Catégorie : Histoire

  • L’hospitalité au Vietnam

    McCain candidat républicain à la présidence américaine : il a passé cinq années dans les geôles Viêt-Cong durant la guerre américaine et on connaît le raffinement du peuple de Ho-Chi-Min pour accueillir ses invités de marque. Il en est d’ailleurs resté infirme pour le restant de ses jours. Cela promet pour le développement des relations américano-vietnamiennes…

    On se souvient du Général Bigeard revenant, des années plus tard, sur l’évacuation des prisonniers de l’armée française dans la jungle après la chute de Din Bien Phu en 1954 : « une banane par jour, et on ramenait les gars vivants ». Cette évacuation fut une véritable hécatombe pour les soldats vaincus qui durent parcourir 700 km jusqu’aux camps de rééducation qui les attendaient et où aussi nombre des survivants ne résistèrent pas aux conditions effroyables de leur captivité. Bien après la fin de cette guerre de décolonisation, Bigeard retourna au Vietnam en 1994 où il fut accueilli par son alter-égo vietnamien, le Général Giap. Bigeard souhaitait que ses cendres soient dispersées au-dessus du champ de bataille de Dien Bien Phu après sa mort qui intervint en 2010, mais cette requête fut formellement repoussée par le Vietnam.

    Les Vietnamiens sont en général très accueillants, sauf lorsqu’on rentre chez eux les armes à la main…

  • Règlement de comptes à N’Djaména

    Stupeur et consternation chez les bonnes âmes du développement démocratique de l’Afrique, et du Tchad en particulier. Il semblerait qu’Idriss fort de sa victoire (assistée par l’armée française) contre ses rebelles, aient arrêté quelques opposants. Est-ce possible ? Oublie-t-on également que de Gaulle embastilla Salan et sa bande après le putsch des généraux d’Alger ? Evidemment ils n’ont pas été massacrés à la Santé comme risquent de l’être les opposants tchadiens dans les bas-fonds de N’Djamena. Ils avaient choisi leur adversaire, général certes, mais démocrate dans le fond ! On ne peut sans doute pas en dire autant de tous les galonnés africains, pourtant souvent formés à Saint-Cyr.

  • L’opinion publique éphémère

    La presse et la politicaille glosent sur la baisse de popularité de notre hyper-agité du ciboulot, le président Sarkozy. Pas un mot pour souligner l’éphémère de l’opinion publique, pas plus pour rappeler qu’en mars 1944 le peuple de Paris chantait Maréchal Nous Voilà pour accueillir Pétain dans les rues de la capitale alors que quatre mois plus tard la même opinion publique acclamera de Gaulle comme libérateur de la Nation. Ephémère, on vous dit, éphémère. L’électeur a la mémoire aussi courte que la vue de l’analyste géopoliticien mondain qui n’aime rien tant que conjecturer sur l’inutile.

  • Dérive « humanitaire »

    Une bande de zozos humanitaires se fait prendre la main dans le sac d’une sombre histoire d’enfants soudanais à faire adopter en France. Il semble à première analyse que les enfants n’étaient pas plus soudanais qu’orphelins et que tout ce cirque s’apparenterait légalement à de l’enlèvement d’enfants.

    Idriss Déby, chef de guerre actuellement au pouvoir au Tchad ne peut s’empêcher de donner des leçons de morale à la France… qui l’a cherché sur ce coup-là, c’est un peu douloureux à entendre. Idriss est un guerrier local de l’ethnie Zaghawa, proche des Toubous, ni plus ni moins sanguinaire que ceux qui l’ont précédé et ceux qui le suivront. En revanche, il est plutôt bien tombé dans le calendrier politique local car il a réussi à prendre le pouvoir par la force au moment où l’on découvrait du pétrole dans son pays et, surtout, avec l’aide de l’armée française qui voulait la peau de son prédécesseur Hissen Habré de l’ethnie Toubou.

    Hissen s’était rendu célèbre lorsqu’il était dans la rébellion armée, en enlevant Mme. Claustre, ethnologue, qu’il avait détenue dans le désert durant de long mois, et surtout en abattant un officier français, le Commandant Galopin, qui était venu négocier sa libération. Comme ensuite Hissen avait été président du pays lors du coup d’Etat suivant, les officiels français et leur armée avait du mal lui faire les salamalecs de circonstance durant plusieurs années eu égard à son rang de président. Il paraît que certains militaires français digéraient difficilement le chapeau que la raison d’Etat leur faisait avaler. On les a même vus forcés de défendre le régime d’Hissen attaqué par la Lybie.

