Catégorie : Autres no-musique

  • Au musée d’Ennery – Paris

    Au musée d’Ennery – Paris

    Adolphe d’Ennery (1811-1899, né Adolphe Philippe) est un auteur et dramaturge à succès dont la réussite financière doit beaucoup aux plus de 200 pièces de théâtre qu’il a écrites ou coécrites. Après une longue vie commune il épouse Clémence qui fut successivement sa maîtresse, puis sa compagne, puis, enfin, sa femme. Profitant de l’expansion « bourgeoise » de Paris sur son flanc ouest, le couple acquiert un terrain sur ce qui deviendra l’avenue Foch et va y construire un hôtel particulier plutôt cossu. Clémence va s’y consacrer à son goût pour les objets d’art d’origine extrême-orientale en constituant une collection de plus de 6 000 objets qui sera léguée par le couple à l’Etat avec l’hôtel particulier en imposant que celui-ci soit transformé en musée et que la collection y soit exposée sans être dispersée. Ami du couple, Clémenceau fut leur exécuteur testamentaire et veilla à la bonne exécution de leur volonté. Emile Guimet qui créa et dirigea le musée qui porte son nom, dédié à l’art oriental, créa ce musée d’Ennery comme une succursale du musée Guimet. Le musée n’a pas toujours été ouvert au public, de rénovations en complications administratives, c’est finalement cet établissement que l’on peut visiter aujourd’hui sur réservation, par petits groupes.

    Clémence qui était actrice n’avait pas de formation ni de connaissances particulières concernant l’art asiatique. Elle n’a jamais voyagé ni au Japon, ni en Chine, ni ailleurs en Asie mais s’est révélée une acheteuse instinctive qui a développé sa collection avec beaucoup de goût. Le statut de la femme étant ce qu’il était à l’époque sa passion était considérée comme superficielle et les objets acquis comme sans beaucoup de valeur. En réalité, tous les experts qui ont eu à se pencher sur ceux-ci ont unanimement conclu à leur grand intérêt artistique et patrimonial.

    Alors la douzaine de visiteurs admis pour chaque visite guidée défilent devant de vastes vitrines encadrées dans des meubles conçus par Clémence et construits sur ses instructions par assemblage de boiseries aux motifs asiatiques. La collectionneuse était fascinée par les animaux fantastiques et autres chimères que l’art chinois produisait en quantité. Elle avait aussi un fort intérêt pour les Netsuke japonais, minuscules figurines servant à bloquer la cordelette fermant une pochette attachée à la ceinture du kimono. Ils sont confectionnés en bois, en ivoire, en porcelaine, en laque ou autres matériaux. Clémence était sans doute aussi quelque peu compulsive dans son goût de la collection et chimères ou netsuke sont un peu entassés mais qu’importe, la visite vaut aussi par cette plongée dans l’art oriental et l’histoire de ce couple mécène singulier. A leur succession, ils sont décédés à quelques mois d’intervalle, une femme se disant la « fille naturelle » d’Adolphe a tenté de récupérer une partie de l’héritage. La justice considéra qu’elle n’avait pas de droit sur l’héritage d’Ennery qui n’avait aucune descendance connue par ailleurs.

  • « Surréalisme » au Centre Pompidou

    « Surréalisme » au Centre Pompidou

    C’est le centième anniversaire de la parution du « Manifeste du surréalisme » par André Breton, le Centre Pompidou se devait de fêter l’évènement avec cette exposition « Le surréalisme d’abord et toujours », l’une des dernières avant la fermeture du musée plusieurs années pour rénovation à partir de l’été 2025 jusqu’à 2030. Le mouvement, auquel ont participé des intellectuels et artistes très divers, intrigue par son aspect délirant. Fondé sur les ruines de l’Europe dévastée par la première guerre mondiale il se veut un mouvement d’expression globale où s’entremêlent la poésie, l’art pictural, la photographie, le cinéma.

    Je crois à la résolution future de ces deux états, en apparence si contradictoires, que sont le rêve et la réalité, en une sorte de réalité absolue.

    André Breton

    Utilisant le ou les médias de son choix, les surréalistes sont sommés de laisser divaguer leur pensée pour ne se laisser guider que par leur créativité. Le résultat est souvent renversant : les tableaux de Max Ernst, Dali, Picasso, Magritte, les poèmes d’Apollinaire, d’Eluard, les revues animées par Breton, les références au rêve, à Freud, à l’inconscient, à la politique. Nombre des membres du mouvement ont été adhérents du Parti communiste français (PCF), beaucoup l’ont quitté. Breton a rédigé en 1938 le texte « Pour un Art révolutionnaire indépendant » qui, pour des raisons tactiques a été signé par Diego Riviera. Le tract évoque l’absolue nécessité de séparer propagande politique et subjectivité artistique. Malgré tout, Aragon sera chassé du mouvement au terme d’un « procès » mené par Breton qui l’accuse d’avoir trahi au profit de l’Union soviétique.

