Catégorie : Autres no-musique

  • « La femme la plus riche du monde » de Thierry Klifa

    « La femme la plus riche du monde » de Thierry Klifa

    C’est l’histoire de Liliane Bettencourt, jouée par Isabelle Huppert, mise en scène par Thierry Klifa. Un avertissement après le générique informe les spectateurs que ce dernier a pu prendre quelques libertés avec la vérité vraie de cet incroyable feuilleton financiaro-politique, familial et amoureux qui occupa l’actualité française à

    la fin des années 1990 avec les aventures de Mme. Bettencourt, héritière de l’empire L’Oréal créé par son père, faisant d’elle l’une des femmes les plus riches du monde.

    L’histoire tourne bien sûr autour de l’amitié-amoureuse portée par la vieille dame au jeune homosexuel, photographe-artiste-écrivain, joué par Laurent Lafitte, descendu dans sa vie par hasard et qui va l’enchanter de sa bonne humeur et de ses provocations. Il la distrait du milieu guindé des affaires, du CAC40 et de Neuilly où elle promène sa morgue et son ennui, entre son mari, leur fille unique et toute une valetaille aux ordres. Il la rejoint dans son hôtel particulier en mobylette et pour le remercier de cette joie de vivre dans laquelle il la plonge elle commence à le couvrir de cadeaux, mais les « cadeaux » d’une richissime Mme. Bettencourt se chiffrent en millions d’euros, voire en dizaines de millions… au point d’inquiéter sa fille qui accuse Banier d’abus de faiblesse contre la personne de sa mère pour lui détourner une (petite) partie de son immense fortune. Tout ceci se termine en justice puis finalement se règle dans le secret dans cabinets d’avocats pour éviter trop de scandale public.

    Le film croque savoureusement ce conflit entre mère, fille et le trublion Banier, avec les milliards d’euros qui planent sans cesse au-dessus de cette histoire de famille où se mêlent ambition, égoïsme, rancune, jalousie et, pour couronner le tout, un peu de passé collaborationniste et antisémite qui remonte à la surface. Les acteurs dans le film portent des noms différents des véritables personnages mais de façon très transparente. Evidemment on ne sait pas ce qui s’est dit dans les salons feutrés à Neuilly de cette très grande bourgeoisie mais de ce que la justice a révélé on peut imaginer que le film est assez proche de la réalité de la famille Bettencourt. Liliane n’est d’ailleurs pas décrite comme une simple potiche siégeant au conseil d’administration de L’Oréal mais comme une dirigeante qui continua de développer le groupe de cosmétique fondé par son père avant de passer la main.

    On s’attendait peut-être à un scénario plus moqueur et ironique, il n’en n’est rien. Malgré quelques passages désopilants comme celui où Liliane, au siège de la compagnie, tape sur un distributeur de boisson pour en extirper une bouteille ignorant complètement qu’il faut d’abord mettre une pièce dans la machine… évidemment, elle n’est pas habituée à payer elle-même ses consommations, le film est plutôt sérieux et précis, sans être méchant, dans son récit de la comédie humaine de cette bourgeoisie d’élite.

  • « L’Art déco des régions. Modernités méconnues. » au musée de Valence, art et archéologie

    « L’Art déco des régions. Modernités méconnues. » au musée de Valence, art et archéologie

    C’est le centenaire de l’Art-décoratif et de l’exposition internationale de Paris en 1925 qui donna tout son éclat à cet art nouveau, en réalité apparu bien avant, dans les années 1840, Ce style à la fois fonctionnel et ornemental s’est aussi décliné par région en France et c’est ce que nous montre le musée de Valence en se concentrant sur la Bretagne, le Pays basque et la Drôme. L’art décoratif en France est aussi régionalisé et c’est très bien ainsi. Ce centenaire va être célébré au niveau national, nombre d’expositions sont déjà programmées sur le sujet, à Paris (musée des Arts décoratifs, musée Zadkine, cité de l’Architecture, vitrines des grands magasins…) et ailleurs.

  • « Left-handed girl » de Tsou Shih-ching

    « Left-handed girl » de Tsou Shih-ching

    C’est un film doux et intimiste présenté par le réalisateur taiwanais Tsou Shih-ching en collaboration avec le réalisateur américain Sean Baker. Une mère (Shu-fen) vient s’installer à Taïpei avec ses deux filles. Elle tient un stand de noodles dans un marché nocturne de la capitale taïwanaise, sa fille aînée, I-ann, post-ado tête-à-claques, travaille dans un tabac vendeur de bétel en entretenant une relation avec son patron, et la petite dernière, I-jing, qui est la véritable héroïne de ce film et l’actrice de charme de son casting.

    Les affaires ne vont pas fort pour les noodles, le mari de Shu-fen partis depuis dix ans réapparaît en phase terminale d’un cancer du poumon, sa mère traficote dans les faux passeports, son père est perdu dans ses croyances d’un autre âge et veut convaincre I-jing, qui est gauchère, que la main gauche étant « celle du diable » il ne faut pas s’en servir. Les sœurs de Shu-feng lui reprochent de toujours demander de l’argent à leur mère et son frère

    Alors du haut de ses huit ans I-jing se promène à la sortie de l’école dans ce marché asiatique coloré et hyperactif. Elle trottine dans ses allées surpeuplées à la recherche de solutions pour aider sa mère dont elle perçoit les difficultés. Elle va utiliser pour ce faire des méthodes un peu particulières que tout le monde lui pardonnera tant elle est mignonne et naïve. La caméra filme à hauteur de ce petit bout’chou si séduisant, personnage clé du drame familial.

