Catégorie : Autres no-musique

  • « Promenade à Cracovie » de Mateusz Kudla et Anna Kokoszka-Romer

    « Promenade à Cracovie » de Mateusz Kudla et Anna Kokoszka-Romer

    Roman Polanski (89 ans), réalisateur célèbre, rescapé du ghetto de Cracovie à l’âge de 7 ans, se promène dans cette ville avec son ami d’enfance Ryszard Horowitz (84 ans), photographe de renom, rescapé d’Auschwitz à l’âge de 5 ans. Tous deux sont originaires de Cracovie et s’y trouvaient lorsque les Allemands ont envahi la Pologne en 1940.

    Filmés par Mateusz Kudla et Anna Kokoszka-Romer, on les voit déambuler dans la Cracovie d’aujourd’hui, retrouver leurs appartements familiaux, la synagogue qu’ils fréquentaient, sans être particulièrement croyants, les anciennes traces des murs et barbelés qui cernaient le ghetto. Pour la première fois de leur longue amitié ils évoquent ensemble cette tragique tranche de vie vécue dans ce pays dévasté par les années de guerre et d’antisémitisme.

    La mère et la grand-mère de Polanski sont assassinées à Auschwitz en 1943. Juste avant la liquidation du ghetto en mars 1943, son père lui fait fuir Cracovie et il va se retrouver seul à errer entre des familles rurales voulant bien cacher un enfant juif. Miraculeusement son père rentre vivant de Mauthausen. Polanski raconte ceci devant sa tombe au cimetière juif de Cracovie, y compris l’épisode burlesque de sa mise en terre pour laquelle l’aidait son ami Andrzej Wajda. Mais aussi de sa solitude de gamin se battant pour sa survie.

    Horowitz et sa famille furent déportés à Auschwitz. Ils échappèrent aux chambres à gaz car faisant partie de la célèbre « liste » de l’industriel allemand Oskar Schindler qui fit travailler des prisonniers dans ses fabriques. A la libération, alors que la famille éclatée n’est pas encore réunie, sa mère voit son fils apparaître sur un film sur la libération du camp d’Auschwitz, elle sait qu’il est vivant et ils vont se retrouver.

    Dans l’appartement de sa sœur de 90 ans, qui vit toujours à Cracovie, Polanski mime la scène où il retrouva son père de retour du camp, attablé à la table de cuisine, avant de le prendre sur ses genoux. Ces deux personnages martyrisés par la vie reviennent sur ces épisodes douloureux en adoptant un ton plutôt rigolard où parfois perce l’émotion quand ils évoquent ceux qui ne sont pas revenus.

    Un documentaire émouvant sur ces deux survivants. Quels destins !

    Le documentaire est présenté dans un nombre limité de salles « art & essai » dont cette bonne vieille salle de « L’Arlequin » rue de Rennes, opérée par la sympathique chaîne des cinémas indépendants « Dulac ».

  • « Love Life » de Kôji Fukada

    « Love Life » de Kôji Fukada

    Un charmant film du réalisateur japonais Kôji Fukada, plein de douceur et de longueur, qui raconte les aléas vécus par un couple du fait d’une tragédie familiale et du retour des « ex » qui rodent sur les lieux et dans les âmes des acteurs de ce drame. Dans ce monde asiatique où chacun veille à surtout ne pas exprimer ses émotions et à afficher toujours la même froideur face aux évènements, le réalisateur fait apparaître les failles que ses personnages ne vont pas réussir à masquer. Entre trois courbettes on voit se confronter l’amour passé entre le Soleil levant et le Matin calme, les difficultés de communication entre les êtres, la trahison évoquée et la solitude de chacun face à son destin. La fin est laissée à l’appréciation des spectateurs qui voient ce couple douloureux marcher, ensemble mais chacun sur sa ligne, vers un futur à définir sur le fond musical de la chanson japonaise, un peu dégoulinante de bons sentiments, Love Life :

    Quelle que soit la distance qui nous sépare, rien ne m’empêchera de t’aimer,

  • Jack Lang (83 ans) reconduit à l’IMA

    Jack Lang (83 ans) reconduit à l’IMA

    A l’occasion du renouvellement de son président en 2020 l’Institut du monde arabe (IMA) avait communiqué sur son site :

    L’ancien ministre socialiste de la Culture Jack Lang a été reconduit pour trois ans à la tête de l’Institut du monde arabe (IMA), a annoncé vendredi l’institution, dans un communiqué.

    Le Haut conseil de l’IMA qui rassemble tous les ambassadeurs des pays arabes, puis le Conseil d’administration se sont réunis dans la matinée à Paris.

    « Jack Lang a été reconduit à l’unanimité par le Conseil d’administration », a précisé le communiqué. Le Conseil, dans lequel un plus grand nombre de femmes font leur entrée, a aussi nommé un nouveau bureau comprenant six membres.

    https://www.imarabe.org/fr/actualites/l-ima-au-jour-le-jour/2020/jack-lang-reconduit-comme-president-de-l-institut-du-monde
    06/03/2020

    M.Lang s’agite depuis plusieurs mois pour bénéficier d’un autre renouvellement et il semble que l’Etat français a cédé devant l’insistance indécente de cette personne âgée de 83 ans, les cheveux noirs de teinture (sauf le bout de ses pattes où il laisse apparaître un peu de blanc…), qui s’estimait indispensable à l’avenir de l’IMA qu’il préside déjà depuis déjà plus de dix ans, sans avoir démérité d’ailleurs. De quels moyens de persuasion, voire de pression, peut disposer un cacique socialiste de 83 ans, sur le retour, pour imposer sa personne à l’Etat ? C’est un mystère ! La République ne peut-elle imposer un nécessaire renouvèlement et rajeunissement pour nommer les titulaires à ce genre de maroquins ?