    Le surréalisme a été exporté dans différents pays et continents. L’un de ses procédés, l’écriture automatique où le psychisme prend le pas sur la conscience, a même été utilisée par David Bowie qui découpait des phrases dans les journaux puis les associait de façon aléatoire :

    I’m an alligator, I’m a mama-papa coming for you
    I’m the space invader, I’ll be a rock ‘n’ rollin’ bitch for you
    Keep your mouth shut, you’re squawking like a pink monkey bird
    And I’m busting up my brains for the words

    David Bowie (Moonage daydream)

    Un livre du poète Claude Cahun est ouvert à la page de ce poème abscond :

    J’ai mangé
    à mon déjeuner ;
    une gomme à effacer
    un setier de grains de beauté
    des graines de santé
    en purée
    la langue du chat
    deux montres en chocolat
    la queue d’un rat
    salé du sel d’un sablier
    des cheveux d’ange
    et une orange

    Claude Cahun

    De Cahun à Bowie…

    L’exposition est essentiellement picturale avec quelques références aux médias utilisés par le mouvement. Le visiteur non spécialiste n’est pas bien sûr de tout comprendre à ce parcours surréaliste, alors il achète les « Manifestes » (il y en a deux et même les prémices d’un troisième dans le Folio vendu pour 9,40 EUR à la librairie de musée) afin de retourner à la source.

    Surréalisme

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  • « Musée Soulages » de Rodez

    « Musée Soulages » de Rodez

    Pierre Soulages (1919-2022), peintre français, est l’un des rares artistes pour qui un musée fut érigé de son vivant, à Rodez, sa ville natale. D’allure moderne, ce musée inauguré en 2014 est composé de bâtiments cubiques construits en acier « Corten », de couleur rouge-rouille, imbriqués les uns dans les autres face au majestueux paysage du plateau de l’Aubrac. L’entrée se fait par la place du Foirail, qui tenait lieu autrefois de marché au bétail, transformée aujourd’hui en un agréable jardin public. Contrairement à la vraie matière-rouille, l’acier « Corten » n’évolue pas et reste figé comme le temps dans les toiles de Soulages. La fixation du temps, l’une des obsessions du peintre.

    L’exposition permanente commence avec des photos de l’artiste prises par Claude Gassian, photographe rock qui a figé sur sa pellicule Bowie, Dylan, les Rolling Stones et bien d’autres. Les portraits de Soulages ne sont pas posés, ils le montrent le plus souvent habillé de noir, très grand, un front puissant cerné par une chevelure blanche immaculée, le teint buriné, ridé par le temps qui passe. Le personnage en impose !

    La première salle est consacrée aux œuvres peintes de jeunesse, formes abstraites que l’on croirait représenter des calligraphies japonaises, mais qui n’en sont pas. Tracées à grands coups de brosse enduite de peinture noire, de larges lignes s’entrecroisent dans d’étranges messages. On y trouve aussi les « brous de noix », des toiles assez similaires dans la forme mais où la peinture est remplacée par cette mixture à base de noix, produisant une couleur brune plus ou moins claire, développant des signes cabalistiques incompréhensibles mais sensibles.

    Vient ensuite une série d’eaux-fortes et de lithographies, toujours aussi abstraites, montrant le sens de l’innovation technique qui animait l’artiste. Les formes étranges de fer ou de bronze, gravées puis trempées dans l’acide qui va en violenter les formes avant d’être encrées puis pressées sont présentées à côté des estampes-eaux fortes issues de leur pressage.

    La partie la plus frappante et caractéristique de l’exposition permanente est celle consacrée aux tableaux de couleur noire, dont le fruit d’une donation faite en 2023 par la veuve du peintre, les précédentes ayant eut lieu du vivant de Soulages.

    J’aime l’autorité du noir, sa gravité, son évidence, sa radicalité.

    Pierre Soulages

    Et l’on rentre dans le monde de ce peintre qui a travaillé cette couleur à l’infini ainsi que la matière dont il la constituait. Des tableaux grand format sont offerts aux yeux des visiteurs, souvent constitués de panneaux rectangulaires superposés, peints selon des concepts différents. Certains sont épais, construits à la spatule qui laisse des épaisseurs d’acrylique travaillées par Soulages pour leur impliquer un mouvement de rainures. Parfois des dépôts de matière ponctuent les vagues de peinture noire. D’autres panneaux, lisses, sont composés au rouleau et au pinceau ; ils sont plus reposants mais participent également au mouvement de l’ensemble. Les reflets produits par cette alternance du brillant et du mat, de l’épaisseur et de la finesse, varient au rythme de la lumière du jour ou de celle des projecteurs, la contemplation des œuvres n’est pas la même selon l’heure à laquelle on s’y consacre ou la position du regardeur par rapport à la toile, parfois le noir paraît blanc.

    On est entré dans l’espace de « l’outrenoir » cher à Soulages où se mêle le temps et la matière.

    Le temps est piégé par l’espace de la toile et tous deux sont là immobiles.

    Pierre Soulages

    Dans une vidéo disponible dans la salle il répond à une interview de son amie Agnès Varda qui propose d’assimiler « l’outrenoir » à l’outre-tombe ; en souriant il préfère une référence à l’outremer ou l’outre-Atlantique.

    On y voit aussi l’artiste sur la terrasse de sa villa dans les collines de Sète, face à l’immensité bleue de la Méditerranée. Après avoir acheté ce terrain où il fit construire sa maison-atelier il dira « j’ai acquis un horizon » et c’est sans doute aussi ce bleu sans faille qui lui inspira le noir torturé qui est devenu sa marque. En revanche, son atelier est installé au rez-de-chaussée d’où il ne voit pas directement la mer qui est cachée par les pins. C’est depuis la terrasse à l’étage qu’il peut laisser son regard divaguer dans la perfection de l’horizon avant de descendre d’un étage et le traduire dans ses toiles.