    Ce film est une petite merveille de tendresse dans l’atmosphère survoltée de la nuit de Taïpei. Les tracas de cette famille vont se terminer en apothéose et, finalement, plutôt bien.

  • « Niki de Saint Phalle, Jean Tinguely, Pontus Hulten » au Grand Palais

    « Niki de Saint Phalle, Jean Tinguely, Pontus Hulten » au Grand Palais

    C’est une exposition décapante que nous montre le Grand Palais sur deux artistes marquants de l’art contemporain du XXe siècle, Niki de Saint Phalle (1930-2002) et Jean Tinguely (1925-1991), complétés par Pontus Hulten (1924-2006), conservateur de musée suédois, qui dirigea notamment le centre Pompidou à Beaubourg de 1977 à 1981, et qui soutint l’œuvre des deux premiers, associés dans l’art toute leur vie et couple à la ville quelques années durant.

    De Saint Phalle, artiste franco-américaine, on connaît ses fameuses « Nanas », sculptures gigantesques et colorées représentant le plus souvent des femmes aux formes pulpeuses, un peu effrayantes, composées en plâtre et en grillage. C’était sa façon originale d’exprimer son soutien à la cause féministe. L’exposition nous montre aussi des œuvres moins frappantes et plus torturées de l’artiste, souvent centrées sur la notion de monstre. Des compositions de grandes tailles, sortes d’assemblages baroques de matières diverses, en relief, marquant la créativité tourmentée de l’artiste.

    Niki de Saint Phalle a été violée par son père lorsqu’elle était enfant et subit les conséquences de ce traumatisme le reste de sa vie, influant son œuvre sous différents aspects, et certainement dans ses compositions sur les monstres et les dragons.

    Peindre calmait le chaos qui agitait mon âme. C’était une façon de domestiquer ces dragons qui ont toujours surgi dans mon travail.

    Niki de Saint Phalle

    Lire aussi : de SAINT-PHALLE Niki, ‘ Mon secret’.

    Elle s’est d’abord rendue célèbre par ses séries « Tirs » pour lesquelles elle tirait au fusil sur des collages comportant des poches de peinture qui en explosant répandaient leur contenu sur le reste du tableau. Des vidéos montrent ces séances de tir et le grand sourire de l’artiste utilisant cette méthode plutôt originale.

    Jean Tinguely a, lui, créé des « machines » étranges, mécanismes tintinnabulants, sortes de moquerie de la civilisation industrielle et de contestation de l’académisme dans l’art. Des exemplaires de ce bric-à-brac métallique sont exposés et déclenchent plutôt l’ironie que l’émotion chez le spectateur.

    Tous les deux ont mené leurs carrières artistiques en commun, s’inspirant l’un l’autre et veillant sur chacun. Ils furent aussi couple à la ville quelques années, se marièrent légalement, au crépuscule de leurs vies, alors qu’ils ne l’étaient plus, afin que le survivant soit l’ayant-droit du disparu pour continuer à faire vivre son œuvre. C’est ce fit Niki de Saint Phalle pendant une dizaine d’années après le décès de Jean Tinguely en 1991

    Pontus Hulten fit partie de ces innovateurs qui ont su promouvoir ces artistes révolutionnaires qui étaient sans doute peu compris à leur époque mais c’est aussi grâce cette attitude qualifiée « d’anarchisme joyeux » par la conservatrice des collections contemporaines du centre Beaubourg que le monde de l’art a évolué, et continue de le faire.

    C’est une bonne chose que le Grand Palais ait ainsi investi la modernité même si celle-ci déclenche plus d’intérêt que d’émotion.

  • « Le Mur de Berlin. Un monde divisé » à la cité de l’Architecture

    « Le Mur de Berlin. Un monde divisé » à la cité de l’Architecture

    Ce sont les derniers jours de la très intéressante exposition sur le mur de Berlin à la cité de l’Architecture, la foule se presse et toutes les réservations sont closes pour le week-end. C’est toute l’histoire de Berlin de 1945 à 1989 devant laquelle défile les visiteurs, l’histoire en fait d’une bonne partie de l’Europe de l’après-IIe guerre mondiale tiraillée entre deux idéologies en conflit : le libéralisme vs. le communisme. Les « boomers » ont déjà vu nombre des photos et des vidéos montrées mais on ne se lasse pas de les revoir tant ce qu’elles montrent a marqué une époque où ce qui se passait en Europe importait pour le reste de la planète, ce qui est de moins en moins vrai aujourd’hui.

    Cette exposition est aussi l’occasion de plonger dans les ravages que peut provoquer la division d’un pays qui, dans le cas de l’Allemagne, symbolisait aussi la division du monde. Après la guerre et l’implication du monde soviétique dans la victoire alliée, l’Allemagne de l’est fut durant des décennies le bon élève du communisme mise en œuvre par une nomenklatura locale, sous l’œil attentif de Moscou, car ce sont des Allemands qui gouvernaient la République démocratique d’Allemagne, ce sont des Allemands qui composaient la redoutable police politique STASI, ce sont des Allemands qui gardaient la frontière côté Est et tiraient sur les fugitifs. Certes les soldats soviétiques « frères » n’étaient jamais loin, et sont d’ailleurs intervenus militairement lors des émeutes ouvrières de 1956 à l’Est, mais les dirigeants d’Allemagne de l’est étaient tout simplement Allemands, avec leurs convictions certainement sincères pour nombre d’entre eux.