    A priori non, et c’est là un des drames français, pas le plus grave, bien sûr, des multiples maux qui font régresser le pays, mais symbolique de l’inertie et de l’immobilisme qui rongent la République. Le plus troublant dans cette affaire est que ce type de problème est facile à régler, il suffit de shooter sur un marronnier du Vème arrondissement pour qu’en tombent une multitude de candidats tout aussi compétents, sortis des meilleurs écoles, arabisants, acceptables pour les administrateurs de l’Institut, et avec 40 années de moins. Eh bien non, on préfère renouveler un vieillard qui a déjà servi plus de 10 ans à ce poste pour d’obscures raisons de copinage ou de crainte de polémiques en une période qui n’en manque pas.

    Déprimant !

    Lire aussi :

  • « Forever Sixties, l’esprit des années 1960 dans la Collection Pinault » au Couvent des Jacobins à Rennes

    « Forever Sixties, l’esprit des années 1960 dans la Collection Pinault » au Couvent des Jacobins à Rennes

    François Pinault, citoyen breton, capitaine d’industrie, collectionneur d’art contemporain compulsif, a ressorti de ses innombrables collections ce qui se rapprochait des années 1960 pour les exposer au Couvent des Jacobins de Rennes, par ailleurs magnifiquement rénové. L’exposition s’organise autour d’un cloître extérieur transformé pour l’occasion en salle de musique dans laquelle passe la bande son des années 1960 dont les visiteurs peuvent profiter bien installés au fond de transats multicolores. La setlist est composée par Etienne Daho, rennais d’adoption et enfant de ces années.

    Les salles présentent une classique succession des artistes de l’époque du Pop art, connus et moins connus : Andy Warhol, Gilbert & George, Richard Avedon, Richard Prince, Niki de Saint Phalle, mais aussi des artistes français, dont Martial Raysse. Toute ce petit monde surfe sur le consumérisme et ses couleurs vives, l’image des femmes véhiculées par la publicité, l’association de la photo publicitaire, de collages, de la sérigraphie… et, surtout, de la diffusion en masse à travers les magazines, le cinéma, la télévision. Raysse dira :

    Les Prisunic sont les nouveaux musées de l’art moderne.

    Sur fond du festival de Woodstock, de la conquête de la Lune et de la libération sexuelle, c’est l’explosion de ces nouvelles images mises parfois aussi au service des luttes pour la décolonisation, pour les droits civiques aux Etats-Unis, contre la guerre du Vietnam. Ce sont aussi les images qui marquent le début de la fin de l’American dream et un atterrissage parfois rude sur la réalité.

    « Belles des nuages » – Martial Raysse

    Un beau moment à passer au Couvent des Jacobins.

    Dans la boutique de l’exposition trône toute la littérature underground : Guy Debord (« La Société du Spectacle » – 1967), Edgard Morin (« Journal de Californie » – 1970), James Balwin et bien d’autres.

  • « L’amour et les forêts » de Valérie Donzelli

    « L’amour et les forêts » de Valérie Donzelli

    L’histoire d’un couple, commencé dans l’amour fou, se terminant dans la violence, puis devant le juge. Tout avait pourtant bien commencé : rencontre dans une soirée, premier enfant, mariage suivi d’un second enfant… Mais le mari, sorte de gendre idéal manœuvre pour éloigner sa femme Blanche de sa famille normande et de sa sœur jumelle Rose qui avait déjà pressenti que quelque chose ne tournait pas rond avec ce mari.

    La suite révèle ce dernier jaloux, possessif et violent. Le film montre cette dérive et l’enfermement dans lequel sombre Blanche, coincée avec ses deux enfants dans l’Est de la France, effrayée par le comportement de son mari dont elle découvre progressivement les errements. Cela ira jusqu’à une tentative de suicide dont elle se relèvera avec l’aide de sa jumelle qui montera sa fuite et celle de ses enfants pour un retour en Normandie. Blanche reverra son mari au tribunal devant lequel la réalisatrice laisse de spectateur inventer la fin.

    C’est un film sur l’enfermement de la femme dans la spirale de violence où peut l’entraîner un mari à la dérive. La séparation n’est pas dilemme facile à trancher lorsqu’on ignore jusqu’où peut aller ce conjoint et que deux enfants et une situation professionnelle sont également en jeu. Le comportement pathologique de ce mari est minutieusement décrit et doit s’approcher de la réalité de bien des couples dévastés par la violence. A la fois charmeur et dramatiquement possessif, après chaque éclat il tente de se faire pardonner de sa femme à laquelle il est désespérément attaché. Le scénario montre qu’elle n’est pas dupe et n’a plus d’espoir de le voir s’amender positivement tant il est incapable de contrôle sur lui-même. Un excès qui relève de la médecine psychiatrique ou d’une cure psychanalytique, plus que d’une énième réconciliation. Elle n’est manifestement pas tombée sur le bon numéro et ne sait comment s’en sortir.

    Le combat féministe est loin d’être gagné si l’on en juge par le nombre de féminicides et de violences conjugales constatés chaque année en France. La très grande majorité de ces violences est exercée par l’homme sur la femme, et non l’inverse ; sans doute le fruit de millénaires de patriarcat menés par une société machiste et satisfaite d’elle-même, sous le regard bienveillant des religions. Ce film apporte son écot à une meilleure compréhension de ce phénomène destructeur. Il est bienvenu.

