantes.

    Les morceaux sans queue ni tête s’enchaînent. Le chroniqueur un peu dépassé tente d’y retrouver un fil conducteur auquel s’accrocher. Sans succès… De plus en plus dépité il n’estime pas nécessaire de rester pour le rappel, et fuit, avide de retrouver une bouffée d’air frais et le monde du boulevard Rochechouart autrement mieux structuré que cette musique sans âme.

  • Antony & the Johnsons – 2009/07/09 – Paris Salle Pleyel

    Antony & the Johnsons – 2009/07/09 – Paris Salle Pleyel

    Après sa prestation au Grand Rex en avril, Antony nous revient avec ses Johnsons Salle Pleyel pour présenter The Crying Light et la nouvelle mesure de ses tourments. On ne saurait trouver lieu plus opportun pour accueillir l’ange nouveau de l’undergound. La blancheur dépouillée du décor et la chaleur douce de l’acoustique en bois clair sont le cadre parfait pour la pureté de la voix d’Antony Hegarty et la beauté de ses compositions.

    Il est désormais habillé en femme, vêtu d’une robe de soie Givenchy somptueuse avec collerette matelassée (« [qui lui] …rappelle son chat quand il se couchait sur ses épaules ») et traîne royale. Assis au piano dans ses froufrous de soie, sur le coté, il laisse le centre de la scène à ses musiciens, cordes et cuivres. L’éclairage est tamisé pour préserver l’intimité du show.

    Antony a beaucoup grossi depuis ses concerts parisiens de 2005, ce qui semble avoir libéré sa parole. Il est devenu très bavard entre les chansons au milieu de grands éclats de rire. Il se lance même dans un défilé de mode devant une audience éberluée pour faire admirer sa nouvelle parure.
    Grimé en une espèce de Castafiore gonflée à l’hélium, revenant ainsi sur le thème du travestissement si cher à son cœur et permanent dans son imaginaire.

    One day I’ll grow up,
    I’ll be a beautiful girl
    But for today I am a child,
    for today I am a boy

    Il a encore épuré sa voix et son art pour nous mener toujours plus haut sur les sommets de l’émotion musicale. Le public cette année n’est plus distrait par la mise en scène rocambolesque de 2005 mais juste concentré sur un grand piano noir où se réfléchit cet artiste inqualifiable, éclairage à contre-jour, entouré d’un groupe de musiciens délicats qui ne sont pas les derniers à poser leur part de pureté sur ce concert.

    Plus d’une fois on est saisi par la beauté qui exhale de ses cordes vocales, amplitude, vibrato, pose, c’est un torrent de douceur et d’amertume qui se perd dans un océan de tristesse. Une voix aux accents blues et jazzy, une voix aux références imperceptibles, une voix qui réalise l’alchimie parfaite de ses influences et de son âme. Heureusement il parle à n’en plus finir entre ses chansons comme pour laisser aux spectateurs le temps de se reprendre. Chacun est au bord de la défaillance lorsqu’il joue de cette voix au-delà du sublime (certainement étayée par une solide technique).
    La poésie de ses textes n’est pas moins bouleversante que les notes sur lesquelles ils reposent. Il est question de monde perdu, d’univers rêvé, de colombe fuyante, il est question d’une âme complexe et tiraillée par l’angoisse, de pureté dévoyée, de personnalité introuvable, d’aspiration impossible.

    I’m only a child
    Born upon a grave
    Dancing through the stations
    Calling out my name.

    On l’a vu et écouté l’an passé assurer les chœurs de Lou Reed sur Berlin et reprendre en rappel un Candy Says qui en a secoué plus d’un. Aussi à l’aise dans les reprises des artistes qui l’entourent que dans ses propres compositions, il transcende la fragilité qu’il inspire, sûr de son art et de son pouvoir. Chaque écoute d’une de ses chansons, chaque show auquel on assiste, donne une étrange impression d’éphémère mais ce troisième disque The Crying Light confirme la marche sans faille de cet artiste puissant vers une œuvre essentielle.