    Et puis le mur est tombé en 1989, l’URSS a suivi deux années plus tard. Globalement les citoyens allemands lorgnaient et fuyaient plutôt de l’Est vers l’Ouest, du communisme vers le libéralisme, que dans le sens inverse… et pas grand monde à l’époque n’a pleuré la fin du communisme. Aujourd’hui peu de gens appellent à son retour dans le monde et les quelques pays qui se rangent encore sous cette bannière (la Chine, la Corée du nord) n’en retiennent plus vraiment l’idéologie mais se contentent d’en appliquer les méthodes dictatoriales.

    Et puis l’Allemagne s’est réunifiée avec des difficultés dont certaines ne sont pas encore totalement résolues. Berlin est redevenue l’unique capitale du pays. La fusion entre les deux Allemagne, la « fédérale » et la « démocratique », a marqué la victoire idéologique et économique du clan libéral. Les vidéos montrent les derniers moments politiques des dirigeants de l’Est tentant une dernière résistance pour maintenir leur pouvoir communiste. La puissance du rejet populaire va les balayer. L’ouverture des archives de la Stasi a permis de se rendre compte de l’ampleur de la nature policière de l’Allemagne de l’est et, parfois, de la compromission de ses voisins de palier. On dénonçait pour survivre mais aussi souvent par conviction. Trois salles sont consacrées à de très intéressantes interviews de citoyens (ou de leurs enfants) acteurs de cette période révolutionnaire.

    Hélas, en notre XXIe siècle où le populisme et le nationalisme bêtes et méchants ont tendance à se mondialiser, c’est le retour de la division dans nombre de pays, ce qui se passe aux Etats-Unis d’Amérique étant à cet égard le plus extrême. Plus inquiétant, le niveau intellectuel et moral des nouveaux dirigeants qui comptent semblent bien en deçà de celui de ceux qui ont mis fin à la guerre froide. Les Mitterrand, Gorbatchev, Kohl, Reagan ont su gérer la transition post-communiste avec habileté, au moins sur le court terme. Leurs successeurs, et leurs populations, semblent empêtrés dans de nouveaux conflits, toujours idéologiques, parfois guerriers.

    Pas sûr que les nouvelles divisions se résoudront aussi pacifiquement que celles du XXe siècle !

    Voir aussi : Berlin

  • « Georges de La Tour – Entre ombre et lumière » au musée Jaquemart-André

    « Georges de La Tour – Entre ombre et lumière » au musée Jaquemart-André

    Georges de la Tour (1953-1652), grand maître du « ténébrisme », est né dans le duché de Lorraine alors indépendant de la France. Il est exposé au musée Jaquemart-André et beaucoup de monde s’y presse. Oublié après sa mort, seule une quarantaine de tableaux originaux ont survécu aux siècles alors que les spécialistes estiment à environ 300 le nombre d’œuvres qu’il aurait du « normalement » produire.

    Il a souvent peint des portrais de personnages modestes : mendiants, vieillards, joueurs de vielle aveugles, dont il a parfois exécuté plusieurs variantes dans son atelier où il travaille, notamment avec son fils Etienne. Mais il est surtout réputé pour ses tableaux d’obscurité où ses personnages sont éclairés par des bougies ou des torches que l’on croit voir trembler sur la toile tant il excelle dans le rendu de l’ombre et la lumière. Il a aussi une manière singulière de dessiner les visages en ovale, de façon un peu surnaturelle, tout entier penchés sur la source d’éclairage qui dessine d’étranges arabesques sur leur peau lisse. Il en ressort une douceur et une intimité extraordinaires.

    On imagine les heures de pose qu’il a demandées à ses modèles pour arriver à rendre cette atmosphère aussi vivante et pleine d’humanité. Mais c’est sans doute l’œil exceptionnel de ces artistes qui leur permet de restituer une telle précision de ce que nous voyons tous, sans trop le savoir. Leur vision enregistre la scène comme un appareil photo, le talent leur permet de la peindre à la perfection.

    Ce n’est pas l’obscurité que peint La Tour : c’est la nuit. La nuit étendue sur la terre, la forme séculaire du mystère pacifié. […] La Tour est le seul interprète de la part sereine des ténèbres.

    André Malraux, Les voix du silence, 1951

    Quel dommage que si peu de tableaux de La Tour aient traversé le temps !

  • « Paul Poiret, la mode est une fête » au musée des Arts décoratifs

    « Paul Poiret, la mode est une fête » au musée des Arts décoratifs

    Paul Poiret (1879-1944), célèbre couturier du début du XXe siècle est exposé au musée des Arts décoratifs. Au cœur de la Belle époque et des Années folles il a habillé et fréquenté l’élite culturelle de son temps. Installé dans son hôtel particulier du Faubourg Saint-Honoré à la tête de sa maison de couture il redessine l’image de la femme et a inspiré nombre des créateurs d’aujourd’hui.

    Il s’essaye à la peinture, à la décoration intérieure, aux imprimés, à l’art culinaire, à l’écriture, au théâtre. Il habille Isadora Duncan et d’autres danseuses de ballets. Il crée des parfums, une école de décoration. Il organise des fêtes des fêtes somptueuses où se presse le tout Paris. Il voyage en Russie, en Orient, en Afrique du Nord pour inspirer ses modèles. Bref, un artiste foisonnant qui n’a sans doute pas assez consacré de temps à la gestion de ses affaires qui vont péricliter à partir des années 1920 avant de s’effondrer avec la crise de 1929.

    L’exposition rend compte de cette créativité sans borne au cœur d’une époque tout aussi prolifique, du moins pour la grande bourgeoisie et l’élite intellectuelle.