    Dès le coup d’Etat suivant (mode normal de transition politique) l’armée française a puissamment armé et soutenu Idriss qui a dégagé Hissen qui a quitté N’Ndjamena sans y laisser ses plumes (au grand regret des acteurs locaux et sans doute de l’armée française qui l’aurait bien accroché à son tableau de chasse) mais en prenant le temps de dévaliser la Banque centrale au passage. Il est depuis en exil au Sénégal, faisant vaguement face à une procédure judiciaire pour crimes contre l’Humanité ou équivalent.

    Depuis, le Tchad vit sa vie, de rébellions en faillites, de coups d’Etat en mutineries. Ce pays est peuplé de guerriers impénitents qui sont nés comme ça et mourront sans avoir changé. Le chroniqueur se souvient des militaires français en Centrafrique qui expliquaient que lors de la reprise d’une base libyenne de la bande d’Aozou, ils avaient expliqué aux militaires Tchadiens que d’après leurs calculs, en passant les champs de mines qui cernaient la base sur leurs Toyota à plus de 80 km/h, les mines explosaient derrière le véhicule… ceux qui n’arrivaient pas à tenir la vitesse minimum y restaient. Ils sont montés à l’assaut et les Libyens se sont carapatés chez eux, l’armée françaises n’ayant apporté qu’un amical soutien logistique à cette affaire africano-africaine.

    On a vu aussi les guerriers tchadiens de la force interafricaine en charge de rétablir l’ordre à Bangui, le ramener à coups de canons sans recul dans les rues de cette charmante bourgade avant d’aller finir le travail au couteau dans les quartiers. L’ordre a été rétabli…

    Un peuple intrépide donc, sans doute plus porté à la guerre des sables qu’à l’administration d’une justice sereine. Ils sont malins les Tchadiens et appuient là où cela fait mal à coups de rodomontades médiatisées. On en ferait autant à leur place, ils ont le beau rôle. Sarko Supermen n’en a cure et saute dans un avion pour aller exfiltrer ceux qu’il peut. On imagine qu’il a dû rappeler gentiment à Idriss l’amical soutien militaire français depuis des années, pour repartir avec ceux des humanitaires qui paraissaient les moins impliqués. On verra la suite plus tard quand le Tchad aura mené à bien son cirque judiciaire.

    Etant donné que toute cette rocambolesque affaire semblait connue, on se demande si l’on n’aurait pas pu arrêter cette aventure avant le désastre ? Le droit d’ingérence devrait être borné par l’obligation de résultat. Ce dernier n’est pas glorieux !

  • Budapest, des relents de guerre froide

    Traversée du pont des Chaînes sur le Danube à Budapest qui relie l’est et l’ouest de l’Europe ; le vieux continent si débordant d’Histoire.

  • Retour sur le pouvoir maoïste au Cambodge

    Une série de passionnantes émissions sur France Culture accompagne le café du matin depuis plusieurs jours : l’Histoire des quatre années Khmères rouges au Cambodge entre 1975 et 1979, ou comment ce régime est arrivé au pouvoir, l’a exercé, l’a plus ou moins quitté et n’a toujours pas rendu compte du massacre d’un tiers de sa population en relativement peu de temps. Il s’est agi de la mise en œuvre de la Vraie Révolution, telle que même Mao l’a rêvée sans arriver à l’appliquer en Chine. La Révolution pure !

    Ces quatre années dépassent l’entendement : la ville de Phnom Penh vidée de ses deux millions d’habitants le jour de sa libération par les Khmers rouges (2 millions d’habitants expulsés en une journée !!!), le peuple ancien composé des bons paysans et le peuple nouveau des mauvais citadins pollués par l’Occident. Tout ce petit monde envoyé dans les rizières, l’esclavage, la famine, les camps de rééducation, les millions de morts, l’Organisation Angkar, anonyme et toute puissante (pendant les deux premières années le nom des dirigeants du pays restera inconnu, une première dans la diplomatie internationale !) décide de tout. La fermeture totale du Royaume à toute influence externe en dehors de la Chine qui ne ménage pas son soutien à cette expérience révolutionnaire et qui accueille d’ailleurs le prince Sihanouk quelque peu dépassé par les évènements.