    Pierre Soulages (musée Soulages de Rodez)

    Une salle entière est consacrée aux vitraux de l’abbatiale Sainte-Foy de Conques (à quelques kilomètres de Rodez) dont un guide enthousiaste présente les reproductions, les photos et les similitudes avec les toiles. Soulages y a vécu une illumination mystique à l’âge de 12 ans et il sera chargé par l’Etat de concevoir le remplacement des vitraux dans les années 1980. Il travaille intensément avec des chercheurs verriers pour concevoir un verre translucide qui laisse enfin entrer la lumière à l’intérieur du bâtiment pour en révéler la magnificence. Il fera réaliser 800 essais de verres différents avant d’arrêter son choix. Comme dans « l’outrenoir » la couleur du verre translucide évolue avec l’heure du jour illuminant l’architecture intérieure et présentant un léger aspect bleuté lorsqu’on observe les vitraux de l’extérieur. Ceux-ci sont parcourus de lignes noires, similaires à la trace des traits de plomb qui séparent et lient les panneaux de verre des vitraux. Elles marquent mouvements et ruptures sans masquer la lumière. Le résultat est probant, le projet aura duré sept ans !

    C’est la journée du patrimoine alors l’entrée est gratuite. On en profite pour s’offrir un déjeuner entre bons amis au « Café Bras », intégré dans le musée, succursale lowcost du « Restaurant Bras » du Suquet, la fierté étoilée de l’Aveyron. Un régal ! Après ces agapes la majestueuse cathédrale Notre Dame de Rodez ouvre ses portes pour un instant bienvenu de recueillement face à la beauté des choses.

  • “Dahomey” de Mati Diop

    “Dahomey” de Mati Diop

    Le film documentaire de Mati Diop évoque la restitution d’œuvres d’art africaines qui avaient été prélevées à l’époque coloniale. La réalisatrice se qualifie elle-même « d’afrodescendante », née d’un père sénégalais et d’une mère française. Son film porte l’ancien nom de l’actuelle République du Bénin avec laquelle le processus de retour des œuvres est le plus avancé avec un premier lot de 26 pièces sur 7 000 qui seraient encore détenues en France.

    Finalement cette question [la restitution] traverse mon travail. Mais aussi les films que j’ai réalisés à Dakar entre 2009 et 2019 s’inscrivent dans une démarche de retour. Un retour vers mes origines africaines, vers une part de moi-même trop longtemps ensevelie sous l’hégémonie de mon environnement occidental.

    Mati Diop (dépliant « Dahomey » de l’AFCAE – Association française des cinémas art & essai)

    La caméra suit la statue homme-oiseau du roi Ghézo depuis son emballage au musée du Quai Branly jusqu’à l’ouverture de la caisse au nouveau musée construit pour ce faire au palais présidentiel de la Marina à Cotonou. La statue parle d’une voix sépulcrale pour réciter un gloubi-boulga de proverbes africains et de considérations philosophiques de bazar. Plus intéressants sont les dialogues échangés dans un auditorium de l’université d’Abomey Calavi, rempli de jeunes discourant sur le thème de cette restitution. Certains crient au scandale que seulement 26 œuvres seulement sur 7 000 soient de retour au pays, d’autres rendent hommage au président béninois qui a lancé le processus, tous se plaignent d’une colonisation qu’ils n’ont pas connue, et de la France coupable de tous leurs maux.

    Les sous-titres en français de la voix sépulcrale en langue fon sont en écriture inclusive, chacun se vautre dans la victimisation, le « décolonialisme » transpire de partout, la culture « woke » déborde sur le rivage de Cotonou. Quelques éléments historiques sur les royaumes du Dahomey, sur les personnages représentés par ces statues, sur la colonisation française dans ce pays auraient pu donner un peu plus d’intérêt à ce documentaire.

    La bonne nouvelle est que la restitution des œuvres africaines détenues par la France a commencé. De la famille franco-béninoise Zinsou qui a initié ce retour, le film ne dit pas un mot.

    Statue homme-oiseau du roi Ghézo (« Dahomey »)
  • « Jardins du monde en mouvement » à la Cité Universitaire

    « Jardins du monde en mouvement » à la Cité Universitaire

    L’exposition « Jardins du monde en mouvement » montre une forêt composée de lanières de station de lavage-auto fixées à des troncs d’acacias, « Les contes de la forêt, Soro Bardudo » ; des constructions solides faites à partir de champignons « C8H5NO5 » (le nom de la molécule utilisées ; un champ de fleurs en papiers posées sur des tiges métalliques retraçant les parcours et les interactions des résidents de la Cité, « Les reflets du vivant ».

    Tout ceci fleure bon l’écologie et les idées saugrenues et sympathiques.

    Voir aussi

    Paris – La Cité universitaire

  • « L.627 » de Bertrand Tavernier

    « L.627 » de Bertrand Tavernier

    Ce film sorti en 1992 et dont le scénario a été écrit par Bertrand Tavernier et, Michel Alexandre, un ancien policier, dépeint le quotidien d’un groupe de flics chargé de la lutte contre les stupéfiants dans le XVIIIe arrondissement de Paris. C’était en 1992 et le moins que l’on puisse dire c’est que le spectateur ressort de cette séance avec l’impression que les bases de la délinquance n’ont pas beaucoup évolué en 34 ans.