  • « Robert Doisneau – Instants Donnés » au musée Maillol

    « Robert Doisneau – Instants Donnés » au musée Maillol

    Robert Doisneau (1912-1994) est un merveilleux photographe qui a saisi avec malice les moments de la vie de tous les jours. Ses séries sur les enfants dans les rues de Paris et dans les cours d’écoles sont très connues et délicieuses. On connaît moins la position de photographe officiel des usines Renault de Billancourt qu’il occupa dans l’entre-deux guerres (avant d’être licencié pour manque de ponctualité). Il en a laissé une série sur la vie des ouvriers en usine à l’époque qui étaient plutôt dures.

    L’exposition du musée Maillol présente 350 clichés sur un fonds de 450 000 dont la période Vogue à la fin des années 1940 durant laquelle, Doisneau, issu d’un milieu populaire, va poser son regard étonné sur le milieu de la mode et de la grande bourgeoisie. Il tire également le portrait de grands artistes qu’il a fréquenté toute sa vie : Picasso, Utrillo, Léautaud (et ses chats), Buffet, Beauvoir…

    Un charmant retour sur le regard toujours curieux de ce grand photographe.

    Lire aussi : Doisneau et la musique – Philharmonie de Paris

  • « Legacy » de Yann Arthus-Bertrand à la maison des Traouïero (Perros-Guirec)

    « Legacy » de Yann Arthus-Bertrand à la maison des Traouïero (Perros-Guirec)

    Le célèbre et très médiatique photographe français Yann Arthus-Bertrand expose une petite centaine de ses photos sur la riviera bretonne. On a déjà vu plusieurs fois nombre de ces clichés qui restent grandioses, particulièrement la série « La Terre vue du ciel », un déluge de beauté et de couleurs. Intéressante est aussi la série prise au salon de l’agriculture où il présente le duo animal-éleveur, dans des situations drôles et parfois tendres. Bien entendu, l’exposition diffuse les messages du photographe, militant engagé de la cause écologique, et critique de la société industrielle. Ses clichés de la pollution générée par le modèle de développement occidental depuis un siècle sont marquants mais parfois un peu faciles.

    Des cartels explicatifs relatent la succession de catastrophes depuis l’émergence de la société industrielle en culpabilisant le regardeur qui repart de l’exposition un peu gêné aux entournures lorsqu’il allume le contact de sa voiture thermique sur le parking… Il n’aurait pas été inintéressant que le militant rappelle aussi ce que l’industrialisation a apporté à une humanité qui est passée de 2,5 milliards d’habitants en 1950 à 8 milliards aujourd’hui et qu’il a bien fallu nourrir et occuper !

  • « Valeur sentimentale » de Joachim Trier

    « Valeur sentimentale » de Joachim Trier

    C’est un film émouvant que nous livre le réalisateur norvégien Joachim Trier. Une histoire de famille centrée sur deux sœurs aux parcours bien différents, et un père réalisateur sur le retour et absent. Nora l’aînée fuit son père fuyant et consacre sa vie au métier d’actrice. Agnes qui a toujours été dans l’admiration du père est historienne, mariée. Elle a un fils. Leur mère qui était psychologue vient de mourir de maladie. Tout se passe dans une maison de ville norvégienne en bois rouge. Pèse sur cette famille l’image d’une grand-mère qui a été arrêtée et torturée par les occupants Allemands durant la dernière guerre mondiale pour faits de résistance, sans doute dénoncée par des voisins, et qui s’est pendue dans la maison familiale dix années plus tard…

    Le père réapparaît à l’occasion du décès de sa femme dont il était séparé, créant le trouble chez ses filles car avec lui reviennent les souvenirs douloureux d’un passé familial à la dérive que chacune a géré à sa façon, le plus souvent en occultant ce père créateur et distant. L’affaire est d’autant plus tortueuse qu’il revient avec un ultime scénario dont il souhaite que Nora soit l’interprète principale. Elle refuse bien entendu et ne le lit même pas.

    Mais lors d’une émouvante rencontre avec sa jeune sœur elles vont découvrir que ce scénario est en fait une tentative de rédemption du père vis-à-vis de ses filles, et particulièrement de Nora qui commit une tentative de suicide dans sa jeunesse, évènement resté secret entre elles-deux mais transparaissant dans son mal-être qui n’a donc pas échappé à son père malgré son absence.

    Les choses vont se terminer heureusement, la réconciliation arrive et chacun fait un pas vers l’autre sous le regard positif d’Agnes qui, elle, a déjà joué dans un film de son père lorsqu’elle était enfant dans une histoire de guerre où elle assistait à l’arrestation de son frère par les Allemands…

    Une histoire filiale, de recherche du père, de sororité, de transmission de traumatisme à travers les générations, bref, une histoire presque banale mais que Trier a su fixer sur la pellicule avec beaucoup de justesse et de sensibilité. Le film a reçu le Grand Prix au Festival de Cannes 2025.

  • « Le mystère Cléopâtre » à l’Institut du monde arabe

    « Le mystère Cléopâtre » à l’Institut du monde arabe

    Cléopâtre VII (69-30 av. J-C.), reine de la dynastie des Ptolémées, femme de pouvoir et d’intelligence, a beaucoup séduit durant sa courte vie. Elle commence par épouser successivement ses deux frères qui règnent sur l’Egypte, puis devient la compagne des empereurs romains Jules César, puis Marc Antoine, avec lesquels elle a plusieurs enfants. C’était une époque de conquête où les vainqueurs étendaient leurs territoires et épousaient les reines qu’ils trouvaient sur place pour marquer leurs victoires.