  • « L’Île rouge » de Robin Campillo

    « L’Île rouge » de Robin Campillo

    Campillo a réalisé en 2017 le film-choc : 120 Battements par minute, sur le combat mené par l’association Act-up pour la reconnaissance de la maladie du Sida et l’accélération de la recherche en vue de traitements efficaces. Avec LÎle rouge il présente un film plus intimiste sur les années 1970 dans une base militaire française à Madagascar dix années après l’indépendance de l’île, ex-colonie française.

    La petite communauté militaire française mêle des acteurs de la période coloniale française : pieds noirs, anciens des guerres d’Indochine ou d’Algérie, ils ont tourné dans les différentes bases militaires que la Paris a conservé sur les territoires décolonisés. Ils ne sont pas foncièrement mauvais mais n’ont pas encore complètement tourné la page d’une puissance française passée. Ceux qui ont connu l’expatriation en Afrique reconnaîtront dans ce film les petites choses qui émaillèrent leur vie protégée sous les tropiques : les boys, les amours à la dérive, les coups d’Etat locaux et les uniformes français ! Un film dispensable mais agréable.

  • « Vermeer, la plus grande exposition » au cinéma

    « Vermeer, la plus grande exposition » au cinéma

    L’exposition Vermeer au Rijksmuseum d’Amsterdam était à peine en train de se terminer au printemps 2023 qu’un film sur l’exposition était diffusé dans les salles. Les tableaux présentés sont magnifiquement filmés, vues d’ensemble comme gros plans sur les détails. Les commentaires et explications des spécialistes du peintre néerlandais du XVIIème siècle (1632-1675) et des commissaires de la rétrospective éclairent intelligemment le spectateur.

    On se laisse aller à plonger dans cette superbe transcription d’une époque passée des Pays-Bas et de ses habitants. Vermeer fut le peintre d’une quarantaine d’œuvres, seulement, mais chacune d’elle est éclairée d’une lumière qu’il sait rendre de façon magique et sophistiquée donnant une apparence très caractéristique à ses couleurs. Voir la peinture au cinéma est une bonne idée, d’ailleurs le petit cinéma de quartier où le film était présenté en matinée ce dimanche était complet.

  • « Basquiat x Warhol, à quatre mains » à la fondation Louis Vuitton

    « Basquiat x Warhol, à quatre mains » à la fondation Louis Vuitton

    1983, New York, la Factory d’Andy Warhol (1928-1987) a déménagé, le Velvet Underground a raccroché des guitares depuis longtemps, Basquiat (1960-1988) a transformé la culture populaire du graffiti mural en une explosion de peinture magistrale, il rencontre enfin Warhol qui l’a toujours profondément inspiré. Une génération les sépare et ils décident de travailler ensemble sur des toiles gigantesques. Ils en produiront 160. Les locaux de la Factory, vides, sont encore disponibles et servent d’atelier à la mesure des ambitions de nos deux compères qui partageait les services du même marchand d’art. La fondation Louis Vuitton expose le résultat de ce travail dans onze salles déployées sur trois étages.

    Leur méthode est détaillée : Andy démarrait la toile en y inscrivant un élément d’actualité ou une marque commerciale, sérigraphiée ou peinte (ce travail à quatre mains l’a fait revenir à la peinture), sur laquelle intervenait ensuite Basquiat avec, généralement, ses thèmes favoris : ses origines africaines (haïtiennes en fait) illustrées par des masques d’homme noir, des mots raturés, des nombres, des prix en $, des instruments de musique… Les premières toiles exposées sont également cosignées par le peintre italien Francesco Clemente, acteur de cette période new-yorkaise débridée et créative.

    Jean-Michel Basquiat et Andy Warhol, 6,99, (1984)

    Les conceptions du monde l’art des deux artistes s’affrontent, Warhol sans doute plus impliqué dans le business joue avec les marques quand Basquiat les conteste. Ils dialoguent et se répondent par pinceaux et couleurs interposés. Ils se portraiturent l’un-l’autre, l’un avec l’autre, jouant avec les symboles qu’ils ont contribué à créer. Warhol est décliné à plusieurs reprise mêlé à la fameuse banane dessinée pour la couverture du premier album du Velvel Underground. On se croirait dans un article du Village Voice.

    Les toiles à deux sont immenses, à la fois infantiles et complexes, aux couleurs vives. A première vue elles ressemblent à du Basquiat tant son dessin est caractéristique mais l’intervention de Warhol, généralement plus discrète, est aussi notable. Il faut se perdre dans les détails quand le regard veut prendre du recul, fasciné par l’ensemble coloré éclatant. Les deux artistes ont fait preuve d’une incroyable productivité et une exposition sera montée à New York en 1985 avec une (petite) partie de ces créations et dont l’affiche est celle des deux boxeurs, reprise par la fondation Louis Vuitton près de quarante années plus tard. Ces tableaux réjouissent le visiteur tant ils sont représentatifs du foisonnement de l’art à New York à cette époque, sous toutes ses formes. Ce fut une véritable explosion de créativité dans laquelle ces deux là ont pris une place de choix.

    La mort inattendue de Warhol en 1987 surprend et peine son premier admirateur qui a su s’émanciper du maître avec beaucoup de talent. Il produit une installation en sa mémoire : « Gravestone », une porte beigne sur laquelle est incrit deux fois la mention « Perishable », entourée de chaque côté de deux petits panneaux joints à la porte par des charnières, une croix et une fleur sur celui de gauche, un masque africain sur celui de droite. Hélas, Basquiat lui succédera dans l’au-delà un an plus tard. Il reste leurs œuvres, sublimes !