  • Leonard Cohen – 2009/07/07 – Paris Bercy

    Retour à Paris pour Leonard Cohen et son groupe d’exception. Après trois Olympia en novembre dernier il s’est produit ce soir à Bercy et a submergé ses spectateurs de la même vague de tendresse et de sérénité. Le show fut à l’identique mais pourra-t-on jamais se lasser de partager avec cet immense artiste sa musique crépusculaire et ses mots subtils ? Un point d’orgue parmi bien d’autres fut le Chant des Partisans qui a serré le cœur des parisiens éperdus d’admiration et de reconnaissance. Mais aussi Boogie Street entonnée par une Sharon Robinson épanouie et bouleversante dont la voix pénétrante a irradié la cathédrale de Bercy d’un immense frisson : O Crown of Light/ O Darkened One/ I never thought we’d meet/ You kiss my lips, and then it’s done/ I’m back on Boogie Street/ A sip of wine, a cigarette/ And then it’s time to go… Quand à If It Be Your Will de nouveau repris par les Webb sisters après les premiers vers récités par Leonard, eh bien j’ai trouvé la musique (et la version) que je veux faire jouer sur ma tombe au jour du grand départ !

    Les récitals de Leonard Cohen à Paris auront marqué cette saison musicale 2008/09 de la trace des plus grands et imprégné l’âme des spectateurs d’un fulgurant éblouissement.

  • Marianne Faithfull – 2009/06/18 – Paris la Cité de la Musique

    Paris rend hommage à Marianne Faithfull en ce mois de juin et lui offre l’occasion de dévoiler son Domaine privé à l’occasion d’une série de manifestations dans le cadre de la généreuse et inventive Cité de la Musique : elle chante Kurt Weil (Salle Pleyel) le 6, invite Rufus Wainwright le 16, introduit les Shakespeare Songs le 17, chante Easy Come Easy Go le 18, présente les poètes de la beat generation le 19 et passe à l’écran le 20 avec quatre des films dans lesquels elle a joué.

    Pour le show Easy come Easy go ce 18 juin Marianne est entourée d’un remarquable ensemble cordes, cuivres, claviers et électricité, dont l’excellent Marc Ribot à la guitare. Elle est habillée avec élégance d’une veste à galons digne de Nelson et de talons hauts, d’un bustier et de longs gants. Ce soir elle nous délivre son message underground d’une incroyable voix rauque et grave, d’une touchante présence dans cette salle policée peuplée de quinqua amoureux et conquis. Son dernier album Easy Time Easy Go est un double CD de reprises de notes et de mots qui l’ont touchée (Dolly Parton, Duke Ellington mais aussi Brian Eno, Morrissey, Black Rebel Motorcycle Club). Elle en jouera une grande partie sans oublier le retour sur les classiques Broken English, la troublante Ballad of Lucy Jordan

    At the age of thirty-seven she realised shed never
    Ride through Paris in a sports car with the warm wind in her hair

    et les incontournables références stoniennes As Tears Go by et Sister Morphine.

    Au milieu du show elle fait valser des talons aiguilles, ajuste son micro pour redevenir la chanteuse aux pieds nus que nous connaissons, la troublante égérie d’un univers rock presqu’aujourd’hui disparu. Elle continue à nous en restituer le parfum amer avec une sereine nostalgie. Pas une artiste, mais la passagère du temps à la barre d’un esquif musical qui a affronté bien des tempêtes, l’interprète subtile d’un monde à la dérive qui se rattrape aux branches de la création artistique. Avec beaucoup de gentillesse elle salue ses musiciens et avec autant de simplicité, seule sur le bord de la scène, elle serre les mains d’un public attendri qui ne se résout pas à la laisser partir.

    All I hear is the sound
    Of rain falling on the ground
    I sit and watch
    As tears go by.

  • AC/DC – 2009/06/12 – Paris Stade de France


    AC/DC au Stade de France. Ambiance chaleureuse et bon enfant au Stadium : 80% de mecs et le reste de nanas. On est quand même à un show d’AC/DC et pas dans un salon de thé. 70% de la population porte les cornes rouges clignotantes de circonstance, effet arbre de Noël garanti lorsque la nuit sera tombée.

    Le concert démarre à 21 h pile sur un dessin animé montrant une locomotive emballée, Angus chargeant la chaudière à grandes pelletées de charbon malgré les distractions salaces délivrées par deux créatures de rêve en mini-jupettes qui jouent avec sa fourche de diablotin.