    La Méditerranée est le centre du monde et l’Egypte en est la nation la plus prospère, Alexandrie sa capitale sublime. Les conquêtes grecques et romaines mêlent étroitement les économies et les cultures de ces empires. La gestion de Cléopâtre s’avère efficace à l’intérieur, avisée à l’extérieur. Elle est décrite comme une femme philosophe, érudite et séductrice, qui n’hésite pas à lever des armées pour défendre ses intérêts et ceux de l’Egypte, ou faire assassiner des concurrents.

    Après la mort de César tué par un complot elle épouse Marc-Antoine, allié du premier. Ils mènent ensemble diverses batailles contre leurs ennemis et gouvernent l’empire depuis Alexandrie. Mais Octave, futur empereur Auguste, fils adoptif de César, a de fortes ambitions et défait Marc-Antoine et Cléopâtre à la bataille d’Actium en 31 av. J-C. Les deux souverains vaincus se suicident et la légende voudrait que Cléopâtre ait mis fin à sa vie en se faisant mordre par un serpent. Nombre de ses représentations la font figurer avec un serpent, par ailleurs symbole phallique par excellence. Octave accepte que les deux époux-souverains suicidés soient enterrés ensemble à Alexandrie. On n’a jamais retrouvé leur tombeau. Sa découverte un jour serait un évènement archéologique majeur.

    Par la suite Octave fera courir les bruits les plus obscènes sur Cléopâtre pour la dévaloriser aux yeux de ses peuples. Guerre, empires, conquêtes, pouvoir, séduction, coups-bas, on voit que les comportements humains ne changent guère à travers les siècles !

    Reine de légende, Cléopâtre VII a attisé les phantasmes et est devenue l’égérie de nombre de mouvements féministes. Elle a aussi inspiré les mouvements d’émancipation afro-américains qui ont vu et admiré en elle une femme africaine préférant la mort à la soumission. La littérature puis, plus tard, le cinéma (de Mankiewicz à Alain Chabat) et la bande dessinée, se sont emparés de ce personnage exceptionnel. Une partie de l’exposition est consacrée à ces représentations parfois un peu caricaturales de cette souveraine dont, Pascal dit que « si [son] nez eût été plus court, toute la face du monde aurait changé ».

    L’Institut du monde arabe met en lumière de façon intéressante le règne de cette femme égyptienne et l’influence qu’elle eut jusqu’à nos jours.

  • « Marie-Laure de Decker – L’image comme engagement » à la Maison européenne de la photographie

    « Marie-Laure de Decker – L’image comme engagement » à la Maison européenne de la photographie

    Marie-Laure de Decker (1947-2023) fut une photographe-photoreporter née en Algérie qui a couvert nombre de théâtres de conflits mais avec aussi quelques incursions dans le monde culturel ou politique. Après avoir photographié les émeutes parisiennes de 1968, elle avait 20 ans et habitait dans le quartier latin, elle part s’installer au Vietnam entre 1970 et 1971 pour y documenter la guerre asiatique que les Etats-Unis sont en train de perdre. A son retour elle est recrutée par l’agence Gamma pour laquelle elle va couvrir d’autres guerres au Yémen, au Tchad, au Proche-Orient… Elle photographie aussi des zones de conflits politiques : le Chili après le coup d’Etat militaire (elle est mariée avec un Chilien dont elle aura un fils, Pablo qui a collaboré à cette exposition), l’Afrique du Sud sur la voie de la fin de l’apartheid, les mouvements féministes et sociaux dans le monde.

    Malgré les climats empreints de violence où elle a travaillé, elle a toujours revendiqué de se concentrer sur l’humain. Ses photos ne montrent pas de corps déchiquetés par les bombes mais la bonne bouille d’un soldat américain qui fête Noël à Da Nang en 1971, de jeunes prostituées dans les bars de Saïgon ou les miliciens Toubous au Tchad…

    Elle a passé beaucoup de temps dans ce dernier pays au moment où le chef rebelle Hissène Habré avait enlevé la chercheuse française Françoise Claustre, maintenue en captivité pendant de longs mois au milieu du désert. Elle a manifestement été fascinée par ces soldats rebelles dont elle ramena de nombreuses photos exposées ici. Ce que l’exposition ne dit pas c’est qu’Hissène Habré une fois arrivé au pouvoir se transforma en un dictateur sauvage et sanguinaire, beaucoup moins fascinant !

    Très belle, Marie-Laure de Decker a ponctué ses voyages d’autoportraits tous pris de la même façon, avec son Leïca face aux miroirs des salles-de-bains des hôtels où elle posait son sac. Certains sont montrés, souvent en noir-et-blanc, on la voit grande, un peu dégingandée, les cheveux ras et l’air sombre. Passer l’année de ses vingt ans au milieu de la guerre du Vietnam laisse quelques traces…

    Passagère de la deuxième moitié du XXe siècle, elle en a ramené l’album de quelques grands conflits mais aussi de petites choses comme cette célèbre photo de Giscard d’Estaing prise le soir de son élection comme président de la République alors qu’il se regarde à la télévision.

    Marie-Laure de Decker – Valéry Giscard d’Estaing 1974

    Remariée à l’avocat pénaliste Thierry Lévy dont elle a un fils, Marie-Laure décède à 75 ans d’une longue maladie.

  • « Eugène Boudin le père de l’impressionnisme » : une collection particulière » au musée Marmottan

    « Eugène Boudin le père de l’impressionnisme » : une collection particulière » au musée Marmottan

    Eugène Boudin (1824-1898) est natif de Honfleur, c’est dire s’il fut baigné dans la splendeur des couleurs normandes qu’il sut si magnifiquement restituer dans ses tableaux. Inspirateur de Clause Monet (1840-1924) de vingt ans son cadet, le musée Marmottan-Monet présente très à-propos 80 œuvres de l’artiste réparties en 8 sections faisant chacune référence à une localisation géographique où Boudin frotta son talent.