    La fin de l’exposition revient justement sur l’atmosphère de ces années 1980 avec moulte photos où l’on reconnait, outre Warhol et Basquiat, les acteurs de la scène artistique du downtown new-yorkais de ce temps : Keith Haring, David Hockney, William Burroughs, Timothy Leary, mais aussi Brian Ferry, Madonna, Grace Jones, Nick Rhodes et Simon Le Bon (du groupe Duran Duran), Julian Schnabel… On se croirait dans un article du Village Voice.

    Keith Haring & La II (1987)

    Une dernière vidéo montre les deux artistes, émouvants, Basquiat aux cheveux courts lui donnant un air adolescent, Warhol, énigmatique et souverain, posant des questions absurdes à son « élève qui l’a dépassé [en $] » et qui y répond dans de grands éclats de rire.

    Lire aussi : Basquiat-Shiele à la Fondation Louis Vuitton

  • « Manet / Degas » au musée d’Orsay

    « Manet / Degas » au musée d’Orsay

    Edouard Manet (1832-1883) et Edgar Degas (1834-1917) ont marqué la peinture de la fin du XIXème siècle. Ce que l’on ne savait pas forcément est qu’ils furent amis, ont subi des influences communes et porté un regard croisé sur le monde d’alors. Le musée d’Orsay (sur-fréquenté en ce jeudi de l’ascension) expose les deux peintres en une succession de tableaux : portraits variés de familles (les leurs ou celle de Berthe Morisot), amis et donneurs d’ordre, autoportraits, scènes de bistrot, de salles-de-bain, de champs de course… On apprend que les deux peintres se sont fâchés et réconciliés, menant de concert une rivalité artistique très féconde.

    Degas le solitaire s’est consacré sur des atmosphères un peu diffuses et brumeuses quand Manet, plus mondain et ouvert sur le monde marque les contours de ses peintures de façon plus nette et précise. Tous deux ont été marqués par la guerre contre les Prussiens en 1870 et la commune qui s’en suivie. Des dessins rendent la violence de cette période. Le dernier tableau montré est de Manet qui reprend l’exécution de l’empereur Maximilien au Mexique par les rebelles républicains en 1867 après avoir été lâché par la France de Napoléon III.

    Toute une époque… et une époque qui fait des émules si l’on en juge par le nombre de téléphones mobiles qui défilent devant les tableaux avec des visiteurs derrière prenant des photos !

  • « Ramona fait son cinéma » d’Andrea Bagney

    « Ramona fait son cinéma » d’Andrea Bagney

    Un film délicieux, premier long métrage de la réalisatrice espagnole Andrea Bagney sur l’histoire intimiste d’une apprenti-actrice (Lourdes Hernandez) ballotée entre son fiancé et le réalisateur du film dans lequel elle tourne. L’actrice, la vraie, est une chanteuse folk connue en Espagne sous le nom de Russian Red (du nom du rouge-à-lèvres qu’elle utilise) avec quatre albums à son actif depuis 2008 et des tournées internationales.

    Elle fait parfaitement l’affaire dans le rôle de la femme amoureuse et versatile qui hésite à choisir l’homme de sa vie et n’arrive pas à cacher à son financé-cuisinier qu’elle éprouve un coup de cœur pour un potentiel fiancé-réalisateur… Le film est en noir-et-blanc, tourne autour des trois personnages et de la réalisation du film dans le film. Lourdes est désarmante de fraîcheur et d’indécision. C’est la comédie de l’amour dans notre vie de tous les jours. Un très joli moment.

  • « Esclavage, mémoires normandes » à l’Hôtel Dubocage de Bléville du Havre

    « Esclavage, mémoires normandes » à l’Hôtel Dubocage de Bléville du Havre

    C’est la partie havraise de l’exposition sur l’esclavage partagée entre les villes de Rouen, Honfleur et Le Havre. La traite des esclaves a considérablement enrichi les armateurs normands et toute la région, comme ce fut le cas pour les autres ports « négriers » de Nantes, La Rochelle et Bordeaux. Le Havre revient sur cette histoire trouble dans l’hôtel Dubocage de Bléville, du nom du navigateur-explorateur havrais (1676-1727) qui y installe une grande maison de négoce maritime après un voyage de neuf années qui l’a mené jusqu’en Chine.

    L’histoire est désormais connue et documentée mais il ne fait jamais de mal d’y revenir. L’Europe disposait de colonies en Amérique (sur le territoire continental américain et les îles des Caraïbes [Saint-Domingue notamment]) qui produisent des biens (coton, bois, cacao…) qui étaient vendus sur le vieux continent qui, à l’époque, est encore « neuf ». Au début travaillaient dans les colonies des européens plus ou moins volontaires. Assez rapidement il fallut augmenter la productivité de la production et seule une force de travail « bon marché » pouvait permettre d’attendre cet objectif. Les Etats comme la France encouragent l’achat d’esclaves en Afrique et leur installation dans les colonies d’Amérique. Le « code noir » officialise en 1685 sous Louis XIV ce trafic dit « triangulaire » tout en édictant quelques limites pour le traitement des exclaves, qui furent généralement allègrement dépassées.