    L’aveuglement du reste du monde, médias comme politiques, personne n’a cru à ce qui se passait : le massacre idéologisé et industrialisé des cambodgiens par d’autres cambodgiens, fomenté par une clique maoïste, en partie formée par l’Université française (Khieu Samphan a soutenu sa thèse à la Sorbonne dans les années 50, détaillant grosso modo le programme polico-économique qu’il mettra en œuvre avec L’Angkar) germé sur le fumier de la guerre civile et des guerres sud-asiatiques attisées par l’Occident en lutte contre le communisme.

    C’est le Vietnam, ennemi historique du Cambodge, qui mettra fin à l’expérience sanglante. Du coup, la Chine et les Etats-Unis, ennemis historiques du Vietnam soutiendront longtemps la représentation Khmer rouge à l’ONU pour éviter d’y accueillir un représentant cambodgien provietnamien ! Grandeur et décadence de la politique internationale.

    Le plus incroyable est que le pouvoir actuel provietnamien reste plus ou moins issu du régime Khmer rouge et que cela ne dérange personne. Ieng Sary et Khieu Samphan, Frères n° « 3, 4 ou 5 » de l’Angkar coulent des jours paisibles à Phnom Penh en assistant goguenards à la constitution d’un Tribunal international pour juger les crimes contre l’Humanité Khmers rouges, jugement dont personne ne veut, ce qui laisse douter de la tenue d’un procès avant la disparition des derniers protagonistes vivants. Jacques Vergès est bien entendu déjà sur les rangs pour défendre Khieu Samphan… En attendant, le peuple Khmer vaque à ses occupations et gère ses traumatismes. Dans les campagnes, comme au Rwanda, les anciens tortionnaires cohabitent avec les survivants, sans trop de problèmes semble-t-il.

    Cette Histoire est proprement incroyable, et tout se passait dans les années 70, si près. La seule leçon à en tirer : livré à lui-même, laissé à la merci de l’idéologie et sans contrôle démocratique, l’Homme laisse libre cours à sa noirceur et n’est pas capable de réfréner ses ambitions de domination et ses instincts sanguinaires. C’est malheureusement un axiome confirmé quel que soit le continent.

    Depuis le régime cryptocommuniste au pouvoir a rétabli une république populaire moitié mafieuse, moitié capitaliste qui n’a pas vraiment sorti le pays de ses démons passés. Le peuple bouddhiste continue à méditer dans ses rizières sur l’une de ses rengaines favorites :

    Quand tu entres dans la rivière, le crocodile t’attend ; quand tu montes sur la berge c’est le tigre qui t’attend !

  • Pologne vs. Allemagne

    Plus c’est gros et plus ça passe ! Au cœur de la négociation européenne sur le poids respectif des pays dans les votes communautaires, les Polonais affirment que s’il n’y avait pas eu la seconde guerre mondiale, ils seraient aujourd’hui peuplés de 66 millions d’habitants au lieu de 38. Les Allemands ont dû apprécier…

  • Dylan Bob, ‘Chroniques volume 1’.

    Sortie : , Chez : . L’arrivée de Bob Dylan à New York au début des 60’s, il joue dans des caves enfumées, vit à la petite semaine chez des potes et cherche à percer dans la musique folk. L’enregistrement (difficile) en 1987 de Oh Mercy produit par Daniel Lanois, à la Nouvelle Orléans. La signature de son premier contrat chez Columbia Records, la vénération pour Woddy Guthrie et Robert Johnson, la phobie de l’image qu’on lui a collée de porte-parole d’une génération… On suit d’une façon non chronologique les étapes de ce grand poète dont la plume autobiographique se révèle douce, concise et perspicace : « Je n’ai jamais vraiment été plus que ça : un musicien de folk qui scrutait la buée derrière un écran de larmes, dont les chansons flottaient dans une brume lumineuse. »

  • de Saint Marc / von Kageneck Hélie / August, ‘Notre Histoire 1922-1945’.

    Sortie : , Chez : . Ils sont issus de l’aristocratie française et allemande, il ont connu l’indicible dans leurs vingt ans : Buchenwald pour l’un, le front de Stalingrad pour l’autre. Ensemble ils retracent ce naufrage de notre vieille Europe sombrant dans la barbarie et qui ne s’en est jamais remise. C’était notre XXe siècle… Ils ont cette calme réserve des hommes qui sont allés au bout de l’enfer et pour qui désormais tout jour qui se lève est une nouvelle lueur d’espoir.