    Une loco factice de taille réelle crève alors l’écran et restera de guingois au-dessus de la scène durant tout le concert, servant même de cheval d’acier à une énorme poupée gonflable à la gargantuesque poitrine, vêtue d’un panty rose, sur Whole Lotta Rosie.

    La bande déboule sur scène sur Rock ‘n’ Roll Train, grimée des costumes de circonstance, sans surprise mais avec, 30 années plus tard, l’énergie des premiers jours. Des casquettes variées masquent les calvities plus que naissantes d’Angus et de Brian qui font le spectacle. Ce dernier à l’élégance majestueuse d’un pachyderme, une sorte de clone croisé de Coluche et Bernard Lavilliers, déambule en veste débardeur, une flamme imprimée dans le dos, roule ses gros biscoteaux rapidement recouvert de sueur et chante la tête rentrée dans les épaules d’une si voix stridente qu’on lui croirait deux doigts branchées dans la prise de courant alternatif. Angus arbore son éternel costume d’écolier en velours noir et s’accroche à sa guitare dont il joue avec une virtuosité qui égale son classicisme hard-rockeux. Assez vite il nous gratifie de son striptease ordinaire sur The Jack jusqu’à finir en bermuda après avoir montré son postérieur serti du caleçon AC/DC retransmis sur grand écran de 10 mètres de haut. Le Stade de France exulte et reprend en chœur She’s got the jack, jack, jack et on imagine sans peine la nature turgescente du jack.

    Le reste de la bande australienne assure la rythmique en fond de scène caché sous de longues chevelures non atteintes par l’usure du temps.

    Les classiques du groupe sont passées en revue plus une incursion dans le dernier CD Black Ice sortie (avec succès) fin 2008 : Hell’s Bells en intro de laquelle Brian déplace son double-quintal dans une course folle pour finir suspendu au carillon de la cloche AC/DC descendu au-dessus de la scène, War Game avec un nouveau dessin animé et Angus aux commandes d’une forteresse volante déversant des flots de guitares rouges tels les B52 bombardant les plaines du Mékong d’agent orange, et bien d’autres.
    La fin du show est annoncée lorsque qu’Angus apparaît seul sur une Bstage posée au milieu du stade pour nous vriller les tympans une dernière fois en nous gratifiant d’un interminable solo.

    La horde revient pour un rappel avec Highway to Hell et For those about to rock (we salute you) et ses traditionnels 21 coups de canons. Trois générations de fans repartent sagement vers le RER avec leurs casques à cornes clignotantes, sans oublier un stop merchandising pour ramener un T-shirt Black Ice.

    Le rideau tombe sur l’un des plus gros groupes de rock de la planète. AC/DC vous salue et vous souhaite de retrouver rapidement votre capacité auditive légèrement embrumée après deux heures de martellement sonique.

  • The Asteroids Galaxy Tour – 2009/05/30 – Paris le Point Ephémère

    Découvert sur Arte (One Shot Not) le groupe nordique The Asteroids Galaxy Tour se produit ce soir au Point Ephémère. Le duo danois Mette et Lars forment le chœur du groupe, elle, sorte de Blondie slave à la voix aigue et joyeuse, lui, à la basse et aux claviers, coiffé d’un improbable keffieh. Mette danse et tournoie les bras largement déployés, le guitariste est rapidement torse nu, la section cuivre souffle tant qu’elle peut et marque le rythme de couinements délicieux. Tout ce petit monde plein d’innocence délivre une pop/reggae/funk sans ostentation ni technologie, juste de la joie de vivre et de jouer. Une ambiance légèrement anarco-psychédélique règne sur scène, accentuée par l’ambiance confinée du Point, mais notre équipe détendue n’en est pas moins professionnelle et entoure Mette qui incarne si bien cette musique légère et endiablée :

    Flying away from reality/ Whatever-ever happened to gravity?/ I see it clear, a shooting star/ And I’m really gonna sing it like da-da-da,

    et qui parfois se laisse aller à vocaliser des Whoooooo, whooooooooo dignes de La Callas, assorti d’un regard narquois derrière ses lunettes fluo perdues sous une cascade de blondeur. Rafraichissant comme un glaçon dans un verre d’Aquavit !

  • The Ting Tings – 2009/05/07 – Paris le Bataclan

    The Ting Tings au Bataclan pour une soirée de mai plutôt chaude, un couple de musiciens de Manchester montés sur ressort, un concentré d’énergie et de simplicité, The Ting Tings ont enflammé Paris.