    Les marchands esclavagistes français affrétaient des bateaux quittant les ports français chargés de « verroterie » (bracelets, bijoux de pacotille, mais aussi des armes plus ou moins antédiluviennes) qui servaient à payer les esclaves achetés à leurs propriétaires africains. L’esclavage existe bien entendu depuis des millénaires, y compris en Afrique. La traite (le « commerce » de ceux-ci) se pratique également depuis des lustres mais la « traite atlantique » va industrialiser le phénomène avec des objectifs « commerciaux » ambitieux. Pour les atteindre il va falloir déshumaniser les esclaves et les traiter comme des « intrants » au processus industriel…

    L’exposition de l’Hôtel Dubocage revient sur les différentes étapes de ce trafic d’êtres humains et sur les conditions de celui-ci à travers des tableaux et des gravures d’époque. Sont également exposés des relevés « comptables » des échanges de marchandises : combien de verroterie remises aux vendeurs locaux pour acheter les esclaves. Ceux-ci étaient complètement anonymisés sur ces relevés : pas de nom, juste des valorisations. Des schémas montrent la disposition des esclaves dans les bateaux qui les transportaient d’Afrique vers les Amériques, installés tête-bêche dans les entreponts du navire où ils ne pouvaient pas même se tenir debout, ce qui n’est pas sans rappeler les châlis où étaient entassés les déportés dans les camps de concentration allemands de la seconde guerre mondiale. Cela explique les taux de mortalité de 10 à 20% constatés au bout du voyage et consciencieusement notés sur le journal de bord car venant minimiser la marge des négociants.

    Les conditions de vie dans les plantations antillaises où ils étaient débarqués n’étaient guère meilleures et leurs maîtres prenaient des libertés avec le « Code noir » et avaient quasiment droit de vie ou de mort sur leurs esclaves. Certains esclaves se révoltèrent, en Haïti notamment, d’autres furent libérés, certains mêmes habitèrent aux Havre pour servir leurs maîtres en France. Il y eut tout de même des consciences pour s’élever contre l’esclavage comme l’écrivain havrais Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre qui publia « Paul et Virginie » en 1788. Ouf, cela rattrape un peu la réputation de la région…

    Une exposition troublante !

    Voir aussi : https://esclavage-memoires-normandes.fr/

  • « Marquet en Normandie » au MuMa du Havre

    « Marquet en Normandie » au MuMa du Havre

    Le Musée André Malraux (MuMa) expose Albert Marquet (1875-1947) peintre « fauviste » et inspiré par la Normandie et ses couleurs si particulières. Les œuvres accrochées ont toutes rapport à la côte normande, Le Havre, Honfleur, Rouen, la Seine…, des ports, des plages, et, surtout, la mer et le ciel, avec toutes les nuances de vert et de bleu que la Normandie sait offrir. Marquet a arpenté cette côte avec son chevalet et son ami de Raoul Duffy. C’est le résultat de ces pérégrinations artistiques que présente de MuMa. Il a aussi parcouru le monde dont l’Algérie où il passe la seconde guerre mondiale quelques années avant sa mort, là-encore un pays de toutes les lumières. Certaines toiles de cette période sont exposées.

    Je ne sais ni écrire ni parler mais seulement peindre et dessiner. Regardez ce que je fais. Ou je suis arrivé à m’exprimer ou j’ai échoué. En ce cas, que vous me compreniez ou pas, par votre faute ou par la mienne, je ne peux pas faire plus.

    Albert Marquet (1936)

    L’eau est partout, rendue dans des paysages de plages ou de falaises bucoliques mais aussi peinte sur fond d’outils industriels et portuaires. Marquet est spécialisé dans la « vue plongeante » comme ne le montre pas le port d’Honfleur ci-dessus. Il est surtout un maître hors pair de la lumière dont le rendu dans ses toiles est subjuguant. Les personnages ou objets présents dans ses tableaux sont les plus souvent esquissés d’un trait, sans trop de détails, laissant le visiteur se plonger dans la méditation inspirée par les couleurs de la nature et des paysages.

    Lire aussi : Marquet au musée d’art moderne de Paris

    Le MuMa est posé sur le port marquant l’influence de la mer sur l’art en Normandie. Entre la digue et le musée trône une sculpture monumentale d’Henri-Georges Adam : « Le Signal ». En plus de Marquet, il dispose d’une belle collection de tableaux des artistes Sisley, Duffy, Renoir, Braque, Pissarro, Boudin, Monet… C’est l’ancien musée des Beaux-Arts qui n’a pas résisté aux bombardements de 1944, les sculptures ont été transformées en cendres mais les peintures qui avaient été déplacées en lieu sûr furent épargnées. Il est reconstruit en 1952 à l’entrée du port. Inauguré par André Malraux en 1961, il préfigure à l’époque ce que seront les « maisons de la culture », grand œuvre du ministre de la culture de De Gaulle.

    Le MuMa et, devant, la scupture « Le Signal »

    Avant de sortir, repas ou café au restaurant du musée, vue sur les incessantes entrées et sorties de gros navires au milieu desquels se mêlent des kite-surfers agiles et élégants ; la mer, vous dit-on, toujours la mer.

  • « Julia Pirotte, photographe et résistante » au mémorial de la Shoah

    « Julia Pirotte, photographe et résistante » au mémorial de la Shoah

    Julia Pirotte (1907-2000) est une photographe de presse polonaise. Sa famille d’origine juive s’installe à Varsovie avec les trois enfants après le décès de la mère où Julia, son frère et sa sœur, encore adolescents, adhèrent au parti communiste polonais. A ce titre Julia est emprisonnée quatre ans par la justice polonais, à 17 ans, et son frère s’exile en URSS pour fuir le régime autoritaire du pays au mitan des années 1920. L’oppression se renforçant en Pologne, Julia doit fuir à son tour et trouve refuge en Belgique où elle épouse Jean Pirotte, un syndicaliste belge, et obtient la nationalité belge. Ouvrière dans différentes usines en Belgique elle poursuit son engagement politique et écrit des articles dans la presse « progressiste » illustrés par ses propres photos.