    La côte Ouest est privilégiée par le peintre qui rendit ses lumières de façon unique. Des scènes de plage sur des plages paresseuses sous un ciel bleu cru seulement moucheté de quelques nuages, aux atmosphères plus inquiétantes des gris-verts d’une marée basse avec au loin une mer formée et moutonneuse, on reste définitivement en extase devant l’œil du peintre et sa maîtrise des couleurs, d’autant plus que l’on apprend qu’il ne restait que quelques jours sur site, le temps de croquer des esquisses, et que le tableau était ensuite finalisé en atelier selon sa mémoire chromatique.

    Eugène Boudin (Trouville)

    Marié à une Bretonne des Côtes d’Armor, il fit aussi de fréquents séjours en Bretagne d’où il rapporta de belles marines mais aussi de la vie paysanne locale qui l’intéressa. Il visita et peint également dans le Sud, Venise, Bordeaux, aux Pays-Bas. L’exposition Marmottan nous permet de suivre ces pérégrinations artistiques avec un grand bonheur.

    Eugène Boudin (Baie de Saint-Brieuc)

    La vogue des bains de mer lancée sous Napoléon III lui fait fréquenter Deauville où il acquiert une maison où il vivra jusqu’à son décès en 1898. Il rencontra un grand succès à partir des années 1870, participa à la première exposition des peintres impressionnistes en 1874 et fut qualifié de « père de l’impressionnisme ».

    Après un premier malaise subit à Paris en 1898 il se fit transporter à Deauville. Il voulait mourir face à cette mer à laquelle il avait consacré la majorité de son inspiration et de son œuvre. Son vœu fut exaucé.

    Voir aussi

    https://rehve2.fr/2013/05/exposition-boudin-au-musee-jacquemart-andre/

  • « Partir un jour » d’Amélie Bonnin

    « Partir un jour » d’Amélie Bonnin

    Un joli film romantique sur une histoire ordinaire : une jeune lauréate de l’émission télévisée de cuisine « Top Chef ». Cécile doit ouvrir prochainement un restaurant avec son amoureux Sofiane mais elle est appelée dans son village natal auprès de son père victime d’un infarctus. Ses deux parents tiennent un restaurant routier ouvert non-stop et leur fille a été élevée entre cuisines et cabines de camions. Elle retrouve par hasard son amour de jeunesse et en est troublée, d’autant plus qu’elle vient de découvrir qu’elle est enceinte de Sofiane… Un rapide retour sur le passé lui fera retrouver le chemin de son avenir, avec quelques larmes et éclats…

    Le film est traité en partie sus forme de comédie musicale avec des reprises de classiques de la chanson française, Nougaro, Brassens… Cécile est jouée par la chanteuse Juliette Armanet, ça tombe bien. Sa mère est Dominique Blanc. La musique est de Keren Ann.

  • « David Hockney 25 » à la fondation Louis Vuitton

    « David Hockney 25 » à la fondation Louis Vuitton

    Ce sont près de 400 œuvres de la production (mirifique) de David Hockney (87 ans) des 25 dernières années qui sont exposées par la fondation Louis Vuitton. Elles montrent toute l’inventivité de cet artiste britannique définitivement moderne : peintures à l’huile ou à l’acrylique, dessins à l’encre, au crayon et au fusain, mais aussi des œuvres numériques (dessins photographiques, à l’ordinateur, sur SmartPhone et sur Tablette) et installations vidéo.

    On a déjà vu nombre d’entre elles à diverses occasions à Paris où Hockney est célébré depuis longtemps. Mais elles supportent largement la répétition tant elles sont exaltantes. L’inventivité de cet artiste, jamais démentie, et son sens des couleurs tout à fait exceptionnel, fait voir le monde sous ses plus beaux atours.

    Un point-de-rendez-vous est installé au centre des plus grandes salles d’où part toutes les quinze minutes une visite-guidée flash concentrée sur certaines œuvres. Les informations données à cette occasion sont précieuses et laissent rêveur devant la créativité du personnage. Il s’est lancé l’un des premiers dans la conception de tableaux à l’aide de téléphone mobile et de tablette (souvent de la marque Apple…), d’abord avec des applications disponibles sur le marché, puis avec un logiciel conçu spécialement pour lui lors des confinements liés à la Covid, période particulièrement productive durant laquelle il était installé au Pays d’Auge en Normandie où il produit nombre d’œuvres désarmantes de simplicité, éblouissantes de couleurs. Evidemment tout est irréel dans sa vision du monde, son œil interprète et transforme l’environnement tel qu’on aimerait le voir, dans lequel on adorerait évoluer.

    Souvenez-vous, ni la mort ni le soleil ne peuvent se regarder fixement.

    David Hockney

    Certaines œuvres sont gigantesques. L’une représentant des arbres au bord d’une route anglaise occupe un mur entier où est accroché l’assemblage de 50 tableaux de taille classique. D’autres suivent le même principe mais sont constituées de multiples écrans où sont projetés des tableaux dessinés à la tablette numérique, ou ces compositions sont simplement imprimées et collées sur des plaques métalliques. Les écrans permettent également de présenter des tableaux dynamiques comme celui d’un crépuscule sur une paysage montagneux. On reste admiratif devant la quantité de travail nécessaire pour concevoir et coordonner toutes les parties individuelles de ces grands ensembles qui matérialisent l’imagination sans bornes du créateur sur toutes ces compositions.