    Après l’extinction des feus, Jules de Martino arrive éclairé par derrière, grosses lunettes à montures vertes, monte l’estrade et marque une pose devant son clavier tel un empereur romain se demandant le sort qu’il va réserver aux gladiateurs. Le temps de lancer une petite ritournelle en boucle, il s’assied sur sa batterie, aligne quelques riffs de guitare, délaisse les cordes et s’empare des baguettes pour marquer un beat redoutable qui sera la marque de la soirée. Katie White déboule ensuite sur sa propre estrade, jupette à carreaux et casquette ouvrière sur chevaux blonds, elle chante en tripotant un peu d’électronique, puis passe avec talent à la guitare, le tout sans arrêter de danser et de grimper d’une estrade à l’autre, sous l’œil attentif de Jules. Une voix parfaitement maîtrisée, aigue comme le sentiment d’urgence qui anime ce show.

    Episodiquement apparaissent en fond de scène trois grâces qui soufflent dans des cuivres, grandes lianes accrochées à leurs instruments, l’une en perruque jaune, l’autre en perruque bleue et la troisième en rouge.

    Les Ting Tings nous déclinent leur unique disque We Started Nothing devant des spectateurs qui s’agitent et une température qui monte en flèche. Au fond il n’y a rien d’exceptionnel dans ces compositions, elles sont bien pensées et plus que correctement balancées. Les deux musiciens tiennent leur rôle, techniquement sans plus. Mais il y surtout la magie de ce duo diabolique qui marie si parfaitement musique et attitude, qui porte le rythme comme une religion, qui sait trouver l’alchimie entre la brutalité du rock et la répétitivité de l’électronique, l’humanité de la voix humaine marié à la modernité des compositions. Il y a du brio et du culot dans cette prestation, de l’insouciance dans la création mais déjà assortie de conscience. Bien sûr on pense aux Talking Heads / Tom Tom Club auxquels ils se réfèrent eux-mêmes. C’est du plus concentré mais tout aussi réjouissant.

    1h20 de concert, les tubes s’alignent, l’audience trépigne, Mon Dieu qu’il fait chaud ! Le chroniqueur ressort ébahi et plutôt humide d’une soirée parisienne de mai !

  • Lily Allen – 2009/05/06 – Paris la Cigale

    Lily Allen, petite brune londonienne de 23 ans vient chanter ses grivoiseries sur la scène de la Cigale. L’audience est jeune et conquise, on vient même avec ses petites sœurs encore l’école primaire. Pour nous faire patienter deux DJ’s encapuchonnés bricolent du Daft Punk sur leurs platines en ayant l’air de considérablement s’ennuyer. La salle s’ébroue et les siffle copieusement.

    Lorsque les lumières s’éteignent, un grand drap blanc masque la scène et les musiciens commencent à jouer en ombres chinoises. Lily danse déjà sur ses hauts talons avant que ne tombe le rideau. Elle apparaît en short sur bas résille et body noir. Une chevelure sombre qu’elle passe son temps à lisser, elle va de long en large sur la scène, mutine et cabote, délicieuse et tête à claques. Lolita aux longues jambes elle grimace de son petit minois mutin tout en chantant, plutôt bien, des chansons entraînantes et formatées tubes-ados. Les textes sont plutôt inattendus et devraient en principe faire rougir les jeunes filles en fleur qui reprennent en cœur Not Fair : When we go up to bed you’re just not good/ Its such a shame/ …Its not fair/ …But you never make me scream/ …All you do is take/ Oh I lie here in the wet patch/ In the middle of the bed/ I’m feeling pretty damn hard done by/ I spent ages giving head…

    Nouvelle héroïne des adolescents, alternant clope et verre de blanc, Lily nous déroule un show sucré devant un parterre de gamin(e)s en adoration. Lorsque l’on dépasse un peu les 25 ans il faut tout de même quelques minutes avant de rentrer dans le spectacle, mais on y arrive finalement. On peut lui reconnaître un vrai talent de show-woman et surtout une très jolie voix au service d’un véritable talent de chanteuse. Le reste est sans trop d’importance et sera vite oublié.

    Libération ne peut s’empêcher de titrer : « Lily a tenu son public en Allen » et l’accuse d’utiliser un prompteur.