    En 1940, fuyant l’invasion de la Belgique par l’Allemagne elle s’installe à Marseille alors située en zone libre où elle va réaliser des reportages sur le monde ouvrier et populaire local et entre en résistance dans le réseau communiste Francs-tireurs et partisans (FTP) Main-d’œuvre immigrée (MOI). Sa sœur Mindla, également résistante est capturée par les Allemands, torturée, déportée puis guillotinée. Julia participe et photographie l’insurrection de Marseille. Immédiatement après la libération elle retourne en Pologne encore agitée par des vagues antisémites. Elle photographie le pogrom de Kielce de 1946, crée une agence de presse « Walf », photographie la reconstruction de son pays, le congrès pour la paix de 1948 à Wroclaw où elle prend des portraits, notamment de Picasso et Irène Joliot-Curie qui y participent, elle fait un reportage dans un kibboutz en Israël.

    La soeur de Julia, Mindla, assassinée par les allemends pour fait de résistance

    Dans les années 1960-1970 son travail commence à être reconnu et exposé à travers le monde. C’est une partie de celui-ci qui est exposé aujourd’hui par le mémorial de Shoah. Les clichés noir-et-blanc marquent son attrait pour les milieux populaires, particulièrement les portraits. Son engagement communiste et résistant transpire de toutes ces photos et quelques vidéos montrent cette femme modeste au crépuscule de sa vie, qui toujours est retournée dans son pays natal, la Pologne, quels qu’en soient les régimes et les risques pour une juive.

    Elle est passée au travers de toutes les embûches de ce siècle et a témoigné de toutes ses tragédies.

    Une exposition émouvante !

  • « Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30 » au musée de l’Orangerie

    « Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30 » au musée de l’Orangerie

    Henri Matisse (1869-1954) est exposé à l’Orangerie et, plus précisément, sa période post-1930 mise valeur par la revue Cahiers d’art dont sont également montrés les archives sous vitrine. Revue porte-voix du modernisme, elle plaça à juste titre Matisse dans cette catégorie, avec Picasso. Il rentre cette année-là d’un voyage à Tahiti sur les traces de Gauguin, il en ramène une nouvelle inspiration, pleine de couleurs chatoyantes. Des odalisques et des nus sont montrés avec ce dessin caractéristique du peintre, les formes sont juste esquissées mais le rendu est extrêmement précis. Le « Nu rose » mérite le déplacement à lui tout seul : une merveille de sensualité et de modernité, rehaussée par cette originale couleur rose.

    Les années 1930 sont aussi la période où Matisse se met à la sculpture dont des exemplaires tout en rondeur sont montrés ici, accompagnés également de nombre de dessins de l’artiste. Lors d’un séjour aux Etats-Unis en 1930 il fut commandité par le collectionneur Albert Barnes pour réaliser une œuvre monumentale, La Danse, afin de d’orner sa fondation à Philadelphie.

    Fondation Barnes

    Une pièce d’essai en grandeur nature est exposée, toujours ce dessin matissien, simple, expressif et tout en rondeur.

    Recommandation

    Nous sommes à l’Orangerie, un passage dans les deux salles des Nymphéas s’impose.

    Devant les huit toiles gigantesques de Claude Monnet, brancher Piano Works de Philippe Glass interprété par l’excellent pianiste Vinkingur Olafsson, écoutez et laissez-vous plonger dans la méditation.

    Les deux premiers tableaux ont été offerts par Monet à la France au lendemain de l’armistice du 11 novembre 1918 comme symbole de paix par l’intermédiaire de Georges Clémenceau.

  • « Les âmes perdues » de Stéphane Malterre et Garance Le Caisne

    « Les âmes perdues » de Stéphane Malterre et Garance Le Caisne

    Un documentaire glaçant sur l’affaire « César », du nom de code de ce photographe de l’armée syrienne qui a pris plus de 50 000 clichés des cadavres d’opposants syriens torturés puis tués par la police du régime au cours des années 2010 : fuyant Damas, il remit ses photos aux autorités occidentales (gouvernements, organisations non gouvernementales [ONG] et institutions multilatérales) qui les utilisent pour documenter les crimes du gouvernement syrien.

    Le film suit surtout les démarches initiées par des familles syriennes exilées en France et en Espagne, bénéficiaires de la double-nationalité et qui ont reconnu des parents sur les photos des victimes, pour déposer plainte dans les pays d’accueil contre des dirigeants syriens. Ces processus judiciaires avancent difficilement car mettant en jeu des aspects politiques et diplomatiques, outre ceux ayant trait aux droits de l’homme. Toutefois des premières condamnations tombent en Allemagne contre des officiers syriens qui s’y étaient installés après avoir suivi la route des réfugiés en 2015 puis été identifiés par certaines de leurs victimes. La France s’apprête de son côté à juger par contumace trois généraux syriens pour crime contre l’humanité.

    Les photos de « César » sont juste survolées. Même floutées elles montrent l’horreur à laquelle ont été soumises les victimes, hommes et femmes, jeunes et vieux. Elles illustrent aussi le sentiment de total impunité des autorités syriennes qui ont-elles-mêmes documenté leurs crimes avant d’émettre les certificats de décès nominatifs pour toutes victimes décédées, reconnaissant ainsi les faits… Un juriste explique dans le documentaire que les crimes syriens sont bien mieux documentés que l’ont été ceux des nazis au procès de Nuremberg en 1945 contre les 24 principaux responsables du régime nazis encore vivants à la fin de la seconde guerre mondiale.