    Une salle est consacrée aux tableaux, dessinés de nuit sur une tablette dans son jardin anglais du Yorkshire. Hockney ne nous avait pas habitué à l’obscurité mais là encore il brille et son œil capte la nuit avec la même flamboyance que le printemps. Dans cette salle, deux œuvres sont en acrylique ou aquarelle et s’inspirent manifestement de l’esprit des premiers, purement numériques

    Do remember they can’t cancel the Spring.

    David Hockney

    Ses séries sur les saisons sont remarquables de couleurs et de naïveté. L’artiste dessine des paysages répétitifs d’arbres qui évoluent au cours des saisons au milieu d’une nature parfaite. On a envie de se retrouver dans ce monde onirique et tout simplement beau que le peintre imagine et restitue avec son immense talent. Parcourir l’exposition nous fait plonger avec délices au cœur d’une sa vision rafraichissante, colorée et optimiste. Il ne faut surtout pas s’en priver.

    Au dernier étage, dans une grande salle haute de plafond sont projetés les décors d’opéra conçus par Hockney, sur les quatre murs et le plafond. De larges coussins permettent de s’allonger pour se laisser pénétrer de cet univers mouvant. C’est la conclusion musicale d’une rétrospective exceptionnelle.

    L’enthousiasme retombe un peu lorsque le visiteur, à la sortie, se retourne vers le bâtiment de la fondation qui apparaît toujours aussi incongru entre le jardin d’acclimatation et le bois de Boulogne. Sorte de gros scarabée balourd et informe, il s’oppose un peu tristement à la légèreté des œuvres de David Hockney que l’on vient d’y voir.

  • L’histoire de « Jeju 4:3 » à la maison de la Corée – Cité universitaire

    L’histoire de « Jeju 4:3 » à la maison de la Corée – Cité universitaire

    Dans le magnifique parc de la cité universitaire du XIVe arrondissement de Paris la maison de la Corée expose l’histoire du soulèvement de l’île de Jeju le 4 mars 1948, encore appelée « Jeju 4:3 », qui dura presque un an et fit 30 000 morts et entraîna la destruction de nombreux villages.

    Après la seconde guerre mondiale, la Corée fut divisée en deux, le Sud est administré par les Etats-Unis et le Nord est laissé sous influence soviétique. En 1948 le gouvernement militaire américain se retire pour laisser la place à un président élu, plutôt du genre autoritaire. Les soviétiques refusent le principe de telles élections dans la partie Nordvqu’ils administrent.

    L’île de Jeju située au sud de la péninsule va alors se révolter contre la partition du pays qui s’annonce, et qui dure encore aujourd’hui. Le 3 avril 1948 l’armée coréenne du sud réprime la révolte et fait des centaines de morts. La rébellion mêle des ressentiments des partis politiques et de la population post-guerre : ceux qui ont collaboré avec l’occupant japonais, les anti-communistes ou ceux qui, sincèrement, s’opposent à la division du pays. La « guerre froide » a commencé aussi en Asie. Les conditions de vie sont encore difficiles. L’armée sud-coréenne ne fait pas de quartiers et l’anticommunisme du gouvernement justifie nombre d’exactions, à Jeju comme ailleurs.

    La Corée du Sud est une dictature militaire et la répression féroce du soulèvement de Jeju sera cachée durant 50 ans. Ce n’est qu’au retour de la démocratie dans les années 1990 qu’un travail historique fut mené en Corée du Sud pour reconnaître ce qui s’était passé. Des excuses officielles furent alors prononcées par le gouvernement.

    A la sortie de l’exposition, une jeune femme coréenne s’incline devant le visiteur pour lui remettre un pin en forme de camélia rouge, symbole de la paix retrouvée à Jeju. Un flyer de l’œuvre « Waiting » du peintre Lee Myoug-bok est également distribué. Il représente une jeune femme devant la cascade de Jeongbang où furent massacrées 250 personnes. Il fait nuit et une pluie de camélias coule en plus de l’eau.

    A day, a week, a month, a year have become seventy years and more.
    Even today, her tearful eyes gaze upon the stream that pours out like weeping, like tears.

    Un bon plat de Japchae Bap sauce soja au restaurant Comptoir Coréen intégré à la maison de la Corée permet de se persuader que la Corée du Sud a bien changé tout en restant dans l’ambiance locale.

    Voir aussi : Paris – La Cité universitaire

  • « Tous Léger ! » au musée du Luxembourg

    « Tous Léger ! » au musée du Luxembourg

    Fernand Léger (1881-1955) est exposé en compagnie de quelques œuvres des nombreux artistes qu’il a inspiré : Niki de Saint Phalle, Yves Klein, Martial Raysse, Keith Haring… dans ce délicieux musée du Luxembourg au cœur du VIe arrondissement. Léger fut l’un des initiateurs du cubisme, il fréquenta Apollinaire, Cendrars, Modigliani, Chagall… Ses œuvres non figuratives sont vives et colorées, par bien des aspects elles annoncent le pop-art sur lequel vont surfer Haring, Lichtenstein ou Warhol qui vont clairement revendiquer son influence et dont quelques tableaux montrés ici illustrent cette transmission.

  • « Poulenc, La Voix Humaine » à la Cité de la Musique (Philharmonie de Paris)

    « Poulenc, La Voix Humaine » à la Cité de la Musique (Philharmonie de Paris)

    Barbara Hannigan, soprano et chef d’orchestre canadienne, spécialisée dans la musique contemporaine, a présenté ce soir un incroyable concert à la direction de l’Orchestre philharmonique de Radio-France, en déplacement dans la petite salle de la Cité de la Musique.