    Tavernier traite avec humour la vie de cette brigade où cohabitent des alcolos rigolards, des flics sérieux et expérimentés, d’autres plus jeunes et engoncés dans leurs principes et leurs illusions et « Lulu », le personnage principal, qui mène sa barque entre ses collègues, ses indicateurs et son amoureuse. Il n’est pas sûr que ce film aurait pu sortir en l’état en 2024 ; les dealers et les délinquants sont tous « issus de la diversité », les flics distribuent quelques baffes au passage et cultivent le Pastis autant que le code de procédure pénale, tout ceci n’est pas très « politiquement correct ».

    Même à l’époque, la sortie du film a déclenché un peu d’émotion au ministère de l’intérieur. Relatées par l’ancien flic co-scénariste, toutes les anecdotes mentionnées dans le film seraient réelles. Cette œuvre est surtout un hommage à ces policiers avec leurs défauts et leurs qualités, mais le plus souvent passionnés par leur mission et inspirés par la solidarité des frères d’arme pour la mener à bien.

    On peut sans doute penser que trente ans plus tard les flics se sont considérablement professionnalisés (comme les voyous d’ailleurs) et picolent moins que dans le film…

  • « Le Caïman » de Nanni Moretti

    « Le Caïman » de Nanni Moretti

    Nous sommes en Italie dans les années 1980, un producteur de film voit sa vie s’effilocher, sa femme le quitte, ses productions ne rencontrent plus de succès, les acteurs abandonnent ses projets de film à peine commencés, il dort dans son bureau, ment à ses enfants pour les préserver de cette existence à la dérive… Mais toujours optimiste il finit par croiser une jeune réalisatrice qui lui propose un film sur Berlusconi (le « caïman » comme il était baptisé dans le milieu politique italien). Avec sa jeunesse et ses convictions elle va relancer ce producteur, un peu amoureux d’elle bien sûr, au point que le spectateur peut espérer le voir se réconcilier avec sa femme et que le film sur Berlusconi est tourné et devrait rencontrer le succès.

    Moretti traite avec son humour léger et latin cette situation toujours à la limite du tragique magnifiquement jouée par Silvio Orlando parfait dans son rôle de clown triste. Nanni Moretti endosse le rôle de Berlusconi dans la scène finale du film, en clown cette fois-ci très politique, condamné mais s’estimant victime des communistes et de la gauche : il est acclamé à la sortie du tribunal alors que le juge est hué.

  • « Olympisme, une histoire du monde » au musée de l’histoire de l’immigration

    « Olympisme, une histoire du monde » au musée de l’histoire de l’immigration

    Le palais de la Porte Doré qui héberge le musée de l’histoire de l’immigration retrace aujourd’hui l’histoire des jeux olympiques d’été modernes, depuis leur relance en Grèce en 1896 jusqu’à leur organisation à Paris en ce mois de juillet 2024. Les nombreuses photos et vidéos sont agrémentées d’explications sur le contexte politique qui prévalait pour chacune de ces olympiades. On traverse ainsi les évènements politiques qui ont marqué ces 130 années : le statut de la représentation de l’Allemagne divisée, les jeux de 1956 à Melbourne, 10 jours après l’invasion de la Hongrie par les chars soviétiques, qui donnèrent lieu à des bagarres entre les sportifs soviétiques et hongrois (dont un certain nombre demandèrent l’asile politique en Australie), l’arrivée d’équipes nationales envoyées par les nouveaux pays décolonisés dans les années 1960, la lutte olympique contre l’apartheid en Afrique du sud, les JO de 1968 et la célèbre protestation des sprinters américains en faveur des droits civiques, celle, plus discrète, d’une sportive tchécoslovaque protestant contre le « printemps de Prague » (l’invasion soviétique, encore, de la Tchécoslovaquie), les attentats propalestiniens qui endeuillèrent les jeux de Munich en 1972, les boycotts respectifs des Etats-Unis et de l’Union soviétique aux olympiades de Moscou par les occidentaux (après l’invasion de l’Afghanistan par les troupes de Moscou) puis de Los Angeles par les pays communistes en représailles, mais aussi par crainte des potentielles défections de sportifs soviétiques, les tentatives d’organisations de jeux parallèles, pour les homosexuels en 1982, pour les « travailleurs » en 1933, la faillite de la Grèce initiée par les dépenses colossales lancées pour les olympiades de 2004… Mais aussi les JO annulés durant les périodes de conflits mondiaux.

    Un très intéressant parcours au cœur de l’histoire agitée du XXe siècle vue sous le prisme du sport, qui marque, là aussi, la puissance des Etats-Unis d’Amérique qui ont multiplié les records de médailles accumulées.

    Spartakiade 1933
  • Au musée Rodin de Paris

    Au musée Rodin de Paris

    Un dimanche d’été à l’hôtel Biron qui abrite un musée Rodin rénové en 2016. Le bâtiment de XVIIIe est imposant, le jardin à la française charmant, nous sommes dans le VIIe arrondissement, en face des Invalides. C’est le poète Rainer Maria Rilke qui a présenté ce vaste hôtel particulier à Rodin qui en a fait son atelier en 1908 avant d’en faire don à l’Etat après sa mort en 1917, avec un grand nombre de ses œuvres.

    On parcourt les 18 grandes salles pleines de lumières et de boiseries à la poursuite du génie de Rodin, ses influences, dont sa collaboration avec Camille Claudel bien sûr, des grandes œuvres à ses petits bijoux et toujours le même émerveillement devant la douceur et la sensualité des corps rendues dans le bronze, le marbre ou le plâtre.