    Par les temps qui courent on peine à imaginer qu’un procès similaire puisse être tenu contre la famille al-Assad qui gouverne ce pays d’une main de fer depuis 1971, le fils Bachar ayant succédé à son père Hafez ayant en 2000. En réalité, sans doute la majorité des pays de la planète ne voit pas véritablement de problème dans la gestion de la Syrie. Le film montre d’ailleurs la Chine et la Russie voter contre une résolution du conseil de sécurité des Nations Unies (ONU) condamnant le régime syrien, bloquant ainsi toute action de la communauté internationale.

    Le concept des « droits de l’Homme » que l’on croyait universel depuis 1945 après la découverte des horreurs nazis est en train de faire naufrage. Même si la communauté des pays réunis au sein de l’ONU en a approuvé le principe à travers nombre de traités et conventions, les régimes autoritaires les récusent désormais par leurs actes. La guerre d’Ukraine en cours ne fait que confirmer cette tendance. Les migrants et les victimes, eux, votent avec leurs pieds en faveur des droits de l’Homme et viennent se réfugier dans les pays occidentaux qui respectent encore le concept. On voit même des tortionnaires se joindre aux flux des réfugiés pour tenter de se réinstaller en Europe. L’officier syrien en rupture de ban qui a été arrêté et condamné à perpétuité en Allemagne n’a pas choisi d’émigrer en Russie ni en Chine, mais… en Allemagne. L’oncle du dictateur Bachar as-Assad, Rifaat, ancien vice-président de son frère Hafez est venu se réfugier à Paris après un coup d’Etat manqué en 2004. Il serait récemment retourné en Syrie après avoir été condamné par contumace à quatre années de prison dans l’affaire des « biens mal acquis » concernant sa fortune immobilière constituée en France pour une somme estimée à 90 millions d’euros, ce patrimoine a été saisi par la justice.

    C’est d’ailleurs la seule note d’espoir de ce film terrifiant, le fait que même les tortionnaires choisissent de s’installer et mener leurs affaires en Occident plutôt que chez leurs « amis » politiques semble indiquer que la démocratie a encore un peu d’avenir sur la planète. Il suffit sans doute de rester ferme sur les principes et… patient.

  • « David Hockney – collection de la Tate » au musée Granet d’Aix en Provence

    « David Hockney – collection de la Tate » au musée Granet d’Aix en Provence

    Le musée Granet présente les tableaux de David Hockney exposés à la Tate de Londres (ex-Tate Gallery). C’est toujours un émerveillement de revisiter l’artiste britannique du « pop art » de 85 ans tellement inventif et dont l’âge ne réduit en rien l’incroyable productivité.

    L’exposition montre quelques tableaux emblématiques (la chaise hommage à Van Gogh, le hall fleuri d’un hôtel mexicain, ses deux parents dans le salon, la grande fresque tarabiscotée de lui-même dans son atelier…) mais aussi beaucoup d’œuvres de ses débuts, moins connues : dessins, eaux fortes, traçant son parcours artistique et sa progression vers le maître de l’art contemporain hyperréaliste qu’il est devenu.

    Un très intéressant film documentaire au début de l’exposition nous fait mieux comprendre sa vision de la peinture. Dans ses interviews enregistrés à différentes époques de sa vie il évoque sa fascination pour la nature et les couleurs, et son obsession pour la perspective et la réalité : comment rendre celle-ci sous le pinceau et est-elle bien ce que nous voyons ? Passionnants monologues, illustrés par les célèbres peintures du Grand Canyon. Il raconte son inspiration et ses idées avec une désarmante simplicité et un petit sourire goguenard plutôt séduisant. Le film documentaire est la meilleure introduction possible au cheminement des visiteurs devant les œuvres !

    Lire aussi :
    « David Hockney. A Year in Normandie » au musée de l’Orangerie
    David Hockney à Beaubourg

    En sortant de Granet une petite visite s’impose ensuite dans la collection Jean Planque dans l’annexe du musée logée dans la chapelle des Pénitents blancs : Monet, Van Gogh, Picasso, de Staël… Le collectionneur suisse a entretenu une relation amicale avec Picasso au crépuscule de sa vie qui a accepté de vendre plusieurs tableaux à la galerie qu’il représentait. Certains sont exposés dans ce lieu magnifiquement rénové.

  • « Ghada Amer » à Marseille

    « Ghada Amer » à Marseille

    Ghada Amer est une artiste plasticienne égyptienne née au Caire en 1963 qui est exposée dans trois sites marseillais dont le Mucem et le Centre de la Vieille Charité, un hospice construit au XVIIème siècle pour « accueillir les gueux », recyclé depuis en un vaste centre culturel, utilisant ainsi à très bon escient la magnifique architecture du bâtiment.

    Amer marque un fort engagement féministe qu’elle illustre par de grandes sculptures, des céramiques, des tableaux avec des broderies incrustées, où apparaissent des personnages féminins et des slogans répétés à l’infini prônant la libération de la femme. Un peu abstraite, mi orientale-mi occidentale, un peu érotique, un peu expressionniste, l’œuvre est déclinée avec des matériaux variés, marquant l’inspiration de l’artiste et une obsession pour le statut de la femme.