    « Métamorphoses » de Richard Strauss (1864-1949) constituent la première œuvre de la soirée. La pièce est qualifiée de « étude pour 23 cordes solistes ». C’est l’ensemble des cordes de l’orchestre qui joue, violons, altos, violoncelles et contrebasse. Barbara est habillée d’une chemise noire sur pantalon de cuir de la même couleur et de bottes montantes. Elle a lâché sa dégoulinade de cheveux blonds sur le noir de ses vêtements pour diriger cette pièce plutôt tragique, un long glissando de cordes déchirantes aux harmonies modernes, parfois légèrement dissonantes.

    Pour la « Voix Humaine », Barbara Hannigan assure depuis son estrade, à la fois le chant de l’œuvre, une pièce de Cocteau, mise en musique par Francis Poulenc, et la direction de l’orchestre réuni ici au complet. Elle a changé de tenue noire avec cette fois-ci un pantalon de toile rentré dans ses bottes, façon Dock-Martens, et attaché ses cheveux. Comme elle fait face à ses musiciens, un grand écran les surplombe sur lequel sont projetés des images prises en direct par des vidéastes qui y ajoutent quelques effets techniques plutôt de bon aloi. La gestuelle de Barbara est à la fois celle du personnage de Cocteau et celle nécessaire à la conduite de l’orchestre qui semble sa satisfaire de ce partage des tâches. C’est un « dialogue » entre la voix et les instruments qui laisse de larges plages a capella où la soprano prend le pas sur l’orchestre. Son chant est légèrement sonorisé à l’aide d’un petit micro accroché à son oreille et dont la fine tige est appuyée sur une de ses pommettes.

    L’histoire de Cocteau est celle d’une femme délaissée s’entretenant au téléphone avec l’amant qui la délaisse. Elle menace de se suicider, brame son amour, dialogue avec l’opératrice car la communication coupe, cherche à s’étrangler avec le fil du téléphone… Les paroles sont un peu nunuches mais c’est la règle du genre de la chanson lyrique française au mitan du XXe siècle. La musique est là pour accompagner, un peu en arrière de la main, dans des rythmes et des harmonies pouvant légèrement heurter les oreilles habituées à des représentations plus classiques.

    La performance de Barbara Henningan et son orchestre rencontre un franc succès. Sans doute épuisée par ce double rôle elle revient saluer de nombreuses fois mais évite le « bis ».

  • « Corps et âmes » à la collection Pinault

    « Corps et âmes » à la collection Pinault

    L’exposition se déroule à la Bourse de commerce – Collection Pinault, on s’attend donc à de l’art contemporain, voire très contemporain. Il s’agit de la « représentation des corps » (le visiteur constate assez vite qu’on parle de essentiellement de corps « racisés ») dans l’art. Dessins, sculptures, peintures, vidéos, toutes ces œuvres créées par des artistes de différents pays mais qui font surtout référence à la culture américaine, tel le film présenté à l’entrée sous la rotonde, une pêle-mêle d’extraits de journaux télévisés où se succèdent sur un mode flash des images de bavures policières, manifestations contre la guerre du Vietnam, entrecoupées d’apparitions saccadées de héros locaux, de Miles Davis à Barak Obama, en passant par Jimi Hendrix et Martin Luther-King. Le ton est donné.

    La suite des représentations de corps est plus confuse et diverse. L’imagination des regardeurs permet à chacun d’interpréter le but des artistes. Parfois on reste dans l’expectative, ce qui est un objectif comme un autre…

    Le grand hall central sous la verrière, est toujours cerné d’un mur en béton nu épousant la forme ronde du hall et pouvant lui aussi provoquer l’expectative du visiteur. Heureusement on visite le bâtiment aujourd’hui avec une spécialiste qui nous vante un « miracle architectural d’occupation de l’espace », le côté extérieur du mur permettant, via un escalier qui y est fixé en une sorte de colimaçon géant, d’accéder aux différentes salles d’exposition situées dans le bâtiment rectangulaire qui cerne cette rondeur. Un peu de stabilité dans l’infini du cercle !

  • « L’attachement » de Carine Tardieu

    « L’attachement » de Carine Tardieu

    C’est un très joli film de Carine Tardieu qui est sorti le mois dernier sur les écrans, une comédie romantique parfois un peu tristounette mais pétillante grâce aux deux personnages centraux : Sandra, jouée par Valéria Bruni-Tedeschi et le petit garçon Elliott dont l’affection et l’innocence vont mettre à l’épreuve le caractère féministe et solitaire de Sandra, libraire militante et voisine de palier d’Elliott et sa famille. Les évènements font qu’elle va se rapprocher de cette famille sans compromettre avec ses principes de distance avec le modèle patriarcal, tout en restant « la voisine », rien d’autre.

    Valéria Bruni-Tedeschi interprète son rôle avec beaucoup de justesse, tout en retenue et sans jamais se défaire de son sourire charmeur et délicat. Un peu agoraphobe, un peu timide, elle se fait tout de même violence pour assister au remariage du père d’Elliott, devenu veuf, avec la pédiatre roumaine de sa fille. Il y a de la musique tsigane et les Pretenders (Don’t get me wrong – 1987). Quelques amants ne font que passer dans sa vie. Elle s’accroche à son désir d’indépendance qui vacille tout de même un peu face à la joyeuse agitation familiale de ses voisins à laquelle elle se laisse associer.

    Un film plein de tendresse et d’émotion qui rappelle ceux de Claude Sautet dans les années 1970 : chaleur de l’amitié, risques de l’amour et drames de la vie transcendés par la compréhension dans les relations humaines. « Vincent, François, Paul et les autres » revisités en 2025 !