    Je donne à l’État toute mon œuvre en plâtre, marbre, bronze, pierre, et mes dessins ainsi que la collection d’antiques que j’ai été heureux de réunir pour l’apprentissage et l’éducation des artistes et des travailleurs – Je demande à l’État de garder en l’hôtel Biron qui sera le musée Rodin toutes ses collections, me réservant d’y résider toute ma vie.

    Auguste Rodin, 1909

    En sortant rue de Varenne on jette un œil sur la terrasse arborée du dernier étage de l’immeuble qui nous fait face, face au musée et aux Invalides. Un quartier plutôt chic.

    Lire aussi :
    Exposition Rodin au Grand Palais
    Balzac par Rodin

  • « Paris brûle-t-il ? – Quand le cinéma réinvente la Libération » au musée de la Libération de Paris

    « Paris brûle-t-il ? – Quand le cinéma réinvente la Libération » au musée de la Libération de Paris

    1964 le livre « Paris brûle-t-il ? » est publié par le célèbre duo d’écrivains franco-américains Dominique Lapierre et Larry Collins. Le livre est inspiré de la libération de Paris qui eut lieu vingt ans auparavant. Un peu récit, un peu roman, il retrace les grands faits qui ont rendu cet évènement possible. Le titre repose sur la question qu’aurait posé Hitler au Gal von Choltitz, commandant militaire de la place en ce mois d’août 1944 après lui avoir donné l’ordre de détruire la ville plutôt que de la livrer intacte aux alliés. Le livre et le film présentent Choltitz comme celui qui n’a pas appliqué les instructions de son chef et aurait ainsi « sauvé » Paris de la destruction. Les historiens ont montré depuis que nombre d’ouvrages avaient été minés et que si l’ordre d’allumer les mèches n’avait pas été donné c’était plus en raison des circonstances, l’insurrection de Paris était lancée, que de la bonté d’âme du général.

    Le film est réalisé par René Clément deux années après la publication du livre sous forme d’une superproduction hollywoodienne ressemblant par certains aspects au film « Le jour le plus long », film américain légendaire sorti en 1962 sur le sujet du débarquement du 6 juin 1944.

    L’exposition revient sur les circonstances de tournage du film et particulièrement les interférences de celui-ci avec la politique. Nous sommes en 1966, 22 ans après la Libération, nombre des acteurs de cette époque sont encore vivants et le Parti communiste français (PCF) est très puissant. Chacun veut s’assurer que le film va présenter une image positive de sa participation aux évènements. Le choix des acteurs est fait généralement en accord avec les personnages réels, ou leur famille lorsqu’il ne sont plus vivants : Bruno Crémer pour le Colonel Rol-Tanguy, Alain Delon pour Chaban-Delmas, Claude Rich pour le maréchal Leclerc. Les acteurs jouant Hitler et Choltiz sont stupéfiants de réalisme. Des interviews de certains d’entre eux sont montrées sur des écrans, et parfois même aussi leurs rencontres avec les personnes qu’ils interprètent.

    L’exposition revient de façon très intéressante sur les choix de réalisation qui ont amené à enjoliver certaines actions, en censurer d’autres, pour rester « politiquement correct ». Le PCF semble avoir été particulièrement attentif à la manière dont fut représenté son rôle dans la Libération de Paris. Le colonel Rol-Tanguy, militant communiste, chef des Forces françaises libre (FFI) de Paris en août 1944, membre du comité central du parti à l’époque du tournage, est même délégué par celui-ci auprès du réalisateur en une sorte de « conseiller mémoire » chargé de veiller aux intérêts du PCF dans le film.

    Des images d’époque ont très directement inspiré certaines scènes du film et le musée présente des montages du réel et de la fiction. Certaines autres archives n’ont pas été utilisées, sciemment, pour ne pas nuire à l’image de la résistance : celles des femmes tondues ou des actes de vengeances exercées contre des soldats allemands prisonniers. Des courriers d’époque montrent combien producteur, réalisateur et acteurs ont été sensibles aux aspects politiques de la représentation de la Libération dans leur film, au risque de prendre quelques libertés avec la réalité.

    Figure aussi une lettre de Maurice Papon, alors préfet de police de Paris, au réalisateur sur des considérations d’occupation de l’espace public durant le tournage, c’était avant qu’il ne devienne ministre sous la présidence Giscard d’Estaing en 1978, puis qu’il soit condamné en 1998 pour complicité de crimes contre l’humanité pour son implication dans la déportation de juifs durant la seconde guerre mondiale alors qu’il était secrétaire général de la préfecture de la Gironde. Son procès retentissant a mis à jour toutes les ambiguïtés du personnage qui fut également en contact avec les réseaux de résistance à la fin de la guerre. Il bénéficia d’ailleurs de nombreux témoignages en sa faveur durant son procès. Il rentrait dans la catégorie des « vichysto-résistants ». Il n’évita pas la condamnation à 10 ans de prison mais fut libéré au bout de trois ans, pour « raisons médicales » et décéda en 2002.

    La vie et le procès de Papon démontrent combien la vraie vie peut être trouble et ses fils difficiles à démêler. Le film « Paris brûle-t-il ? » a opté quant à lui pour une vision manichéenne de l’histoire, c’est ce qui fait le défaut principal de cette épopée et l’intérêt de cette exposition qui rétablit la réalité de façon intelligente.