  • « A mon seul désir » de Lucie Borleteau

    « A mon seul désir » de Lucie Borleteau

    Une jeune étudiante décide de s’encanailler en entrant dans un club de striptease, juste pour voir. Sous le pseudonyme d’Aurore, elle se lance avec le sourire dans un parcours de stripteaseuse, autant pour l’aspect disruptif de cette nouvelle voie, que pour payer son loyer. Elle a abandonné ses études et elle plonge avec curiosité dans ce monde de la nuit où le sexe est omniprésent, ainsi que les comportements parfois déviants de spectateurs venus confronter leurs frustrations à la nudité aguichante de ces jeunes femmes.

    Aurore initie aussi une relation amoureuse avec une de ses collègues de scène. Un peu d’amour lesbien, un peu de polyamour, un peu de transgression, bref, un film dans l’air du temps qui traite d’un sujet vieux comme le monde.

  • « Les soldats du désert – Leclerc et les Britanniques » au Musée de la Libération de Paris

    « Les soldats du désert – Leclerc et les Britanniques » au Musée de la Libération de Paris

    Le « musée de la Libération de Paris / musée du Général Leclerc / Musée Jean Moulin » (pourquoi un nom si long pour un musée plutôt modeste ?) raconte l’épopée des Français libres, en Afrique et dans le désert durant la deuxième guerre mondiale, sous le commandement de Philippe de Hauteclocque dit « Leclerc » (1902-1947), représentant du général de Gaulle sur le continent.

    Fait prisonnier par les Allemands en juin 1940 après les combats en Champagne, il s’évade, rejoint de Gaulle à Londres qui l‘envoie au Cameroun d’où il commence une véritable épopée qui le conduira avec ses soldats jusqu’à Berlin après avoir libéré Paris puis Strasbourg qu’ils atteignent en novembre 1944.

    En Afrique Leclerc a pour mission de convaincre les autorités françaises coloniales de passer sous la bannière gaulliste en abandonnant celle de Pétain. Quasiment seul, sans armes ni troupes, il monte progressivement une division de soldats de bric et de broc avec le soutien des Britanniques, le ralliement de soldats grecs et les « tirailleurs sénégalais », soldats plus ou moins volontaires issus de l’Empire français.

    Il mène et emporte des batailles dans le désert devenues légendaires, contre les Italiens puis les Allemands, dans l’immensité hostile du Sahara. En 1943 il se place avec ses hommes sous l’autorité du commandant en chef britannique de la région, le général Montgomery. En avril 1944 il rejoint le sol français avec sa « 2ème DB », est envoyé libérer Paris en août et poursuit jusqu’à la reddition allemande. L’exposition décrit un chef de guerre de grand charisme, proche de ses hommes, stratège imaginatif et n’hésitant pas à prendre des risques personnels. Les opérations qu’il a menées en plein désert en 1942 et 1943 en infériorité criante par rapport aux ennemis sont admirables et participèrent à leur mesure à chasser les Italiens et les Allemands d’Afrique pour préparer la libération de l’Europe.

    Après sa victoire dans la bataille de Koufra le 28/02/1941 (dans l’actuelle Libye) de Gaulle lui télégraphie :

    Vous avez ramené la victoire sous les plis du drapeau. Je vous embrasse.

    C’est à Koufra également qu’il prononce avec ses hommes le « serment de Koufra » dans lequel ils s’engagent à ne déposer les armes que lorsque les couleurs françaises flotteront sur la cathédrale de Strasbourg ! Le serment sera tenu plus de quatre années plus tard. Le drapeau en question est présenté dans la dernière salle de l’exposition. Bricolé à la hâte dans la ville tout juste libérée, la couleur rouge du drapeau tricolore aurait été cousue avec des restes de drapeaux nazis !

  • « Léon Monet – frère de l’artiste et collectionneur » au Musée du Luxembourg

    « Léon Monet – frère de l’artiste et collectionneur » au Musée du Luxembourg

    Léon Monet (1836-1917) était le frère aîné de Claude qui cumula une activité de collectionneur avec sa profession de chimiste, spécialiste dans la création de couleurs. Il a grandi au Havre avec son frère qui y produit ses premiers dessins (y compris des caricatures) et peintures des paysages marins et campagnards de la région. Très tôt intéressé par la peinture, il démarre une collection à partir de 1870 et s’installe comme directeur d’usine pour le chimiste helvétique Geigy. Il va jouer le rôle de mécène de l’impressionnisme naissant dont Claude fut l’un des fondateurs. Par son intermédiaire il rencontre Sisley, Pissaro, Renoir, Morisot et achète certaines de leurs œuvres montrées dans cette exposition. Il s’agit beaucoup de Normandie où Léon passa toute sa vie, des paysages de mer, de la Seine, des champs, assortis de couleurs sublimes, images d’un certain bonheur. Claude lui rend visite régulièrement à Rouen et y peint ses 28 célèbres tableaux de la cathédrale sous différentes lumières.

    Une pièce du musée est consacrée à l’activité industrielle dans laquelle évolue Léon, elle aussi tournée vers les couleurs et l’apparition de la chimie pour les composer.

    A la fin de la vie de Léon, les deux frères s’éloignent un peu à cause de Jean, fils de Claude, chimiste lui aussi, qui travaille avec son oncle et avec qui les relations sont orageuses. Qu’importe cette mésentente n’est rien au regard de l’œuvre immense de Claude à l’élaboration de laquelle Léon aura aussi apporté son écot grâce au soutien affectif et artistique qu’il porta sa vie durant à son frère.

    Lire aussi : Musée des Beaux-Arts de Rouen