    Lire aussi : Musée de la Libération de Paris – musée du général Leclerc – musée Jean Moulin

  • « Matisse, l’atelier rouge » à la fondation Louis Vuitton

    « Matisse, l’atelier rouge » à la fondation Louis Vuitton

    La fondation Louis Vuitton revient sur l’histoire du célèbre tableau de Matisse (1869-1954) L’Atelier Rouge peint en 1911 et acquis par le musée d’art-moderne de New-York en 1945. Dans la grande pièce qui abrite cette toile, le musée expose toutes les œuvres originales qui figurent sur le tableau : peintures, sculptures, céramiques et même le mobilier. Il s’agit d’une représentation de l’atelier du peintre à Issy-les-Moulineaux sur le parcours de laquelle l’exposition revient, tout particulièrement sur sa caractéristique la plus frappante : sa couleur rouge.

    Il apparaît que Matisse a longuement réfléchi et hésité avant d’adopter ce rouge écarlate qui n’était évidemment pas la couleur des murs de l’atelier qui étaient gris. Matisse a pris soudainement ce choix chromatique et l’a mis en œuvre sans possibilité technique de retour en arrière. Le résultat est éclatant.

    Cette toile symbolise à elle-seule l’originalité du peintre, ami de Picasso et d’Aragon, et de bien d’autres artistes de son temps qui ont marqué une nouvelle étape dans la révolution permanente de la peinture.

  • « Andres Serrano – Portraits de l’Amérique » au musée Maillol

    « Andres Serrano – Portraits de l’Amérique » au musée Maillol

    Andres Serrano, photographe américain d’origine latinos est exposé au musée Maillol. On y voit des portraits de grandes dimensions, mis en scène et en couleurs avec beaucoup de soins, montrant des personnages issus d’une Amérique hors des sentiers battus, de Trump aux minorités raciales, en passant par une série de gros plans de jouets vintage en plastique aux couleurs criardes, symbolisant une ère robotique désormais dépassée par le monde numérique.

    L’exposition revient évidement sur une œuvre de Serrano ayant fait scandale dans les années 1980, celle d’un christ en croix baignant dans de l’urine ; l’artiste est intéressé par les fluides corporels comme le confirment d ‘autres clichés… Il partage aussi sa vision de la passion morbide des Américains pour les armes à feu avec des photos spectaculaires de détails de pièces de revolvers, froids et métalliques, inquiétants.

    Une vidéo montre l’interview du photographe dans sa maison new-yorkaise qui lui sert aussi de studio. Ce qu’on en voit ressemble à un château fort du moyen-âge dont les murs et les arches sont couverts de bondieuseries chers à cet artiste qui revendique sa foi chrétienne. Ses « portraits de l’Amérique » sont originaux, un peu effrayants. Serrano revendique sa neutralité et suggère à chacun de se faire une idée de l’Amérique qu’il donne à voir via ses photos, sans chercher à vouloir deviner l’opinion de leur créateur qui dépeint une modernité et une actualité dérangeantes !

  • « Paris 1874. Inventer l’impressionnisme » au musée d’Orsay

    « Paris 1874. Inventer l’impressionnisme » au musée d’Orsay

    Le musée d’Orsay revient sur l’arrivée de l’impressionnisme à l’occasion de l’exposition qui s’ouvre le 15/04/1874 à l’initiative de Monet, Renoir, Degas, Morisot, Pissarro, Sisley ou encore Cézanne qui avaient décidé de faire exploser les règles et les normes de la peinture classique dont les acteurs et les critiques n’ont pas venu venir la vague qui allait les emporter, ancrés sur leurs certitudes et leur conservatisme. Quelques années auparavant la France avait été défaite par le Prussiens (1870) au cours d’une guerre courte et sauvage. Certains de ces peintres ont participé aux combats, Frédéric Bazille, promit à un brillant avenir, y laissa sa vie.

    Les survivants ont peint leur environnement tel qu’ils le voyaient, par touches fugitives et colorées. Comme tous les révolutionnaires ils ont été incompris à leurs débuts avant que leur vérité et leur modernité n’apparaissent comme une évidence, laissant loin derrière eux le classicisme de l’académie incarné par « le Salon » qui, depuis la fin du XVIIe siècle, définissait la norme en matière de peinture et de sculpture.

    Le musée d’Orsay présente des toiles impressionnistes, certaines archi-connues, d’autres beaucoup moins. On est frappé par la couleur et la légèreté qui émanent de ces œuvres tellement joyeuses, comme pour transcender la violence et les doutes qui agitaient cette période de l’histoire européenne. Et même lorsqu’il s’agit de paysages industriels, par nature moins gais, le style impressionniste noie la dureté du métal dans le flou de la couleur et la brume du climat.

    Ils sont impressionnistes en ce sens qu’ils rendent non le paysage, mais la sensation [l’impression] produite par le paysage.

    Castagnary (critique d’art – 1874)
  • « Jusqu’au bout du monde » de Viggo Mortensen

    « Jusqu’au bout du monde » de Viggo Mortensen

    Nous sommes dans un monde de brutes, le Far-West américain durant la guerre de Sécession, qui n’empêche pas Vivienne (jouée par Vicky Krieps, lumineuse), sans doute acadienne car elle parle aussi le français avec un fort accent québécois, de rencontrer son amoureux, Olsen, immigré danois joué par Vigo Mortensen qui est aussi le réalisateur du film.

    Ils vont vivre ensemble une courte mais intense histoire d’amour au cœur de la sauvagerie de ce monde de conquérants sans foi ni loi, interrompue par le départ à la guerre d’Olsen pour lutter contre l’esclavage défendu pour les « confédérés ». Il en revient et les retrouvailles sont délicates, chacun ayant affronté d’importantes difficultés durant la séparation. Cela ne se termine pas très bien pour Vivienne alors Olsen voyage vers l’Ouest avec le jeune fils, jusqu’au Pacifique.

    Les paysages sont sublimes, les acteurs sont beaux, l’histoire est romantique, féministe même sous les traits de Vivienne contrainte de se faire respecter dans un monde de machos armés. Un joli film, élégant.

  • « Etat limite » de Nicolas Peduzzi

    « Etat limite » de Nicolas Peduzzi

    Le documentariste Nicolas Peduzzi a suivi durant quelques mois la vie professionnelle d’un jeune psychiatre, Jamal, en poste à l’hôpital Beaujon situé dans le nord de Paris (Clichy). Il n’y a plus de service de psychiatrie dans cette institution qui accueille tout de même des patients atteints aussi de troubles psychiatriques. On fait alors appel à ce spécialiste qui passe son temps à courir de service en service pour essayer de parer au plus pressé avec ses internes qui l’épaulent.

    Il est d’origine syrienne, ses parents venus en France pour terminer leurs études de médecine y sont resté. Il a fait sa médecine pour suivre l’exemple de son père chirurgien, mais en optant pour la psychiatrie plus propice aux rapports humains.

    Dans le flux continu des entrants aux urgences de l’hôpital Beaujon, chaque jour apporte son cortège de cas sociaux qui nécessitent son intervention : alcool, drogue, violences, tentatives de suicides, jeunes à la dérive, réfugiés en déshérence… Alors on appelle Jamal qui vient essayer de régler les problèmes, toujours disponible et bienveillant. Il s’occupe aussi des moments de passage à vide d’un infirmier, des aides-soignantes parfois. On attend de lui des miracles qu’il n’est guère en mesure de délivrer dans le capharnaüm que semble être cet hôpital où se presse toute la misère du monde.

    Evidement Jamal intervient sur les cas les plus délicats, psychiatrisés, sans doute beaucoup d’autres se passent très bien et ne nécessitent pas l’intervention d’un psychiatre, heureusement. Son engagement est touchant et admirable, il trouve encore le temps et l’énergie d’organiser un groupe de théâtre pour certains de ses jeunes patients. Il s’interroge avec sincérité sur le sens de cet engagement dans l’univers un peu kafkaïen de cette grosse machine hospitalière.

    Le réalisateur lui prête une oreille attentive et le documentaire sombre parfois dans le misérabilisme insistant sur « le manque de moyens » répété comme un mantra à tout bout de champ par le personnel soignant. Il n’est pas sûr que multiplier les postes de psychiatre à Beaujon réglerait l’origine de toute cette misère sociale qui dévale à flot continu. Mais qu’importe, c’est la plainte du moment que les citoyens aiment bien entendre et relayer. Nicolas Peduzzi est dans la salle de l’Escurial. Interrogé à la fin du film il admet que les choses se passent bien mieux dans les autres services mais ce n’est pas l’objet de ce film.

  • « Brâncusi – l’art ne fait que commencer » au Centre Pompidou

    « Brâncusi – l’art ne fait que commencer » au Centre Pompidou

    Constantin Brâncusi (1876-1957), sculpteur roumain, est venu s’installer à Paris en 1903 après avoir traversé l’Europe à pied. Après un rapide passage dans l’atelier de Rodin il décide voler de ses propres ailes et développer son concept singulier de la sculpture caractérisé par des lignes extraordinairement épurées et ces bronzes polis caractérisés par cette tête d’enfant. Le travail du bronze ajoute un effet de lumière et de reflet poussant à la méditation du visiteur devant sa propre image reflétée et déformée par l’or de la sculpture.

    Sur des vidéos on voit le caractère physique de la création de certaines œuvres, Brâncusi scie, cloue, frappe des matériaux divers, par exemple pour monter la « Colonne sans fin », faites d’éléments identiques comme une vis sans fin, assemblés sur 8 mètres de hauteur dans son pays d’origine. L’atelier de l’artiste reconstitué au Centre Pompidou ressemble un peu à une succursale du BHV avec une accumulation impressionnante d’outils variés.

    Brâncusi a aussi beaucoup travaillé sur le mouvement, celui des animaux en particulier, il est vrai souvent plus élégant que celui des humains. Les sculptures d’oiseaux, de phoques, de coqs, de poissons sont fascinantes par ce qu’elles évoquent aux regardeurs dans un dépouillement total et la pureté absolue, tant du mouvement inspiré par la sculpture que du matériau utilisé.

    Je n’ai cherché pendant toute ma vie que l’essence du vol. Le vol, quel bonheur !

    Brâncusi a également pratiqué la photographie et nombre de ses clichés sont exposés. Peut-être en hommage à ce talent, il y a beaucoup de téléphones portables qui se promènent dans l’exposition avec leurs propriétaires derrière qui gênent un peu la découverte des documents de plus petite taille : lettres, photos, cartes postales. Mais, « Brâncusi à Pompidou », c’est l’endroit où il faut être un dimanche après-midi.

    Brâncusi dans son atelier avec sa chienne Polaire
  • « Song to Song » de Terrence Malick

    « Song to Song » de Terrence Malick

    Un film un peu décevant, sorti en 2017, narrant les histoires d’amour éphémères de couples évoluant dans le milieu musical d’Austin, Texas. De musique il est fort peu question sinon via les apparitions dans le film d’Iggy Pop, de Johnny Rotten (ex-Sex Pistols) et, surtout, de Patti Smith qui y joue presqu’un petit rôle. Le film est un défilé de beaux-gosses (dont Ryan Gosling), musclés et bien habillés, barbe « de trois jours » de rigueur, jouant la jeunesse cynique au volant de Ferrari, évoluant dans des appartements de très grand luxe au sommet de tour en verre, ou dans des maisons avec piscines débordantes au bord du Colorado. Les femmes qui vont des uns aux autres répondent également à tous les canons de la beauté glaçante des modèles posant pour le Harper’s Bazaar. On se croirait dans un défilé Channel.

    Tout ce petit monde évolue dans des environnements très dépouillés, minimalistes. Le personnage de Gosling est le seul qui semble exprimer quelques sentiments dans cet univers de papier glacé. Si le but du film était de mettre en valeur le nombrilisme et l’inanité d’une époque où le clinquant prime sur l’intelligence, c’est plutôt réussi. Mais il se passe si peu de choses dans ce film que l’on se demande à la fin si toute cette superficialité valait vraiment la peine d’être traitée par Terrence Malick. Une expérience dispensable.

  • « L’homme au 1 000 visages » de Sonia Kronlund

    « L’homme au 1 000 visages » de Sonia Kronlund

    Sonia Kronlud est productrice-animatrice de l’émission « Les pieds sur terre » sur France-Culture. Elle a réalisé ce documentaire en souvenir de ses premiers amoureux qui étaient mythomanes. Celui objet du film est un Brésilien qui mène plusieurs vies sentimentales en parallèle, à Paris, en Pologne, aux Pays-Bas, après avoir sévi au Brésil et en Argentine. Il s’invente des nationalités, des métiers, des passés et réussit à séduire des femmes qui sont loin d’être des godiches jusqu’à construire des vies comunes. L’une d’entre elles est d’ailleurs enceinte de ses œuvres quand elle découvre la manipulation qu’elle va partager avec d’autres victimes dont elle retrouve la trace sur le profil de « Ricardo » laissé sur son propre ordinateur qu’il utilisait de temps à autre.

    La réalisatrice a retrouvé certaines de ces femmes qu’elle fait témoigner dans le film, parfois via des actrices qui jouent le rôle de celle qui veulent rester anonyme. Mais surtout elle part à la recherche de Ricardo qu’elle va retrouver en Pologne et qu’elle fait apparaître dans le documentaire sans qu’il ne comprenne à qui il a à faire. Le final est plutôt burlesque pour le parcours d’un homme détestable. Mais Sonia Kronlud n’a pas de pouvoir de police, son but est seulement d’empêcher si possible de nouvelles victimes en dénonçant médiatiquement ce coupable. Il n’est pas violent, juste menteur. Il n’a tué personne mais seulement joué avec les femmes pour les séduire. Mais qui sait si un homme doué d’une telle duplicité ne serait pas capable du pire ?

    On reste stupéfait de la facilité avec laquelle il a mené ses victimes en bateau, et sur la durée. L’une d’entre elles évoque l’aveuglement de l’état amoureux comme explication. Il y a certainement de çà, mais il s’agit surtout de la machiavélique habilité de « Ricardo » pour séduire via la tromperie. Le sujet est traité un humour pince-sans-rire de la réalisatrice et des victimes, atténuant quelque peu l’énormité des manipulations exécutées par le séducteur pervers.

  • « Annie Ernaux & la photographie » à la Maison européenne de la photographie (MEP)

    « Annie Ernaux & la photographie » à la Maison européenne de la photographie (MEP)

    La MEP présente une exposition croisée d’extraits de « Journal du dehors » d’Annie Ernaux, publié en 1993, avec des photos. Artistes de l’instant, l’écrivaine et les photographes exposent des textes et des clichés saisis dans la vie quotidienne, essentiellement en France mais avec aussi quelques incursions à l’étranger. Les extraits de textes d’Annie Ernaux sont des descriptions froides, des observations cliniques, souvent faites dans le métro de banlieue, de personnages ordinaires que l’écrivaine s’efforce de sortir de l’indifférence, avec une petite tendance au misérabilisme. L’illustration des textes par ces clichés instantanés choisis dans les collections de la MEP, le plus souvent en noir-et-blanc, est appropriée. Il ne se passe rien sur ces photos ni dans les textes, seulement le rendu brut d’un réel pas toujours très reluisant.

    Une exposition plutôt réussie.

    Lire aussi : Annie Ernaux se voit refuser son visa pour l’Algérie

  • « Le mal n’existe pas » de Ryûsuke Hamaguchi

    « Le mal n’existe pas » de Ryûsuke Hamaguchi

    Les films asiatiques sont généralement plutôt tournés vers la méditation que vers l’action, celui-ci du japonais Ryûsuke Hamaguchi est un modèle du genre. Dans un petit bourg à quelques heures de voiture de Tokyo, au milieu des bois, nous suivons l’histoire d’un père et sa fille, amoureux de la nature, confrontés au projet d’installation d’un camping de luxe pour bobos tokyoïtes, potentiellement ravageur pour la nature environnante. C’est un sujet classique transposé au pays du soleil levant, celui de l’incompréhension entre les urbains et ruraux, entre consommateurs et défenseurs de la vie sauvage. Le tout est filmé avec lenteur, à la limite de l’ennui, mais le miracle du cinéma asiatique fait que l’on évite généralement de sombrer dans ce dernier. On n’est pas sûr d’avoir tout compris de la fin, sinon qu’elle n’est pas heureuse.

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